Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/280

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joua les rôles les plus divers : jeunes premiers, jeunes premières, pères nobles, sorciers et reines[1]. Dans le premier des deux grands albums de Maurice Sand, qui demeurent comme une histoire du théâtre de Nohant magnifiquement illustrée, nous trouvons plusieurs lavis à l’aquarelle, représentant George Sand dans différents costumes d’homme et de femme. Nous donnons la reproduction de celui qui la représente dans le rôle de Pietro Colonna dans Une nuit à Florence. Mais c’est certainement dans le Château des Désertes, dont nous avons aussi parlé plus haut[2], que l’on trouve l’écho le plus fidèle de ces spectacles improvisés, de leurs préparatifs et des débats qui précédaient chaque représentation, relatifs au scénario, au caractère général de chaque rôle et aux analyses critiques des œuvres littéraires qui servaient de trame à ces pièces improvisées.

Puis les années 1847 et 1848 arrivèrent et tous les spectacles prirent fin. La gaie Augustine, la belle Solange, Fernand des Préaulx, Arago, Borie, n’étaient plus à Nohant. Mais lorsque Mme Sand se retrouva dans sa vieille maison, ce fut encore l’art dramatique, cette fois sous la forme des marionnettes, qui consola l’illustre femme, que le drame survenu dans sa vie privée et la tragédie politique connue sous le titre de « révolution de 1848 » laissaient désespérée. Maurice Sand, esprit si prompt à créer et à mettre debout une œuvre artistique, voyant le visage de sa mère constamment assombri et la sachant passionnée de théâtre, eut recours, pour la distraire, à cette passion favorite. (Le lecteur se soutient que l’arrière-petite-fille de Mlle de Verrières s’amusait dès l’âge de douze ans à arranger des pièces de Molière pour les représentations du couvent des Anglaises.)

Un soir Maurice se cacha avec son ami Lambert derrière le dos d’un grand fauteuil, habilla ses mains d’un mouchoir et fit son début d’imprésario de Guignol, en jouant à l’aide de ses dix « petits Poucets » une vraie petite comédie. Et comme il possédait un véritable talent d’improvisation, il mit dans cette petite pièce tant d’entrain, de verve, de gaieté que non seulement il fit

  1. V. plus haut la lettre à Augustine datée du 28 avril 1861.
  2. V. le vol. précédent, chap. vi.