Page:Say - Chailley - Nouveau dictionnaire d’économie politique, tome 2.djvu/227

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boration des plus actives à divers journaux, l’Histoire de trente ans de paix (1849), la traduction de la Philosophie positive d’Auguste Comte, elle s’intéressait à tout ce qui se passait autour d’elle. Elle prit l’initiative d’une Société de construction, et l’entreprise réussit à la satisfaction générale. Elle s’occupait de culture, et sa petite ferme excitait l’enthousiasme des cultivateurs. Elle faisait à ses voisins des conférences dans les soirées d’hiver. Charlotte Bronte a tracé un charmant portrait de miss Martineau, dont elle ne partageait pourtant pas les idées, et nous l’a montrée dans son activité si variée et qui ne se démentît pas jusqu’au dernier jour.

Nous n’avons indiqué qu’une faible partie des travaux de miss Martineau. Dans le nombre, il y a une foule d’écrits qui n’ont plus d’intérêt aujourd’hui, mais qui furent utiles à l’heure où ils parurent. L’ouvrage dont l’intérêt reste le plus vif et qui n’a rien à craindre du temps, c’est l’histoire de sa vie, l’autobiographie qu’elle écrivit sous l’impression d’une mort prochaine, et qui nous fait connaître ce caractère ferme et droit, d’une trempe si vigoureuse et d’une si généreuse sympathie pour toutes les grandes causes.

Chacun peut trouver à apprendre dans ces pages empreintes d’une si sereine philosophie ; on n’a peut-être jamais mieux montré comment supporter une infirmité que miss Martineau parlant de la surdité dont elle fut atteinte dès sa jeunesse.

Mme F. Miller a publié, dans la Série des femmes illustres, une intéressante vie de miss Martineau. M. John Morley lui a consacré un de ses délicieux Essais.

Les Contes d’économie politique ont été traduits en français. La maison Guillaumin les a publiés. La préface est de M. de Molinari : c’est dire qu’elle est pleine de charme.

S. R.


MARTINEZ DE LA MATA (Fray Francisco), prêtre et économiste espagnol du xviie siècle, sur lequel on ne possède aucune notice ; il naquit à Motril, et fort jeune prit les ordres, s’y renfermant dans une humilité et un incognito presque impénétrables.

Il écrivit, comme œuvre économique, les Memoriales ó Discursos de Fray Francisco Martinez de la Mata, natural de Motril, hermano de la Tercera-Orden de Penitentes, siervo de los pobres afligidos, en razon del remedio de la despoblacion, pobreza y esterilidad de España, y el medio como se ha de desempenar la Real Hacienda y la de los vasallos (Mémoires ou Discours du frère François Martinez de la Mata, natif de Motril, frère du tiers-ordre des Pénitents, serviteur des pauvres affligés, en vue des moyens de remédier au dépeuplement, pauvreté et stérilité de l’Espagne, ainsi que de la manière de dégager et libérer les finances royales et celles des vassaux).

Ces œuvres, publiées vers la deuxième moitié du xviie siècle, sont presque épuisées ; Campomanes les a réimprimées dans son Apendice à la Educatión Popular (Appendice à l’éducation populaire, Ire partie, page 443 et IVe partie, page 1 et suivantes).

Observateur judicieux et perspicace, Fray Martinez de la Mata a expliqué avec une rare pénétration plus d’un phénomène de l’économie politique espagnole, telles que la production de la richesse en Espagne, sa circulation et sa consommation ; en revanche il vante à outrance le système prohibitionniste, et comme la plupart des économistes espagnols d’alors, veut défendre la sortie de l’or et de l’argent, et insiste sur l’expulsion de tout étranger venant trafiquer en Espagne.

A. A.


MARX (Karl), naquit à Trêves, le 2 mai 1818, d’une famille israélite ; son père était conseiller des mines. Après avoir fait à Bonn de brillantes études de droit, il revint à Trêves et épousa, en 1843, Jenni von Westphalen, dont le frère fut membre du ministère prussien dirigé par M. de Manteuffel. Karl Marx s’adonna à l’étude de la philosophie, de l’économie politique et plus particulièrement des questions sociales ; il prit rang dans l’opposition radicale, devint collaborateur puis directeur de l’ancienne Gazette rhénane. Ce journal ayant été supprimé, il vint chercher refuge à Paris, et y publia, en collaboration avec Arnold Ruge, les Annales franco-allemandes (Deutsch-französische Jahrbücher) et avec Henri Heine le journal En avant (Vorwœrtz). Il fut expulsé de France en 1844 et se rendit alors en Belgique.

En 1847, il écrivit la Misère de la Philosophie, réponse à la Philosophie de la misère par M. Proudhon. La même année, il rédigea, de concert avec son ami Engels, le manifeste du parti communiste, dans lequel se trouvent posés les deux principes qui devaient inspirer le parti socialiste, à savoir : 1o que l’intérêt des ouvriers est partout le même en face des intérêts capitalistes ; qu’il doit, par conséquent, dominer les questions de nationalité ; 2o que les ouvriers n’ont à compter que sur eux-mêmes pour s’affranchir, et qu’ils ont besoin, tout d’abord, de conquérir les droits politiques.

Expulsé de Belgique le 2 mars 1848, il rentra en Allemagne et fit paraître à Cologne, durant quelques mois, la Nouvelle Gazette