Page:Revue philosophique de la France et de l'étranger, V.djvu/558

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page n’a pas encore été corrigée


548 REVUE PHILOSOPHIQUE

ceptions peu consistantes encore des auteurs des premières Upa- nishads.

Nous avons vu que, d'après la Chdndyoga-Upanishad, les âmes des karminah vont dans la lune pour servir de nourriture aux dieux ; que les dieux les mangent. Il faut n'attribuer à ce passage qu'un sens métaphorique. VUpanishad veut faire entendre que ces âmes servent aux dieux comme les femmes, le bétail et les serviteurs servent aux hommes ici-bas 1 . Les dieux, en effet, comme l'aftir- ment les livres sacrés, ne mangent ni ne boivent ; leur bonheur consiste uniquement à contempler l'immortel 2 . Du reste, les âmes des karminah goûtent elles-mêmes dans la lune des jouissances auxquelles différentes Upànishads font allusion 3 .

Le paragraphe suivant de la Chândogya-Upanishad, dans lequel il est dit que les âmes des karminah demeurent dans la lune jus- qu'à l'épuisement des effets de l'œuvre, ne doit pas être pris non plus tout à fait à la lettre. En réalité, ces âmes sont sânuçayah, c'est- à-dire qu'elles reviennent sur terre avec un reste d'oeuvre compa- rable au reste d'huile qui s'attache aux parois d'un vase qui en était rempli et dont on a vidé le contenu. Il est vrai que le corps aqueux dont elles sont munies pour goûter dans la lune les jouissances aux- quelles elles ont droit se dissout (quand elles ont épuisé par la jouissance le faisceau d'oeuvres (ou de sacrifices) qui leur avait valu de transmigrer dans cette planète, afin d'y jouir du fruit des oeuvres en question) par l'effet de l'ardeur du chagrin que leur fait éprou- ver la vue de l'épuisement de leur jouissance ; et cette ardeur est pareille à celle des rayons du soleil qui font fondre la glace ou à celle du feu du sacrifice produisant la liquéfaction du beurre 4 . Mais les âmes n'en redescendent pas moins de la lune avec un solde d'oeuvres indépendantes de celles qui les j avaient con- duites. Les preuves en sont nombreuses. Elles consistent : 1° dans le texte de la Chdndogya-Upanishad cité plus haut, dans lequel il est question du sort conforme à leurs oeuvres réservé à ces

1. Na hi te kavalotkshepena devair bhakshyante. kim tarhy upakaraw.amâtram. devâ?iâm bhavanti. te strîpaçubhvtyâdyvat. Çankara, Couim. sur la Chândogya- Upanishad, V, 10, 4.

2. Na vai devâ açnanti na pivanty etad evâmrtam drshtvâ tvpyanti. Texte cité par Çankara, Comm. sur les Brahma-Sûtras, III, 1, 7.

3. Voir, entre autres, la Brihad-Ar.-Upanishad, IV, 3, 31, et la Taittiriya-Upa- nishad, II, 8.

4. Yena karmavvndena candramasam âruàhâh. phalopabhogâya tasminn upa- bhogena kshayite teshâm yad ammayam çariram candramasy upabhogâyârabdham tadupabhogakshayadarçanaçokdgnisavciparkâtpraviliyatesavitvkiranasamparkâdiva himakarake hutabugarcïhsamparkâd iva ghrtakathinyam. Çankara, Comm. sur les Brahma-Sûtras, III, 1, 8.

�� �