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de ce palais de fées en poussant notre canot jusqu’au centre du bassin. Au dehors, la mer venait en mugissant se briser sur les roches mais elle semblait respecter notre asile enchanté, et, à l’intérieur sa surface restait calme et transparente.

Les plaines les plus étendues comprises entre les contreforts des différentes chaînes de montagnes sont arrosées par de nombreux ruisseaux, mais aucun grand cours d’eau ne les traverse : la constitution géologique de la Sardaigne s’y oppose ; le sol y est trop tourmenté pour permettre à une rivière un peu considérable de développer son cours. Les principaux ruisseaux sont en été de maigres filets d’eau que l’hiver transformé en torrens. Alors, grossis par des pluies diluviennes, ils descendent des montagnes, entraînant les terres sur leur passage, franchissant les ravins et les précipices, et sortant de leur lit mal encaissé pour se répandre dans de vastes plaines qu’ils changent, pendant la moitié de l’année, en marécages.

La Sardaigne réunit aux avantages attachés à l’admirable position qu’elle occupe dans la Méditerranée celui de posséder un sol fertile et propre aux plus riches cultures. Sa population n’est cependant que d’environ 515,000 ames, un peu plus de 21 habitans par kilomètre carré. Les calculs qu’on a faits sur la population spécifique de la Corse ont donné peu près les mêmes résultats. C’est rester bien loin des 181 habitans qui représentent la densité de la population dans le département du Nord, et même des 63 qui expriment en moyenne celle de la France. Des 515,000 habitans de la Sardaigne, 94,000 résident dans les villes de Cagliari, Sassari, Alghero, Castel-Sardo, Templo, Ozieri, Nuoro, Oristano et Iglesias ; les autres sont répandus dans les 368 communes de l’île.

Cagliari renferme près de 26,000 ames. C’est en vain que Sassari, chef-lieu de la partie septentrionale ; prétend lui disputer le premier rang. La prépondérance de Cagliari, ville maritime et place de guerre, est suffisamment justifiée. Élevée en amphithéâtre au fond du golfe auquel elle donne son nom, sur une colline calcaire dont le sommet est à une centaine de mètres au-dessus du niveau de la mer, cette antique cité présente de loin l’aspect d’une colline blanchâtre, isolée au milieu d’étangs et de salines. Dans le nord seulement, cette colline se relie par une vallée à la hauteur sur laquelle est bâti le château ruiné de Saint-Michel, élevé de cent soixante mètres au-dessus du niveau de la mer. La ville se compose de quatre parties bien distinctes : la cité proprement dite, qui comprend dans son enceinte bastionnée le faubourg de la Marine ; en dehors de cette enceinte,