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Egypte pendant les campagnes du général Bonaparte (1802, 2 vol. gr. in fol.).===

Dessinateur et graveur habile, Denon était déjà connu par un Voyage artistique en Sicile et à Malte (1788), quand il fut emmené par Bonaparte dans son expédition d’Egypte. Il fit avec Desaix la campagne du haut pays. Toujours en avant, son portefeuille en bandoulière, il distançait les premiers guides pour avoir le temps de dessiner quelques fragments, en attendant que la troupe le rejoignît. Pendant que l’on se battait, il prenait des vues et fixait le souvenir des événements dont il était témoin. Le nombre des dessins qu’il fit alors est immense. Revenu en France, il s’occupa du soin de les publier. La vive impression que l’expédition d’Egypte avait produite ; le caractère extraordinaire, aventureux qui lui était propre et qui était bien de nature à frapper les esprits ; l’étonnement que l’on éprouva à la vue de ces monuments, merveilles séculaires de la patrie des pharaons et des Ptolémées, firent avidement rechercher un ouvrage où l’on trouvait, à côté de la description et de la vue des monuments, une relation spirituelle et animée des événements. Cette importante publication sert en quelque sorte de préface à la magnifique Description publiée par l’Institut d’Egypte. Elle se compose d’un volume de texte et d’un volume de planches au nombre de 141), dessins précieux, esquissés sous le feu de l’ennemi et gravés par les plus habiles artistes. Le récit du voyageur, dont on reconnaît la bonne foi, présente l’Egypte et ses habitants sous des rapports presque inaperçus par les précédents voyageurs. Il commence par des vues graduelles du Delta, prises à vol d’oiseau ; puis il dessine et décrit la forme précise des paysages et des monuments ; ensuite il exerce son crayon et sa plume sur les habitante, qu’il croque sur le vif. Ainsi se succèdent des tableaux divers, le passé et le présent, l’histoire ancienne et l’histoire contemporaine, les mœurs domestiques, les pyramides, les environs du Caire, les maisons des Turcs, les bains, les jardins, les tombeaux, les temples les mieux conservés, les bas-reliefs représentant les arts, les instruments, les outils, les combats, les jeux, les usages des anciens Egyptiens, les scènes épisodiques de la guerre, entre autres la bataille des Pyramides, les portraits caractéristiques dessinés d’après nature. Denon a copié aussi des inscriptions cursives et un zodiaque égyptien ; il avait découvert, en outre, le premier manuscrit égyptien que l’Europe savante ait connu. Son ouvrage, plusieurs fois réimprimé, a été traduit en diverses langues.

Voyage dans les îles d’Afrique, par Bory de Saint-Vincent (1804, 3 vol. in-8°, et atlas in-4°).

Bory de Saint-Vincent partit du Havre avec l’expédition du capitaine Baudin, en qualité de naturaliste en chef. Il débarqua à Ténéritfe. Arrivé à l’île de France, il se sépara de Baudin, que la moitié des officiers et des savants abandonnèrent. Il passa bientôt dans l’île de la Réunion, qu’il parcourut dans tous les sens ; il en dressa une belle carte topographique. En revenant en France, Bory relâcha dans diverses îles de l’Afrique, entre autres à Sainte-Hélène, dont il fit une excellente carte et d’où il rapporta un magnifique papillon, de grande taille, aux couleurs vives et variées, que Napoléon avait nommé prométhée. En intitulant son ouvrage Voyage dans les quatre principales îles des mers d’Afrique, Bory de Saint-Vincent n’a pas eu d’égard à leur étendue, puisque l’île de Madagascar, dont la description n’est pas entrée dans son plan, est plus considérable à elle seule que ne le sont ensemble les quatre îles de Ténériffe, de Maurice, de la Réunion et de Sainte-Hélène, qui sont l’objet de sa relation. C’est sous les rapports physiques, agricoles, commerciaux et politiques, qu’il a qualifié, sans doute, ces quatre îles comme les quatre principales des mers d’Afrique. Quelques critiques ont reproché à l’auteur de s’être presque uniquement occupé, quant aux îles de France et de la Réunion, de descriptions géologiques, d’observations météorologiques, de détails de botanique, et de n’avoir donné aucune notion sur les mœurs et sur les usages des habitants. En général, le style de Bory de Saint-Vincent est presque toujours coloré, mais déparé par des incorrections grammaticales. La botanique lui devra des espèces nouvelles, de nouveaux genres peut-être ; la zoologie, des descriptions plus exactes et plus variées ; la géologie, des observations curieuses et des théories quelquefois téméraires, parfois dignes d’attirer l’attention des savants.

Voyages de sir John Barrow (1806).

Barrow avait fait.partie de l’ambassade de lord Macartney en Chine (1792-1794). Son Voyage en Chine, par les îles de Madère, de Tenériffe et du Cap-Vert, le Brésil et l’île de Java, contient des renseignements nouveaux et authentiques sur l’état naturel et civil de ces divers pays ; à la suite vient une relation officielle d’un voyage au pays des Bousouhanas, dans l’intérieur de l’Afrique australe. Il n’est pas l’auteur de cette relation. Barrow a principalement dirigé ses observations sur les anciennes navigations, les établissements coloniaux, le gouvernement, la cour, les lois, la police, l’armée, les finances, le ca-

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ractère, les mœurs, les usages, le culte, l’agriculture, le commerce, les routes et canaux, les sciences et les arts, les spectacles, la langue de la nation chinoise, l’histoire naturelle du pays et sa population présumée. Les Anglais considèrent cet ouvrage comme le plus précieux qu’ils possèdent sur la Chine. Barrow a fait deux excursions dans la colonie du Cap. Dans sa relation (Voyage dans la partie méridionale de l’Afrique, 1797-1798, 2 vol. in-4°), il examine quelle est l’importance du Cap pour les différentes puissances de l’Europe, considéré comme station militaire et navale, comme boulevard du commerce et de la domination des Anglais dans l’Inde, comme centre des établissements pour la pèche de la baleine dans les mers australes, comme acquisition territoriale et comme entrepôt commercial en temps de paix. L’ouvrage est accompagné d’une description statistique, rédigée sur les documents les plus authentiques, et de huit belles cartes, contenant celle de la côte d’Afrique depuis la baie de la Table jusqu’à la baie de Saldanha, des cartes des baies de Bletenberg, d’Algoa, de Mossel et de False-Bay ; le plan militaire de la péninsule du Cap et ceux de la baie de la Table et du Kuisna. Les connaissances très-étendues de l’auteur sur différentes branches de l’histoire naturelle lui ont permis de décrire avec autant d’exactitude que de discernement tous les objets tenant à l’histoire des trois règnes de la nature. Cet ouvrage a été traduit en français par Grand-Pré.

Voyage classique et topographique en Grèce, par Ed. Dodwell (Londres, 1809, 2 vol. in-4°).

Ce voyage a été exécuté pendant les années 1801, 1805 et 1806. L’auteur décrit la plus grande partie de la Grèce continentale ; en dépeignant chaque lieu, il rapporte et combine les textes anciens avec l’état présent des villes et des monuments, avec les usages, actuels ; il discute les opinions de quelques-uns de ses prédécesseurs, et s’efforce de fixer les idées sur des points encore controversés ou obscurs. Partant de Trieste au mois d’avril 1801, le voyageur anglais longea la côte orientale du golfe Adriatique, recueillit d’intéressantes observations sur les îles dalmates, s’arrêta à Corfou, passa à Sainte-Maure (Leucade), fit une excursion sur les ruines de Nicopolis et visita les îles d’Ithaque, de Céphalonte et de Zacinthe, aux puits de bitume. Abordant sur la côte d’Etolie, à Missolonghi, il se proposa de passer en Morée ; mais la peste, signalée à Corinthe, l’obligea à changer de plan ; au lieu de visiter le Péloponèse, il se dirigea vers la Phocide et la Béotie. Partant de Patras, il longea la côte de l’Etolie et, de la Locride, et il s’achemina par terre de Galaxidi vers la Phocide. Puis, de Delphes ou Castri, il se rendit à Platée, et se dirigea de Thèbes vers Athènes. L’Attique et sa métropole le retinrent longtemps ; il visita tous les monuments, rechercha les ruines éparses, gravit toutes les montagnes de la contrée et entreprit le tour entier de l’Attique. Il recueillit de nombreuses observations qui intéressent surtout l’histoire de l’art. Après une excursion aux îles d’Egine et de Salamine, il se rendit aux Thermopyles, où il constata des changements physiques dans le cours des eaux. La vallée de Tempe fut le terme de son voyage dans le nord de la Grèce. Revenant sur ses pas, il traversa la Doride et la Phocide, et, prenant par l’est de la Béotie et de l’Attique, dans la direction d’Athènes, il traversa la plaine de Marathon. Le Péloponèse devint alors le but de ses courses d’antiquaire ; il suivit la route Sacrée et passa à Eleusis, à Mégare, à Corinthe, à Sicyone. A partir de Patras, il longea la côte occidentale du Péloponèse. Les ruines d’Elis se montrèrent à lui. La Messénie, l’Arcadie, la Laconie furent à leur tour le théâtre de son exploration. Après avoir vu les ruines de Sparte, il revint à Patras, où il s’embarqua pour Civitta-Vecchia. Cette relation instructive est trop étendue ; l’ouvrage proprement dit a moins de prix que son complément, ou que la collection des magnifiques dessins rapportés de son voyage par l’auteur ; ces grands dessins sont vraiment dignes des beaux monuments et des beaux sites qu’ils représentent.

Voyages en Amérique et en Asie (1809et 1843-1848), par Alex. de Humboldt.

Les voyages offrent un puissant intérêt à la curiosité des gens d’étude, quand les contrées parcourues sont un vaste théâtre de découvertes, et aussi quand le voyageur est un de ces esprits d’élite aptes à tout comprendre et à tout expliquer. Humboldt, surnommé l’Aristote moderne, était une intelligence encyclopédique ; il n’y a pas une science que ses voyages n’aient enrichie, développée. Le premier de ces pèlerinages scientifiques a embrassé l’aire immense des régions équlnoxiales de l’Amérique. Pendant cinq ans, de 1799 à 1804, Humboldt et son compagnon, Am. Bonpland, ont parcouru la Colombie, les Cordillères, les bords de l’Orénoque et de l’Amazone, le Pérou, le Mexique et Cuba. On a dit avec raison qu’ils avaient découvert une seconde fois le Mexique. Ils avaient exploré la belle vallée de Téuériffe et avaient fait l’ascension du pic de l’île. Eu plein Océan, ils s’étaient occupés du Gulf-Stream, l’immense torrent d’eau chaude, artère de la mer, qui con-

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tourne le golfe du Mexique, d’où il va rayonner dans l’hémisphère nord, et de la grave question du refroidissement du globe. La splendide constellation appelée la Croix-du-Sud leur avait annoncé leur entrée dans la zone torride. Arrivés au port de Cumana, ils formèrent le projet de visiter tout le cours de l’Orénoque, une ligne mesurant de 700 à 800 lieues. Ils employèrent dix-huit mois à explorer les provinces de l’Etat de Venezuela. Gravissant les montagnes de Garipe, Humboldt s’aventura dans la caverne du Guacharo, à la fois Tartare et Styx des Indiens. Qu’on se figure une porte béante, surmontée d’arbres en panache ; la largeur de la voûte est de 80 pieds et sa hauteur de 72 ; une rivière de 30 pieds de largeur sort du souterrain, canal régulier, percé du sud au nord, entre une double muraille de stalactites, sur une longueur illimitée… Personne n’a pu arriver jusqu’à l’extrémité de cette, galerie. Un phénomène d’un autre ordre que les deux naturalistes auraient pu voir peu de temps auparavant, mais non décrire, c’est le tremblement de terre de Caracas, qui engloutit toute une ville ; dix mille personnes périrent en une minute. L’étendue de la commotion fut pour Humboldt un indice de la grande profondeur des volcans. Quittant le littoral pour les savanes et bravant les dangers et les privations, il s’engagea dans les montagnes de los Teques et dans les savanes de Galabozzo, pampas au nord et llanos au sud ; au centre de ces régions, une forêt six fois plus grande que la surface de la France. Des troupeaux innombrables se multiplient dans cette zone ; des rivières sans nombre la sillonnent, ayant pour affluents des cours d’eau plus considérables que le Danube et pour ruisseaux des tributaires aussi importants que la Seine. Avant cette expédition, le bassin de l’Orénoque était peu connu : les sources du grand fleuve se cachaient comme celles du Nil. D’autres analogies existent entre le Nil et l’Orénoque : les crues immenses de ce dernier donnent l’idée d’un déluge. Il y avait un fait à constater : la communication entre l’Amazone et le rio Negro, celle entre le rio Negro et le Cassiquiar, et celle entre le Cassiquiar et l’Orénoque. Une navigation de plus de 600 lieues de 25 au degré conduisit en soixante-quinze jours les explorateurs sur un réseau d’affluents, et ces embranchements d’une rivière à l’autre, courant en sens opposés, leur permirent de faire un véritable périple. Ces fleuves, aux panoramas sauvages et pittoresques, sont classés en eaux blanches et en eaux noires. Le périlleux passage des cataractes d’Aturès et de Maypurès fut une péripétie émouvante de cette traversée fluviale. Après uns fausse pointe sur Cuba, d’où il pensait se rendre aux Philippines par le Mexique, Humboldt alla dans le bas Pérou ; il observa au Callao le passage de Mercure sur le disque du soleil. Suivant le fleuve la Magdeleine, il passa de Carthagène au plateau de Bogota et, traversant la Cordillère, il atteignit Quito. Pendant cinq mois, il explora la haute vallée de Quito et la chaîne des volcans à cimes neigeuses qui l’encadrent. Faisant l’ascension du Chimborazo, Humboldt et Bonpland s’élevèrent à une hauteur de 18, 096 pieds au-dessus du niveau de la mer ; une crevasse énorme, un gouffre, les arrêta ; 200 pieds restaient encore à gravir. Un froid glacial et le manque d’air ne les empêchèrent pas de dresser leurs instruments de physique à cette extrême limite de la vie. Le Chimborazo était reconnu de beaucoup inférieur à l’Himalaya. Franchissant le défilé des Andes, ils descendirent par les forêts de quinquinas de Loxa dans la vallée de l’Amazone supérieur ; puis, franchissant le plateau de Caxamarca, ils passèrent sur le versant occidental des Cordillères du Pérou. A une hauteur de 9, 000 pieds, ils virent l’océan Pacifique se déroulant dans un horizon sans limites. Revenant au Callao, ils se rendirent à Mexico, par Guayaquil et Acapulco. Après avoir fait l’ascension du volcan de Toluca, ils se rendirent, à travers les forêts de chênes de Xalapa, à Vera-Cruz, où régnait la fièvre jaune. A la suite d’un nouveau séjour de dix mois à La Havane, les deux voyageurs s’embarquèrent pour Philadelphie. Jefferson leur réservait un cordial accueil à Washington. Le 3 août 1804, il débarquaient à Bordeaux, Bonpland rapportant une collection considérable de plantes américaines. Cette mémorable expédition est restée célèbre ; trente ou trente-cinq volumes, de grand et de petit format, en ont été le fruit, en tout une dizaine d’ouvrages, renfermant des études, des documents, des données de toute espèce sur la géographie et les sciences annexes, l’anthropologie, l’ethnologie, l’archéologie américaine, l’économie politique et sociale, sur l’histoire physique et morale du nouveau continent. Humboldt s’arrête à chaque pas, à chaque objet ; tout lui est un motif d’observation savante ou curieuse ; il interroge tous les êtres organiques ou inertes. Il élucide les sujets de son enquête au moyen de rapprochements avec ce qui existe en Europe, ou bien en montrant les contrastes, les oppositions. L’auteur passe des méditations de la science aux sentiments communs à tous les hommes. Que de préjugés il a renversés ! que de vues utiles ou ingénieuses il a jetées dans la circulation intellectuelle ! Humboldt démontre l’influence de la forme des conti-

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nents sur la marche du progrès. Un littoral coupé d’anfractuosités favorise l’essor de la civilisation. Les plantes émigrent et les hommes les suivent. L’agriculture américaine rempnte à une haute antiquité ; le règne végétal possède encore une fécondité merveilleuse. Des figures symboliques gravées sur les rochers et témoignant de l’existence d’une autre race d’hommes et d’une civilisation assez avancée ; les monuments mexicains qui ont une analogie surprenante avec les monuments égyptiens ; les idiomes américains, dont on retrouve les racines dans les vocabulaires asiatiques et qui présentent des rapports frappants avec les langues du Caucase, tous ces indices attestent l’antiquité de l’homme américain. Les Caraïbes, la plus ancienne nation que l’on découvre dans le nouveau monde, mais race condamnée à périr et réduite déjà à l’ombre d’elle-même, parlent un langage double, l’un à l’usage des hommes, l’autre réservé aux femmes. Ce dualisme de parole supposerait-il un autre enlèvement de Sabines, accompli par un peuple tout différent du peuple absorbé ? Humboldt déclare que les Indiens, chrétiens ou sauvages, n’ont aucune religion ; certains d’entre eux sont anthropophages ; habitués à manger des singes rôtis, ils passent à l’homme comestible par une transition naturelle. Il faut peu compter sur les moines espagnols pour régénérer l’Amérique centrale et méridionale. Humboldt marque aux jeunes républiques la voie qu’elles doivent suivre ; elles peuvent avoir foi en l’avenir, dès qu’elles voudront répudier les traditions anarchiques et se livrer au travail, à l’œuvre régulière des peuples civilisateurs. L’isthme de Panama peut être coupé par un canal ; on peut y ouvrir quatre ou cinq passages. Le premier, Humboldt a démontré que le relief de l’isthme favoriserait, au lieu de la contrarier, l’exécution d’une entreprise si avantageuse aux deux mondes.

Le Voyage de Humboldt, un des plus beaux monuments de la science et de la littérature moderne, a formé, dans un laps de vingt années, une série de sept ou huit ouvrages, écrits partie en français, partie en latin. Des savants distingués ont collaboré à cette encyclopédie américaine, ainsi divisée : 1° Voyages aux régions équinoxiales du nouveau continent (1809-1825, 3 vol. in-8°, avec atlas géographique, géologique et physique) ; c’est l’historique de l’expédition ; 2° Vue des Cordillères et monuments des peuples indigènes de l’Amérique (1810, gr. in-fol. ; 1816, vol. in-8°) ; c’est la description et le dessin des principaux monuments de la civilisation primitive du nouveau monde, et particulièrement du Mexique et du Pérou ; 3° Recueil d’observations de zoologie et d’anatomie comparées (1805-1832, 2 vol.) ; 4° Essai politique sur le royaume de la Nouvelle-Espagne (1811, 2 vol. in-4° ou 5 vol. in-8°) ; cette partie, traitant des mines, de l’agriculture, de l’industrie, du commerce, des finances et de la défense militaire de ce pays, est presque un ouvrage d’économie politique d’un bout a l’autre ; 5° Recueil d’observations astronomiques, d’opérations trigonométriques et de mesures barométriques (1805-1810, 2 vol. in-4°) ; cette partie est un répertoire inépuisable de positions et de déterminations ; 6° Physique générale et géologie (1807) ; 7° Essai sur la géographie des plantes (1805).

Les Tableaux de la nature, travail favori de Humboldt, traduit en français par M. Hœfer sur la troisième édition (1849, 2 vol. in-8°), forment la transition entre les ouvrages qui précèdent et celui dont il va être question. L’auteur, mettant à contribution les souvenirs et les images qu’il avait rapportés de ses courses en Amérique et en Asie, a écrit pour les profanes ; le savant s’est fait peintre.

En 1829, Humboldt partit pour l’Asie centrale, en compagnie d’Ehrenberg et de G. Rose ; l’empereur Nicolas s’était chargé des frais de l’expédition. On se proposait d’étudier le système des monts Himalaya. Ce plan ne pouvant être mis à exécution, on explora l’Asie centrale depuis les monts Ourals jusqu’aux postes militaires de la Chine, dans la Dzoungarie. A l’aller et au retour, l’expédition battit les steppes en divers sens. Les steppes de l’Asie, les déserts de l’Afrique et les pampas de l’Amérique donnent lieu à des rapprochements d’une saisissante vérité. Dans ce parcours de 4, 500 lieues, Humboldt recueillit des notions exactes sur la configuration du grand plateau asiatique et des régions avoisinantes. Sa relation redresse d’innombrables erreurs. Depuis Marco Polo, les géographes avaient admis un haut plateau dans l’Asie centrale ; Bailly y avait placé le berceau de son peuple primitif. Ce plateau n’a qu’une élévation modeste, et l’Asie occidentale s’affaisse jusqu’à une grande dépression. Humboldt a fait le jour sur la distribution géographique de cette partie du globe, systèmes de montagnes, climats, minéraux, lacs, cours d’eau, phénomènes et produits naturels. Il a trouvé de riches gisements de platine et d’or, des gisements de topazes, des mines de malachite, une mine de sel gemme, des mines d’argent sur la pente sud-ouest de la chaîne de l’Altaï, des carrières de jaspe vert. Des déterminations précises se joignent aux aperçus originaux dans l’ouvrage de l’illustre savant, Asie centrale (1843-1848, 3 vol.).