Sur la mort, conformément aux principes du Déisme (1803)

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Guillaume Amfrye de Chaulieu ; Charles-Auguste de La Fare
Poésies de Chaulieu et du marquis de La Fare
1803 (pp. 5-8).


Au même.
SUR LA MORT,
CONFORMÉMENT AUX PRINCIPES DU DÉISME.
1708.


Plus j’approche du terme, et moins je le redoute ;
Sur des principes sûrs mon esprit affermi,
Content, persuadé, ne connoît plus le doute:
Je ne suis libertin ni dévot à demi.

Exempt de préjugés, j’affronte l’imposture
Des vaines superstitions,
Et me ris des préventions
De ces foibles esprits dont la triste censure
Fait un crime à la créature
De l’usage des biens que lui fit son auteur,
Et dont la pieuse fureur
Ose traiter de chose impure
Le remède que la nature
Offre à l’ardeur des passions,
Quand d’une amoureuse piquure
Nous sentons les émotions.

D’un Dieu maître de tout j’adore la puissance ;
La foudre est en sa main ; la terre est à ses pieds :

Les éléments humiliés
M’annoncent sa grandeur et sa magnificence.
Mer vaste, vous fuyez !
Et toi, Jourdain, pourquoi dans tes grottes profondes,
Retournant sur tes pas, vas-tu cacher tes ondes?
Tu frémis à l’aspect, tu fuis devant les yeux
D’un Dieu qui sous ses pas fait abaisser les cieux !

Mais, s’il est aux mortels un maître redoutable
Est-il pour ses enfants de père plus aimable?
C’est lui qui, se cachant sous cent noms différents,
S’insinuant partout, anime la nature,
Et dont la bonté sans mesure
Fait un cercle de biens de la course des ans ;
Lui, de qui la féconde haleine
Sous le nom des zéphyrs rappelle le printemps,
Ressuscite les fleurs, et dans nos bois ramène
Le ramage et l’amour de cent oiseaux divers
Qui de chantres nouveaux repeuplent l’univers.
De Mercure tantôt empruntant le symbole,
Il dicte en ses instructions
L’art d’entraîner les nations
Par le charme de la parole.

Sous le nom d’Apollon il enseigne les arts ;
Pour assurer nos biens et défendre nos villes,
Il emprunte celui de Bellone et de Mars ;
Et pour rendre nos champs fertiles
Et faire jaunir les guérets,
Il se sert des présents et du nom de Cérès.


Après tant de bienfaits, quoi ! j’aurai l’insolence,
Dans une mer d’erreurs plongé dès mon enfance
Par l’imbécile amas de femmes, de dévots,
À cet être parfait d’imputer mes défauts ;
D’en faire un dieu cruel, vindicatif, colère,
Capable de fureur, et même sanguinaire ;
Changeant de volonté; réprouvant aujourd’hui
Ce peuple qui jadis seul par lui fut chéri !
Je forme de cet être une plus noble idée ;
Sur le front du soleil lui-même il l’a gravée.
Immense, tout-puissant, équitable, éternel,
Maître de tout, a-t-il besoin de mon autel ?
S’il est juste, faut-il, pour le rendre propice,
Que j’aille teindre les ruisseaux,
Dans l’offrande d’un sacrifice,
Du sang innocent des taureaux ?

Dans le fond de mon cœur je lui bâtis un temple ;
Prosterné devant lui, j’adore sa bonté,
Et ne vas point suivre l’exemple
Des mortels insensés de qui la vanité
Croit rendre assez d’honneurs à la divinité
Dans ces grands monuments de leur magnificence,
Témoins de leur extravagance
Bien plus que de leur piété.

Un esprit constant d’équité
Bannit loin de moi l’injustice ;
Et jamais ma noire malice
N’a fait pâlir la vérité,

Ou par quelque indigne artifice
Rompu les doux liens de la société.

Ainsi je ne crains point qu’un Dieu dans sa colère
Me demande les biens ou le sang de mon frère,
Me reproche la veuve ou l’orphelin pillé,
Le pauvre par ma main de son champ dépouillé,
Le viol du dépôt, ou l’amitié trahie,
Ou par quelques forfaits la fortune envahie.

Ainsi, dans ce moment qui finira mes jours,
Qu’il faudra te quitter, la Fare, et mes amours,
Mon âme n’ira point, flottante, épouvantée,
Peu sûre de sa destinée,
D’Arnaud ou d’Escobar implorer le secours;
Mais, plein d’une douce espérance,
Je mourrai dans la confiance
De trouver, au sortir de ce funeste lieu,
Un asile assuré dans le sein de mon Dieu.