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XL
INTRODUCTION.

en route avec elle. Arrivé à Fez, il trouva auprès de ce prince l’accueil le plus flatteur. « Je fus surpris, dit-il, des faveurs et des honneurs qu’il me prodiguait, à moi, jeune homme encore imberbe. » Rentré ensuite à Bougie, il y passa encore quelques temps, mais, vers le commencement de l’an 755 (1354), il reçut l’ordre de se rendre à la cour.

Notre auteur raconte en ces termes, les motifs de son rappel à Fez : « Quand Abou-Einan fut de retour à la capitale et que les savants eurent commencé à se réunir chez lui, selon l’habitude, on parla de moi dans une de ces assemblées ; et comme le prince avait l’intention d’y admettre quelques jeunes lettrés pour discuter des questions scientifiques, les docteurs que j’avais rencontrés à Tunis me désignèrent comme parfaitement digne de cet honneur. Le sultan me fit aussitôt appeler à la cour, et m’ayant inscrit au nombre des personnes qui faisaient partie de ses réunions littéraires, il m’employa à assister aux prières avec lui. Bientôt après, il m’employa comme secrétaire des commandements chargé d’apostiller les placets qu’on lui présentait. — Je continuai, toutefois, à me livrer aux études et je pris des leçons de plusieurs docteurs maghrebins ainsi que des cheikhs andalousiens qui venaient quelquefois pour remplir des missions politiques. De cette manière, je pus atteindre à un degré d’instruction qui répondit à mes désirs. »

Présenté à la cour vers la fin de l’an 756 (déc.-janv. 1355-6) et comblé tout d’abord de la faveur du souverain, Ibn-Khaldoun s’attira l’envie de quelques personnes jalouses de sa haute fortune, et bientôt on le dénonça au sultan comme entretenant des liaisons avec le prince hafside, Abou-Abd-Allah-Mohammed, ex-émir de Bougie, qui, après avoir été détrôné par les Mérinides se trouvait alors détenu dans le Maghreb. On l’accusait de s’être engagé à procurer l’évasion de ce prince à condition d’en devenir le premier ministre. « La vérité en est, dit-il, que, depuis quelques temps, une étroite intimité s’était formée entre l’émir et moi ; intimité à laquelle j’étais d’autant plus disposé que mes aïeux avaient été au service de sa famille. Je négligeai cependant les précautions qu’il fallait prendre en pareil cas, et la