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débandèrent. Les Turcs reprirent courage, assaillirent les vainqueurs, qui furent bientôt en pleine déroute, et laissèrent le champ de bataille jonché de morts. Alp-Arslan, apercevant l’empereur grec chargé de chaînes, et conduit par un gros de Turcs, mit aussitôt pied à terre, et s’efforça de le consoler, en lui frappant trois fois dans la main, en signe d’amitié. Les auteurs grecs prétendent, au contraire, qu’il lui passa plusieurs fois sur le corps avec son cheval. Le démenti le plus formel de cette imposture, bien digne des écrivains grecs du Bas-Empire, est la liberté rendue, non-seulement au monarque chrétien, mais encore à tous les patrices faits prisonniers. On prétend même qu’une fille de l’empereur fut accordée en mariage au fils du monarque turc. Romain Diogène n’en paya pas moins une somme considérable pour sa rançon. Cette victoire mémorable, remportée par les Turcs en 1071, contribua beaucoup à l’affermissement de la puissance des Seldjoucides, et à étendre les domaines d’Alp-Arslan, depuis le Tigre jusqu’à l’Oxus. Il entreprit même bientôt après de passer ce fleuve, à la tête d’une armée de 200,000 chevaux. Cette opération l’occupa plus de vingt jours ; quand elle fut terminée, il passa lui-même et alla s’établir dans la petite ville de Caryr, dont la forteresse, nommée Berzein, était baignée par les eaux du fleuve ; elle fut prise, et le gouverneur Youssef amené devant le tronc du vainqueur, qui l’accabla de reproches et d’injures, et ordonna qu’on lui fit subir un supplice ignominieux. Youssef eut le courage de braver le sultan, et alla jusqu’à le menacer. Les gardes allaient se précipiter sur lui, mais le sultan leur ordonna de s’écarter, et, saisissant son arc qu’il maniait avec une grande adresse, il lança contre son ennemi trois flèches dont aucune ne l’atteignit. Youssef fondit sur lui, le blessa à coups de poignard, et les assistants, effrayés, ayant pris la fuite, il sortit avec eux, tenant son arme à la main. Un huissier du palais l’assomma d’un coup de raquette de paume. Mais le monarque ne survécut pas à ses blessures : il mourut le 30 de rebyi 1er 465 (le samedi 15 décembre 1072), âgé de 44 ans, après un règne de 10 ans. On l’inhuma à Merve. Son fils Melik-Schah lui succéda. Alp-Arslan avait commandé pendant dix ans dans le Khoraçan, en qualité de gouverneur, au nom de Thoghrol-Beyg, son oncle. Les historiens orientaux vantent sa bravoure, sa douceur et sa générosité. Il s’acquittait avec une scrupuleuse exactitude de toutes les pratiques de la religion musulmane, quoiqu’il fût l’origine turque, c’est-à-dire tatare, et, en conséquence, idolâtre : mais il professait en public, et sans doute par politique, la religion du prophète. Il prit même le nom de Mohammed. Sa taille avantageuse et la beauté de traits lui concilièrent tous les cœurs. On compta dans son palais jusqu’à douze cents princes ou fils de princes, qui venaient lui faire la cour et lui rendre hommage. L-s.


ALPHARABIUS (Jacques), écrivain du 15e siècle, né à Léonessa, dans le royaume de Naples, est auteur d’un traité latin de Usu coronarum et carum genere apud veteres Romanos, dont la première édition a été donnée par Wong, à Leipsîck, en 1759, in-4°. B-ss.


ALPHEN (Jerôme van) naquit à Gouda, en 1746, d’une famille qui a fourni plusieurs hommes distingués a l’Église et à l’État. Reçu en 1768 docteur en droit à l’université de Leyde, il fut bientôt après nommé procureur général à la cour d’Utrecht, puis pensionnaire de la ville de Leyde, et enfin conseiller et trésorier général de l’Union. Lorsque les Français envahirent la Hollande en 1795, il résigna ses fonctions, et se retira à la Haye. Van Alphen joignait le goût des arts et de la poésie à des connaissances étendues en philosophie, en théologie, en jurisprudence et en esthétique. On a de lui : 1° Essais de poésies édifiantes, 1771 et 1772 ; 2° Poëmes et méditations, 1777 ; 3° Chants belges ; 4° Poésies pour les enfants, 1781, ouvrage souvent réimprimé, écrit avec un grâce et une bonhomie charmantes, et adapté avec un art singulier à l’intelligence des lecteurs auxquels il est destiné ; 5° Mélanges en prose et en vers ; 6° des cantates, genre de poésie dont il a donné l’exemple en Hollande, et dans lequel il n’a pu encore être surpassé ; 7° Essai d’hymnes et de cantiques pour le culte public, 1801 et 1802, recueil dont les pièces les plus remarquables se retrouvent dans les hymnes évangéliques pour les Églises réformées ; 8° le Spectateur chrétien ; 9° un écrit sur le développement de cette proposition : l’Évangile offre à tous les hommes une maxime d’État dans le règne de la vérité et de la vertu, 1802 ; 10° Moïse considéré sous le rapport de sa législation comme supérieur à Solon et à Lycurgue. Cet ouvrage atteste les sentiments religieux dont l’auteur était pénétré, et qu’il considérait comme la base du système social. Nous pourrions citer de van Alphen d’autres écrits ; un de ses plus brillants morceaux de poésie, et le plus riche d’imagination, est la cantate intitulé Starrerhemel (le Firmament). Elle est, avec les petits poèmes qui l’ont fait surnommer l’ami de l’enfance, l’un de ses plus beaux titres au rang qu’il tient parmi les premiers poëtes de la Hollande. En 1778 il donna la première, et en 1780 la seconde partie du traité de Riedel sur la Théorie des beaux-arts, et rendit à cette occasion un hommage éclatant à plusieurs écrivains de l’Allemagne. Il mourut en 1803. M. N.-G. van Kampen, dans son Histoire littéraire, t. 2, p. 375 et suivantes, a fait de lui un éloge mérité. R-f-g.


ALPHERY (Nikepher, ou Nicéphore), théologien du 17e siècle, était né en Russie, et appartenait à la famille des czars. Des troubles violents s’étant élevés dans sa patrie, et jusque dans sa propre famille, il fut envoyé en Angleterre avec deux de ses frères : ces trois jeunes princes furent confiés aux soins d’un négociant russe, qui les plaça au collège d’Oxford. Les deux frères d’Alphery moururent de la petite vérole ; Alphery, resté seul, se consola, par la religion, de la perte qu’il venait d’éprouver, et embrassa l’état ecclésiastique. Il obtint, en 1618, dans le Huntingdonsbire, une cure, dont le revenu suffisait à peine à ses besoins : ce qui ne l’empêcha pas de remplir son ministère avec zèle, et de trouver