Page:Giraudoux - Retour d’Alsace, août 1914.djvu/18

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en avouant qui ils sont : « Je suis le buffet, camarade », « Je suis le verre fragile où plus d’un cœur a pleuré », « Je suis l’armoire, cher frère ; remplis-moi de beau lin ». Meubles lâches sur le fronton desquels apparaîtrait au besoin une dénonciation en lettres gothiques : « Mes maîtres sont cachés en moi ». Mais ils n’y sont pas !… De France cependant on nous envoie la preuve qu’ils existent. Le lieutenant Souchier a reçu de sa femme la nouvelle qu’il y a quarante prisonniers à Roanne ! Pas un enfant, pas une vieille paralytique, sur la route de Charlieu, qui ne les ait déjà vus. Après tout, tout est bien, si l’on recueille, dans le Massif Central, les prisonniers qui se métamorphosent devant nous et si l’on trouve en ce moment des obusiers, des mortiers Krupp sur les monts d’Auvergne.


Enschingen, 19 août.

Longue marche dans le brouillard. Le régiment tousse, moins la compagnie du lieutenant Viard, où la toux est punie et où les soldats se rattrapent sur l’éternuement. Les trois ou quatre hommes du régiment qui se sont munis à Roanne d’un capuchon imperméable déclarent qu’ils préféreraient une bonne averse. Jusqu’à huit heures, nous ne