Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 3, 1912.djvu/156

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nombre de pièces coopératives rehaussées d’aquarelle où s’exaltait la paniconographie de l’excellent Charles Gillot, Guzman de son art.

Antoine Vollon, qui était Lyonnais, conservait dans la mêlée parisienne, la malice ethnique des canuts, gens à qui l’on n’en donne guère à accroire, et qu’on ne prend pas sans vert. L’oignonnée avalée et le bourgogne sablé, il me regarda en dessous, d’un air rusé, et fit :

— Oui, mais à présent, parbleu, vous allez vous recoucher ?

— Où allons-nous ? dis-je simplement en coiffant le chapeau et m’armant de la canne, je vous suis aux enfers.

Eh bien ! c’est ça, vous me verrez peindre. Vous savez que je ne m’y prends pas comme tout le monde.

Nous sortîmes des fortifs et nous nous engageâmes dans le vieux Neuilly qui n’était pas encore le parc anglais, semé et bordé de villas de tous les styles, qu’on voit aujourd’hui à travers les grilles d’or, avec leurs pelouses uniformément tondues, leurs vasques, bêtes comme des lieux communs, leurs terrasses en béton-pierre et l’endimanchement de leur luxe boursicotier. L’ancien Neuilly, le Neuilly suburbain, aggloméré autour de la vieille route, restait encore indemne de l’haussmannisation qui commençait à « Bois-de-Boulogniser » les environs de Paris. Il était plein de coins pittoresques, de motifs « amusants », disait Vollon, qui paraissait les connaître, comme un Indien de Fenimore les sentes de la forêt vierge.

Il me faisait enfiler des venelles invraisemblables