Page:Chodzko - Légendes slaves du moyen âge (1169–1237), 1858.djvu/157

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frontières de Serbie, ils furent reçus par Sa Sainteté l’archevêque Arsénius, le clergé et des délégués de toutes les classes de la nation, qui vinrent au-devant avec des cierges et des lampes, chantant des psaumes ; les prêtres étaient revêtus de leurs ornements sacerdotaux. Ce magnifique convoi arriva au monastère de Milochévo, nouvellement bâti par Vladislav. On déposa les reliques dans la cathédrale. Pendant la veille de nuit, les messes, et les dévotions solennelles, le peuple accourut baiser les reliques, et plusieurs malades furent guéris pour la plus grande gloire du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen. Dans la ville royale de Ternow, chef-lieu de la Bulgarie, le tzar orthodoxe Aciène, en l’honneur de saint Sabba, fit orner sa première tombe, et, par une dévotion particulière pour le saint, il y fit suspendre des candélabres d’or et des lampes, et ordonna de l’encenser à chaque messe. Aciène y venait souvent prier. Il y avait dans ce monastère un certain moine nommé Néophyte, courbé par la décrépitude, et ne pouvant marcher qu’à l’aide des genoux et des mains. Un jour, des étrangers, venus pour visiter le monastère et saluer la tombe du saint, firent manger et boire copieusement le pauvre perclus, et allèrent aux vêpres suivi par lui. Or, alourdi par trop de viandes et de boisson, il s’endormit profondément sur le tombeau du saint. Personne ne l’ayant remarqué, on ferma l’église. À minuit, un être resplendissant de lumière le réveilla. Il se lève en sursaut, se sent solide sur ses jambes et les membres parfaitement sains. Effrayé, il se demande à lui-même, suis-je bien Néophyte ? Est-ce bien moi qui suis plein de santé et pouvant me tenir debout et marcher ? Il palpe ses genoux et y trouve encore les bandelettes et les coussinets sur lesquels il rampait. Il cherche à tâtons sur la tombe et y trouve enfin ses échasses. Alors se prosternant sur le tombeau de son bienfaiteur, il l’arrose de ses larmes et adresse maintes actions de grâces à Dieu et à saint Sabba, prolongeant sa prière jusqu’à l’heure des matines. Le sacristain, qui était entré dans l’église un peu avant les matines, pour allumer les lampes sur la tombe du saint, eut peur en voyant quelqu’un ; il se signa, disant : Qui es-tu ? C’est moi, ô saint père, moi, le pécheur Néophyte ! Le sacristain, croyant à une apparition surnaturelle, re-