Page:Oeuvres de Camille Desmoulins - Tome 1.djvu/228

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de jalousies, de cabales, n’ait pas été remercié, que sa motion n’ait pas été unanimement accueillie ? Si les Français sont un peuple vain et qu’il leur faille absolument des distinctions, eh bien, que l’Assemblée nationale institue un ordre national ; que la décoration en soit accordée à ceux qui se seront signalés par une action héroïque. Mais dans ce moment je demande à tous ces Messieurs, aristocrates sans le savoir, que nous rencontrons dans les promenades, marqués d’une épaulette, pourquoi ils veulent se distinguer des autres, et quelle est l’action belle et généreuse qui leur a acquis ce droit. Dans une conscription militaire de bourgeois, dans un moment où on a eu à peine le temps de se reconnaître, où l’épaulette ne peut pas être encore une preuve de mérite et de courage, la porter n’est-ce pas porter sur l’épaule une accusation de brigue, d’ambition et de cabale, ou au moins cet écriteau : Aristocrate. Car qu’est-ce que l’aristocratie, sinon la fureur de primer sans raison. La nature n’a mis que trop d’inégalités parmi les hommes, sans que l’ambition en introduise de chimériques.

Cette sortie contre les épaulettes m’a entraînée bien loin de mon sujet. Revenons à l’Assemblée nationale et au Comité criminel. Encore une petite anecdote. Je ne sais quel district avait écrit au comité que l’abbé de Vermond était en tel endroit, où, pour l’arrê-