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musculaire. L’idéal de beauté, c’était alors le discobole ou le gladiateur, admirables de vigueur et d’optimisme. Il est navrant qu’à la saine conception de la beauté grecque ait succédé celle qui donnait en modèle un Christ amaigri, crucifié et renonçant. Si le christianisme avait pris au paganisme son amour de la beauté naturelle, le eût été une époque de lumière. Il y a parallélisme entre la vigueur d’un muscle et la beauté de sa ligne, car la nature est essentiellement logique. Beauté et santé sont les deux faces d’une même médaille ou, plus exactement, la beauté est l’extérieur de celle-ci et la santé l’intérieur. Et la splendide cage thoracique des statues de l’ancienne Grèce signifie maximum de force et de résistance des poumons et du cœur. Socrate et Platon ne furent pas seulement des génies de la pensée, ils furent aussi des athlètes s’exerçant nus sous le soleil. En sédentarisant son corps, on abaisse ses résistances. Les atrophiés du muscle donnent naissance à des enfants débiles, insuffisants des glandes, arthritités à l’avance et délicats. Les sédentaires trahissent leur descendance… Il faut savoir qu’à presque toutes les maladies de la nutrition, à presque toutes les asthénies, à toutes les affections chroniques, correspond un appareil musculaire insuffisant ou inactif. Toute déchéance de la forme normale, c’est-à-dire athlétique, du corps humain, va de pair avec une vitalité diminuée. » (La Cure Naturiste.)

Comment réagir ? Par les exercices physiques. Ils s’effectueront autant que possible en plein air, sous les rayons régénérateurs du soleil, le corps nu (voir : Nudisme) et se composeront de mouvements simples, capables de développer l’harmonie des formes. L’équilibre des fonctions ne s’obtiendra qu’à la condition de ne pas surmener certains groupes d’organes au détriment d’autres groupes, et en restant toujours dans la limite de résistance physiologique de l’individu. Suivra-t-on la méthode analytique ? (méthode suédoise de Ling), ou synthétique ? (méthode « naturelle » d’Hébert). Celle-ci connaît la plus grande vogue. Elle repose sur la pratique des exercices naturels : marche, course, saut, grimper (appuis, suspensions, équilibres et escalades), lancer (avec le jonglage), lever, défense (lutte et boxe), natation. Elle comprend aussi les bains de soleil et d’air pur, ainsi que des séances de repos. Toutes choses d’ailleurs que pratiquaient les Grecs. Le sport ainsi compris, débarrassé des vanités de la compétition et des prouesses des recordmen augmentera la force, la souplesse et la résistance du corps et deviendra le premier élément de la santé et du bonheur. « L’âme d’un sage » s’acquerra par la pratique parallèle du sport intellectuel, par cette gymnastique de l’esprit qui développe au plus haut degré le désir de savoir, par l’éducation méthodique de la volonté qui rend l’homme vraiment maître de lui, dominant ses instincts, et capable de s’élever à cette sérénité suprême où le corps est l’instrument d’exécution des décisions mûrement pesées par la raison. C’est alors que sera atteint l’idéal antique : une âme saine dans un corps sain.

Les Romains, et davantage encore les Grecs, ont été amoureux de la beauté des formes humaines. Mais la pratique des exercices gymniques remonte à des temps très anciens. Il y a 3600 ans, le Cong-fou chinois traite d’éducation physique rationnelle avec façons profitables de bien tenir son corps et de bien respirer. Cette gymnastique curative fut connue aussi dans l’Inde et en Égypte. Les mêmes exercices furent pratiqués par les asiatiques occidentaux dans leurs rites funéraires, leurs cérémonies religieuses et dans l’agonistique guerrière. Les Grecs arrivèrent à la perfection de la beauté physique par la pratique de la gymnastique ; leur merveilleuse statuaire, qui en est le témoignage, fera toujours l’admiration des hommes. À Sparte, « l’État s’occupe de l’enfant dès sa naissance : mal constitué, est exposé


sur le Taygète ; solide, il reste aux mains des femmes jusqu’à sept ans, âge où commence son éducation publique, militaire. Un pédonome réunit en groupes les enfants de la même année ; eux-mêmes élisent, parmi des camarades plus âgés, des moniteurs qui dirigent les exercices, assistés de « fouettards ». Exercices violents : gymnastique, lutte, jeu de balle ; à côté de cela, une culture de l’esprit très élémentaire ; on admet la musique, pour accompagner les chants guerriers. Et l’éducation des filles est à peu près semblable. » (Maxime Petit : Histoire Générale des Peuples.) Du même ouvrage : « L’Athénien était un bon soldat, intelligent, courageux, manquant parfois de discipline, très supérieur aux Spartiates dans la guerre de sièges. L’éducation du militaire se confondait avec celle du citoyen, elle avait pour bases le patriotisme et l’entraînement physique. Ce dernier trait distinguait l’Hellène du barbare, qui ne s’entraînait pas méthodiquement et s’étonnait des exercices que les Hellènes exécutaient dans un état de nudité complète, d’où le nom de gymnastique. À cette éducation, on s’accoutumait déjà, à douze ans, dans des palestres privés ; à dix-huit ans commençait l’apprentissage des armes, lors de l’entrée dans l’éphébie. » Et lorsque l’éphèbe est citoyen : « Pendant un an, il fréquente un des trois grands gymnases, l’Académie, le Lycée, le Cynosarge, y pratique le saut, la course, la lutte, l’équitation, le maniement des armes, la manœuvre en peloton. » (pp. 58 et 67).

Cette faveur dont jouissaient les exercices physiques a son écho dans les œuvres littéraires. Nous cueillons, dans l’Odyssée, ce récit « sportif » des exploits d’Ulysse (Chant VIII) : « Il dit, et, sans se dépouiller de son manteau, il se précipite du siège, saisit une pierre deux fois plus grande et plus lourde que le disque lancé par les Phéaciens ; et, la tournant en l’air avec rapidité, il la jette d’un bras vigoureux ; la pierre vole et tombe au loin avec un bruit grondant et terrible. Ce peuple de hardis nautoniers, ces fameux rameurs qui brisent les flots, se croient frappés et s’inclinent jusqu’à terre. »

Et ces paroles d’Alcinoüs : « Nous ne prétendons point nous illustrer au pugilat ni à la lutte, mais nos pas atteignent en un moment le bout de la lice, et rien n’égale le vol de nos vaisseaux. Toujours brillants d’une nouvelle parure, nous coulons nos jours dans les festins, le chant et la danse ; les bains tièdes font nos délices ; le sommeil a pour nous des charmes. » Enfin, cette description d’un match de football (si l’on peut dire !) : « Ils prennent un ballon d’une pourpre éclatante, sorti des mains de l’industrieux Polybe ; tandis que, tour à tour, l’un, se pliant en arrière, jette ce ballon jusques aux sombres nuées ; l’autre, s’élevant d’un vol impétueux, le reçoit avec aisance et grâce, et le renvoie à son compagnon avant de frapper la plaine de ses pas cadencés. Quand ce ballon lancé a montré leur force et leur adresse, ils voltigent sur la terre avec des mouvements variés et une prompte symétrie. La nombreuse jeunesse, debout autour du cirque, faisait retentir l’air des battements de leurs mains, et tous éclataient en tumultueux applaudissements. »

Il y avait diverses catégories d’athlètes, mais tous devaient être de condition libre et Grecs de naissance. On distinguait les lutteurs, les coureurs, les pugilistes, les lanceurs de javelots et de disques, les pancratiastes. Suivant leur âge, on les classait en trois groupes : enfants (12 à 16 ans), adolescents (16 à 20 ans) et adultes. Les athlètes rivalisaient dans les grandes fêtes sportives ou grands jeux, dont la plus renommée était les Jeux Olympiques, célébrés à Olympie, en l’honneur de Zeus. Le premier jour était consacré aux cérémonies religieuses, puis on assistait aux fêtes du stade qui comprenaient les épreuves de courses à pied, de lutte et de pugilat. Les lutteurs combattaient le corps nu, enduit de sable et d’huile. Dans la course, on distinguait la. course simple (stade), le double stade (diaule), la course