Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 41.djvu/141

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d’Achille. Comme le héros qui combattit Hector et qui prit en pitié le vieux Priam, Alexandre se sait exposé à tous les dangers que peut craindre un mortel ; en sa qualité de demi-dieu, il les brave ; s’il succombe, il est bien sûr de renaître « au bûcher d’Œta. » Au passage du Granique, il a eu le bras droit traversé d’un javelot ; à Gaza, il est blessé à l’épaule ; dans la Drangiane, une flèche lui brise un des os de la jambe ; un peu plus loin, une pierre le frappe au cou ; chez les Oxydraques ou chez les Malliens, — on s’y perd, — peu s’en faut que les Macédoniens n’aient à le rapporter, comme revint Charles XII du siège de Fredericksburg — sur un brancard. Les machines de guerre allaient trop lentement ; Alexandre enfonce une porte et se précipite dans la ville. Il tue un grand nombre d’ennemis, met les autres en fuite et les oblige à se réfugier dans la citadelle. Les Indiens ne garderont pas longtemps cet asile. De sa propre main le fils d’Olympias saisit une échelle, l’applique contre le mur et, tenant sa rondache au-dessus de sa tête, atteint le haut des créneaux. L’échelle se rompt sous le poids des hétaïres qui se sont précipités pour le suivre. Debout sur le rempart, Alexandre sert de cible aux traits de l’ennemi. Stérile péril indigne de son courage ! Se ramassant sur lui-même, le plus agile des Grecs s’élance d’un bond au milieu des barbares. Tout fuit et se disperse ; on dirait que la foudre est tombée sur ce vil troupeau. Mais bientôt les barbares reviennent de leur effroi ; ils osent jeter un regard derrière eux et n’aperçoivent qu’un homme, un seul homme, au pied des murailles. Ils le chargent avec de grands cris, à coups d’épées et à coups de piques. Le casque et le bouclier du roi résonnent comme l’enclume sous le marteau du forgeron ; le tranchant des armes vient heureusement s’y émousser. Un Indien bande alors son arc : que les dieux protègent le talon d’Achille ! Le flanc du héros ne s’est qu’un instant découvert : le trait vole, percé la cuirasse et s’enfonce près de la mamelle. Sous la douleur aiguë Alexandre s’affaisse. L’Indien bondit le cimeterre en main ; il se prépare à frapper le dernier coup : Alexandre lui plonge son épée dans l’aine et l’étend raide mort. Une branche pendait des murs, le roi la saisit, se relève et provoque les barbares au combat. Heureux les princes qui trouvent, en pareille occasion, des compagnons fidèles ! Deux hypaspistes, Peucestas et Limnée, apparaissent à temps : ils courent au roi et se jettent devant lui. Limnée le premier roule, atteint d’une blessure mortelle ; Peucestas est blessé aussi, il lui reste la force de combattre encore. Alexandre lui-même reçoit un violent coup de massue sur la nuque. Ses yeux se couvrent d’un nuage ; il s’appuie contre la muraille, la face tournée vers l’ennemi. C’en était fait du fils de Jupiter Ammon si,