Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 19, 1842.djvu/367

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demi offensée. Vous croyez jeune fille peau-rouge être comme femme d’un capitaine ? — Non pas rire et plaisanter avec le premier officier.

— Ce que je crois, Hist, n’est pas ce dont il s’agit ici. Je dois porter votre réponse à mon message, et pour cela il faut que vous m’en fassiez une. Un messager fidèle rapporte mot pour mot la réponse qu’il a reçue.

Hist n’hésita plus à exprimer complètement ses pensées. Dans son agitation, elle se leva, et retournant naturellement au langage le plus convenable pour bien rendre ses idées, elle annonça ses intentions avec dignité, dans la langue de sa tribu.

— Dites aux Hurons, Deerslayer, qu’ils sont aussi aveugles que des taupes, s’ils ne savent pas distinguer le loup du chien. Parmi mon peuple, la rose meurt sur la tige où elle a fleuri ; les larmes de l’enfant tombent sur la tombe de ses parents ; le grain croît sur la place où la semence a été jetée. Les filles des Delawares ne sont pas des messagers qu’on envoie de tribu en tribu comme une ceinture de wampum. Elles sont des chèvrefeuilles qui ne fleurissent que dans leurs bois, et que leurs jeunes guerriers portent sur leur cœur pour leur parfum, qui devient plus doux quand la fleur est détachée de sa tige. Même le rouge-gorge et la martre reviennent d’année en année à leurs anciens nids ; une femme sera-t-elle moins constante qu’un oiseau ? Plantez un pin dans l’argile, et ses feuilles deviendront jaunes ; le saule ne croîtra pas sur la montagne ; le tamarin se plaît mieux dans le marécage ; les tribus de la mer préfèrent entendre les vents qui soufflent sur l’eau salée. Quant à un jeune Huron, qu’est-il pour une fille de l’ancienne tribu de Lenni-Lenapé ? Il peut être agile, mais elle ne le suivrait pas des yeux dans sa course ; elle les tourne toujours vers les villages des Delawares. Ses chants peuvent être doux à l’oreille d’une Canadienne ; mais il n’y a de musique pour Wah que dans la langue qu’elle a entendue dès son enfance. Si le Huron était né du peuple qui habitait autrefois les bords du grand lac d’eau salée, cela ne lui servirait à rien, à moins qu’il ne fût de la famille d’Uncas. Le jeune pin croîtra, et il s’élèvera à la même hauteur qu’aucun de ses pères. Wah-ta !-Wah n’a qu’un cœur, et elle ne peut avoir qu’un mari.

Deerslayer écouta avec un plaisir qu’il ne chercha point à cacher un message si caractéristique de celle qui l’envoyait, et qui le prononça avec la chaleur convenable aux sentiments qui l’animaient. Après un de ces éclats de rire silencieux qui lui étaient particuliers, il répondit ainsi qu’il suit à cet élan d’éloquence inculte :