Page:Revue des Deux Mondes - 1869 - tome 79.djvu/520

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et même vive l’Autriche ! Bref, il y a eu évidemment des excitateurs qui n’auraient pas demandé mieux que de faire tourner une émotion naturelle au profit de leurs regrets ou de leurs utopies. Ils n’ont pourtant guère réussi, et en définitive cette agitation, circonscrite, partielle, impuissante à prendre un caractère sérieusement politique, ne peut aller bien loin ; elle tombera d’elle-même devant une conduite prudente du gouvernement, sans doute aussi devant l’accord inévitable du ministère et des chambres, qui se retrouvent de nouveau en présence aujourd’hui après les vacances de Noël. Chambres et ministère se sont associés dans une œuvre commune, qui est le rétablissement des finances et du crédit italien. Si, pour arriver à ce but, on avait pu faire autrement que de recourir au macinato, on l’aurait fait sans doute ; on s’est assez épuisé à poursuivre toutes les combinaisons possibles. Malheureusement il n’y a rien de plus inexorable qu’un déficit, et il n’y a rien de plus difficile que de mettre la main, pour le combler, sur des impôts réunissant à la fois la double condition de suffire aux nécessités publiques et de ne pas peser sur les, populations. Quand l’Italie aura trouvé ce secret, elle fera bien, après en avoir usé naturellement, de ne pas le garder pour elle seule. Jusque-là, le macinato subsistera sans doute, non pas comme un bienfait, mais comme une nécessité, et il faudra bien laisser les déclamateurs, fût-ce Garibaldi lui-même, s’escrimer contre les gouvernemens qui dilapident la « substance du peuple. »

Il a reparu en effet ces jours derniers, le brave et héroïque écloppé de Caprera, et il ne pouvait reparaître qu’à sa manière. Il a fait comme qui dirait une fausse rentrée en scène ; il vient d’être de nouveau élu député à Ozieri. Accepte-t-il sérieusement ou refuse-t-il la députation ? Ira-t-il au parlement ou restera-t-il à Caprera ? Il est fort probable qu’il ne songe pas à quitter son île. Dans tous les cas, il a écrit une lettre, un manifeste. On sent dans ses paroles une âme aigrie, un homme vieilli et malade qui a sur le cœur la défaite de Menlana, qui accuse tout le monde, sans songer certes à s’accuser lui-même. Ce qu’il y a de plus clair, c’est qu’après avoir été avec Victor-Emmanuel pour faire l’Italie, Garibaldi incline maintenant on plutôt retourne vers ceux qui travailleraient merveilleusement à la défaire, si on les laissait absolument libres. Toutes les fois que le vieux lion prend la parole depuis quelque temps, une impression nous revient involontairement : comment se fait-il que son langage soit de telle nature qu’il réjouisse immédiatement tous les ennemis de l’Italie ? Sa dernière lettre ne peut que trouver de l’écho à Rome et partout où l’on attend encore que l’Italie se déchire elle-même. Garibaldi, quoique dans un autre sens, parle de Victor-Emmanuel comme en parlait l’autre jour le pape à propos d’une démarche du roi pour sauver deux malheureux de l’échafaud. C’est bien la peine d’avoir été un héros pour finir par des loquacités moroses !

Quand nous suivons toutes ces choses d’hier et d’aujourd’hui en Italie