Romans à lire et romans à proscrire/Texte entier

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L’abbé
Revue des lectures.

ROMANS A LIRE

&

ROMANS A PROSCRIRE

Nil Obstat
A. MARGERIN, vic. gén.
Censor ex officio.

Cameraci, 29 Februarii 1908.




Imprimatur
FRANCISCUS,
Archiep. Methymn. Coadjutor.
Cameraci, 29 Februarii 1908.
L’Abbé Louis BETHLÉEM


Romans à lire
&
Romans à proscrire


ESSAI DE CLASSIFICATION
AU POINT DE VUE MORAL DES PRINCIPAUX
ROMANS ET ROMANCIERS DE NOTRE ÉPOQUE
(1800-1920)
AVEC NOTES ET INDICATIONS PRATIQUES




SEPTIÈME ÉDITION




Bureaux de la REVUE DES LECTURES
Rue de Vaugirard, 77 || Rue Saint-Pierre, 5
PARIS (6e) || LILLE (Nord)
PRÉFACE




Cet ouvrage n’a plus besoin d’être présenté au public.

Il est connu dans toutes les parties du monde : depuis près de quinze ans qu’il a paru, il a obtenu auprès du clergé, des familles et des œuvres, un succès considérable ; pour beaucoup, il est devenu classique.

Il se recommande à tous par les services qu’il a rendus, par la multitude de renseignements qu’il donne, par le bien qu’il a réalisé, et enfin par les hautes approbations dont il a été honoré.

C’est une œuvre utile et nécessaire, disait la lettre pontificale adressée à l’auteur le 7 mars 1919… C’est pourquoi Sa Sainteté vous exprime ses vives louanges pour votre initiative si opportune et une satisfaction non moins sentie pour le succès qui l’a couronnée jusqu’ici…

La suprême approbation du Souverain Pontife, ajoutée à tant d’autres, a déjà consacré le succès de notre petit livre. Elle groupera, en rangs plus serrés encore, le public catholique autour de l’œuvre de salubrité morale et d’apostolat catholique dont Romans à lire… fut le premier essai.

L. B.
AVANT-PROPOS
DES PRÉCÉDENTES ÉDITIONS




Ce travail n’est pas une œuvre de littérature, de critique ou d’érudition ; il n’a même pas la prétention d’être une étude historique ou philosophique sur les principaux romans de notre époque. Comme l’indique son sous-titre, il est un essai de classification ; moins que cela encore, un catalogue raisonné, accompagné de quelques indications pratiques. Tout simplement.



Il ne s’adresse donc pas spécialement à des lettrés, mais à des consciences chrétiennes.

Des familles justement alarmées du dévergondage qui règne dans le roman contemporain, ont maintes fois demandé une liste d’ouvrages de ce genre pouvant être placés sans danger aux divers coins de la table de lecture ;

Des esprits cultivés, désireux de se mettre au courant de la littérature par la lecture des livres en vogue, mais plus soucieux encore de sauvegarder la paix de leur conscience en observant les lois de la prudence chrétienne, ont formulé le vœu de voir s’établir un judicieux départ entre les romans à lire et les romans à proscrire.

Des hommes enfin qui, par état, sont tenus d’être renseignés et sont souvent appelés à donner une décision ou un avis sur les livres dont on parle, se sont posé cette double question : Que valent tous ces auteurs ? Quels sont, parmi leurs ouvrages, ceux qu’on peut lire et ceux qu’on ne doit pas lire ?


I


Nous ne nous dissimulons pas qu’une telle entreprise présente de graves et multiples difficultés ; nous sommes même persuadé que la publication de cet essai donnera lieu à de nombreuses critiques.

« Comment donc ! s’exclameront des lettrés respectueux à l’excès des privilèges souverains et inaliénables de la littérature, vous proscrivez des romans ! Il n’y a pas de romans à proscrire ! Ces écrivains dont vous faites des malfaiteurs sont la gloire de notre pays ! Leurs ouvrages sont des chefs-d’œuvres de style, de psychologie, d’observation, de construction dramatique, etc. Et vous les proscrivez ! n’est-ce pas pousser la sévérité jusqu’à l’injustice et la barbarie ? Un pareil ostracisme n’est-il pas un outrage à l’esprit humain ? »

Assurément, ce langage n’est pas pour nous surprendre ; tous ceux qui ont affiché la prétention — et ils sont légion — d’émanciper l’art, la politique, l’économie sociale, le mariage, etc., l’ont employé dans leurs manifestes avec peu ou point de variantes.

Oui, la littérature est indépendante de la morale, en ce sens qu’elle a son objet et son domaine à elle. Mais en tant quelle est l’œuvre d’un homme, et quelle s’adresse à des hommes, elle relève des lois qui régissent l’homme même, et elle a la stricte obligation de s’y soumettre. Si illustre et si puissante qu’elle soit, elle n’a pas le droit de se mettre à la traverse sur le chemin que l’homme doit parcourir pour atteindre sa fin. Qu’elle s’abstienne de prier, de chanter les louanges du Seigneur et d’enseigner les devoirs imposés aux créatures, soit. Mais si elle n’a pas pour mission essentielle de psalmodier ou de catéchiser, il lui est rigoureusement interdit de blesser, d’aveugler, et surtout de souiller et d’égarer. Quand elle profère des blasphèmes ou étale des lubricités, eût-elle pour apôtres et pour thuriféraires, des génies incomparables, elle devient un obstacle à la fin supérieure de l’homme. La morale a le droit de le dire, et appuyée sur l’histoire, elle a toute facilité de le prouver. En son nom, les moralistes ont le devoir de la proscrire. Il y a donc des romans à proscrire.


II


« Soit, dira quelqu’un, mais encore faut-il apporter dans cette œuvre de sélection un certain tempérament et ne pas pousser la sévérité jusqu’à la rigueur. Sans doute, la morale a des droits supérieurs à ceux de l’art et de l’imagination et elle est admise à les faire valoir. Mais n’est-ce pas la mal comprendre et la mal servir que de condamner en son nom des ouvrages de valeur, alors que des critiques, en l’espèce très qualifiés, les jugent avec une réserve très respectueuse, alors que des journaux catholiques (oh ! combien !) les recommandent à leurs lecteurs sans aucun scrupule ? Qu’on dérobe aux regards de la jeunesse des obscénités crues et des scènes troublantes, personne n’y contredira ; mais c’est mauvais calcul, ingénuité et injustice de forcer la plupart des vivants à lire exclusivement des berquinades sur la piété filiale, des romans à la guimauve et des sornettes sans valeur. »

Évidemment, ce sont des artistes qui parlent ainsi. Ils répondent par avance à ceux qui nous trouveront trop larges. Nous leur rendrons cette justice qu’ils tiennent compte, plus que d’autres imprudemment timorés, des exigences de l’art ; mais nous devons les avertir qu’ils font trop bon marché des exigences de l’âme.

Il y a sans doute des hommes exceptionnellement doués, des cérébraux, des esthètes, qui, par tempérament ou en vertu de je ne sais quelle oblitération du sens moral, voient en tout exclusivement la forme du beau et le beau de la forme.

La masse des lecteurs ne leur ressemble guère ; et ce serait par trop ignorer l’humanité de ne pas le reconnaître.

Ce serait oublier la faiblesse humaine que de la croire inaccessible, insensible aux séduisantes fictions du vice ou de l’erreur. Ce serait ignorer l’histoire aussi que de nier les ravages immenses et profonds produits par la lecture de ces romans, trop peu réservés qui, selon le mot de Jules Vallès, « font pleurer les mères et travailler les juges ».

C’est dans le but de prévenir, chez ceux qui voient, ces lamentables catastrophes, que nous proscrivons certains livres et que pour certains autres, nous demandons la prudence, en ne les permettant qu’à des lecteurs raisonnables et plus âgés.


III


« Comment établir ces catégories ? dira-t-on. Une œuvre aussi étendue et aussi délicate exige chez celui qui ose l’entreprendre et qui a la volonté de l’accomplir assez loyalement, pour la rendre utile, une vaste érudition, beaucoup de lectures et une connaissance déliée de toutes les productions contemporaines, lesquelles sont parfois répugnantes et en tout cas innombrables et chaque jour plus nombreuses… Dès lors, peut-on espérer réussir ? ».

En effet, le travail est immense, puisque, au témoignage des spécialistes, l’étude complète du roman contemporain exigerait la lecture de 40.000 volumes… Évidemment nous ne nous sommes pas imposé et nous ne pouvions nous imposer cette tâche surhumaine. Mais les notes que nous avons recueillies et soumises au contrôle de théologiens et de littérateurs autorisés, les collaborations sérieuses que nous nous sommes assurées, le concours que nous ont prêté des personnes du monde parfaitement compétentes, nous ont permis de porter sur un grand nombre de romans et de romanciers, un jugement sérieusement motivé.

De telle sorte que, si nous sommes le premier à reconnaître que l’ouvrage n’est pas exempt d’imperfections, les garanties dont il fut entouré et les approbations qu’il a reçues nous autorisent à espérer qu’il pourra rendre quelques services.

Du reste, il n’est pas définitif. On a dit (c’est M. Brunetière, si je ne me trompe) que l’on devait considérer les premières éditions des œuvres comme des essais informes que ceux qui en étaient auteurs proposaient aux personnes de lettres pour en apprendre leur sentiment.

Bien volontiers, nous prenons pour nous cette observation et ce vœu. Si les lacunes et les défauts mêmes de cet ouvrage nous valent et nous rapportent des critiques, des contradictions, des leçons qui le rendent meilleur, nous remercierons Dieu et nos obligeants lecteurs.


IV


Ceux-ci nous présenteront peut-être encore une dernière observation et ils diront : « Entre l’Assommoir et l’Auberge de l’Ange gardien, il y a une distinction que tout le monde établit facilement. Mais entre le premier qui doit être proscrit et le second qui est moralement inoffensif, il y a des milliers d’ouvrages qu’il paraît impossible de « catégoriser » d’une manière absolue au point de vue moral. Comment se reconnaître dans cette zone si étendue et si peuplée ? Comment oser la diviser en districts, de façon à déterminer, pour chaque série de livres, le genre de lecteurs qui lui convient ? »

Les dangers et l’utilité des lectures sont en effet tout ce qu’il y a de plus relatif, de plus individuel et de plus difficilement déterminable. Chaque âge, chaque mentalité, chaque condition, chaque profession même a ses goûts, ses besoins, ses dangers et ses droits. Ce serait témérité et folle présomption de prétendre y pourvoir d’une manière intégrale autrement que par des directions particulières. Il y a cependant, au-dessus des lois qui doivent présider à cette œuvre individuelle, à ce régime moral, des lois générales et inflexibles qui constituent une hygiène nécessaire. Il y a, en dehors des dangers qui affectent des individualités, d’autres dangers auxquels la majorité des âmes ne saurait se soustraire ; à côté des lectures qui sont dangereuses ou utiles respective, comme s’expriment les théologiens, il y en a qui le sont absolute

Ce sont ces lois que nous avons essayé de dégager et ce sont ces dangers que nous avons voulu conjurer en établissant notre classification et en rangeant par catégories distinctes les romanciers et les romans.

Les romanciers d’abord. Nous avons essayé de les définir et de les distinguer par ce qui domine en eux. Et d’après ce critérium, nous n’avons rien trouvé de mieux que de les répartir, conformément au langage courant, en trois classes : les mauvais, les intermédiaires et les bons.

En premier lieu, nous appelons mauvais tous ceux dont les ouvrages ont été même partiellement portés à l’Index ; dès lors que l’Église s’est prononcée sur le caractère dangereux d’un livre, nous devons nous incliner et condamner ce qu’elle a condamné elle-même. Si les auteurs frappés ont produit des ouvrages qui doivent trouver grâce devant la morale chrétienne comme devant les jugements ecclésiastiques, nous sommes tenus en justice de les signaler en leur attribuant la note qu’ils méritent, mais ne pouvons pas oublier que la censure de l’Église, en atteignant un écrivain, le marque d’un trait qui domine toute sa littérature et la rend un peu suspecte… C’est pourquoi nous mettons tous ces auteurs dans une catégorie spéciale… C’est notre première liste de proscription.

Dans la seconde, nous avons rangé les romanciers qui, dans la généralité de leurs œuvres, combattent les doctrines religieuses ou les bonnes mœurs et font ainsi de leur littérature, intentionnellement ou non, un moyen de perversion. Ces auteurs sont, hélas ! très nombreux ; s’ils n’ont pas été personnellement censurés par l’Église, ils n’en sont pas moins condamnés…

Dante les aurait plongés dans les « cercles » de son enfer avec l’ensemble de leurs œuvres. Pour nous, nous avons eu soin de distraire de ce bloc de géhenne, les ouvrages inoffensifs ou moins dangereux… Mais nous avons pensé qu’au total, il était juste de flétrir ces auteurs ; et c’est à cause du caractère dominant de leurs écrits que nous les avons placés dans notre seconde liste de proscription.



Après les proscrits, les suspects ; après les mauvais, les intermédiaires.

Ce sont ceux, qui ne faisant pas de l’irréligion et du vice un devoir et une habitude, sont cependant répréhensibles occasionnellement, soit en soutenant des thèses erronées sur des points secondaires, soit en jetant au milieu d’un livre sérieux et utile quelques pages trop libres, soit enfin en exaltant l’amour outre mesure et en lui donnant trop d’influence sur le cœur, la conscience et la destinée de l’homme. Ce sont ceux qui, à côté de livres pernicieux, en ont publié de très bons ; ou encore ceux qui, après avoir évolué longtemps autour de la mare fangeuse du péché, paraissent s’en être définitivement éloignés pour semer dans de fertiles sillons un bon grain très peu mêlé d’ivraie.

Il nous a paru aussi injuste de proscrire absolument ces auteurs que de les recommander sans réserve. C’est pourquoi nous les avons réunis dans un « cercle » à part, le « purgatoire » de notre troisième catégorie.

Enfin, voici les bons auteurs ou plutôt les bons livres. Nous ne disons pas le « paradis », car il en est bien peu de parfaits : nil ab omni parte beatum, comme dit le poète… Si nous affirmons qu’ils sont à lire, nous ne prétendons pas, tant s’en faut, qu’ils soient toujours nécessaires au perfectionnement de l’homme ; nous voulons faire entendre surtout que ceux qui les fréquenteront sont sûrs de se trouver en honnête compagnie.

Cependant, hâtons-nous de le rappeler, ce qui est foncièrement et loyalement bon n’est pas également utile à tous. Aussi, comme les livres dont il s’agit ici sont plus généralement confiés à des âmes jeunes où tout porte et tout reste, nous avons jugé éminemment pratique d’en dresser une triple liste, selon qu’ils conviennent surtout aux jeunes gens formés, aux adolescents, et aux enfants. L’importance de ce travail de sélection dont nous parlons d’ailleurs plus loin, paraîtra évidente à tous ceux qui comprennent notre but et réfléchissent tant soit peu sur l’influence décisive des lectures dans l’éducation…

Ces dernières pensées nous ont dirigé dans la classification des romans eux-mêmes. Dès les premières pages et dans tout le cours de ce catalogue, nous nous sommes trouvé en présence de livres variés, bons ou mauvais, qui pouvaient être utiles à quelques-uns, inutiles ou nuisibles pour d’autres. Nous nous sommes appliqué à préciser la destination qui leur convenait le mieux, d’après les principes que nous exposons plus loin.

Ce n’est pas certes que nous ayons prétendu établir un régime de lectures ; l’entreprise serait téméraire et ce n’était pas notre but. Nous avons voulu uniquement marquer des limites et prévenir des dangers.

Les notes elles-mêmes que nous avons répandues à travers cette « armature » parfois boiteuse n’ont pas d’autre objet. Si peu fouillées et si peu littéraires qu’elles soient, elles visent à être exactes et pratiques ; si sévères qu’elles paraissent, elles ne sont pourtant que très prudentes.

En réservant pour telle catégorie de lecteurs tel livre ou tel auteur déterminé, soit dans les notes, soit dans la classification, nous n’avons pas eu, en effet, l’intention de l’interdire à tous ceux qui n’ont ni leur âge, ni leur maturité, nous avons seulement voulu dire : Prenez garde, il y a probablement danger pour vous.

À une époque ou, dans les lectures, l’imprudence cause plus de désastres moraux que la perversion, c’est quelque chose que d’essayer de la prévenir.

Ceux qui mépriseront nos conseils et qui, sans être assez sûrs d’eux-mêmes, s’engageront plus avant que nous le leur permettons, ne feront pas tous naufrage ; mais ils reconnaîtront peut-être par expérience que, s’ils n’ont pas trop souffert, d’autres, moins avertis, s’exposeraient, en suivant la même route, à de sérieuses avaries, et au nom de la charité qui unit en Dieu toutes les âmes chrétiennes, ils nous remercieront.

Fête de Saint-Michel, 29 Septembre 1904.

I

Romans à proscrire

EN VERTU DES DÉCRETS DE L’INDEX




L’Église a, en vertu des pouvoirs qu’elle tient de son divin Fondateur, le droit et le devoir de condamner l’erreur et le mal partout où ils se rencontrent ; elle a aussi, par une conséquence naturelle, le droit de condamner les livres opposés à la foi ou aux mœurs chrétiennes ou ceux qui, sans être mauvais, sont dangereux à ce double point de vue.

Ce droit, l’Église l’a exercé de tout temps ; et, de nos jours encore, elle a pris soin d’indiquer, dans ses lois et dans son Index, les ouvrages dont les fidèles doivent, sous peine de péché, s’interdire la lecture.

Il y a d’abord les livres dont la lecture est défendue sous peine d’excommunication réservée au Pape (Bulle Apostolicæ Sedis). Ce sont les livres nommément prohibés par Lettres apostoliques : le plus connu s’intitule « Les paroles d’un croyant », de Lamennais, condamné par une encyclique de Grégoire XVI, le 25 juin 1834.

Ce sont ensuite des ouvrages écrits par des hérétiques ou des apostats et qui soutiennent l’hérésie. Il n’entre pas dans notre plan de poser et de résoudre tous les problèmes de casuistique que ce texte peut soulever. Toutefois, il n’est pas sans intérêt d’observer que certains romans paraissent susceptibles d’être atteints par cette loi.

Sans doute, nous ne connaissons pas et il n’y a pas de romanciers qui aient été déclarés hérétiques et apostats par l’Église ; mais plusieurs d’entre eux, par exemple, Renan, Balzac, Dumas, etc., d’une part, Zola, d’autre part, ne doivent-ils pas être considérés à bon droit comme tels, soit parce qu’ils ont défendu les doctrines hérétiques, soit parce qu’ils se sont volontairement éloignés de la vraie religion ? Et certains de leurs ouvrages d’imagination ne soutiennent-ils pas assez ouvertement l’hérésie pour que la lecture en soit interdite sous peine d’excommunication ? « L’Ami du Clergé » répond par l’affirmative. Cependant, comme cette question est plutôt du ressort des canonistes et des théologiens que du domaine exclusivement pratique, nous passons outre.

Il y a, en second lieu, des écrits qui sont simplement à l’Index, ou, plus exactement, qui sont condamnés par les décrets de la Congrégation de l’Index.

Ces décrets — il importe de le noter — ne sont pas tous infaillibles, parce qu’ils ne sont pas généralement publiés sous forme de bulle ou de bref. Ils n’en ont pas moins une haute valeur doctrinale et force de loi dans l’Église universelle.

Quel est l’objet de cette loi ? Nous ne saurions mieux répondre à cette question qu’en résumant les commentaires de l’excellent « Ami du Clergé » sur la constitution apostolique Officiorum ac munerum, du 24 janvier 1897.

Les livres nommément condamnés le sont globalement, comme par exemple, ceux de Zola : Æmilius Zola : opera omnia ; — partiellement, par exemple, ceux de Dumas : Alexander Dumas : omnes fabulæ amatoriæ ; — ou bien individuellement, par exemple, ceux de Lamartine : A. Lamartine : « Jocelyn » ; « Voyage en Orient » ; « la Chute d’un ange ».

Ces deux expressions : omnes fabulæ amatoriæ et opera omnia appellent quelques éclaircissements.

Quand tous les ouvrages d’un auteur sont condamnés en bloc par les mots : opera omnia, il y en a cependant qui échappent à la condamnation. S’ils traitent des questions religieuses, ils sont tous effectivement prohibés et aucun d’eux ne peut être lu sans violation de la loi de l’Église, sauf dispense. Mais s’ils ne traitent pas de questions religieuses, et si, d’autre part, ils ne sont ni nommément condamnés, ni atteints par la loi générale, ils peuvent être lus aux conditions ordinaires. Exemple : « Le Rêve », de Zola[1].

Deuxièmement : certains auteurs ne sont condamnés que pour leurs fabulæ amatoriæ, c’est-à-dire, d’après des commentateurs autorisés, pour des romans d’amour impur, récits inventés et formellement obscènes. Par conséquent, les ouvrages de ces auteurs qui ne sont pas des romans d’amour impur, échappent aux rigueurs de la loi positive et doivent être exclusivement jugés d’après les principes de la loi naturelle. Exemples : leurs comédies et œuvres dramatiques (« L’Ami du Clergé », 1902, page 487), leurs « Impressions » et « Récits de voyages », leurs œuvres quelconques, comme « Le Comte de Monte-Cristo », roman dû à Alexandre Dumas ; « François le Champi », « La Petite Fadette », « La Mare au Diable », romans champêtres de George Sand.

La Congrégation de l’Index n’a pu condamner nommément qu’un nombre restreint de livres condamnables, comme on peut en juger par la liste que nous donnons plus loin. Pour les autres, elle les a condamnés en vertu d’une loi générale. 1° Ce sont d’abord les ouvrages dans lesquels sont enseignés l’hérésie, le schisme, des doctrines incompatibles avec la vraie religion, ou encore, dans lesquels sont combattus les fondements de la religion, les vérités qui servent de base indispensable à la révélation, telle que l’existence de Dieu, la spiritualité de l’âme, etc.

2° Ce sont ensuite les œuvres impies qui s’attaquent à Dieu, à la Sainte Vierge, aux Saints, à l’Église catholique, au Culte, aux Sacrements et au Saint-Siège apostolique ; les livres qui, de parti pris, attaquent la hiérarchie ecclésiastique et injurient l’état clérical et religieux ; ceux qui enseignent la licéité du duel, du suicide, du divorce ; ceux qui représentent la Franc-Maçonnerie et les Sociétés secrètes comme utiles ou inoffensives pour l’Église ou la Société civile ; ceux qui patronnent des erreurs condamnées par le Saint-Siège et spécialement par le Syllabus.

3° Ce sont enfin ceux qui sont ex-professo obscènes [2], comme de nombreux romans.

Pour que ces derniers écrits tombent sous le coup de cette loi, il faut :

Qu’ils soient pornographiques et qu’il y soit question de choses lascives et obscènes ;

Que l’auteur les traite, les reconte ou les enseigne ; Qu’il le fasse ex-professo, c’est-à-dire formellement, ouvertement. Pour que le mot ex-professo soit vérifié, dit « La Revue théologique française » (1897, p. 35), il faut que l’attaque aux mœurs soit directe, mais il n’est pas nécessaire qu’elle le soit explicitement, c’est-à-dire du fait de l’auteur ; il suffit que l’ouvrage, par sa nature et son contenu, attaque ouvertement les mœurs. Quelques lignes ne suffisent pas ; mais il n’est pas nécessaire que l’immoralité remplisse tout l’ouvrage, il suffit d’une partie notable.

En conséquence, si cette loi n’atteint pas tous les livres d’amour, tous les ouvrages galants, parce qu’on ne peut pas dire que tous, quoique plus ou moins dangereux, traitent, racontent, enseignent ex-professo des choses obscènes, si les livres de chirurgie et d’anatomie y échappent certainement, il reste cependant qu’une grande partie de notre littérature contemporaine déjà condamnée par la loi naturelle, est de plus frappée par la loi positive de l’Église. (Index, Titre II, Chapitre IV). Tel est du moins le sentiment du P. Desjardins (« Études Religieuses », 1897, page 476 et suivantes) [3].

4° Contentons-nous de rappeler en passant que la loi de l'Index condamne de plus les journaux, revues et périodiques de tous genre qui attaquent la foi ou les mœurs et recherchons de suite quelle est la gravité de toutes ces lois.

Contrairement à ce que pensent beaucoup de gens du monde, il ne s’agit pas ici d’un simple conseil, d’une direction auxquels on peut impunément se soustraire ; il s’agit d’un précepte grave auquel tous les chrétiens, enfants de l’Église, sont en conscience obligés de se soumettre.

Il est donc défendu, sous peine de transgresser la loi positive de l’Église — et le plus souvent la loi naturelle — de lire, de garder et de prêter ces écrits condamnés. De l’avis des théologiens, c’est désobéir gravement à l’Église et c’est commettre une faute de lire, dans un livre à l’Index, une seule page répréhensible, ou même cinq à six pages indemnes. C’est aussi commettre une faute de lire habituellement et sans raison sérieuse, ou même quelquefois, s’il y a danger grave de conscience, un journal, une revue, un périodique quelconque condamné par la loi générale.



Ces observations paraîtront peut-être à plusieurs des nouveautés inopportunes ; elles ne sont pourtant que l’expression de la volonté souverainement sage et respectable de « notre mère la sainte Église » concernant des auteurs ou des œuvres dont voici la nomenclature :


Gabriele d’Annunzio. — Omnes fabulæ amatoriæ, romans et nouvelles ; Omnia opera dramatica ; Prose scelte (Décret du 9 mai 1911).

Gabriele d’Annunzio, célèbre poète et romancier italien, né en 1864. Ses premiers écrits, d’une hardiesse excessive, provoquèrent dans toute la péninsule une profonde émotion. « La louange m’enivra, dit l’auteur : je me jetai dans la vie éperdument, avide de plaisirs et avec toute l’ardeur de ma jeunesse. » Il n’y réussit que trop : ses égarements, ses aventures scandaleuses et particulièrement ses démêlés avec la Duse, qui occupèrent la presse pendant de longues semaines, firent du jeune débauché, l’un des plus répugnants personnages qui soient entrés dans l’histoire littéraire. On sait que depuis, il a appelé l’Italie aux armes par des discours retentissants, accompli de nombreux exploits et finalement lancé contre nous de furieuses diatribes.

Et l’écrivain ? C’est, d’après les critiques, un réaliste brutal et impudique, un psychologue passionné qui analyse à fond les sensations, un baudelairien qui mêle le catholicisme à la volupté, un disciple de Tolstoï et de Nietzsche, un descriptif séduisant, un naturaliste qui représente l’amour comme un transport physique et met en scène, avec une complaisance marquée, des Don Juan sans vergogne.

Ces histoires voluptueuses, ces romans tout traversés de la fièvre des sens, où « coule, comme un fleuve grisant, la symphonie de la chair et des parfums » (le protestant Édouard Schuré, dans la Revue bleue) ont été pour la plupart traduits en français, et introduits chez nous en 1895 par M. de Vogué qui fit de leur auteur l’artiste éponyme d’une renaissance latine !


Honoré de Balzac. — Omnes fabulæ amatoriæ. (Décrets de l’Index, en date des 16 septembre 1841 ; 28 janvier 1842 ; 5 avril 1842 ; 20 juin 1864).

Honoré de Balzac (1799-1850). Après une longue période de tâtonnements, d’insuccès et d’embarras pécuniaires, Balzac se rendit tout à coup célèbre par la publication de la Physiologie du mariage (chapitres licencieux) et de la Peau de Chagrin (œuvre bizarre et parfois graveleuse).

Travailleur infatigable, observateur patient, doué d’une imagination exceptionnelle et d’une heureuse mémoire, il voulut décrire les mœurs de sa nation comme l’avait fait Walter Scott, entassa pendant vingt ans volumes sur volumes, et devint l’un des maîtres du roman moderne. Tous ses romans ont été groupés sous le titre de Comédie humaine et répartis en différentes « scènes » (scènes de la vie privée, de province, parisienne, politique, de campagne). Ils reproduisent une grande variété de caractères (5.000 personnages) longuement décrits, d’une vérité saisissante, mais souvent exagérée par « la perspective de théâtre » ; ils abondent en descriptions et en inventaires et font jouer les premiers rôles à l’argent et aux femmes. En 1843, le journal La Sylphide représenta l’auteur, dans une caricature, déguisé en serpent tentateur de femmes.

Parmi ses 97 ouvrages, nous signalons seulement :

1° Ceux qui sont nommément condamnés par les décrets ecclésiastiques dont nous avons rappelé plus haut les dates : Le lis dans la vallée ; Physiologie du mariage ; Le livre mystique ; Les cent contes drôlatiques ; Nouveaux contes philosophiques ; Contes bruns ; L’Israëlite ; L’Excommunié ; Un grand homme de province à Paris ; Berthe la repentie, conte drôlatique ; Jane la Pâle ; Le vicaire des Ardennes ; La femme supérieure ; La maison Nucingen ; La torpille ; Le père Goriot ; Histoire des treize (Ferragus ; La duchesse de Langeais ; La fille aux yeux d’or) ; Splendeurs et misères des courtisanes ; Esther heureuse.

2° Quelques autres romans d’amour impur, qui tombent vraisemblablement sous la condamnation portée par l’Index en ces termes : Omnes fahulœ amatoriœ ; soit : La cousine Bette ; Honorine ; La femme vertueuse ; La femme abandonnée ; La femme de trente ans ; La fausse maîtresse ; Béatrix ; La grande Brétêche ; Le colonel Chabert ; Une passion dans le désert ; Contre-amour ; Sarrazine, etc.

3° Ses romans à peu près chastes, qui peuvent être lus par des personnes d’âge raisonnable : César Birotteau (drame commercial) ; La recherche de l’absolu (l’alchimiste qui cherche le moyen de tout transformer en or) ; Pierrette (facile à expurger pour feuilletons) ; Le médecin de campagne (insinuations contre le clergé ; vilaines amourettes) ; Le curé de village ; L’illustre Gaudissart (le commis voyageur) ; Eugénie Grandet (tableau incomparable des mœurs mesquines des petites villes) ; Ursule Mirouet (quelques pages assimilent Jésus à un magnétiseur) ; Les Chouans (roman historique avec intrigue d’amour) ; La Vendetta (d’un dramatique achevé) ; Le cousin Pons (collectionneur d’objets d’art). Lire aussi Pages choisies [4].


Jules Bois. — Le Satanisme et la Magie. (Mis à l’index par un décret du 21 août 1896).

Jules Bois, né à Marseille en 1868, poète, essayiste, journaliste, romancier, auteur dramatique, conférencier et enfin pèlerin d’Asie. Il est surtout connu comme le plus notable représentant, sinon le créateur d’une psychologie occultiste : Le Satanisme et la Magie (à l’index) ; L’au delà et les forces inconnues ; Le miracle moderne (où il prétend démontrer entre autres Choses que le miracle est en nous !) ; L’éternel retour (divagations pythagoriciennes opposées à la doctrine chrétienne) sont des ouvrages manifestement inspirés par cette préoccupation.

Ses romans sur la femme et le féminisme : L’Eternelle poupée ; L’Eve nouvelle ; la Femme inquiète ; Une nouvelle douleur sont très suspects au point de vue moral, L’Amour doux et cruel publié en 1913, chante un hymne à la passion charnelle. Quant à ses Visions de l’lnde, elles renferment, à côté d’horribles tableaux et des scènes… orientales, des notes presque chrétiennes.


Jean-Jacques de Casanova de Seingalt. — Mémoires écrits par lui-même. (Mis à l’index par un décret du 28 juillet 1834).

Jean-Jacques Casanova (1725-1803), aventurier célèbre, raconta dans ses Mémoires répugnants de dépravation et de libertinage, les scandales et les intrigues de sa vie errante et licencieuse…


Champfleury. — Omnes fabulæ amatoriæ (Décret de l’index en date du 28 juin 1864).

Champfleury (Jules-Husson Fleury, dit) (1821-1889). Ses vilaines anecdotes dans lesquelles il a dépeint, en traits bizarres et grotesques, les mœurs parisiennes, bourgeoises, bohêmes, sont presque totalement délaissées. On trouve cependant dans certaines bibliothèques : Chien caillou (amour d’un jeune graveur, d’un lapin et d’une fillette) ; Les Aventures de Mlle Mariette (aventures d’une courtisane) ; Les Bourgeois de Molinchart (mœurs bourgeoises et histoire d’une femme spirituelle qui finit par pécher), romans qui semblent bien être des Omnes fabulæ amatoriæ ; Le réalisme (à l’index) ; Les Sensations de Josquin (nouvelles d’amour auxquelles s’ajoute l’inoffensif Bonhomme Misère), La Succession Le Camus (chasse à l’héritage) ; Les Oies de Noël (un crime puni) ; et surtout Les souffrances du professeur Delteil (amour qui ne nous semble pas devoir être qualifié impur) ; Fanny Minoret (établit dans un récit touchant que l’éducation de l’enfant doit commencer avant la naissance).


Jacques-Albin-Simon Collin de Plancy. — Opera omnia (Décret de la Sacrée Congrégation de l’Index, 10 septembre 1827).

Collin de Plancy (1793-1881), littérateur français, né à Plancy et mort à Paris. Dans la première partie de sa carrière, il publia de nombreux écrits, empreints de la philosophie incrédule et railleuse du XVIIIe siècle, et où il déversait le sarcasme sur la religion. Ce sont ces ouvrages qui sont condamnés par l’Index.

En 1841, il revint aux croyances de sa jeunesse, rétracta son œuvre, et consacra son influence et sa plume à la propagande religieuse. Parmi les ouvrages appréciés de cette seconde manière, nous citons : Légendes de la Vierge ; Légendes des commandements de Dieu ; Légendes des sept péchés capitaux ; Légendes des vertus ; Légendes de l’histoire de France (La cour du roi Dagobert ; Les douze convives du chanoine de Tours ; Godefroi de Bouillon, etc.) ; Légendes des philosophes ; Grande vie des Saints, en collaboration avec l’abbé Daras.


Benjamin Constant de Rebecque.Commentaire sur l’ouvrage de Filangieri ; De la religion considérée dans sa source, ses formes et son développement. (Décret du 11 juin 1827).

Benjamin Constant (1766-1830), orateur et publiciste dont la vie aventureuse est assez connue. On a voulu en reconnaître quelques traits dans Adolphe, roman navrant où sont analysées les souffrances de deux cœurs mal assortis et unis par un amour coupable.


Pierre Dufour.Histoire de la prostitution chez tous les peuples du monde depuis l’antiquité la plus reculée jusqu’à nos jours. (Décret du 20 avril 1852).

Pierre Dufour, de son véritable nom Paul Lacroix (1805-1884), est un polygraphe qui signa aussi Antony Dubourg, et attacha surtout sa célébrité au pseudonyme plus connu de Bibliophile Jacob.

Sa fécondité fut merveilleuse. Il fouilla les livres toute sa vie et réussit à rendre l’érudition attrayante, en donnant sur les arts et les mœurs des derniers siècles des ouvrages intéressants. Celui qui est condamné par l’Index fut, en son temps, saisi par la police, avec les Mémoires curieux qui en sont la suite.

Collaborateur de Dumas, il produisit aussi des romans historiques et des récits imaginaires parmi lesquels nous choisissons, sans les recommander, les livres inoffensifs suivants : Les hauts faits d’Assoucy ; Le Dieu Pépitus ; Le revenant du Château ; Un p’tit homme ; Aventures d’un petit orphelin : Contes littéraires à mes petits enfants ; Les histoires d’autrefois.

Alexandre Dumas, père. — Omnes fabulæ amatoriæ (Décret du 22 juin 1863).

Alexandre Dumas père (1803-1870). Malgré ses nombreuses invraisemblances, ses atteintes à la morale et au bon sens, son style à la « diable », ses erreurs et contre-sens historiques très graves, il a été et il reste encore le roi des amuseurs, l’un des romanciers dont les ouvrages sont les plus fréquemment demandés dans les bibliothèques publiques. Il a écrit ou signé 257 volumes de romans et 25 volumes de drames.

Son imagination si fertile, sa verve intarissable, son joyeux entrain, la vivacité de son action théâtrale, le naturel de son dialogue et de son récit, sa bonhomie charmante, son audace même et le vide de ses idées lui ont gagné les sympathies du peuple qui lit.

Parmi les drames pseudo-historiques, romans de cape et d’épée, où l’histoire travestie des phases les plus troublées se mêle à des scènes d’amour, nous citons : La Reine Margot ; La Dame de Montsoreau ; les Quarante-Cinq (l’action se passe à la fin des Valois) ; Le Bâtard de Mauléon (rivalité de Pierre le Cruel et de Henri de Transtamare) ; Les trois Mousquetaires (d’Artagnan et les autres ; occupe une place à part dans cette œuvre prodigieuse) ; Vingt ans après ; Dix ans plus tard ou le vicomte de Bragelonne (sous Louis XIII et la minorité de Louis XIV) ; Le chevalier d’Harmenthal (la conspiration de Cellamare sous la Régence) ; Le chevalier de Maison-Rouge ; Le collier de la Reine (préludes de la Révolution) ; Joseph Balsamo ou les Mémoires d’un médecin (Cagliostro) ; Ange Pitou (la Bastille et les Journées d’octobre) ; San Félice (les Carbonari et la cour de Naples pendant la Révolution) ; Les compagnons de Jéhu (commencement de l’Empire) ; La guerre des femmes ; Olympe de Clèves ; La louve de Machecoul.

Tous ces romans, spécialement visés par l’ancien Index à cause de leurs tendances protestantes, semblent ne pas tomber aujourd’hui sous la censure de l’Eglise, au moins comme fabulæ amatoriæ. Il en est de même du Comte de Monte-Christo, roman d’aventures qui a encore un immense succès.

Quant à ses récits de voyage : Suisse ; Excursions sur les bords du Rhin ; Une année à Florence ; Le Midi de la France : Le Speronare (en Sicile) ; La villa Palmieri (midi de l’Italie) ; En Russie ; etc., ils peuvent être lus avec précaution.

Citons encore les principaux romans de mœurs et d’amour : Issac Laquedem (œuvre sacrilège) ; La salle d’armes (horreurs et amour) ; Le capitaine Paul : Les crimes célèbres (15 volumes) ; Sylvandire ; Gabriel Lambert ; Amaury ; Fernande ; Une fille du Régent ; Les frères Corses ; Les deux Dianes ; etc., etc.

Et notons enfin que tout le monde peut lire : Histoire de mes bêtes ; la Bouillie de la comtesse Berthe (pour enfants) ; Le capitaine Pamphile : Jehanne la Pucelle (romans historiques qui offrent seulement quelques détails répréhensibles) ; Histoire d’un casse-noisette : Le Père Gigogne ; Pages choisies.


Alexandre Dumas, fils. — Omnes fabulæ amatoriæ (Décret du 22 juin 1863). La question du divorce (Décret du 21 juin 1880).

Alexandre Dumas, fils naturel du précédent (1824-1895), est surtout auteur dramatique.

Il entra dans la célébrité avec la Dame aux Camélias (une mondaine, Marguerite Gautier, a pour amant Armand Duval… À la prière du père de celui-ci, elle l’abandonne et meurt de chagrin, non sans avoir revu un instant son Armand) et Diane de Lys (même genre).

Ces deux romans, mis à la scène et représentés avec succès, décidèrent de la vocation de Dumas. Il fit, pour le théâtre, de nombreuses pièces où il peignit les mauvaises mœurs, défendit le divorce et prêcha l’union libre, avec un succès qui dure encore.

Il n’abandonna pas cependant le roman et produisit un certain nombre d’ouvrages que nous n’énumérons même pas, parce qu’ils ne sont guère lus et sont certainement condamnés par l’Église, au même titre que la Dame aux Camélias et Diane de Lys, soit comme fabulæ amatoriæ, soit comme défendant des thèses contraires à la doctrine de l’Église (article 14 de l’Index).


Alphonse Esquiros.Les Vierges folles. (20 juin 1844). Les Vierges martyres (id). Les Vierges sages (id). L’Évangile du peuple (3 mars 1831).

Alphonse Esquiros (1814-1876) a fait des poésies et romans socialistes et licencieux. On peut lire, malgré les idées fausses : L’Angleterre et la vie anglaise (4 vol.).


Ernest Feydeau.Omnes fabulæ amatoriæ (Décret du 20 juin 1864).

Ernest Feydeau (1821-1873). Ses romans qui abondent en descriptions et en analyses anatomiques, ont eu en leur temps une grande vogue. Le plus connu, c’est Fanny, roman-poème d’un réalisme très sensuel qui obtint un immense succès de scandale. Il est certainement à l’Index, ainsi que Daniel, Catherine d’Overmeyre, et la trilogie pleine de turpitudes : Un début à l’Opéra : Monsieur de Saint-Bernard ; Le mari de la danseuse. Quoi qu’en dise l’auteur, ce sont là, au témoignage des moins prudes, des choses qu’il ne faut pas écrire. Le reste ne vaut pas la peine d’être nommé.


Gustave Flaubert.Madame Bovary (Décret du 20 juin 1864). Salammbô (id).

Gustave Flaubert (1821-1880). Est appelé assez justement le père et le roi du roman moderne, à cause de la pureté de son style et de l’exactitude documentaire de ses observations. Il n’a pourtant publié que quelques ouvrages :

La tentation de Saint-Antoine, rêverie philosophique et mystique ; L’éducation sentimentale, œuvre misanthropique ; Bouvard et Pécuchet, histoire assez fatigante de deux copistes qui s’appliquent successivement à toutes les sciences, à tous les métiers, y jouent partout de malheur et reviennent à leur premier état ; Salammbô, roman étrange où l’histoire, l’archéologie, l’imagination évoquent dans des pages éblouissantes tout le vieux monde de Carthage. Madame Bovary est un chef-d’œuvre : c’est l’histoire d’une femme romanesque et sentimentale ; dégoûtée de l’existence vulgaire que lui fait son mari, elle se laisse séduire par deux affections étrangères, ruine son intérieur et finit par s’empoisonner. L’éclat du style, l’habileté de la construction, la verve, la vérité des scènes et des portraits, en particulier le portrait de Homais, font de ce roman une œuvre unique ; elle est malheureusement perverse. On en trouve de beaux extraits dans Pages choisies.


Antonio Fogazzaro. — Il Santo, romanzo (Décret du 5 avril 1906) ; Leila (Décret du 9 mai 1911).

Antonio Fogazzaro (1842-1911), sénateur d’Italie, l’un des représentants les plus en vue du catholicisme libéral et des plus fêtés parmi les poètes et romanciers de son pays.

Le Saint est moins une œuvre d’art qu’une œuvre de passion et un manifeste moderniste : il renferme sur la foi, le miracle, l’autorité de l’Eglise et l’obéissance qui lui est due, des erreurs capitales qui l’ont fait condamner.

Ses œuvres précédentes : Un petit monde d’autrefois ; Petit monde d’aujourd’hui ; Daniele Cortis ; Malomhrn ; Fedele, si elles accusent moins les mêmes tendances, dégagent une impression de pessimisme qui n’est pas tout à fait sans danger.


Victor Hugo. — Notre-Dame de Paris (Décret du 28 juillet 1834). Les Misérables (Décret du 20 juin 1864).

Victor Hugo (1802-1885). Nous n’avons pas à le juger au point de vue littéraire ; nous n’envisageons que le côté religieux et moral : Il a célébré la religion en termes magnifiques ; mais à côté de ces splendeurs, que d’assertions mensongères, de blasphèmes, de calomnies contre l’Eglise, le pape, les évêques, le clergé ! Que d’immoralités !

Aussi la lecture de ses œuvres complètes est-elle dangereuse ; elle ne peut être concédée qu’aux personnes d’âge mûr et pour des raisons sérieuses.

Parmi ses œuvres dramatiques, les jeunes gens sérieux peuvent lire Hernani, Ruy-Blas, les Burgraves ; et parmi ses poésies : Feuilles d’automne ; Odes et Ballades ; Les Voix intérieures ; Les Rayons et les Ombres ; les Châtiments ; Les Contemplations ; La Légende des siècles (où les blasphèmes et les tendances panthéistes ne sont guère contagieux).

Quant à ses romans, ils renferment des pages superbes, à côté de développements intempérants et insipides ; mais à les considérer dans leur ensemble, ils sont fatalistes, malsains et subversifs.

Par amour de l’antithèse et pour des motifs moins avouables, l’auteur se plaît à donner le premier rôle et à prêter les plus beaux sentiments à des êtres qu’il emprunte aux bas-fonds de la société vicieuse, tel, par exemple, Jean Valjean dans les Misérables, véritable épopée socialiste en prose, réhabilitation du forçat, de la fille-mère, de la Révolution.

Dans Notre-Dame de Paris, il calomnie odieusement le prêtre dans la personne de l’archidiacre Frollo, etc.

Bug Jargal, œuvre de début, est amusant et inoffensif. Les Travailleurs de la mer sont peut-être ensuite le roman le moins répréhensible, mais les descriptions et les digressions en rendent la lecture fastidieuse.

Ses plus belles poésies, les plus belles pages de son théâtre et de ses romans sont réunies dans les trois volumes d’Extraits, publiés chez Delagrave. Cependant, comme on ne s’est pas montré assez sévère dans le choix de ces morceaux, l’ouvrage ne doit être confié qu’à des jeunes gens formés.


Louis Jacolliot. — La Bible dans l’Inde : Vie de Jésus Christna (Décret du 12 juillet 1869) : Fétichisme, Polythéisme, Monothéisme ; La Genèse de l’humanité (Décret du 6 mars 1876) ; Les fils de Dieu ; Genèse de l’humanité ; Fétichisme, Polythéisme, Monothéisme ; Histoire des vierges : Le pariah dans l’humanité (Décrets du 27 juin 1881).

Louis Jacolliot (1837-1890), littérateur et voyageur, indianiste et philosophe. Président du tribunal de Chandernagor, il profita de son long séjour aux Indes pour en étudier la langue, l’histoire et les mœurs ; fut ensuite envoyé à Taïti, explora l’Amérique et l’Orient ; puis, de retour en France, publia de nombreux ouvrages sur les contrées qu’il avait visitées. Ses ouvrages, et notamment la Bible dans l’Inde, ont pour objet de montrer que l’Inde est le berceau du monde, qu’on y trouve toutes les traditions politiques et religieuses des peuples anciens et modernes et même l’Evangile. Ce système est aussi éloigné de la science et de la critique contemporaines (voir les travaux de Burnouf, Lassen, Max Muller, Barthélémy Saint-Hilaire, de Harlez, etc.) que des données de la foi. C’est pourquoi les savants ont condamné les fantaisies de Jacolliot, avec autant de sévérité que l’Eglise elle-même.


Alphonse de Lamartine. — Jocelyn (22 septembre 1836). Voyage en Orient (id). La chute d’un Ange (27 août 1838).

Alphonse de Lamartine (1790-1869) le grand poète, a laissé en vers et en prose, des ouvrages de premier ordre.

Le sentiment religieux y occupe une large place, malheureusement, la sentimentalité de l’auteur, ses élans de désespérance, son culte passionné de la nature, ses tendances au panthéisme, son pessimisme, ses rêveries mélancoliques le rendent facilement dangereux.

Les jeunes gens trop impressionnables ne lieront de lui que le Recueil de chez Hachette. Les autres pourront lire impunément les Morceaux choisis en vers et en prose, publiés par Robertet ; et quand ils auront 20 ans, les quatre grands recueils lyriques (Harmonies, Méditations, Nouvelles Médications), les Confidences, le Manuscrit de ma mère et certains de ses romans.

Ses romans en prose sont Le tailleur de pierres de Saint-Point, causerie de philosophie religieuse, parfois anticatholique : Graziella, idylle d’un charme exquis, mais un peu passionnée ; Geneviève, touchante histoire d’une servante où il n’y a là reprendre qu’un fait scabreux ; Raphaël, qui renferme une intrigue troublante et des pages malsaines.

Ses romans en vers sont de beaucoup les plus importants et les plus connus.

La chute d’un Ange : un ange se laisse séduire par une affection humaine et, après avoir cédé à cette tentation, devient un homme (Cédar). Il mène une vie d’aventures avec sa Daïdha ; celle-ci devient folle et lui se suicide.

Jocelyn est bien supérieur au précédent sous tous les rapports ; c’est un poème achevé que Brunetière n’hésite pas à placer au sommet de notre littérature. Il renferme en effet des pages splendides sur la mission du prêtre, et des descriptions magnifiques ; mais aussi il respire la sensualité, et dénature le caractère sacerdotal.

Les plus belles pages de ces deux dernière œuvres se trouvent dans les Extraits de Robertet. On lira aussi Pages choisies et Lectures pour tous, extraits réunis par Lamartine lui-même et qui peuvent se donner à peu près à tous.


Maurice Mæterlinck. — Omnia opera (Décret du 29 janvier 1914).

Maurice Maeterlinck, né à Gand en 1862, avocat, poète, philosophe et dramatiste, dont le nom a été révélé en France, il y a 18 ans, à grand renfort de réclame.

La doctrine philosophique de ce « Gerson laïque » est tellement drapée d’oripeaux littéraires et couverte de fleurs par l’université des critiques complaisants, qu’il est bien difficile d’en dégager le caractère et la moralité. Si nous la comprenons bien, elle tend à assimiler les lois de la morale à celle de la poésie. Le poète obéit dans l’élaboration de ses œuvres, aux inspirations inconscientes de son génie ; il est inspiré plus qu’il ne s’inspire, il laisse se construire ses poèmes plus qu’il ne les construit. De même, l’homme vertueux doit, dans sa conduite, rester étranger aux mouvements de la raison et de la conscience, obéir aux lois de l’inconscient et se laisser faire…

Ce système fataliste qui fait du vicieux un être très respectable, Mæterlinck, peintre et docteur de l’inconscient, le distille dans des pages obscures et faussement mystiques. À ce titre, La sagesse et la destinée ; Les abeilles ; Le trésor des humbles ; Le double jardin, roman ; etc., constituent un réel danger.

En outre, la plupart de ces ouvrages sont remplis d’erreurs pernicieuses contre la foi et les principes de la saine philosophie. La Mort surtout, qui a été si abondamment louée par la presse moderniste, écarte du problème les données chrétiennes et soutient la thèse d’une vague survivance dans la conscience universelle.

Ses drames et ses « pièces pour marionnettes » sont du Shakespeare ou du Poë renforcé et obscurci, et quelques-uns, des œuvres choquantes au point de vue catholique.


Auguste Maquet. — Les prisons de l’Europe (Décret de la Congrégation du Saint-Office, 12 juillet 1854).

Auguste Maquet (1813-1888), un des collaborateurs et des « généraux » de la « grande armée » de Dumas. Il fit isolément La Belle Gabrielle ; le roman pseudo-historique La maison du Baigneur, etc.

Jules Michelet. — Mémoires de Luther (6 avril 1840). Du Prêtre, de la Femme, de la Famille (5 avril 1845). L’Amour (11 avril 1859). La Sorcière (26 janvier 1863). Bible de l’Humanité (11 juin 1866). Le Prêtre, les Jésuites (21 août 1896).

Jules Michelet (1798-1874) n’est pas un romancier. C’est un historien ; mais ses livres sont bien moins d’un érudit que d’un imaginatif, d’un romanesque et d’un lyrique. Son œuvre maîtresse, L’Histoire de France, peut se diviser en deux parties : la lre (6 volumes, jusqu’à Louis XI) « ressuscite » le moyen-âge, en reconstitue les mœurs dans des pages pleines de poésie et d’éloquence, où l’action de l’Eglise est exaltée, mais souvent méconnue et calomniée. Dans la 2e partie (10 volumes, jusqu’à Louis XVI), l’historien, par vengeance ou par souci de la popularité, fait place au démagogue anti-chrétien. L’histoire de la Révolution (8 volumes) ; L’Histoire de la Renaissance et des temps modernes (11 vol.) ; Le XIXe Siècle (3 vol.) ; s’inspirent de cette seconde manière, ainsi que ses œuvres polémiques : Etude sur les Jésuites ; Le Prêtre, la Femme et la Famille (odieux pamphlet dirigé contre l’Eglise et son influence) ; Le Peuple (pour lequel l’amour est le remède du servage) ; La Sorcière (fantaisie excentrique et obscure contre l’Eglise) ; La Bible de l’Humanité (salmigondis de toutes les religions à l’exception de celle de Jésus-Christ).

Quant à ses œuvres d’imagination, L’Oiseau, L’Insecte, La Mer, La Montagne, elles renferment des pages exquises, mais aussi des descriptions sensuelles et des erreurs doctrinales.

L’Amour : La Femme ; Nos Fils, étaient considérés par Michelet comme des livres d’éducation ; en réalité ils sont surtout physiologiques…

L’Histoire Romaine (où la République seule est traitée) est l’unique volume de Michelet qui puisse être mis dans les mains de la jeunesse avec Pages Choisies.

Jean-Hippolyte Michon. — Le Confesseur (Décret du 17 décembre 1866). Le Jésuite (2 décembre 1867). Le Maudit (15 mars 1864). La Religieuse (20 juin 1864). De la Rénovation de l’Eglise (id). Jean-Hippolyte Michon (1806-1881), prêtre, prédicateur, graphologue, directeur des petits séminaires de Thébaudières et de la Valette, vint à Paris en 1848 et se fit remarquer par son exaltation. On n’apprit qu’après sa mort qu’il était l’auteur de romans irréligieux signés de L’abbé***.


Adam Mickiewicz. — L’Église et le Messie ; L’Église officielle et le Messianisme (Décret du 15 avril 1848).

Adam Mickiewicz, célèbre poète polonais (1798-1855), se fit en Russie, à Rome, à Paris, le défenseur des libertés de son pays. Parmi les poèmes douloureux et essentiellement lyriques qui consacrèrent sa gloire, nous citons : Le livre des pèlerins qui retrace le rôle de la Pologne dans le passé et dans l’avenir et qui fut traduit par Montalembert ; Conrad Wallenrod et sur tout Les Aïeux.

Les deux livres de Mickiewicz condamnés par l’lndex, furent écrits dans un moment d’exaltation, occasionnée par la mort de sa femme et d’autres événements douloureux.


Henry Murger. — Omnes fabulæ amatoriæ. (Décret du 27 juin 1864).

Henri Murger (1822-1861) mena longtemps la « vie de bohème » dans une mansarde, fit des vers, des articles et enfin des romans naturalistes où il décrit avec une grande liberté de langage la gueuserie sociale. On ne lit plus guère ses fameuses Scènes de la vie de Bohême : Scènes de la vie de jeunesse et Le pays latin qui sont d’ailleurs à l’Index.


Charles-Antoine-Guillaume Pigault-Lebrun. — Le Citateur (Décrets de la Congrégation du Saint-Office, 22 novembre 1820 ; 20 janvier 1833). L’Enfant du Carnaval (Décret de la Congrégation de l’Index, 18 août 1828). La Folie espagnole (18 août 1828). Jérôme (id). Tableaux de société ou Fanchette et Honorine (id). Romans (28 juillet 1834).

Pigault-Lebrun (Antoine de l’Epiney, dit) (1753-1835). Dragon, comédien, douanier, condamné pour mœurs, etc., décrivit avec cynisme et en riant, les mœurs graveleuses qu’il avait observées.


George Sand. — Omnes fabulæ amatoriæ (Décrets des 27 novembre 1840, 30 mars 1841, 5 avril 1842, 15 décembre 1863).

George Sand (Armandine-Aurore Dupin, baronne Dudevant, connue sous le pseudonyme de), célèbre romancière française, « berrichonne née à Paris par hasard » en 1804, mariée en 1822 à un officier retraité, le baron Dudevant, dont elle eut un fils et une fille, séparée de son mari en 1832 ; venue vers le même temps à Paris où elle connut Sandeau, Chopin, Musset, Mérimée, etc. ; morte en 1876.

George Sand est la princesse du roman sentimental et passionnel : elle a prêté sa voix et son génie aux théories d’émancipation morale qui dirigeaient les âmes depuis la Nouvelle Héloïse ; elle a chanté avec plus d’âpreté, de hardiesse et d’insistance que personne la souveraineté absolue de l’amour, c’est-à-dire le droit pour l’individu de s’opposer, au nom de sa passion, aux conventions, aux convenances, au mariage bourgeois, à la société, à la famille, à Dieu, à tout. Indiana, dit-elle, a c’est l’amour heurtant son front aveugle à tous les obstacles de la civilisation » : Mauprat, « c’est la glorification d’un sentiment exclusif, éternel, avant, pendant, et après le mariage ».

Elevée dans l’irréligion et le culte des philosophes, George Sand est encore la prêtresse de l’esprit laïque, de l’incrédulité et du scepticisme modernes. Ses romans sont de perpétuelles confessions sans remords, par exemple : Spiridion ; Mlle La Quintinie (anti-catholique) ; Histoire de ma vie (biographie de l’auteur, documents intéressants pour la psychologie des enfants et des imaginatives, livre dangereux pour les Jeunes personnes).

Démagogue et communiste, elle a écrit des romans humanitaires, où elle expose l’âge d’or qu’elle a entrevu et qu’elle prétend voir se réaliser par l’égalité, la fraternité, la fusion des classes dans l’amour (Le péché de M. Antoine ; Le meunier d’Angibault ; Le compagnon du Tour de France, etc.).

En pleine exaltation socialiste, elle revint pourtant à son culte de la campagne, chanta son cher Berry et publia : La Mare au diable (supprimer la préface et les notes de la fin qui sont impies et anti-sociales), La petite Fadette ; François le Champi (dénouement choquant), trois chefs-d’œuvre de pastorale qui ne sont pas inoffensifs pour toutes sortes de personnes ; Claudie, le Pressoir, comédies ; Promenades dans le Berry ; Malgré tout (histoire chaste, pas d’impiétés), Contes d’une grand’mère (un peu de panthéisme et de bouddhisme).

Ces idylles reposantes et le style admirable de George Sand ne rachètent pas cependant l’influence pernicieuse de son œuvre : cette romancière extraordinaire est presque partout éminemment dangereuse, non pas qu’elle trouble beaucoup les sens, mais surtout parce qu’elle égare le cœur et l’esprit.

Aussi, la Congrégation de l’Index, et par les décrets rappelés plus haut et par la formule omnes fabulæ amatoriæ, a-t-elle voulu atteindre la généralité de ses 83 volumes. Citons ceux qu’elle cite elle-même : Lélia ; Lettres d’un voyageur ; Les sept cordes de la lyre, Gabriel ; Le secrétaire intime ; L’uscoque ; La dernière Aldini ; Simon ; Les maîtres mosaïstes ; Mauprat ; Jacques-Leone Leoni ; Spiridion ; tous les livres publiés avant le décret du 15 décembre 1863, et enfin tous les romans d’amour impur.

Lire Pages choisies, avec grande réserve.


Aurélien Scholl. — Le procès de Jésus-Christ (Décret du 16 septembre 1878).

Aurélien Scholl, né à Bordeaux en 1833, mort chrétiennement en 1902 ; fut en sa qualité de chroniqueur leste et brillant un des amuseurs attitrés des boulevards parisiens. Ses nouvelles et chroniques réunies en volumes, sont souvent libertines ; elles dénotent une absence complète de sens moral. Ses pièces de théâtre sont presque toutes pornographiques.


Étienne-Pivert de Senancour. — De l’amour selon les lois premières et selon les convenances des sociétés modernes (Décret du 13 février 1838).

Étienne-Pivert de Senancour (1770-1846) est un mélancolique ; comme l’auteur d’Atala, il prêche le retour à la nature primitive ; comme Jean-Jacques Rousseau, il est l’ennemi de l’ordre social et religieux. Œuvres : Obermann ; De l’Amour… ; Les libres méditations ; Rêveries sur la nature primitive de l’homme.


Frédéric Soulié.Omnes fabulæ amatoriæ (Décret du 20 juin 1864).

Frédéric Soulié (1800-1847), l’un des maîtres du roman-feuilleton. Il s’est complu à décrire l’horrible, l’effroyable et le criminel dans Les deux cadavres (dont les personnages commencent leurs horreurs, meurtres, duels, viols, sur les deux cadavres de Charles Ier et de Cromwell), ; Les Mémoires du Diable (défilé ou plutôt bacchanale de toutes les atrocités et de tous les crimes, qui se termine par le triomphe du vice) ; Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait ; et une quantité d’autres romans du genre fabulæ amatoriæ. Le lion amoureux est une nouvelle d’amour de 100 pages, calme et d’un style plus soigné. (Ce lion est, suivant le langage de l’époque, un élégant désœuvré).

Ses romans historiques : Le Comte de Toulouse ; Le vicomte de Beziers, etc., sont de violents pamphlets contre l’Eglise ; ils sont heureusement délaissés.

On peut lire : Le martyre de Saint-Saturnin ; Contes et récits de ma grand’mère ; L’orpheline de Waterloo ; Le tambour Bilboquet ; Le petit pêcheur, courts récits pour la plupart publiés chez Ardant.


Stendhal.Omnes fabulæ amatoriæ (Décrets des 4 décembre 1828 et 20 juin 1864.)

Stendhal, de son vrai nom Henri Beyle (1780-1842), fut successivement soldat, administrateur, diplomate, fit les guerres de l’Empire et apprit le libertinage et l’impiété dans la lecture des philosophes.

Après avoir publié des études de critique : Rome, Naples et Florence (à l’Index) ; Histoire de la peinture en Italie ; Racine et Shakespeare ; Promenades dans Rome ; il lança des romans irréligieux et impurs : Armance (amour et fatalisme) ; Le rouge et le noir (lutte entre la Révolution et le parti prêtre), œuvre condamnée que Taine a lue, dit-on, plus de 60 fois. La Chartreuse de Parme (amour « cristallisé » ) ; L’abbesse de Castro (effets de l’amour passionné).

Il termina sa carrière par L’Amour, Les mémoires d'un touriste et quelques autres autobiographies orgueilleuses.

Cet homme vicieux, cet écrivain aride, qui semble ne noter que des idées, ce psychologue profond, ce philosophe supérieurement « détestable », comme dit Sainte-Beuve, a exercé une influence considérable sur la pensée contemporaine et s’est attiré de nombreux admirateurs. Balzac et Zola avaient un culte pour lui, et Bourget, dit-on, ne se lasse pas de le lire.


Laurence Sterne.Le Voyage sentimental (Décret du 6 septembre 1819). Nous le signalons à cause de la date de sa condamnation. Son Voyage sentimental déconcerte toute analyse ; c’est la perfection du genre. Mais au point de vue moral, il n’est pas plus recommandable que son Tristram Shandy. Quant à l’auteur, Taine l’a dépeint en trois mots : « Polisson, raffiné et maladif ».


Eugène Sue.Omnes fabulæ amatoriæ. (Décret du 22 janvier 1833).

Eugène Sue (1801-1859), fit ses études de médecine, visita, comme major, l’Asie, l’Amérique, les Antilles, fut à Navarin, revint à Paris tout rempli d’admiration pour Byron et devint le romancier à la mode.

Il raconta ses impressions de voyage dans des romans maritimes pleins de couleur tapageuse et de mouvement : Plick et Plock ; La Salamandre ; Atar-Gull ; La Coucaratcha ; La vigie de Koat-Ven.

Il abandonna bientôt cette veine pour produire des romans mondains, véritables fabulæ amatoriæ où sa plume acérée décrit les désordres de la haute classe : Arthur ; Le Marquis de Letorrière ; Le Morne au diable, et surtout Mathilde

Ce dernier ouvrage mécontenta son public aristocratique et le jeta soudain du côté de la basse « pègre ». Les Mystères de Paris (Histoire de Fleur de Marie, jeune fille abandonnée qui vit au sein de la dépravation ; portraits de M. et Mme Pipelet, etc.) ; Le Juif Errant (les Jésuites incarnés dans Rodin se rendent coupables de tous les crimes ; le soldat Dagobert se dévoue pour les filles du colonel Rennepont, etc., etc.) ; Les sept péchés capitaux (15 volumes qui mettent en scènes les théories philosophiques de Fourier) ; Les mystères du peuple parurent successivement. Ce sont des romans socialistes dans lesquels l’auteur s’acharne à détruire la religion, la morale, la responsabilité, au profit des doctrines humanitaires, fatalistes et passionnelles de Fourier ; pages voluptueuses et démagogiques où, décrivant la luxure grossière, comme il avait fait les « vices dorés », il offre, comme but de la vie, les jouissances matérielles les plus abjectes, et se donne comme le Messie des prolétaires.

Quant à ses romans semi-historiques, ils ne sont que travestissement et haine : Latréaumont ; Jean Cavalier ; Thérèse Dunoyer, etc.

Eugène Sue « écrit mal et c’est une vilaine âme », dit F. Coppée. Cependant il a su captiver par des peintures de mœurs dépravées, il a contribué à répandre dans le peuple les théories les plus dangereuses. Defunctus adhuc loquitur : ce sont ses livres qui ont égaré Ravachol et bien d’autres. Il a écrit 85 volumes : nous n’en recommandons pas un seul.


Émile ZolaOpera omnia (Décrets des 19 septembre 1894, 25 janvier 1895, 27 août 1896, 1er septembre 1898).

Émile Zola (1840-1902). Fils d’un ingénieur italien, né à Paris. Il entra en 1864 à la maison Hachette et prenant comme modèles Musset, Flaubert et Taine, il s’essaya à écrire et ne tarda pas à devenir le plus célèbre des romanciers naturalistes.

Ses œuvres sont tellement ignobles que ses amis mêmes finissent par en avoir la nausée. On y trouve une habile facture, mais elles sont toujours immorales et fausses, souvent d’une obscénité et d’une crudité répugnantes.

Son ouvrage principal est intitulé Les Rougon-Macquart et comprend de nombreux volumes. Dans tous ses romans, il y a un milieu, une brute et un chœur composé de braillards. Tous ses héros sont des monstres : les ouvriers dans l′Assommoir ; les hommes du monde débauchés dans Nana ; les bourgeois viveurs dans Pot-bouille ; les mineurs dans Germinal ; les paysans dans la Terre ; les financiers dans l’Argent ; les soldats dans la Débâcle, etc., etc.

Sur la fin de sa vie, il fit une trilogie anticatholique intitulée les Trois Villes : Paris, Lourdes, Rome, et une trilogie matérialiste : Vérité, Travail, Fécondité. Il a pris une part considérable à l’affaire Dreyfus et il est mort misérablement le 28 septembre 1902.



QUELQUES AUTRES OUVRAGES A L’INDEX


Nous croyons utile de citer outre les œuvres des romanciers, quelques œuvres diverses, assez généralement connues, qui sont également mentionnées au catalogue de l’Index. Ce sont :

Aulard et Debidour, Histoire de France, à l’usage des écoles primaires et des classes élémentaires des lycées et collèges.

L’abbé Emmanuel Barbier, Le progrès du libéralisme catholique en France sous Léon XIII ; — Ne mêlez pas Léon XIII au libéralisme. — Pierre Batiffol, L’Eucharistie, la présence réelle et la transsubstantiation. — {{Pierre-Jean Béranger, Chansons. — Henri Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience ; — Matière et mémoire, essai sur les relations du corps à l’esprit ; — L’évolution créatrice. — Paul Bert, L’instruction civique à l’école. — Jean de Bonnefon, Le pape de demain. — Jehan de Bonnefoy, Les leçons de la défaite ou la fin du catholicisme ; — Vers l’unité de croyance ; — Le catholicisme de demain. — Marie-Nicolas Bouillet, Dictionnaire universel d’histoire et de géographie. (L’édition publiée à Paris en 1855 et corrigée d’après le décret du 14 décembre 1855 et toutes les éditions ultérieures sont autorisées). — H. Brémond, Sainte Chantal. — Ferdinand Buisson, La religion, la morale et la science, leur conflit dans l’éducation contemporaine.

L. Chouilly, Carnet du petit citoyen. — Claraz, Le mariage des prêtres. — Th. de Cauzons, Histoire de l′Inquisition en France. — Em. Combe, Le grand coup avec sa date probable, étude sur le secret de la Salette. — L′abbé G.-G.-E. Combe, Le secret de Mélanie, bergère de la Salette et la crise actuelle. — Gabriel Compayré, Éléments d’instruction morale. — Auguste Comte, Cours de philosophie positive. — Stéphen Coubé, Âmes juives. — Victor Cousin, Cours de l′histoire de la philosophie.

Charles Denis, Un carême apologétique sur les dogmes fondamentaux ; — L’Église et l’État, les leçons de l’heure présente. — Jean de Dompierre, Comment tout cela va finir. — L. Duchesne, Histoire ancienne de l’Église. — Antoine Dupin, Le dogme de la Trinité dans les trois premiers siècles.

Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, par d’Alembert et Diderot.

Louis Figuier, Le lendemain de la mort ou la vie future selon la science.

L’abbé Georgel, La matière… — Mgr Léopold Goursat, Les mystères sataniques de Lourdes à travers les âges.

Fernand Hamelin, Le journal d’un prêtre, roman. — Antoine Hamilton, Mémoires de la vie du comte de Grammont. — Ernest Havet, Le Christianisme et ses origines. — Henri Heine, De l’Allemagne ; — De la France ; — Reisebilder ; — Neue Gedichte. — Guillaume Herzog, La Sainte Vierge dans l’histoire. — Albert Houtin, La question biblique chez les catholiques de France au XIXe siècle ; — Mes difficultés avec mon évêque ; — L’Américanisme. — Henri des Houx, Souvenirs d’un journaliste français à Rome. — Auguste Humbert, Les origines de la Théologie moderne.

Jean Izoulet, La cité moderne ; — Métaphysique de la sociologie.

Allan Kardec, Le livre des esprits contenant les principes de la doctrine spirite ; — Le livre des médecins ; — Le spiritisme à sa simple expression.

L. Laberthonnière, Sur le chemin du catholicisme ; — Le témoignage des martyrs ; — Essai de philosophie religieuse ; — Le réalisme chrétien et l’idéalisme grec. — Jules-Raymond Lamé Fleury, L’histoire ancienne ; — L’histoire de France ; — L’histoire moderne ; — L’histoire du moyen-âge ; — L’histoire du Nouveau Testament, racontée aux enfants ; — L’histoire romaine. — Hugues-Félicité de Lamennais, Paroles d’un croyant ; — Affaires de Rome ; — Le livre du peuple ; — Discussions critiques et pensées diverses… ; — Esquisses d’une philosophie ; — Amschapands et Darvands ; — Les Évangiles, traduction nouvelle. — Pierre Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle. — L’abbé E. Lefranc, Les conflits de la science et de la Bible. — Alfred Loisy, La religion d’Israël ; — L’Évangile et l’Église ; — Études évangéliques ; Autour d’un petit livre ; — Le quatrième Évangile. — Henri Loriaux, L’autorité des Évangiles, question fondamentale.

Cyrille Macaire, La constitution divine de l’Église. — Arthur Mangin, L’homme et la bête, ouvrage orné de 120 gravures. — Dr Henry Mariavé, La leçon de l’hôpital N.-D. d’Ypres, Exégèse du secret de la Salette ; — tome II, Appendices. — Emmanuel Martig, Manuel d’enseignement pour les écoles et les collèges. — Michel de Montaigne, Essais. — Montesquieu, De l’esprit des lois ; — Lettres persanes.

Pascal, Les Provinciales. — Jules Payot, La croyance ; — Avant d’entrer dans la vie, aux instituteurs et institutrices, conseils et directions pratiques. — Pierre-Joseph Proudhon, Opera omnia.

Camille Quiévreux, Le paganisme au XIXe siècle (3 volumes). — Edgar Quinet, Ahasvérus ; — Le génie des religions ; — Allemagne et Italie ; — Philosophie et Poésie ; — La Révolution ; — Mystères de l’Inquisition.

Ernest Renan, Le livre de Job, traduit de l’hébreu ; — Averroés et l’Averroïsme, essai historique ; — Études d’histoire religieuse ; — Histoire générale et système comparé des langues sémitiques ; — De l’origine du langage ; — Le cantique des cantiques, traduit de l’hébreu ; — Vie de Jésus ; — Les Apôtres ; — Saint-Paul ; — Questions contemporaines ; — Les Évangiles et la seconde génération chrétienne ; — L’antéchrist ; — L’église chrétienne ; — Marc-Aurèle et la fin du monde antique ; — L’Ecclésiaste, traduit de l’hébreu ; — Nouvelles études d’histoire religieuse ; — Histoire du peuple d’Israël ; — Souvenirs d’enfance et de jeunesse ; — Feuilles détachées faisant suite aux Souvenirs d’enfance et de jeunesse. — Revue spirite, journal d’études psychologiques. — Jean Reynaud, Philosophie religieuse : terre et ciel. — J.-J. Rousseau, Émile, ou de l’éducation ; — Du contrat social ; — Lettre à Christophe de Beaumont, archevêque de Paris ; — Lettres écrites de la montagne ; — Julie ou la Nouvelle Héloïse.

Alphonse Saltzmann, Les remèdes divins pour l’âme et le corps. — P. Sifflet, Les sept mystères chrétiens. — Jules Simon, La religion naturelle. — Sismonde Sismondi, Histoire des Républiques italiennes du moyen-âge. — Jules Steeg, Instruction morale et civique : l’homme, le citoyen, à l’usage de l’enseignement primaire.

Hippolyte Taine, Histoire de la littérature anglaise. — Dimitri Tolstoï, Le catholicisme romain en Russie ; études historiques. (Ne pas confondre avec Tolstoï, le romancier). — Joseph Turmel, Histoire de la théologie positive ; — Tertullien ; — Saint Jérôme ; — Histoire du dogme de la papauté ; — Histoire du dogme du péché originel ; — L’eschatologie à la fin du IVe siècle.

Étienne Vacherot, Histoire critique de l’école d’Alexandrie ; — La Religion. — Paul Viollet, L’infaillibilité du Pape et le Syllabus. — Voltaire, lettres philosophiques ; — Œuvres, nouvelle édition revue, corrigée et considérablement augmentée par l’auteur, à Dresde, 1748 ; — Histoire des Croisades ; — Abrégé de l’Histoire universelle ; — Essai sur l’Histoire universelle ; — Précis de l’Ecclésiaste et du Cantique des Cantiques… ; — Romans et Contes ; — Pensées de Pascal, avec notes de M. de Voltaire ; — L’A B C, dix-sept dialogues ; — Catéchisme de l’honnête homme ; — Collection de lettres sur les miracles ; — Commentaire sur le livre des délits et peines ; — La défense de mon oncle. — Dictionnaire philosophique et portatif ; — Les droits des hommes ; — L’Évangile de la raison ; — L’Évangile du jour ; — Examen important de Milord Bolingbroke ; — L’homme aux 40 écus ; — Nouveaux mélanges ; — L’oracle des anciens fidèles ; — Ouvrages philosophiques ; — La Pucelle d’Orléans ; — Les questions de Zapata ; — La raison par Alphabet ; — Saul et David ; — Sermon des cinquante ; — Singularités de la nature ; — Testament de Jean Meslier ; — Traité sur la tolérance ; — La voix du sage et du peuple ; — Amabed ; — Les lettres ; — La philosophie de l’Histoire ; — Essai historique et critique ; — Le siècle de Louis XIV ; — Les lettres ; — La philosophie de l’Histoire ; — Essai misme. — Jean Vrai, Éphémérides de la Papauté. — La vraie science des Écritures, par X…



II

Romans à proscrire

EN VERTU DE LA MORALE CHRÉTIENNE




Sunt bona, sunt quædam mediocria, sunt mala plura…
Martial.

Nous rangeons dans cette catégorie tous les romanciers qui se sont érigés en peintres ou en apologistes du mal et de l’erreur, et dont les ouvrages, parce qu’ils distillent le doute, l’impiété ou le libertinage, sont, sinon condamnés par la loi générale de l’« Index », au moins interdits à un grand nombre de lecteurs par la loi naturelle et la morale chrétienne.

Tous ces écrivains atteignent le même but et donnent à leurs romans le même caractère ; ils pratiquent le « corrumpi et corrumpere » de Tacite, ils corrompent l’esprit, les mœurs ou la foi.

Cependant, ils plongent plus ou moins dans cette corruption littéraire et recourent à des procédés fort divers.

Les uns étalent le vice dans toute sa brutalité : ils empruntent leurs sujets aux cabarets, aux bagnes, aux lavoirs, aux mauvais lieux ; ils montrent leurs personnages affligés des difformités physiques et morales les plus hideuses ; et ces êtres exceptionnels, détraqués, hystériques, impulsifs, ils les font agir conformément aux instincts les plus pervers. Tels sont les romanciers naturalistes, passionnels, scatologiques, physiologiques, pornographiques, etc. : Paul Adam, Ajalbert, Alexis, d’Annunzio, Roger de Beauvoir, Belot, l’auteur d’« Amitié Amoureuse », Bonnetain, les Bouvier, Case, Champsaur, Chavette, Cim, Corday, Cladel, Corrard, Denoinville, Delvau, Descaves, Dubut de la Forest, Ducray-Duminil, Foudras, Ginisty, les Concourt, de Gourmont, Harte, Hennique, Hepp, de Kock, Landay, Lemonnier, Jean Lorrain, Louys, de Lys, Malot, Matthey, Méténier, Mirbeau, Montégut, Monteil, Nau, Reschal, Rosny, Ryner, Sylvestre, Taxil, Téramond, Tinayre, Uchard, etc.

Les autres tendent à corrompre les mœurs par la magie du style, et l’art extrême avec lequel ils savent présenter leurs tableaux et leurs thèses. Ils jettent sur le vice des fleurs et des gazes provocantes ; ils choisissent leurs héros et leurs héroïnes dans les ruelles « fin de siècle », dans les ateliers féminins, les salons et les boudoirs mondains, les villes d’eaux, les lieux de plaisirs du « high-life » ; et dans des contes à la Boccace, des variétés, des romans parfumés et illustrés, ils font parler au vice un langage tellement « abscons », qu’il n’est accessible qu’à certains initiés. Tels sont les auteurs de galanteries voluptueuses, passionnées, raffinées : Bergerat, Boylesve, Chavignaud, de Gastine, Loti, Gautier, Hermant, Houssaye, Junka, de Lano, Lavedan, Maizeroy, Margueritte, Marni, Maupassant, Mendès, Musset, Prévost, de Régnier, Renard, Tinayre, Vaudère, Vivien, Willy, Wolff, etc. — « Oh ! les livres immoraux bien écrits, déclare Mgr Gibier, quel immense danger pour la jeunesse, pour les femmes, hélas ! et pour beaucoup d’hommes ! Mieux vaut Zola dans son purin, que tant d’autres écrivains fardés et pommadés, grimaçant et minaudant, romanesques et psychologues, qui démolissent toutes les pudeurs, avec des air des vestales, et qui outragent la morale avec une phrase décente et chaste. La séduction de la phrase est plus dangereuse que le cynisme des peintures, car tandis que le lecteur séduit n’est pas loin de croire qu’il ne goûte qu’un plaisir permis, délicat et distingué, il savoure en réalité, un plaisir honteux et abominable. »

Ces écrivains pervers ne se contentent pas de peindre le péché, sous les couleurs les plus hideuses ou les plus attrayantes ; ils s’appliquent encore à le justifier et c’est ce qui met le comble au scandale. Non seulement ils fascinent les sens et gâtent le cœur, ils pervertissent aussi les idées.

Pour garantir leurs lecteurs contre le remords intime et leurs œuvres contre le mépris public, ils prêchent, en s’inspirant de Rousseau, de Kant et de Goethe, le droit de l’homme et de la femme au bonheur, ils proclament avec Voltaire (Épitre à Mme de G… 1716) que

Le plaisir est l’objet, le devoir et le but
De tous les êtres raisonnables.

Ils justifient les convoitises de la nature ; ils insinuent clairement que le mariage est un mal, le divorce un droit, l’adultère une nécessité ; ils proclament que l’amour voluptueux est une chaste ardeur, ses manifestations un entraînement pardonnable, un péché mignon ou un cas pathologique ; ils prêchent que les lois de la chasteté ne sont pas plus obligatoires que celles du mariage, que la fidélité conjugale est une absurdité et une impossibilité. Ils tournent en ridicule l’honnête femme et réhabilitent la courtisane, ils mettent sur la même ligne les enfants légitimes et les enfants de la débauche. En un mot, ils appellent bien ce qui est mal et mal ce qui est bien, ils exaltent le vice et flétrissent le devoir, ils renversent les notions les plus élémentaires de la morale évangélique et du droit naturel, ils corrompent les mœurs en faussant les idées… Tels sont, en particulier, les partisan^ plus ou moins avoués du divorce : Berthold, Capus, Margueritte, Meredith, Ouida, Pert, etc., etc.

« La débauche serait une chose belle, si elle n’était un mensonge, a dit Flaubert (Correspondance, Tome II, page 296), et il est bon, sinon de la pratiquer, du moins de la rêver. » C’est cette affreuse maxime, véritable cri de la bête humaine, aussi contraire au droit naturel qu’à la doctrine de l’Évangile, qui semble tenir lieu de loi aux romanciers dont nous nous occupons.

Ils font plus. Mettant en pratique le conseil de Voltaire, ils mentent ; ils falsifient les vérités fondamentales de la philosophie, de l’histoire et de la religion.

Tels sont, par exemple, les voltairiens, les rationalistes obstinés, les déistes, les anticléricaux avérés, les pessimistes, les nihilistes, les railleurs, etc. : About, Charpentier, Flammarion, Anatole France, Loti, Mérimée, Meunier, Mirbeau, Péladan, Richépin, Rod, Thiaudière, Tolstoï, Vigny ; les païens lettrés : Mme Adam, Banville, Judith Gautier, Harry, Houssaye, Louys ; etc. ; les socialistes et les révolutionnaires : Paul Adam, d’Agoult, Brucker, Champseix, L. Michel, Pouchkhine, Tolstoï.

Combien de romans qui, à travers d’habiles et séduisantes fictions, expliquent, par les seules forces de la nature, les mystères de la création, nient notre origine divine et nos immortelles destinées !

Combien de romans qui, bâtis sur des données historiques plus ou moins controuvées, réhabilitent les incrédules, les hérétiques célèbres, les persécuteurs, raillent les héros et le rôle de l’Église.

Combien de romans qui attribuent à la religion des dogmes qu’elle n’a jamais prêchés, des crimes qu’elle n’a jamais commis, des ambitions et des scélératesses dont elle ne s’est jamais rendue coupable ! Combien de romans sceptiques et rationalistes surtout, qui remettent en question et considèrent comme des problèmes, les décisions de l’Église les plus indiscutables et même les enseignements les plus autorisés de l’Évangile !

À vrai dire, il semble que le blasphème impudent ou plutôt le scepticisme absolu et les erreurs religieuses soient plus répandus dans la littérature contemporaine que le vice et l’immoralité.

Et c’est ce qui la rend particulièrement pernicieuse. Sans doute, les ruines du cœur et les affaissements de la volonté, produits par la lecture de livres obscènes sont des choses lamentables ; mais les ruines de l’esprit sent plus lamentables encore, parce qu’elles sont plus précipitées, plus profondes, plus universelles et plus irréparables.

Les romans exclusivement immoraux attaquent la vertu et tendent à pervertir les mœurs ; mais ils ne pervertissent pas nécessairement les idées, ils laissent au lecteur enfin dégoûté et lassé, la possibilité de revenir au bien et de réparer les défaillances passagères auxquelles il s’est abandonné.

Les romans qui distillent plus ou moins abondamment l’erreur, tarissent la vie morale dans sa source. et ils agissent avec une pénétration, une facilité et une efficacité qui ne laissent presque plus d’espoir de restauration. Nous sommes ainsi faits, dit Mgr Gibier à qui nous empruntons plusieurs de ces sages réflexions, que la négation nous ébranle et que l’objection nous impressionne. Notre esprit est d’une sensibilité, d’une délicatesse extrême, et quand le doute l’a blessé, la plaie est lente à se refermer, quelquefois inguérissable. L’expérience même démontre que les personnes du monde, habituellement trop peu pourvues d’instruction et de convictions philosophiques ou religieuses, sont, sans s’en rendre bien compte elles-mêmes, plus sensibles à des lectures irréligieuses, rationalistes ou voltairiennes qu’à des lectures obscènes. Un chrétien ou une chrétienne qui auront lu des romans frivoles et immoraux, reviendront assez facilement et intégralement à des habitudes plus sérieuses et plus conformes à la vertu ; mais s’ils se sont adonnés à des lectures impies, la ruine morale est complète : il semble que les fondations mêmes de l’édifice ont été arrachées, ou, pour rappeler un mot du poète incrédule, il semble que

La mer y passerait sans laver la souillure :
Car l’abîme est immense et la tache est au fond.

Et ce sont ces écrivains qui, aux yeux de ceux qui les lisent ou qui les vantent, ont seuls qualité pour régner dans le domaine des lettres et gouverner le monde des âmes.

Certes, nous ne nions pas leur talent : la plupart en ont été richement dotés par la Providence. La poésie, l’éloquence, le sens le plus délié de l’observation, l’analyse des sentiments, le prestige du style, l’art de là mise en scène, la psychologie la plus pénétrante, quand ils ne les égarent pas dans le faux, l’invraisemblable et l’outré, leur ont inspiré des pages qui seraient l’honneur de la littérature française, si elles n’étaient trop souvent gâtées par le voisinage de scènes luxurieuses.

Malheureusement, ils ont profané tous les dons de leur esprit par leur libertinage et ne s’en sont servis que pour mieux séduire leur public.

C’est par millions que depuis 50 ans, ces livres ont été répandus dans les masses, et jusque chez les peuplesles plus lointains. Chaque auteur a trouvé sa veine, et chaque catégorie de lecteurs a choisi, dans cette immense pléiade, l’écrivain qui répondait le mieux à ses goûts littéraires ou plutôt à ses caprices libertins et intellectuels.

Les étudiants, les gens du peuple, les bourgeois oisifs, les blasés du plaisir, les petites apprenties, les ouvrières, les employés des deux sexes, les collégiens, les jeunes filles, les habitués des hôtels, des casinos, des salons de lecture et des bibliothèques publiques, les liseurs et les liseuses qui prennent tout ce qui se présente, les uns par curiosité malsaine, les autres par passe-temps, les uns en cachette, les autres sans vergogne, se sont livrés et se livrent encore, impunément et à très bon marché, aux silencieuses orgies de la pensée, avec la foule des malfaiteurs littéraires.

Le succès est d’autant plus facile que des dirigeants de tout ordre accueillent, écoutent, fêtent et glorifient ces auteurs et leurs ouvrages avec un ensemble, une insistance et une sympathie qui en imposent chaque jour davantage. Le monde, qui est, selon Jules Lemaître, cette association élégante et riche pour le plaisir, où fleurissent naturellement la sensualité, la galanterie, la vanité, la curiosité physique et morale, le monde leur accorde droit de cité, comme à des amuseurs, des directeurs et des éléments indispensables de la vie heureuse. Des revues très féminines, des magazines très chics et d’autres revues non moins frivoles, qui se vantent d’avoir 130 mille abonnés, consacrent à ces idoles du jour, outre des illustrations, des notices et des éloges chargés d’hyperboles et de répétitions. Toute une société, formée en bonne partie de catholiques pratiquants, considère comme une nécessité de bon ton de lire tous les romans à la mode, et sous prétexte que l’art purifie tout, qu’il faut bien tout connaître et se tenir au courant, fréquentent les auteurs impies et immoraux avec la même assurance que les bals de famille et les sports mondains.

Nous n'aurons pas la faiblesse d'approuver cette défaillance de la conscience chrétienne, ces erreurs et ces déplorables manies. Nous estimons, au contraire, que les romanciers de notre seconde catégorie, avec la plupart de leurs ouvrages, méritent d'une manière générale, comme ceux de la première, d'être flétris au nom de la morale, d'être « boycottés » impitoyablement et bannis de toutes les familles honnêtes.

C'est un principe qu’il faut fuir le mal, en d’autres termes, qu’il faut éviter tout ce qui est un obstacle au salut de notre âme, tout ce qui nuit en quelque manière à la conservation et au développement normal de notre vie naturelle et surnaturelle.

Or, les romans dont nous nous occupons renferment, soit le mal de l'intelligence, c’est-à-dire des erreurs ; soit le mal de la volonté, c’est-à-dire des immoralités. Ce mal, ils le dépeignent, ils s’y complaisent, ils le rendent séduisant jusqu'à y attacher le lecteur, jusqu'à introduire ordinairement dans son âme une tentation ou une chute. C'est un fait.

Il faut donc exclure, interdire et proscrire ces livres. C'est notre conclusion.

Est-ce à dire, cependant, que tous ces romans soient à proscrire dans la même mesure ? Non pas. Nous l’avons dit plus haut, les livres opposés à la foi sont ordinairement, pour les personnes du monde, plus perfides et plus pernicieux que les livres contraires aux bonnes mœurs, parce qu’ils s’attaquent à l’esprit et que l’esprit est essentiellement plus accessible au mal et plus réfractaire à la conversion que la volonté. Il nous a donc paru nécessaire d’infliger une note plus sévère aux auteurs qui tendaient, intentionnellement ou non, à ébranler les fondements de la saine philosophie et de la vraie foi.

Il y a, en outre, toute une catégorie très nombreuse d’ouvrages qui, tout en peignant le mal, ont pour but de le rendre odieux. En soi, cette exhibition du mal est bonne, et dans certaines conditions qu’il n’est pas impossible de supposer et de réunir, elle peut être bienfaisante. Il importe cependant de faire observer que cette exhibition, bonne en soi, constitue pour beaucoup de lecteurs une tentation, une séduction, un mal : la théorie spécieuse de « l’ilote ivre », surtout quand il s’agit de la plus délicate des vertus, est souvent tout à fait vaine et pernicieuse. C’est pourquoi, s’il est équitable de rendre hommage aux intentions de ceux qui y recourent, il est prudent et sage de n’en faire l’application que sous bénéfice d’inventaire…

Est-ce à dire ensuite que tous ces romans soient à proscrire absolument et universellement ? Non encore et cent fois non. Les livres les plus mauvais si on les considère en eux-mêmes, peuvent être, si on les considère relativement à tel lecteur, de la plus complète innocuité.

Les œuvres d’Anatole France, par exemple, si imprégnées de scepticisme subtil, peuvent être inoffensives pour un catholique très instruit ou un théologien sérieux qui n’y apprendront rien, sinon des objections qu’ils réfuteront « illico », sans subir aucun dommage du fait de ce détestable contact.

Les romans pornographiques, foncièrement voluptueux ou obscènes, comme ceux de Gabriel d’Annunzio, de Belot, de Théophile Gautier, etc., etc., sont évidemment dangereux, en règle générale. Il y a cependant, bien des personnes qui peuvent les lire sans contracter de souillure morale.

Il serait aussi ridicule d’interdire aux professeurs, aux critiques, aux professionnels de la littérature, la lecture de certains livres en soi très mauvais, que d’interdire à un médecin la lecture des livres de médecine : ces lectures sont pour eux un devoir d’état dont l’accomplissement n’est pas toujours sans danger, mais auquel il serait téméraire et injuste de les soustraire « a priori ».

Un roman voluptueux de Prévost, de Loti et « tutti quanti », produit ordinairement une impression très fâcheuse et occasionne des troubles très graves chez les personnes jeunes ou âgées, qui, par disposition de tempérament, privilège d’éducation, sensibilité d’âme, délicatesse de conscience ou grâce de Dieu, ont été préservées de tout contact avec les parfums du vice. Supposez, au contraire, un vieux liseur, une liseuse d’âge respectable, habitués aux relâchements mondains, aux lectures perverses, blasés de tout, et chez qui la répétition des actes, l’intensité des sensations, l’endurcissement du sens moral, ont émoussé toute délicatesse. Assurément, ces âmes sont coupables de s’être ainsi atrophiées et mutilées ; mais pourrait-on affirmer que la lecture d’une nouveauté de Loti ou de Prévost produira en elles le même effet que sur des jeunes gens ou de jeunes dames qui n’ont jamais pris contact avec le poison ; et, conséquemment, pourrait-on « a priori » leur interdire ce déplorable passe-temps avec autant de rigueur qu’à d’autres catégories de lecteurs ?

Tout en appréciant avec sévérité le cas de ceux qui lisent des livres plus ou moins obscènes, il faut donc se rappeler qu’il y a dans ces livres, dans les dangers auxquels ils exposent, dans les motifs légitimement invoqués pour les lire, des nuances infiniment variées.

Ces motifs et ces dangers, c’est à chaque conscience qu’il appartient de les examiner. Pour nous, nous devons nous contenter, avant de citer les romans susceptibles d’être interdits à la masse des lecteurs, de rappeler les quelques règles élémentaires qui peuvent en ces matières éclairer le jugement de ceux qui nous lisent.

1° Tout livre — fût-il en soi excellent — qui, du fait du dommage déjà produit en des circonstances analogues ou du dommage à prévoir, est pour un lecteur une occasion prochaine de pécher gravement, est un livre pratiquement mauvais que ce lecteur doit s’interdire sous peine de faute grave. Et il doit se l’interdire avec plus ou moins de rigueur, selon qu’il prévoit des périls ou obéit à des motifs plus ou moins sérieux.

2° Les précautions à prendre, qu’il s’agisse de sauvegarder la foi ou la vertu, sont en réalité plus minutieuses qu’on ne le croit généralement. Il y a même des cas où personne ne peut, de sang-froid, étant donné la faiblesse de notre nature viciée, s’exposer au contact de certaines lectures, sans s’exposer en même temps à compromettre la plus précieuse et la plus fragile des vertus.

3° Beaucoup de livres qui ne sont pas mentionnés au catalogue de l’ « Index », sont cependant condamnés par les lois de l’Église, et c’est, sauf dispense, les enfreindre gravement que de garder ou lire ces livres-là, même s’ils sont par ailleurs inoffensifs pour l’intéressé.

.... C’est à la suite et sous le bénéfice de ce long préambule que nous donnons la deuxième liste des romans à proscrire.

Nous n’avons pas l’inutile prétention de citer ici tous les auteurs connus, et nous ne commettrons pas l’imprudence de faire à ceux qui ne le sont guère une réclame dangereuse. Il nous a semblé suffisant de faire figurer dans notre liste les plus féconds, les plus lus et les plus remarquables ; et si nous avons joint à leur nom une courte notice qui explique le pourquoi de notre appréciation, nous y avons évité avec soin tout détail ou titre dont l’énoncé ou le souvenir constituerait, pour les faibles, à certaines heures, un véritable péril. »

On s’étonnera peut-être de ne point rencontrer, dans la présente catégorie, des hommes qui seraient classés par plusieurs parmi les « malfaiteurs littéraires », et d’autres qui devraient être bannis de toute bibliothèque sérieuse.

Mais on voudra bien se rappeler que, dans l’espèce, l’excès de la sévérité serait peut-être plus dommageable que l’excès d’indulgence ; et, d’autre part, que nous faisons bien moins une nomenclature d’écrivains qu’un catalogue raisonné d’ouvrages. C’est pourquoi, comme ces auteurs ont publié, soit quelque livre irréprochable, soit un ensemble d’œuvres inoffensif pour une catégorie de lecteurs, nous avons jugé plus logique et tout naturel de les mentionner là même où nous rangeons leurs romans à lire.

Edmond About (1828-1885), le romancier de la bourgeoisie frondeuse et voltairienne. Il ressemble à Voltaire, non seulement par son style lumineux, facile, étincelant de verve, mais surtout par ses tendances agressives, son parti-pris et son impiété.

Il attaqua l’Église et le catholicisme dans ses articles de journaux et dans deux pamphlets débordants de passion : Rome contemporaine ; La question romaine.

Dans ses romans, sa réserve ne brille pas davantage : Tolla, récit poétique très passionné ; Germaine, sujet malpropre habilement traité ; Le Turco (recueil de nouvelles, dont deux au moins contiennent autant de piment que de sel), etc., etc.

On ne rencontrera cependant que quelques mots de trop dans les trois folies amusantes qui s’appellent : Le nez d’un notaire ; Le roi des Montagnes ; L’homme à l’oreille cassée ; et dans Le Roman d’un brave homme ; Trente et Quarante ; Les mariages de Paris ; La Grèce contemporaine ; De Pontoise à Stamboul ; Alsace…

Paul Adam, né à Paris en 1862, d’une vieille famille artésienne, particulièrement mêlée aux événements et aux guerres qui agitèrent la France sous la Révolution et l’Empire. Mort en 1920.

Romans historiques : Le temps et la vie (histoire de la société française depuis la Révolution) ; La force ; L’Enfant d’Austerlitz ; La Ruse ; Soleil de Juillet (histoire d’une famille française de 1800 à 1830) ; Être (la vie féodale et la magie au XIVe siècle) : Histoire de Byzance ; Histoire de la Papauté, on dirait que l’auteur est possédé du besoin de scandaliser, tant il prodigue les gravelures et les sales images. L’un de ses procédés les plus habituels et les plus particuliers, dit M. Doumic, consiste à faire des scènes licencieuses la continuation et l’aboutissement des autres.

Romans philosophiques, socialistes, politiques, etc. : La Glèbe (vie brutale des paysans) ; Essence de soleil (la ploutocratie) ; Cœurs nouveaux (le communisme) ; La force du mal (dévouement d’un médecin pendant le choléra) ; La bataille d’Uhde (roman de stratégie) ; Les lettres de Malaisie (la société phalanstérienne idéale) ; Robes rouges (réquisitoire contre la magistrature) ; Le serpent noir (un monstre d’égoïsme et de brutalité qui se débarrasse de la morale pour pouvoir agir et devenir un surhomme selon Nietzsche) ; Le trust.

Romans de psychologie passionnelle : Chair Molle, ouvrage naturaliste pour lequel l’auteur fut, à la demande de Francisque Sarcey, traduit en justice et condamné à la prison et à l’amende ; En décor ( auto-biographie ; œuvre immorale rééditée sous le titre de Jeunesse et Amours de Manuel Héricourt) ; L’année de Clarisse (vie joyeuse d’une actrice) ; Le troupeau de Clarisse (même genre) ; Les lions (tableau d’une petite ville, volupté brutale, un prêtre très fantaisiste) ; Stéphanie (histoire d’un homme de quarante ans qui immole son amour aux intérêts de ses collatéraux qui guettent son héritage ; peu intéressant) ; etc.

Contes à thèses : Le conte futur ; La parade amoureuse ; Tentatives passionnées…

Paul Adam se dit catholique ; mais il collabora à la Dépêche de Toulouse, et ses ouvrages de guerre auxquels son talent s’adaptait si bien, sont infectés d’idées panthéistiques et antichrétiennes.

Tous ses ouvrages se distinguent par une profonde originalité ; mais ils sont, dit M. Adolphe Brisson, copieux, encombrés de végétations parasites, désordonnés et fatigants jusqu’à congestionner le lecteur. Le génie de révolte indéterminée et de luxure qui est en lui est presque son tout (Jules Lemaître, Écho de Paris, 7 mars 1899). Ne laissez jamais votre femme lire. Les romans perdent le cœur en vantant la corruption et le sentiment (Paul Adam, La force du mal, page 179).


Madame Edmond Adam, de son nom de jeune fille Juliette Lamber, née en 1836, femme de lettres « salonnière », fondatrice de la Nouvelle Revue.

Ses nouvelles, esquisses et romans sont pleins de charmantes descriptions et traversés de souffle patriotique : Mon village ; Récits d’une paysanne ; Voyage autour du Grand Pin (paysages de Cannes) ; Dans les Alpes ; La Sainte Russie ; Impressions françaises en Russie. Mme Adam est une amante de la nature.

Elle est souvent appelée « la grande française », elle a, en effet, d’après ses mémoires récemment parus (Roman de mon enfance et de ma première jeunesse ; Mes premières armes ; Mes illusions ; Nos souffrances, etc., etc.), rendu de grands services à son parti et à son pays, en faisant aimer la République, — une République française libérale — et en faisant aimer la France aux étrangers. Son infatigable apostolat patriotique a joué, dans le triomphe qui couronne la grande guerre, un rôle admirable.

Ce qui caractérise l’ensemble de son œuvre, c’est la doctrine païenne et antichrétienne, qu’on a appelée assez improprement le néo-hellénisme. « L’hellénisme, dit Jules Lemaître, est, pour les hommes d’aujourd’hui, un rêve de vie naturelle et heureuse, dominée par l’amour et la recherche de la beauté surtout plastique, et débarrassée de tout soin ultra-terrestre. Ce rêve passe, à tort ou à raison, pour avoir été réalisé jadis par les Hellènes… » Mais peu importe, le néo-hellénisme est païen ; et Mme Adam, qui en est devenue l’apôtre, est païenne. « Je suis païenne, dit-elle elle-même[5] et c’est ce qui me distingue des autres femmes ». « Le paganisme de Mme Juliette Lamber, ajoute Jules Lemaître, est au fond une protestation passionnée contre ce qu’il y a, dans la croyance chrétienne, d’hostile au corps et à la vie terrestre, d’antinaturel et de surnaturel, et pour préciser encore, contre le dogme du péché originel et de ses conséquences… »

Ceci, on le sait, c’est Madame Adam d’hier. Hier, elle adorait Zeus ; aujourd’hui, elle adore Jésus. Hier, elle invoquait Pallas-Athéné ; aujourd’hui, elle invoque Jeanne d’Arc. En 1913, Madame Adam s’est convertie : elle a écrit Chrétienne, roman par lettres, livre sain et réconfortant pour les gens du monde.


Comtesse d’Agoult (Marie de Flavigny, dite Daniel Stern ou), femme auteur et « salonnière » (1805-1876). Ses articles et romans, violemment attaqués par Proudhon, rappellent les idées socialistes de George Sand.


Jean Ajalbert, né en 1863, avocat, écrivain gouailleur, exalté, voluptueux, qui a décrit l’Auvergne et le Laos, dans quelques romans. La fille Élisa, tirée du roman de Concourt, est un drame réaliste qui fut condamné par la censure et discuté à la Chambre : Mgr Freppel sortit, pendant qu’on en lisait quelques passages très crus.


Paul Alexis (1847-1901) fut un ami, un disciple et un admirateur de Zola. C’est assez dire qu’il appartient à l’école ultra-naturaliste.


Claude Anet, de son vrai nom Jean Schopfer, écrivain de talent, dont Les Bergeries ont pris une bonne place dans la littérature rosse. Son ouvrage sur La Révolution russe est de tous points remarquable.


Alfred Assolant (1827-1886). Il a écrit pour la jeunesse certains récits de voyages et quelques romans aussi instructifs que dramatiques, mais neutres : Aventures du capitaine Corcoran ; Le docteur Judassohn (la guerre de 1870) ; Montluc le Rouge ; Pendagron (histoire d’Alexandre-le-Grand et d’un gaulois chevaleresque) ; François Buchamor ; Histoire du célèbre Pierrot ; La chasse aux lions. Malheureusement, comme About son maître, il se réclame et se ressent trop de Voltaire dans la plupart de ses autres œuvres !


Georges Auriol, né en 1863, humoriste qui conte des historiettes saugrenues et incongrues.

Comme Courteline, J. Renard, Capus, Tristan Bernard, Veber, Willy, Grosclaude, Chavette, Théo-Critt, et toute une catégorie d’auteurs gais, Auriol sème ses livres d’épisodes déplacés, de propos égrillards, de détails grossiers, d’allusions polissonnes, de mots indécents… Il est périlleux, pour un homme d’esprit, de vouloir, à tout prix, faire rire : outre que le rire ne s’adresse guère aux facultés les plus nobles de l’homme, il est d’expérience que la plupart des humoristes ont souillé leur talent et leur plume en faisant appel aux mauvais instincts. C’est pour ces raisons que nous les avons placés dans cette catégorie.


L’Auteur d’Amitié amoureuse, de son vrai non Madame Lecomte du Nouy, alias Hermine Oudinot, (1855-1915), n’a publié que des romans d’amour souvent vulgaires et terre-à-terre, « où elle se joue des sujets traités d’immoraux par la morale courante ». Ce jugement s’applique même à certain livre dédié à une jeune fille.


Théodore de Banville (1823-1891), poète lyrique, auteur de Contes et de Souvenirs en prose (15 volumes).

Comme poète, c’est un magicien, idolâtre de la rime, qui n’a vécu que de mots et de cadences, « comme les divines cigales se nourrissent de leurs chants ».

Dans ses contes et ses comédies, autant que dans ses vers, il a mêlé les allégories grecques aux choses modernes.

Nous ne le proscrivons que dans la mesure où il est à propos de bannir la vie et la mythologie antiques.


Jules Barbey d’Aurevilly (1803-l899), critique original et violent, penseur de haute race, écrivain qui rappelle Tacite et Saint-Simon, historien de la Basse Normandie, romancier dont les œuvres remplies de catholicisme exalté, de satanisme, d’horreurs, de morbidesses et de dandysme ne sauraient convenir à des lecteurs non prévenus.

Violent et paradoxal, il fut souvent excessif, injuste et faux, même dans son catholicisme : Lamartine l’avait surnommé le duc de Guise de la littérature.

« J’ai beau faire, dit Jules Lemaître, rien ne me semble moins chrétien que le catholicisme de M. d’Aurevilly… Son œuvre entière respire les sentiments les plus opposés à ceux que doit avoir un enfant de Dieu, entre autres l’admiration la plus éperdue pour les forts et les superbes, fussent-ils des ennemis de Dieu, de grands mondains, des viveurs et des Don Juan » (Les Contemporains, 4e série).

En réalité, il appartient à l’Église par la sincérité de sa foi, et par l’intrépidité avec laquelle il a combattu les auteurs impies et malsains de son époque. Ce qui lui manque surtout, c’est la virginité du talent et l’intégrité de doctrine.

Ce catholicisme bâtard est mêlé d’hystérie, de sadisme et surtout de diablerie. D’après le critique déjà cité, le satanisme de d’Aurevilly consiste a voir le diable partout, à nous raconter avec complaisance des actes d’impiété ou des cas surprenants de perversité morale (Le bonheur dans le crime ; Ce qui ne meurt pas ; Une histoire sans nom ; Le rideau cramoisi ; À un dîner d’athées, etc.) ; ou encore à nous montrer l’action directe du diable dans des faits inexplicables (L’ensorcelée ; Une vieille maîtresse ; Les diaboliques, etc.).

Les deux chefs-d’œuvre de ce « maître-écrivain » sont Le Chevalier des Touches et Le Prêtre marié ; le premier ne contient qu’une nudité au dénouement ; le second est beaucoup moins inquiétant que son titre.


Henri Barbusse n’était connu avant la guerre que par un livre abominable, infernal. Le Feu, journal d’une escouade, l’a rendu tout d’un coup célèbre : il est aujourd’hui lauréat de l’Académie Goncourt, président d’une association républicaine des anciens combattants, fondateur au groupe « Clarté », placé sous le patronage d’Anatole France, et l’un des chefs du Bolchevisme en France.

Le Feu est un mauvais livre et une mauvaise action : il a obtenu, parmi les naïfs et la horde antifrançaise de notre pays, un succès scandaleux. Il a réjoui les Allemands : loué par la Frankfurter Zeitung (3 novembre 1917), par le Belgischer Kurier (18 juillet 1917), il a été prôné comme « le meilleur livre de langue française qui soit né de la guerre » par l’Almanach de la Gazette des Ardennes (1918, page 66), mis en vente en Allemagne et dans les pays envahis, avec l’autorisation de l’ennemi, et publié en feuilleton par le Vorwaerts.

On a loué le style de ce livre sacrilège et diffamatoire. Voici ce qu’en pense Le Rappel, journal radical : « Littérairement, tous les défauts de Zola sont en M. Barbusse : comme lui, il a l’absence des proportions, le manque de mesure, le don du grossissement, le mauvais goût, la tendresse pour les mots crus, la naïveté maladroite, l’amour du prêche et l’esprit du parti-pris… On se lasse vite de cet art barbare où disparaissent les qualités les plus proprement françaises. Et quand M. Barbusse fait du style, quand il est poétique ou quand il se livre à l’éloquence, Polymnie grimace et Calliope s’enfuit. »

Il semblait qu’on ne pouvait rien écrire de plus noir et de plus déprimant : M. Barbusse a publié Clarté, manifeste du bolchevisme, plus brutal et plus odieux encore. Il a redoublé de turpitude, en écrivant des Contes.


Adolphe Belot (1829-1890). Il dut son premier succès à une comédie célèbre : Le Testament de César Girodot. Il est l’auteur de Mademoiselle Giraud, ma femme, et ses 40 ou 50 romans sont tellement émaillés de détails physiologiques, qu’ils lui valurent le nom de « Dupuytren de la littérature ». Cependant Le pigeon (recueil de nouvelles) convient même aux enfants.


Émile Bergerat, né à Paris en 1845, a épousé une fille de Théophile Gautier. Il publia au Voltaire, souss le pseudonyme de « l’Homme masqué », des articles impies ; il est surtout connu par les chroniques qu’il signa Caliban au Figaro.

Dans ses poésies, ses pièces de théâtre et ses romans, il sème beaucoup trop de mots corrupteurs, à la manière de son beau-père, pour que nous puissions le recommander. Citons Le Petit Moreau (roman audacieux contre les unions consanguines, thèse exagérée) ; Les soirées de Calibangrève (assez honnête) ; Faubias malgré lui (sujet malpropre).


Jean Binet-Valmer, né en 1875, citoyen génevois. La critique officielle le tient pour l’un des romanciers les plus vigoureux de notre temps. En réalité, ses romans et ses recueils de nouvelles, violents, tumultueux, paraissent habilement contés ; mais ils ne traitent que du plaisir des sens et mettent aux prises des viveurs sans scrupule et des bêtes de jouissance : La passion ; Plaisir ; Lucien ; Les Métèques même, etc., sont des livres abominables.

En 1914, Binet-Valmer s’est fait naturaliser pour s’engager dans l’armée française : il a relaté ses exploits dans les Mémoires d’un engagé volontaire. Il mène actuellement de bonnes campagnes patriotiques.


Paul Bonnetain (1858-1899), officier d’infanterie de marine, qui vécut au Soudan et en Extrême-Orient.

Après avoir publié deux romans absolument ignobles (Autour de la caserne ; Charlot s’amuse), il étudia dans divers ouvragés malsains (Au Tonkin ; Dans la brousse ; Amours nomades ; L’opium) la vie coloniale avec ses fièvres, ses gaietés et ses désordres[6]


Elémir Bourges, né en 1852, collaborateur au Journal des Débats et à la Revue des Deux-Mondes, romancier artiste et pessimiste.

Le crépuscule des dieux (amalgame historique peu intéressant, mais beaucoup loué) ; Sous la hache (genre du 93 de Victor Hugo) ; La nef ; Les oiseaux s’envolent et les fleurs tombent, ont pour thème fondamental la « maladie de l’infini » ! La luxure, le meurtre, l’ambition et le dégoût y bouillonnent au travers de pages harmonieuses et parfois languissantes.


Alexis Bouvier (1836-1892), ancien ciseleur en bronze. Ses chansons, ses pièces de théâtre et ses nombreux romans-feuilletons ne sont ni d’un raffiné, ni d’un délicat. Ce sont des récits mouvementés, touffus, naturalistes, qui peignent surtout les mœurs du peuple vicieux.


Raymond Brucker (1805-1874). Successivement ouvrier, journaliste, poète, romancier, tribun, apôtre de la foi, il publia d’abord une trentaine de volumes impies et révolutionnaires. Après une série de luttes intimes, que Paul Féval a décrites dans Les Étapes d’une conversion (1re partie), il triompha enfin de lui-même en 1839, et brûla ce qu’il avait adoré. Depuis cette époque, il a beaucoup agi et parlé ; il s’est contenté d’écrire Les Docteurs du jour devant la famille, terrible pamphlet contre Quinet, Michelet et leur école.


Camille Bruno, de son vrai nom, Mme la baronne de la Tombelle.

Ses romans sont en général passionnés, voluptueux, scabreux : L’imposture ; L’essai du bonheur ; La fin d’une amante (Mémoires de femme, parus dans Le Journal) ; Madame Florent (un peu plus honnête).

Ses vingt nouvelles réunies sous le titre En désordre sont plus réservées.


Victor-Édouard Cadol, (1831-1898), romancier qui met dans ses ouvrages tous les piments des romans à sensation. Sa bonne humeur continue a pu lui gagner des sympathies ; nous croyons cependant que ses œuvres sont à proscrire, sauf Gilberte ; Mademoiselle ; Secrétaire particulier (12 nouvelles médiocres).


Théodore Cahu, né à Beaugency en 1853, ancien officier. Il a publié sous son nom et sous le pseudonyme de Théo-Critt, des livres de différentes classes : farces militaires qui n’ont rien des sentimentalités roucoulantes du capitaine de dragons Florian ; romans-feuilletons d’amour (Vendus à l’ennemi ; La rançon de l’honneur ; Les drames de Kermor, etc.) ; récits irréprochables au point de vue moral (Perdue dans l’espace ; L’héritage dans les airs) ; badinages pour enfants (Mémoires de Cigarettes) ; et plus récemment, un ouvrage dont nous ne voulons pas même citer le titre, des nouvelles spirites et anticléricales ; etc.


Alfred Capus, né en 1858, ancien élève de l’École des Mines. Journaliste, romancier et conteur, auteur dramatique, membre de l’Académie française.

Il est aujourd’hui rédacteur en chef du Figaro, et il s’y révèle « réactionnaire » ; il n’est pas nôtre assurément, mais il semble se ranger parmi nos alliés du dehors que l’instinct de la conservation sociale rapproche de l’Église.

Outre deux recueils de nouvelles très répréhensibles (Les honnêtes gens et Monsieur veut rire), il a publié trois romans : Qui perd gagne ; Faux départ ; Années d’aventures, où il raconte, sans la flétrir, l’histoire des jeunes gens instruits, qui, ayant raté leur carrière, mènent en redingote une vie de bohèmes, de joueurs et de fêtards ; Histoires de parisiens ; Robinson.

Dans ces œuvres et dans les comédies à succès qui les ont suivies (Les maris de Léontine ; Les deux écoles ; Notre jeunesse ; etc., etc.) Alfred Capus s’attachant à décrire la vie, en traite les réalités avec un optimisme souriant et un imperturbable sang-froid ; mais il affecte une désinvolture distinguée, et d’autant plus pernicieuse, à l’égard de la vie régulière et du mariage.


Félicien Champsaur, né en 1859, a fait des pièces, des poésies et des romans-feuilletons. Ceux-ci, très touffus et immoraux, ont été interdits naguère par la justice belge. Quant à ses nouvelles, elles sont pleines d’entrain et de vice.

Tous ses livres, dit Maurice Barrés (Les chroniques, septembre 1887), sont des confessions, poèmes brutaux ou mieux encore affiches d’amour.


Mme Champseix, de son nom de jeune fille Léonie} Béra (1829-1900). Très liée avec Benoît Malon, le docteur socialiste, elle s’est rendue célèbre par ses équipées et des écrits révolutionnaires qu’elle signa André Léo.

Elle préconisa dans ses œuvres la réforme de l’éducation de la jeune fille, les droits de l’amour souverain, la conscience de la femme supérieure à la « banalité de la vertu » ; en un mot, tous les principes du féminisme outré.


Armand Charpentier, né à Brest en 1854. Violent adversaire de la religion, il a écrit au Souverain Pontife pour le supplier de supprimer « les dogmes surannés et les superstitions », et a développé dans plusieurs romans (l’Évangile du Bonheur, dédié à Léon XIII, etc.), des idées opposées à la doctrine et à la morale chrétiennes.


Eugène Chavette, pseudonyme d’Eugène Vachette, (1827-1902), a la spécialité du genre gai : c’est le Monnier des concierges. Ses nouvelles à la main, ses vaudevilles, ses romans, d’ailleurs fortement charpentés, sont souvent railleurs et indécents.


Albert Cim (Albert Cimochowski, dit), journaliste et romancier français, né en 1845. Actuellement bibliothécaire au sous-secrétariat des Postes et Télégraphes.

Au point de vue littéraire et moral, il semble ne viser qu’au déballage : aussi ses œuvres sont-elles très variées. Il figure dans les bibliothèques naturalistes avec toute une collection de livres brutaux, joyeux ou très lestes, en même temps qu’il intéresse la jeunesse par Mes amis à moi ; Grand’mère et petit-fils ; Mademoiselle Cœur d’Ange ; Spectacles enfantins ; Entre camarades ; Contes et Souvenirs de mon pays ; Fils unique : Le petit Léveillé ; Mes vacances ; Disparu.


Léon Cladel (1834-1872). Fils d’un bourrelier de Montauban. Après avoir été clerc d’avoué et homme de peine, il se mit à écrire. Il présenta dans un style rutilant, échevelé, horrifique, les paysans du Quercy, les miséreux et les va-nu-pieds. Clovis Hugues, son « copain », dit que c’est un sauvage ; nous ajoutons qu’il est immoral et impie.


Michel Corday, de son vrai nom M. Pollet, né en 1870. Ancien officier du génie, critique littéraire à La Lanterne.

Il publia d’abord, sur la vie intime des officiers, une quantité de nouvelles qui remplissent quatre volumes : Femmes d’officiers ; Cœurs de soldats ; Intérieurs d’officiers ; Les Bleaux.

Depuis il a surtout traité les sujets physiologiques, dans des romans sans valeur littéraire, où les collégiens gâteux et les vieilles dames en enfance cherchent des émotions inavouables. La mémoire du cœur tend à prouver que l’homme et surtout la femme sont nécessairement déterminés à suivre leurs mauvais instincts. Quant à Monsieur, Madame et l’auto, il ferait croire assez facilement que le sport est un exercice très hygiénique pour les écrivains. Même note pour Les Casseurs de bois. Plaisirs d’auto est une série de nouvelles risquées.

Certains romans plus récents ne peuvent se réclamer que de la morale de l’ilote ivre : Mariage de demain ; Les révélées ; Vénus ou les deux risques ; Les convenus.


Georges Courteline, (Georges Moinaux, dit). Un humoriste bouffon qui raconte des histoires insolites et baroques avec le sang-froid d’un pince-sans-rire et parfois avec la grossièreté d’un pioupiou sans retenue. Ses recueils de scènes militaires (Le train de 8 heures 47), etc. ; et surtout ses petites pièces de théâtre : Le gendarme est sans pitié (convenable), etc., ont obtenu un vif succès : mais ils sont, dit Gilbert, « caractérisés par la recherche du scabreux et l’amoralité inconsciente ».

Il n’a publié que deux romans, Les hannetons, et Les Linottes, qui bravent impudemment l’honnêteté.


Lucie Delarue-Mardrus, née à Honfleur en 1880. Poétesse, dramatiste, collaboratrice du Journal, elle appartient à cette pléiade de femmes qui travaillent à restaurer les lettres païennes.

Ses quelques romans sont de mauvais livres ; la passion s’y étale dans toute sa brutalité. Le roman de six petites filles renferme en outre des diatribes contre la religion.


Alfred Delvau (1825-1867), étudia les mœurs parisiennes dans les cabarets, les « Cythères » et les Académies de langue verte, et les traduisit hardiment dans ses œuvres.


Eugène Demolder, (1862-1919), écrivain bruxellois, de l’école naturaliste. Ses quelques œuvres ont pour objet d’évoquer les horreurs morales du passé : Contes d’Yperdamme (les mœurs du moyen-âge flamand ; ses rêveries mystiques et son pantagruélisme) ; Route d’Émeraude (la vie luxurieuse et païenne de la Hollande, à l’époque de la Renaissance) ; Le jardinier de la Pompadour (la galanterie et les massacres, à la fin du XVIIIe siècle) ; Quatuor (recueil de nouvelles naturalistes). Pour tous : Le cœur des pauvres ; Contes pour les enfants.


Lucien Descaves, né en 1861, romancier et auteur dramatique, s’est rendu célèbre par un roman anti-militariste, intitulé Les sous-offs, pour lequel il fut traduit en cour d’assises et acquitté.

Ses autres œuvres sont dans le même ton et contiennent des violences excessives.


Jean-Louis Dubut de la Forest, né en 1853, ancien conseiller de préfecture, romancier anticlérical et obscène, se donna la mort en se jetant du 4e étage où il habitait (1902).

Il s’attacha surtout à exciter la curiosité publique, en peignant les mauvaises mœurs, les dessous répugnants de Paris et les cas tératologiques. Il provoqua de tels scandales que le 15 mars 1886, il fut traduit pour un de ses livres devant le jury de la Seine, et condamné à deux mois de prison et 1.000 francs d’amende.


Georges Eekhoud, écrivain belge, né à Anvers en 1854. Dans un style heurté et puissant, il a célébré les « polders » de sa terre natale et décrit avec admiration les vices et les goinfreries.

Ses premiers ouvrages, à savoir Kermesses ; Kees Doorick ; Les fusillés de Malines, et même La nouvelle Carthage, sont honnêtes, mais pas pour tous. Les autres sont pessimistes, malsains et souvent répugnants.


Édouard Estaunié, né à Dijon en 1862, ancien polytechnicien, directeur au sous-secrétariat des P. T. T.

Il débuta dans la littérature par Un simple (il apprend, après de longues investigations et angoisses, que sa mère adorée se conduit mal, et il se suicide). Il publia successivement Bonne Dame (sorte de belle-mère Goriot) ; L’empreinte (pamphlet dirigé contre l’éducation donnée par les Jésuites) ; L’épave (antichrétien, essai de morale indépendante) ; Le ferment (les troubles sociaux occasionnés par la surabondance des diplômés universitaires) ; La vie secrète (récit de rêves intérieurs qui n’ont rien d’édifiant).

Son dernier roman. Les choses voient, est conçu dans une note différente : ces a propos de meubles » intéresseront certainement les grandes personnes, ainsi que Solitudes (psychologie étrange et déconcertante).


Camille Flammarion, né en 1842, est l’apôtre de l’astronomie et son œuvre tout entière a pour but de vulgariser cette science.

Ses théories scientifiques sont exposées avec enthousiasme et d’une manière séduisante ; le malheur est qu’elles ne sont point irréprochables, soit au point de vue critique, soit au point de vue religieux.

Beaucoup de vrais savants ont reproché à Flammarion d’avoir trop souvent mêlé l’imagination et la science ; par exemple, il affirme à tout propos la pluralité des mondes habités, l’existence des Martiens, etc.

Les catholiques, de leur côté, regrettent qu’il ait inséré, dans la plupart de ses œuvres, des thèses et des idées philosophiques et religieuses, dont les unes sont fort contestables, et d’autres tout à fait inadmissibles.

Flammarion n’est pas athée ni même absolument
panthéiste ; son livre Dieu dans la nature atteste ; dans de très belles pages, sa croyance à l’existence de Dieu et son spiritualisme ; mais il laisse presque sans réponse les questions de la destinée, de la vie future et d’autres qu’il est amené à traiter.

De plus, il nie la révélation positive ; il soutient les transmigrations des âmes et leurs épreuves successives dans les astres, l’éternité de l’univers matériel (dans La fin du monde, où il se moque en passant de la croyance catholique), l’origine simienne de l’homme (dans L’astronomie populaire et Les contemplations scientifiques, où il contemple surtout Vénus), la pluralité de l’espèce humaine ; il prétend expliquer le labarum et toutes les croix lumineuses d’une manière naturelle ; il plaisante sur la Bible à laquelle il rend hommage en d’autres occasions ; il commet des bévues théologiques et attribue à la science sacrée, pour la mieux combattre, des thèses qu’elle n’a jamais défendues ; il demande aux astres des leçons de sensualité (Stella, roman) ; etc., etc.

Toutes ces erreurs ne sont pas également opposées à l’enseignement de l’Église ; elles ne sont pas non plus la partie la plus importante des livres de Flammarion, enfin, elles ne sont pas répandues dans la même mesure, au travers de son œuvre. Les merveilles célestes ; La pluralité des mondes habités ; L’astronomie des Dames ; La planète Mars et ses conditions d’habitabilité ; L’atmosphère ; La terre, la lune et le soleil, pourraient même être recommandés sans restriction, si le nom et l’action de Dieu n’en étaient exclus. Cependant, nous persistons à penser que la lecture des œuvres complètes de cet auteur doit être interdite à tous ceux qui n’auraient pas — et ils sont légion dans le monde — des idées précises et des convictions sérieuses sur les points fondamentaux de la doctrine catholique. On sait, du reste, que les ouvrages de l’abbé Moreux sont autrement scientifiques et autrement intéressants.


Anatole France (Anatole-François Thibault, dit) poète, romancier et critique littéraire, né en 1844. Membre de l’Académie française. « Il est, d’après une revue ecclésiastique très autorisée, le plus mauvais des écrivains d’aujourd’hui. Chez aucun, l’impiété n’est aussi complète, ni l’immoralité aussi animale. » (L’Ami du Clergé, 1897, page 246). Quelques mots sur sa carrière littéraire suffiront à justifier cette appréciation.

Anatole France débuta par des poésies, toujours élégantes, mais toujours aussi licencieuses et impies : Les poèmes dorés ; Les noces corinthiennes (cri de rage contre le christianisme, ce « spectre qui vient troubler les tètes de la vie », etc.), ou frondeuses et révolutionnaires : Les légions de Varus, etc.

Il se consacra bientôt à des romans et à des contes de genres fort divers. Ce sont des inventions baroques, ou des histoires du monde ancien, qui servent de prétexte à des peintures voluptueuses : Le lys rouge (pèlerinage de deux amants en Italie ; mélange immonde de débauche et de piété) ; Thaïs, qui se résume dans cette déclaration empruntée textuellement à l’ouvrage : « La matière première de la sainteté est la concupiscence, l’incontinence, toutes les impuretés de la chair et de l’esprit » ; Le jardin d’Epicure (idée générale : il n’y a rien au monde qui soit digne d’amour ni même de pensée) ; etc., etc.

Ce sont aussi des romans philosophiques où conversent, dans un cadre de fantaisie, des hommes ironiques, désabusés, sceptiques. Les héros de ces romans parlent toujours et raillent tout : la métaphysique qui est un rêve, la religion qui est un mensonge, la morale qui n’est qu’hypocrisie, la chasteté qui n’est qu’une sottise. Ils inclinent même à croire que la vie idéale est celle des animaux à qui la nature a donné un sûr instinct pour se procurer du plaisir et pour fuir la douleur. La Rôtisserie de la reine Pédauque et Les Opinions de Jérôme Coignard sont, à ce titre, des livres cyniques.

Il y a quelques années, Anatole France entreprit d’écrire une « Histoire contemporaine », et créa alors le type de M. Bergeret, qui, d’abord pédant ridicule, devint sceptique autant que France lui-même. Cette série compte plusieurs volumes : L’Orme du Mail, satire du clergé que La Revue bleue (6 février 1897) trouve très choquante ; Le mannequin d’osier ; Vanneau d’améthyste ; M. Bergeret à Paris…

Elle fut interrompue par la part que prit M. France à « l’Affaire », et depuis à toutes nos luttes politiques et religieuses. Le « fin lettré » se fit alors anarchiste et apôtre du jacobinisme, accusa dans ses manifestes la religion catholique d’être immorale et les congrégations de corrompre la jeunesse (Opinions sociales, 2 volumes). Il alla plus loin encore, il parla à la « fête inaugurale pour l’Émancipation », à la fête en l’honneur de Diderot (1902), devant la statue de Renan à Tréguier (1903), écrivit pour les discours de M. Combes une préface lyrique, exalta le souvenir de Jaurès en août 1914, et se jeta avec ardeur dans la lutte antimilitariste et anticléricale.

Pendant la guerre, il parut revenir aux idées patriotiques (Sur la voie glorieuse, recueil d’articles) ; et puis, en août 1919, au congrès du Syndicat des Instituteurs, à Tours, il prêcha la paix et le désarmement dans des termes qui firent scandale. Une fois de plus, France a profané son pseudonyme.

Le roman dialogué intitulé Sur la pierre blanche[7], est du France première manière : quelques amis assis sur la pierre blanche, à Rome, au milieu du peuple des songes, s’entretiennent de Saint-Paul (qui ne savait pas ce qu’il disait), des origines du christianisme (la religion catholique est une impiété et la plus grande de toutes, dit l’un d’eux), de la guerre russo-japonaise (vivent les nippons !) et entrevoient pour l’an 2.270, une société basée exclusivement sur la science, le socialisme et l’internationalisme… Son Histoire comique est une fantaisie macabre mêlée de tableaux grivois et de dissertations pessimistes.

Dans ces dernières années, il a successivement publié, outre le pamphlet célèbre qui a nom Vie de Jeanne d’Arc, L’île des Pingouins, Les contes de Jacques Tournebroche, Les sept femmes de Barbe bleue, La révolte des anges, tous d’une perversité et d’un scepticisme plus qu’ordinaires.

Les Dieux ont soif, bien qu’il vilipende la Révolution française, n’en est pas moins malfaisant, teinté de nihilisme, et à certaines pages, tout à fait licencieux.

En résumé, par son scepticisme, son dédain du christianisme et de la chasteté, son fatalisme, son « renanisme » ondoyant, voluptueux et faux, Anatole France est l’un des écrivains les plus malfaisants de notre époque. Il ne respecte rien de ce qui est respectable : son ironie perfide cause plus de ruines dans les convictions et les croyances que les attaques brutales et franches des autres libres-penseurs.

Son esprit de malice, son impiété, son scepticisme confinant au nihilisme, le plaisir satanique de comprendre, de nier, de douter, cette galerie de héros et d’héroïnes qui vont uniquement à leur plaisir et que l’auteur absout tous ensemble : voilà ce qui, d’après Jules Lemaître, caractérise la littérature d’Anatole France. (Les contemporains, 6e série).

Les personnes averties liront cependant : Le crime de Sylvestre Bonnard ; Pages choisies ; Albums pour la jeunesse, publiés chez Hachette, et peut-être Abeille ; Nos enfants ; Le livre de mon ami.


Théophile Gautier (1811-1872), poète, peintre, romancier, archéologue, dramaturge, portant l’originalité et l’extravagance dans ses costumes et ses mœurs comme dans ses livres, a laissé une œuvre très éparpillée, assez vaste pour remplir 300 volumes.

En littérature, c’est un fantaisiste. Il jette sur le papier des mots rares, des expressions, des phrases harmonieuses et éblouissantes, avec l’arrière-pensée d’émerveiller le lecteur, et l’œuvre est faite : c’est du bibelot, c’est du Gautier. Le vrai chef-d’œuvre de ce genre, c’est Le capitaine Fracasse, savant mélange de fantaisie échevelée et de réalisme trivial, long épisode d’amour.

En morale, il cultive l’art pour l’art, il se pose lui-même en « dilettante du scandale », et, comme tel, écrivit Mademoiselle de Maupin, roman très licencieux.

Lire avec prudence : Pages choisies ; Ménagerie intime ; Constantinople ; Voyage en Espagne, et autres récits de voyage.


Judith Gautier, fille aînée du grand Théo, née en 1850, épousa, en 1866, Catulle Mendès, dont elle se sépara plus tard. Morte en 1917.

Elle se familiarisa de bonne heure avec les littératures de l’Extrême-Orient ; elle apprit le chinois, le japonais, le persan, et, dans ses livres, se fit une spécialité de la peinture des mœurs orientales. Oyez ces quelques titres : Le dragon impérial (épopée héroïque et galante des Boxers, quelques détails risqués seulement) ; Princesses d’amour, courtisanes japonaises ; Poèmes de la libellule ; Le paravent de soie et d’or ; Le collier des jours (souvenirs autobiographiques) ; Les mémoires d’un éléphant blanc.

Évidemment, la morale n’a rien à faire en ces récits exotiques ; et pour que personne ne se méprenne, Judith Gautier, dans son Livre de la foi nouvelle, a eu soin de nous montrer l’identité du bien et du mal.


Madame de Genlis (1746-1830), éducatrice des princes d’Orléans et de celui qui devait être le roi Louis-Philippe, maîtresse de Philippe-Egalité, célèbre par ses filles naturelles qu’elle éleva à la mode de Jean-Jacques Rousseau. Exilée en Allemagne, elle écrivit, pour se créer des ressources, des romans d’amour libre : Les premières rivales ; Alphonsine ; Les parvenus, etc.

Les livres qu’elle dédia à ses élèves sont honnêtes. On lira spécialement son ouvrage pédagogique Les veillées du château (prendre l’édition corrigée) et Mlle de Clermont, nouvelle très intéressante qui cependant ne convient pas aux toutes jeunes filles.


Edmond (1822-1896) et Jules (1830-1870) de Goncourt. Deux frères, historiographes, critiques, auteurs dramatiques et romanciers qui, sérieusement (témoin leur journal et leur académie), se sont crus les premiers écrivains de leur siècle.

Ils se sont attachés à décrire « la vie » ; mais toutes leurs œuvres paraissent suinter cette « fièvre hallucinatoire » qu’ils se procuraient en restant enfermés plusieurs jours de suite, sans voir un vivant.

Leurs ouvrages historiques sur le XVIIIe siècle, abondent en menus détails souvent scandaleux, fourmillent d’anecdotes et ne s’attachent qu’à la surface des choses. Ils ont été composés, comme les auteurs le reconnaissent eux-mêmes, avec des échantillons de robes et des menus.

Leurs œuvres de critique d’art s’attachent avec la même minutie à la joliesse de la Renaissance et du dix-huitième siècle.

Dans leurs romans, les Goncourt ont pris comme décors les endroits mal fréquentés et les coins les plus perdus de Paris ; comme héros, des types d’exception, bohèmes de l’art ou des lettres, des malades, des nerveux et des détraqués, impuissants à vouloir et à résister au mal (Charles Demailly) ; incapables de se débarrasser d’une passion (Coriolis) ; des hystériques obscènes (Germinie Lacerteux) ; des mystiques morbides (Sœur Philomène, Madame Gervaisais) ; des névrosés qui se font mourir à petit feu (Chérie).

Quant à leur style, baptisé par eux-mêmes « l’écriture artiste », il est bizarre, excentrique, maquillé de mots et de détails puérils. Selon l’expression de M. Doumic, c’est du papillotage.

Lire Pages choisies.


Rémy de Gourmont (1858-1915). Comme ses ancêtres, les graveurs et artistes du moyen-âge, il fut érudit, philologue et imagier.

Ses romans et ses contes, enluminés de figures symboliques, font pour la plupart, « palpiter et soupirer la luxure » (Camille Mauclair) ; nous exceptons cependant Merlette, son premier ouvrage.

Parmi ses études, Joujou-patriotisme a pour but de préconiser l’accord franco-allemand ; Le chemin de velours est dirigé contre la morale des Jésuites ; Le problème du style est un réquisitoire contre M. Albalat ; La gloire et l’idée de l’immortalité (paru dans le Mercure de France), a pour objet de combattre le dogme de l’immortalité de l’âme.


Gustave Guiches, né en 1860. Ses romans et ses chroniques accusent une certaine faveur pour le genre de Zola dont il fut quelque temps le disciple : Céleste Prudhommat (œuvre remarquable, roman d’une institutrice laïque ; bonnes intentions et obscénités) ; L’imprévu (situations répugnantes) ; L’ennemi, mœurs de province (le phylloxéra, honnête) ; Philippe Destal (triste !) ; Bonne fortune (mondanités et libertinages) ; Cœur discret (qui sauve une femme doublement compromise).


Mme Myriam Harry, alias Mme Perrault, cosmopolite, née à Jérusalem en 1875, voyageuse, polyglotte.

La conquête de Jérusalem, qui l’a rendue célèbre, est un roman qui tend à réhabiliter les cultes antiques, c’est-à-dire le naturalisme païen, au détriment des religions trop sévères, lisez le christianisme. C’est à ce roman que le jury féminin de La Vie Heureuse a décerné, en 1905, le prix destiné à récompenser le meilleur livre de femme paru durant l’année précédente !

Ses autobiographies, La Petite fille de Jérusalem, Siona chez les barbares et Siona à Paris, sont des confessions fort scabreuses ou impies.


Léon Hennique, né à La Guadeloupe en 1852. Quelques-uns de ses romans très hardis ont bruyamment ouvert la voie à l’auteur des Avariés et des Remplaçantes ; ils paraissent sincères et sont très vigoureusement écrits. Ses Contes, Études et Portraits ; Voyages ; Quotidiennes, ont également un caractère social. Ceux qui s’occupent du danger national que font courir à notre pays les féodaux financiers liront plutôt Chaos, satire violente assaisonnée de libertinages.


Alexandre Hepp, né dans le Bas-Rhin en 1857. Un des « cinq » disciples de Zola, avec Céard, Maupassant, Huysmans (1re manière) et Alexis.

Ses œuvres sont naturalistes et ne sont guère lues. Nous citons seulement Peuf, l’histoire d’un sapeur condamné à mort, malgré l’intervention d’une chanteuse et d’un enfant.


Abel Hermant, romancier, rédacteur au Temps et au Figaro, auteur dramatique, né à Paris en 1862. Après avoir été l’hôte de toutes les écoles et avoir touché à tous les genres, il paraît s’être fixé dans la peinture des mœurs aristocratiques. Il déploie, dans ces histoires scabreuses, un sang-froid impassible et une ironie glacée (comme des manchettes d’élégant), qui les rendent singulièrement piquantes.

Monsieur Rabosson (le monde universitaire) ; La mission de Cruchod ; Le cavalier Miserey (roman militaire, crudités, mépris de l’armée) ; Nathalie Madoré ; La surintendante ; Chronique du cadet de Coutras, Coutras voyage, Le Rat (tout à fait pornographique), appartiennent à la manière naturaliste.

Cœurs à Part ; Amour de tête ; Serge ; Ermeline ; Les Confidences d’une aïeule (très perverses) ; Les Confessions d’un enfant d’hier ; La Confession d’un homme d’aujourd’hui ; Les Transatlantiques (les Américains, leurs défauts et leurs mœurs) ; Les affranchis ; Le second garçon (presque propre), etc., sont d’une psychologie généralement voluptueuse.

La carrière ; Le sceptre ; Le char de l’Etat ; L’esbrouffe ; Les souvenirs du vicomte de Courpières ; Monsieur de Courpières marié ; Les grands bourgeois ; Histoire d’un fils de roi, ressortissent de la troisième manière de l’auteur ; ce sont les aventures galantes des « grands », écrites en style XVIIIe siècle.

Ses pièces de théâtre (L’empreinte, Le faubourg, Les Jacobines, etc.) ; et Les Mépris, recueil de vers d’inspiration baudelairienne, sont, au point de vue moral, de même qualité que ses romans.

Eddy et Paddy et Le bon roi Henry, sont honnêtes.


Arsène Houssaye (1815-1896). Critique, romancier et dramaturge, qui produisit plus de cent ouvrages.

Il se montre spiritualiste dans les Destinées de l’âme, ouvrage philosophique où il disserte en souriant du mystère de l’éternité.

Dans ses poésies, il chante surtout les roses, la jeunesse, les plaisirs folâtres de la vie, les fictions voluptueuses de l’antiquité.

Quant à ses romans et ses œuvres pseudo-historiques, ils sont des récits de la vie galante, musqués, également libertins. Arsène Houssaye s’est plu à y mettre en scène les courtisanes, les élégantes demi-mondaines : il a été justement surnommé le peintre des belles pécheresses et le Brantôme des dames galantes de notre époque.

Il est aussi, a-t-on dit, un païen du temps d’Aspasie égaré dans le XIXe siècle ; en effet, sa République athénienne du temps d’Alcibiade renferme une profession de foi candidement païenne : « Entre la religion de la laideur et celle de Phidias, d’Apollon, mon choix est fait », dit-il. C’est l’inspiration de la prière sur l’Acropole que les Lanson, les Croiset et consorts recommandent comme une des plus belles pages de notre langue.

L’histoire du 41e fauteuil est cependant utile à lire, et moralement presque irréprochable : elle a eu un regain de popularité, lors de la réception à l’Académie de son fils Henri, critique d’art et historien remarquable : 1814 (1 volume) et 1815 (3 volumes).


Gérard d’Houville, de son vrai nom Mme Henri de Régnier, fille de M. de Hérédia.

L’Inconstante, son premier roman, est, d’après ua critique bienveillant, un chef-d’œuvre impur. L’Esclave est une histoire d’une élégante indécence dont l’héroïne « sauvage et presque animale ne garde plus rien de civilisé ». Le temps d’aimer est tout aussi brutal. L’histoire malsaine d’une jeune fille qui marie sa mère avec le jeune homme qu’elle aimait elle-même (Jeune fille) lui a valu le prix de littérature à l’Académie française.


V. Blasco Ibanez, né en 1867. Député révolutionnaire de Valence aux Cortès, fougueux anticlérical, romancier réaliste d’une rare puissance, il dépeint dans ses œuvres toutes les horreurs de la nature et des passions espagnoles (Terres maudites ; Fleur de Mai ; Boues et Roseaux ; Arènes sanglantes). Plusieurs de ses ouvrages, tels que Dans l’ombre de la Cathédrale, L’Intrus, La Horde ont paru en français dans la Revue de Paris : ce sont d'odieux pamphlets contre la religion catholique. Les quatre cavaliers de l’Apocalypse est un beau roman de guerre, à peu près irréprochable.


Paul Junka, de son vrai nom Mlle Ferponnès, ancienne institutrice. Quelques romans scandaleux (Le vicaire parisien ; La fausse amante, etc.) et un roman de guerre, Romain Landry, soldat aveugle.


Henri Kistemaeckers, né en 1873, fils d'un éditeur bruxellois, a publié, sous son nom et sous le pseudonyme de Jeannine, une vingtaine de romans, plusieurs pièces et une foule de chroniques. Au total, littérature voluptueuse.


Paul de Kock (1794-1871). Romancier et auteur dramatique, d’une gaieté intarissable et polissonne, qui partage avec Eugène Sue et Alexandre Dumas, le triumvirat de l'ancien roman-feuilleton.

Il publia, dès l'âge de 19 ans, L’enfant de ma femme, et ensuite ce qu'il appelle « ses poèmes de joie », c'est-à-dire de nombreux ouvrages débordants de gaieté rabelaisienne, sans distinction de langage, sans style et surtout sans pudeur. Il a été beaucoup lu ; mais il est délaissé, depuis qu'il est remplacé par des écrivains beaucoup plus immoraux que lui. On réédite de temps en temps, dans les journaux, l'invraisemblable légende d'après laquelle ses œuvres auraient été, sous Grégoire XVI, approuvées par l’Église.

Son fils Henri (1819-1892) fut un fournisseur de romans-feuilletons qui dépassa son père en grivoiserie et en naturalisme.


Pierre de Quéheneuc de Lano, mort à la fleur de l'âge en 1904. Livres galants sur la cour de Napoléon III et de Berlin ; romans-feuilletons voluptueux Pour tous : Terr’neuva.


Henri Lavedan, né à Orléans en 1859, membre de l’Académie française, romancier et auteur dramatiques, dont toutes les œuvres constituent l’histoire naturelle du « fêtard nouveau jeu ».

La saveur particulière des écrits de M. Henri Lavedan, je crois l’entrevoir, dit Jules Lemaître La Haute et Le Nouveau jeu, Leur cœur et Nocturnes, Le prince d’Aurec et Viveurs, c’est la surface brillante et pourrie de la société contemporaine, décrite par un esprit aigu… Le bon temps et Inconsolables ne valent pas mieux.

Le 28 décembre 1899, lors de la réception de l’auteur à l’Académie, M. Costa de Beauregard, chargé de souhaiter la bienvenue au nouvel élu, lui infligea, sous toutes les formes du beau langage, une flétrissure ineffaçable : « Vos œuvres sont d’un joli cynisme, lui dit-il, vous aimez à promener votre esprit sur les pires marécages…, vous vous complaisez à peindre des âmes pourries…, votre rire fait des cadavres… » Ce discours, qui souleva les clameurs de la presse parisienne, ne saurait cependant viser certains instantanés cruels et hélas ! trop exacts ; Lydie ; Sire (roman satirique contre les partisans de la survivance) ; Le Duel, comédie qui est presque un chef-d’œuvre ; ni les recueils intitulés Bon an, mal an, Mon filleul.

Bien plus, après s’être trop longtemps penché sur les mauvaises mœurs de notre temps, Henri Lavedan s’est tourné vers la littérature bienfaisante : il se réduit aujourd’hui à faire de la psychologie et de la morale. Avec quel cœur, avec quel esprit, avec quelle rare saveur, on le saura en lisant Les Grandes Heures (4 séries) ; Dialogues de guerre ; La famille française (le problème de la natalité ; l’égoïsme, cause du mal) ; Les yeux levés sur Jeanne d’Arc.


Marius-Ary Leblond, nom commun à deux auteurs, nés le premier en 1877, et le second en 1880. Écrits avec obscurité et affectation, leurs romans de « grande ville », de « mœurs électorales », « de couleur », etc., ne sont guère lus davantage que leur ouvrage : La Société française sous la 3e République, d’après les romanciers contemporains ; ils sont du reste socialistes. À ajouter Les Sortilèges (récits de mœurs malgaches, immoraux) ; L’Oued ; En France (tableau d’un monde corrompu) ; Les Jardins de Paris (aventures scabreuses d’un étudiant) ; Anicette et Pierre Desrades (idylle presque convenable dans l’île Bourbon).


Camille Lemonnier (1844-1913), fils d’avocat, écrivain puissant et fécond, qu’on pourrait appeler le Zola de la Belgique.

Dans ses ouvrages, écrits avec magnificence et imprégnés de sensualisme violent, il a défendu « le respect de la vie intégrale », et placé les libres instincts de la nature corrompue au-dessus de l’idée chrétienne, de la notion du devoir et même du sentiment. Aussi fut-il poursuivi trois fois comme pornographe.

Parmi ses 60 volumes, nous ne pouvons nommer que La vie belge ; La Belgique, vaste poème descriptif ; et quelques recueils de nouvelles exquises : Les jouets parlants ; La Comédie des jouets ; Noëls flamands ; Contes flamands et wallons (légèrement voltairiens) ; Un coin de village


Camille Le Senne, né en 1851, est un de ces auteurs qui exploitent les actualités scandaleuses pour les grossir jusqu’aux proportions d’un volume et les servir à la curiosité malsaine du public. 22 volumes de romans, 3 volumes de variétés, 5 volumes de l’histoire du théâtre, feuilletons du Siècle, etc.


Jean Lorrain alias Paul Duval, (1855-1906). Il se vante d’écrire des « pages de grande luxure » ; ses vers, ses pièces, ses nouvelles, ses récits, ses romans peignent en effet, d’après nature, les types des fortifs, des bastringues d’assassins et des bouges.

« Jean Lorrain, dit M. Ernest Charles dans la Revue Bleue, cultive « l’orchidée du cadavre rare » ; et il met beaucoup de femmes autour. Il écrit des romans-feuilletons de mauvais lieux. Il est notre Ponson du Sérail… »


Pierre Loti (Julien Viaud, dit), né à Rochefort en 1850, fils d’un ministre protestant, célèbre romancier descriptif, membre de l’Académie française.

Pierre Loti est d’abord un puissant charmeur. Il séduit ses lecteurs et ses lectrices par la rêverie vague et flottante de sa pensée, par la mélancolie sensuelle dont il les pénètre, par les voluptueuses et enlaçantes caresses de sa phrase, savamment rythmée. Ces petits récits dont il tire de profondes émotions, ces descriptions féeriques de l’Océan infini, de l’Orient mystérieux, de tous les pays exotiques, charment jusqu’à enivrer.

« Je viens de relire les six volumes de Pierre Loti, dit Jules Lemaître, et je me sens parfaitement ivre. » La plupart de ses œuvres ont, en effet, comme premier trait caractéristique, d'amollir et d'alanguir par l’érotisme du style et des peintures.

Aussi, la lecture de ses livres contribue-t-elle à déprimer les âmes, non seulement en leur procurant des émotions artificielles très vives, mais encore en laissant cette impression que toutes les beautés et toutes les énergies sont dans les choses, que la nature agit en nous et sur nous, et que nous ne pouvons rien contre elle.

Les idées de Loti sont encore plus perfides et plus malfaisantes que ses descriptions et ses procédés. À 28 ans, il adressait à son ami, William Brown, une profession de foi que toutes ses admiratrices doivent connaître ; « Croyez-moi, mon pauvre ami, écrivait-il, le temps et la débauche sont deux grands remèdes… Il n’y a pas de Dieu, il n’y a pas de morale ; rien n’existe de ce qu’on nous a enseigné à respecter ; il y a une vie qui passe, à laquelle il est logique de demander le plus de jouissance possible… J’ai pour règle de conduite de faire toujours ce qui me plaît, en dépit de toute moralité, de toute convention sociale. Je ne crois à rien ni à personne ; je n’aime personne ni rien ; je n’ai ni foi, ni espérance… » (Aziyadé).

Voilà la dogmatique de Loti : il ne croit à rien sinon peut-être aux philosophes indous : « Sur les mystères de la vie et de la mort, dit-il, les sages de Bénarès détiennent les réponses qui satisfont le mieux à l’interrogation ardente de la raison humaine. » (L’Inde sans les Anglais).

La mort, c’est l’anéantissement (voir Le livre de la pitié et de la mort, etc.) ; tout s’écroule autour de nous, il faut donc jouir le plus possible ; la débauche est d’ailleurs efficace ; tous nos efforts sont inutiles contre la nécessité cruelle de l’amour. Voilà la morale de Loti, et ses héros ne se font pas faute de la mettre en pratique.

Nous savons bien qu’en dehors de ces doctrines éminemment subversives, Pierre Loti a écrit des pages magnifiques, exquises, émues, sur le dévouement, l’abnégation, le devoir, la foi… Il n’en reste pas moins, dans l’ensemble de sa littérature, immoral et irréligieux. La trilogie : Le désert, Jérusalem, Galilée : Le roman d’un spahi ; Ramuntcho, sont à ce dernier point très significatifs.

Et ses livres réputés honnêtes, oserons-nous les recommander à tous ?

Ils ne sont pas positivement impudiques, mais… Voici ce qu’écrivait M. Victor Giraud dans la Revue des Deux-Mondes, le 1er juin 1907, à propos de Pécheur d’Islande : « Je ne sache pas de livre qui prêche plus fortement et plus subtilement tout ensemble la vanité de toute action, le néant de tout effort et l’universel à quoi bon ? de la vie. » Ce même livre renferme deux scènes voluptueuses. Le roman d’un enfant a deux pages lestes ; Frères Yves dépeint, avec la générosité des marins, leur vie facile ; Vers Ispahan est légèrement sensuel… et nous ne regardons pas comme absolument inoffensifs pour les jeunes gens Les derniers jours de Pékin ; L’Inde sans les Anglais ; Escales au Japon ; Pages choisies, ni surtout La troisième jeunesse de Madame Prune.

Dans ces dernières années, Pierre Loti n’a publié que quelques ouvrages : Les désenchantées (l’émancipation de la femme musulmane, thèse, pas pour tous) ; La mort de Philœ (incomparables descriptions de l’Égypte, même fond sensuel et sceptique) ; Le château de la belle au bois dormant (contes décousus et troubles, à interdire) ; Le Pèlerin d’Angkor (fond troublant, émouvant témoignage du néant d’ici-bas).

Et depuis 1914 : La hyène enragée (recueil d’articles, où les gens et les choses de la guerre servent à traduire la mélancolie, les désirs vagues et l’élégante incertitude de l’auteur) ; Prime jeunesse (récit autobiographique, suite du Roman d’un enfant ; écrit « dans l’angoisse de finir »).


Pierre Louÿs, né le 10 décembre 1870. En religion, protestant ; en littérature, styliste impeccable ; écrivain féru d’antiquité grecque, poète, romancier, conteur ; en morale, plaide ardemment pour toutes les licences.

Tous ses ouvrages sont faits de cette littérature et de cette morale. Nous citerons seulement Aphrodite, roman d’amours antiques, tiré à cent vingt-cinq mille exemplaires, et que Rémy de Gourmont lui-même apprécie ainsi : « livre de chair et revendication du romanesque sensuel. »


Georges de Lys, dans l’armée le commandant Georges Fontaine de Bonnerive. Né à Oullens en 1855. Romancier et poète.

Le logis ; Enfants des Rues ; La Trempe ; Sur les tètes blondes ; Ceux qui partent ; Coqs de France et les ouvrages édités chez Mame, sont des livres honnêtes, véritables perles littéraires. Ses récits et nouvelles, pour la plupart militaires, sont fort mêlés. Les autres, et surtout ses trois romans de mœurs antiques, sont voluptueux ou dangereux au point de vue moral.


René Maizeroy, pseudonyme du Baron Toussaint (1856-1918). D’abord officier, composa des romans et des nouvelles très nombreuses où il peint de la manière la plus lascive et dans un langage « élégamment obscène et innocemment corrompu », les mœurs de la vie parisienne.


Hector Malet (1830-1907). S’occupa d’abord de critique et se consacra ensuite au roman. Ses œuvres, lancées par M. Taine, ne sont guère plus morales que celles de Balzac auxquelles elles ressemblent par la langue, la variété des situations et les habiles intrigues.

Romain Kalbris ; Sans famille, qui eut un immense succès, sont les seuls de ses soixante volumes que tout le monde puisse lire, avec Pages choisies.

Nous citons pour les grandes personnes : Une bonne affaire (quelques mots seulement contre les pensionnats chrétiens et le mariage religieux) ; Rose Pompon ; La petite sœur (intéressant, quelques pages libres) ; Paulette (quelques descriptions hardies des désordres conjugaux) ; Marichette (thèse sérieuse sur la recherche de la paternité, détails scabreux) ; Micheline (adultère, puis scènes attendrissantes) ; Le lieutenant Bonnet (l’officier pauvre) ; Mariage riche (recueil de nouvelles) ; En famille.


Georges Mareschal de Bièvre, mort en 1920. Romancier dont les œuvres ne figurent qu’au petit marché littéraire : Berthe et Berthine (scènes risquées, idées dangereuses) ; Angette (moral, mais détails libres ) ; Tante Bébé (marivaudage honnête) ; Reine bicyclette (sport et sentiment) ; Destinée d’amour ; Cousine ma mie ; Le cœur s’éveille (alerte, pour lecteurs d’âge mûr).


Paul Margueritte (1860-1918), fils du général de ce nom, qui se distingua à la guerre de 1870 (voir le livre intitulé Mon père).

Enrégimenté d’abord dans l’école naturaliste qui inspira son premier roman, il rompit solennellement avec Zola en 1887, et commença une série d’ouvrages d’un ton différent, mais d’une morale non moins suspecte.

Associé à son frère Victor depuis 1896, il produisit des contes rapides et pittoresques, de grands romans et surtout des récits militaires. Nous citons :

Parmi ses contes et nouvelles : Le cuirassier blanc (assez honnête, mais suivi d’autres nouvelles imprégnées de sensualisme et de pessimisme à la Loti) ; La Mouche (très peu édifiant) ; L’Avril (une poitrinaire guérie par l’amour de son médecin) ; Simple histoire (27 récits, dont plusieurs répréhensibles) ; La pariétaire (25 morceaux en style précieux) ; Le jardin du Roi (idylle très jolie) ; Âme d’enfant ; Poum et Zette (récits déplaisants sur et non pour les enfants) ; Sur le vif (32 nouvelles) ; Les jours s’allongent (souvenirs de jeunesse malsains) ; La lanterne magique (nouvelles très risquées).

Parmi ses romans : La tourmente (psychologie conjugale ) ; Tous quatre (nombreuses scènes de libertinage) ; La confession posthume, suivie de L’impasse (livre dépravé) ; Pascal Géfosse (adultère et pessimisme) ; Femmes nouvelles (adultères, thèse imprécise) ; Ma Grande et Le poste des Neiges (honnêtes) ; Les deux vies (mise en scène de son manifeste scandaleux en


faveur du divorce, par la volonté d’un seul des deux époux) ; Le prisme (la course au mariage riche, tend à montrer que le mariage étant une affaire d’argent, constitue un contrat frauduleux qui appelle fatalement le divorce) ; Le carnaval de Nice (idée générale : l’atmosphère de Nice, surtout à cette époque de l’année, est tellement irrésistible que la vertu y est impossible, même pour les jeunes époux) ; Vanité (la richesse et le luxe qui rendent égoïstes, cruels et méprisables ceux qui en sent pourvus) ; La Flamme (voluptueux et pimenté) ; Amants (licencieux) ; La maison brûle (établit la théorie du « droit au bonheur » dans des pages apparemment correctes) ; Les Fabrecé' (œuvre complexe, mélange de vérités et d’idées fausses ; semble défendre la famille, et en même temps l’union libre, le divorce, etc.) ; Les sources vives (apologie du travail ; fonds moral ; pas pour tous) ; Jouir (copieux satyricon dont les scènes principales se passent à Nice) ; L’autre lumière (dédié aux aveugles de la guerre), etc…

Ses récits militaires, réunis sous le titre d’Une époque, comprennent quatre volumes (Le désastre ; Les tronçons du glaive ; Braves gens ; La Commune) ; ils présentent, en certaines pages, des idées théistes et favorables au divorce, et de plus des scènes d’une lubricité révoltante.


Victor Margueritte, né à Blidah en 1867. Il s’était déjà révélé poète tandis qu’il portait l’épée ; il quitta l’armée pu 1895 pour collaborer avec son frère Paul ; pendant dix ans, la fusion des deux écrivains fut tellement intime que, dans leur commun labeur, il serait impossible de reconnaître la part de l’un et de l’autre. En 1907, le divorce survint. Le premier feuilleton signé par Victor depuis la rupture est intitulé Prostituée ; c’est de la basse littérature industrielle.

Il a publié depuis : Les jeunes filles (morale païenne et naturaliste) ; Le petit roi d’ombre (nouvelles, quelques lignes seulement à reprendre) ; Le talion (donnée immorale) ; L’or (sang, boue et turpitudes) ; Les frontières du cœur (roman alsacien, œuvre saine et consciencieuse, pour adultes).


Matthey, pseudonyne et nom de la première femme de Arthur Arnould, (1833-1895), professeur, membre de la Commune. Contes, nouvelles, romans-feuilletons, ouvrages historiques, articles théosophistes.


Guy de Maupassant, né en 1850, filleul de Flaubert, « le plus grand romancier réaliste du siècle ». (Émile Faguet). Il s’occupa de spiritisme et mourut fou le 6 juillet 1893.

Il est surtout célèbre comme conteur. Ses contes tantôt gais tantôt tristes, et souvent très brutaux, ont été et sont encore, pour notre génération, ce que furent les contes de La Fontaine pour ses contemporains : ce sont, dit Jules Lemaître, des histoires de filles, paysans rapaces et de grotesques bourgeois… les faits divers d’une humanité élémentaire et toute en instinct. (Les Contemporains, 6e série). Guy de Maupassant, continue l’éminent critique, aime et recherche les manifestations plus violentes de l’amour physique, de l’égoïsme, de la brutalité, de la férocité naïve… Il est extraordinairement sensuel ; il l’est avec complaisance, avec fièvre et emportement. (Les Contemporains, 1re série, page 300).

Tout le monde reconnaît à ces contes une valeur littéraire de premier ordre, mais le public les lit moins à cause du prestige du style qu’en raison de leur indécence. La réflexion est de M. Jules Lemaître.

Les dernières œuvres de Maupassant sont, au point de vue moral, beaucoup moins répréhensibles : Au Soleil ; Sur l’eau ; Pierre et Jean… La librairie Ollendorff a publié, sous le titre Contes de Maupassant, une série choisie qui, en dépit de son titre, n’est pas pour la jeunesse.


Catulle Mendès, (1840-1905). Épousa, en 1886, Mlle Judith Gautier, fille de Théophile, se sépara d’elle quelques années après, et associa sa vie à une poétesse qui s’appelle Mme Jane Catulle Mendès.

Ses poésies, ses drames, ses romans, en un mot tous, ses livres, qui sont pour la plupart des recueils de nouvelles, constituent une bibliothèque d’alcôve et de chaise longue, dans laquelle la préciosité la plus raffinée le dispute à l’indécence subtile.

Nous ne ferions exception que pour Les mères ennemies ; Grande-Maguet (extravagant, non obscène).


Prosper Mérimée (1803-1870), auteur dramatique, conteur et nouvellier célèbre dont les œuvres sont presque toutes immorales ou impies.

Les récits de ce puissant écrivain se distinguent d’abord par leur caractère horrible : ce sont des meurtres, des brigandages et des tueries épouvantables, des hommes carnassiers et lubriques ; Colomba même, qui peut être lue à peu près par tous, est l’histoire tragique d’une vendetta.

En dehors de ce petit chef-d’œuvre, Mérimée n’a guère produit que des ouvrages pernicieux : sceptique tranquille, dédaigneux, élégant et discret, il a couvert de mépris les choses de la religion (Le carrosse du Saint-Sacrement), les prêtres et les moines au même titre que les seigneurs et les bandits (La Jacquerie ; La Chronique de Charles IX) ; enfin, dit Jules Lemaître, il s’est montré, vis à vis de l’univers et de la cause première, quelle qu’elle soit, poli, retenu, dédaigneux.

Il n’a pas traité la morale avec plus de respect que l’Église et l’histoire ; il aime à voir se développer librement, bonne ou mauvaise, la bête humaine, dit encore Jules Lemaître, et, quand elle est belle, il n’est pas éloigné de lui croire tout permis.


Oscar Méténier (1859-1913), romancier et auteur dramatique, ancien secrétaire d’un commissaire de police de Paris. Toutes ses œuvres ont pour sujet le monde spécial du désordre.


Octave Mirbeau (1850-1917). Écrivain malpropre et sectaire écœurant. Ses romans (Le Calvaire, L’abbé Jules, Sébastien Roch, Le roman d’une femme de chambre, Dingo, etc., etc.) sont d’une brutalité révoltante et parfois blasphématoires et impies.

Voici ce qu’écrit, sur cet auteur, un critique qui n’est certes pas un tenant de la pruderie catholique : « Il a rame d’un sous-officier qui a rengagé trois fois et qui a mangé sa prime avec les femmes… Sa littérature autoritaire et incohérente, prétentieuse et grossière, trahit ses désenchantements assez bas et ses espérances assez plates. Elle est d’un cerveau médiocre et d’une âme qui n’est pas supérieure au cerveau ». Et plus loin : « Il blesse par l’accumulation voulue des malpropretés… Rien n’est plus significatif que le plaisir que Mirbeau a visiblement pris à ajouter des malpropretés inutiles au sujet… » (Ernest-Charles, La littérature française d’aujourd’hui, page 271).


Maurice Montégut (1855-1912), rédacteur à divers journaux pornographiques, romancier naturaliste ironique. Drame en vers ; 12 volumes de contes ; romans.

Ses trois derniers ouvrages sont Les clowns (récit des intrigues, des orgies et des crimes de la cour de Compiègne) ; La grande nuit du Pôle (roman d’aventures, épisodes émouvants et atroces) ; Petites gens et grands cœurs (très romanesque).


Edgar Monteil, né en 1845, ancien préfet de la Haute-Vienne, a publié des écrits irréligieux et des romans pornographiques. Ses ouvrages pour adolescents sont « laïques », mais non obscènes : François François ; Histoire du célèbre Pépé ; Le roi Bou-Bou ; Les trois du Midi ; Jeanne la Patrie (préface dangereuse pour la jeunesse).


Alfred de Musset (1810-1857), le célèbre poète. Sous le rapport littéraire, il a égalé et parfois dépassé Lamartine et Hugo. Mais au point de vue moral ?… Il a vécu dans la volupté et il a chanté sa vie… Aussi est-il particulièrement pernicieux. Il exprime souvent la vanité des plaisirs, mais il en trace des peintures palpitantes de vie, abreuvées de vraies larmes, émaillées de mots corrupteurs, qui troublent profondément les âmes.

La confession d’un enfant du siècle, espèce de roman en prose, où il déplore cyniquement de ne plus goûter les joies d’un amour pur, est toujours malsain et souvent insipide. Ses Contes en vers et en prose sont intéressants et quelques-uns exquis ; mais beaucoup sont immoraux. Ses pièces de théâtre méritent la même note.

Lire les Morceaux choisis de chez Cattier, et ceux de l’abbé Halflants, tous deux excellents.


Paul de Musset (1804-1880), frère aîné d’Alfred, dont les pièces, nouvelles et romans sont d’une morale souvent légère… Il défendit la mémoire d’Alfred en répondant à Elle et Lui de Georges Sand par Lui et Elle. Un auteur plaisant prit part à la querelle et écrivit Eux brouillés… Tout le monde peut lire Monsieur et Madame la Pluie ; Bavolette.


John-Antoine Nau, de son vrai nom André Touquet (1873-1918). Un jeune cerveau chaotique qui obtint en 1903 le prix Goncourt pour son roman La force ennemie. Cette œuvre étrange met en scène un fou qui se sait fou, c’est-à-dire possédé par une force ennemie, une âme tombée d’un astre lointain ! La Gennia est « la plus détestable et la plus folle histoire de revenants que l’en puisse concevoir ». (Jules Bois). Cristobal le poète est nauséabond.


Mme la Comtesse Matthieu de Noailles, princesse Anne de Brancovan, d’origine orientale, fille d'un prince roumain et d′une mère turque, née à Paris en 1876, élevée à Paris. Son portrait et son panégyrique illustrent les plus belles pages des revues frivoles, et ses œuvres ont provoqué dans certaine presse une « folie furieuse d’admiration ».

Mme de Noailles est poète ; elle est même, au dire d’un critique, le plus grand poète de l'aristocratie contemporaine. Et, comme telle, elle a proposé à « l’émerveillement de l’élite », premièrement. Le cœur innombrable et deuxièmement L’ombre des jours : deux recueils de vers qui rappellent les audaces des idylles antiques, chants et rêve d'une « âme de faunesse », (le mot est de Mme la comtesse) qui aspire, ainsi qu’une parfaite et sensuelle panthéiste, à

Se mêler vivante au reposant mystère
Qui nourrit et fleurit les plantes par le corps !

Mme de Noailles est romancière : elle a publié trois romans. Parlant du premier (La nouvelle espérance), en en même temps de L'Inconstante, par Mme Henri de Régnier, le Journal dé Genève, organe protestant, disait : « Ils sont d'une telle licence que des critiques, qui ne sont pas atteints, comme ils disent, d’huguenotisme féroce, en sont révoltés et crient bien haut que toute mesure est dépassée et qu’il est temps d’enrayer. »

Depuis lors, Mme de Noailles n’a guère « enrayé ». Elle a écrit Visage émerveillé et La domination, « à peine un peu moins ridicule que les livres précédents du même auteur ». (E. Faguet).

Elle a souffert cependant, depuis qu’elle a écrit ses livres malsains ; et c’est pourquoi, elle s’est souvenu qu’on lui a parlé d’un Dieu quand elle était adolescente. Sans rien savoir de plus, elle a chanté, à cause du vide infini ; elle a publié Les Vivants et les Morts, où sans être convertie, elle a des accents qu’elle n’avait pas eus jusqu’ici…


Richard O’Monroy, de son vrai nom le vicomte de Saint-Geniès (1849-1916), ancien capitaine de cuirassiers. Ses pièces, récits et nouvelles, lui ont valu le surnom de « Gyp militaire » : ils sont au moins voluptueux ou fort scabreux.


Ouida (Mlle Louisa Laramée, dite), romancière anglaise (1840-1909).

Son style alerte, enlevé, la rapproche de Gyp. Ses thèses, sa manière et sa popularité l’ont fait surnommer par certains critiques la George Sand de l’Angleterre. Elle est parfois broussailleuse et trop touffue, mais généralement son pinceau, comme celui de notre romancière, trace des tableaux superbes. Pourquoi faut-il qu’il soit mis au service des idées malsaines, rationalistes et anticatholiques (Pascarel ; Le roman étrusque ; Fille du diable ; La comtesse Vassali ; Puck ; Ariana ; La princesse Zouroff ; Le colonel Sabretache).

Parmi les œuvres de cette authoress originale, nous signalons aux personnes d’âge raisonnable : Scènes de la vie de château ; Le chemin de la gloire ; La filleule des fées ; Gésualdo ; Les Fresques ; Les Clarencieux ; Cigarette ; Amitié. Et aux plus jeunes : Moufflon (enfantin) ; Le petit comte ; Le tyran du village ; Umilta ; Sainte Rosalie aux bois.


Joséphin Péladan (1859-1918). Occultiste, artiste, écrivain étrange qui se proclama, vers 1893, mage et sâr. « Il est absurde, si vous voulez, et fou, tant qu’il vous plaira, dit Anatole France ; mais il a du talent. Toutes ses œuvres « féeries sans raison et pleines de poésies », ont été réparties en diverses séries. L’une d’elles est intitulée les Drames de la Conscience et s’ouvre par La Rondache, dédié aux jeunes filles ! et couronné par l’Académie. Les Amants de Pise est une idylle qui finit en drame ; elle est à la fois chaste et passionnée. Tout est singulier chez Péladan.

« J’aurais peur pour ma raison de vivre avec de pareils livres », dit Charles Le Goffic (Les romanciers d’aujourd’hui, page 286). Un jeune homme sérieux qui aurait cependant la témérité ou plutôt le courage de les lire, devrait craindre en outre pour sa foi et pour ses mœurs. Les lecteurs expérimentés trouveront dans certains de ces ouvrages un écrivain ardent qui peint avec abondance les vices de notre civilisation pour les flétrir.


Benito Perez Galdos, né en 1845, romancier espagnol, que le caractère de son œuvre et sa manière ont fait comparer à Dickens et Erckmann-Chatrian. Ses œuvres sont avant tout des instruments de propagande anticléricale. Il a attaché son nom à Electra, drame antireligieux dont la représentation a naguère excité tant de haines et de troubles. Il est mort chrétiennement en 1920.


Camille Pert, de son nom véritable Louise-Hortense Rougeul, née Grille, romancière à thèses.

Ses romans très hardis roulent sur les questions sociales, ou la psychologie conjugale ; ils défendent, au nom de la morale- indépendante, les droits de la femme.


Charles-Louis Philippe (1874-1909). Œuvres galantes et licencieuses, d’un style étrange, obscur et difforme.


Alexandre Pouchkine (1799-1837), poète et romancier russe, disciple de Byron, dont les mœurs révolutionnaires et licencieuses ont eu, en leur temps, chez les Russes, un succès considérable. Tout le monde peut lire, dit-on, La fille du capitaine


Marcel Prévost, né en 1862 à Paris, fils d’un sousdirecteur de contributions indirectes, membre de l’Académie française. Élève des jésuites, polytechnicien, ingénieur des tabacs jusqu’au jour où il obtint par ses romans le grand succès dont il jouit encore aujourd’hui.

Marcel Prévost est l’un des romanciers les plus pervers que nous ayons aujourd’hui, dit l’Ami du Clergé ; mais comme il est aussi pour tout un public féminin trop peu averti, un docteur ès-sciences de l’amour et de la… morale, nous croyons utile de nous appesantir un peu sur son œuvre.

Romans, nouvelles, contes, lettres, forment une vingtaine de volumes. Ils sont presque tous à proscrire.

Les uns font assister au réveil ou à la hantise de l’amour chez les adolescents. Les autres étalent des âmes qui ont conservé de leur éducation première la notion nette de leurs devoirs moraux, des âmes religieuses et féminines pour la plupart qui, après avoir ressenti et analysé longuement, très longuement, les sensations de la volupté, sont travaillées par le remords et finissent par conclure contre tout ce qu’elles ont fait et aimé. « Ce qu’elle est exquise et d’un raffinement bien corrompu cette idée du péché, dit un critique anticlérical, surtout lorsqu’elle est ressentie par ces âmes jeunes et ardentes d’adolescents… Ce leur est — et c’est aux lecteurs aussi par ricochet — une singulière volupté que de mêler aux troubles de l’amour l’émoi profond et perfidement exquis de la conscience qui n’est plus en repos et qui s’efforce de retenir l’être tout entier, grisé d’avance et entraîné par une force magique vers celle qu’il a élue. Nous y sentons un raffinement du plaisir, une exaltation du sentiment de la volupté par celui de la faute… » (Jules Bertaut).

Les procédés de Marcel Prévost sont donc, au point de vue moral, éminemment pernicieux. Les sujets qu’il choisit ne le sont pas moins. « Ils sont constamment scabreux, dit Ernest Charles ; ils le sont systématiquement… Ce ne sont même pas des histoires d’amour ; ce sont des histoires de femmes, qu’il étale devant nous comme du linge sale, mais parfumé… Il traite de l’amour sensuel et il ne retient de l’amour sensuel que ce qu’il y a de plus choquant… C’est un commis-voyageur pervers et désobligeant qui, dans ses histoires, fait intervenir l’Église et le clergé… » (La littérature française d’aujourd’hui, page 174).

« Je vois bien, dit Jules Lemaître, que, dans ces romans, il y a moins de gros mots que dans les livres de M. Zola, mais je doute parfois qu’il y ait plus de chasteté. » (Les Contemporains, 6e série, page 334).

Nous épargnerions volontiers ces flétrissures aux Vierges folles (Léa, Frédérique) ; deux volumes qui sont moins sensuels, et ont, de ce fait, obtenu moins de succès que les autres. L’accordeur aveugle est une petite romance sans portée.

Les Lettres à Françoise qui ne sont point licencieuses et contiennent de bons conseils mondains, ont obtenu un élan d’enthousiasme inouï : des perruches troublées ont écrit à l’auteur une multitude de lettres qui ont servi à augmenter la 60e} édition de l’ouvrage et à en faire un bréviaire pour l’éducation ! Encouragé par ce succès, l’auteur a publié successivement les Lettres à Françoise mariée (morale positive et neutre, solution des difficultés familiales, conseils à prendre) ; et les Lettres à Françoise maman (mélange de bons conseils et d’idées discutables ou même antireligieuses).

Monsieur et Madame Moloch est plus sérieux. L’intrigue est insignifiante et le récit sent parfois l’opérette. Mais l’ensemble est intéressant : l’Allemagne caporalisée qui est toute l’Allemagne pour la France et pour tout ce qui n’est pas la farce brutale est mise en relief d’une façon saisissante.

Parmi les œuvres plus récentes, nous trouvons Pierre et Thérèse (bonheur du ménage compromis par la malhonnêteté du mari) ; Féminités (détails minutieux sur la femme, son cœur, sa toilette, même bavardage et même fonds scabreux) ; Missette (trois nouvelles amorales ) ; Les Anges gardiens (veut prouver que les institutrices de nationalité étrangère portent le trouble dans les familles françaises ; prétexte à tableaux et descriptions d’une licence excessive) ; L’adjudant Benoît (aventure banale ; pages sensuelles).


Michel Provins, de son vrai nom Lagros de Langeron, romancier et auteur dramatique, ancien secrétaire de Waldeck-Rousseau, percepteur à Paris. Né en 1861. Romans et nouvelles dialogues sur la haute société parisienne ; le tout très libre et malsain.


Henri de Régnier, né à Honfleur en 1864, marié à Mlle de Hérédia (en littérature Gérard d’Houville), poète, conteur, romancier, collaborateur à La Revue des Deux Mondes, à La Revue de Paris, au Gaulois, etc., ex-critique dramatique au Journal des Débats. 14 ou 15 volumes de vers, quelques volumes de contes, une dizaine de romans.

Au point de vue littéraire, il a imité et très habilement pastiché le XVIIIe siècle ; son style, ses tendances, ses mémoires et ses anecdotes l’on fait comparer à Hamilton, ou encore à ces gentilhommes d’autrefois qui, retirés dans leurs terres, racontaient avec une verve impitoyable les incidents croustilleux auxquels ils avaient été mêlés.

Au point de vue moral, l’un de ses amis le juge ainsi : « Il ne tombe jamais dans ce travers à la mode qui est de vouloir un but moral à la littérature…, il se nourrit de libertinage et d’épicurisme » (Paul Léautaud). Aux premières pages d’un de ses romans, il dit lui-même : « Je n’ai jamais cherché, en écrivant, quoi que ce soit d’autre que le plaisir délicieux et toujours nouveau d’une occupation inutile. » (Les rencontres de M. de Bréot, préface). Ses derniers ouvrages n’ont fait qu’accentuer cette impression : Couleur du temps ; La flambée ; Le miroir des heures ; Le bon plaisir ; L’amphisbène (amoralité souriante, absolue) ; Le Plateau de laque (recueil de nouvelles qui veulent divertir ; morale facile) ; Le Double conseil (apologie de la passion malsaine) ; Romaine Mirmault (histoire dissolvante).


Jules Renard (1864-1910), romancier et humoriste, l’un des fondateurs du Mercure de France, membre de l’Académie des Goncourt, écrivain anticlérical.

Ses romans et nouvelles, même ceux où il dépeint avec une grande finesse et une vraie saveur les paysans et les enfants, sont généralement obscènes. Nous ne faisons exception que pour Les Bucoliques ; Histoire naturelle, et Poil de carotte, histoire d’un enfant roux et laid, maltraité par sa mère, livre qui consacra sa réputation.


Jean Richepin, né à Médéah en 1849, normalien, romancier, auteur dramatique, et avant tout poète a l’imagination exubérante et au verbe sonore.

Parmi ses poésies, nous citons La Chanson des gueux, qui lui valut un mois de prison et 500 francs d’amende ; Les blasphèmes, débordement d’impiétés.

Dans ses œuvres en prose comme dans ses vers, Jean Richepin se distingue par son admiration à l’égard des révoltés, ses crudités rabelaisiennes, la hardiesse et l’étrangeté de ses peintures de mœurs, et enfin par ses préférences envers les êtres anormaux ou dépravés, les saltimbanques, les bohémiens, etc. Il voit obscène, dit Jules Lemaître ; ses images deviennent toujours et invinciblement grossières, viles, choquantes, même aux yeux du monde. Pour les grandes personnes : Braves gens.


Édouard Rod, littérateur et romancier français, né à Nyons (Suisse), en 1857 ; professeur à la Faculté de Genève. Après avoir donné quelques gages à la vérité, il a fini dans le désespoir total. Il est mort en 1910.

D’abord fervent disciple de Zola, il appliqua, dans ses premiers romans, la formule naturaliste : Palmyre Veulard ; Tatiana Leilaff ; Côte à Côte (pages libres, satire du catholicisme et du protestantisme) ; etc…

En 1905, il abandonna la manière de cette école, et fit ce qu’il appelle de l’intuitivisme : La course à la mort ; Le sens de la vie ; Les Trois cœurs ; Névrosée, qui appartiennent à cette série, tendant à montrer que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue. Ils sont pessimistes et tristes : c’est du Schopenhauer en action, dit un critique.

Tous ses autres livres dégagent plus ou moins le même relent ; ils laissent cette impression que le devoir, même héroïquement accompli, ne rend pas heureux ; par exemple Le silence. Ils font conclure qu’il est souvent dangereux d’être honnête, et ils assignent le suicide comme dernier refuge (c’est le titre d’un roman dont les deux héros se tuent), comme seule issue d’une vie triste et inutile. Même Mlle Annette, qui est un roman honnête, tend à prouver que le sacrifice est vain et qu’il doit trouver en lui-même sa récompense, s’il veut en avoir une. L’ombre descend sur la montagne est l’histoire chaste d’un adultère ; la thèse est morale, mais elle devient immorale par la conclusion qui s’en dégage.

Les intentions de l’auteur peuvent être bonnes : Le sacrifice est même un livre noble et réconfortant ; au fond, il a, ainsi qu’il s’exprime lui-même, l’âme d’un croyant tombé dans le scepticisme. Il a même paru à une certaine époque se rapprocher du catholicisme, et ses romans sont souvent l’apologie de la bonne conduite : s’il étale le vice, c’est pour nous en faire rougir, ou nous en éloigner. Autre exemple : L’incendie

est très peu moral dans le sujet ; mais il prêche la
prudence, en invoquant cette considération que nos actes ont leur retentissement sur tout notre avenir. Cependant, cet étalage de désordres, cette exaltation de l’amour, maître souverain de la vie, ses études du cœur humain creux et plein d’ordures, selon le mot de Pascal, ses tendances calvinistes, son scepticisme, ses complaisances pour l’orgueil, gâtent ses meilleurs ouvrages et neutralisent tout l’effet de ses bonnes intentions.

Dans un roman où cet écrivain calviniste étudie la responsabilité de l’auteur qui publie des ouvrages malsains (Au milieu du chemin), on lit cette réflexion : « Une paisible lampe éclaire le travail du penseur penché sur sa page blanche, l’âme pleine d’infini. Pendant qu’il accomplit son œuvre…, des phalènes étourdies papillonnent autour de la lampe et se brûlent contre le verre. Fallait-il donc éteindre la lampe, fermer le cahier, laisser mourir les idées ? » Quoiqu’il en soit, Édouard Rod continue son œuvre : toutes les « phalènes étourdies », qui circulent dans le rond de lumière que l’abat-jour projette devant lui, ne mourront pas toutes : mais elles seront toutes frappées…

Cependant, les jeunes gens très sérieux pourront lire avec Mlle Annette et Là-Haut, les romans suivants : Le vainqueur ; L’indocile ; Les unis (procès satirique de l’union libre).


J. H. Rosny, un seul auteur en deux personnes, de leur vrai nom Justin et Joseph-Henri Boëx, frères par le sang et par le talent.

Nell horn (mœurs londoniennes dans tous les milieux), son premier roman, s’inspira de l’école naturaliste à laquelle il appartient d’abord.

En 1887, après le manifeste des Cinq, Rosny créa un genre nouveau dont le fondement est le culte de la science. Dans les romans de cette série, toutes les sciences soient représentées, même la préhistoire, tous les personnages sont des savants ou demi-savants qui agissent d’après les principes scientifiques.

Ses ouvrages de la dernière manière sont moins « extrahumains » ; mais ils ne sont pas moins subversifs et immoraux. (Daniel Valgraire ; L’impérieuse bonté ; Indomptée ; Contre le sort ; Vers la toison d’or ; Nymphée ; etc.)

Les livres de Rosny ne sont guère lus : ils sont heurtés, incohérents, farcis de sciences et de néologismes, et construits en dehors de tous les procèdes courants. Ils ne sont pas à lire, parce qu’ils sont opposés à la foi et aux mœurs : ils tendent, à substituer au culte de Dieu le culte de l’humanité, ils ramènent la morale à un principe scientifique, et la résument dans le sequi naturam ; enfin ils font de l’adultère ou de l’amour coupable, « l’indomptable instinct qui veut un renouvellement de la sélection ».

Cependant Les retours du cœur et La Fugitive (recueils de nouvelles) sont moins agités ; Le docteur Harambur ; Les Corneilles ; L’aiguille d’or ; Le Millionnaire et Les Fiançailles d’Yvonne peuvent être lus à peu près par tous.

Depuis quelques années, les deux frères ont rompu toute collaboration.

J. H. Rosny aîné a publié : La guerre du feu (roman des âges farouches, étrange) ; La mort et la terre (merveilleux scientifique, matérialisme, plusieurs contes immoraux) ; Amour étrusque ; Les Rafales (histoire pitoyable et bien présentée du malchanceux ; pour adultes) ; Dans les rues (observation consciencieuse du monde des apaches ; tableaux hideux) ; etc., etc…

J. H. Rosny jeune a publié : La toile d’araignée trente nouvelles où la morale n’a rien à voir) ; Sépulcres blanchis (œuvre touffue qui évoque l’âme populaire, étude psychologique fouillée, pour adultes).


Han Ryner, de son vrai nom Hans Ryner, ou Henri Ner, ancien professeur, philosophe et littérateur, né en Algérie d’une famille norvégienne.

« Insoucieux des convenances, tragique et fangeux comme la vie, brutal et simple comme une étude médicale », tel est, d’après la préface de l’auteur, l’ouvrage intitulé Le Soupçon ; tel est aussi l’ensemble de ses œuvres.


Saint-Georges de Bouhélier, (Georges de Bouhélier-Lepelletier, dit), né à Rueil en 1876, chef de l’école naturaliste. Cette école nous montre que ces « phénomènes spirituels, singuliers, dans lesquels les âmes se rejoignent, s’influencent, se fécondent et enfin se séparent, ne sont, en somme, guère différents de ceux qu’expose la chimie. » (Préface du roman Julia). D’autres romanciers, dissertant de l’amour et de la vie morale, ont emprunté à la cristallographie, à la géométrie, à l’électricité, à l’astronomie, etc., des théories, des analogies et des lois qui expliquent et même justifient les pires désordres… L’idée est ancienne ; elle porte en littérature le nom nouveau de naturalisme !

Inutile d’ajouter que les romans de cette école sont dangereux ou immoraux.


Édouard Schuré, philosophe, poète, romancier et historien, né à Strasbourg en 1841. Le plus notoire représentant de la doctrine théosophique steinérienne en France. Ses œuvres philosophiques sont très pernicieuses.

Parmi ses romans, nous citons L’Ange et la Sphinge, roman-poème sensuel, qui conclut à l’impossibilité de retrouver la paix pour une âme troublée par les passions ; Le double (roman étrange et vigoureux, semble prouver que le bonheur et la liberté résident dans le sacrifice et la bonté) ; La druidesse (évocation

de la dernière lutte des Gaulois contre Rome, et étude sur le celtisme).


Armand Silvestre (1838-1901), poète lyrique et surtout célèbre conteur, dont les œuvres éparses rempliraient vingt volumes.

Il s’est inspiré des fabliaux du moyen-âge qu’il a revêtus de son style harmonieux et attrayant ; et il a composé une quantité de gaudrioles grassouillettes, pantagruéliques et sales, contes de corps de garde, incongrus et mal odorants.

On ne peut pas dire qu’il est intentionnellement, dans l’ensemble des contes, voluptueux, lubrique et sensuel. Il l’est souvent, mais ce qui le caractérise, c’est la scatologie. C’est dans ce genre qu’il s’est fait un nom : ses types, ses périphrases, ses mots, feront longtemps les délices des amateurs de haute graisse.

Il semble que de là au Parnasse (le rapprochement, ou, si l’on veut, le jeu de mots, est d’un critique très académique) il y ait très loin : le conteur mal élevé fut cependant poète, et ses recueils lyriques, rêveries de panthéiste, en valent, dit-on, bien d’autres, au point de vue littéraire.

« La gaieté de nos pères et d’Armand Silvestre est parmi les choses les plus fétides qui soient, étant donné qu’elle trouve ses meilleurs effets dans la scatologie, la pornologie et la gynécologie. » (P. Véber, Vie de Bill Shaarp).

Nous trouvons seulement en dehors de ce dépotoir : Floréal et La Russie, impressions, portraits, paysages.


Léo Taxil, de son nom Gabriel Jogand-Pagès, (1854-1907). Après avoir attaqué la religion et l’Église dans des romans immondes qui lui valurent plusieurs condamnations, il se déclara converti en 1885 et entreprit contre la Franc-Maçonnerie une lutte retentissante au succès de laquelle de nombreux catholiques contribuèrent largement… Cette volte-face n’était, hélas ! que mystification, ainsi qu’il le déclara cyniquement dans une réunion publique, en 1897 ; il fut dans cette circonstance traité de « crapule ». Le mot convient à l’homme et à ses œuvres.


Guy de Téramond, de son vrai nom Edmond Gautier, né en 1869. Outre Schmamha et Glorieuse canaille (c’est ainsi que l’auteur appelle les soldats des compagnies de discipline), il a publié des romans voluptueux et même immoraux, où il semble se complaire à d’audacieuses révélations conjugales et aux sujets les plus scabreux.

Depuis quelques années, il a appliqué son talent à d’autres travaux : il a écrit notamment L’Héroïsme en soutane pendant la guerre.


Gilbert-Augustin Thierry, fils d’Amédée Thierry et neveu d’Augustin (1843-1915). Partant de ce principe que « le roman doit être une enquête sur l'inconnu », il est arrivé à publier sur l’occultisme, la suggestion, etc., des œuvres étranges qui tendent à nier le libre arbitre : Marfa, Le palimpseste, La Tresse blonde, etc. À ajouter La Savelli, roman passionnel sous le second Empire ; La fresque de Pompëi, deux nouvelles où l’auteur expose la défaite de la volonté devant les forces irrésistibles de l’atavisme ; peintures sensuelles.


Edmond Thiaudière, ancien avocat, poète, romancier, philosophe humanitaire et publiciste, né en 1837.

Ses ouvrages, publiés sous son nom ou sous les pseudonymes de Edmond Thy, de Lord Humour, et de Frédéric Stampf, sont irréligieux ou immoraux. Ses derniers volumes La réponse du Sphinx, notes pessimistes et surtout La conquête de l’infini accusent chez l’auteur, une orientation vers les idées chrétiennes.


Marcelle Tinayre, alias Marcelle Chasteau, mariée au graveur Julius Tinayre, née en 1872. L’une des femmes de lettres les plus « artistes », les plus anticléricales et les plus licencieuses de notre époque.

Madeleine au miroir, journal d’une femme, est beaucoup plus acceptable : il est élégant, mais sa valeur éducative est fort mince, il ne convient pas aux jeunes filles. La Veillée des armes est moins un roman qu’une évocation toute païenne de la mobilisation.


Léon Tolstoï (1828-1910), écrivain et réformateur russe, d’une renommée universelle.

Il a entrepris d’enseigner au monde une doctrine nouvelle, mélangée de mysticisme, de socialisme, de rationalisme et de nihilisme, dont il vaticine les dogmes, envers et contre tout, au mépris même du saint synode qui l’a « excommunié ».

Il porte, en conséquence, sa réflexion sur toutes les manifestations de l’âme humaine, et comme il trouve à tout des inconvénients, il détruit tout : pas de lois, pas de juges, pas d’armée, le retour à l’ignorance, à la simplicité d’esprit et à la vie austère, l’affranchissement de toute délicatesse et de tout confortable. Voilà sa morale. Et cette morale, il s’efforce de l’appliquer lui-même : il s’est dépouillé volontairement de tous ses biens et, plus d’une fois, après avoir sollicité, en faveur des affamés, les générosités des nations, il a tenu table ouverte aux miséreux.

Cette morale, où tout n’est pas à rejeter, manque malheureusement d’appui : Tolstoï ne croit même pas à la vie future. Quant à la religion, bien qu’il la mêle à tout dans sa vie, il ne la respecte pas ; et, s’il a de belles pages sur l’Évangile, il en fait un système abstrait et impersonnel d’où le Christ est absent.

Comme tous les écrivains de sa race, Tolstoï est atteint de cette commisération qui va surtout aux gens dépravés et qu’on a appelée « la pitié russe » : il attendrit ses lecteurs presque exclusivement sur les détresses du bagne et des mauvais lieux, comme si le malheur n’était touchant que dans le crime et l’abjection (Maleswa dans Résurrection, etc.).

Ces doctrines subversives et ces immoralités d’ailleurs peu dangereuses n’empêchent pas La guerre et la Paix ; Anna Karénine et Résurrection, d’être des chefs-d’œuvre d’art et de littérature.

On pourra lire, en outre : Souvenirs d’enfance, Tourmente de neige, Katia, Yvan le Terrible, Mort d’Ivan le Terrible, Le Prince Serabriany, Poulihoucka, Pourquoi l’on tient à la vie, La mort, etc., etc., Pages choisies. On y trouvera des épisodes atroces à la manière slave et peut-être des détails répréhensibles : il n’y en a pas de scabreux.


Mario Uchard (1824-1893), graveur, musicien, romancier et auteur dramatique qui eut une vie très agitée.

Sa pièce la plus célèbre est Fiammina. Parmi ses romans, qui sont presque tous immoraux, nous ne recommandons même pas Mlle Blaisot et Joconde Berthier.


Louis Ulbach (1822-1889), littérateur qui pose en directeur de conscience à la manière de Dumas fils. Ses ouvrages très nombreux sont suspects ou immoraux. On peut lire cependant L’Espion des Écoles ; Le parrain de Cendrillon (chrétien).


Fernand Vandérem (Paris, 1864), chroniqueur et romancier. La Cendre et Les deux Rives constituent ses principaux titres littéraires.


Jane de la Vaudère (1862-1908), de son vrai nom Mme Gaston Crapez, auteur de romans passionnels où sont décrits de préférence les combats, les tortures et les débauches de l’Inde, de l’Indo-Chine, du Siam et de l’ancienne Égypte.

L’Anarchiste (et cinq autres nouvelles étranges, mais propres) ; L’Expulsée (histoire d’une ancienne élève des religieuses) tranchent cependant sur cette littérature exotique et voluptueuse.


Pierre Véber, né en 1869, auteur dramatique et humoriste satirique, collaborateur à de nombreux journaux. Tous ses ouvrages ne sont pas également étrangers à la morale, et nous ne prétendons pas mettre au même rang Amour ! Amour !… et Chez les Snobs (satires sur la littérature et l’ameublement). Cependant, nous appliquerions volontiers, aux uns comme aux autres, ce mot que l’écrivain prête à une blanchisseuse, dans un de ses romans : « Vrai, on n’a plus envie d’être honnête ».


Alfred de Vigny (1797-1863), poète et romancier. Après avoir souvent blasphémé la Providence dans ses livres, il mourut dans des sentiments chrétiens.

L’ensemble de ses œuvres et surtout ses poèmes dénotent un esprit antichrétien, froidement impassible et orgueilleux (Les destinées). Ses autres poésies sont molles et alanguissantes.

Parmi ses livres en prose, nous citons : Servitude et grandeur militaires (le soldat est le paria de la société, mais il a aussi sa grandeur ainsi que le prouvent trois superbes récits) ; Stello (montre par trois exemples que le poète est aussi un paria et qu’il n’a rien à espérer du monde) ; Cinq-Mars (roman historique attachant, cruautés et grandeur de Richelieu).


Willy, de son vrai nom Henri Gauthier-Villars, né à Villers-sur-Orge (Seine-et-Oise) en 1859. Fils d’un éditeur scientifique, il s’occupa d’abord de poésie, d’histoire et de sciences ; il collabora ensuite à divers journaux et y créa un genre de critique musicale, semée de fantaisies sarcastiques et de calembours (Les lettres de l’ouvreuse, etc.).

Ses romans, et surtout ses quatre Claudine ont eu un succès immense. Nous ne pouvons pas dire qu’ils sont immoraux. La Croix de Reims (octobre 1903), pour avoir osé le prétendre, fut obligée par l’irritable et facétieux auteur, d’insérer tous les jugements critiques rectifiant son appréciation. Nous nous contenterons de citer quelques témoignages : Vivante à la façon des bêtes, Claudine obéit à tous ses instincts (Revue dorée, novembre 1902) ; il émane d’eux une volupté inavouable (Gil Blas) ; Willy est parvenu à se faire classer comme auteur systématiquement immoral, parlons net, comme un écrivain faisant métier de pornographie. Les Claudine sont évidemment des livres malsains, pervers, scabreux, scandaleux… Minne n’est qu’une réplique industrielle à l’heureuse série terminée des Claudine. Les égarements de Minne sont d’une immoralité dont on peut seulement dire pour l’excuser qu’elle est loyale. Quant à la Mome Picrate, à La Maîtresse du Prince Jean, à Maugis amoureux, ils constituent exactement ce que l’on nomme par tous pays de la littérature pornographique. (Revue bleue, 7 octobre 1905, page 476.)

On trouve en dehors de ce cloaque : L’odyssée d’un petit Cévenol, publié sous le nom d’Henry Gauthier-Villars et La Bayadère.




À la suite de ces auteurs qui sont plus généralement connus, nous croyons utile de dresser une liste d’écrivains, dont les romans, moins nombreux ou moins répandus, méritent-la même note au point de vue moral, ou du moins doivent être, sauf preuves contraires, considérés comme gravement répréhensibles.

En pratique, il sera donc toujours prudent de s’assurer de la valeur morale d’un ouvrage quelconque publié

par ces auteurs, même si tel ou tel ouvrage déterminé
est signalé comme inoffensif par la presse ou les librairies.

Léonide Andreieff. — Guillaume Apollinaire. — Michel Artzybacher. — Octave Aubry. — Marcel Audibert. — Madame Aurel. — Paul Avenel, (1823-1902), chansonnier, auteur dramatique et romancier.

Hippolyte Babou. — Jacques Ballieu. — Barraute du Plessis. — Julien Benda. — Juliette Bénière. — Marcel Berger. — Le joyeux Tristan Bernard. — Arthur Bernède, anticatholique et obscène. — Paul Bertnay, feuilletoniste du Petit Parisien et du Petit Journal. — Frédéric Berthold. — Émile Blavet, chroniqueur. — Aimée Blech. — Suzanne Bodève. — Albert Boissière. — Georges Bonnamour. — François de Bondy. — Silvain Bonmariage. — Alexandre Bonnel. — Robert de Bonnières (1850-1905), caustique et sensuel. — Jean Bosc, auteur du Vice Marin. — Mme Amélie Bosquet, auteur du Roman des Ouvrières, morte en 1904, et enterrée civilement. — Marcel Boulenger, né en 1873. — Alexandre Boutique, très mauvais. — Jean Bouvier. — Jeanne Broussan-Gaubert. — Paul Brulat, un agressif qui proclame la souveraineté absolue de l’écrivain. — Maurice Buret.

Mme Cardeline, dans ses Destinées rivales. — Jean Carol, de son vrai nom Louis Westhauser, dont les descriptions : Chez les Hovas ; Au pays rouge, sont intéressants. — Mme J.-H. Caruchet. — Mlle Cécile Cassot, morte en 1913. — Nonce Casanova, dans ses romans physiologiques et antiques très brutaux. — Jules Case. — H. Céard, ami de Zola. — Léon Chavignaud. — Gaston Chérau. — Chincholle (1843-1902), au moins dans ses romans. — Raymond Clauzel — Madame Colette, autrement dit, Colette Willy ou Colette de Jouvenel. — Comte de Comminges. — André Couvreur, né à Seclin en 1865, dans ses romans médicaux et obscènes. — Cyril-Berger.

Max Daireaux. — Georges Denoinville, de son vrai nom Georges Besnus. — Charles Derennes. — Gaston Derys. — Diraison, alias Olivier Seylor, (1873-1916), ancien officier de marine destitué à la suite de la publication des Maritimes. — Laurent Doillet. — Georges Ducoté. — Ducray-DuminilLouis Dumur, poète et auteur de Pauline. — Victorien Dussaussay. — Henri Duvernois.

Émile Edwards. — Marc Elder. — René Emery, romancier passionnel. — Francis Enne (1844-1891), dans ses infâmes Brutalités. — Michel Epuy. — Étincelle, de son vrai nom Henriette Biard d’Aunet, comtesse de Peyronny (1848-1897), auteur de L’irrésistible, etc. — Albert Erlande. — Robert Eude.

Claude Farrère. — Max et Alex Fischer. — Flambart des Bords. — Maxime Formont, dans ses romans, nouvelles et poésies. — Ferri-Pisani, neveu de George Sand, auteur des Pervertis.

Mme Marie-Louise Gagneur (1832-1902), romancière anticléricale dont les romans furent interdits dans les bibliothèques des gares, en 1874. — Joachim Gasquet. — Louis Gastine. — Alphonse Georget. — Auguste Germain (1852-1915). — Paul Ginisty. — Emmanuel Gonzalès. — Émile Goudeau, mort en 1906. — Gustave Guitton, auteur de romans physiologiques et antialcooliques.

Charles-Henri Hirsch, dans ses œuvres de galanterie ou de pornographie. — Jules Hoche. — Clovis Hugues (1851-1907), poète, romancier et député, dans ses quelques romans (Les chansons de Jeanne d’Arc sont admirables). — Gustave Kahn, poète symboliste et romancier. — Eugène Joliclerc de Rollice.

Paul Lacour, analyste de l’âme et de la chair féminines. — Ernest Lajeunesse. — Maurice Landay, dans sa littérature chirurgicale. — Le comte Gabriel de la Rochefoucauld, descendant de l’auteur des Maximes, dans l'Amant et le Médecin. — Jean de La Hire, de son vrai nom Adolphe Lepic, ancien éditeur parisien. — Paul Léautaud. — Jules Lermina, (1839-1915), dans ses romans spirites et historiques ; nous ne connaissons pas ses romans d’aventures. — Mlle Lorenty. — Auguste Luchet, le destructeur de la famille. — Valentin Madelstamm. — Paul Mahalin (1858-1899). — Henry Maisonneuve. — Jeanne Marais. — Marc Mario, de son vrai nom Maurice Jogand, mort en 1917. — Jeanne Marni (1854-1910). — René Massia. — Karin Michaëlis, romancière scandinave, patronnée en France par Marcel Prévost. — Jules Moinaux (1825-1896), père de Courteline, humoriste outrancier, qui a produit de bonnes choses : Les deux Aveugles, etc., etc. — M. A. Monnet. — Montfermeil, alias Lucien-Victor Meunier. — Michel Morphy, feuilletoniste souvent pornographique. — Jacques Nayral. — Louis Noir (1837-1901).

Jeanne d’Orliac. — Annie de Pêne, morte en 1918. — Louis Pergaud. — Félix Platel, alias Ignotus, exception faite des Hommes de mon temps (deux séries de portraits). — Poinsot et Normandy, dans leurs romans de détraqués. — Octave Pradels, dans ses romans gais et dans ses poésies.

Rachilde, de son vrai nom Marguerite Eymery (Périgueux, 1862), femme d’Alfred Valette, directeur du Mercure de France ; elle se plaît à étudier les Messalines modernes. — G. de Raulin, dont les œuvres sont de la « crapulerie parfumée ». — Hugues Rebel (1869-1905). — Paul Reboux (15 volumes de vers et de romans). — Régina Régis. — Ernest Renan, dans L’abbesse de Jouarre. — Antonin Reschal. — Restif de la Bretonne (1734-1806), écrivain étrange et très fécond, qui publia 150 volumes où il raconte ses écarts et ceux des créatures dépravées, justement nommé le Jean-Jacques du Ruisseau. — Xavier de Ricard. — Daniel Riche. — Paule Riversdale. — Louis de Robert. — Henri Rochefort. — Mlle Rolland.

Léopold Sacher-Masoch (1835-1895). — Le marquis de Sade (1740-1814), mort à Charenton, où Bonaparte l’avait fait enfermer, célèbre par son érotisme morbide et cruel, qu’on a appelé depuis le sadisme. — Sainte-Beuve (1804-1869), le célèbre critique poète, auteur de Volupté, roman fameux d’un rêveur sensuel. — Camille de Sainte-Croix. — Saint-Juirs, pseudonyme de Louis Delorme, né en 1848. — Robert Scheffer, dans Le Chemin nuptial, Misère royale, Idylle d’un prince, romans très hardiment licencieux. — Marcel Schwob, mort en 1905. — Laurent Surville, petit-neveu de Balzac. — Léopold Stapleaux et ses Viveuses. — Mme Thilda, de son nom véritable Mme Stevens (1835-1886), dans Les Péchés capitaux. — Claude Tillier (1801-1844).

Pierre Valdagne. — J. L. Vaudoyer. — Mme Claire Vautier. — Valéry Vernier. — Pierre Véron (1831-1900), l’auteur de Paris vicieux. — Paul Vigné d’Octon. — F. Villars. — Maxime Villemer, alias Mme Violet, feuilletoniste. — Renée Vivien (1877-1909). — Pierre Wolff (1835-1891). — Léon Werth.

Xanrof, anagramme de fornax, et pseudonyme de Léon Fourneau (Paris, 1867), romancier et auteur dramatique à grosses fantaisies, dont tout le monde peut lire cependant La vocation du petit Paul. — Baronne Hélène de Zuylen de Nyevelt, née de Rothschild (Paris, 1868), lyrique exaltée et souvent sensuelle.



III

Romans Mondains

ou

Romanciers dont certaines œuvres peuvent figurer dans la bibliothèque des gens du monde et être lues par des personnes d’un âge et d’un jugement mûrs




Souviens-toi de te méfier.
(Devise de Mérimée.)


Nous rangeons, sous cette même enseigne, les feuilletonistes, les psychologues, les analystes, les romanciers à thèse, les écrivains politiques et sociaux, les peintres de la grande vie, etc., en un mot, les auteurs mondains qui, sans être à proscrire — au moins avec autant de rigueur que les précédents, — prennent dans leurs romans passionnés, légers, tant de libertés avec la morale ou le vrai, qu’ils doivent être considérés plus ou moins comme suspects, et ne peuvent pas être lus sans danger, sinon par des esprits prévenus, par des personnes d’un âge et d’un jugement mûrs.

Il y a d’abord les bâcleurs de « copie », les producteurs de « littérature alimentaire », dont les noms s’étalent sur des affiches affriolantes de toutes couleurs, et dont les œuvres s’éditent, en deux ou trois parties, au rez-de-chaussée des journaux à grand tirage.

Ces écrivains, qui veulent surtout atteindre la foule, ne dédaignent pas généralement l’abjection innombrable ; ils détestent l’obscénité, mais ils poussent très loin l’analyse de la passion, ils mettent en scène le vice courant, ils le font agir en des pages plus ou moins lascives, au milieu de scènes de poignard, de prison, de duel, de trahison, et, brochant sur le tout, ils jettent une littérature quelconque, une psychologie de convention et toujours une intrigue à effet où la fameuse théorie des « pêches à 15 sous » joue le principal rôle. Tels sont Boisgobey, Decourcelle, Mary, Montépin, Richebourg, Capendu, Delpit, Demesse, Guéroult, Révillon, Sales, etc., etc…

Vient ensuite toute une série d’analystes, de psychologues et de romanciers à thèse. L’anatomie morale est aujourd’hui la grande force et l’un des procédés les plus en vogue de la littérature romanesque ; elle a remplacé ou plutôt transformé le roman de sentiment où le récit se développait assez souvent avec la limpidité d’une vie toute simple et toute paisible et elle a inspiré toute une collection d’ouvrages où la vertu ne joue qu’un rôle de comparse ou d’utilité.

Ces écrivains sont portés à considérer la vertu comme l’apanage d’êtres exceptionnels, et en tout cas comme un « lieu » dépourvu d’esthétique et d’intérêt littéraire ; ils veulent en ignorer le prix et même ils prétendent en ignorer l’existence. À l’instar des reporters de « faits divers » journaliers, qui laissent dans l’ombre les beaux et multiples gestes de la probité, du dévouement et de la charité, pour ne relater que les assassinats et les « beaux vols », ils se portent de préférence vers les âmes agitées par le vice, et, parmi les vices, ils choisissent souvent le plus perfide et le plus susceptible d’émouvoir les mauvais instincts…

Mais on n’aborde pas impunément de pareils sujets, et les livres dont nous parlons portent la peine de leur ennoblissement scientifique. Ils sont généralement frivoles, légers, passionnés et, à certaines pages, très scabreux ; s’ils peuvent fournir à quelques-uns une leçon efficace ou une récréation passagère, ils renferment pour la majorité des âmes un immense danger.

En effet, si ces romanciers ou presque tous, feuilletonistes, et analystes, démasquent et flétrissent les vices, c’est après en avoir tracé des descriptions qui engendrent dans l’esprit du lecteur une tentation toujours renaissante. Ils dépeignent l’amour-passion en traits fort vifs et avec une complaisance qui se confond aux yeux du lecteur avec une demi-complicité ; ou bien ils jettent au milieu de leurs œuvres, souvent remarquables par ailleurs, quelques pages parfumées d’une odeur sensuelle plus ou moins discrète, en vue d’amorcer ou de retenir un public toujours avide du fruit défendu et qui trouve « bébête » un livre qui n’en porte pas une petite trace ; ou bien enfin, ils développent avec chaleur une intrigue tourmentée destinée à préparer le mariage classique de la fin.

Ces préoccupations, si naturelles et si sincèrement traduites qu’elles soient, paralysent ou laissent trop dans l’ombre le côté élevé de la vie que devrait révéler un livre « fait de main d’ouvrier ».

En principe, l’effet de pareilles lectures n’est donc pas moral. On voit bien au bout de la route la censure, la défaite, la punition du vice. Mais, pour le lecteur trop averti, la route est si belle, si douce à parcourir, bordée de tableaux si séduisants, et d’autre part les châtiments sont si lointains et à ses yeux si hypothétiques, qu’il espère bien pouvoir les éviter si, par éventualité et tout en cheminant, il devait lui-même les mériter.

C’est pourquoi, nous pensons qu’en fait, ces peintures de mœurs si vivement représentées, ces péripéties amorales, ces analyses sentimentales, ces thèses ou conclusions d’une moralité flottante, ne peuvent pas sans danger être mises entre les mains de lecteurs trop jeunes ou trop impressionnables.

Ces écrits présentent, du reste, dans leur ensemble, un autre péril qui, pour être moins sensible et d’un effet plus lent n’en est pas moins digne d’être signalé, parce qu’il constitue, à différents degrés, le grand mal du ne partie de cette littérature.

Ce qui, dans ce siècle, a perverti le plus de cœurs et perdu le plus d’imaginations, ce qui a enfanté le plus de misères, le plus de vices, le plus de crimes, ce qui arrivera devant le trône de Dieu avec le plus lourd cortège de malédictions, ce sont les romans.

Tous ou presque tous tendent à fausser la foi, la conscience et la piété ; ils sèment, dans les esprits, le scepticisme, l’indifférence ou le mépris pratique à l’égard de tout ce que la religion représente de sacrifices et de renoncements ; ils rendent les liseurs incapables de toute réflexion sérieuse, ils les dégoûtent des instructions et des pratiques religieuses, ou bien ils donnent à leur piété un caractère purement sentimental et faussement émotif.

Ils tendent à fausser le jugement. Ils présentent comme ordinaires des êtres et des états d’âmes exceptionnels, ils égarent les esprits dans l’ordre chimérique, et en les habituant à vivre dans le rêve, leur font perdre la juste orientation de la vie.

Ils faussent enfin l’âme tout entière, en exaltant l’imagination au détriment des autres facultés. Aussi les personnes qui les fréquentent assidûment ou presque exclusivement, prennent en dégoût ce qu’elles appellent le terre à terre de l’existence ; elles rêvent de situations impossibles, et parfois, en s’efforçant de les conquérir, tombent dans l’extravagance, sinon dans la honte.

Combien de jeunes gens et de jeunes filles ont été ainsi transformés par ces lectures passionnées et décevantes ! Combien de mondaines oisives ont trouvé dans la vulgaire saveur du roman naturaliste des germes de perdition ! Combien surtout de bourgeois et de gens du peuple, après une lecture mondaine ou passionnée, ont entendu retentir en eux ce cri amer que la Geneviève de George Sand jetait à ses livres : « Vous avez changé mon âme, il fallait donc aussi changer mon sort. »

Écrivains néfastes, s’écrie un critique dans la préface d’un livre trop célèbre[8], voilà votre œuvre ! Ce n’était pas assez de la faim, et du froid, et des maladies et de tout ce qui accable les malheureux, vous avez doublé la somme de leurs douleurs, vous y avez ajouté les souffrances qui sont les sœurs du luxe et de l’oisiveté, vous avez popularisé la mélancolie ! Et alors nous l’avons vue, cette misère de grand seigneur, monter les escaliers déserts qui mènent aux mansardes, et venir s’asseoir aux foyers des pauvres comme si les pauvres avaient le temps de rêver et de pleurer. Eh ! qui pourrait te résister, fatale et chère enchanteresse, quand tu viens comme Armide agiter devant nous ta tête souriante à travers les larmes et secouer sous notre visage ébloui les perles de tes yeux !…

Pour se faire une idée des ravages que produisent dans la société toute entière, certains livres qui faussent l’esprit et exhalent ces tristes mœurs, il suffit de regarder autour de soi et de voir le succès qu’obtiennent les journaux à trois ou quatre romans, les illustrés, les livraisons et les brochures à 45 ou 50 centimes.

C’est pourquoi, si nous ne pouvons pas condamner en bloc tous ceux qui liraient quelques volumes de nos romanciers mondains, nous ne pouvons cependant recommander à personne la plupart des livres de cette catégorie ; nous déplorons que des jeunes gens et même des hommes faits, instruits ou non, sans moyen de contrôle et sans contre-poids, fassent ou refassent leur éducation morale et intellectuelle avec un pareil régime de lectures, et nous concluons que la plupart des ouvrages de ces auteurs ne peuvent être donnés qu’avec une grande circonspection et lus que par des hommes d’un âge et d’un jugement mûrs.

Il y a pourtant dans cette catégorie, certains noms qu’il faut marquer d’un trait tout différent.

Ce sont les convertis, ou plutôt les écrivains qui après avoir offert au public des livres regrettables, paraissent s’être ralliés à une manière qui est, à notre point de vue, plus acceptable ; tels, par exemple Jean Aicard, Paul Bourget, Boyer d’Agen, Huysmans, Jules Lemaître, Talmeyr, etc., etc..

Ce sont les auteurs qui portent habit de deux paroisses, comme on disait au XVIIe siècle, en d’autres termes, qui dédient une partie de leurs œuvres aux mondains, et l’autre partie à la jeunesse candide ou aux bonnes mamans ; par exemple, Léon Barracand, Georges Beaume, Gabrielle Réval, etc., etc…

Ce sont aussi des auteurs de romans politiques et sociaux. Il nous a semblé que ces thèses, dont les développements présentent, du reste, assez souvent des pages scabreuses, seraient au moins inutiles à certains jeunes gens et conviendraient plus spécialement à cette seconde catégorie d’ouvrages.

On trouvera enfin dans cette liste nécessairement amalgamée, des noms qui auraient pu figurer avec autant de raisons, parmi les précédents et même parmi les suivants. Cette confusion n’est pas sans excuses. Ceux qui liront avec attention la synthèse de notre œuvre, constateront avec nous que si le principe « operatio sequitur esse » peut rendre de grands services en philosophie et en psychologie, il devient, quand il s’agit de certains auteurs ondoyants et divers, d′une application très difficile… « Tantae molis erat ! » À vrai dire et au point de vue pratique, il importe peu que notre classification soit parfois en défaut ; puisque nos lecteurs se soucient bien plus des œuvres que de leur auteur, et que ces œuvres sont toujours — à quelque endroit qu’elles soient citées — appréciées avec toute l’exactitude possible, notre catalogue n’en garde pas moins son utilité…


Paul Acker (1874-1915), jeune écrivain qui mena dans un grand journal une vigoureuse campagne en faveur de Lourdes. Il a donné, comme romancier, quelques livres qui ne sont pas sans mérite, mais qui obtiendront difficilement l’entière sympathie des familles catholiques : Amant de cœur ; Petites âmes ; La petite Madame de Thianges (une petite bête à plaisirs) ; Le désir de vivre (observation, mais sentimentalisme réaliste) ; Une aïeule contait (romanesque) ; Entre deux rives (histoire d’un adultère).

Il convient de mettre à part, pour les grandes personnes : Le soldat Bernard ; Les exilés (beau livre, élevé, patriotique, intrigue sentimentale) ; Les deux cahiers (parallèle très soigné entre l’éducation d’hier et celle d’aujourd’hui) ; Les demoiselles Bertram (roman des jeunes filles pauvres) ; L’oiseau vainqueur (luttes d’un inventeur ; idylle saine).


Jean Aicard, né en 1848. Un vrai méridional, le poète de la Provence et de l’enfance. Membre de l’Académie française.

Ses poésies (Miette et Noré, etc.) et ses romans (Le Diamant noir ; Notre-Dame d’amour ; Le roi Camargue ; L’ibis bleu ; Fleur d’abîme ; Le pavé d’amour ; Don Juan 89 ; Maurin des Maures ; Gaspard de Besse, etc.) renferment, pour la plupart, à côté de descriptions magnifiques et de sentiments très purs, des peintures lascives, sensuelles et malsaines, et sont, à des degrés divers ; dangereux au point de vue moral : telle la côte méditerranéenne, avec ses splendides décors et ses étangs pestilentiels.

Cependant, l’ensemble de ses œuvres témoigne que l′auteur est travaillé par le problème religieux : Jésus, par exemple, est inspiré par une foi confuse, mais sincère et généralement respectueuse ; La chanson de l′enfant est un recueil d’aimables poésies.

Tata trahit, au plus haut point, cette noble préoccupation : c’est un roman chrétien, peut-être l’aube d’une autre âme et, en tout cas, une date dans la vie littéraire de Jean Aicard.


Gustave Aimard, né à Paris en 1818, mort mégalomane en 1883. Embarqué comme mousse, il vécut quelque temps en Amérique, visita l’Espagne, la Turquie et le Caucase, et, dans une multitude d’ouvrages, décrivit le Nouveau-Monde.

Ses récits, quoique mal écrits, sont souvent pleins de verve : Les Trappeurs ; Les Aventuriers, etc. Quelques-uns, comme Les bois brûlés ; Le Robinson des Alpes ; Les bandits de l′Arizona sont absolument inoffensifs ; ils sont neutres au point de vue chrétien et n’ont aucune portée morale.

La plupart appartiennent à cette série : pages passionnées et irréligieuses.


Antoine Albalat (Brignoles, 1856), professeur et romancier. Son œuvre de technique littéraire (L’art d’écrire, Le travail du style, etc.) a plus de mérite que ses romans : Un adultère (immoral) ; Marie (réaliste, mais honnête et intéressant) ; L’impossible pardon (une fiancée qui faute avec un autre, tue sa mère et aime son mari. Ce n’est qu’en mourant que la malheureuse obtient son pardon) ; L’inassouvie, etc…


Alberich-Chabrol, pseudonyme de Mme Marie Aubéry, morte en 1915. Romancière sentimentale dont l’Académie a couronné l′Offensive (lui, refuse de l′aimer ; elle, se place comme cuisinière chez lui). Les ouvrages suivants : L’orgueilleuse beauté (une jeune fille éprise de son moi déconcerte son fiancé ; celui-ci épouse la sœur de l’orgueilleuse) ; Part à deux ; L’amour fait peur ; Plus fort que la peur, et surtout Au plus digne, sont des idylles charmantes et frivoles, pour jeunes femmes neurasthéniques.

Le flambeau est trop leste dans la thèse qu’il soutient ; La chair de ma chair, malgré l’intention morale qui semble l′avoir inspiré, renferme des allusions brutales et prêche des chimères qui en rendent la lecture dangereuse. Enfin, La Maison des dames, qui dépeint la vie des étudiantes au quartier latin, manque d’inspiration chrétienne et formule même certains propos sympathiques au divorce.


Henri d’Alméras, né en 1861, ancien professeur de lycée. Pamphlétaire ardent, il dirigea ses attaques contre l’Université (Fabrique de pions ; Alma mater), contre les « républicoquins », (Le citoyen Machavoine).

Plus récemment, il a publié une série d’ouvrages intitulée : Les Romans de l’histoire ; Cagliostro ; Les chemins rouges ; Le Demi-monde sous la Terreur ; Les Dévotes de Robespierre ; Fabre d’Églantine.


René d’Anjou, de son nom de famille Mme Gouraud d’Ablancourt (Angers, 1845). Romans patriotiques (Cœurs de France, etc.) ; romans très passionnés (Intuitif amour, etc.) ; Au tournant de la route (les événements du Gros-Caillou en 1906 ; religieux).


Mme Henri Ardel (Amiens, 1863). On trouve dans certaines bibliothèques les romans suivants : Au retour ; Renée Orlis ; Tout arrive ; Rêve blanc ; La faute d’autrui (dangereux) ; Cœur de sceptique (bien étudié) ; Seule ; Mon cousin Guy ; L’heure décisive ; Le mal d’aimer qui tend à montrer — ce qui est trop absolu — que la femme ne peut remplir sa vie, si elle n’aime d’amour conjugal ; Un conte bleu ; L’absence (d’un amant ; désordres scandaleux de la coquette ; mauvais livre) ; L’été de Guillemette (rêve bien décrit, très passionné) ; L’aube (fort médiocre) ; La nuit tombe (confession d’une jeune femme qui reste fidèle, malgré la tentation ; pas de note chrétienne) ; Le chemin qui descend ; L’étreinte du passé.


Paul Arène (1843-1896). Maître d’études et ensuite journaliste (Figaro, Petit Journal, Événement), l’un des auteurs qui ont, avec Daudet, le mieux décrit la Provence. Ses pièces de théâtre, ses idylles méridionales et ses romans consacrés à cette « gueuse parfumée », peuvent griser autant qu’ils embaument : les jeunes personnes se contenteront donc des Nouveaux contes de Noël.


Art Roé, de son vrai nom M. Benjamin Mahoil (1865-1914), officier d’artillerie. Dans ses romans militaires, il envisage surtout le problème moral ; il attribue à l’officier une mission d’éducation et il considère la valeur morale comme la grande force de nos armées. Ces idées sont excellentes ; mais Art Roé ne sait pas toujours les mettre en œuvre. Citons : Le journal d’un officier d’artillerie ; Sous l’étendard (l’assaut de Loigny ) ; Racheté (récit intéressant de la retraite de Russie qui se termine par une banale idylle) ; Pingot et moi ; Mon régiment russe ; Papa Félix ; Monsieur Pierre (glorifie le métier militaire).


Arvède Barine, de son vrai nom Mme Charles Vincens (1840-1908), femme de lettres, d’origine russe.

Ses récits, ses contes et ses fantaisies : Princesses et grandes dames ; Portraits de femmes ; Essais et fantaisies ; Bourgeois et gens de peu, ont un charme infini. Leur naturel, leur grâce et leur finesse extrême qui touche sans jamais appuyer, font penser aux lettres de Mme de Sévigné.

Ses œuvres historiques : La jeunesse de la grande Mademoiselle ; Louis XIV et la grande Mademoiselle ; son roman Névrosés ; ses biographies (Mme de Carlyle ; Mme Gœthe ; Saint François d’Assise) sont dans le même ton et offrent le même mérite littéraire.

Au point de vue moral, tous ces livres contiennent, à côté de quelques passages trop réalistes pour la jeunesse, des considérations renanistes très accusées.


Philibert Audebrand (1815-1906), polygraphe dont la plume fertile a brossé un nombre incalculable de chroniques et s’est essayée dans tous les genres. Tout le monde peut lire : Un petit-fils de Robinson ; Voyages et aventures autour du monde de Robert Kergorieu.


Maxime Audouin, pseudonyme d’Eugène Delacroix, qui signe aussi Jean Pouliguen, né en 1858. Romans dramatiques, sentimentaux et historiques ; nouvelles et contes souvent reproduits par des journaux de nuances diverses.


Léon Barracand, poète et romancier, né à Romans en 1844. Il se flatte d’éprouver un vif sentiment religieux ; mais il est parfois agnostique, souvent stendhalien et voluptueux.

La belle Madame Lenain (se corrompt pendant que son mari le député s’enrichit par des moyens peu scrupuleux) ; Trahisons (conjugales d’un notaire de province et de sa femme) ; Le manuscrit de Mme Planard (situations audacieuses) ; Le manuscrit du sous-lieutenant (quelques fausses notes seulement) ; La cousine (quelques pages libres) ; Vicomtesse (très passionné, mais très littéraire) ; Mariage mystique (amitiés chastes d’un aumônier et d’une pensionnaire hystérique) ; Un barbare (peu intéressant) ; Romans Dauphinois (huit récits dont plusieurs très libres) ; Le Bonheur au Village (mondain et honnête) ; Histoire de Vivette (moral, mais systématiquement neutre au point de vue religieux) ; Roberte (passionné et honnête) ; L’adoration (recueil de nouvelles dont une au moins très impie) ; Un monstre (sujet risqué) ; Un grand amour ; Le roman nuptial ; Le cheval blanc (sacrifice d’amour), sont plus ou moins répréhensibles et passionnés.

Tout le monde peut lire : Épée brisée (énergique protestation contre l’expulsion des Chartreux) ; Dormilhouze la jeune (publié dans Le Mois) ; Hilaire Gervais (histoire d’un enfant) ; Servienne (histoire d’une servante) ; La rançon de la gloire ; et beaucoup La loi des cœurs ; Amour oblige.


Maurice Barrés, né en 1862, à Charmes (Vosges), député, romancier, journaliste, membre de l’Académie française.

Son œuvre, comme celle de nombreux écrivains contemporains, offre des traits, des tendances et des idées singulièrement contradictoires : des sentiments religieux et patriotiques, et des sentiments païens et anarchiques ; des idées françaises et des idées allemandes ; le culte de Jeanne d'Arc, de Bernadette, de la Lorraine, et celui de Voltaire et de Stendhal ; de l’égotisme et de l’apostolat nationaliste ; des scènes immorales et des pages exquises.

Ce qui met cependant Barrés hors de pair, c’est sa « conception de l’énergie » : il est partisan de l'énergie, c’est-à-dire, en dernière analyse, de l’instinct, de l’impulsion naturelle, de la sensation, jusqu’à rêver d’un état où « ni une cité, ni un Dieu ne nous imposent leurs lois ». Les paysages même sont des états d’âme : la Lorraine, dans L’homme libre, Aigues-Mortes dans Le jardin de Bérénice, l’Espagne, « le pays le plus effréné du monde » dans Du sang, de la volupté et de la mort, servent successivement de moyen pour aiguiser les sensations, créer des empreintes et déterminer des drames…

Sous l’œil des Barbares, le vade-mecum de ses admirateurs, et L’ennemi des lois trahissent le même égotisme antisocial.

Les romans de l’énergie nationale (Les déracinés ; L’appel au soldat ; Leurs figures) marquent cependant une évolution, que Les Bastions de l’Est, Au service de l’Allemagne, Les amitiés françaises, Le voyage de Sparte, etc., ont accentuée et qui font espérer que Barrès, se souvenant de sa mère, finira par s’agenouiller.

Cet auteur obscur, compliqué et profond, compte de nombreux amis et aussi de nombreuses victimes : tel jeune homme qui l’a lu, l’a appelé son « assassin adoré ». Hélas ! et holà ! même pour certaines grandes personnes.

— Il y a dans cette courte notice — qui a paru dans nos éditions précédentes — des expressions qui, pour être comprises de tous et échapper à de fausses interprétations, devraient être expliquées ou au moins paraphrasées. C’est l’inconvénient ordinaire de la concision : brevis esse volo, obscurus fio. Nous maintenons cependant notre texte, en raison de la célébrité qu’il a valu à notre ouvrage, depuis qu’on en a lu des extraits à la Chambre des Députés (Séance du 17 janvier 1910).

Nous mentionnons seulement les ouvrages que M. Barrès a publiés depuis cette époque : Colette Baudoche : ce livre eût été un livre de lecture merveilleux pour tous les jeunes Français, si quelques lignes malsonnantes ne leur en interdisaient l’usage.

La Colline inspirée, raconte l’histoire de trois prêtres dévoyés, les frères Baillard. Ils ont entrepris la restauration de l’antique monastère de Notre-Dame de Sion, en Lorraine. Œuvre étrange, attachante, amère, troublante pour les âmes chrétiennes et pour les consciences délicates.

Dans La grande pitié des églises de France, Barrès retrace les principaux épisodes de sa campagne en faveur de nos églises menacées ; grande richesse d’aperçus, fresque d’histoire politique, galerie de portraits inoubliables, plaidoyer admirable malgré certaines pages discutables.

Dès 1914, le grand artiste s’est noblement réduit à l’utilité civique. Il a parlé, et chaque jour pendant cinq années il a écrit, pour soutenir le moral du pays. Ses articles ont été réunis dans une série d’ouvrages lucides et sobres qui glorifient L’Âme française et la guerre (dix volumes) ; Les Traits éternels de la France ; et Les diverses familles spirituelles de la France.


Georges Beaume, né dans l’Hérault en 1861. Il inaugura son œuvre par des romans très passionnés ou naturalistes, pleins de chaleur et de coloris : Lirette ; Le péché ; Cyniques (scènes brutales rappelant La Terre de Zola) ; Les amoureux. Même note pour Monsieur le députe ; Fine ; Les amants maladroits, romans récents.

Les vendanges ; Les jardins ; Une race ; etc., évoquèrent dans des pages ardentes l’âme d’une race et d’une terre, le Languedoc, avec ses vignes, ses oliviers, ses cigales sonores et son ciel d’or et d’azur.

Parmi ses œuvres. Les Quissera ; Au pays des Cigales (15 nouvelles) ; Corbeilles d’or (16 nouvelles) ; Le maudit (recueil de nouvelles) ; Jacinthe ; Les trois apôtres (intérieure) ; La Borgne (œuvre d’imagination ; un brutal qui martyrise sa femme) ; Cyprien Galissart, lauréat du conservatoire (sain et agréablement sentimental) ; Le bonheur de Simone, peuvent être lus par des personnes d’âge convenable.

Les deux Rivales ; Rosière et moi ; Petite princesse ; Mademoiselle Cécile ; Le maître d’école ; La bourrasque ; Jours de gloire, sont de ces œuvres dont on dit qu’elles peuvent être mises entre toutes les mains.


André Beaunier (Évreux, 1869), écrivain de talent qui s’est fait une bonne place dans la presse et le roman. Nous citons parmi ses ouvrages : Les Dupont-Leterrier (histoire d’une famille durant l’affaire Dreyfus) ; Picrate et Siméon (deux types : un cul-de-jatte et un cocher ; assassinat par amour) ; Le roi Tobol (livre curieux et très bien écrit) ; Les souvenirs d’un peintre ; La fille de Polichinelle (scabreux et romanesque) ; L’homme qui a perdu son moi (scientifico-humoristique, pour adultes).


René Benjamin, l’auteur de Gaspard. Le héros de cette monographie satirico-héroïque est un poilu, cousin de Gavroche, épique et bon enfant ; il abuse de l’argot et de la langue verte. Grandgoujon, histoire d’un bon vivant mobilisé comme auxiliaire est plutôt médiocre.

L’auteur a observé les mœurs anglaises et il les a décrites dans un livre cocasse, Le major Pipe et son père. Il a élevé le ton dans Sous le ciel de France, recueil d’histoires émues et pleines de pittoresque.


Pierre Benoit s’est révélé soudain comme un maître au roman d’aventures par deux œuvres auxquelles l’Académie a attribué en 1919 le grand prix du roman.

Kœnigsmark et L’Atlantide sont extrêmement intéressants et émouvants : les événements sont si bien enchaînés et sont d’une si harmonieuse fantaisie qu’on oublie l’audace de l’invention. Cependant, certains détails sur les mœurs infâmes des héros en interdisent la lecture aux jeunes personnes.


Charles de Bernard (1805-1850), l’auteur de Gerfaut, etc. Un mondain qui a étudié la noblesse et la haute bourgeoisie, les vieilles et jeunes filles, les mamans et les belles-mères, etc. : Le gentilhomme campagnard ; Un homme sérieux ; Un beau-père', etc…


Bernardin de St-Pierre (1737-1814), l’immortel auteur de la pastorale Paul et Virginie, chef-d’œuvre de grâce et de poésie. Nous n’étonnerons personne en disant que cet ouvrage, à cause de l’aventure sentimentale qui se déroule parmi les paysages les plus pittoresques, ne doit pas être mis, sans corrections, à la portée de la jeunesse. Les harmonies de la nature ; Les études de la nature ; La chaumière indienne, méritent à plus forte raison la même note : ce n’est pas avec ces mièvreries que l’on trempe des caractères.


Jean Bertheroy (Bordeaux, 1868), née Berthe Le Barillier, aujourd’hui Mme Czernicki, romancière et poète qui allie curieusement l’antiquité païenne et les songes modernes dans des pages chaudes et vibrantes de passion.

La plupart de ses romans antiques sont des pastiches où coule à pleins bords le sensualisme le plus raffiné. La danseuse de Pompéi ; La Beauté d’Alcias ; Le colosse de Rhodes ; Les vierges de Syracuse ; Syracuse ; Sybaris. Ce dernier figure dans une collection passionnelle. Les autres sont dignes d’y être (Les Délices de Mantoue ; L’ascension du bonheur ; Les tablettes d’Erinna d’Agrigente) et à côté des ouvrages de Théocrite et de Longus.

Nous citons pour mémoire Les Dieux familiers, Conflit d’âmes, Gilles le ménétrier, Les chanteurs florentins, Le chemin de l’amour, Le tourment d’aimer, Les voix du forum, tous fort romanesques, et nous plaçons seulement en dehors de cette classification : Sur la pente ; Les trois filles de Peter Waldorp ; Le journal de Mlle Plantin ; L’inoffensif Rachat ; Geneviève de Paris ; et pour la grande jeunesse, L’enfant septentrion.


Louis Bertrand, né en 1866, secrétaire de la Revue des Deux Mondes. Lorrain de naissance, normalien d’éducation, il a vécu de longues années en Algérie, il a voyagé dans toutes les régions baignées par la Méditerranée, et tous ses livres pleins de vie, nous parlent de ces pays de soleil, à l’exception de Mademoiselle de Jessincourt, son chef-d’œuvre, histoire presque chrétienne d’une vieille fille.

L’invasion nous conduit à Marseille (peintures hardies et scabreuses) ; l’action du Rival de Don Juan se déroule à Séville (fort passionné) ; celle des Bains de Phalère en Attique (même note). Tous ses autres romans, souvent brutaux, troubles et sensuels, composent une suite algérienne : Le sang des races célèbre la vie des routiers qui faisaient la route de Laghouat ; La Cina, exalte le culte de l’action et le mépris de la littérature ; Pepète le bien aimé, décrit en des pages fort truculentes les milieux populaires algérois ; Le jardin de la mort étudie les ruines de l’Afrique romaine ; La concession de Madame Petitgand montre la lutte incessante que les colons algériens ont à soutenir contre l’hostilité de la nature et des hommes. Enfin, La Grèce du soleil et des paysages, Le miracle oriental, Le livre de la Méditerranée, Gustave Flaubert et Le sens de l’ennemi se rattachent au même ordre d’idées.

Le type du latin d’Afrique, Louis Bertrand l’a trouvé dans l’évêque d’Hippone, et il écrit Saint Augustin, livre brillant, captivant comme un roman, évocateur comme un livre d’histoire, et, malgré son insuffisance, susceptible de faire beaucoup de bien. Les jeunes gens liront l’édition expurgée et Les plus belles pages de Saint Augustin.

Nous ne leur interdirons pas, malgré quelques passages, Sanguis martyrum (les chrétientés de l’Afrique au 3e siècle ; éclatantes descriptions ; récit émouvant).


Marie de Besneray, de son vrai nom Mme Croult. Née à Moscou en 1852, fille d’un Français, M. Boissonnade, elle connaît à fond les mœurs qu’elle s’est plu à décrire dans ses romans russes (Ivan Sternoff ; Le fils d’une actrice ; Olga la Bohémienne ; Nadine ; La course à l’abîme). Elle a étendu ses observations aux sujets sociaux et psychologiques d’un intérêt plus général : Vers l’aurore ; Vie brisée ; Vengeance de femme ; Honneur de famille ; Les sacrifiés ; Douleur d’aimer.

Tout le monde peut lire : Paul, souvenirs d’Australie ; Au pays de Bernadette (peu saillant).


Bjornsterne Bjorson, poète, romancier et dramatiste norvégien (1832-1910), n’est pas un inconnu en France où il résida et essaya de jouer un rôle politique. Comme écrivain, il a été comparé à Nodier et à Victor Hugo ; quoi qu’il en soit, il a su se faire un nom dans notre pays par divers ouvrages : Arne (histoire d’un violoniste ; les vieux récits du petit monde des fjords) , La fille du pécheur ; Les reflets du miroir (un amoureux en partie quadruple), etc…


Léon Bloy (1846-1917), ancien communard, converti au catholicisme. Poète aux belles envolées, mais pamphlétaire exaspéré, flagellateur partial, il semble ne se servir de sa plume que pour déchirer, blesser ou ternir : tous ses ouvrages (Propos d’un entrepreneur de démolitions ; Le désespéré ; La femme pauvre ; Mon journal ; Le mendiant ingrat ; Belluaires et Porchers ; Le sang du pauvre, etc.) servent de cadre aux invectives grossières de leur auteur. Faute de bienveillance et d’humilité, que de talent l’on gaspille !


Fortuné du Boisgobey (1824-1891). Auteur d’histoires de cape et d’épée et de romans d’aventures extrêmement mouvementés, travailleur infatigable et d’une grande fécondité, il est un amuseur intéressant, plutôt amoral qu’immoral.

Les pères et les mères de familles, plus friands des grosses émotions que de délicatesses littéraires, pourront lire avec intérêt quelques-uns des ouvrages suivants, si toutefois la fréquentation des gredins, des escrocs, des escarpes et des forçats ne les effraye pas : Le forçat colonel ; Les frères de l’Épingle rose ; Les collets noirs (beau roman historique sur l’époque du Directoire ; quelques scènes risquées) ; La main coupée (très bien) ; Fontenay coup d’Épée (très honnête) ; Un cadet de Normandie (histoire de Tourville, pour tous) ; L’as de cœur (le financier Law, très intéressant) ; La tresse blonde (d’un dramatique intense) ; Le coup de pouce (pour tous ou à peu près) ; Les mystères du Nouveau Paris (roman honnête tout peuplé d’affreux gredins) ; La vieillesse de M. Lecocq ; La peau d’un autre (tableaux inconvenants, pages superbes) ; Le collier d’acier (une femme dévergondée qui finit par se tuer à l’aide d’un collier empoisonné) ; Mérindol (où l’on voit aussi quelques honnêtes gens) ; Double blanc (à la recherche d’assassins) ; Le fils du plongeur (le monde sportif, dans une intrigue d’amour) ; L’héritage de Jean Tourniol (très bien) ; Du Rhin au Nil (carnet de voyage, pour tous) ; Où est Zénobie ? (captivant) ; Le crime de l’omnibus (d’un dramatique !) ; Le Cochon d’or (influence de l’argent).


Simon Boubée (1846-1901), ancien rédacteur de la Gazette de France, correspondant à Rome du Gaulois, romancier.

Outre Mongréléon 1er, pamphlet dirigé contre Gambetta qui fit en son temps plus de bruit que de bien, il a publié, Le violon fantôme (pages risquées et impardonnables) ; Le petit Boscot (pour tous) ; Le pierrot de cire (très bien).


Marcel Boulenger (Paris, 1873), historien et portraitiste de la société frivole.

Sans se départir de la correction d’un parfait gentleman, il ne s’occupe que des femmes, des salons, des chevaux. Il se moque des mondains, des snobs et des caillettes ; il dénonce avec ironie ce qu’il y a de laid et de sot dans la société cosmopolite de Paris ; il donne des conseils sur le langage, les sept sujets de conversation permis, sur la vie comme il faut ; etc…


Paul Bourget, né à Paris en 1853. Fils d’un universitaire, il fut d’abord obligé d’entrer dans l’enseignement et il passa quatre ans à fabriquer des bacheliers et des vers. En 1882, il se voua exclusivement aux lettres, et il est aujourd’hui l’un de nos écrivains les plus en vogue. Membre de l’Académie française.

Ses poésies (La vie inquiète ; Edel ; Les aveux, etc.), rendent le lamentable écho des tourments de son âme, durant ses études et toute sa jeunesse.

Il débuta en prose par les Essais sur la psychologie contemporaine, suivis plus tard des Nouveaux essais, livres de critique, confession fort triste de tout un siècle de littérature (doctrine empruntée au panthéisme de Renan, au positivisme de Taine ; idées religieuses fausses ; morale relative qui ne croit pas au malsain).

De nombreux romans suivirent, qui valurent à Bourget une éclatante notoriété et qui exercent encore dans le monde une influence considérable.

Ils sont bien faits du reste pour plaire à la jeunesse inquiète et nerveuse d’aujourd’hui, pour séduire les jeunes femmes toujours heureuses de trouver, dans les livres, des descriptions, des excitants, des compensations de la vie mondaine, pour intéresser même les hommes mûrs en quête de thèses bien construites.

La scène est d’une correction parfaite ; ce sont des salons high life, des chambres à coucher, des boudoirs, dont Bourget décrit le mobilier, l’ameublement et les parfums, avec une scrupuleuse exactitude.

Les héros et héroïnes sont des élégances suprêmes, dans une suprême faiblesse : des jeunes gens pâles, minces, flirteurs, oisifs, incapables de tout effort et prêts à toutes les tendresses ; de beaux messieurs et de belles madames n’ayant rien à faire de leurs dix doigts ; des jeunes femmes surtout, grandes, fines, blondes, sentimentales et sensuelles, toujours aimantes et aimées en dehors du mariage, assoiffées de sentiments et de mysticisme, tout imprégnées de cette atmosphère luxueuse où les sensations douces affadissent la volonté et préparent aux grandes chutes.

Tous ces personnages sont avant tout des âmes, mais des âmes modernes, c’est-à-dire malades : Paul Bourget se complaît à décrire leurs raffinements de sensibilité déviée, leurs fautes, leurs scrupules, leurs remords, leurs repentirs et même leurs expiations, en un mot tous leurs cas psychologiques et leurs maladies intérieures ; il excelle particulièrement à raconter les drames d’amour dont elles sont le théâtre ou les victimes.

La fréquentation de tels milieux et de telles gens doit être éminemment dangereuse… M. Bourget, dit un critique universitaire, a toujours affiché des ambitions de moraliste. Alors, on ne peut s’empêcher de relever un contraste ironique entre ses professions de foi et l’effet de ses romans. Dans les préfaces, idées du devoir, culte de la volonté, de l’effort. Dans les romans, dilettantisme ou vaine religiosité, découragement, anémie de la volonté, séduction du vice. (Revue bleue, 28 mars 1906).

Certes, les intentions de l’auteur sont excellentes ; il ne prétend décrire les désordres de l’âme que pour les rendre odieux et les guérir. Malheureusement, les bonnes intentions ne suffisent pas. Les descriptions et !es drames qui constituent la trame de ces romans, indépendamment des pages voluptueuses qui s’y glissent, grisent l’imagination et anémient la volonté ; l’exposé de tous les motifs qui préparent et déterminent une passion coupable, fait facilement croire a ceux qui les lisent et les méditent, que les chutes sont toutes naturelles, presque nécessaires, excusables et fatalement imitables. Aussi, un écrivain peu suspect, M. Rod, a-t-il osé dire, jadis, que les romans de Bourget ne sont guère plus moraux que ceux de Zola !

Ce jugement et les considérations précédentes, ne sauraient cependant s’appliquer dans toute leur rigueur qu’aux romans de la première période : L’irréparable ; Le deuxième amour ; Cruelle énigme ; Un crime d’amour ; André Cornélis ; Scrupule ; Un cœur de femme ; Idylle tragique, mœurs cosmopolites : Physiologie de l’amour moderne ; La duchesse bleue ; etc..

En 1887, Le disciple (manuel de séduction, scènes regrettables) marqua dans les œuvres du charmant auteur une heureuse évolution, et témoigna d’un souci douloureux de la vie morale. Le fantôme, Monique, La terre promise (roman à thèse chrétienne, tend à éloigner les jeunes gens des plaisirs coupables, tableaux choquants) ; Cosmopolis (amours, jalousies, duels, conversion d’une jeune dilettante provoquée par la seule vue de Léon XIII, très passionné) ; Sensations d’Italie (belles pages chrétiennes) marquèrent successivement ses progrès dans le respect de la morale et peuvent être lus par les grandes personnes, ainsi que ses derniers ouvrages : L’Étape (roman à thèse antidémocratique et profondément religieuse, violemment critiqué de toutes parts, cru et passionné) ; Le divorce (œuvre courageuse et magistrale qui restera l’un des plus beaux monuments de l’apologétique contemporaine) ; L’eau profonde et Les pas dans les pas ; Les deux sœurs (étude psychologique sur la tentation d’une honnête femme ; d’une moralité irréprochable ; suivie de six nouvelles).

… Depuis, Paul Bourget a trouvé la foi : il remplit tous ses devoirs de chrétien.

Cependant, il n’était pas encore pratiquant, quand il a commencé « l’édition définitive » de ses œuvres. Ses récits restent donc, dans l’ensemble, ce qu’ils étaient, des documents scientifiques remplis de tableaux très crus ou de thèses dangereuses. Les préfaces et les appendices, où il expose son « apologétique expérimentale », appartiennent seuls à l’inspiration catholique. C’est pourquoi nous ne permettrions aux jeunes gens que certains ouvrages de la seconde période cités plus haut, et de plus : Un saint (et autres nouvelles saines, dans la dernière édition) ; Outremer ; Drames de famille ; Pages choisies ; Contes choisis. Nous ne leur conseillerions point Les détours du cœur, La dame qui a perdu son peintre, recueils de faits divers tourmentés, L’Émigré.

Et Le démon de Midi ? C’est une œuvre magistrale où se mêlent deux drames. D’abord, l’histoire d’une crise d’âme : les aventures d’un homme de 43 ans qui, par l’effet d’un orgueil inconscient, d’une insuffisance de piété surnaturelle, de la reviviscence des souvenirs de ce milieu favorable, s’abandonne à un amour coupable. Et puis, c’est l’histoire d’un prêtre dévoyé qui tombe dans des aberrations d’esprit et dans le désordre. Le livre peut convertir ou affermir dans le bien des lecteurs très mûris, mais il peut faire à beaucoup d’autres un mal immense.

Durant la guerre, Paul Bourget a continué de faire ce qu’il faisait : signe de force d’âme et de vie ordonnée. Il a publié successivement : Le sens de la mort (roman psychologique, plein de nobles pensées : pose la question de l’idéal qui doit orienter la vie, et la résout dans le sens chrétien contre la conception matérialiste ; à peu près pour tous) ; Lazarine (roman sur le divorce ; coté moral et réparateur de la guerre ; pas pour jeunes lectrices) ; Némésis (histoire pleine de mouvement, de coloris, d’érudition ; pages très hardies) ; Le justicier (recueil de cinq nouvelles ; pas pour tous) ; Laurence Albani (pour tous).


Marie-Anne de Bovet, fille du général de ce nom, née en 1860, mariée au marquis de Bois Hébert.

Le nom de « petites rosseries » qu’elle a donné à plusieurs de ses ouvrages, conviendrait à quelques-uns de ses romans psychologiques : Confessions d’une fille de trente ans ; Confessions conjugales ; Partie du pied gauche ; Contre l’impossible ; Plus fort que la vie (8 nouvelles) ; Vierges folles (passionnel) ; Noces blanches (d’un blanc sale) ; La repentie ; Après le divorce (thèse excellente, mais démonstrations hardies) ; Veuvage blanc (romanesque) ; La folle passion (d’un beau-père pour sa bru) ; La dame à l’oreille de velours (quatre nouvelles) ; La terre refleurira (pour adultes). Pris sur le vif ; Autour de l’Étendard (peinture des milieux militaires, dédiée au duc d’Orléans) paraissent appartenir à un autre genre.

Histoire d’un garçon ; Cadette (très bien) ; Mademoiselle l’Amirale ; Fausse voie ; Le beau Fernand (peu intéressant, peu édifiant), pourraient être confiés aux jeunes gens, ainsi que certains de ses récits de voyages.


Augustin Boyer d’Agen, de son vrai nom, Jean-Auguste Boyer, né à Agen en 1859. Ancien séminariste, gradué en théologie et en droit canon, romancier, poète, critique d’art, historien, philologue et conférencier.

Après avoir publié des romans regrettables (La Gouine ; La Vénus de Paris), et que l’auteur semble bien regretter, Boyer d’Agen s’est porté définitivement vers les études historiques et religieuses, et a donné sur beaucoup de questions actuelles des travaux remarquables.

Son roman Terre de Lourdes (descriptions, amours d’un séminariste) est un ouvrage malsain. Le pays natal ; Monsieur le Rédacteur ; Pascal Bordelas (le cynisme des politiciens) peuvent être classés parmi les romans honnêtes.


René Boylesve, de son vrai nom René Tardivaux, né à la Haye-Descartes, en 1867. Membre de l’Académie française.

Le Médecin des dames de Néans ; Sainte Marie des Fleurs ; Le parfum des Iles Borromées ; La becquée ; La leçon d’amour dans un parc ; Mon amour, sont des romans d’une mièvrerie souvent licencieuse. Mlle Cloque et L’enfant à la balustrade ; Le bel avenir (études de la vie provinciale) ; Le meilleur ami (deux nouvelles), sont beaucoup plus réservés ; La marchande de petits pains pour les canards (nouvelles, pas pour tous).

La jeune fille bien élevée, qui soulève la question délicate de l’éducation des jeunes filles, et Madeleine jeune femme, roman réaliste de bon aloi, tout imprégné de réalisme chrétien, renferment nombre de pages troublantes pour la jeunesse ; mais ils peuvent être lus avec intérêt par les parents.

Quant à Tu n’es plus rien, il pose le problème de savoir jusqu’où doit aller chez les jeunes veuves de la guerre la fidélité au souvenir ; l’action se passe dans les milieux frivoles et la solution est trop catégorique.


Brada, pseud. de Mme la Comtesse de Puliga, de Henrietta Sansom (Paris, 1850), parisienne qui a épousé un diplomate italien.

Nous citons, parmi ses romans, très étudiés et délicatement écrits : Compromise ; Mme d’Épone (sujet risqué) ; L’irrémédiable (jeune fille séduite et délaissée) ; Les lettres d’une amoureuse (vieille originale, va) ; L’ombre (que projettent sur les enfants le divorce et les désordres de leur mère) ; Petits et grands (délicieuses miniatures sur sujets variés) ; L’impasse (amour adultère) suivi de Mensonge (étrange) ; Les beaux jours de Flavien (jours de plaisir) ; Comme les autres (amour contrarié, intéressant) ; Les amantes (élégantes, mais très faisandées) ; Malgré l’amour (plus sérieux et plus honnête ; pages ardentes cependant) ; Disparu (le fiancé… mais l’auteur a tant de ficelles) ; Milord et Milady (la galanterie bienséante en Angleterre) ; Retour du flot (tempête où une âme honnête a failli sombrer ; mais le hasard est si grand et tout finit par s’arranger, quand… on a du talent comme Brada) ; L’âme libre (très romanesque) ; La brèche (tableau d’une vie irrégulière).

Et nous recommandons aux jeunes gens sérieux Terres de soleil et de brouillard (souvenirs de voyages très gentiment racontés) ; Isolée (vie d’une jeune orpheline catholique, transplantée dans un milieu anglican).


Rhoda Broughton, née en 1840, romancière anglaise dont les œuvres ont été, pour la plupart, traduites en français. Ses romans décrivent la campagne anglaise et des types de jeunes filles, ardentes, romanesques, amoureuses des fêtes où l’on brille, folles de leur corps, et mourant jeunes, après avoir gardé une vertu relative. Son dernier ouvrage De Charybde en Scylla, a paru dans la collection Femina ; Belinda et Johanna peuvent être lues par les grandes personnes ; Hélas ! ; Fraîche comme une rose ; Kate Chester ; Nancy ; Le roman de Gilliane, sont pour tous ou à peu près.


Sir Edward-George Bulwer-Lytton, poète, romancier et homme politique anglais (1805-1873), qui jouit dans son pays, comme écrivain, d’une renommée à peu près égale à celle de Dickens et de W. Scott. On lira de lui : Alice ou les mystères ; Les derniers jours de Pompéï (tableaux libres ; prendre l’édition expurgée de Marne) ; Le désavoué ; Dévereux ; La famille Caxton ; Mémoires de Pisistrate Caxton ; Mon Roman ; Qu’en fera-t-il ? ; Rienzi, son chef-d’œuvre.


Henry Buteau, romancier sentimental, né à Annecy en 1870. On lui doit jusqu’à présent : La faute (beaucoup de bleu ; moralité excellente) ; Un orage (dans un ménage ; un nuage dans le ciel bleu !) ; Aimer (il n’y a que cela qui soit quelque chose, disait George Sand ; c’est l’épigraphe et le sens du livre. Reprenez la gamme : rouge, orangé, etc.).


Fernand Calmettes, littérateur et peintre (Paris, 1846). Il a surtout étudié l’amour, la vertu et le caprice chez les femmes : Brave fille ; Simplette ; Sœur aînée ; récits qui peuvent être lus à peu près par tous. Quant à Mademoiselle Volonté, est-ce un bon livre ?


Adrienne Cambry, de son vrai nom Mme Delphieu, romancière dont nous ne connaissons que quelques ouvrages : Rêve de printemps ; La Vierge de Raphaël, qui peuvent être lus à peu près par tous.

Trio d’amour ; On en meurt ; L’amour pardonne, sont tous trois très passionnés.


Ernest Capendu (1826-1868), auteur dramatique et feuilletoniste très fécond, dont les œuvres écrites en style négligé, ne sont pas cependant sans valeur. Tout le monde peut lire Ango le Dieppois.


Mme Edme Caro, Pauline Cassin (1835-1901), femme de M. Caro, membre de l’Institut, a fait des romans appréciés : Pas à pas (sujet délicat) ; Amour de jeune fille, Histoire de Sans-Souci, Idylle nuptiale, L’idole, Les lendemains (onze nouvelles), Fruits amers (divorce), Complice (sept histoires) et Le péché de Madeleine, son chef-d’œuvre, publié d’abord sous le pseudonyme de P. Albane.


Jean Carol, de son nom Gabriel Laffaille (Toulouse, 1848), voyageur, littérateur et critique d’art. Romans satiriques : L’honneur est sauf ; La bataille d’Hennepont, etc. Récits de voyages saisissants : Les deux routes du Caucase ; Chez les Hovas ; Au pays rouge ; Le bagne de la Nouvelle-Calédonie.


Adolphe Chénevière (1855-1917), érudit et critique qui contribua à la vogue d’Ibsen en France. Comme romancier il a donné des ouvrages de psychologie féminine et l’honnête Jacques l’intrépide.


Victor Cherbuliez (1829-1899). Littérateur suisse, naturalisé français en 1880, calviniste, académicien. Pendant de longues années, il donna à la Revue des Deux Mondes, sous le pseudonyme de Valbert, des chroniques littéraires et politiques remarquables : la plupart ont été réunies en volumes et sont à lire.

Ses romans amusants, publiés dans cette même revue, ont fait les délices de tous les esprits gourmets, par leur élégance littéraire et leur extrême ténuité d’analyse ; ils étudient préférablement les Slaves et les Polonais, des femmes troublantes également passionnées, pour le bien et pour le mal, des jeunes filles avancées ; ils ne dénotent guère d’autre souci que celui d’amuser. Louis Veuillot (Odeurs de Paris, page 396), a remarqué en Cherbuliez, un goût particulier pour les fous, les irréligieux, les maudits, les caractères outrés et bizarres, et il le trouve plutôt hostile à la vertu et aux âmes vertueuses. Nous ajoutons qu’il est parfois sournoisement impie ou franchement voltairien.

Les personnes réfléchies, mûries et suffisamment munies d’instruction religieuse, choisiront parmi les livres suivants : Les aventures de Ladislas Bolski (scène scabreuse à la fin) ; La vocation du comte Ghislain (honnête) ; Le comte Kostia (peu réservé) ; Un cheval de Phidias (honnête) ; Après fortune faite (sornette délicieuse et délicieusement dite) ; Miss Rovel (pages exquises et autres) ; Samuel Brohi (inoffensif) ; L’idée de Jean Têterol (une scène risquée) ; Les amours fragiles, Le roi Apépi et deux autres nouvelles (quelques pages libres) ; Jacqueline Canesse (magnifique) ; Pages choisies.

Quant à ceux-ci : Une gageure (presque impur) ; Prosper Randoce ; La revanche de Joseph Noirel (situation et dénouement immoraux) ; Le fiancé de Mlle de Saint-Maur (scènes d’adultère platonique) ; Noirs et rouges (mercuriale de sectaire) ; La ferme du Choquard (impiétés) ; eh bien ! non. Il y a d’autres auteurs que Cherbuliez.


Henri-Émile Chevalier (1828-1879). Exilé au 2 décembre, se retira au Canada et rentra en France en 1870 pour écrire une série de drames de l’Amérique du Sud : Les derniers Iroquois ; La fille des indiens rouges ; Le gibet ; La Huronne ; Les nez percés ; Peaux rouges et peaux blanches ; Le chasseur noir ; La fille du Pirate ; L’île de sable ; Les pieds noirs ; Poignet d’acier ; La tête plate. Tous ces romans feraient figure d’intrus dans les bibliothèques catholiques.


Jules Claretie (1840-1913), journaliste, chroniqueur, romancier, critique et historien, membre de l’Académie française. Ce qui le distingue, c’est son aptitude à saisir le goût du jour : il a le sens de l’actualité et il l’a traduite dans de nombreux romans. L’imagination, le talent scénique qu’il y déploie, l’ont fait apprécier du public superficiel et nommer administrateur de la Comédie-Française.

Tous ses romans sont fort inégaux au point de vue littéraire comme au point de vue moral. Nous citons : L’Américaine (mondain) ; Le beau Solignac (roman historique du temps de Fouché) ; L’accusateur (l’œil du mort qui livre son secret, très dramatique) ; Le roman des soldats (patriotique) ; Les belles folies (id.) ; Le sang français (nouvelles et récits, pour tous) ; Brichanteau (grand succès de librairie, vie d’un comédien retraité par force et resté panachard) ; Le renégat (roman politique, dévergondages, impiétés) ; Jean Mornas (dangereux au point de vue philosophique et moral : fatalisme, matérialisme, etc.) ; La maison vide (fond moral, mais mœurs faciles et suicide) ; Les amours d’un interne (roman de névrosés parmi lesquels l’auteur place Jeanne d’Arc et Marguerite-Marie) ; M. le Ministre (viveurs politiciens et politiciens viveurs ) ; Le Million (la fièvre du lucre, intéressant) ; Noris (pamphlet contre l’aristocratie, pages très libres) ; Le candidat (les vilaines mœurs électorales, pas de libertinage) ; Les Muscadins (roman de mœurs, réaliste) ; Robert Burat (les tortures d’un honnête homme, les héroïsmes et les turpitudes de la passion, fatalisme) ; Mme Bertin (mœurs politiques, libertinage) ; Mlle Cachemire (une femme d’auberge qui vient trôner dans un boudoir et finit dans le ruisseau) ; Noël Rambert (histoire d’un ouvrier, horreurs) ; Le mariage d’Agnès (histoire d’amour et de théâtre) ; L’obsession (histoire bizarre d’un peintre qui est à lui-même son sosie, pathologique).


Pierre Clésio (1863-1911), pseudonyme de Charles Audic. Il s’est signalé par des romans à succès : Les Renards (punition d’un traître et idylle) ; Mariage de Raison, roman universitaire et moral ; Le roman de Claude Lenayl (mésaventures d’un jeune homme dans le demi-monde parisien et ensuite ses succès dans l’agriculture) ; Femme de général (qui a beaucoup de peine à rester honnête) ; Cours de jeunes filles (un professeur qui épouse une de ses élèves).

Mme Louise Compain a publié des romans fort étudiés : L’opprobre (d’une fille-mère qui finalement est épousée par un sauveur que n’effrayent pas les préjugés) ; L’un vers l’autre (théories d’une indépendante sur le mariage) ; L’amour de Claire (une femme écrivain qui tombe dans le désordre).

En 1919, elle a adressé « à toutes les âmes religieuses » un appel en faveur de la théosophie !


Charles De Coster (1827-1879), écrivain belge qui utilisa, dans différents récits, sa connaissance approfondie de la littérature du moyen-âge : La légende et les aventures d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzack, roman épique sur des personnages fabuleux, populaires en Belgique ; Contes Brabançons, etc. Ces deux livres ne conviennent pas à la jeunesse.


Pierre de Coulevain, de son vrai nom Mlle Favre, morte en 1913.

Elle a fourni d’abord des romans à l’américaine : Noblesse américaine ; Ève victorieuse, satire virulente de la femme américaine, pécore égoïste, sensuelle et dépravée ; Sur la branche, autobiographie d’une française malheureuse en ménage, qui plante tout là, voyage à l’américaine d’hôtel en hôtel, et, tout en cheminant, admire spécialement la théosophie et le boudhisme.

Depuis, elle a conquis la célébrité par L’Île inconnue (l’Angleterre). Dans cet ouvrage, comme dans les précédents et dans Au cœur de la vie, elle se révèle charmante causeuse, mais très mauvaise philosophe.

Le roman merveilleux est plus répréhensible encore : c’est un véritable pamphlet, aussi perfide qu’odieux, dirigé contre la religion catholique. Il a été mis à l’index en 1915.


Léopold Courouble (Bruxelles, 1863), l’humoriste de la Belgique. Les cadets de Brabant ; La famille Kaekebrouck (à Bruxelles) ne sont pas des chefs-d’œuvre littéraires, mais ils sont intéressants pour ceux qui aiment ou veulent connaître l’humour. Au point de vue moral et philosophie, ils sont bourgeois, prud’hommesques, louis-philippiens, terre à terre, pot-au-feu, etc.


Marion Crawford, né en Toscane en 1854, de parents américains, élevé en Angleterre, sicilien par adoption, mort en 1908.

Par ses études psychologiques du cosmopolitisme, il est devenu l’un des écrivains les plus illustres de son pays. Nous citons parmi ses romans traduits en français :

Pour tous les lecteurs : Saracinesca (œuvre d’artiste et de chrétien) ; Le Crucifix de Marzio (son chef d’œuvre) ; San Ilario ; Une paroisse isolée ; Paul Patoff.

Pour les lecteurs expérimentés : Greinfenstein ; Zoroastre (roman épopée sur la civilisation médique sous Darius, pages à la Flaubert) ; Le docteur Claudius (gai, humoristique) ; Un chanteur romain (très passionné) ; La Marchesa Carantoni (scabreux) ; M. Isaacs (occuliste et troublant) ; Haine de femme (plutôt scandaleux) ; Corleone (passionné).


Le vicomte François de Curel, né à Metz en 1854, ancien ingénieur devenu écrivain, directeur de la revue Armée et Marine, membre de l’Académie française.

Ses romans touffus et diffus : L’été des fruits secs (descriptions, idylle banale, théories favorables au divorce) ; Le sauvetage d’un grand duc (très libre), sont un peu délaissés.

Ses pièces renferment des scènes magnifiques, des idées salutaires et des développements inconvenants.


Alphonse Daudet (1840-1897), poète, romancier et auteur dramatique, dont les livres ont été lus avec une vive curiosité et sont toujours relus avec beaucoup de plaisir.

Par sa sensibilité et sa tendresse émue, son imagination méridionale très finement colorée, par le tour séduisant qu'il donne à toutes ses œuvres, par sa grâce souriante, sa légèreté, son ironie railleuse, il a su intéresser tous ses lecteurs, tantôt en les faisant rire, tantôt en leur arrachant des larmes, toujours en les charmant.

Au point de vue moral, il n'est cependant pas toujours irréprochable : il a traité dans ses œuvres les sujets les plus scabreux, il a étalé ce que la réalité peut offrir de plus laid et même de plus ignoble… On ne peut pas dire sans doute que sa littérature est luxurieuse, car elle esquive certaines choses sales et flétrit les vilenies ; mais on ne peut pas dire non plus qu’elle est chaste et inoffensive pour tous les lecteurs.

Les tout jeunes gens se contenteront donc de lire : Contes pour la jeunesse (réunis par Hetzel) ; La belle Nivernaise (histoire d’un bateau) ; Tartarin sur les Alpes (à part quelques pages) ; Tartarin de Tarascon (contient le récit des aventures du héros avec une mauresque) ; Port-Tarascon (charge exagérée, inférieur aux deux précédents) ; Pages choisies.

Les plus grands pourront lire avec prudence : Le petit Chose (histoire d'un enfant) ; Jack ; Lettres de mon moulin ; Contes du lundi.

Quant à ses autres ouvrages, ses pièces et surtout ses grands romans : Fromont jeune et Risler aîné (série d'adultères dans le monde bourgeois) ; Soutien de famille ; Le Nabab (irrespectueux pour le catholicisme, etc.) ; Les rois en exil (pamphlet politique) ; Numa Roumestan (traits contre la religion et contre les méridionaux) ; L’immortel (contre les académiciens, scènes de luxure) ; L’évangéliste (l'auteur semble avoir voulu exalter la vie de famille en rabaissant la vie de renoncement ; pour ridiculiser l’Armée du Salut, il a mis en scène des fanatiques que des lecteurs non prévenus confondraient avec les catholiques) ; Sapho (très voluptueux) ; La petite paroisse ; Les femmes d’artiste ; Rose et Ninette (contre le divorce) ; Soutien de famille ; La Fédor (et sept autres fragments ; tableau de la vie et de la mort de la célèbre comédienne) ; ils ne sont pas tous inoffensifs, même pour les grandes personnes.


Mme Julia Daudet, femme d’Alphonse, née en 1847, a consacré sa plume élégante et fine aux joies, aux tendresses et aux « joliesses » de la famille. Parmi ses œuvres « artistes » et pittoresques, qui sont plutôt des entretiens que des romans, nous citons : L’enfance d’une parisienne ; Enfants et Mères ; Le livre d’une mère ; Impressions de nature ; Fragments d’un livre inédit (Impressions sur Paris) ; Miroirs et Mirages (nouvelles et études très sentimentales).


Ernest Daudet, frère aîné d’Alphonse, historien et romancier, né en 1837.

Producteur très fécond, écrivain doué tout à la fois d’une grande imagination et d’un grand savoir, il a publié, spécialement sur l’émigration, des ouvrages historiques qui lui ont valu en 1905 le prix Gobert : Coblentz ; Les Bourbons et la Russie ; Les Émigrés et le 18 fructidor ; etc…

Ses romans parus chez Perrin, Dentu, Plon, etc., ne sont pas tous à recommander : Aveux de femme (très malsain et très dangereux) ; Mademoiselle de Circé (enchanteresse qui séduit un policier et finit par se suicider) ; Les coulisses de la société parisienne (défilé de tableaux variés dont plusieurs sont scandaleux) ; Les reins cassés (contre les tripoteurs, pas pour tous) ; Le gendarme excommunié (et autres nouvelles dont deux inconvenantes) ; À l’entrée de la vie (une scène de libertinage, belles pages sur la vocation religieuse, ensemble bon) ; Vénitienne (belle histoire honnête) ; Don Rafaël (roman historique peu intéressant) ; ' Drapeaux ennemis (très bien) ; Victimes de Paris (captivant et d’une portée morale salutaire) ; La Carmélite (respectueux de la religion, mais donnée périlleuse, inexactitudes, ensemble qui pourrait mal impressionner) ; Le roman d’un conventionnel (beau livre, histoires scandaleuses) ; Daniel de Kerfons (peu édifiant, portraits de grandes dames) ; Le mari (histoire d’un adultère) ; Le défroqué (sujet délicat traité sans pamphlet) ; Les pervertis (tristes gens, triste histoire) ; Pauline Fossin (triste !) ; Expiatrice (aventures vulgaires, mais honnêtes) ; La Ratapiole (roman historique autour de la Terreur, honnête) ; Le roman de Delphine (honnête roman d’amour) ; Le crime de Jean Malory (dramatique, honnête) ; Mme Robernier (scènes d’adultères trop complaisamment décrites) ; Carisse (une scène libre seulement) ; Les fiançailles tragiques (vulgaires et grossier) ; Rolande et Andrée (gros feuilleton) ; L’Espionne (sain) ; Le comte de Chamarande (id.) ; Au galop de la vie (aventures, pas pour tous) ; Le mauvais arbre sera coupé (malsain) ; La course à l’abime (livre tragique sur la Terreur, pour adultes) ; Les rivaux (sentimental) ; Les aventures de Raymond Rocheray (pour adultes) ; etc…

Pour tous : Dolorés ; Fils d’émigré ; Dans la tourmente ; Robert Darnetal ; Nini la Fauvette ; Jeunes filles d’autrefois ; Aveux d’un terroriste ; L’héritage des Kerlouan ; Une idylle dans un drame ; Beau casque ; Les deux Antoinette ; La religieuse errante ; Les deux évêques ; Pages choisies (quelques mots trop libres pour les enfants).


Léon Daudet, fils d’Alphonse, né en 1868, philosophe, critique, poète, romancier, écrivain satirique très amer, au style puissant, embroussaillé et « superbement confus », directeur de l’Action Française.

Parmi ses romans, nous citons La flamme et l’ombre (amour de deux filles, pages sensuelles, descriptions d’Italie) ; L’autre noir (allusions obscures à Victor Hugo) ; Suzanne (roman de l’inceste, faux, bizarre, où l’auteur combat la science et prend parti pour la foi) ; La France en alarmes ; Germes et poussières ; Hœrés ; Le pays des Parlementaires ; Les Kamtchatka (satire du snobisme) ; Les Morticoles (satire réaliste des médecins, tableau répugnant des mœurs de la haute société) ; Le voyage de Shakespeare (haute fantaisie) ; Le partage de l’enfant (victime du divorce) ; Les primaires (le mot restera et le livre aussi) ; La lutte, roman d’une guérison (sans négliger la médecine, il faut recourir à l’hygiène de l’âme et à la foi chrétienne) ; Les deux étreintes (peu intéressant, pages voluptueuses) ; La mésentente (roman de mœurs conjugales) ; Le lit de Procuste (contre la critique tatillonne) ; Ceux qui montent (ce sont ceux qui s’éloignent d’une république athée pour monter vers la liberté monarchique ; ne convient pas à tous) ; La fausse étoile (l’étouffement d’un héros par les politiciens de la démocratie).

Les meilleures œuvres de Léon Daudet sont nées depuis quelques années. Directeur d’un grand journal de combat auquel il donne chaque jour un article qui met ses adversaires en fureur, il a publié sans se lasser un roman (Dans la lumière, pas pour tous) ; une étude psychologique (L’hérédo) ; des Souvenirs des milieux littéraires, politiques, artistiques et médicaux de 1880 à 1905 (4 séries) ; et surtout des livres, relatifs à la guerre, d’une clairvoyance et d’une vigueur remarquables : L’avant-guerre ; La vermine du monde ; Hors du joug allemand ; etc…


Lucien-Alphonse Daudet, peintre, fils de l’auteur des Tartarin, né en 1883. Il a abordé le roman en 1908 et il a successivement publié : Le chemin mort (sans portée, sans leçon) ; La fourmilière (étude d’âme bien conduite, pour les adultes) ; Le prince des cravates (nouvelles à prohiber).


Henri Davignon, littérateur belge, né en 1879. Quelques romans psychologiques, fort romanesques : Le courage d’aimer (paraît être une réplique de La peur de vivre) ; Portraits de jeunes filles (exagération dans la satire) ; Le prix de la vie (réflexions sérieuses, beaucoup de passion) ; L’ardennaise (tableau des montagnes wallonnes et des mœurs belges) ; Un belge (roman régionaliste, excellent, pour grandes personnes) ; Jan Swalue (à peu près pour tous).


Pierre Dax, de son vrai nom Mlle Eva Gatouil, auteur de nombreux romans, appartenant à diverses nuances au point de vue moral.

Nous ne recommandons pas : Le drame de Massiac ; Mariée sans amour ; Le roman du peintre ; La sœur du Mort ; L’enfant de la séquestrée ; Vengeance de lionne ; L’institutrice des Riaulx ; L’homme au masque.

Nous permettrions aux gens du monde : L’intime d’un cœur ; Amour et préjugé ; Les épreuves de Michelle ; La bague de fiançailles ; Yamina ; Mon oncle de Chamirol ; Le roman d’une laide.


Pierre Decourcelle, né à Paris en 1856. A collaboré à plusieurs journaux, a fait des pièces de théâtre en collaboration et surtout des romans-feuilletons tapageurs : Le curé au Moulin-Rouge dans le Matin ; Les Deux Gosses; etc…


Mme Grazia Deledda, née en 1872, jeune authoress d’origine sarde, fixée à Rome depuis son mariage avec M. Medesani, secrétaire au ministère de la Guerre.

Dès l’âge de 15 ans, elle publia Le sang Sarde, et aujourd’hui, elle compte à son actif une série de romans dont la plupart (Elias Portolu ; Nouvelle Sarde ; Le fantôme du passé ; La voie du mal ; Je meurs ou je m’attache ; Cendres ; Deux amours ; Des roseaux sous le vent, etc.) ont été traduits en français.

Ce sont des histoires réalistes, brutales, qui mettent en scène les êtres primitifs, grossiers et révoltés de la Sardaigne. Nous les plaçons ici, parce que le fond est antisocial et parfois irréligieux.


Albert Delpit (1849-1893). Il eut un duel célèbre et fut décoré à la guerre de 1870. Il a fait des poésies, des pièces de théâtre, et des romans d’actualité, parmi lesquels nous remarquons :

Disparu (peu intéressant) ; Jean Nu-Pieds (la campagne de la duchesse de Berry en 1832) ; La famille Cavalié (épisode de la guerre de Sécession) ; Le fils de Coralie (thèse risquée vigoureusement et honnêtement décrite) ; Le mariage d’Odette (magnifique éloge de l’éducation religieuse, pages scabreuses) ; Le père de Martial (invraisemblable) ; La Marquise (sujet scabreux, tableaux très libres) ; Solange de Croix Saint-Luc (très bien) ; Mlle de Bressier (la Commune, scènes risquées) ; Thérésine (la réhabilitation de la femme de joie par le repentir et l’amour, impiétés).


Édouard Delpit (1844-1904), frère du précédent et, comme lui, romancier d’un certain talent.

Signalons d’abord aux jeunes gens sérieux : Paule de Brussange (roman catholique) ; Yvonne ; Bérengère ; Josline ; Catherine Levallier (à part deux pages libres).

Et mentionnons : Les représailles de la vie (crimes, suicides, scènes scabreuses) ; Sans merci (hypnotiseur amoureux) ; Plein cœur (sujet hardi, traité assez chastement) ; Marcienne (fond moral, mais développements choquants) ; Le dernier rêve (d’une femme qui voudrait être amante et devient belle-mère).


Henri Demesse (1854-1908), feuilletoniste très peu recommandable. Son Zizi est pour les enfants.


Louis Dépret (1837-1905), poète et littérateur qui promena dans tous les genres sa plume légère et facile. Comme nous sommes et Trop fière sont, dit-on, ses meilleurs ouvrages. Mlle Delyvoix est presque inoffensif.


Paul Déroulède (1846-1914), poète et patriote, dont les « chants » sont aussi connus que ses équipées. Ses poésies et son drame en vers Messire Duguesclin peuvent être lus par tout le monde. Ses romans Histoire d’amour et La plus belle fille du monde, doivent être placés dans cette catégorie avec cette mention : indignes de l’auteur des Chants du Soldat et des Chants du Paysan, etc. Bravo pour les deux séries de Feuilles de route et pour Pages Françaises : elles sont d’un bon soldat et d’un bon français ; pas pour les jeunes filles.


Jean Deuzèle, alias Louis Lefebvre (Clermont, 1871), romancier psychologue dont les thèses sont aussi originales qu’intéressantes : La maison vide (un époux qui se sent mourir et trouve sa consolation à façonner l’âme de sa femme à l’image de la sienne) ; Le recueillement (la jeunesse doit s’y consacrer ; la précocité sentimentale est une erreur ; détails assez lestes qui dépeignent trois drôles de couples) ; L’île héroïque (la solitude douloureuse où un artiste doit se résigner à vivre. Ne pas confondre avec la solitude des anachorètes) ; Le couple invincible (à la suite d’un naufrage, des enfants arrivent dans une île et… démontrent la nécessité du mariage indissoluble) ; La femme au masque. L’auteur est près de la foi, et il n’est pas dans la foi, a écrit René Bazin. Puisse-t-il y entrer bientôt !


Mme Jane Dieulafoy, femme du célèbre explorateur (1851-1916). Elle a pris part aux travaux de son mari, en Perse, en Chaldée, en Susiane, et outre le récit de ses expéditions, elle a fait des romans semi-historiques : Frère Pélage ; Parysatis (reine des Perses, ses crimes et ses luxures) ; Volontaire (le monde bourgeois sous la Révolution, haro sur les Montagnards) ; et Déchéance (réquisitoire enflammé contre le divorce). Tout le monde peut lire de cet auteur sympathique aux idées chrétiennes : Aragon et Valence, excursions en Espagne ; À Suse, journal des fouilles ; L’épouse parfaite (ouvrage de piété, traduit de l’espagnol).


Fédor Dostoïevski (1821-1881), célèbre romancier russe. Ses crises d’épilepsie, son séjour au bagne, où il fut envoyé pour conspiration, sa pitié profonde pour les humbles, ont donné à ses œuvres une âpreté tragique et souvent douloureuse. Souvenirs de la maison des Morts ; Humiliés et offensés ; Crime et Châtiment ; L’idiot ; L’éternel mari ; Bessy ; Pauvres gens, etc. ; Les étapes de la folie (tendresses dans la seconde partie) ; Âme d’enfant (que tout le monde peut lire), sont comme autant de coups de tocsin qui ont précipité la réforme sociale en Russie. Les funérailles de ce forçat sibérien, qui avait su prendre les cœurs, furent un vrai triomphe.


Gustave Droz (1832-1895), peintre, conteur, débuta dans La Vie Parisienne par des croquis mondains dont quelques-uns, réunis en volume sous le titre Monsieur, Madame et Bébé, eurent un succès de scandale prodigieux.

Depuis, il continua à écrire. Il publia Entre nous ; Le cahier bleu de Mlle Cibot ; Autour d’une source (scènes de Lourdes, inspiration de fond antireligieuse) ; Babolain ; Une femme gênante ; L’enfant ; Les étangs ; Tristesses et sourires ; Un paquet de lettres, trois récits fantaisistes pleins d’humour et de leçons.

En 1886, il se vit refusé à l’Académie française et renonça à la littérature.


Édouard Drumont, littérateur et journaliste, fondateur de la Libre Parole (1840-1917), célèbre champion de l’antisémitisme. Ses œuvres vigoureuses, dans lesquelles il flagelle la juiverie, le clergé et parfois les catholiques les plus respectables, renferment des documents et des scènes trop réalistes pour être confiées aux jeunes gens. Son roman Le dernier des Trémolins peut seul leur être donné sans réserve.


Félix Duquesnel, né en 1839, rédacteur au Gaulois, a publié sous le titre des Dix mille et deux nuits, quatorze nouvelles orientales ; Le mystère de Gaude, feuilleton judiciaire élégamment ficelé ; La maîtresse de piano ; À la flamme de Paris.


Charles Durand, plus connu sous le pseudonyme de Carolus d’Harrans (1863-1907), ancien professeur, dessinateur, romancier, nouvelliste.

Parmi ses ouvrages, nous citons : L’avant-garde ; Histoires moroses ; Contes roses ; Gris Bleu ; La victime (psychologie d’un bâtard) ; Duchesse, écrit en collaboration avec Jeanne France (l’amour victime de l’orgueil) ; Germaine (scènes maritimes) ; La marquise de Villemegronne.


Georges Duruy, historien et romancier (1853-1918). Son drame Ni Dieu ni Maître peut être lu utilement par les personnes raisonnables. Ses romans sont mondains : L’Unisson (histoire d’amour que l’on peut qualifier de chef-d’œuvre) ; Andrée ; Le garde du corps (sujet périlleux, peu moral, plaisanteries irréligieuses) ; Victoire d’âme (recueil de nouvelles, quelques pages égrillardes) ; Fin de rêve (roman politique consacré à l’apologie de Gambetta).


Edgy, pseudonyme d’une lauréate de Femina. Œuvres : La servante (idylle tragique, note libre-penseuse) ; Cher infidèle (elle lui reste fidèle sans nausée) ; Âmes inquiètes (les étudiants et les étudiantes) ; La couronne de roses (histoire voluptueuse et brutale).


Louis Énault (1824-1900), homme du monde distingué et auteur très fécond. Arrêté en 1848 comme légitimiste, il quitta bientôt la France, par crainte de nouvelles mésaventures, et visita tous les pays de l’Europe, l’Orient, les États-Unis, etc.

Il a embelli de tous les agréments de son style les souvenirs de ces pérégrinations qu’il fixa dans une centaine de publications de tous genres : relations de voyages, romans, traductions, études, articles de journaux et revues.

Dans la dédicace de La Circassienne, on lit ces lignes touchantes : « Depuis 20 ans, ma chère mère, je n’ai point composé un seul livre sans me dire que vous le liriez et sans souhaiter que l’on y retrouvât la trace de vos leçons… Cependant la peinture des passions, qui est l’essence même du roman, vous a semblé parfois trop vive et trop ardente dans les miens, et vous avez souvent refermé le volume sans rien dire… »

L’œuvre presque tout entière d’Énault mérite ce silencieux reproche : L’histoire d’une femme (honnête, mais mari vilain) ; Le baptême du sang (honnête, patriotique) ; La vie à deux (et trois autres nouvelles libertines) ; Le roman d’une veuve (passionné) ; L’amour et la Guerre ; Ville et Village (où le curé est représenté comme un bon vivant) ; Le château des Anges (sujets scabreux) ; Le sacrifice (dangereux) ; Tragiques amours ; Le mirage (romanesque) ; Pour un ; Le rachat d’une âme ; La Circassienne (chrétien, histoire d’une double conversion) ; Jours d’épreuve ; Pêle-Mêle ; La tresse bleue ; La vierge du Liban ; Alba ; Une histoire d’amour.

Le chien du capitaine (4 nouvelles) convient aux enfants.


Son cousin, Étienne Énault (1817-1883), a fait également de nombreux romans-feuilletons assez populaires.


D’Ennery (Adolphe Philippe, dit Dennery, puis) auteur dramatique et romancier célèbre (1811-1899).

Pendant 56 ans, il a produit, avec la collaboration de 60 auteurs, un nombre incalculable de drames, comédies, vaudevilles, féeries, livrets d’opéra et d’opéra-comique ; toutes ces pièces, habilement charpentées et très émouvantes, ont fait verser des flots de larmes et rapporté des millions à leur auteur.

Parmi les romans empruntés à ses drames, nous citons : Les deux orphelines ; Martyre ; Le remords d’un ange ; La Grâce de Dieu ; Paillasse ; Marie-Jeanne ; Markariantz ; Seule ; etc…


Georges d’Esparbès (Valence d’Agen, 1863), conservateur du palais de Fontainebleau. Il a chanté avec enthousiasme, dans des romans épiques, l’odyssée impériale (La légende de l’Aigle ; La grogne) ; les tendresses familiales (Les yeux clairs) ; le culte de la patrie, dans des romans qui flairent la poudre et résonnent comme l’airain (Le tumulte ; Les demi-soldes) ; l’histoire d’Henri IV (Le roi) ; l’héroïsme chez les efféminés (La guerre en dentelles, scabreux) ; la délivrance de l’Irlande en 1798 (Le briseur de fers, épopée saine) ; les dessous malpropres de l’épopée napoléonienne (Le vent du boulet). Il a chanté depuis Ceux de l’an 14.


Ferdinand Fabre (1827-1898), neveu d’un curé, ancien séminariste, romancier qui a voulu décrire deux choses : les Cévennes et les mœurs ecclésiastiques.

Il a réussi dans la première partie de sa tâche ; ses tableaux champêtres, ses descriptions de l’âpre nature de son pays, des montagnes et des châtaigneraies, où, tout enfant, il aimait à faire l’école buissonnière, placent Ferdinand Fabre au premier rang des rustiques avec Theuriet, Pouvillon, etc. Le chevrier ; Toussaint Galabru ; Barnabé ; etc., joignent à l’amour de la terre, une sorte d’effervescence naturaliste souvent perverse ou des impiétés (Petite Mère, etc.).

Quant à la vie cléricale, il n’en a saisi et décrit que l’extérieur : il excelle à noter les manies, les travers, les petits côtés et les mesquineries des prêtres dans des croquis exacts et pas trop méchants. Mais quand il essaie de pénétrer dans les profondeurs de l’âme sacerdotale, il fait preuve d’ignorance et de mauvaise foi : il nous offre, sous couleur d’observation impartiale, des caricatures où l’odieux le dispute au grotesque, des Tigrane féroces, des Lucifer en perpétuelle révolte, ou bien des types niais, dénués de sens pratique, quoique vertueux : par exemple, L’abbé Célestin (le prêtre qui ne connaît pas le monde) ; Les Courbezon (le curé bâtisseur, monomane qui se dépouille de tout), etc…

Parmi tant d’ouvrages, nous ne permettrions à tous que l’Abbé Roitelet (l’amateur d’oiseaux, quelques fausses notes seulement). Nous laisserions à beaucoup Les Courbezon ; Mon oncle Célestin ; Monsieur Jean et surtout la Norine (malheureusement suivie de Cathinelle, récit libertin) ; Mlle Abeille ; et la charmante pastorale cévenole intitulée Xaxière.


Claude Ferval, pseudonyme de la baronne de Pierrebourg, née en 1856.

Quelques romans : Le plus fort (c’est Dieu qui conduit à la Chartreuse un jeune homme qui y était destiné et, pendant quelque temps, s’égara dans le désordre) ; Vie de château (histoire de deux jeunes ménages ; scènes d’amour, mœurs mondaines) ; L’autre amour (c’est-à-dire l’amour maternel qui console des autres) ; Ciel rouge (drame intime, troublant).


Octave Feuillet (1821-1890). Écrivain élégant, romancier aristocratique qui, par son style soigné, son talent de mise en scène, son intelligence des mœurs de la « bonne société », a conquis dans le monde des admirateurs passionnés.

Il a idéalisé délicieusement la vie de famille dans le grand monde ; il a dépeint, avec une psychologie profonde et dans des types fascinants, les élégances raffinées, la corruption galante, les afféteries musquées d'un monde que Balzac appelait brutalement sa « ménagerie aristocratique », et enfin le cœur de la femme.

Ses thèses sont d’une morale assez sûre, quoique un peu flottante et facile : cependant ses livres sont généralement dangereux, parce qu’ils font beaucoup rêver et respirent un parfum de péché.

M. de Camors (athéisme raffiné ; tissu d'infamies ; montre que l'avilissement moral rend la vie insupportable) ; Julia de Trécœur (malsain par son sujet et les situations) ; La veuve (inférieur comme style et action) se terminent tous trois par un suicide. Honneur d’artiste tend même à le légitimer. D’autres ne le flétrissent pas assez ou nous le présentent comme l’unique solution de situations inextricables. Les amours de Philippe, broderie ravissante sur un rien et l’Histoire d’une Parisienne, défilé de brillantes turpitudes, sont scabreux et dangereux.

L’histoire de Sybille est presque totalement inoffensive, bien que le directeur de l’héroïne soit un peu gauche. Nous en dirions volontiers autant de La Morte où il soutient la même thèse, à savoir que les époux, pour être heureux, doivent avoir les mêmes convictions religieuses.

Quant à ceux-ci : Le roman d'un jeune homme pauvre ; Charybde et Scylla ; La partie de Dames ; Le village ; L’ermitage, ils peuvent être lus par des jeunes gens formés.


Mme Octave Feuillet (1832-1906), est moins connue pour ses romans que pour ses deux volumes de mémoires. Les uns et les autres empruntent une grande partie de leur valeur à l’illustre écrivain qu’ils rappellent.


Léon Frapié, né en 1862, employé d’administration, marié à une directrice d’école maternelle, collaborateur du Journal et de La Petite République. Après avoir publié L’institutrice ; Marcelin Gayard (histoire d’un crétin, grossièretés), il s’est rendu tout à coup célèbre par La Maternelle (roman des tout-petits du ruisseau parisien, leurs vices et leurs ruses).

Il a publié depuis, Les obsédés (les écrivains en proie au désir de décrire les réalités de la vie) ; La Calamiteuse (les femmes déçues) ; La boîte aux gosses ; L’écolière ; La figurante (vie peu édifiante d’une servante parisienne) ; M’ame Préciat (nouvelles parfois grivoises contées par une concierge) ; Les contes de la Maternelle (histoire des petits abandonnés de la capitale, pour adultes) ; La liseuse (roman de mœurs conjugales, où l’influence des lectures est affirmée, sans être expliquée) ; La mère Croquemitaine (trente-deux contes assez risqués, vertu laïque) ; Contes de la guerre (même note morale) ; Nouveaux contes de la Maternelle ; etc…

Tous ces ouvrages révèlent un bateleur de l’industrie littéraire qui manie l’énorme, l’odieux et le banal pour épater le bourgeois.


Jacques Fréhel, de son vrai nom de famille Mme Jules Martin, morte en 1918. Bretonne de Saint-Malo, fille de marins, elle a lu Chateaubriand et Renan et placé en Bretagne la scène de ses principaux récits : Dorine (nouvelles amorales) ; Tablettes d’argile (recueil de nouvelles, couronné par l'Académie) ; Le cabaret des larmes (contes lyriques) ; Ailes brisées (un artiste breton, séjournant à Alger, s’éprend d’une jeune fille riche ; celle-ci se marie… et lui… revient les ailes brisées) ; Bretonne ; Déçue (dans la 3e partie, blasphèmes et diatribes contre les couvents) ; Vaine pâture (mal écrit, peu édifiant) ; Le précurseur (la rédemption morale par le retour à la terre ; sans amour, pas d’équilibre).


Eugène Fromentin (1820-1876). Peintre et littérateur très original, a surtout décrit des scènes algériennes magnifiques : Un été dans le Sahara ; Une année dans le Sahel ; et s’est rendu célèbre par son roman psychologique Dominique, passionné, mièvre, .troublant.


Émile Gaboriau (1835-1873), auteur de quelques romans judiciaires : L’affaire Lerouge ; Le crime d’Orcival ; Le dossier n° 113 ; Monsieur Lecocq ; La corde au cou.


Jacques des Gachons, né en 1868, dans la Sarthe. Fonda, avec son frère André, L’album des Légendes, et, avec son frère Pierre, l’Hémicycle ; fit du journalisme, des pièces et enfin des romans passionnés ou sentimentaux, parmi lesquels nous relevons : N’y touchez pas ; Mon amie ; Notre bonheur ; La maison des dames Renoir ; Rose ou la fiancée de province ; Le mauvais pas ; Le roman de la 20{e}} année (moral, à peu près pour tous) ; Le chemin de sable (leçon de courage, pour adultes) ; Frivole (bon esprit, pour tous) ; La mare aux gosses (recueil de contes émouvants, remarquables, çà et là réalistes) ; La vallée bleue (pour adultes ; histoire de deux frères, l’un architecte à Paris, précocement usé par l’existence fiévreuse qu’il y mène, l’autre cultivant sa terre au pays natal, et travaillant dans la joie près de sa femme et de ses sept enfants) ; Comme une terre sans eau (pathétique et moral) ; Dans l’ombre de mes jours, journal d’une femme (d’une vérité très prenante ; pour tous ou à peu près).


Gustave Geffroy, né à Paris en 1855, critique d’art et romancier de voyages, admirateur enthousiaste de Blanqui dont il a fait un « saint laïque » dans son histoire et dans l’Enfermé.

On lui doit, outre ces ouvrages, La vie artistique (notes très fouillées sur les salons) ; Notes d’un journaliste ; La Bretagne (paysages et souvenirs, mœurs et caractères, légendes et histoire) ; L’apprentie (tableau sincère et douloureux des maux qui guettent l’ouvrière honnête ; pages réalistes) ; Hermine Gilquin (la paysanne dont la poésie consiste dans l’infortune) ; Le cœur et l’esprit (nouvelles) ; L’idylle de Marie Biré (histoire d’une orpheline, pour adultes).

Ces livres sont décourageants : les descriptions douloureuses et déchirantes, la philosophie désenchantée qui traverse le récit, ces héros et héroïnes droits, naïfs et sympathiques, mais qui semblent voués à de perpétuelles déceptions, malgré l’énergie qu’ils déploient dans la poursuite du paradis (de la terre), tout cet ensemble produit dans l’âme une impression d’amertume et de désespérance.


André Gérard, nom de plume de Mlle V. Herment (Chauny, 1843), romancière dont les œuvres dénotent un vrai talent : Solange (roman historique sur la Révolution) ; Christiane (personnage répugnant) ; Renée (très émouvant) ; Envers et contre tout (délicat) ; etc…


Mme A. de Gériolles, de son vrai nom Mme Génu de Régiol, veuve d’un haut fonctionnaire des colonies, morte en 1916. Elle a publié des romans dans le Journal des Débats, Le Gaulois, L’Illustration : Ce qu’amour veut ; Fier amour ; Le Parisien aux Philippines (pour tous) ; Le parisien à Java (id.).


Henri Germain (1855-1918). Romans de mœurs (Geneviève ; Dernière illusion ; etc.) et romans-feuilletons à grand succès (La fille des francs-tireurs ; Le secret de la duchesse ; Saltimbanque ; etc.).


Pierre Giffard (Fontaine-le-Dun, 1853). Comédies, ouvrages scientifiques, romans : Les soirées de Moukden ; Les diables jeunes ; L’hôtellerie souterraine ; Le terrier de Napoléon ; etc…


André Gladès, pseudonyme de Mlle Nancy Vuille (1867-1906). Elle a quitté la Suisse pour se fixer à Paris ; elle s’est débarrassée de tout dogme et de toute foi même protestante, pour se fixer dans le roman. C’est assez clairement dire ce que valent ses œuvres : Au gré des choses ; Résistance (pour être heureux, il faut résister à sa famille) ; Le stérile sacrifice ; Florence Monneroy, récits de la vie du cœur.


Jules de Glouvet, pseudonyme du célèbre magistrat Quesnay de Beaurepaire, né en 1837.

Ses romans sont presque tous consacrés à l’inventaire des paysages du Maine. L’auteur les parcourt et les décrit en agronome ou plutôt en magistrat qui dresse l’état des lieux. Il déplore la désertion des campagnes et fait l’apothéose de l’âme et de la vie paysannes ; si parfois ses paysans commettent quelques crimes, il les punit en bon magistrat, selon le code d’une bonne morale ordinaire. Citons : Le berger ; Le forestier ; Le marinier ; Le père ; L’idéal (sentiments nobles dans un récit bien conduit) ; L’étude Chandoux (quelques détails risqués) ; Marie Fougère (beau roman rural, mœurs des sabotiers) ; France (tableau de notre pays au XVe siècle) ; La famille Bourgeois.

Pour tous : De Wissembourg à Ingolstadt (souvenirs d’un prisonnier en Bavière, en 1870-71, parus sous le nom de Q. de B.).


Charles Le Goffic, né à Lannion en 1862. Poète, romancier, critique, voyageur, toujours spirituel et railleur, parfois sceptique et légèrement irrespectueux des choses religieuses. À part cela, ses romans et poésies sont tous faits des traits charmants qui lui viennent des vieux laboureurs et des pêcheurs de la Bretagne : Le crucifié de Kérialiés (une scène très naturaliste) ; Passé l’amour (très sentimental) ; Morgane et L’erreur de Florence (à peu près pour tous) ; Les métiers pittoresques (id.) ; L’âme bretonne (études charmantes) ; La payse (très intéressant, pages libres) ; Passions celtes (contes, pages brutales) ; La double confession (adultère d’une honnête femme, raconté avec discrétion) ; Ventôse (roman de marins, amour et sang).

Après avoir décrit les mœurs bretonnes, il a suivi les fusiliers marins dans la vallée de l’Yser (Dixmude, un chef-d’œuvre ; Steenstraete) ; il a marqué pour l’histoire la défense héroïque qui illustra les Marais de Saint-Gond ; dans Bourguignottes et pompons rouges, et dans La guerre qui passe, il a raconté l’âme de nos héros en un style généreux, dramatique et tendre qui transfigure les faits.


Nicolas Gogol-Janovski (1809-1852). Auteur dramatique et romancier russe, a dépeint dans ses pages harmonieuses et pleines de vie, « la splendeur des nuits de l’Ukraine, la majesté des grands fleuves, le charme mélancolique des steppes » ; Tarass Boulba (détails un peu libres ; éloge des schismatiques et quelques injures aux catholiques).


Ivan Gontcharof (1812-1892), romancier russe, un des classiques de son pays. Il conquit la célébrité par la publication de Simple histoire, son premier roman et son chef-d’œuvre.


Maxime Gorki, c’est-à-dire Maxime l’amer, de son vrai nom Alexeï Peschkov, romancier russe, né en 1869, à Nijni-Novgorod. Il aurait été fusillé en 1919. Il résida en France et y trouva une pléïade de personnages pour admirer ses œuvres. Gorki se vengea, en préconisant, lors de la Révolution russe, les pires représailles contre nos compatriotes.

Au point de vue littéraire et social, il est spécialement le romancier des vagabonds : ses personnages sont dénués de tout sens moral et sa doctrine est révolutionnaire.


Léon Gozlan (1803-1866), fit du cabotage, du journalisme, du théâtre et des romans. Il reste de cet écrivain pétillant d’esprit, ingénieux et très coloré : La pluie et le beau temps, et Une tempête dans un verre d’eau (bluettes) ; Les émotions de Polydore Marasquin ; Aristide Froissart ; La main cachée ; La dernière sœur grise (risqué, irrespectueux pour la religion).


Constant Guéroult (1814-1882), a écrit des pièces de théâtre et de nombreux romans populaires parmi lesquels nous citons : La bande à Fifi Vollard, fantaisie désopilante qui peut être lue par tout le monde ; La bande Graaft.


Émile Guillaumin (Ygrande, Allier, 1869), cultivateur, écrivain rustique qui a décrit, dans ses poésies et ses tableaux, les mœurs des champs. La vie d’un simple, au témoignage d’une revue catholique, sur la haine du riche et du prêtre. Les tableaux champêtres, d’après nature, peuvent plaire aux jeunes gens moins friands d’idéal que de réalisme sobre et choisi. Près du sol ; Rose et sa parisienne (les nourrices de l’Assistance publique) sont d’un terre à terre qui désarme toute critique.


Gyp (Sybille-Gabrielle-Marie-Antoinette de Riquetti Mirabeau, comtesse de Martel de Janville, très connue dans les lettres sous le pseudonyme de). Née dans le Morbihan en 1850, arrière-petite-nièce du grand Mirabeau, elle est aujourd’hui devenue, par ses croquis mondains, publiés pour la plupart dans La Vie Parisienne, un des oracles favoris ou plutôt la coqueluche de la société frivole qu’elle « blague ».

Ses 50 ou 60 volumes décrivent le grand monde, la vie de château, de plage, de salon, de cercle, de boudoir, avec leurs élégances, leurs vices et leurs impudeurs, dans un style badin, gouailleur, mordant, « argot ». même, où percent souvent le mépris et le bon sens. Ses « tranches de vie », ses cruelles gamineries, ses mots, la furie française de ses attaques, sa collection de « frimousses » d’enfants, ses types d’élégants prétentieux et satisfaits, de prestes femmes, de douairières faciles. Bob, Loulou, Ève, Paulette, Miquette, Chéri, Chiffon, etc., ont diverti et « gypanisé » toute une société.

Au point de vue moral, elle est loin d’être irréprochable. Elle exploite non seulement la vanité et la sottise, mais aussi la perversité humaine ; elle multiplie les propos irrévérencieux et les polissonneries, et si, dans certains ouvrages, elle donne aux snobs, aux ennuyeux, aux badauds, aux parents, de cruelles leçons, elle se comporte trop souvent avec la désinvolture d’une gourgandine littéraire.

En pratique, peut-on permettre la lecture de Gyp aux gens du monde ? Sans doute, elle ne recule pas devant le mot court-vêtu, risqué, salé même ; mais au moins elle n’est jamais grossière et sait dire des vérités. Elle les dit drôlement. Or la vérité qui rit et fait rire n’a pas de résultats malsains ; elle est, pour beaucoup, plus salutaire que la vérité qui endort, et pour tous, elle est préférable à la vérité qui dégoûte. C’est pourquoi nous n’hésitons pas à signaler quelques-uns de ses ouvrages : Autour du mariage (livre cynique qu’on a qualifié de chef-d’œuvre, et qui eut un grand succès) ; Processionnal Lover (il suffit de traduire) ; Trop de chic (les costumes des élégants et des élégantes) ; Monsieur Fred (dédié à M. Mézières) ; Leurs âmes (procès des gommeux que « le chic abrutit » ; leçons morales) ; Mademoiselle Ève (un amant en fuite compromet une jeune fille) ; Pas jalouse (une femme qui tombe) ; Le mariage de Chiffon (elle déteste le convenu et ne veut se marier que par amour) ; Elles et Lui (Elles flirtent et Lui passe sur tout ou sur rien) ; Tante joujou (la maîtresse d’un divorcé) ; Une passionnette (roman) ; Le journal d’un philosophe, livre odieux qui souleva cependant un scandale salutaire ; Miquette (éducation d’une petite révoltée ; leçons morales) ; Israël (roman antisémite) ; Le journal d’un grinchu (un homme veule et une femme qui se vend) ; C’est nous qui sont l’histoire ; Les poires ; Les froussards ; Maman ; Le friquet ; La bassinoire ; Plume et poil (l’homme titré et millionnaire, ennuyé et viveur) ; Le 13e (tribulations d’un 13e invité, et une… honnête femme) ; Le bonheur de Ginette (histoire d’une jeune mondaine que les jeunes chrétiennes ne doivent pas lire) ; Bijou (la coquette égoïste qui est aimée de tous et se joue de tous) ; Un mariage chic (note antisémite) ; Un ménage dernier cri ; Ces bons docteurs (différents types de médecins à la mode et de leur clientes) ; Cloclo (triste, comme une clinique) ; La fée Surprise (17 badinages) ; Lune de miel ; M. de Folleuil ; Sportmanomanie (toujours aimable et audacieux) ; Les Chapons (les cléricaux qui ne font rien et seront mangés) ; Le petit Bob (morale facile) ; Ce que femme veut (morale supportable) ; Le journal d’un casserolé ; L’âge du toc (peu intéressant) ; Entre la poire et le fromage (histoire pitoyable d’un officier) ; L’amoureux de Line (satire intéressante des mœurs mondaines) ; La bonne galette (malsain) ; Le cœur de Pierrette (trahison d’amour) ; Totote (extravagant et peu moral) ; La fée (sujet hardi et scabreux) ; Fraîcheur (histoire d’un monstre en jupons) ; La bonne fortune de Toto (les femmes qui s’adonnent aux œuvres et à la politique) ; Le Grand coup (satire politique, parfois scabreux) ; La meilleure amie (histoire fort crue d’une jeune fille qui sème le désordre dans une famille où elle est accueillie) ; L’amoureux de Line ; Ceux de la nuque ; Les flanchards ; Les profitards ; Le journal d’un cochon de pessimiste ; Napoléonnette ; La dame de Saint-Leu (deux évocations historiques intéressantes, pas pour tous).


Ludovic Halévy (1834-1908), auteur dramatique et romancier. Écrivain avisé, parisien, ironiste, il ne connut dans le livre et au théâtre que des succès exceptionnellement brillants.

Outre des vaudevilles, des comédies de genre et des opéras-bouffes dont des représentations innombrables n’ont pas encore épuisé la vogue, on lui doit une création incomparable, celle de la famille Cardinal (Monsieur et Madame Cardinal ; les petites Cardinal), où se prélasse un type voltairien, idiot et ridicule, vivant solennellement des galanteries de ses deux filles.

On pourra lire aussi : Princesse (et trois autres récits, satire très fine de la vanité et de l’éducation donnée dans certaines familles riches) ; Criquette (chef-d’œuvre de sensibilité et de charme) ; et enfin L’abbé Constantin.

Ce dernier ouvrage a été diversement jugé : il est bien écrit, intéressant, et peut être lu par les jeunes gens, malgré la largeur excessive avec laquelle il interprète certains faits (par exemple le duel), et l’idée fausse qu’il se fait du prêtre. Nous leur laisserions aussi La frontière ; L’invasion.


Edmond Haraucourt, né en 1857, poète, romancier et auteur dramatique, directeur du Musée de Cluny.

Il débuta par deux volumes de vers dont les titres sont plus pornographiques que les poésies elles-mêmes. En 1890, il publia la Passion, mystère en deux chants et six parties ; cette œuvre, à certains endroits pitoyable, tend à rabaisser la divinité de Jésus-Christ et n’est en somme qu’un beau drame tout humain.

Parmi ses romans, nous citons Amis (psychologie de l’amitié, histoire d’adultère) ; Les naufragés ; Les Benoît (histoire honnête d’un jeune homme qui, pour mettre fin aux calomnies, épouse Benoîte qui l’a recueilli tout enfant, alors qu’elle n’avait que 18 ans) ; Dieudonat (fantaisie irréligieuse) ; Les âges, Daah, le premier homme (fantaisie matérialiste).


Martial Hémon. Romans et nouvelles de tous genres : Le marquis d’Héliante (mœurs électorales) ; Mauvais mariage ; Vivante énigme (passionné) ; L’inutile vertu (pessimiste et anticatholique) ; La vraie bonté (scabreux, déplaisant et faux), etc…


Henri d’Hennezel (Lyon, 1874). Ses œuvres écrites dans un style recherché, valent surtout par les observations psychologiques : La seconde faute (le péché avant et pendant le mariage ; le rôle du prêtre ridicule, dévotes grimacières, chrétiens viveurs) : L’entrave (au bonheur ; de ceux qui croient, c'est le divorce et le remariage) ; Le lendemain du péché (beau roman du remords) ; Les cendres du foyer (moral, mais pour ceux qui peuvent voir la vie brutale). Elles peuvent être lues avec profit par les immunisés qui sont capables de suppléer à ce qu’elles offrent d’obscur et d’inachevé.


Paul Hervieu, romancier et auteur dramatique (1847-1915). Membre de l’Académie française.

« Il est, dit Jules Lemaître, le peintre le plus véridique de ce qu’on appelle le monde… Mais le monde étant au fond un libre harem, épars, dissimulé, inavoué, le vernis de la vie dite élégante doit forcément recouvrir de sourdes brutalités. » Il excelle à peindre ces élégances et en même temps les vices qui se cachent sous ce joli décor ; il a rendu à merveille le contraste qui existe entre la surface polie et le fond trouble, dans cette société qui vit exclusivement pour les courses, le bois et les premières. Il ne s'émotionne pas cependant : il peint surtout ses sujets par eux-mêmes, sans déclamation et sans insistance…

Nous citons parmi ses œuvres : Diogène le Chien (roman de début qui montre un homme réfractaire a toutes les conventions) ; L’Alpe homicide (quelques crimes commis par la montagne) ; Les yeux verts et les yeux bleus ; L'inconnu ; L'exorcisée (trois livres consacrés à l’étude des hallucinés et des fous) ; et enfin les romans mondains, types de littérature cruelle : Flirt (histoire d’un adultère… décent) ; Peints par eux-mêmes (escroquerie, avortement, chantage, suicide, amours effrénées ; mais la face est sauvée, car la douairière n’a rien vu ni rien compris ; L’armature (puissance de l’argent, qui en honnête homme érige un scélérat).


Ernest d’Hervilly (1839-1911). Dessinateur au chemin de fer du Nord, il changea d’écritoire pour varier ses plaisirs et composa des poésies, des comédies et une quantité de récits : Contes pour les grandes personnes, etc…


Ernest Hoffmann (1726-1822), magistrat allemand, chef d’orchestre et surtout écrivain.

C’est, dit-on, sous l’influence fantastique de l’alcool et des passions désordonnées que son imagination enfanta ces contes étranges et délirants auxquels il doit sa célébrité. Quoi qu’il en soit, ils sont uniques en littérature.

« La poésie d’Hoffmann, disait Henri Heine, est une maladie. Ces maladies-là sont contagieuses. » C’est pourquoi la lecture d’Hoffmann ne saurait être recommandée ; elle provoqua chez Wagner adolescent des accès d’hallucination et de mysticisme morbide, et elle peut encore exercer sur les jeunes gens une action très dissolvante. Les amateurs de tératologie seront suffisamment édifiés en lisant Contes fantastiques ; Contes, récits et nouvelles (chez Garnier).


Gustave Hue (Paris, 1873) a étudié d’abord dans quelques romans, la mission de la femme : Avocate (contre le féminisme, un peu de réalisme) ; L’utile amie (qui se fait l’entraîneuse d’un homme de lettres ; vilain monsieur, vilaine amie, vilain livre). Depuis, il a publié Le Petit faune (histoire horrible d’une horrible créature) ; Quand l’été s’annonce (gai et charmant, pour grands jeunes gens).


Joris-Karl Huysmans (1848-1907), né d’une famille d'artistes hollandais, l’un des hommes les plus étranges et les plus discutés de notre époque.

D'abord écrivain réaliste et cynique dans Marthe ; Les sœurs Vatard ; Croquis Parisien ; En ménage ; À vau-l’eau et En rade, il chercha, dès 1884, comme il dit lui-même, à « s’évader d’un cul de sac où il suffoquait ». Il voulut se libérer par À rebours, livre « inconscient et sans rien du tout », puis par Là-bas, livre de magie et d’occultisme qui a plus d’un « côté scélérat et sensuel réprouvable ».

Mais ce n’est qu’en 1892 qu’il se convertit, à la trappe de Notre-Dame d’Igny. En route marque les étapes de cette conversion, mais avec des rechutes trop crûment racontées. La Cathédrale expose magnifiquement, mais pas toujours avec goût, la symbolique et la liturgie catholiques (réflexions injustes sur Henri Lasserre, éloge de Zola, etc.). Malheureusement dans ce livre et les autres qui suivirent. Sainte Lidwine de Schiedam et l’Oblat (vie, sensations et émotions de l’auteur durant son séjour au Val-des-Saints), l’auteur n’a pas su complètement « se détacher de sa coque d’impureté », de telle sorte que même ses œuvres de sincère converti ne peuvent être données à lire qu’avec réserve. On jugera suffisamment de sa manière et de son style ahurissant, laborieusement furibond, encombré de barbarismes, de néologismes, et de mots en cliquetis et en clinquant, si on lit le recueil inoffensif qui a été fait de ses œuvres, Pages catholiques, Prières et pensées d'Huysmans, recueillies par H. d’Hennezel, et Les foules de Lourdes. Ce dernier livre a été diversement apprécié, parce qu’il est tout ensemble une forte apologie et un pamphlet ; il scandaliserait quelques béguines, mais il fait du bien aux incroyants.


Jules Janin (1804-1874), fut, pendant 40 ans, un « prince de la critique » et l’un des oracles les plus écoutés du journalisme parisien. Il a, paraît-il, écrit 2184 feuilletons au Journal des Débats et sa gloire est finie !

Ces feuilletons, tantôt bagatelles délicates et tantôt pages sérieuses, sont semés de digressions, de réminiscences historiques, d’inexactitudes ; ils renferment cependant des morceaux remarquables.

Citons encore de lui : L’âne mort ou la femme guillotinée (parodie du romantisme) ; Le Chemin de traverse ; Contes fantastiques ; Contes nouveaux ; Contes et nouvelles (très divers au point de vue moral) ; L’interné (honnête, intéressant) ; Petits romans d’hier et d’aujourd’hui (légèrement sceptiques).


Charles Joliet (1832-1910), alternant la littérature et le journalisme avec les pièces et les romans, a réuni, dans ces genres divers, un grand nombre de volumes ; Diane, récit honnête et charmant ; etc…


Alphonse Karr (1808-1890), fut rédacteur en chef du Figaro, s’occupa d’horticulture à Nice, à Créteil, et joua un rôle littéraire immense. Pendant 40 ans, la France lut ses romans, répéta ses bons mots (Que MM. les assassins commencent, etc.) et s’amusa de ses originalités… On ne connaît plus, de cet humoriste mordant, que son journal les Guêpes ; Sous les tilleuls, livre de passion ardente et névrosée qui « a troublé des milliers et des milliers d’âmes, mais qui n’est plus aujourd’hui pour nous qu’une ridicule niaiserie » (Anatole France) ; Fa dièse (irréprochable) ; Menus propos (id) ; Les dents du dragon (escapades de lycéen, voltairianismes). S’il passe à la postérité, ce sera comme jardinier.


Rudyard Kipling, né à Bombay en 1865. Il a visité les Indes, la Chine, le Japon, la Birmanie, l’Amérique, l’Afrique australe, etc., il a beaucoup écrit.

Ses ouvrages sont surtout consacrés aux animaux sauvages, chameaux, mulets, éléphants, phoques, panthères, serpents, mangoustes, etc., dont il décrit les « états d’âme ». Ses deux Livres de la Jungle sont, à cet égard, délicieux, malgré quelques singularités choquantes. Dans d’autres, il célèbre la brutalité de l’impérialisme anglais ; même Stalky et Cie, histoire des trois collégiens, qui peut être lue par tout le monde, ainsi que Capitaines courageux et Les simples contes de la colline, paraît être une morale en action jingoïste. Pendant la guerre, le poète énergique de la grande Angleterre s’est occupé d’enrôler des soldats.

Bien qu’aux yeux de plusieurs, Kipling passe pour un des écrivains les plus remarquables de notre temps, nous croyons que ses fantaisies et ses prétentions sont très peu en rapport avec le goût français. Rappelons aussi que ce « Tyrtée saxon », ce « Lafontaine anglais » a plusieurs fois insulté la France à l’occasion de l’affaire Dreyfus, qu’il a commis des pages très sensuelles, et manifesté publiquement son mépris pour le « papisme ».


Hubert Krains, écrivain belge, né à Waleffe en 1862. Ses œuvres respirent la mélancolie et le pessimisme : Amours rustiques (3 nouvelles un peu lestes) ; Le pain noir ; Les bons parents ; Histoires lunatiques ; Figures du pays.


Baronne de Krudener (1764-1824), célèbre mystique russe, aventurière sentimentale, toute nourrie des écrits de Mme Guyon, amante de Suard, exaltée qui se repose de ses désordres par des retraites chez sa sœur religieuse, et s’écrie, en extase dans la chapelle du couvent : « Mon Dieu, vous m’avez donné ma sœur et mon amant, je vous aime ! »

Son roman Valérie a été réédité ces temps derniers ; il est inoffensif pour une tête saine, mais sur mainte imagination féminine, l’effet produit doit être terrible.


Fernand Lafargue (1857-1904). Son roman le plus célèbre Les ouailles de l’abbé Fargeas, couronné par l’Académie, représente le monde ecclésiastique sous un jour trop bourgeois. Les autres sont tantôt passionnés, tantôt scabreux, à l’exception de La fille des vagues, qui peut être lu par tous.


Lafcadio Hearn (1850-1904), romancier anglais, né dans l’île grecque de Leucade et qui trouva au Japon sa véritable patrie.

Ses ouvrages furent introduits en, France par Marc Logé et traduits durant ces dernières années. Ils sont puisés dans les légendes du Japon et décrivent le mystérieux tragique en des pages étranges, parfois scabreuses et teintées de bouddhisme.


Jules de La Madelène (1820-1859), a publié des romans et des nouvelles, parmi lesquels nous citons : Le marquis de Saffras, où il décrit excellemment les mœurs méridionales, et qui peut être lu par les jeunes gens sérieux.


Joseph-Henri Collet, baron de La Madelène, frère du précédent (1825-1887) a publié au Figaro des types parisiens et, outre des articles de critique littéraire et artistique, quelques romans mondains : Silex (ridiculise les dévotes et la vraie piété).


Le comte Léonce de Larmandie, né en 1851, romancier, philosophe, poète, dramaturge, auteur puissant et fécond, 44 volumes.

Ses romans d’histoire contemporaine sont de violents pamphlets. Les autres sont généralement voluptueux : les intentions de l’auteur peuvent être très bonnes, mais, en littérature, les plus fortes démonstrations et les ses thèses les plus morales produisent moins d’effet que les tableaux de passion qu’on met sous les yeux des lecteurs. Citons : M. le vidame (mœurs rurales, tableaux de débauches) ; Pur sang (un viveur qui épouse une passionnée) ; Excelsior ! (chaste et artistique) ; Patricienne (honnête) ; Mes yeux d’enfant (savoureux pour les lettrés) ; L’âge de fer (années de collège) ; Montorgueil (art, lyrisme et crudités) ; Nuit tombante (bizarre) ; Nuit close, Le sentier des larmes, Chemin de la Croix, Au-delà…, etc., etc., je ne comprends plus…


Maurice Leblanc (Rouen, 1864), est inséparable d’Arsène Lupin, gentleman-cambrioleur. Les aventures fantastiques de ce héros rappellent Edgar Poë, Ponson du Terrail, Conan Doyle, et les Mémoires de M. Goron ; elles ont fait le tour du monde et créé un genre dont toutes les productions tendent à développer, au moins chez les jeunes gens, l’habileté interlope des chevaliers d’industrie.

La Frontière doit être rangée à part : c’est un roman patriotique auquel se mêle un drame passionnel ; il n’est pas pour tous.


Selma Lagerlof, romancière suédoise, née en 1858, lauréate du prix Nobel. La légende de Costa Berling ; Le livre des légendes (recueil de nouvelles) ; Les liens invisibles, sont des récits pleins de verve et finement détaillés ; mais ils ne conviennent pas à la jeunesse.


Georges Lechartier (Paris, 1868), bon écrivain : L’irréductible force (la foi qui triomphe de la tentation ; peintures passionnées) ; Où va la vie ; Le vaisseau de plomb ; La confession d’une femme du monde (leçons morales, pages très hardies).


Georges Lecomte, né en 1863. Auteur de quelques romans passionnés où sont étudiés des cas de conscience fort scabreux (Suzeraine ; Maison en fleurs). Il est surtout connu par trois satires sociales contre les députés (Les valets), les fonctionnaires (Les cartons verts), les artistes amateurs (Le veau d’or) ; et par Les hannetons de Paris (étude de mœurs amusante, cruelle et parfois peu convenable). L’espoir (chronique des espérances renaissantes après la guerre de 1870) intéressera les grandes personnes.


Georges Le Faure (Paris, 1858). Plus de cent romans où la fiction sert de trame à des développements scientifiques. Lire Le volontaire de 1815.


Jules Lemaître (1853-1914), critique, poète, auteur dramatique, membre de l’Académie française.

Comme critique, il a surtout donné à la Revue des Deux-Mondes et au Journal des Débats des articles qui ont été réunis en volumes sous les titres suivants : Impressions de théâtre ; Les Contemporains, et sont encore beaucoup lus. Les études qu’il publia au Figaro roulent tantôt sur des sujets graves, tantôt sur le chapeau haut de forme, la danse du ventre, l’affiche, etc…

Ses œuvres théâtrales : Le député Leveau ; Mariage blanc ; Flipote ; Les rois ; L’âge difficile ; Le pardon ; La bonne Hélène ; L’aînée (en faveur du célibat ecclésiastique), et plus récemment La Massière, ont été représentées avec un grand succès.

Parmi ses autres ouvrages, nous citons Les Rois, roman très violemment attaqué (d’une lecture fort troublante ; propos malhonnêtes d’Otto, etc.) ; Serenus, le chef-d’œuvre du roman renaniste, histoire d’un baptisé qui reste incrédule, se suicide au cours de la persécution et reçoit cependant les honneurs décernés au martyre (réflexions contre l’Eucharistie, etc.) ; Dix contes (ensemble moral, mais douloureux pour l’âme croyante) ; les quelques volumes En marge des vieux livres dont le dernier, La vieillesse d’Hélène appelle bien des réserves au point de vue moral et religieux.

En 1897, ce sceptique, ce dilettante de l’art et de la vie, dépouillant son renanisme, se convertit au moins à la foi laïque et à l’action nationale, et entra dans la vie politique… Les opinions à répandre, publiées dans le Figaro en 1897, sa collaboration à l’Écho de Paris et aux Annales de la Patrie Française, son opuscule sur La Franc-Maçonnerie, sont inspirés par un véritable amour de la France.


Mme Claude Lemaître a décrit les matelots et les « matelotes » des bords de la Manche, dans Tante Zabette et L’aubaine ; et les mœurs peu prudes de l’Angleterre dans Le Cant. Dans Les Chimères, elle montre que la noblesse d’âme est invincible.

Le bon samaritain est d’une délicatesse de ton qui plait à l’esprit féminin ; il est cependant fort neutre : Jeux de dames et Lina sont beaucoup moins recommandables.


Pierre Le Rohu, avocat, écrivain penseur qui envisage dans le roman des problèmes à résoudre et non des fantaisies littéraires : L’intègre, contagion malfaisante qui se dégage des mœurs politiques actuelles ; La faillite de Jacques Leblay, c’est-à-dire la faillite de la morale indépendante ; Le procès de Lucette (mœurs judiciaires ; immoralité du divorce) ; Contre le flot (intéressant, à lire).


Hugues Le Roux, né au Havre, en 1860, sénateur. Toutes ses premières œuvres ne sont pas d’égale valeur et ne sont pas à mettre en toutes les mains : Portraits de cire (nos célébrités dans l’intimité, causeries agréables) ; Tout pour l’honneur (roman d’espion, histoire d’amour, peu intéressant) ; Nos fils (utile à lire) ; Nos filles ; Le frère lai (récits intéressants) ; Gladys (histoire malsaine) ; Les amants byzantins (idylle, détails audacieux) ; Au Sahara (intéressant) ; etc.

L’épopée d’Afrique, où l’explorateur sait bien dire ce qu’il a si bien vu, comprend déjà sept volumes : Chasses et gens d’Abyssinie ; Ménélick et nous ; Je deviens colon (psychologique) ; Gens de poudre (roman d’histoire et d’aventures, mœurs militaires et arabes en 1854, pages libres) ; Le maître de l’heure (les confréries musulmanes, la révolte Kabyle en 1871, belle œuvre et livre instructif) ; Prisonniers marocains (roman passionnant, sujet périlleux adroitement traité) ; L’heureux et l’heureuse, ou l’amour arabe.

L’épopée de France lui a inspiré un bel ouvrage : frappé dans sa plus chère affection par la mort de son fils, il a consacré à ce héros dans Au champ d’honneur des pages extrêmement émouvantes et bienfaisantes.


Gaston Leroux (Paris, 1868), un des principaux ouvriers du roman policier. Ce genre passionne actuellement tout un public. Cependant, Le mystère de la chambre jaune ; Le parfum de la dame en noir ; Le fantôme de l’opéra, Balaôo, Le fauteuil hanté, Rouletabille, Le château noir, ne sauraient être laissés sans danger aux mains de la jeunesse.


Eugène Le Roy (1836-1907), conteur périgourdin. Ses quelques ouvrages (Le moulin de Frou ; Nicette et Million ; Au pays des pierres) abondent en descriptions rustiques et renferment sur la poésie dés campagnes du Périgord des pages puissantes et exquises ; mais ils sont déparés par la mignardise et surtout par les badinages des « drôles et des drôlettes ». Jacquou le croquant est un pamphlet haineux dirigé contre la vieille noblesse.


Mme Lescot, née Marie Meusy (1837-1902). Elle a produit quelques livres dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils n’ont pas grande portée morale : Sublime mensonge (la jeune fille qui ment pour sauver l’honneur conjugal de son père) ; Le roman d’un petit vieux ; Les mariages d’aujourd’hui.


Daniel Lesueur, de son vrai nom Mme Henri Lapauze, alias Jeanne Loiseau, née en 1860, critique littéraire, poète, romancière ardente féministe.

Elle commença par écrire des vers que les lettrés et l’Académie distinguèrent ; elle entreprit ensuite des romans de mœurs, remarquables par l’alliance heureuse de l’analyse des sentiments avec l’imagination et la bonne tenue du style : Marcelle (histoire d’une dépravée libre-penseuse) ; Haine d’amour ; Invincible charme (d’une fille d’officier français pour le fils d’un officier prussien) ; Le mariage de Gabrielle ; La force du passé ; Nietzschéenne (roman de l’énergie, troublant pour la jeunesse) ; Le droit à la force (peu intéressant) ; Au tournant des jours (une femme de lettres que la célébrité ne guérit pas de son ingénuité de cœur ; pour grandes personnes) ; Une âme de vingt ans (histoire pour tous, suivi de deux nouvelles troublantes).

Entre temps, elle a essayé de ressusciter le roman de grande aventure, ou plus exactement le feuilleton mondain. Elle semble devoir y réussir : en intéressant ainsi les esprits délicats et les amateurs de grosses émotions, elle est déjà devenue l’une des premières romancières de notre temps. Mortel secret ; Le lys royal ; Le masque d’amour en deux parties, Le marquis de Valcor et Mme de Ferneuse, ont fait sensation dans le monde littéraire, et des lecteurs sérieux, comme Coppée, ont pris, à les lire, un plaisir extrême. Le gros public a suivi le mouvement : Calvaire de femme (deux parties : Le fils de l’amant ; Madame l’ambassadrice) a obtenu autant de vogue dans les journaux étrangers que dans Le Petit Parisien.


Louis Létang, né en 1855, journaliste et l’un des bons ouvriers du feuilleton contemporain. La fée aux dentelles ; Le testament du corsaire (suite du précédent) Grippe-Soleil ; Fille de reine ; Jean Misère ; L’or dispose, intéresseront le public qui aime le sensationnel et l’exubérant.


André Lichtenberger, né en 1870, romancier et sociologue.

Il a égayé ses graves études sur le socialisme par des « enfantines » honnêtes, qui intéresseront certains pères et mères : Mon petit Trott ; La sœur du petit Trott ; Portraits de jeunes filles ; Line ; Notre Minnie (petite fille très moderne) ; Contes de Minnie.

Pères est très choquant ; Portraits d'aïeules paraît plutôt lourd et vulgaire.

La mort de Corinthe, roman antique ; Les Centaures, évocation fantaisie de ce peuple légendaire, sont écrits dans un style laborieux et très coloré, mais sont beaucoup moins lus que les précédents.

Notons pour mémoire : M. de Migurac (sceptique, inconvenant, dangereux) ; Contes historiques' (dont plusieurs lestes, ensemble légèrement jacobin) ; Rédemption (une jeune fille qui se suicide pour… réconcilier son père et sa mère) ; 'Gorri le forban (détails inconvenants) ; L’automne (quand on vieillit, il faut se résigner à quitter les plaisirs) ; La folle aventure (une fiancée qui se déguise et se bat en duel avec son amant) ; La petite (épanouissement d'une adolescente, scabreux) ; Le petit roi (assez malsain) ; Tous héros (les exploits des émigrés et des révolutionnaires) ; Petite Madame (étude de vie bourgeoise, apprentissage de la vie conjugale) ; Juste Lobel alsacien ; Kaligouça, le cœur fidèle (naturalisme cynique, déclarations d’athéisme, haine des dogmes catholiques et des prêtres) ; Le cœur est le même, roman pour jeunes filles (que toutes ne liront pas) ; Le sang nouveau (la nouvelle génération, éprise de sport ; manque de fond et de foi).


Ch. Lomon (Blagnac, 1852) et P. B. Gheusi' (Toulouse, 1865), ont signé ensemble quelques œuvres : Les Atlantes (roman d’aventures sanglantes et d’amour passionné, dont l’action se passe chez ce peuple héroïque) ; Trilby (féerie en un acte en vers).

Nous relevons dans le bagage personnel du premier de ces auteurs : Regina (mœurs des gens de théâtre assez proprement décrites) ; L’Amirale (très peu moral) ; L’affaire du Malpel (roman judiciaire) ; Amour sans nom (sujet risqué, joliment traité, amoral).

Et dans celui du second, directeur de la Nouvelle Revue : Gaucher Myriam (œuvre anti-religieuse) ; Le puits des âmes (la Turquie).


Maurice Maindron (1857-1911), gendre du poète de Hérédia, voyageur, archéologue, naturaliste et romancier. On lui doit des romans historiques richement documentés où palpitent les vices du XVIe siècle (Saint-Cendre ; M. Clérambon ; Ce bon Monsieur de Veragues, Hommes et choses du vieux temps, L’incomparable Florimond) ; des récits de voyage ; Les chasseurs d’oiseaux de paradis (pour tous) ; Dans l’Inde du Sud ; et enfin L’arbre de science (éreintement du Muséeum et des savants) ; La gardienne de l’idole noire (audacieux et dangereux).


Mlle Georges Maldague, née en 1867, femme-auteur qui a décrit, dans une multitude de feuilletons, la vie des humbles et des malheureux. Elle débuta dans les lettres à 18 ans, sous le patronage de Léon Cladel, et depuis n’a cessé de produire, spécialement pour les lecteurs du Petit Parisien, des romans populaires dont la portée morale est encore inférieure au mérite littéraire.


Jules Mary, romancier et auteur dramatique, né en 1851, a fait des romans d’aventures et d’intrigues, dont plusieurs renferment des pages réalistes ou malsaines : Un coup de revolver (un adultère pour commencer et la folie pour finir) ; Le roman d’une figurante (semble excuser l’amour libre), etc…

Ses pièces de théâtre ont eu également du succès auprès du public populaire : Roger la Honte et La Pocharde.


Paul Masson Forestier (1852-1912), avocat et conteur, qui a la spécialité des récits judiciaires. Il a raconté les « affaires », dans des pages empoignantes et semble avoir fait de tous ses anciens dossiers des sujets de nouvelles : Angoisses de juges (recueil de récits honnêtes) ; Difficile devoir (id), etc…

On l’a appelé un « Maupassant sans femmes » ; il est surtout un écrivain sans grande moralité.


Camille Mauclair, de son vrai nom M. Faust (Paris, 1872), critique, romancier, dramatiste, poète. Deux critiques ont prétendu qu’il était juif ; il serait très fier de l’être, a-t-il répliqué, mais il ne l’est pas.

Toutes ses œuvres et même ses romans débordent de vie, de fougue et d’idées. Citons : Le soleil des morts ; L’ennemie des rêves ; La ville lumière (Paris) ; L’Orient Vierge (dangereux) ; Les Clefs d’or ; Les mères sociales (réquisitoire contre les mères qui sacrifient leurs enfants à leur égoïsme) ; L’amour tragique (scène d’orgie) ; Les passionnés (hymne à la passion sans frein) ; Essais sur l’amour ; etc…


Mme Dora Melegari (Lausanne, 1849), fille du célèbre révolutionnaire, ami de Mazzini, romancière et moraliste d’un rare talent, que M. Faguet ne craint pas de comparer à Labruyère. Ses études et ses romans sont des livres d’une profonde pénétration psychologique. Citons : Âmes dormantes ; Faiseurs de peines et faiseuses de joie ; Christine Auberjol ; Ondoyante et diverse ; et sous la signature de Forsan : Dans la vieille rue ; La duchesse Ghislaine ; L’expiation, etc…


Mme Stanislas Meunier (Metz, 1852), femme du professeur de géologie, a fait paraître dans Le Temps, Les Débats, Le Gaulois, etc., des romans mondains : La voisine ; Le trésor ; Confessions d’honnêtes femmes (2 séries, 4 volumes) ; L’innocence reconnue ; Fra Gennaro (tableau de la vie génevoise sous Calvin) ; Plaisir d’amour (histoire d’un vieux marcheur) ; Pour le bonheur (inexactitudes historiques, etc.) ; Le roman du Mont Saint-Michel (quelques fausses notes) ; La Châtelaine d’Eza ; La princesse ennuyée (fantaisie brillante pour adultes) ; etc…


Charles Mérouvel (Charles Chartier, dit), né à Laigle en 1843. Romans-feuilletons où abondent des situations passionnantes et étranges. Les uns sont honnêtes mais « laïques » ; Riches et pauvres ; etc. La plupart sont libertins : Angèle Méraud ; Le péché de la générale ; Les deux maîtresses ; Le mari de la Florentine ; etc…


Joseph Méry (1798-1865), conteur fantaisiste et auteur dramatique, peintre fantaisiste des mœurs et des paysages de l’Inde. Parmi ses nombreux romans pleins de verve, lire : La guerre de Nizam ; Héva ; La Floride ; La chasse au Chastre (célèbre galéjade, recueil de nouvelles).


Pierre Mille, littérateur, explorateur, né en 1864. Histoires scabreuses : Bornavaux et quelques femmes ; Quand Panurge ressuscita ; La biche écrasée ; Louise et Barnavaux ; Caillou et Titi ; Paraboles et diversions ; Nasr’eddine et son épouse (contes orientaux, fort risqués) ; Les enfants du ghetto (traduit de l’anglais ; mœurs et vie intime des juifs de Londres).


Francis de Miomandre, romancier fantaisiste, poète et rêveur, lauréat du prix Concourt. Né en 1880.

L’histoire de Pierre Pons, pantin de feutre, est le seul de ses ouvrages qui soit d’une irréprochable correction. Les autres : Écrit sur de l’eau ; Du vent et de la poussière ; D’amour et d’eau fraîche ; L’ingénu ; Au bon soleil, sont mièvres, langoureux, dissolvants ; ils excellent, dit Ernest-Charles, à faire sentir ce vague à l’âme qu’éprouvent beaucoup de femmes et qui est si fertile en drames. L’aventure de Thérèse Beauchamps est à cet égard caractéristique et très pernicieux : c’est l’histoire d’une Madame Bovary des Batignolles.


Émile de Molènes (Paul Gaschon, dit), soldat, écrivain (1811-1862). Dans la première partie de sa carrière littéraire, il laissa errer sa muse dans les courants de la sensualité ; il devint chrétien, et « ordonné soldat » comme on est ordonné prêtre, il se battit en Afrique auprès de La Moricière, à Paris, en Crimée, en Italie, et chanta, dans ses œuvres vibrantes, la guerre, l’amour, la tente et la caserne. Mélanges ; Voyages et pensées militaires (un peu de pessimisme) ; Histoires et récits militaires ; Les commentaires d’un soldat (magnifiques pages inspirées par la passion des armes) ; certaines pages de Caprices d’un régulier (ensemble peu édifiant, libertinage) seront lus avec plaisir par des personnes réfléchies.


Mme Émile de Molènes, née Alix de Bray (1838), a publié sous les pseudonymes d’Ange Bénigne, et de Satin, des croquis mondains qui ont paru d’abord dans La Vie Parisienne : L’orpheline (assez honnête) ; M. Adam et Mme Ève (la lune de miel et les premières années du mariage) ; M. Daphnis et Mlle Chloé (frivole et sceptique).


Henri Monnier (1799-1877), a analysé dans quelques ouvrages et avec une grande minutie de détails, les sentiments, les mots, les ridicules de certains personnages dont il a fait des types : Jean Hiroux ; Madame Pochet ; Joseph Prudhomme.


Charles Monselet (1825-1888), poète, journaliste, romancier, chroniqueur, gastronome, qui procède de Rabelais, de Molière et de Balzac. Instantanés littéraires, nouvelles folâtres et romans d’amour. En tout, 30 ou 40 volumes pleins de couleur, de gaieté et de naturel : Les ruines de Paris (roman d’aventures, honnête) ; Les souliers de Sterne (fantaisies irréprochables) ; etc…


Xavier de Montépin (1824-1902). Ancien élève de l’École des Chartes, romancier et auteur dramatique. Écrivain fécond et amusant dont les romans-feuilletons (200 volumes), malgré leur faible style et leurs péripéties invraisemblables, font les délices des concierges et de maintes grandes dames : La Sorcière rouge ; La marchande de fleurs ; Sa Majesté le roi du monde ; Le mari de Marguerite ; Madeleine Kerven ; Sœur Suzanne ; Le médecin des Pauvres ; La bâtarde (viol, duel, adultère, substitution d’enfant, dénouement moral) ; Son Altesse l’Amour (répugnant) ; etc…

De ses livres qui lui rapportèrent beaucoup d’argent. l’auteur tira, en collaboration, des drames populaires très applaudis : La porteuse de pain ; La joueuse d’orgue ; La Mendiante de Saint-Sulpice ; La Sirène de Paris.


Eugène Mouton (1832-1902). Avocat, magistrat, qui écrivit sous son nom ou sous le pseudonyme de Mérinos, des romans intéressants et honnêtes : Le supplice de l’opulence ; Chimère (symbolique, pas chrétien) ; L’affaire Scapin (et trois autres nouvelles).

Des fantaisies désopilantes, entraînantes : L’invalide à la tête de bois ; Aventures du capitaine Marins Congourdan ; Fantaisies humoristiques, etc…

Des récits pour la jeunesse : Aventures de Noël Kerbahu ; Voyages merveilleux de Lazare Poban', etc…


Lucien Mühlfeld (1870-1902), un juif qui s’est rendu célèbre par une réclame originale rappelant le chien d’Alcibiade.

Ses trois romans : Le mauvais désir (étude de la jalousie chez un luxurieux) ; La carrière d’André Tourelle (le jeune homme sans volonté, un être de veulerie et de chair) ; L’associée (thèse morale, détails suspects, scepticisme) lancés à grand fracas de publicité ont été très diversement appréciés… ; « ils ne sont intéressants, dit Ernest-Charles, qu’à cause qu’ils créent une assez considérable circulation d’argent. » Cependant…


Pierre Ninous (Jeanne-Thérèse, dame Roussen, connue sous le nom de), née en 1845. Dirigea avec son second mari, M. Roussen, un domaine destiné à recevoir des enfants assistés. Elle écrit des romans-feuilletons qu’elle signe Paul d’Aigremont ; mais, dit Charles Le Goffic, quel rapport, je vous prie, entre un écrivain et Pierre Ninous ?


Jules Noriac, pseudonyme et anagramme de Claude-Jules Cairon (1827-1882). A publié des nouvelles, des causeries, des pièces de théâtre et des cocasseries plus ou moins « rosses ». Le 101e régiment peut être lu à peu près par tout le monde.


Georges Ohnet (Georges Hénot dit), (1848-1918), célèbre romancier.

Il fut salué à ses débuts comme un maître, et ses œuvres obtinrent un succès triomphal : Le Maître de forges eut 250 éditions ; Serge Panine (couronné par l’Académie), en eut 150 ; La comtesse Sarah (roman faux, sabré, névrosiaque) ; Lise Fleuron ; La grande Marnière ; Les dômes de Croix-Mort, en eurent à peu près autant. Ses 33 volumes rangés pour la plupart sous le titre général de « Batailles de la Vie », sont de fait « merveilleusement adaptés au goût, à l’éducation, à l’esprit de son public spécial composé d’illettrés qui aspirent à la littérature ».

Cet « habile homme » s’est vu tout à coup dépouillé de son auréole par la main impitoyable de Jules Lemaître qui vit dans ses romans de la « triple essence de banalité ».

Quoi qu’il en soit de cette querelle entre la critique et le vulgaire, beaucoup reconnaissent que les livres d’Ohnet, solidement construits, mettent en scène, avec une réelle puissance, le monde de l’argent, l’industrie, l’aristocratie de race, et les lieux communs dramatiques de l’amour, et de plus qu’ils valent bien les romans de Delpit, de Mary, etc., au point de vue moral comme au point de vue littéraire.

Georges Ohnet a publié plus récemment des romans historiques : Pour tuer Bonaparte ; La serre de l’aigle.


Maurice des Ombiaux, romancier belge, né en 1868. Il s’est consacré à la peinture des mœurs populaires du Hainaut. Il est principalement apprécié dans son pays pour Mes Tonnelles ; Tètes de houille ; Mihien d’Avène ; Contes d’entre Sambre et Meuse ; Le Maugré ; Les manches de lustrine.


Paul Perret (1830-1905), écrivain d’une fécondité extraordinaire, qui pendant 50 ans, n’a cessé de produire des romans et des ouvrages historiques. Nous citons : L’âme murée (faux et irréligieux) ; Les demi-mariages (contre le divorce) ; Le mariage en poste (intéressante histoire d’une ingénue, mariée malgré elle) ; Sœur Sainte Agnès (belles pages, quelques mots contre les couvents) ; Manette André (sous la Terreur, immoral et irréligieux) ; Thérèse Vaubecourt (très passionné) ; Un ménage moderne (peu intéressant) ; Les bourgeois de campagne ; Les derniers rêveurs (ceux qui croient qu’on peut être heureux en épousant une fille sans dot) ; La duchesse Jean ; Antigone ; La maison littéraire (pour tous).


Mme Georges de Peyrebrune, nom de jeune fille de Mme Numa Eimery (1847-1917). Romancière qui, comme beaucoup d’autres déjà citées, est persuadée que l’amour peut être la seule préoccupation de la femme dans la vie.

Presque tous ses ouvrages, dont plusieurs ont paru à La Revue des Deux-Mondes, reflètent cette pensée ; ils sont au moins, à ce titre, dangereux pour la jeunesse.

Le roman d’un bas bleu (une femme doit préférer n’importe quel métier à celui d’auteur) ; Les trois demoiselles (trois idylles) ; Une sentimentale ; Marco ; Les frères Colombe ; Les passionnées ; Vers l’amour ; Libres ; Une expérience ; Et l’amour vint ; Le curé d’Anchelles ; Colombine ; Polichinelle et Cie ; Contes en l’air, sont de bonnes sornettes sentimentales et souvent décolletées. La Marcotte ; Victoire la Rouge ; Les femmes qui tombent vont jusqu’au libertinage.

Nous mettons à part Dona Quichotta, quoique peu chrétien.


Edmond Picard, jurisconsulte et littérateur belge, né en 1836. Les ouvrages de droit, la poésie et les romans judiciaires l’ont possédé tour à tour ; dans ce dernier genre, on connaît de lui La forge Roussel ; L’amiral ; Mon oncle le jurisconsulte ; La veillée de l’huissier ; Le juré. Lire Pages choisies (Bruxelles).


Émile Pierret. (Paris, 1859), ancien employé à la Bibliothèque nationale. Ses études éloquentes et documentées sur le Péril de la race et le Relèvement national sont la rançon de ses romans très mondains.


Frédéric Plessis, né à Brest en 1851, professeur de poésie latine à l’École normale supérieure, poète et romancier, auteur d’une forte étude sur Properce.

Ses Poésies complètes (La lampe d’argile ; Vesper ; Gallica), rappellent les élégiaques d’autrefois. Ses romans : Angèle de Blindes (séduite, elle meurt d’un accident plus ou moins provoqué) ; Le mariage de Léonie ; Le psychologue, révèlent une sensibilité très fine et sont vibrants de passion. Saint-Exupère-les-Châsses convient à tous.


Alfred Poizat, né en 1863. Il s'est révélé bon critique littéraire dans les Poètes chrétiens, et romancier distingué dans Avila des saints (quatre nouvelles ayant pour sujet le sentiment religieux) ; Pervers sentimental ; La dame aux lévriers (romans honnêtes et mondains où résonne très haut la guitare d'amour).

Depuis, il est entré avec éclat dans la renommée avec Le cyclope, drame en vers ; Électre, tragédie adaptée de Sophocle ; et une série de drames chrétiens qui contribueront à anoblir l'art dramatique de notre époque.


Mme Jean Pommerol (Sens, 1869), voyageuse et femme de lettres, polyglotte, polygraphe et… polymathique. Elle a vécu durant 4 ans au milieu des Arabes du Sahara et elle a consigné ses observations dans des ouvrages dont profitent les érudits : Une femme chez les sahariennes ; L'haleine du désert ; Chez ceux qui guettent ; Le cas du lieutenant Sigmarie ; Un fruit et puis un autre fruit (conte oriental fort passionné).


Ponson du Terrail (Pierre Alexis, vicomte) (1829-1871), romancier d'une imagination extraordinaire. Il publia dans les journaux, des feuilletons sombres, invraisemblables, pleins d’intrigues imprévues et dans lesquels on trouve, paraît-il, des phrases comme celle-ci : « La main de cet homme était froide comme celle d’un serpent ». Son Rocambole, en plusieurs parties, a joui d'une vogue immense.


Léon-René Delmas de Pont-Jest (1830-1904), ancien marin à qui l'on doit un grand nombre de romans : Le procès des Thugs publié dans le Petit Journal et qui passionna la France entière ; La jeunesse d'un gentilhomme ; Bolino, le négrier ; La femme de cire ; Le fleuve des perles ; etc…


P. D. Pontsevrez, de son véritable nom, P. Dupont-Sevrez, né à Escaudœuvres (Nord) en 1854, ancien professeur à Sainte-Barbe et aux écoles municipales de Paris, mort en 1910.

Nous mentionnons comme articles spécimens de ses productions réellement littéraires : Les attentats de Modeste (roman rustique assaisonné de crudités) ; Tête rousse (recueil de nouvelles moins remarquables) ; Criminelle (livre malfaisant, quoique exempt d’obscénités) ; L’enjeu du bonheur (étude d’amour) ; etc…


Émile Pouvillon (1840-1907). Réaliste à sa manière, rustique et paysagiste, il a décrit des mœurs champêtres de Rouergue et du Quercy, et l’amour dans les âmes naïves…

On remarque parmi ses œuvres : Césette (tableaux risqués) ; L’innocent (id.) ; Jean-de-Jeanne (séduction puis belles pages) ; Le vœu d’être chaste (invraisemblables désordres d’un séminariste) ; Chante-pleure ; Les Antibel (beau et sain, mais pas pour jeunes filles) ; Terre d’oc (promenades pittoresques, pour adultes) ; Petites âmes ; L’image ; Pays et Paysages (recueil de morceaux) ; Le cheval bleu, contes pour adolescents (trop de railleries bon enfant sur le prêtre et les cérémonies) ; Mademoiselle Clémence ; Bernadette de Lourdes.

Ces derniers ouvrages, accueillis avec enthousiasme par certaines revues pieuses, permettaient peut-être de croire que l’auteur serait devenu un romancier catholique… Mais Jep, son dernier roman, a détruit cette candide espérance et le montre plutôt irréligieux.


Armand Praviel, né en 1875. Membre de l’Académie des jeux floraux. Il a remporté un réel succès avec Péché d’aveugle, histoire d’un organiste qui pèche et se relève par la musique, brillante apologie de la liturgie, pages satiriques. Les routes de Gascogne sont de charmants croquis et des contes à peu près pour tous.


Charles Proudhon, romancier dont nous connaissons seulement les ouvrages suivants : Apaisement (histoire d’une jeune fille blessée au cœur) ; Marie de Saint-Genans (une petite provinciale dans un milieu taré) ; Claudine (plus chaste que celle de Willy).


Pierre de Querlon, de son vrai nom Pierre des Gachons, né à Valençay, dans le Berry, mort en 1904.

Au point de vue moral, tous ses romans occupent une bonne place parmi les œuvres de passion et de sentiment, où l’art prime la vertu, sans toutefois la supprimer. Nous citons : Les tablettes romaines ; La liaison fâcheuse ; Les joues d’Hélène ; La princesse à l’aventure ; Les amours de Leucippe et de Clitophon ; Le manoir de la petite Livia ; Céline fille des Champs ; etc…


Henri Rabusson, né à Paris en 1850, l’un des auteurs favoris de l’ancienne Revue des Deux-Mondes, romancier mondain qui aime à dépeindre la société du highlife où l’on s’amuse et l’on pose. Il a écrit avec distinction et n’est tombé qu’accidentellement dans le dévergondage.

Malheureusement, comme la plupart des romanciers de cette qualité, les Tinseau, Droz, Halévy, Gyp, etc., il ignore et laisse ignorer la vraie bonne société qui est, avec le peuple travailleur, l’honneur de notre France, pour se cantonner dans la société légère où l’on est considéré comme vertueux quand on s’amuse conformément aux lois de la bienséance : L’épousée (se tue après la cérémonie pour rester fidèle à un amour antérieur) ; Griffes roses (d’une femme très libertine) ; Hostilité conjugale (aux yeux de l’auteur, c’est une nécessité. Quel pessimisme ! quel marivaudage aussi !) : Les colonnes d’Hercule (c’est-à-dire les extrémités du monde moral où s’arrête un viveur) ; Le grief secret (fort leste) ; Frissons dangereux (pervers) ; Le frein (thèse fausse, parce qu’incomplète, livre de passion) ; La justice de l’amour' (esprit anticlérical, dangereux).


Adolphe Racot (1840-1887), bon écrivain. Tout en dénonçant avec vigueur les corruptions contemporaines, il sait faire ressortir de ses peintures osées une impression saine pour les grandes personnes. La brèche aux loups ; La conquête de Floriane ; Madame Félicia ; Le plan d’Hélène (scènes plus scabreuses, plaidoyer en faveur des droits de la famille) ; La maîtresse invisible ; Le supplice de Lovelace sont très agréables à parcourir, tant par la valeur du style que par l’intérêt des récits.


Mistress Radcliffe, romancière anglaise (1764-1823). Dans ses œuvres qui sont encore très populaires en Angleterre, elle évoque des forêts, des vieux châteaux, des souterrains, des crimes horribles et après un enchevêtrement d’incidents extraordinaires, elle montre la vertu récompensée et le vice puni. Par l’admiration de la nature et le sentimentalisme, elle tient de Jean-Jacques Rousseau, et par ses récits dramatiques, eUe se rapproche de nos plus forts feuilletonistes. Ses romans : Un roman sicilien ; Le roman de la forêt ; Les mystères d’Udophe, son chef-d’œuvre ; L’Italien lui valurent des triomphes et passeront avec elle à la postérité.


Gaston Rageot (Alençon, 1872), normalien, connu du public comme essayiste, conférencier, chroniqueur et romancier. Il aime à mêler à la narration de ses romans l’acquis de sa culture littéraire et psychologique.

Son œuvre est fort considérable : parmi tant de volumes, il n’y en a pas qui conviennent à la jeunesse. La renommée, par exemple est plein de psychologie, mais il est presque immoral ; A l’affût roule sur l’adultère et compte maintes pages sensuelles ; La voix qui s’est tue expose avec émotion un drame intime qui bouleverse rame d’une femme, mais il contient des passages regrettables et tend à accréditer le désordre comme tout naturel ; La faiblesse des forts mérite la même observation.


Jean Rameau (Laurent Labaight dit), né en 1858, poète landais qui a chanté dans ses vers, tantôt les forêts embaumées de son pays (Nature, etc.), tantôt la sarabande des astres et des dieux dans le monde cosmique (La chanson des Étoiles, etc.).

Son œuvre déjà considérable, dit un critique, est lumineuse et chatoyante, comme un collier mêlé d’opales, de perles et d’onyx, aux voluptueuses lucidités.

Ses premiers romans sont lascifs et même immoraux : La Mascarade, par exemple, est l’histoire d’un jeune homme qui perd la foi, se livre à tous les désordres et finit par être exécuté ; morale : faites tout ce que vous voulez, mais ne vous laissez pas prendre.

Parmi les romans plus récents, nous citons : La belle des belles' (les travers de certaines femmes) ; Les chevaliers de l’au-delà, avec cette épigraphe empruntée à Chateaubriand : « On ouvre les antres des sorcières quand on ferme les temples du Seigneur » (une mère inconsolable de la mort de sa petite fille, devient dupe des charlatans ; nombreuses descriptions de séances occultistes) ; Moune (plat, mais pas mauvais) ; La jungle de Paris (roman de l’arrivisme, amour passionné) ; Le roman d’une laide (paru dans le Mois, pour tous) ou Petite Mienne ; Du crime à l’amour (passionnel) ; Le champion de Cythère (id.) ; Le semeur de roses (sentimental, passionné) ; La muse des bois (frivole et banal) ; La route bleue (bon, mais trop romanesque pour la jeunesse) ; Brimborion (id.) ; Le roman de Marie (avec réserve plus accentuée) ; Les mains blanches (pour adultes).


M. Reepmacker (Rotterdam, 1858), romancier hollandais dont les œuvres ont obtenu en France une certaine célébrité : L’école des Rois (roman politique, thèse et intentions bonnes, style et détails beaucoup moins bons) ; Septime César (roman des temps du Christ, erreurs évangéliques) ; La peine du Dam (obscur et étrange) ; Emma Beaumont (l’amour à la faveur de la métempsycose) ; Carlo Lano (ennuyeux) ; Vengeance.


Georges Régnal pseudonyme de M. (Florence, 1848) et Mme Langer (Paris, 1852). Parmi leurs romans : 'Maurianne ; M. le Docteur ; Vendredi 13 ; Toujours ; Mademoiselle Pas d’amour ; Deux tendresses ; etc…


Jean Reibrach (Givors, 1856), de son vrai nom M. Chabrier, ancien capitaine d’infanterie, a écrit d’abord des romans naturalistes et des contes.

Il paraît s’être fixé ensuite dans la psychologie. Nous citons : Par l’amour ; À l’aube ; Les sirènes (honnête). La nouvelle beauté (prévoit dans un avenir lointain, comme aboutissant au féminisme, une société nouvelle, basée sur l’individualisme, l’union libre et le socialisme d’État) ; La houle ; La maison du bonheur (païen et sensuel).


Rémy Saint-Maurice, pseudonyme de Maurice Diard, né en 1864. Nous citons : Les Èves stériles (plaidoyer en faveur de la maternité) ; Éternelle folie (recueil de contes) ; Les derniers jours de Saint-Pierre (idylle délicate fleurissant sur un volcan).


Mme Gabrielle Réval, de son nom véritable. Mme Laforterie, née Logerot (Viterbe, 1870). Son premier ouvrage Les Sévriennes a fait sensation. Il fut suivi d’Un lycée de jeunes filles et de Lycéennes. Ces trois volumes ne sont pas pour les honnêtes femmes. L’avenir de nos filles, est un répertoire attrayant des professions et métiers féminins, d’après les interviews de personnes le plus en situation de renseigner.

Nous citons, outre cet ouvrage remarquable, des romans d’amour : La cruche cassée (scabreux) ; Notre-Dame des Ardents (paysages de Picardie et d’Afrique) ; Le ruban de Vénus (amour légitime ! amour légitime ! Ô Vénus !) ; Les camp-volantes de la Riviera (malpropretés ) ; La Bachelière en Pologne (inspiration noble, pour tous) ; Le royaume du printemps (histoire d’amour assez libre sur la côte d’azur).


Jean Revel, pseudonyme de Paul Toutain (Conteville, 1848), notaire à Rouen. Nombreux récits de voyages ; romans épiques, lyriques, débordants, où chantent l’âme et la plaine normandes : Chez nos ancêtres ; Terriens ; Contes normands ; Hôtes de l’estuaire.


Tony Révillon (Antoine, dit, littérateur, journaliste, conseiller municipal de Paris et député radical (1832-1898). On lui doit de nombreux romans qui ont paru en feuilletons dans les journaux et dont plusieurs ont eu du succès. Nous plaçons ici Le faubourg Saint-Antoine.


Émile Richebourg (1833-1898). L’un des écrivains les plus heureux qui aient parcouru la pénible carrière des lettres, il ne connut que des succès : il fit, par ses feuilletons émouvants et assez honnêtes, la clientèle du Petit Journal, mérita, par ses nombreuses collaborations, d’être appelé par Jules Claretie le terre-neuve des journaux populaires, et réalisa de grosses recettes.

Tout le monde peut lire avec intérêt ses Récits devant l’âtre ; Contes enfantins ; Contes d’hiver ; Contes de printemps ; Contes d’été ; Contes d’automne et autres, réunis dans tes douze volumes des Soirées amusantes ; Le million du père Raclot ; Histoire d’un avare, d’un enfant et d’un chien.


Georges Rodenbach (1852-1898), poète, journaliste et romancier belge, né à Tournai. Il vint à Paris de bonne heure et se lia avec des littérateurs et des poètes tels que Mallarmé, les Goncourt, Paul Arène, Bourget, etc. ; il resta belge cependant, et ses œuvres sont toutes imprégnées de la saveur flamande qui se dégage des villes de son pays natal.

Outre son poème Le règne du silence et plusieurs recueils de vers, Rodenbach a laissé des écrits en prose qui, malgré leurs substantifs étonnants et leur merveilleux adjectifs ont été appréciés. Ils ont tous des passages passionnés ou malsains. Citons : L’art en exil ; Bruges la morte ; Musée de béguines ; Le carillonneur ; etc. Lire Pages choisies (Bruxelles).


Romain Rolland, né à Clamecy en 1866, élève de l’école normale, grand prix de littérature en 1913.

Son œuvre littéraire, nombreuse et variée, comprend des études artistiques, Musiciens d’autrefois et d’aujourd’hui, Michel-Ange, Beethoven, François Millet ; du théâtre, Le quatorze-juillet, Danton, Le triomphe de la raison, Les Tragédies de la foi ; et enfin Jean-Christophe, roman en dix volumes, commencé en 1905 et terminé en 1912.

Ce Jean-Christophe, qui est l’œuvre maîtresse de Romain Rolland, est la biographie psychologique d’un musicien de génie, né sur les bords du Rhin, et dont nous suivons la destinée douloureuse depuis « l’aube » jusqu’à « la dernière journée ». Dans ce cadre romanesque, l’auteur a entassé toutes ses idées sur les questions du jour, il a multiplié les digressions, de sorte que ce monument qui a des parties de chef-d’œuvre est encombré et congestionné.

Au point de vue moral, ce long ouvrage a des passages scabreux et de nobles pages ; et il a créé des admirateurs parmi ceux qui ignorent le catéchisme. Cependant, si Romain Rolland n’est pas sectaire, il n’a pas la foi, il rend un culte à la Vie, et sa philosophie ne saurait être, pour les catholiques, un bréviaire d’exaltation ni même une lecture inoffensive.

On sait ce qu’est devenu le grand homme pendant la guerre : un pacifiste humanitaire, suspect pour les bons Français.


Saintine (Xavier Boniface, dit) (1798-1865), fit seul ou en collaboration, plus de 200 pièces de théâtre.

Picciola qui consacra sa réputation d’écrivain, est un chef-d’œuvre romanesque qui analyse les sentiments d’un orgueilleux captif en présence d’une plante naissante ; Seul est un petit récit intime, légèrement sceptique comme le précédent. Ses dernières œuvres (Jonathan le visionnaire ; Seconde vie ; Contes de toutes les couleurs) ont pour sujet le merveilleux scientifique, les hallucinations et les vieilles traditions. Presque tout le monde peut les lire, ainsi que : La nature et les trois règnes.


Pierre Sales (1854-1914). Il débuta par le roman historique : Beau page (les guerres de religion, partialités) ; L’argentier de Milan (saisissant, honnête) ; etc…

Il tomba ensuite dans le roman d’aventures et il fut fort longtemps un grand producteur « à la coule » comme Richebourg et Montépin. Mettons à part : Fille de prince ; Premier prix d’opéra ; Le secret du blessé (sept nouvelles).


Jules Sandeau (1811-1883), l’un des amis de George Sand et des collaborateurs d’Émile Augier, écrivain exquis et moralisateur. Comme l’auteur de Lélia et d’Indiana, il peint l’amour passionné dans ses élans désordonnés, ses misères, ses chutes même, mais il place au-dessus et à la fin de tous ces tableaux, la notion du devoir ; il décrit les désordres, mais en même temps les déchirements auxquels se condamnent ceux qui s’y abandonnent. C’est ainsi que Marianna ; Le Docteur Herbeau ; Rose et Blanche, sont des livres moraux… pour les personnes d’un certain âge.

Quant à ses autres ouvrages : Jean de Thommeray (pages choquantes pour la jeunesse ; dénouement superbe), suivi du Colonel Éverard ; Madeleine ; Catherine ; Un début dans la magistrature ; Mlle de la Seiglière ; Le château de Monsabrey ; La maison de Pénarvan (son chef-d’œuvre) ; La petite fée ; Sacs et parchemins ; Nouvelles ; Concert pour les pauvres, ils peuvent être lus par les jeunes gens sérieux. Sandeau y étudie de préférence les familles nobles, idolâtres du passé, isolées et immobiles au milieu de mœurs qu’elles dédaignent et de gens qui les raillent… Dans ces familles, il y a des jeunes filles que leur cœur pousse à des mésalliances et qui doivent lutter contre des préjugés de race.

La roche aux mouettes est un délicieux récit que tout le monde peut lire.


Gabriel Sarrazin, né à Laval en 1853, critique, poète, auteur de romans lyriques et symboliques : Les mémoires d’un centenaire ; La montée ; Le roi de la mer ; L’inspirée. Inutile d’ajouter que ces poèmes de guerre, d’amour et de mort, doivent être lus avec prudence…


Paul Saunière (1837-1894), conteur et feuilletoniste, secrétaire d’Alexandre Dumas, auprès de qui il apprit à choisir et à traiter des sujets intéressants, tantôt émouvants, tantôt comiques : À travers l’Atlantique (récit de voyage ; quelques traits contre la religion et beaucoup contre les Yankees) ; Le lieutenant aux gardes (roman historique, cruel pour Richelieu) ; La dette d’honneur (intéressant) ; La succession Marignan (vilain monde) ; etc…

Tout le monde peut lire Les aventures de Jean Barchalou.


Matilde Serao, née à Patras en 1856, fille d’un napolitain exilé qui s’était réfugié en Grèce. Elle occupe une des premières places parmi les femmes de lettres de l’Italie. Elle dirige le II Giorno de Naples, elle écrit tous les jours une chronique mondaine dans le Mattino, le plus littéraire des journaux de l’Italie Méridionale et elle a publié un grand nombre de romans : Au pays de Beppina ; Aventureuse ; Amant ; Adieu, amours ; Châtiment ; Vie en détresse ; Cœur souffrant ; Histoire de deux âmes (qui tombent et puis se séparent) ; Cœurs de femmes (collection Femina) ; Sœur Jeanne de la Croix ; Après le pardon ; Histoire d’amour ; Naples, les légendes et la réalité ; Vive la vie ; L’amour meurtrier ; Le songe d’une nuit d’amour (nouvelles mêlées, quelques-unes fort sensuelles) ; etc…

Les critiques qui se sont occupés de cet auteur nous la représentent comme une ardente catholique et ils invoquent à l’appui de leur jugement le beau livre Au pays de Jésus, impressions de Palestine, débordant de foi et d’humilité chrétiennes ; ils parlent avec enthousiasme de l’élévation morale de ses œuvres ; mais ils ajoutent que la féconde italienne se complaît à décrire les passions dans des pages enfiévrées… Soit. Savourons le lacryma Christi ; n’abusons pas du Chianti.


Henrik Sienkiewicz, célèbre romancier polonais (1845-1916). Il débuta dans les lettres par trois romans où il faisait appel à la générosité des polonais en vue de relever leur nation ; il visita l’Amérique et diverses contrées d’Europe, publia successivement deux idylles sentimentales (Hania ; Le vieux serviteur), de nombreuses nouvelles sur les humbles (Junka le musicien, etc., etc.) et enfin de nombreux romans historiques qui envisagent le côté tragique de la vie : Le déluge ; Messire Volodyjwski ; Les chevaliers de la Croix ; Sans dogme (un jeune homme sans foi, malheureux, coupable, qui se suicide) ; La famille Polaniecki (un roman d’énergie) ; Par le fer et par le feu (œuvre grandiose et très honnête) ; Sous le joug ; Barteck le vainqueur.

Ses romans des premiers temps du christianisme, Suivons-le et surtout Quo Vadis ont obtenu un succès considérable. On a tout dit sur ce dernier ouvrage, les uns en ont fait un incomparable chef-d’œuvre, d’autres l’ont ravalé au rang d’un médiocre pastiche. Nous n’avons pas à prendre parti dans cette querelle, et nous nous bornons à reproduire le jugement porté par Orazio Marucchi, l’illustre directeur des Musées et Galeries du Vatican : « Notre conviction, dit-il, est que ce livre est un livre magistral, écrit avec une véritable intelligence du sens chrétien ; il est destiné à faire un grand bien. » (Introduction historique et archéologique à Quo Vadis, chez Lethielleux).

L’édition complète (Revue blanche, Garnier, Flammarion, Benziger, etc), ne doit pas cependant être mise entre toutes les mains ; elle renferme des scènes choquantes, brutales, érotiques, orgiaques, susceptibles de troubler bien des âmes. L’édition Lethielleux est, à notre connaissance, la seule qui soit parfaitement corrigée ; mais convient-elle aux jeunes filles ?


Albert-Émile Sorel, né en 1876, fils de feu Albert Sorel, attaché à la bibliothèque du Sénat, romancier.

Il a publié quelques romans qui lui ont attiré l’estime des lettrés : Pour l’enfant ; Peut-être ; Les sentiers de l’amour ; L’écueil, aventures d’une infirmière, utile aux jeunes filles averties qui seraient tentées de s’émanciper ; Une aile brisée, roman d’amour et d’aviation, œuvre patriotique et chrétienne, quelques passages trop passionnés pour la jeunesse.


Mme de Staël (1776-1817), fille du célèbre financier Necker. Elle reçut dans sa famille calviniste une éducation toute philosophique, qu’elle développa par la lecture de tous les auteurs à la mode, Diderot, Rousseau, etc. Mariée au baron de Staël, elle se sépara après douze ans de mariage, s’attacha à Talleyrand et Benjamin Constant, et enfin se remaria secrètement à un jeune officier. Politicienne, intrigante, pédante, jalouse de toute supériorité, elle se rendit aussi peu sympathique que possible et fut obligée de se réfugier à Coppet.

Delphine et Corinne sont des romans d’amour où l’auteur défend contre la société les droits de la femme supérieure, toujours incomprise et malheureuse : ils renferment des digressions artistiques et politiques, et des scènes de pseudo-catholicisme.

Le livre De l’Allemagne, encore qu’incomplet et faux au point de vue chrétien, est cependant plus sain.

Lire Pages choisies.


Robert-Louis Stevenson, écrivain anglais (1850-1894), qui exerça une grande influence sur le mouvement littéraire de son pays. L’état toujours chancelant de sa santé l’obligea à mener une vie errante : il vécut même en France et y publia son Voyage dans les Cévennes.

Parmi ses autres ouvrages, nous citons : L’île au trésor (très intéressant) ; Le dynamiteur ; Le mort vivant ; Enlevé ; Le reflux qui peuvent être lus à peu près par tout le monde.


Carmen Sylva, pseudonyme bien connu de la Reine de Roumanie Elizabeth (1843-1916). Elle a fait un recueil de pensées, des études et des romans dont la plupart ont été traduits en français. Ces œuvres laissent souvent une impression pénible et nous pensons qu’elles ne sont plus à la mode comme au moment où l’Académie française en a très complaisamment récompensé le mérite.


Maurice Talmeyr, de son vrai nom Maurice Coste, né en 1850. Il s’est complu à recueillir sur les « bancs », chez les « gens pourris », les « possédés de la morphine », dans « les maisons d’illusion » et dans le demi-monde, les types de ses romans.

À la suite de ces œuvres dont les idées sont très fortes et dont les intentions peuvent être bonnes, et après une vie assez aventureuse, M. Talmeyr semble s’être rapproché du catholicisme : il écrit des articles de valeur, il combat la franc-maçonnerie et fait partie de la Société des Publicistes Chrétiens.

Nous citons Le Grisou (livre très fort) et Sur le Turf (recueil de nouvelles concernant le monde des courses).


Edmond Tarbé (1838-1900). Ses ouvrages hardis iet scabreux, sans être licencieux, au moins dans les intentions de l’auteur, ont fait, il y a quelques années, beaucoup de tapage : Césarée (passion coupable entre un père et sa fille) ; L’histoire d’Angèle Valoy (roman de mœurs sur les bâtards, très peu chrétien) ; Le crime d’Auteuil (rocambolesque et osé).


Jérôme et Jean Tharaud (Saint-Julien, Hte-Vienne, 1874 et 1877), deux frères écrivains : Jean est le rêveur, le sentimental ; Jérôme, l’exécutant, le praticien. Tous deux ne veulent être que des artistes, a dit Barrès.

Ils débutèrent dans la littérature voici une vingtaine d’années, par un conte qui parut dans les Cahiers de la quinzaine. Bientôt, Dingley, l’illustre écrivain leur valut le prix Concourt. En 1919, l’Académie française leur décerna le grand prix de littérature.

Successivement, ils donnèrent La maîtresse servante (confession d’un fils de famille qui vit à Paris dans la débauche ; sujet scabreux traité avec délicatesse) et La fête arabe (épisode de l’invasion de l’Algérie par les italiotes, œuvre de polémique, peintures réalistes), sans parler de la Tragédie de Ravaillac (pages voluptueuses) et de leur étude si complète et si cordiale sur Paul Déroulède. L’ombre de la croix n’est pas un roman chrétien : il traite les mœurs des juifs de Galicie.


André Theuriet (1833-1907), ancien fonctionnaire, qui a beaucoup écrit et dont les livres sont beaucoup lus. Membre de l’Académie française.

Son œuvre entière est « un vaste morceau de campagne », a dit Jules Lemaître : ses recueils sylvains en vers sont d’un paysagiste consommé, d’un amant passionné de la nature. Ses romans procèdent de la même manière. Malheureusement, ces peintures délicieuses des champs et des forêts encadrent des intrigues qui, sans être jamais physiologiques, n’en sont pas moins dangereuses. De plus — et ceci n’est pas moins grave — cet écrivain, toujours parlant à l’âme comme aux sens, se complaît à représenter ses vilains messieurs et ses mégères comme des dévots et des cléricaux. C’est ce défaut qui dépare principalement La Maison des deux Barbeaux, belle œuvre littéraire, et Le sang des Finoël.

Nous classons au hasard parmi tant d’ouvrages : Le filleul du marquis (situations risquées, dénouement moral) ; Sous bois, impressions d’un forestier (quatre études, assertions libres) ; Sauvageonne (récit impie d’une confession sacramentelle, scène très audacieuse, descriptions magnifiques) ; Les mauvais ménages (triste monde) ; La sœur de lait (inférieur) ; Péché mortel (sujet scabreux) ; Michel Verneuil (un fils de paysan qui devient professeur ; ses désordres et ses malheurs) ; Bigarreau (cinq récits parfois passionnés) ; L’abbé Daniel (un Jocelyn dépoétisé qui entre dans les ordres par désespoir d’amour) ; Au paradis des enfants (pages absolument ignobles) ; Eusèbe Lombard (ravissant, quelques crudités) ; Amour d’automne (passionné, honnête) ; Tentation (quinze nouvelles, dent plusieurs très légères) ; Cœurs meurtris (bien près de la faute) ; Les revenants (types de vieux garçons) ; Le bracelet de turquoises (très dangereux) ; Raymonde (romance assez honnête, suivie de Don Juan de Vireloup, moins acceptable) ; Claudette (contes et propos rustiques, dont plusieurs passionnés) ; L’oncle Flo (jeu d’amour avec le neveu) ; Charme dangereux (très passionné, adultère).

Meuse ; Les enchantements de la forêt ; L’oncle Scipion et Illusions fauchées (où cependant il représente trop le cloître comme un hôpital d'âmes) sont moins tourmentés ; ils peuvent être lus, aux mêmes conditions que Pages choisies.

Léon de Tinseau, né à Autun en 1844, écrivain aristocratique, et l’un des analystes les plus en vogue des impressions et des élégances mondaines. Selon le mot d’un critique, il ensorcèle ses lectrices. Même quand il lui arrive de conter des histoires invraisemblables, son esprit, sa grâce impertinente, son pathétique discret, le ton de bonne compagnie qu’il donne à ses nouvelles légères, pimpantes, romanesques, parfumées, produisent toujours leur effet magique : il m’ensorcèle, ma chère.

Voici les principaux exemples de sa manière : Alain de Kérisel (peu moral) ; Bouche close ; Ma cousine Pot-au-feu ; Mon oncle Alcide ; Robert d’Epirieu ; L’attelage de la marquise ; La meilleure part ; Plus fort que la haine ; Sur le seuil (plaidoyer en faveur des couvents) ; Vers l’Idéal ; La Chesnardière (pages scabreuses) ; Au coin d’une dot (rarement les mariages heureux sont marqués au coin d’une dot) ; Princesse errante (passionné, utile à ceux qui peuvent le lire) ; La valise diplomatique (anecdotes de salon) ; Le secrétaire de Mme la duchesse ; Le secret de l’abbé Césaire ; Faut-il aimer ? Le chemin de Damas ; Bien fol est qui s’y fie (suivi de La lampe de Psyché) ; Les péchés des autres (deux histoires) ; Mensonge blanc (dix morceaux) ; Maître Gratien (séduction, immoral) ; Les étourderies de la chanoinesse ; La clef de la vie ; Le port d’attache (étrange, diffus, faussement sentimental) ; Sur les deux rives (belles pages de patriotisme, pas pour les jeunes gens) ; Le duc Rollon (sujet déconcertant, tenue morale parfaite) ; Du mouron pour les petits oiseaux (recueil de nouvelles, d’une amoralité souriante) ; La finale de la symphonie (histoire spirituelle et très sentimentale) ; Le secret de Lady Marie (notes fausses).


Ernest Tissot (Genève, 1867), critique, voyageur, polyglotte et romancier. Ses études et notations de voyage sont très justement appréciées : Les évolutions de la critique française ; Le drame norvégien ; Les sept plaies et les sept beautés de l’Italie contemporaine ; Le Monsieur qui passe.

Ses romans, scabreux et libertins, ne sont guère lus, et ne sont pas à lire, sauf peut-être Le guêpier ; et Ce qu’il fallait savoir (tableau exquis d’un ménage de vieilles filles).


Ivan Tourgueneff (1818-1883), écrivain russe qui conquit la célébrité, en publiant Les récits d’un chasseur, où il dépeint avec émotion les misères du servage. Il eut la gloire de contribuer, par ses livres, à l’émancipation des serfs de son pays ; persécuté par les « conservateurs », il quitta la Russie et résida longtemps en France, où ses ouvrages très bien écrits, gracieux, poétiques, devinrent très populaires. Lire : Mémoires d’un seigneur russe ; Scènes de la vie russe ; Les récits d’un chasseur (pour enfants) ; etc. ; 'Pages choisies.


Mark Twain (Samuel Langhorn Clemens, dit), (1835-1910), humoriste américain, a parcouru le monde et fait tous les métiers. Ses parodies et ses cocasseries sont populaires dans tous les pays de langue anglaise. Nous citons ici, parmi ses œuvres, Le prince et le pauvre (roman historique très intéressant, raillerie spirituelle des mœurs de l’Angleterre) ; Aventures de Tom Sawyer ; Aventures de Huck Finn, qui peuvent être lues par tous ceux que ne rebutent ni la longueur du récit, ni les obscurités du style.


Octave Uzanne, né en 1852. Érudit et bibliophile, est surtout connu des lecteurs mondains, parce que ses livres font revivre les mœurs légères des trois derniers siècles. Il est surtout l’historien des siècles féminins et de la civilisation féminine : Nos contemporaines (parfois scabreux) ; Vingt jours dans le Nouveau Monde (empoignant) ; Contes pour les bibliophiles (grisonnants) ; La locomotion à travers l’histoire (pour tous).


Jules Vallès (1833-1885), journaliste et romancier. Nihiliste convaincu, il dirigea contre la société les plus brutales invectives, dans ses romans acerbes, colorés et empoignants : L’enfant (livre impie, brutal, où l’auteur insulte même sa mère) ; Le bachelier ; L’insurgé, réunis sous le titre de 'Jacques Vingtras ; Les réfractaires.


Auguste Villiers de l’Isle-Adam (1833-1889), descendant de l’illustre famille de ce nom. Écrivain très original, styliste remarquable, d’une imagination déconcertante, d'un symbolisme qui touche à l’hallucination, il semble « avoir traversé ce monde en somnambule, né voyant rien de ce que nous voyons et voyant ce que nous ne voyons pas ». Comme Barbey d’Aurevilly, il était croyant, mais un croyant « insolite » et mâtiné de satanisme.

L’amour suprême ; Histoire insolites ; Axel (roman dialogué dont la 4e partie a pour titre Le monde passionnel) ; Les contes cruels ; Tribulat Bonhomet ; L’Ève future ; Derniers contes (œuvre posthume, malpropretés), sont des fantaisies étranges et suggestives ; elles troubleraient facilement les jeunes imaginations.


Jacques Vincent, pseudonyme de Mme Dussaux, née Angèle Bory d’Assex (Ecques, en Flandre, 1850).

Aime à plaider la cause des femmes incomprises et même infidèles : La comtesse Suzanne (une femme mal mariée a le droit de prendre un amant) ; Un bonheur (morale fort relâchée) ; Misé Féréol (détails libres, dénouement presque immoral) ; Le cousin Noël (drame empoignant dont l’action se passe près d’Hazebrouck, une scène risquée) ; Jacques de Trévannes (situations scabreuses, idées fausses) ; Le retour de la princesse ; sont à cet égard significatifs.

Vaillante ; Les mémoires d’une jeune fille sont tout à fait honnêtes.


Jean Viollis, de son vrai nom Henri d’Ardenne de Tizac né en 1877, poète et romancier. Parmi ses récits très passionnés, nous citons : L’émoi ; Petit cœur ; auxquels est venu se joindre Monsieur le principal (récit épineux des infortunes d’un principal de collège).


Eugène-Melchior, marquis de Voguë, né à Nice, en 1850. Membre de l’Académie française.

L’écrivain a voyagé et il a noté ses observations avec le talent d’un artiste et la sagacité d’un diplomate ; ses articles sur l’Orient (Histoires d’Orient), la Russie (Histoires d’hiver) et Syrie, Palestine, Mont Athos, etc., réunis depuis en volumes, ont été très appréciés.

Ses autres œuvres l’ont sacré apôtre et « conducteur d’âmes » : il a mis à la mode le roman russe, le slavisme et l’Évangile. Cependant, les thèses sur lesquelles il appuie ses essais de réveil moral et de rénovation sociale, ne sont pas suffisamment sûres ; on a même été jusqu’à dire, qu’en louant tour à tour le boudhisme, le protestantisme et l’orthodoxie russe, elles conduisent tout droit à l’indifférence religieuse…

Ses romans : Cœurs russes ; Les morts qui parlent (c’est-à-dire les députés) ; Le maître de la mer ; renferment des pages très libres, mais sont bons et moraux… pour les grandes personnes. Quant à Jean d’Agrève, on dirait que l’auteur y veut légitimer une passion légitime en vertu de la souffrance et du christianisme.


Charles-Jean-Melchior, marquis de Voguë (18291917), cousin du précédent, membre de l’Académie française, était diplomate et archéologue.


Mistress Humphry Ward (1851-1920), nièce de l’écrivain Matthey Arnold, critique, nouvellière et romancière.

Robert Elsmere, qui parut en 1888 (histoire d’un pasteur anglican qui perd la foi au contact du criticisme, et prêche ensuite un christianisme basé sur la raison pure), eut dans les pays anglo-saxons, un immense succès. Daniel Grieve et Marcella accusent des tendances au socialisme et à l’émancipation morale des femmes. Helheck de Bannisdale est un pamphlet haineux contre la tyrannie de la doctrine « papiste ». L’erreur d’aimer raconte les scandales d’une femme romanesque. Carrière d’artiste et Daphné ou le mariage à la mode sont des histoires banales.

Parmi ses ouvrages plus récents, signalons : Les mains pleines (ravages de l’or, peu émouvant) ; Georges Anderson (tableau des mœurs canadiennes) ; Diane Mallory ; Sir George Fressady (montre le pouvoir étrange du mariage sur la vie ; scabreux).


Pierre Zaccone, né à Douai en 1817, mort en 1895. Romans de bagnes et de cours d’assises : Le roi de Bazoche, etc. Charles Le Gofflc, son ami, lui attribue une âme de boucher.

IV

Romans Honnêtes

qui peuvent être lus sans danger par des jeunes gens ou jeunes filles sagement formés.




Vincere in bono malum.

… Alors que lire ? diront des parents soucieux de la vertu de leurs enfants, et harcelés d’ailleurs — heureux parents ! — par des demandes instantes, auxquelles ils voudraient donner satisfaction. Que lire ?

Louis Veuillot, qui pourtant connaissait « Fabiola », et avait écrit « Corbin et d’Aubecourt », inclinait a penser que le roman, sans défaut et catholique, n’existe qu’à l’état de glorieuse exception. Nous ne discutons pas cette affirmation de l’illustre écrivain. Nous constatons seulement avec joie, que l’exception s’est depuis généralisée, et qu’après avoir recherché, parmi les célébrités et les succès, des auteurs et des ouvrages honnêtes et intéressants, personne n’a le droit, en stricte justice, de dresser un procès-verbal de carence.

Il y a, d’abord, ce qu’on appelle les romans honnêtes, ou plus improprement, à mettre entre toutes les mains.

On en a dit beaucoup de mal, comme saint François de Sales parlant des champignons, comme les hygiénistes parlant de l’alcool et du tabac.

Ce sont en effet des romans, c’est-à-dire des œuvres d’imagination, et comme tels, ils peuvent, en stimulant ou en développant démesurément la puissance de la folle du logis, fausser le jugement, amollir le cœur, anesthésier la volonté, « impersonnaliser » la personne tout entière, la désorienter dans la vie, en un mot, occasionner dans le logis même, des désordres dont les moralistes et les prédicateurs ont amplement exposé le détail.

Mais ce sont des romans honnêtes : ils respectent le bon sens, la grammaire et surtout la vertu… Et s’ils n’échappent pas à tous les inconvénients des livres de ce genre, ils offrent, en tant qu’espèces et lus à propos, des avantages nombreux.

Ils constituent pour le moins un salutaire dérivatif. N’est-il pas vrai que dans la vie artificielle du XXe siècle, le goût et la lecture des romans sont devenus comme un élément hypothétiquement nécessaire ? N’est-il pas vrai aussi que leur propagation a pris les proportions d’un déluge, ou au moins d’un torrent ?

Le torrent passe à flots pressés : les meilleurs esprits en sont sinon envahis, du moins éclaboussés ou menacés. Ce serait folie de vouloir l’endiguer : mais n’est-ce pas, pour les pionniers des lettres, un devoir et un honneur de le détourner ou plutôt d’assainir ces eaux fougueuses et fangeuses, par des œuvres exquises, des livres d’amour honnête, des romans moraux ? Ne serait-ce pas un triomphe pour la cause catholique, et une gloire pour les écrivains consciencieux qui se sentent du talent, d’offrir des productions saines à tant de lecteurs qui puisent, faute de mieux, à des sources empoisonnées ?

Grâce à Dieu, des auteurs et des éditeurs l’ont compris. Aux jeunes gens formés, aux personnes chrétiennes qui désirent des romans, ils offrent des livres dont la valeur psychologique, le style et l’intérêt n’ont rien à envier à ceux des autres. Honneur à eux !

Cela ne veut pas dire cependant qu’on puisse donner à tous les jeunes gens, exclusivement et sans aucune mesure, les romans de cette catégorie. Tous les tempéraments ne supportent pas le tabac et le melon ; nous en connaissons de trop peu aguerris et de trop délicats, qui en seraient gravement incommodés.

De plus, la plupart de ces livres renferment des détails ou traitent des questions, qui supposent, surtout chez ceux qui les lisent entre les lignes, non seulement un jugement droit et des intentions pures, mais encore une éducation spéciale, l’éducation de la pureté.

« L’éducation de la pureté ! » C’est le titre d’un livre écrit par un prêtre des plus autorisés[9] et qui devrait être lu, relu par tous les pères et mères de famille.

C’est pour eux, en effet un grand et angoissant problème, de savoir quand, dans quelle mesure et dans quelles conditions, l’enfant, le jeune homme, la jeune fille qui ne savent rien et qui assistent à l’éclosion de l’amour, doivent être instruits des mystères de la vie. Hélas ! beaucoup trouvent la question tellement délicate qu’ils hésitent à l’aborder. Ils laissent aux hasards des circonstances, aux amis pervers, aux scandales de la rue, des spectacles et des lectures, le soin de faire, trop tôt ou trop tard, avec une méthode désastreuse et souvent avec des intentions coupables, une éducation, dont eux-mêmes ont presque exclusivement la charge, dont ils reconnaissent la souveraine importance, et dont ils n’ont pas le courage et la prudence d’entreprendre sa direction.

Qu’ils lisent donc l’ouvrage de M. Fonssagrives, qu’ils pourvoient hardiment, d’après ses données, à l’initiation de leurs enfants ; et au lendemain de leurs premières candeurs, quand cette éducation les aura non seulement « déniaisés », mais instruits et armés ; alors — mais alors seulement — qu’ils leur confient les romans signalés ci-après, ceux que nous leur recommandons dans les deux séries voisines, et même parfois ceux qui sont destinés aux grandes personnes… Ils auront ainsi fait leur devoir ; et ces lectures, dans de telles conditions, n’empêcheront pas leurs jeunes gens et jeunes filles de faire le leur.

On s’étonnera peut-être de voir mentionnés dans cette catégorie certains ouvrages de M. Aigueperse, Z. Fleuriot, Maryan, et autres écrivains genre Rostopchine, qui sont habituellement rangés en bloc, « a priori », et sans réserve, parmi les romans inoffensifs, et donnés à tout venant dans les bibliothèques paroissiales…

Et cependant ?

Les ouvrages de la plupart de ces auteurs sont honnêtes et moraux, souvent même moralisateurs. Ceci est incontestable. Mais leurs récits et leurs leçons conviennent-ils à toutes les conditions, aux esprits ordinaires, aux personnes du peuple, aux braves paysans, comme aux gens plus instruits ou lancés journellement dans le tourbillon mondain ? Ces livres où il est question d’amour, de mariages, de ménages, et qui peuvent être utiles et intéressants pour les grandes personnes ou les jeunes gens qui se préparent immédiatement à leur avenir, le sont-ils également pour les lecteurs moins âgés ? Est-il à propos de confier à des adolescents trop inexpérimentés des livres comme « Les combats de la vie », où une jeune fille trois fois combattue dans ses affections finit, après deux cents… pages d’angoisses, par épouser celui qu’elle aime ? etc., etc. Ne serait-il pas au contraire dangereux de permettre de pareilles lectures à des personnes dont l’imagination neuve et le cœur vierge ont besoin d’être formés, dont la curiosité et les sens ne sont déjà que trop éveillés, dont l’intelligence doit s’appliquer à des choses plus sérieuses, dont la vie doit se passer dans de plus modestes préoccupations, dont les loisirs peuvent être consacrés utilement à des récréations plus saines et même à des exercices d’hygiène ?

Quelle que soit la réponse, — et pour nous elle n’est point douteuse — c’est rendre un réel service aux mères de famille et à tous ceux qui ont l’importante mission de diriger les lectures, que de leur signaler, parmi tant d’œuvres, non seulement celles qui, au point de vue littéraire, sont trop méconnues ou trop louées, mais surtout au point de vue moral, peuvent être ou non, à un certain âge, une occasion de trouble et d’étonnement.

En tout cas, nous avons pensé qu’il y avait dans l’espèce, quelque chose à tenter, et nous avons essayé de fournir, à ce point de vue, d’exactes indications. D’aucuns n’en tiendront pas compte, et « a priori » nous n’oserions les en blâmer. D’autres, moins avertis par ailleurs, les trouveront dignes d’attention et s’en inspireront pour se tracer à eux-mêmes ou suggérer aux leurs une ligne de conduite : nous les félicitons.


Amédée Achard (1814-1875), journaliste, dramatiste, puis romancier. Quoique protestant, il a su donner à ses romans parfois répréhensibles un certain caractère d’honnêteté qui explique leur succès. Nous éliminons Marcelle (malsain) ; La Vipère (roman de possession, peu intéressant) ; Droit au but (fort risqué) ; etc… nous nommons Les trois grâces (mœurs bourgeoises bien décrites) ; Le livre à serrures (émouvant, quelques mots libres) ; Le Journal d’une héritière ; Le clos pommier ; Histoire d’un homme ; L’ombre de Ludovic ; et nous laissons à tous : Histoire de mes amis (les animaux).


Joseph Ageorges, écrivain régionaliste, né en 1878. Les Plaisantes Dictions de Pierre Pilotat, les Contes de mon oncle Paterne sont des recueils de nouvelles berrichonnes. Le Deuil du Clocher renferme, à côté de brefs récits et de descriptions, une longue nouvelle qui montre l’état d'une paroisse concordataire à la veille de la Séparation. Une ou deux scènes un peu passionnées, un mot cru çà et là empêchent seuls ces livres moraux et honnêtes d’être absolument pour tous.


Mlle Mathilde Aigueperse (Clermont-Ferrand, 1854), écrit surtout pour les jeunes filles, et cherche à leur faire aimer Dieu tout en les distrayant.

Nous citons : La mariée ; Les combats de la vie ; Les Étapes de Simone (une institutrice qui se marie avec le père de ses élèves) ; La Fresnaie… (passionné) ; À dix-huit ans (très bien) ; Les joies du célibat (faire des heureux) ; La route a des épines.

Les jeunes filles toutes candides liront plutôt : Main d’enfant (un peu romanesque tout de même) ; Marguerite ; Kerdelec doit, Kerdelec veut ; Le choix de Maura ; Revanche ; Marquise Sabine ; Grande sœur ; Son cœur et sa tête ; Le mal du pays ; Cœur de jeune fille ; Petite Mouette ; Dernière poupée ; Suzel et sa marraine (lettres gaies, exquises) ; Suzel mariée (étude fine et sérieuse) ; Mona.


Pedro-Antonio d’Alarcon (1833-1891), homme politique, poète et romancier espagnol qu’on a rapproché de notre Balzac.

Il a touché à tous les genres et occupé une place considérable parmi les écrivains de son temps et de son pays. Ses œuvres, traduites en français, ont obtenu un vif succès. Citons : Le tricorne (reproduit dans le Temps en 1877) ; Courtes nouvelles ; Le journal d’un témoin de la guerre d’Afrique (gros succès de librairie) ; Le final de Nonna ; Le scandale (qui fit grand bruit, pas pour la jeunesse) ; La prodigue. L’enfant à la boule, son chef-d’œuvre, convient aux jeunes gens, ainsi que le précédent et peut-être les autres.


Danielle d’Arthez, de son vrai nom Mme Mathilde Gautier (Tinchebray, 1862), a publié L’angoisse d’aimer (!) et montré, au moins dans Aux jours d’épreuve, qu’elle n’est pas très favorable à l’éducation chrétienne. Ses autres romans : Arlette ; La femme de mon fils ; Lutter pour vivre ; Mlle High-Life ; Les races qui meurent ne sont pas très religieux. Nous les classons ici avec Le roi du blé ; La fin du rêve (le cœur et l’argent) ; Le flot qui monte (l’anarchie et ses remèdes).


Gabriel d’Azambuja (Marseille, 1869), avocat, un des rédacteurs les plus aimés de La Croix (Diégo) rédacteur en chef de La Science sociale.

Comme romancier, il doit figurer en bonne place, parmi les vaillants écrivains qui, faisant de la littérature un apostolat, ont déjà creusé un profond sillon et semé de bon froment pour les âmes… Puissent L’Abdication ; Trois dots ; Entre cousins ; Un chassé-croisé, produire d’abondantes récoltes dans le champ de l’éducation sociale !


Émile Baumann (Lyon, 1868), romancier catholique dont les quelques ouvrages sont tous « informés » de christianisme : L’immolé, histoire d’une âme qui se dégage des passions, les dompte, et après deux chutes, s’élève vers les hauteurs de la vie intérieure ; La fosse aux lions, livre pittoresque et sain qui met en opposition un père vicieux et ivrogne et son fils dévoué aux bonnes œuvres ; Trois villes saintes, récit d’un pèlerinage de l’auteur à Ars en Dombes, à Saint Jacques de Compostelle et au Mont Saint-Michel, pages attachantes et colorées ; Le baptême de Pauline Ardel, histoire d’une conversion religieuse dans une famille d’universitaires libres-penseurs ; La paix du septième jour, roman étrange sur les temps eschatologiques, magnifiques descriptions, idées discutables.


René Bazin, né à Angers en 1853. Membre de l’Académie française. Professeur à la Faculté catholique de droit, il ne quitte sa ville que pour voyager le plus possible et rapporter de ses voyages des croquis corrects, élégants et purs, comme les tableaux des maîtres flamands du XVe siècle : Croquis d’Italie ; Terre d’Espagne ; Italiens d’aujourd’hui ; Sicile ; Croquis de France et d’Orient, etc…

Ses romans déjà nombreux l’ont placé en quelques années au premier rang des artistes et des écrivains chrétiens. Ils n’ont pas éclaté comme des obus ; sans faire de tapage, ils ont suivi leur cours, semblables au fleuve pittoresque, sur les bords duquel ils ont été écrits. Ils ont paru et ils ont plu : car ils valent et ils s’imposent par eux-mêmes.

Ils démontrent victorieusement que le roman peut être réaliste et intéressant, tout en prenant ses inspirations ailleurs que dans les milieux tarés, si chers aux écrivains à la mode. L’exquise fraîcheur du style, la clarté sereine et puissante du langage, le charme des paysages, la saveur des descriptions, l’amour de la terre natale, la finesse des analyses, en font des œuvres littéraires et artistiques de tout premier ordre.

Et pourtant ces pages exquises n’ont rien d’amollissant et de fade. Au contraire. Tout en étant attendrissantes, elles ne sont jamais sentimentales ni maladives : elles parlent au cœur, mais leur langage est si français et si chrétien, qu’on se sent, en les lisant, devenir meilleur et plus fort pour les combats de la vie. Elles sont réalistes, en ce sens qu’elles ont le souci du détail vrai, mais ce réalisme est si heureusement tempéré de poésie et nourri de leçons, que l’âme qui s’alimente à leur contact, si elle se prend à rêver, rêve d’idéal et de vertu.

Rappelons ses ouvrages : Stéphanette (sous le pseudonyme de Bernard Seigny, 1884) ; Ma tante Giron ; Une tache d’encre ; Mme Corentine ; La Sarcelle bleue ; Les Noëllet ; De toute son âme ; La terre qui meurt ; Les Oberlé ; L’âme alsacienne ; Humble amour ; Paul Henry, enseigne de vaisseau (biographie intéressante pour tous) ; Contes de bonne Perrette ; Histoire de 24 sonnettes ; Le guide de l’Empereur ; Récits de la plaine et de la montagne ; Mémoires d’une vieille fille ; Donatienne (pas pour jeunes filles) ; L’isolée (montre dans la personne d’une religieuse sécularisée l’infamie de la loi de proscription, ouvrage hardi que certains ont trouvé choquant et inopportun et que d’autres ont qualifié d’œuvre vengeresse, infiniment utile… aux grandes personnes) ; Le blé qui lève (l’apostolat populaire des jaunes ; scènes ravissantes) ; Le mariage de Mademoiselle Gimel, dactylographe (cinq nouvelles intéressantes) ; La barrière (étude forte, apologétique, pas pour tous jeunes gens) ; La douce France (ouvrage classique ; touchante évocation de nos gloires ; il faut lire ce livre pour comprendre pourquoi la France est appelée douce et pour l’aimer mieux encore) ; Davidée Birot, histoire d’une institutrice communale qui se convertit ; œuvre de vrai apostolat catholique ; notes trop crues pour les jeunes filles ; Gingolph l’abandonné, récit pathétique, tableaux de la vie des pêcheurs boulonnais, tableaux de mer merveilleux ; La closerie de Champdolent, tableaux délicieux de la vie rurale ; histoire d’un ménage désuni, réconcilié par la guerre et par la pratique des devoirs qui gardent l’amour au cœur des époux ; à peu près pour tous ; Les Nouveaux Oberlé, belles envolées patriotiques ; l’Alsace, la Provence, la France !

Comme tant d’écrivains notoires, M. Bazin a collaboré à la guerre et à l’histoire de la guerre : il a vu nos soldats et il s’est senti attiré surtout vers ceux pour qui le visage de la patrie se confond avec la figure d’un champ. Il les a racontés dans Récits du temps de la guerre ; Aujourd’hui et demain ; Pages religieuses.


Le marquis Charles-Albert Costa de Beauregard, (1835-1909), descendant d’une ancienne famille italienne. Membre de l’Académie française.

Outre des ouvrages historiques très sérieusement documentés : La jeunesse du roi Charles-Albert ; Les dernières années du roi Charles-Albert (tous deux pour grandes personnes) ; Mémoires d’un royaliste (sous la Révolution, pour tous) ; Un homme d’autrefois ; etc., il a édité un recueil de récits intitulé Courtes pages, que nous plaçons ici, surtout à cause de l’histoire d’un « vannée » ; Prédestinée (jolie bluette, pour tous) ; Amours de saintes.


'Currer Bell, de son vrai nom Mistress Charlotte Brontë, la plus célèbre des trois sœurs-auteurs de ce nom (1821-1855). Dès sa quinzième année, sa plume commença à courir et elle ne s’arrêta qu’après avoir écrit une masse énorme d’ouvrages, remarquables par la vigueur du style et l’analyse pénétrante du cœur féminin. Jane Eyre ou Mémoires d’une institutrice, qui eut un succès prodigieux ; Shirley ; Villette ; etc., ne doivent être lus cependant qu’avec circonspection.


Thérèse Bentzon, alias Mme Blanc (1840-1897). Les origines de cette charmante femme de lettres expliquent beaucoup son œuvre. Son père était M. de Salms, ministre de Wurtemberg ; sa mère était française, et sa grand-mère dont elle a repris le nom de Bentzon, était danoise. On retrouve dans les écrits de Mme Blanc le caractère réfléchi qu’elle tenait de l’hérédité allemande, la vivacité française et la douceur septentrionale. Elle a vulgarisé en France les romanciers anglais et américains ; elle a publié dans la Revue des Deux-Mondes de fortes études sociales, des articles de critique des romans.

Les grandes personnes lisent : Les Américaines chez elles ; Choses et gens d’Amérique (très attachant) ; La grande Saulière ; Un remords ; Tony ; Jacqueline (délicieux roman d’amour) ; Double épreuve (recueil intéressant) ; Les Malentendus (d’amour) ; Constance (son chef-d’œuvre ; l’héroïne brise son cœur plutôt que de le donner à un divorcé).

Contes de tous les pays ; Pierre Casse-cou ; Geneviève Delmas ; Yvette (histoire d’une créole) ; Le château de Bois-Vipère ; conviennent à toutes les jeunes filles.


Robert-Hugh Benson (1871-1914), prélat, prédicateur, conférencier et écrivain, frère cadet de deux écrivains également célèbres, fils d’un archevêque anglican de Cantorbéry. Il s’est converti au catholicisme en 1903 : les Confessions d’un converti ont paru en France en 1913.

Il fut sans conteste le premier écrivain catholique anglais, et parmi les romanciers contemporains, il occupa un des premiers rangs.

Les livres de Mgr Benson ont la fraîcheur et la grâce des récits de Bazin ; ils ont de plus la profondeur psychologique des ouvrages de Barrés ; mais ils sont parfois d’une conception fort hardie, et ils renferment d’ordinaire une idylle dans laquelle l’héroïne est présentée avec beaucoup de détails. Aussi quelques-uns d’entre eux, tout en étant d’inspiration profondément catholique, sont susceptibles d’effaroucher certaines âmes.

Son premier roman, Le maitre de la terre (tableau original des derniers jours du monde) a passionné le public catholique et soulevé de violentes discussions. Celui qui a suivi, Par quelle autorité, roman historique, est peut-être plus remarquable encore et sûrement moins troublant.

Citons en outre : La vocation de Franck Guiseley, histoire étrange d’un jeune anglais converti qui se fait trimardeur pour ramener au devoir une jeune fille dévoyée (pour adultes) ; Les sentimentalistes, récit d’une cure d’âme (pour tous) ; et trois récits historiques qui conviennent à tous les lecteurs : La tragédie de la reine, évocation de Marie Tudor ; Richard Raynal ermite, vie des ermites au XV ; L’œuvre du roi, Henri VIII ; La nouvelle aurore (imagine le triomphe final du bien, réplique au Maître de la terre).


Lya Berger (Châteauroux, 1877), poète, romancière et critique. Ses recueils de vers, Les pierres sonores et Les effigies, ont obtenu les suffrages des connaisseurs.

Parmi ses romans, L’aiguilleuse, d’inspiration un peu fataliste, ne convient qu’aux adultes ; La voix des frontières, roman patriotique assez intéressant, renferme un passage trop passionné pour être lu par la jeunesse ; La Germania vaincue, décrit les mœurs perverses des Allemands.


Léon Berthaut (Le Havre, 1864), président de la Société des Sauveteurs, voyageur qui connaît à fond la vie des marins, bon évocateur dramatique.

Nous citons parmi ses œuvres : Les grands sauveteurs, publié sous le pseudonyme de Jean de la Hève (pour la jeunesse) ; Phares et bateaux ; Le fantôme de Terre-Neuve (vie des pêcheurs de Terre-Neuve depuis leur embarquement à Saint-Malo, sur de mauvais transports, jusqu’à leur retour (intrigue sentimentale) ; Le pilote n° 10 (héroïsme des pilotes, intrigue d’amour) ; L’absente (roman des capitaines au long cours) ; Le réveil (roman patriotique, absolument neutre) ; Le record du tour du monde (pour tous) ; Honneur et patrie ; Le peuple de la mer ; Les vainqueurs de la mer, histoire générale de la marine.


Élie Berthet (1815-1891), romancier fécond, écrivain médiocre et surtout très peu chrétien. Il excelle à soutenir l’intérêt par des intrigues bien menées et des situations dramatiques.

Systématiquement, il est neutre au point de vue religieux ; occasionnellement, il hérisse ses histoires de tirades inutiles contre la religion et les religieux.

Parmi ses 100 volumes, nous citons pour cette série : La bête du Gévaudan (émouvant, quelques mots contre les moines) ; Le douanier de mer ; Le dernier irlandais ; Le séquestré ; L’étang de Pressigny ; Les Houilleurs de Polignies ; Val d’Andorre ; La mine d’or ; Le sac de la Ramée ; Fleur de Bohême ; L’œil de diamant.

Pour tous : En route pour le Tonkin ; Les naufragés de Marie-Élisabeth ; Louisette de Plougastel.

Pour les enfants : Aventures de Martin Frispoulet ; L’enfant des bois ; La petite Chaillou ; Les petits écoliers ; L’expérience de grand’papa.


William Black, romancier anglais (1841-1898). Ses œuvres ont eu et parfois charmé un public nombreux : elles mettent en scène de braves gens tranquilles, vivant dans des milieux à la Dickens. Nous citons pour cette série : Anna Béresford ; Sabina Zembra.


Henry Bordeaux (Thonon, 1870), critique, écrivain de revues, romancier de talent, fervent admirateur de la tradition, peintre passionné de la nature. Membre de l’Académie française.

Parmi ses œuvres, nous réserverions aux grandes personnes : Vies intimes (l’auteur qui excelle à analyser les sentiments féminins, ouvre la correspondance amoureuse de certaines nobles et gentes dames des trois derniers siècles, nous introduit dans leur logis parfumé et nous fait de la psychologie très fine) ; Amour en fuite (suivi de L’honnête femme et du Paon blanc, trois nouvelles très passionnées) ; La voie sans retour ; Le pays natal ; Le lac noir ; L’écran brisé (et trois autres nouvelles ; bouquet légèrement capiteux) ; Passages romanesques (41 morceaux) ; Les Roquevillaret (la solidarité familiale ou la lutte pour l’honneur à cause des scandales d’un fils ; scènes poignantes) ; Les yeux qui s’ouvrent (les difficultés qui surgissent entre les époux, contre le divorce et l’union libre, leçons utiles) ; La croisée des chemins (belles descriptions d'une faiblesse passagère chez un homme et son retour) ; Jeanne Michelin (recueil, lamentable erreur de jeunesse) ; Le Carnet d’un stagiaire (nouvelles, pages scabreuses) ; La neige sur les pas (l’adultère et son pardon ; glorification de l’idée de famille ; leçons salutaires pour les dévoyés ; malsain pour les âmes vraiment chrétiennes).

Nous permettrions volontiers à d’autres, sauf quelques pages où ils ne doivent pas s’arrêter : La petite-Mademoiselle (elle a été mise en prison pour avoir insulté un agent, lors de l’expulsion des sœurs ; elle veut pour mari un condamné… Un jeune homme arrive enfin à mériter la main qui lui est offerte en se faisant condamner pour avoir sépare deux ivrognes !…) ; La peur de vivre (où l’auteur combat la prétention de trop de jeunes filles qui ne veulent se marier que pour jouir et qui ont peur d’une vie de déplacement, de travail et de sacrifice ; prendre l’édition de 1910 pour familles) ; La maison (œuvre d’apostolat et œuvre d’art, ouvrage remarquable ; pour tous, sauf quelques mots) ; La robe de laine ; Les pierres du foyer, essai, sur l’histoire littéraire de la famille française ; Promenades en Savoie.

Le sympathique romancier est devenu pendant la guerre un de nos chefs. Mais il a continué à écrire pour glorifier la France et la fleur des héros. Et parce que sa pensée était merveilleusement préparée aux hautes inspirations de ces heures tragiques, ses ouvrages sont à la hauteur des exploits qu’ils racontent : La vie héroïque de Guynemer ; La jeunesse nouvelle ; Trois tombes ; La chanson de Vaux-Douaumont (deux volumes).


Henri de Bornier (1825-1901), littérateur et poète, qui a publié des pièces de théâtre en vers (La fille de Roland ; France d’abord) et des romans parmi lesquels on lira : Comment on devient belle ; Le jeu des vertus ; Louise de Vanvert et surtout La lézardière.

Dans son discours de réception à l’Académie, M. Rostand lui a reproché « d’avoir joué d’une flûte exagérément parthénienne et d’avoir composé des ouvrages un peu trop Rostopchine », comme si le respect de la morale constituait pour un écrivain une infériorité… N’est-ce pas plutôt une gloire pour de Bornier, d’avoir pu adresser à sa fille cette strophe touchante :


Jamais, d’une lèvre flétrie
Je n’outrageai, pas même un jour,
La liberté, Dieu, la patrie,
L’art sévère et le chaste amour !


Mme B. de Buxy, née dans le Jura, en 1863, a témoigné des qualités sérieuses dans des livres que de bons critiques ont discernés, et qui généralement peuvent être lus par tout le monde : Les filles du médecin (très bien) ; Une jeune belle-mère (jeu de tennis et puis… patriotique) ; Le grillon du manoir (jolis détails) ; La vocation de Béatrice (bien observé) ; Mademoiselle ; Le mystère du Froid-Pignon ; La femme du docteur Austin ; Le second mariage (les faux calculs qui amènent le divorce et les malheurs du second mariage) ; La villa du cœur en peine ; M. le maître de Chatelmont ; Noces de neige (souffrances d’une héroïne) ; Veuve de quinze ans (elle croit son mari mort, elle le retrouve) ; Le mari de la veuve (suite du précédent, le mari est réellement mort ! ; etc.) ; La mystérieuse aurore (fort compliqué ; très convenable) ; La marguerite des marguerites (délicieux récit pour les jeunes filles) ; Le lys en otage ; La revanche de Valdérée (mouvementé) ; Le mariage de minuit (ingénieux, compliqué, irréprochable) ; Une prison dorée (fantaisie moins intéressante) ; L’âme captive (n’est pas à conseiller) ; etc…


M. du Campfranc (1846-1908), fille de François-Alfred de Vimont, et mariée à M. Jules Coutance, ancien capitaine d'artillerie. Le berceau de sa famille était le château de Campfranc, près Lisieux ; et c’est du nom de cet antique manoir que notre auteur a fait son pseudonyme…

Nous recueillons au hasard : Toit de chaume (couronné par l’Académie) ; Héroïsme au pays des neiges (la longue et angoissante attente d’une femme, dont le mari est témérairement parti en ballon dans la direction du pôle) ; Rêve de femme ; La dot de Germaine (un des meilleurs) ; Édith (le devoir avant tout) ; Le manuscrit d’Inès ; La mission de Marguerite ; Rêve et réveil ; Les Walbert (patriotique et religieux) ; Le roman d’une sainte (genre Fabiola) ; Sœur Louise ; Exil (récit polonais) ; Un vieil homme de lettres (un des meilleurs) ; Obéissance (femme trompée ; le vice n’est peut-être pas assez puni) ; Une bonne affaire (tout d’azur, mal composé).


Champol, de son vrai nom le comte de Lagrèse, dont tous les ouvrages sont d’un charmeur, d’un psychologue et d’un artiste. Mort en 1918.

Les jeunes filles bien raisonnables liront : L’argent des autres ; Les points noirs ; Le roman d’un égoïste ; Sophie ma plus jeune ; Le vœu d’André ; La lune rousse (charmant) ; Les justes (couronné par l'Académie, magnifique) ; Amour d’antan ; L’heureux Dominique (drôle mais religieux) ; La conquête du bonheur ; L’homme blanc ; Le droit d’aînesse ; Les Fromentier ; La rivale ; Le mari de Simonne (réflexions qui ne sont pas au point surtout sur le mariage) ; Les fleurs d’or ; Les revenantes ; Sœur Alexandrine ; Les demoiselles de Saint-André.

Les sœurs cadettes se plairont certainement à lire : Un coup de patte ; En deux mots ; Mme Melchior ; Noëlle ; Anaïs Evrard ; Le duc Jean ; Cadette de Gascogne ; L’idéal de l’oncle Caillou ; Les deux marquises.

Tous les lecteurs se sentiront, en présence de ces livres sains et fortifiants, saisis de respect pour ce qui est vraiment beau et qui élève l’âme.


Claire de Chandeneux (1836-1881), pseudonyme de Mme Bailly, née Emma Bérenger, femme et mère d’officiers supérieurs. Ses romans étudiés, bien conduits, intéressants et bien écrits sont surtout consacrés à la vie militaire.

Ceux qu’il ne faut pas confier à des lecteurs trop jeunes sont : Giboulées de la vie ; Le lieutenant de Rancy ; La tache originelle ; Une faiblesse de Minerve ; Sans cœur ; Une fille laide ; Visions d’or ; Les filles du colonel ; L’honneur des Champavaire ; Le mariage du trésorier ; et aussi, quoique avec moins de réserve : L’automne d’une femme ; La croix de Monguerre ; Les deux femmes du major ; La dot réglementaire ; La femme du capitaine Aubépin ; Les ronces des chemins ; Secondes noces ; Souvenirs de Bérénice ; Vaisseaux brûlés ; et ceux qui font partie des deux séries intitulées Les mariages militaires et Les mariages de garnison.

Quant aux autres, nous les classerions volontiers aussi dans cette catégorie.


Gui Chantepleure, de son vrai nom Mme Edgar Dussap, née Jeanne Viollet (Paris, 1875). Sa plume fertile et délicate a tracé des nouvelles qui sont beaucoup lues : Ma conscience en robe rose ; Le château de la vieillesse (pour tous) ; Fiancée d’avril ; Ruine en fleurs ; Le sphynx blanc ; Âmes féminines ; Mon ami l’oiseau bleu (douze contes délicieux, pour tous) ; L’aventure d’Huguette (une ingénue qui, en rentrant, se trompe d'étage, pénètre chez un romancier et, par suite d’un accident de serrure, se voit obligée de passer la nuit là, dans un fauteuil !) ; Le baiser au clair de lune (superficiel, sentimental) ; La folle histoire de Fridoline (aventure complexe et passionnée) ; Malencontre (trop romanesque et bizarre) ; La Passagère (psychologique) ; Le hasard et l’amour (quatorze nouvelles fort sentimentales).

L’auteur obtient du succès en donnant ainsi à ses productions un frottis de piment. Heureux serons-nous, si elle n’en est jamais grisée, au point de devenir plus troublante qu’elle ne l’est déjà !


Prosper Chazel, pseudonyme de Adolphe Lereboullet (Strasbourg, 1845), parsème ses quelques œuvres de descriptions et analyses sentimentales, jolies comme des fleurs sur un canevas bien apprêté : La haie blanche (trop passionné pour jeunes filles) ; Histoire d’un forestier (pour tous).


Wilkie Collins (1824-1889), dramaturge et romancier anglais, ami de Dickens, dont il a le charme et l'intérêt.

Citons parmi ses œuvres traduites en français : Cache-cache ; C’était écrit ; Les deux destinées ; La femme en blanc (le plus célèbre) ; La fille de Jézabel (peu moral) ; L’hôtel hanté ; Je dis non ; Mlle ou Mme ; La mer glaciale ; La morte vivante ; Pauvre Lucile ; La pierre de lune ; La liste du crime ; Le secret ; qui, à cause de leur intrigue dramatique et compliquée, ne conviennent pas aux jeunes filles ; Mari et femme ; Sans nom ; La nouvelle Madeleine ; qui ne doivent être lus que par des personnes raisonnables.


Le Père Luis Coloma, jésuite espagnol (1851-1917), fils d’un riche avocat de Jerez. Traversa la marine, le droit et la vie mondaine, avant de se consacrer à la vie religieuse. Il ne s’était fait connaître que par de courtes nouvelles, lorsqu’en 1890, il publia dans « Le Messager du Cœur de Jésus », de Bilhao, sous le titre de Bagatelles, un livre dirigé contre les vices du Tout-Madrid, qui souleva des discussions passionnées.


Henri Conscience (1812-1876), écrivain flamand, dont les œuvres ont été traduites en plusieurs langues. Nous croyons que ses nombreux romans ne doivent pas généralement être mis sous les yeux de lecteurs trop jeunes : ils sont moraux et honnêtes, mais ils s’inspirent trop, peut-être, de cette maxime attribuée à G. Sand : « Le premier devoir du roman, c’est d’être romanesque ».


François Coppée, le grand poète, auteur dramatique et conteur. Membre de l’Académie française. Né à Paris en 1842, d’une famille chrétienne, il eut dans son enfance, « la piété sans la foi ». « La crise de l’adolescence et la honte de certains aveux » le jetèrent dans l’indifférence ; il en sortit en 1898, sous l’action de « la Bonne souffrance », et il a vécu courageusement, « dans la prière, et dans la lutte » [10] pour la vérité religieuse et la Patrie française, jusqu’en 1908.

Au point de vue littéraire, il a abordé presque tous les genres :

Ses œuvres poétiques surtout, révèlent des qualités maîtresses de cœur et d’esprit : l’amour des humbles et des fiers, le sens de l’exquis, la bonté et la sincérité. Certaines d’entre elles recèlent malheureusement des fleurs, cueillies dans les « jardins du Tendre », qu’on ne peut pas regarder sans rougir.

Son théâtre compte une douzaine de pièces en vers : Le passant (un acte, guitariste et courtisane) popularisa son nom. Viennent ensuite : Fais ce que dois (patriotique) ; Le Luthier de Crémone ; Les Jacobites ; Severo Torelli ; Pour la couronne (un peu sensuel) ; etc., et autres, qui ne sont pas pour la jeunesse.

En prose, nous signalons, outre ses Contes, etc., qui ne sont pas à lire, La bonne souffrance (série d’articles admirables, édifiants, où l’auteur expose, avec la simplicité et l’humilité d’une âme naturellement chrétienne, les phases douloureuses et consolantes de sa conversion, à lire et à faire lire) ; Contes pour les jours de fêtes (délicieux, inspirés par la foi, la charité et le patriotisme ; à peu près pour tous) ; Souvenirs d’un parisien (pour grandes personnes).

Malgré ses défaillances regrettables, nous plaçons ici, chez les « jeunes », ce sympathique écrivain, parce que ses œuvres saines et son action courageuse, et, malgré tout utile, font de lui, à beaucoup d’égards, un « maître » pour la jeunesse catholique.


Mme Augustus Craven (1820-1891), née Pauline de la Ferronnays, dont les romans, autrefois publiés par Le Correspondant, sont encore beaucoup lus par la jeunesse féminine… Elle est dans toutes ses œuvres, romanesque, lyrique et un peu exaltée. « L’amour vu à travers ses œuvres, écrit un homme du monde, est un sentiment à la fois désintéressé, affolé d’idéal et comme dématérialisé, dont l’existence offre, à la vérité, fort peu d’exemples et qui n’est pas sans danger ».

Sous le bénéfice de cette observation, nous classons dans cette catégorie, outre ses Biographies : Réminiscence ; Travail d’une âme ; tous ses ouvrages : Anne Séverin ; Éliane ; Fleurange ; Les Valbriant ; Récits d’une sœur ; Le mot de l’énigme ; en notant que ce dernier surtout appelle des réserves.


Camille Debans (1834-1919), a publié des articles de journaux et de nombreux romans : Le baron Jean ; Les drames à toute vapeur ; Histoire de 18 prétendus ; Histoires de tous les diables ; etc…


Charles Deslys (Charles Collinet, dit). Un enfant de Paris, né en 1821. Chercha sa voie un peu à l’aventure, au théâtre où il remplit plusieurs rôles, dans l’histoire où il échoua ; il finit par se fixer dans le roman et la nouvelle, et mourut en 1885, en laissant une cinquantaine de volumes.

Comme Dumas, dont certaine critique a voulu en faire un héritier, il a écrit vite, trop vite même, et il a été en son temps avidement lu. Beaucoup de ses livres sont un peu négligés maintenant, comme tous ceux de la littérature facile : on les trouve pourtant dans certaines bibliothèques, à l’usage des personnes d’un certain âge.

L’héritier de Charlemagne ; Récits de la grève (tableautins normands, couronné par l’Académie) ; Les Buttes Chaumont ; La balle d’Iéna ; Maître Guillaume ; Le canal Saint-Martin ; Courage et dévouement (recueil de nouvelles) ; Grand’Maman ; Loi de Dieu ; La mère aux chats ; sont inoffensifs ou à peu près.

Les bottes vernies de Cendrillon (bluette, sa première œuvre) ; Les compères du roi ; Les 17 ans de Marthe ; L’aveugle de Bagnolet ; La fille à Jacques ; L’oncle Antoine (écrit quelques jours avant sa mort) ; doivent être lus avec circonspection.

Quant à La marchande de plaisirs et autres, ils ne doivent pas figurer dans les bibliothèques de famille.


Charles Dickens (1812-1870). Après une jeunesse besogneuse, il se fit le fils de ses œuvres. Le succès répondit à ses efforts : il acquit bientôt la richesse en même temps que la popularité et devint, par ses livres, l’un des hommes les plus influents de son pays. Sa finesse d’observation, ses peintures de caractères, ses tableaux pleins de vie, sa verve humoristique qui jaillit à chaque ligne, assurent à ses ouvrages une notoriété du meilleur aloi.

Il n’est jamais immoral. Cependant ses romans ne doivent pas être confiés à des lecteurs trop jeunes ; les qualités littéraires qui en font l’intérêt leur échapperaient et les scènes d’amour dont ils sont hérissés, les troubleraient bien inutilement. Nous ne ferions exception que pour les classiques Nicolas Nickleby ; David Copperfield ; Cantiques de Noël (son chef-d’œuvre) ; Le marchand d’antiquités.

Nous citons en outre, parmi les plus belles créations de ce génie anglais : Pickwick ; Olivier Twist ; Barnady Budge ; Le grillon du foyer ; Les carillons ; La bataille de la vie ; Le possédé ; Aventures de Martin Chuzzlewit ; La petite Dorrit. Lire aussi Pages choisies.


Benjamin Disraëli (1801-1884), l’une des plus curieuses figures de l’histoire anglaise au XIXe siècle, fils d’un libraire, littérateur, économiste, diplomate, homme d’État, s’imposa à tout un peuple et fut créé pair avec le titre de comte de Beaconsfield.

Ses romans ne sont guère connus que des « dix milles du high-life » ; on trouve pourtant dans nos bibliothèques catholiques Lothair et Sybil.


Roger Dombre (1859-1914), de son vrai nom Andrée Sisson, a publié une multitude de nouvelles et de romans très attachants, originaux et pétillants d’esprit.

La plupart sont à classer ici : Une pupille gênante ; Les empaillés ; La maison sans fenêtre ; La doctoresse ; Mlle d’Ypres (romanesque, mais noble) ; Frondeuse (enfance et jeunesse d’une) ; Cousine Bas-Bleu ; La perle des belles-mères (un petit chef-d’œuvre) ; La garçonnière ; Un cendrillon nouveau siècle (charmant) ; Au vert ; La fille de l’anarchiste (belle donnée d’un dévouement héroïque) ; La petite don Quichotte ; Ma petite belle-sœur ; Mariage d’ours ; L’homme debout ; Cousine sans gêne ; Brimborion ; etc…

L’arche de Noé ; La bonne d’enfants ; Un chien au couvent ; L’homme du phare ; Isola ; L’enfant à la Louve ; etc., conviennent même aux enfants.


Mario Donal, cache le nom de Marie Chambon et recommande à la sympathie des lecteurs quelques bons petits livres : Le chemin de la foi ; La princesse Mystère ; Rancune ; Terre promise ; La belle et la bête.


Lucien Donel, pseudonyme de M. Lucien Jouve (1850-1919), aumônier du lycée de Châteauroux.

Il fit ses premières armes au Musée des Familles, à l’époque où Henri de Bornier, Eugène Muller et Willy y tenaient si brillamment les premières places. Deux livres de nouvelles (Devant l’âtre ; Corniche) en sortirent, qui furent suivis de quelques romans : L’augure (contre les mariages consanguins) ; Par les sentes et les rives ; Le chardon bleu (magnifiques descriptions, sentiments réconfortants) ; Pilleurs d’amour (une jeune fille mariée à un aventurier diplômé et outrageusement délaissée).


Conan Doyle (Édimbourg, 1859), médecin et écrivain, qui a parcouru les mers arctiques, l’Afrique et l’Asie. Ses romans de policiers et de cambrioleurs où revient l’extraordinaire Sherlock Holmes (39 volumes), ont soulevé le plus vif enthousiasme chez les anglo-saxons. Ces aventures sensationnelles, curieuses plutôt que tragiques, ont été représentées au théâtre en 1907 : elles ont, paraît-il, « intéressé doublement le public et infiniment la caisse ». À la lecture, elles finissent par être monotones. Comme portée sociale, elles valent Gaboriau et Polichinelle.

Mettons à part pour les adultes : Un duo, histoire amoureuse et chaste d’un ménage bourgeois. Et pour tous : Les exploits du colonel Gérard ; Le drame du Korosko ; La marque des quatre ; Le chien de Baskerville ; Un crime étrange ; La grande ombre ; L’homme à la lèvre retroussée ; Le million de l’héritière ; Les réfugiés ; Le capitaine de « l’Étoile polaire ».


Paul Droz, fils de Gustave, le conteur. Ses Lettres d’un dragon sont un modèle du genre et peuvent procurer une saine récréation aux jeunes gens.


Henri Druon (Le Cateau-Cambrésis, 1859), bon écrivain dont nous citons, outre L’histoire de l’éducation des princes de la maison des Bourbons de France (ouvrage de grande valeur historique) ; deux romans intéressants : La jeunesse du Doyen ; Michel Roschine.


Adrienne Duhamel, de son vrai nom Madame Rogron, succéda à Mlle Thérèse-Alphonse Karr dans la direction du Conseiller des familles. Elle y publia de gentilles nouvelles et collabora entre temps à plusieurs périodiques estimés… Elle n’a repris sa plume alerte, fine et gracieuse que depuis quelques années et nous a enrichis de quelques romans psychologiques : Irréparable faute ; Le choix de Suzanne.


Roger Duguet, journaliste, romancier au talent souple et vigoureux. La Folie-Mauroy, description un peu troublante d’un ménage troublé, n’est plus dans le commerce. Après l’option ; La pauvre paroisse ; Jean Chouan ; L’amazone blanche ; Au drapeau, sont littéraires et très intéressants.


Georges Eliot (1819-1880), pseudonyme de Mme J.-W. Cross, née Anne Evans, romancière anglaise. Elle s’est placée au premier rang des écrivains de son pays ; en France où elle jouit d’une notoriété méritée, on l’a rapprochée de Bourget, de Conscience, de G. Sand.

Adam Bède (son chef-d’œuvre, histoire d’un charpentier) ; La conversion de Jeanne (roman prêcheur, peu intéressant) ; Le moulin sur la Floss (mœurs champêtres) ; Scènes de la vie du Clergé ; Silas Marner (histoire intéressante d’un tisserand) ; Les tribulations du Révérend Barton sont délicieux à lire. Malgré leurs idées positivistes empruntées à Strauss et Stuart Mill, malgré ce que l’ignorance de Jésus-Christ laisse d’inachevé dans son évangile de bonté, ils peuvent être mis en bonne place dans les bibliothèques des gens du monde. Ce sont des tableaux d’une vérité saisissante et finis comme les peintures de Memling.

Les Pages choisies, ne sont pas pour les tout jeunes gens, à cause de quelques passages.


Erckmann-Chatrian, nom de deux auteurs qui collaborèrent jusqu’en 1889. Le premier a vécu de 1822 à 1899, et le second de 1826 à 1890. Ils se sont rendus célèbres par des nouvelles champêtres, des romans de mœurs et surtout des romans historiques et poétiques, qui ont pour but de dramatiser les maux de la guerre.

Nous citons parmi les plus populaires : L’ami Fritz (idylle alsacienne, passages déistes) ; Histoire d’un conscrit de 1813 ; Waterloo (suite du précédent, tous deux presque irréprochables) ; Histoire d’un homme du peuple (pas de foi, impression plutôt fâcheuse) ; Le banni (un seul trait contre la religion) ; Contes vosgiens ; Maître Daniel Roch ; Juif Polonais ; Mme Thérèse (thèse en faveur des Droits de l’homme et de la République sociale) ; Le blocus ; L’invasion ; Contes fantastiques (14 récits dont plusieurs sont peu réservés) ; Contes d’un joueur de clarinette (trois contes, peintures dégoûtantes, propos égrillards) ; Maître Gaspard Six (mauvais) ; Les deux frères (préjugés antireligieux).

Les œuvres d’Erckman-Chatrian ont été sévèrement jugées par certains critiques ; elles sont intéressantes, quoique peu littéraires ; mais elles sont traversées d’idées démagogiques, antimilitaristes, et parfois anticatholiques, et de ce fait, elles ont pu exercer, chez les nombreux lecteurs des bibliothèques scolaires et publiques, une fâcheuse influence… Aussi, ne doivent-elles être lues par les jeunes gens qu’avec une extrême réserve.


Victor Favet, un apôtre qui met son beau talent d’écrivain au service de sa foi religieuse. Deux romans : Mieux que l’amour ; Et puis après ? Le premier montre qu’au-dessus de l’amour, il y a le devoir et la soumission à la loi divine ; le second met en lumière l’impuissance du bonheur humain à satisfaire une âme faite pour l’infini. Tous deux sont pleins d’entrain et de naturel ; ils intéresserons les lecteurs qui connaissent la vie.


Gabriel Ferry (Louis de Bellemare, connu sous le nom de), littérateur et voyageur français, né en 1809, mort dans une expédition maritime en 1852. Fils d’un négociant, il passa sept ans au Mexique.

Ses huit volumes : Costal l’indien ; Le coureur des bois ; La clairière du bois des Hogues ; Scènes de la vie sauvage ; Scènes de la vie militaire au Mexique ; Les exploits de Martin Robert ; Les aventures du capitaine Ruperto Castanos au Mexique ; Les étapes de Rameau ; etc., constituent une épopée du désert, attachante au plus haut point, mais que les mères ne peuvent lire devant toutes leurs filles, en raison surtout des préjugés antireligieux de l’auteur.


Paul Féval, né à Rennes, en 1817, mort en 1887. Parti pour Paris à l’insu de ses parents, dès l’âge de 20 ans, il se signala à l’admiration du public par Le loup blanc et surtout Les mystères de Londres. Depuis il composa avec une facilité qui tenait du miracle, une foule de romans, dont plusieurs, tel Le Bossu, portés à la scène, se jouent encore aujourd’hui. Converti en 1876, à la suite de revers de fortune et sous l’influence de sa femme, il racheta à ses éditeurs ses 200 ouvrages et eut le courage de les corriger, pour en faire des éditions catholiques. Malgré ces retouches, des négligences de style et certains défauts de composition, ses récits bretons et ses grands feuilletons qui se distinguent par une imagination exubérante, une sensibilité vibrante et la maëstria de la mise en œuvre, restent au premier rang des romans chrétiens.

Il y en a pourtant qui, n’ayant pas été corrigés, sont bannis des bibliothèques chrétiennes. Citons : Les amours de Paris ; Aimée ; Annette Laïs ; Bouche de fer ; Les deux femmes du roi ; Le drame de la jeunesse ; Le fils du diable ; Le secret des habits noirs, en trois parties ; Jean Diable ; Le jeu de la mort ; Mme Gil Blas ; Les mystères de Londres ; Amourette et Marie (La province à Paris) ; Le roman de minuit ; La tache rouge ; Le volontaire ; La fabrique de crimes ; La cosaque ; Les belles de nuit ; La chambre des amours ; Le mari embaumé ; La pécheresse ; en un mot tous ceux qui font partie de la collection Dentu, Fayard ; etc…

Il en est quelques-uns qui ne conviennent qu’aux personnes d’âge raisonnable, tels que : Le Bossu ou le Petit Parisien ; Le capitaine fantôme ; Les filles de Cabanil (suite du précédent) ; Talavera la Reine ; Contes bretons.

On peut ranger dans cette catégorie et mettre entre toutes les mains la pluralité des 45 volumes expurgés par l’auteur et publiés par la librairie catholique Palmé et repris par Ollendorff : La belle étoile ; Le capitaine Simon ; La fille de l’émigré (contre le duel, point de départ un peu scabreux) ; La chasse au roi ; La cavalière (2 volumes) ; Le château de velours ; Château pauvre ; Le chevalier de Kéramour ; Le chevalier Ténèbre ; Chouans et bleus ; Les compagnons du silence ; Le prince Coriolani (2 volumes) ; Contes de Bretagne ; Corbeille d’histoires ; Les couteaux d’or ; Le dernier chevalier ; Les errants de nuit ; Les Étapes d’une conversion (4 ties : La mort d’un père ; Pierre Blot ; La première communion ; Le coup de grâce) ; Les fanfarons du roi ; La fée des grèves ; La fille du Juif-errant ; Fontaine aux perles ; Frère Tranquille (même texte que La Duchesse de Nemours) ; L’homme de fer (suite de La Fée des grèves) ; L’homme du gaz ; Jésuites ; Le loup blanc ; La louve ; Le mendiant noir ; L’oncle Louis (2 volumes) ; Les parvenus ; Le poisson d’or ; La première aventure de Corentin Quimper ; La quittance de minuit (2 parties : L’héritière ; La galerie du géant) ; Le régiment des géants ; La reine des épées ; Roger Bontemps, histoire d’un notaire et d’une tonne de poudre d’or ; Rollan Pied-de-fer ; Une histoire de revenants ; Valentine de Rohan ; Veillées de famille. Et de plus : Anne des Iles ; La Châtelaine de Berthor ; Les dernières fées ; Les merveilles du Mont Saint-Michel (magnifique) ; Le chevalier de Kéramour ; Romans enfantins (trois nouvelles) ; Douze femmes ; Pas de divorce, réponse à M. Alexandre Dumas.


Paul Féval, fils, né en 1860, a publié une quantité d’ouvrages, qui, au point de vue catholique, sont plutôt inquiétants.

Parmi ceux que tout le monde peut lire : Le dernier Laird ; La dette de l’orpheline ; L’écusson de Kergolack ; Le crime du juge ; La trombe de fer (un des meilleurs) ; La providence des camps ; La fiancée du corsaire ; L’invention maudite (la poudre) ; etc…


Zenaïde Fleuriot, née à Saint-Brieuc en 1829, morte en 1890. Ses quatre-vingt-trois ouvrages, pleins de finesse et d’entrain, sont toujours beaucoup lus, surtout par les jeunes filles. « L’Ami du Clergé » a fait observer justement que, si cette romancière avait été immorale comme G. Sand, elle eût été célébrée comme une femme de génie ; mais elle fut chrétienne, et la réclame, presque exclusivement faite par des hérauts boulevardiers, l’a ignorée et laissé ignorer.

Nous citons parmi ses œuvres, celles qui, tout en étant très morales, conviennent surtout à cette catégorie : Ce pauvre vieux ; Marga (suite du précédent) : Le chemin et le but ; La Glorieuse ; Bengale ; Marquise et pécheur ; Notre passé ; Une parisienne sous la foudre (un des meilleurs) ; Yvonne Coëtmarvan (pour personnes instruites) ; Une année de la vie d’une femme ; Une chaîne invisible.

À noter qu’un certain nombre de ses livres renferment des descriptions de fêtes mondaines, dont l’abondance et l’éclat pourraient inquiéter des personnes peu instruites et les gens de la campagne.


Mary Floran, pseudonyme d'une dame distinguée, née à Abbeville, où son père était magistrat, femme auteur, qui fait preuve, dans toutes ses œuvres, d’un talent vraiment littéraire, nourri d’intentions bienfaisantes. Ses romans de sentiment sont beaucoup lus :

Chimères (publié par le Correspondant) ; Daniel Leva ; Un an d’épreuve (couronné par l’Académie) ; L’institutrice des Chantepot ; La destinée de Jacques ; Bonheur méconnu ; Carmenecte ; La faim et la soif ; Le mariage de Clément ; Adoptée ; Orgueil vaincu (couronné par l’Académie) ; Dernière cartouche ; Le plus riche ; Tentation mortelle ; Maman Cendrillon ; Héritier ; Mademoiselle Millions ; Éternel sourire (d’une femme sentimentale qui aime un officier et qui s’est résignée à épouser un homme sot et grossier) ; Cousins germains (ils croient l’être et ils s’aiment ; ils découvrent enfin, qu’ils ne le sont pas) ; Femmes de lettres (récit agréable) ; Coupables ? (dans La Croix du Dimanche) ; Mystérieux dessein (romanesque) ; Lequel l’aimait ? (romanesque, délicieux) ; En secret ; L’ennemi ; Meurtrie par la vie.

Nous citons pour les enfants : Sœur jumelle ; Revanche de Marthe.


Charles Foley, né en 1861, écrivain de race qui a attiré l’attention sur son nom, par ses nouvelles et critiques, publiées dans l’Écho de Paris.

Ses romans : Fleur d’ombre (histoire d’un roi d’outremer qui ne délaisse pas tout à fait l’humble fleur qu’il cultive à Paris) ; Risque-tout ; La course au mariage ; Tuteur ; L’anneau fatal ; Bonheur conquis ; La demoiselle blanche ; On tue dans l’ombre ; Le Petit Décaméron ; La dame aux millions ; Amants ou fiancés ; L’arriviste amoureux ; La vie sentimentale, jolies âmes ; sont trop teintés de réalisme ou de gauloiserie pour être recommandés à tous ; ils sont cependant très agréables à lire.

Nous ne recommandons ici que Un trésor dans les ruines (duo d’amour, argent ; roman gai) ; Fiancée de printemps (idylle très chaude) ; Guilleri-Guilloré (pittoresque, délicieux) ; Vendée (pages tragiques et touchantes, recueil de vingt-deux nouvelles) ; Le roi des neiges (La Scandinavie au XVe siècle) ; Cœur de roi (Hermine) ; Les mauvais gars (honnête) ; L’écrasement (beau roman du dévouement) ; Jean des Brumes (épisode de l’histoire des Chouans, pour tous) ; Kowa la mystérieuse (captivant, pas pour jeunes filles) ; Histoire de la reine de Bohême et de ses sept châteaux (fantastique) ; Un roi de Prusse, voleur de géants (Frédéric II) ; Sylvette et son blessé (joli roman d’amour) ; Le roman d’un soldat.


Victor Fournel (1829-1894), écrivain catholique et fin lettré, partagea son esprit entre les travaux d’érudition et de critique, et des œuvres d’imagination. Nous mentionnons ici : L’ancêtre (critique de la société actuelle) ; La confession d’un père (captivant, sans intrigue amoureuse).

Au pays du Soleil ; Vacances d’un touriste (voyages en Espagne, en Italie, en Égypte, charmant) ; Vacances d’un journaliste ; Voyage hors de ma chambre ( Danemark, Suède, Hollande) ; Les cris de Paris ; peuvent être lus par tous. Maman Capitaine produirait plutôt une impression fâcheuse.


Roger des Fourniels, né en 1851. Un écrivain qui a conscience de la mission qu’il remplit. Parmi ses œuvres, nous réserverions pour les grandes personnes : Les microbes ; La tâche sanglante ; nous plaçons ici : Le gros lot ; Cœur de père ; Floréal (roman social) ; Le cas de M. Troubat ; Fin de race ; et nous offrons aux plus jeunes : L’homme au manteau noir, les autres romans édités chez Gautier, et les Aventures de Bradizeck.


Jeanne France, de son véritable nom Mme Gabrielle Gomien, née en 1848, directrice de France Semeuse.

Parmi ses 60 volumes un peu hâtifs, généralement honnêtes, romans, nouvelles, pièces de théâtre, signalons seulement quelques-uns de ceux que l’auteur destine à la jeunesse : Pour être riche (vise à effrayer les jeunes filles qui veulent avant tout un mari riche) ; Un héros de 16 ans ; Une française ; Le mystère d’un vieux château.


Gustave Freytag (1816-1895). Romancier et auteur dramatique allemand, il fut l’interprète et l’oracle le plus autorisé de la bourgeoisie de son pays. On lira de lui, le roman Doit et avoir, en trois volumes.


Paul de Garros (Châteauneuf-sur-Cher, 1867), feuilletoniste dont la plupart des œuvres sont honnêtes ; Le secret de la mendiante ; La revanche de l’honneur ; L’orgueil d’une mère ; L’héritage de Thouarec ; Une d’elles (peu intéressant) ; La plus heureuse ; etc…


Mistress Gaskell (1810-1865), romancière anglaise,. fille et femme de pasteur. Les jeunes gens pourront lire, malgré leur âpreté : Amour du Sofa ; Nord et Sud ; Cronford ; Mary Barton (ce dernier avec précaution).


Charles Géniaux, né à Rennes en 1873, écrivain puissant et vigoureux qui, à la faveur d’une histoire, évoque des drames collectifs, des conflits de race ou d’idées, ou des états moraux.

Il obtint le prix national de littérature pour L’homme de peine. Prenant alors conscience de ses forces, il publia L’océan qui est bien près d’être un chef-d’œuvre (histoire vécue, terrible et héroïque ; large fresque, œuvre de poète sur la mer et la Bretagne, passages réalistes) ; Les patriciennes de la mer (descriptions très belles des grèves bretonnes et de leurs habitants ; pas pour tous) ; La Bretagne vivante (reconstitution remarquable) ; Un corsaire de treize ans (pour la jeunesse).

Outre ces ouvrages sur la mer et les marins, il a publié notamment : Les deux châtelaines (honnête et intéressant) ; Le choc des races (en Tunisie ; éclaire les obstacles que rencontrent les colons ignorant les mœurs du pays ; passages un peu hardis) ; Le roman d’un gentilhomme (pour tous) ; Notre petit gourbi (gentille histoire d’amour, pour tous) ; Les fiancés de 1914 (touchante idylle, morale) ; La passion d’Armelle Louanais ; La famille Messal.


Mme de Girardin (1804-1855), née Delphine Gay, grande dame du monde, qui fut traitée en reine par les écrivains de son époque. Ses poésies, ses œuvres dramatiques et ses romans : Le lorgnon ; La canne de M. de Balzac ; Il ne faut pas jouer avec la douleur ; Contes d’une vieille fille à ses neveux sont plutôt des « jongleries de virtuoses » que des présents… royaux. Nous ne les recommandons pas.


André Godard (Angers, 1865), romancier à la mode qui s’est converti il y a quelques années. Outre In memoriam et Le positivisme chrétien (histoire de son âme, de ses préjugés scientifiques et de sa conversion), La vérité religieuse (suite du précédent), livres d’apologétique très serrés et très originaux, nous citons : Chantegrolle ; Brigandes (synthèse vendéenne, couronné par l’Academie) ; Routes d’Arles, livre de légendes et de descriptions séduisantes ; Le tocsin national (belles pages sur la guerre de Vendée) ; Vers plus de joie (roman gai de la société future, quelques détails un peu libres) ; Les Madones comtadines.


Pierre Gourdon, né en 1869, écrivain de l’Anjou. Il a dans Vers la haine, vigoureusement démontré l’influence démoralisatrice de l’école laïque. À la dérive et Le prix d’une âme sont deux œuvres fortes et intéressantes.

Les plus récemment parues ne leur sont certes pas inférieures : Les Courtagré, vrai poème familial, excellent ; Bernard de Fiée, romanesque, populaire, tout fleuri des plus nobles sentiments ; Au vieux pays, voyage de deux petits landais à travers la France, livre charmant et bien inspiré, pour tous ; La réfugiée.


Henry Gréville, de son vrai nom Mme Durand, née Alice Fleury (1842-1902). Elle vécut de longues années en Russie, où son père s’était réfugié après le coup d’État de 1852 ; rentrée en France en 1872, elle se mit à écrire une quantité de livres, y épuisa sa santé et mourut à Boulogne-sur-Mer en 1902.

Tous ses romans s’attachent surtout à plaire et à amuser ; sans avoir de très hautes qualités, ils ont eu et ils ont encore grand succès auprès des jeunes filles et des jeunes femmes dont l’auteur est le Georges Ohnet et qu’elle appelle « ses amies » ; la saveur russe qui les relève, les aimables choses qui y abondent, la facilité du style, font de quelques-uns d’entre eux — nous ne disons pas tous — de bons livres pour les bibliothèques de famille.

À bannir comme inférieurs, amoraux ou immoraux : La Maison de Maurèze ; Suzanne Normis (histoire d’adultère, réflexions antireligieuses) ; Lucie Rodey (thèse tendant à justifier le divorce) ; Mme de Dreux (d’une moralité suspecte) ; Les degrés de l’échelle (inférieur) ; La fiancée de Sylvie (très scabreux) ; Trahison (immoral ou à peu près) ; Louis Cléopâtre (inférieur) ; Le mors aux dents (immoralités, indécences) ; Un crime (détails répugnants) ; Nickanor (mal édifiant) ; Chénerol (a bien l’air d’être favorable au divorce) ; Mlle de Puygarou (très leste).

À permettre aux grandes personnes : À travers champs (amis, ils sentent l’amour et se séparent) ; Nouvelles russes (quelques-unes très choquantes) ; Un violon russe (longueurs, quelques réflexions contre la Providence et le Saint-Esprit) ; Rose Rozier (triste ménage) ; Clairefontaine (paysanneries, situations lestes); L’ingénue (brise le cœur d’un employé, mais est domptée par un autre) ; Folle avoine (alambiqué, peu intéressant) ; Les ormes (l’amitié entre homme et femme peut exister sans les faiblesses de la chair) ; Franskley (quelconque, plutôt froid et fade) ; Chant de noces ; Louk-Loukitch (peu édifiant, dramatique) ; Un mystère (très intéressant) ; Péril (très passionné et périlleux) ; Vieux ménage (mondain, soigné) ; Zobie (scabreux, honnêtement traité) ; Mamselka (bien conté) ; L’aveu (intéressant) ; L’amie (très passionné) ; Le comte Xavier ; La seconde mère (très intéressant) ; Marier sa fille.

À ranger dans cette catégorie, pour les jeunes filles qui ont d’autres amies plus édifiantes : Les Koumiassine (pauvre jeune fille noble, victime de l’orgueil aristocratique) ; Les mariages de Philomène (tableaux normands) ; Idylles ; L’avenir d’Aline (une mère qui se sacrifie pour sa fille) ; Fidelka ; Le fil d’or (histoires quelconques) ; Bonne Marie ; Angèle ; Comédie de Paravent ; L’héritière ; La princesse Oghéroff ; Aurette ; Céphise (excellent, mais pas religieux) ; Le cœur de Louise ; Dosia (une jeune fille indisciplinée, domptée par un chaste amour) ; L’expiation de Saveli (un des plus remarquables) ; Niania (très honnête) ; L’héritage de Xénie (une Antigone russe, très bien) ; Breuil (glorification du patriotisme) ; Le moulin Frappier ; La fille de Diosa ; Jolie propriété à vendre ; Petite princesse ; Perdue ; Le vœu de Nadia ; Le mari d’Aurette.

L’instruction morale et civique des jeunes filles est à l’Index. (Décret du 15 décembre 1882).


Henri Guerlin (Tours, 1867), ancien élève de l’École des Chartes, a publié, outre des œuvres documentaires (L’épopée de César ; Nos origines nationales ; Au pays de la prière), des récits de voyages et des romans pittoresques, colorés et vivants, parmi lesquels nous mentionnons ici pour les personnes d’âge raisonnable : L’inutile révolte (contre l’internationalisme) ; Le baiser de la déesse (l’aventure d’amour de Bonaparte avec Mme Fourès en Égypte et en Syrie) ; La petite patricienne (historique et chrétien ; peintures très vives ; scènes d’amour, de haine et de sang sous Domitien) ; Damaris l’athénienne (publié d’abord sous le titre À l’ombre de l’acropole, pour tous).


Mme Nelly Hager (1846-1917), fut institutrice en Russie et visita une partie de l’Europe, en compagnie de la famille de son élève. Ses romans patriotiques (La fiancée du Rhin ; Le drapeau de Valmy ; Française ; Branche de Verveine ; Étienne Andriel ; Le fils de la mer) sont généralement honnêtes. Nous ne connaissons pas les autres.


Rider Haggard, né en 1856, ancien fonctionnaire aux colonies africaines, romancier à l’imagination brillante et fantastique, qui fut comparé à Jules Verne. Nous croyons savoir que toutes ses œuvres ne sont pas également irréprochables au point de vue moral et nous ne citons ici que Découverte des mines du roi Salamon (roman d’aventures empoignant) ; Béatrice (une femme qui se tue par amour, récit émouvant).


Paul Harel, poète et romancier, né en 1854, à Échauffour (Orne), où il continue de tenir une auberge de famille. Gorgeansac (pour tous) ; Demi-sang (histoire d’amour, honnête et bien présentée) ; Madame de la Galaisière (paysages normands, intrigue trop passionnée pour la jeunesse) ; Hobereaux et villageois (recueil de contes, pas pour tous) ; À l’enseigne du grand Saint-André (nouvelles, pour tous) ; Souvenirs d’auberge (id.).


Ernest Hello (1828-1885), écrivain et chrétien original dont l’œuvre paraît difficile à apprécier. Louis Veuillot l’a exalté à l’extrême ; beaucoup l’ont déclaré incompréhensible ; certains critiques d’aujourd’hui l’ont remis en faveur et l’ont classé parmi les plus puissants penseurs et les grands écrivains du siècle dernier. Qu’on lise ses Contes extraordinaires et ses ouvrages de philosophie, et qu’on essaie de se prononcer !

Sa femme, née en 1823, connue sous le pseudonyme de Jean Lander a publié des récits moins bizarres, ou, si l’on veut, moins sublimes : Marguerites en fleurs ; etc.


Charles de Ricault d’Héricault (1823-1899), historien, paléographe, critique littéraire, romancier et vaillant chrétien.

Tous ses romans historiques sont vigoureusement écrits et assez savamment documentés. Thermidor (La Révolution à Paris, en deux parties : Marie-Thérèse et Dame Rose) ; Les cousins de Normandie (La Révolution en province) ; La fille de Notre-Dame ; La fiancée de la Fontenelle ; Histoire nationale des Naufrages ; doivent être classés ici, tandis que En 1792 ; Les aventures de deux parisiennes ; Une reine de théâtre et surtout Les noces d’un Jacobin ; Les aventures d’un diplomate, ne doivent être donnés qu’avec circonspection.

Le respectable historien se révèle intéressant humoriste dans La comédie des champs ; Une veuve millionnaire ; Liévin Liévinette ; Mlle Sous-Pliocène que nous plaçons ici ; dans La fille aux bluets, Le roman d’une propriétaire, Une reine sauvage et Fou d’amour que nous laissons plutôt aux grandes personnes.


Fernand Hue (1847-1895), ancien chasseur d’Afrique, entra assez tard dans la littérature et commença une série de romans, récits, études, qui révèle un aimable narrateur au talent modeste, mais soutenu : Les voleurs de locomotives (épisode de la guerre de Sécession) ; Autour du monde en pousse-pousse ; 500.000 dollars de récompense ; Les Françaises en 1870 ; Le capitaine Frappe d’abord ; Les coureurs de frontières ; Les bouchers bleus ; Méconnue ; Marthe Bresson ; La petite Mionnette ; et Le Congo ; Le torpilleur n° 127 ; Le testament de M. Maliraux ; Les deux Marraines, publiés sous le pseudonyme de Paul Blaise.


Maxime Juillet, de son vrai nom Alphonse Poirier, ancien directeur de l’Anjou, mort en 1903. Ses productions auxquelles A. de Pontmartin décernait tant d’éloges, sont l’œuvre d’un conteur toujours agréable et honnête : L’aveu suprême ; Pour lire en train express ; La nuit du crime (sensationnel) ; Châtiment.


Mlle Isabelle Kaiser, poète et romancière, née à Zug (Suisse) en 1866. Ses œuvres ont eu un grand retentissement. Ses romans s’intitulent : Cœur de femme ; Notre Père qui êtes aux cieux ; Vive le roi ; Sorcière (épopée en prose, son chef-d’œuvre, pas pour jeunes filles) ; L’éclair dans la voile (recueil de nouvelles) ; Héro ; Marcienne de Flue ; La vierge du lac (histoire de vendetta) ; Le vent des cimes (nouvelles choquantes).


Jean de la Brète, de son vrai nom Mlle Alice Cherbonnel. Si l’admiration banale ne vulgarisait pas trop souvent le mot de chef-d’œuvre, nous l’appliquerions volontiers aux études distinguées de ce spirituel auteur, ou au moins à son ouvrage le plus connu des lecteurs chrétiens, Mon oncle et mon curé (genre abbé Constantin). Nous le classons ici avec Badinage (où l’on plaisante sur tout) ; Le comte de Palène ; Conte bleu.

Ces quatre ouvrages sont plus prudes que L’Imagination fait le reste ; La solution (histoire d’une mondaine qui ne trouve la solution de ses difficultés intimes que dans les Exercices de saint Ignace) ; L’esprit souffle où il veut (épanouissement moral d’une jeune fille dans un milieu taré) ; Le roman d’une croyante (livre triste, où la « croyante », mêlée à des intrigues d’amour, s’appuie trop exclusivement sur la religion du devoir et de l’honneur).

Un vaincu ; Vieilles gens, vieux pays ; Un réveil ; Un mirage ; L’impossible ; Illusions masculines ; Aimer quand même ; Rêver et vivre (romanesque et très littéraire) ; L’obstacle (roman féministe, sain, pétillant d’ironie) ; Un caractère de française ; L’aile blessée (déception d’une jeune fille qui a voulu sortir de son rang) ; ne sont pas moins intéressants.


Léon de la Brière (1845-1899), zouave pontifical, capitaine des mobiles en 1870, puis fonctionnaire et littérateur. Outre ses travaux d’histoire anecdotique : Montaigne chrétien ; L’autre France (le Canada) ; Les Saints dans le monde (biographies), etc., il a fait paraître Le chemin n° 7 (amusante fantaisie administrative) ; Blanc et noir (recueils) ; Contes et souvenirs, trois ouvrages qui ne doivent pas être lus par des personnes trop jeunes.


André Lafon (1888-1915), poète et romancier catholique, mort prématurément, victime de son dévouement à la patrie.

Il débute par les Poèmes provinciaux ; il continue par La Maison pauvre : il conquiert la notoriété (grand prix de littérature en 1912) avec L’élève Gilles (sorte d’autobiographie sentimentale ; histoire d’un enfant) ; et il termina sa carrière littéraire par La maison sur la rive (roman de mœurs provinciales ; descriptions).

Ces œuvres, tout en demi-teintes et en raccourcis, dégagent un charme dont les esprits délicats goûteront seuls la saveur.


André Laurie, de son vrai nom Paschal Grousset, (1845-1909), journaliste, homme politique, ancien membre de la Commune et député.

Il a publié, sous divers pseudonymes, une quantité d’ouvrages ; ceux qu’il a signés André Laurie, sont destinés à la jeunesse laïque : La vie de collège dans tous les pays du monde (pas toujours au point sous le rapport des principes de l’éducation, 13 volumes) ; Les chercheurs d’or de l’Afrique Australe ; Abel Ebersen ; Atlantis ; Sélène Company Limited ; L’héritier de Robinson ; Le capitaine Trafalgar ; Le secret du Mage (quelques notes irréligieuses) ; Le maître de l’abîme (ravissant pour la jeunesse).


Anatole Le Braz, littérateur breton, né en 1859, au pays des bûcherons et des sabotiers. Dans son contact étroit avec la vie bretonne et les vieux livres d’histoire, il recueillit l’inspiration de ses vers gracieux, de sa prose non moins séduisante. Tout en se consacrant à l’étude approfondie des chants et traditions populaires de l’Armorique (Le théâtre celtique, etc.), il évoqua avec un rare bonheur, le charme indéfinissable de ce pays « aux murs bas, coiffés de vieux chaume », les légendes mystérieuses et les bruyères sans fin : La chanson de la Bretagne ; La légende de la mort ; Au pays des pardons ; Le sang de la Sirène ; La terre du passé : Âmes d’Occident ; et surtout Contes du Soleil et de la Brume.


Ernest Legouvé (1807-1903), auteur dramatique, conférencier hors ligne, philosophe spiritualiste imbu de certains préjugés contre l’Église.

Il s’essaya sans succès dans la poésie et le roman, mais il donna au théâtre des pièces habilement construites, parmi lesquelles Adrienne Lecouvreur, d’une moralité fort relative.

Chargé de l’École normale de Sèvres, il consacra quelques ouvrages un peu suspects à la question de l’éducation et des femmes : Une éducation de jeune fille ; La femme en France au XIXe siècle ; Les pères et les enfants au XIXe siècle ; Nos filles et nos fils ; Une élève de seize ans ; Lectures à l’académie ; L’art de la lecture ; etc…

À la fin de sa vie, il réunit ses Soixante ans de souvenirs et publia quelques moralités : Fleurs et fruits d’hiver ; Épis et bleuets.


Gustave Levavasseur (1819-1896), poète et littérateur, maire de La Lande-de-Longé (Orne). Les jeunes gens liront avec bonheur Dans les herbages, délicieuse résurrection de la vie des champs ; La vengeance d’Ursule ; Poésies complètes (3 volumes) ; etc…


Ernest Lionnet (1848-1917), docteur en droit, ancien fonctionnaire. Il publia successivement sept volumes : Le docteur Chabot ; L’homme de la tour ; Le Pré aux biques ; Paul Barbet ; Pauvre Tri ! Député sortant ; Chacun sa voie ; et depuis, quelques feuilletons dans l’Ouvrier, les Veillées et dans La Croix.


Marie Lionnet, femme du précédent, morte en 1905, a enrichi de quelques livres la liste des romans honnêtes : El Veijo, suivi de Feliza ; La fille du philosophe ; Les épreuves d’Antoinette ; L’erreur du lieutenant (pas pour jeunes filles surtout) ; Les millions de Charlotte.


Marcel Luguet (Fontenay-le-Comte, 1865), un des auteurs qui portent habit de deux paroisses. Ses livres qu’il a publiés chez Mame (Cœurs naïfs ; Sabre à la main) sont excellents. Quant aux autres, parus chez Stock ou Tallandier, ils s’inspirent trop de cette maxime que résume Tendresse, le monde thermal : « On peut se permettre beaucoup d’indécences, quand on s’aime tendrement ».


Yves Le Querdec, pseud. de Georges Fonsegrive (1852-1917), professeur au lycée Buffon, directeur de feu La Quinzaine. Outre ses ouvrages de philosophie qui ont été vivement discutés dans le monde catholique, il a publié Les lettres d’un curé de campagne (livre très intéressant) ; Les lettres d’un curé de canton ; Le journal d’un évêque ; Comment lire les journaux ; et finalement, Le fils de l’Esprit, roman social très apprécié (un propriétaire terrien arrive par son intelligence à reconquérir la confiance des villageois qui l’entourent ; une institutrice très laïque prêche l’harmonie de la raison et de la foi ; une idylle sentimentale les unit tous les deux) ; Le mariage du docteur Ducros (mœurs et querelles des petites villes).


Pierre Maël, signature qui appartenait naguère à deux écrivains, et sans doute aussi à plusieurs « nègres ». Ces deux auteurs avaient réciproquement concédé au dernier survivant le droit de continuer à prendre ce pseudonyme ; l’un d’eux qui s’appelait Charles Causse, avait fini par synthétiser en sa personne le nom collectif. Ancien officier de marine, né en 1862, à Lorient, il avait d’abord fait du journalisme et s’était lancé dans la littérature ; il est mort en 1905. Depuis, son associé, M. Charles Vincent, a la propriété exclusive de la signature.

Cette œuvre est déjà immense : elle comprend plus de 80 volumes, dont beaucoup de romans maritimes. Au point de vue littéraire, elle a, par les sentiments élevés et la saveur marine qu’elle exhale, conquis toutes les sympathies du public des deux côtés de la Manche. Au point de vue moral, elle est souvent irréprochable.

Il vaudrait mieux cependant mettre sous clef : Celles qui savent aimer ; Ce que femme peut ; Myris ; Pauline Dérilly ; La double vue ; Charité ; Dernière pensée ; Ève et Liliane ; Le cœur et l’honneur ; Le drame de Rosmeur ; Flots et jusants ; Les fils de la tempête (Les lurons de la Jeanne ; Julia la louve) ; Honneur, Patrie ; Petite fille d’amiral ; Reine Marguerite ; Mer bleue ; Mer sauvage ; Petit ange ; Le torpilleur 29 ; Solitude ; Pilleurs d’épaves, et surtout Le roman de Violette.

Laisser aux jeunes gens formés : L’Alcyone ; Amour simple ; Ce qu’elle voulait ; Djina ; Fleur de mer ; Un manuscrit ; L’ondine de Rhuis ; Paule de Porsguern ; Sauveteur ; Seulette ; Le trésor de Madeleine ; Blanche contre jaunes ; Fleur de France.

Enfin, faire lire à tous : Mlle Pompon ; quelques-uns de ses ouvrages publiés pour eux chez Hachette.


Raoul Maltravers, de son vrai nom Marie Millet, (Dunkerque, 1859), un bon écrivain dont on lit toujours : Une belle-mère ; L’erreur de Raoul ; Un mystère ; Le pseudonyme de Mlle Merbois ; Les soupes au lait ; Stella ; Le talion.


Claude Mancey, un auteur dont il faut retenir le nom, Mlle Gènevoix, de Langres. Elle a publié, Vieilles filles (thèse et roman en leur faveur) ; Intellectuelles (les tribulations de certaines cervelines, Philaminte et Henriette de provinces ; ravages causés par l’intellectualisme et l’éducation trop cérébrale) ; Les Sources perfides (montre dans des scènes très prenantes que les villes d’eaux sont souvent funestes au bonheur et à la vertu) ; Par-dessus les vieux murs ; Les petits Boches ; La guerre de 1914, Un coin de province à l’avant, un coin de province à l’arrière.


Étienne Marcel, de son véritable nom Mme Caroline Thuez, que certains lexiques ont confondue avec Mme Jules Samson, sa collaboratrice d’antan au Journal des demoiselles. Elle est morte en 1914.

Nous nommons seulement, parmi tant de bons livres : L’Hetman Maxime (couronné par l’Académie) ; Les aventures d’André ; Elle et moi ; Souvenirs d’une jeune fille ; La vengeance de Giovanni ; Pour une rose ; Histoire d’une corbeille de noces ; Laquelle ; Pour la patrie ; La ballade du Lac ; Armelle ; Le roman d’un crime ; L’héritière ; Irène ; Petite sœur


Mlle Marie Maréchal (1831-1879), a publié un certain nombre de romans intéressants et religieux. Elle réussit surtout dans les petits tableaux de genre, éclairés d’un rayon d’humour et de malice, et où ressortent avec relief les ridicules de certains bourgeois de province.

Nous réservons pour cette catégorie : Béatrix (un peu sentimental) ; L’institutrice à Berlin ; La fin d’un roman (suite du précédent) ; Le parrain d’Antoinette ; Journal d’une âme en peine ; Mademoiselle Creen ; Mademoiselle de Charmeille ; Marcelle Dayre ; Mariage à l’étranger ; Mariage de Nancy ; La roche noire ; Sabine de Rivas.

Nous recommandons aux plus jeunes : Aventures de Jean-Paul Riquet ; La cousine de Lionel ; Famille Tolozan (édifiant) ; Nos petits camarades (24 récits un peu monotones, pour enfants) ; La maison modèle (pour enfants) ; La dette de Ben-Aïssa (id.).


Frédérick Marryat (1792-1848), romancier anglais dont les œuvres sans prétention, mais sans grand danger, ont été pour la plupart traduites en français : Pierre Simple ; Le vieux commodore ; Le pirate ; Deux amours ; Jacob fidèle ; etc…


Adolphe Mary mériterait d’être plus connu, parce qu'il est sérieux et bon écrivain. Œuvres à lire : Deux voies (longues discussions théologiques, intéressant quand même) ; Immolation (la deuxième édition a été corrigée pour tous) ; Julie de Noiront (tend à interdire le mariage à ceux qui souffrent de quelque infirmité) ; Pauvre Jacques ; Amour et larmes.


M. Maryan (Mme Marie Deschard, dite), une bretonne qui excelle à faire passer d'utiles leçons dans des récits très attachants. Elle s’adresse surtout aux jeunes filles qui se préparent au mariage, et leur montre que pour être heureuses, elles doivent se corriger de leurs défauts.

Nous ne pouvons pas énumérer ses 40 ou 50 volumes. Nous citons seulement, parmi les plus recherchés : Kate (qui a paru autrefois dans le Correspondant) ; Le prieuré (lutte entre la rancune et la piété) ; L’envers d'une dot ; Primavera (très littéraire et délicieux) ; Annie (un des meilleurs) ; Un nom (leçons aux nobles qui se retirent dans leur tour d’ivoire) ; Une tâche ; Odette ; Le manoir des célibataires ; Le roman d’une héritière (qui apprend à l’école de la souffrance à faire bon usage de son cœur et de sa fortune) ; Le pont sur l’Oiselle ; Cœurs bretons (scènes de résistance catholique) ; La villa des colombes ; Méprise ; La bague d’opale ; L’écho du passé (odyssée douloureuse d’une fiancée que l’honneur oblige à briser sa vie) ; Le rachat (drame intime, impressions d’Italie) ; Autour d’un testament ; Maison hantée ; Roman d’automne ; Le château rose ; Les chanoinesses de la cour-au-dames ; Le mariage de Monique ; Un mariage en 1915 ; Denyse ; Marquise de Maulgrand ; Une barrière invisible ; Les héritiers de Pendallynn.


Jules Mazé, né à Carignan en 1865. Breton par son père et ardennais par sa mère, il aime la province et la décrit dans des pages vigoureuses et colorées.

Parmi ses ouvrages, nous pouvons recommander à tous, les quatre volumes qu’il a publiés chez Mame sur la guerre de 1870 ; L’année terrible, et sur la grande guerre. Les autres sont, pour la plupart, très passionnés : Les amants de Trigance.


Madame Ernestine Meunier (Lyon, 1833), femme-auteur dont on trouve les œuvres dans beaucoup de bibliothèques catholiques : Les idées de tante vieillotte (satire des conventions ridicules de notre temps, très goûté) ; Le mariage de Josiane (pas pour tous) ; Le secret du bonheur (très spirituel) ; Branche maudite ; Un mariage original ; Tante Michette ; L’oasis Juvenilia (pour tous) ; Les idées d’une douairière (grand succès) ; Le secret du bonheur (beaucoup lu) ; Les Kérouaz ; Front d’ivoire ; Les esquisses provinciales (pas pour tous) ; La pupille de Goliath ; Un coup de tête ; La famille de l’amiral.


Jean Morgan a publié une série de romans qui témoignent de réelles qualités d’écrivain. Ses œuvres les plus récentes et les plus connues sont : Parmi les ruines (roman noblement pensé ; traite les suites du divorce par rapport à l’éducation des enfants) ; Sur le seuil de l’amour (histoire charmante d’une jeune orpheline qui se dévoue pour l’éducation de son frère ; quelques fausses notes) ; Un enfant dans la foule (histoire d’un gamin de faubourg ; peinture des milieux ouvriers ; quelques passages hardis et idées un peu discutables) ; Le rêve et la vie (déceptions, souffrances d’une femme qui corrige les erreurs du rêve et trouve le bonheur dans un second mariage) ; Notre-Dame du faubourg (tableau très en relief de la paroisse de Plaisance, dont le fond est garni par des récits sur le patronage ; intéressant et plein de vérité) ; Au fond d’un vieux manoir.


Émile Moselly, de son vrai nom Émile Chénin (1870-1918), professeur de lycée. Ses descriptions de la terre et de la vie mosellanes (Jean des brebis ; Joson Meunier ; Terres lorraines ; Vie lorraine), sont précises et pittoresques, mais ne conviennent pas aux plus jeunes lecteurs. Enfances lorraines et Le rouet d’ivoire sont pour tous.

Fils de gueux, épopée du travail des champs est déparée par des scènes fort réalistes et passionnées. Nous ne connaissons pas Contes de guerre pour Jean-Pierre ; Le journal de Gottfried Mauser.


Mlle Louise Mussat (Vitry-le-François, 1850), met dans ses œuvres généralement chrétiennes, de la verve, de l’observation, du sentiment et une pointe d’humour qui les font apprécier : Charmant ; En maître ; Mon roman ; Après le roman ; Le père Tranquille (pour les petits) ; etc…


Jean Nesmy, de son vrai nom M. Henry Surchamp, né en 1876. Le pseudonyme est le nom du valet de ferme qui sauve la Fromentière dans la Terre qui meurt. C’est dire que Jean Nesmy est un admirateur et un disciple de M. Bazin. Le jeune écrivain, dans un roman gracieux intitulé L’ivraie, prêche aux habitants des champs le « Restez chez vous ». Délicieuse et navrante histoire d’un paysan limousin qui quitte le village et vit dans la misère et le désordre dans la ville. Sa situation, sa conduite ne sont pas exemplaires : le livre n’est pas pour les plus jeunes. Pas plus que Les égarés, roman moral qui met en scène les deux écoles d’instituteurs, l’ancien, modeste et consciencieux, le nouveau, politicien et sectaire. L’âme limousine, La graine au vent, charmants recueils de nouvelles régionalistes, sont remarquables par la grâce simple, l’ironie discrète, la délicatesse des sentiments et du style. Une des nouvelles de L’âme limousine l’empêche seule d’être un livre pour adolescents. La lumière de la maison, montre le prêtre portant la lumière dans la maison ouvrière que la foi n’éclaire plus.

On lira en outre ses derniers ouvrages : L’âme de la victoire, histoire noble et moralisante d’un instituteur anticlérical qui meurt à la guerre, en converti et en héros ; et Pour marier Colette (excellents conseils aux Colettes et à leurs mamans).


Charles Nodier (1780-1844). Auteur universel, touche à tout, poète, artiste, historien, il ne reste de lui que le conteur. Ses romans se ressentent de la maladie du temps, l’ennui ; ils sont faibles et d’ailleurs oubliés ; mais ses contes sont de petits chefs-d’œuvre qui parlent encore au coeur. Lire Contes choisis (chez Hetzel) ou L’écrin d’un conteur (chez Charpentier) ; Contes de la veillée.


Alexis Noël (Paris, 1867), a publié quelques ouvrages intéressants. Le bonheur des autres ; Le loup dans la bergerie ; Mon prince Charmant ; L’oncle Bonregard ; Paulette se marie, sont pour tous ou à peu près ; l’Histoire de Gervaise, pour les adultes.


Pierre Nothomb (Bruxelles, 1880), l’un des représentants les plus distingués de la littérature belge d’aujourd’hui et de demain.

Il débuta par des poèmes ; pendant la guerre, il publia divers ouvrages remarquables sur la Belgique héroïque et malheureuse : La Belgique martyre ; Les Barbares en Belgique ; Le roi Albert ; L’Yser, les villes saintes ; La Belgique en France ; Villes de Flandre ; Fauquebois, histoire agréable, imprégnée de la plus délicate poésie.


Édouard Ourliac (1813-1848), romancier français dont les saillies originales et la verve endiablée amusèrent d’abord les jeunes gens de la joyeuse vie. Il se convertit en 1844, à la suite d’un mariage malheureux, et collabora à l’Univers. Il dirigea alors ses railleries et ses épigrammes contre les ennemis de la religion et © Copyright Wikipedia authors - The articles gathered in this document are under the GFDL licence.
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