Nouvelle Biographie générale/KANT

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KANT (Emmanuel), célèbre philosophe et mathématicien allemand, né le 22 avril 1724, à Kœnigsberg, mort le 12 février 1804. Sa vie n’offre aucun incident remarquable : comme celle de l’immense majorité des penseurs allemands, elle se passa au sein de l’école et do cabinet Son père, d’origine écossaise, était un sellier pauvre, mais d’une probité extrême, et sa mère poussait les principes religieux jusqu’au puritanisme le plus rigide. C’est dans les exemples de ses parents que Kant puisa, comme il le reconnut lui-même, les principes de cette moralité austère qui perce à chaque page de ses écrits. Sa première éducation, toute religieuse, se fit sous le toit paternel. Montrant autant de facilité que d’avidité de s’instruire, il fut envoyé au collège (Gymnasium Fredericianum), sur le conseil d’un oncle maternel, nommé Richter, cordonnier aisé, qui subvenait aux frais de l’écolier. Le directeur dm gymnase, le docteur Schulze, s’aperçut bientôt du génie naissant de sou élève : il en avertit la mère, qui dès lors prit le plus grand soin de l’éducation de son fils. Kant parla toujours depuis de son maître avec un vif sentiment de reconnaissance ; et, vers la fin de sa vie, il exprimait souvent le regret de ne lui avoir pas rendu un hommage public dans quelqu’un de ses écrits. Après avoir terminé ses études de collége, il suivit à l’université particulièrement les cours de la philosophie, faculté qui, dans l’organisation des universités allemandes, comprend à la fois les lettres et les sciences. Les mathé-

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matiques eurent bientôt pour lui un immense attrait, et influèrent dès lors puissamment sur toute la direction de son esprit. Reçu mettre ès arts (licencié en philosophie), il se destina à l’enseignement, s’employa quelque temps à une éducation particulière ; et, à l’amie trente-trois ans, il fut attaché à l’université de Kœnigsberg comme simple répétiteur (Privatdocent). Eu 1770 il obtint la chaire de mathématiques, qu’il ne tarda pas à permuter contre celle de logique et de métaphysique. C’est dans cette chaire que Kant s’illustra comme l’apôtre d’une philosophie nouvelle, qui compte des disciples nombreux el dévoués. De toutes les parties de l’Allemagne on vit affluer à Kœnigsberg une jeunesse avide de recueillir les paroles du maître, et, après que, affaibli par l’âge, il eut, dès 1793, renoncé à l’enseignement public, les hommes d’État et les diplomates les plus célèbres tenaient à honneur de venir visiter le grand philosophe dans sa profonde retraite. Deux de ses élèves et amis, G. Hasse (1) [1] et Wasianski (2) [2] nous ont retracé les dernières années de la vie de Kant. Les détails qu’ils nous en donnent sont insignifiants en eux-mêmes : ils n’ont de l’intérêt que parce qu’ils se rapportent à un homme qui, par l’originalité et la hardiesse de ses idées, fixa sur lui un moment l’attention du monde.

On a cité comme un trait de ressemblance entre Socrate et Kant, que le premier, dans une vie de soixante-dix ans, ne quitta jamais le territoire d’Athènes, de même que le second mourut dans sa ville natale sans en être sorti une seule fois. Mais on oublie que Socrate assista au siége de Potidée et que Kant fut précepteur dans une famille éloignée de Kœnigsberg. — Chaque heure avait son emploi dans la vie du philosophe allemand, qui n’eut jamais de Xanthippe dans son intérieur. Cinq minutes avant cinq heures du matin, été ou hiver, il se faisait réveiller par son domestique, Martin Lampe, ancien soldat prussien. A cinq heures précises, il s’asseyait à sa table, prenait une ou deux tasses de thé, et fumait une pipe en repassant dans son esprit le plan qu’il s’était tracé la veille de sa journée. A sept heures il sortait pour faire son cours, et de retour au logis, il se remettait au travail jusqu’à une heure. Depuis qu’il eut cessé ses cours, il ne travaillait plus, pendant toute la matinée, qu’à ses derniers écrits. A une heure moins un quart, la cuisinière, qui, avec Lampe, composait toute sa maison, venait lui dire : « Les trois quarts sont sonnés. » Alors Kant se levait de son bureau, ajustait sa toilette, prenait un verre de vin de Hongrie ou du Rhin pour ouvrir l’appétit (3) [3], et

attendait [4] la compagnie invitée à dîner, car il ne pouvait souffrir de dîner seul ; et un jour, aucun de ses amis n’ayant pu venir, il voulut que son domestique allât au hasard inviter le premier passant dans la rue. Le dîner durait d’une heure à trois et quelquefois davantage. La conversation roulait sur les objets les plus variés, la philosophie exceptée ; les nouvelles politiques, les voyages de Hornemann en Afrique et d’Alex de Humboldt en Amérique, les découvertes récentes de physique et de chimie, défrayaient les propos de table de l’illustre hôte. Il revenait souvent sur le rôle que l’électricité atmosphérique lui semblait devoir jouer dans les phénomènes de la vie ; il attribuait, par exemple, à cette influence, l’espèce de mortalité qui régnait alors parmi les chats à Breslau, à Vienne, et à Copenhague. Il trouvait que l’électricité influe aussi sur la forme des nuages ; il supposait même qu’elle était la cause de ses pesanteurs de tête ; et il espérait qu’avec un changement de temps cette indisposition passerait. Il éludait toute objection contre sa théorie favorite ; et, comme elle lui était un motif de consolation, ses amis ne cherchaient guère à le contredire. Il aimait surtout à s’entretenir avec de jeunes savants et des médecins. Après dîner, il s’était prescrit, comme une règle de santé, de se livrer à l’exercice modéré de la promenade (1) [5]. « Je ne crois pas, dit H. Heine, que la grande horloge de la cathédrale de Kœnigsberg ait accompli sa tâche avec plus de régularité que son compatriote Kant. Les voisins savaient exactement qu’il était trois heures et demie quand Emmanuel Kant, vêtu de son habit gris, son jonc d’Espagne à la main, sortait de chez lui et se dirigeait vers la petite allée de tilleuls qu’on nomme encore à présent, en souvenir de lui, l’Allée du Philosophe. Il la montait et la descendait huit fois par jour, en quelque saison que ce fût, et, quand le temps était couvert ou que les nuages annonçaient la pluie, on voyait son domestique, le vieux Lampe, qui le suivait d’un air vigilant et inquiet, le parapluie sous le bras. Si les bourgeois de Kœnigsberg avaient pressenti toute la portée de cet homme et de sa pensée destructive de toute divinité, ils auraient éprouvé à sa vue un frémissement bien plus horrible qu’à la vue d’un bourreau, qui ne tue que des hommes. Mais ces braves gens ne virent jamais en lui qu’un professeur, et, quand il passait à l’heure dite, ils le saluaient respectueusement et réglaient d’après lui leur montre (2) [6]. Kant donnait deux raisons de sa promenade : d’abord, il désirait méditer à son aise ; ensuite, il voulait a respirer seulement par le nez, en tenant la bouche fermée, afin que l’air


eût le temps de s’adoucir avant d’arriver aux poumons ». C’était un conseil d’hygiène qu’il donnait à tous ses amis : il prétendait par là éviter la toux et le rhume. Au retour de la promenade, il lisait les journaux savants et les feuilles politiques. A six heures, il se remettait au travail. Hiver et été il s’asseyait toujours auprès du poêle, place d’où il pouvait voir à travers les fenêtres la tour du vieux château de Kœnigsberg : ses yeux s’y reposaient avec plaisir ; et quand, dans les derniers temps de sa vie, les peupliers d’un jardin voisin lui ôtèrent celte perspective, cela troubla les méditations du bon vieillard. Pour être agréable à Kant, le propriétaire du jardin fit couper la cime de ses peupliers, en sorte que le philosophe put revoir sa vielle tour et reprendre en paix le cours de ses réflexions. Il écrivait sur de petits papiers les idées les plus remarquables qui lui venaient. Il terminait sa soirée par des lectures, et, sans jamais souper, se couchait à dix heures. Ce quart d’heure avant de se mettre au lit, il secouait toute idée qui aurait pu troubler son sommeil ; car la moindre insomnie lui était extrêmement pénible. Dans les plus grands froids, il couchait dans une chambre sans feu ; les fenêtres en étaient toujours fermées été ou hiver, et il ne voulait pas que la lumière y pénétrât jamais (1) [7]. Ce défaut d’air renouvelé était pourtant bien contraire à tous les principes de l’hygiène. Mais les philosophes entendent la médecine autrement (voy. Descartes). Vers la fin de 1801, à la suite d’une chute, Kant suspendit ses promenades ; et, dès ce moment, sa santé allait rapidement en déclinant. Des lueurs soudaines ranimaient encore parfois son intelligence. Ainsi, un jour, parlant du péché originel, il disait à son ami Hasse : « Il n’y a pas grand chose de bon dans l’homme : chacun hait son voisin, cherche à s’élever au-dessus de lui, est plein d’envie, de malice et de vices diaboliques : Homo homini non Deus, sed diabolus. Que chacun sonde sa conscience. » Depuis très-longtemps il avait perdu l’usage de l’œil gauche ; on ne s’en apercevait que quand on le savait ; il n’aimait pas à en parler, et prétendait même qu’on ne voyait pas mieux avec deux yeux qu’avec un seul, et que la vision en se retirant de l’un se fortifiait dans l’autre. Au milieu de 1803, l’œil droit aussi s’affaiblit. Kant fut dès lors obligé de renoncer à toute lecture et à toute écriture : le dernier mot qu’il écrivit fut sa signature apposée au bas d’une procuration générale donnée à son ami et disciple Wasianski. Bientôt sa mémoire s’affaiblit à son tour : il ne pouvait plus trouver les expressions de la vie commune ; mais, chose étrange, dans sa plus grande faiblesse, il parlait encore avec une précision étonnante de tout ce qui se rapportait à l’histoire naturelle, à la chimie, à la géographie physique et aux mathématiques : il
pouvait réciter par cœur les tables de logarithmes de Neper. Quoiqu’il fît grand cas des médecins, il ne voulait pas y avoir recours : fier de n’en avoir jamais eu besoin, il soutenait qu’il n’était pas malade, mais vieux et faible. « Je veux bien mourir, disait-il, mais non par la médecine » ; et il citait cette épitaphe d’un homme que la médecine avait tué : Un tel se portait bien ; pour avoir voulu se porter mieux, il est ici. Son adage était : pharmacon venenum.

Le 8 octobre 1803, Kant tomba, pour la première fois de sa vie, sérieusement malade, à la suite d’une petite indigestion, et ses amis firent venir im médecin. Il se rétablit un peu ; mais dans le mois de décembre sa vue s’éteignit tout à fait. En janvier 1804, il perdit tout appétit : il ne faisait que bégayer à table, et ne parlait distinctement que dans son lit ; bientôt il ne reconnut plus ceux qui étaient autour de lui, d’abord sa sœur, puis Wasianski ; son domestique fut celui qu’il reconnut le plus longtemps. Le 7 février, il voulut réunir à dîner ses deux intimes. Basse et Wasianski. « A peine, raconte le premier, l’eut-on porté à table, et avait-il pris une cuillerée de soupe, qu’il demanda à être reporté dans son lit. Quand on le déshabilla, nous vîmes que ce n’était plus qu’un squelette ; et son corps s’affaissa dans le lit comme dans un tombeau. Nous restâmes à table, nous entretenant de lui avec M. Wasianski. Il le remarqua, et nous lui dîmes : Vous entendez, monsieur le professeur, nous parlons de vous : Ja, ganz recht (oui, très-bien) ; ce furent les derniers mots que j’entendis sortir de sa bouche. » Le 9 février, il ne répondait plus aux questions qu’on lui faisait ; et le 12, vers onze heures du matin, il rendit l’âme, à l’âge de près de quatre-vingts ans. L’université et la ville de Kɶnigsberg lui firent de magnifiques obsèques ; sa tête fut moulée pour la collection du docteur Gall. Toutes les bagatelles qui avaient appartenu au grand philosophe furent considérées comme des reliques : une vieille casquette, qui avait servi plus de vingt ans et ne valait pas six liards, fut vendu environ 35 francs ; et on montre encore aujourd’hui à Dresde, dans un cabinet de curiosité, une paire de souliers de Kant. — Né pauvre, ses leçons et ses écrits lui avaient fait peu à peu une existence aisée. A sa mort, sa fortune s’élevait à environ 64,000 francs, somme considérable pour le pays où il avait vécu ; sa bibliothèque était très-peu nombreuse ; elle ne contenait pas plus de 450 volumes, et encore la plupart étaient-ils des cadeaux. Kant était petit de taille, maigre et d’un tempérament très-sec. Il lui fallait dans son cabinet une chaleur constante de 14 degrés (centigrades), et il était malheureux quand il en manquait un seul ; et, même en juillet et août, quand la température ne montait pas jusque-là, il faisait du feu jusqu’à ce que son thermomètre marquât ce degré. Il portait toujours des bas de soie, qu’il ne liait pas autour de la jambe par des jarretières, mais


qu’il soutenait par des cordes à boyau, attachées à de petits ressorts élastiques qui étaient fixes dans deux petits goussets pratiqués tout exprès à côté de son gousset de montre. Tout cet arrangement, aussi compliqué qu’un de ses traités de métaphysique, avait pour objet, disait-il, de maintenir la libre circulalion du sang (1) [8]. On pourrait croire que l’auteur de la Critique du Jugement (Théorie du Goût et des Arts) n’aimait que la belle et noble musique, celle des premiers artistes ; nullement : il distinguait mal la bonne musique de la mauvaise, et il aimait par-dessus tout la musique forte : sa grande distraction était la musique de la garde montante (2) [9]. — Kant avait adopté le paradoxe d’Aristote : « Mes amis, il n’y a pas d’amis. » Il se servait de l’expression d’amis dans les rapports ordinaires, comme de celle de « très-humble serviteur » au bas d’une lettre ; on ne s’en étonnera pas si l’on songe à la manière dont il avait passé sa vie. Sa destinée s’était écoulée tout entière dans son cabinet. Son rôle en ce monde était celui d’un penseur et d’un observateur. Il ne connaissait les passions, les souffrances et le malheur que de nom ; dévoué tout entier à ses études, il avait recherché et facilement rencontré des relations sûres et agréables, sans éprouver le besoin d’une affection intime. Mais quand, avec l’âge, des soins continuels lui étaient devenus nécessaires, et qu’il les eut trouvés dans quelques-uns de ses amis, il abandonna son triste paradoxe, et convint que l’amitié n’est pas une chimère (3) [10].
Le principal ouvrage de Kant, celui qui contient les fondements de tout le système du grand philosophe, a pour titre Critik der reinen Vernunft (Critique de la Raison pure), dont la première édition parut à Riga, en 1781, in-8° (4) [11]. Que signifie ce titre ? Au lieu de le dire immédiatement dans l’avant-propos de cet ouvrage, il ne s’en explique que dans la préface de la Critique du Jugement, œuvre postérieure à la première : « La Raison pure, c’est la faculté de connaître d’après des principes a priori, La discussion de la possibilité de ces principes et la délimitation de cette faculté constituent la Critique de la Raison pure. Comme l’imagination tend sans cesse à franchir les bornes de la réalité, il est nécessaire d’établir en principe quelque chose de non arbitraire ou de non fictif. Mais quel sera ce non-arbitraire, ce non-fictif ? La possibilité des choses en général. Telle chose est possible, bien qu’elle ne soit pas toujours réelle ; la possibilité n’est pas une affaire d’opinion : elle repose sur des conditions invariables, nécessaires, inhérentes à notre faculté de connaître, ainsi que
sur l’application de ces conditions à l’expérience. »

Pour bien saisir ce système, en général si mal compris, il faut se rappeler que Kant était mathématicien ; la certitude des mathématiques faisait son admiration, et il se demandait s’il n’y aurait pas moyen de donner également à la métaphysique, qui jusque-là « n’avait tâtonné que dans les ténèbres, la marche assurée d’une science ». C’est préoccupé de cette idée que Kant entreprit l’examen de la faculté de connaître, c’est-à-dire la critique de la raison pure.

De quelle nature sont les propositions mathématiques ? sont-elles analytiques ou synthétiques ? Cette question fut le point de départ du philosophe. Les propositions analytiques reposent, dit-il, sur le principe de l’identité ou de la contradiction : elles n’ajoutent rien de nouveau au rapport du sujet à l’attribut (l’un et l’autre pris dans le sens grammatical) ; elles ne font qu’éclaircir ou expliquer ce qui s’y trouvait déjà. Ainsi, quand on dit : « Tous les corps sont étendus », on ne présente que deux points de vue ou deux formes de la même connaissance ; car il est impossible de concevoir un corps (sujet) sans étendue (attribut), et réciproquement. Les propositions synthétiques, au contraire, ajoutent quelque chose de nouveau au rapport du sujet à l’attribut. En disant : « les corps sont pesants », on introduit dans le sujet un attribut qui n’y était point logiquement contenu : on aura beau décomposer la notion de corps, on n’en fera point sortir celle de pesanteur ; la notion de pesanteur n’est ici donnée que par l’expérience : c’est donc là une proposition synthétique a posteriori. On se tromperait si, d’après ces définitions, on continuait à croire que les propositions mathématiques sont analytiques : Kant affirme qu’elles sont toutes synthétiques, contrairement à l’opinion de Hume, qu’il s’attachait particulièrement à combattre. Elles sont, de plus, synthétiques a priori, parce qu’elles impliquent un caractère de nécessité et d’universalité étranger à l’expérience. Or, qu’est-ce qui leur donne ce caractère ? Quelque chose qui est en nous, la forme de notre intuition, de notre sensibilité le moule en un mot par lequel passe toute la matière fournie par les sens, pour être ensuite élaborée par l’entendement suivant des lois certaines. Quel est ce moule ? L’espace et le temps : toute représentation, toute connaissance réelle porte l’empreinte de l’espace ou du temps, qui ne sont pas des objets réels, existant en dehors de nous, mais, pour le répéter, la forme de notre réceptivité (faculté de recevoir des impressions). C’est à quoi les mathématiques doivent leur certitude : la géométrie est toute tirée de l'intuition de l’espace, comme la science du mouvement ou la mécanique l’est de l’intuition du temps. « La ligne droite est le plus court chemin entre deux points donnés », voilà une proposition synthétique ; car à la notion de ligne droite il faut ajouter celle du plus court chemin, qui ne s’y trouvait nullement comprise.


L’arithmétique elle même rentre dans le cadre de notre réceptivité. Ainsi, par exemple, 7 + 5 = 12 n’est pas, comme on pourrait le penser, une proposition analytique, fondée sur le principe de l’identité ; car on a beau retourner en tous sens les nombres 7 et 5, on n’y aperçoit pas encore leur somme. Pour trouver le nombre 12, il faut sortir de la notion donnée et recourir à l’intuition en représentant les unités de 7 et de 5 par les doigts ou par des points qu’on additionne ensuite les uns aux autres. C’est donc là une proposition synthétique, comme l’est du reste toute proposition d’arithmétique ; cela se reconnaît surtout quand on emploie des nombres élevés. Quelques propositions de géométrie sont cependant analytiques, telles que a=a, le tout est égal à lui-même ou (a + b) a, le tout est plus grand que sa partie. Mais elles ne servent alors que de liens de méthode, et n’empruntent du reste leur valeur qu’à l’intuition.

Les matériaux fournis par l’intuition, les représentations revêtues des formes de l’espace ou du temps sont coordonnées ensuite par l’entendement pour être converties en véritables connaissances humaines. Ces deux fonctions, la réceptivité (sensibilité) et l’entendement, se complètent et s’enchaînent comme celles de la nutrition. Les lois d’après lesquelles les matériaux premiers se coordonnent ou s’élaborent portent le nom aristotélique de catégories. Kant les a distribuées en quatre classes, désignées sous les noms de quantité, qualité, relation, modalité : la 1re comprend les propositions ou jugements généraux, particuliers (besondere), individuels (einzelne) ; la 2e les jugements affirmatifs, négatifs et indéfinis ; la 3e les jugements catégoriques, hypothétiques et disjonclifs ; la 4e les jugements problématiques, probables (assertorische) et apodictiques.Telles sont les conditions ou lois d’après lesquelles fonctionne l’entendement. L’étude qui a pour objet ce code intellectuel (que Kant ne donne pas comme définitif), c’est-à-dire la possibilité de l’expérience ou des connaissances réelles d’après des idées a priori, s’appelle la logique transcendentale, de même que l’étude concernant les formes de la sensibilité ou de l’intuition s’appelait l’esthétique (αίσθησιζ, sensation) transcendenlale. L’espace et le temps ainsi que les catégories de l’entendement n’ayant qu’une valeur subjective, sans réalité en dehors de l’esprit humain, la conclusion est facile à prévoir ; c’est que l’homme ne connaît pas les choses en soi (c’est à-dire telles qu’elles seraient pour les habitants de tous les corps célestes habitables et pour Dieu lui-même), mais telles qu’elles lui apparaissent d’après les principes de son organisation d’être sentant et pensant ; en un mot, toutes les connaissances ne sont que phénoménales ; leur valeur n’est point absolue, mais seulement relative : elle dépend des facultés départies aux habitants de la Terre. Le monde extérieur se règle donc sur le monde intérieur ;

mais celui-ci ne se règle pas, comme on l’avait cru jusque alors, sur celui-là. C’est ainsi que le grand philosophe se persuadait avoir fait en philosophie une révolution analogue à celle que Kopernik avait faite en astronomie (1) [12]. Tels sont les principes généraux de la philosophie de Kant. Dans l’examen et la discussion de ces principes, l’auteur, à force d’être profond, devient obscur ; il s’est créé une terminologie spéciale, et fait perdre facilement le fil des idées à un lecteur inexpérimenté, peu au courant de l’extrême flexibilité de l’idiome germanique (2) [13]. Ce qui ressort le plus clairement de la distinction des phénomènes et des noumènes, de la dialectique transcendentale, des paralogismes et des antinomies de la raison pure, enfin des derniers chapitres de cet ouvrage célèbre, c’est que l’auteur dénie à la raison pure la possibilité d’atteindre légitimement ce qu’il importe surtout à l’homme de connaître, Dieu, l'immortaliié de l’âme et la liberté.

Après avoir montré dans la Critique de la Raison pure que l’homme est incapable d’arriver par le dogmatisme spéculatif à la démonstration des hautes vérités de la métaphysique et de la religion, Kant fait voir dans la Critique de la Raison pràiique (Kritik der praktischen Vernunft), la possibilité d’y atteindre par la pratique du devoir. Dans cette pratique, il ne faut tenir compte que de la pureté de l’intention libre, dégagée de toute entrave et étrangère à tout penchant ou intérêt personnel. En voici un exemple : c’est un devoir pour chacun de conserver sa vie ; mais la satisfaction de ce devoir n’est que celle d’un instinct : elle n’a aucune valeur morale. Supposé maintenant que la vie devienne intolérable par suite de chagrins ou de misères accumulés ; la supporter dans ces conditions, qui pour d’autres deviendraient une cause de suicide, c’est imprimer au devoir son vrai cachet, celui de l’exercice de la liberté pure. Autre exemple : la bienfaisance est un devoir ; il ne manque pas d’âmes charitables qui, toute vanité à part, éprouvent autant ou même plus de plaisir à donner que d’autres à recevoir. Mais quelque aimables qu’ils soient, leurs actes ne sont pas tout à fait désintéressés : ce sentiment de plaisir entache la pureté du devoir. C’est dans cette pureté d’action, en quelque sorte surhumaine, que le grand philosophe croit avoir trouvé le fil mystérieux qui nous rattache à l’absolu, à l’infini, à Dieu, à l’immortalité. Le monde


moral, bien qu’il ne tombe pas sous les sens comme le monde matériel, doit être admis comme une conséquence nécessaire de notre conduite sur la terre. Mais, même en pratiquant le devoir dans toute sa rigueur, sommes-nous heureux en ce monde ? Car, en définitive, tout en nous tend vers !e bonheur, et le bonheur est à la pratique de la morale ce que le savoir est à l’étude des choses sensibles. Or, le rapport nécessaire entre la morale et le bonheur n’ayant pas lieu sur cette planète, il faut qu’il y ait un autre monde. Donc, Dieu et une vie future sont deux croyances qui, d’après des principes immuables, se lient inséparablement aux devoirs que nous impose la raison pure. La valeur universelle de la morale (devoir) et sa nécessité interne nous conduisent donc à la conception d’une cause première et d’un sage régulateur du monde.

Mais si nous sommes, par cette voie, parvenus à l’idée d’un être suprême, nous ne devons pas, en retour, prendre cette même idée pour point de départ et considérer les lois de la morale comme des productions accidentelles, arbitraires, d’une volonté mystérieuse et supérieure, d’une volonté dont l’examen préalable de nos facultés nous avait seulement fait soupçonner l’existence. Ce n’est pas parce que la morale est obligatoire qu’il faut la regarder comme commandée par Dieu ; c’est plutôt parce que la voix de la conscience nous dit de faire notre devoir, que la morale est un commandement de Dieu. C’est ainsi que, sans recourir à des recherches surnaturelles et transcendantes, nous arrivons,par l’examen des lois mêmes de notre conduite, à nous former une idée de Dieu. Si nous croyons cette idée vraie, c’est parce qu’elle s’accorde parfaitement avec les principes qui font agir la raison. C’est donc toujours à la raison pure, mais dans son usage pratique et moral, que nous sommes redevables d’une connaissance qui domine notre destinée, connaissance que la spéculation peut bien supposer comme probable, mais que le devoir (morale) nous impose comme nécessaire. Tel est, en résumé, le sens de la Critique de la Raison pratique, dont la publication est de sept ans postérieure à celle de la Critique de la Raison pure (1) [14].

C’est à tort qu’on a voulu voir là une sorte de rétractation : le philosophe aurait reculé devant les conséquences sceptiques de son système. D’autres y ont même trouvé matière à persiflage. « Kant, dit Heine, a jusqu’ici pris la voix effrayante d’un philosophe inexorable qui a passé toute la garnison du ciel au fil de l’épée. Vous voyez étendus sans vie les gardes du corps ontologiques, cosmologiques et physico-théologiques ; il n’est plus désormais de miséricorde divine, de bonté paternelle, de récompense future pour les privations actuelles ; l’immortalité

de l’âme est à l’agonie... On n’entend que râle et gémissements... Et le vieux Lampe, spectateur affligé de cette catastrophe, laisse tomber son parapluie ; une sueur d’angoisse et de grosses larmes coulent de son visage. Alors Emmanuel Kant s’attendrit, et montre qu’il est non-seulement un grand philosophe, mais encore un brave homme ; il réfléchit, et dit d’un air moitié débonnaire, moitié malin : « Il faut que le vieux Lampe ait un Dieu, sans quoi point de bonheur pour le pauvre homme... Or, l’homme doit être heureux en ce monde ; c’est ce que dit la raison pratique... Eh bien, soit ! que la raison pratique garantisse donc l’existence de Dieu. » « En conséquence de ce raisonnement, Kant distingue entre la raison théorique et la raison pratique, et, à l’aide de celle-ci, comme avec une baguette magique, il ressuscite le Dieu que la raison théorique avait tué (1) [15]. »

Il s’est formé à Kœnigsberg, une Société kantiste, qui se réunit au moins une fois par an, le 22 avril, pour célébrer l’anniversaire du grand philosophe. C’est cette société qui, sous les auspices de Ch. Rosenkranz et de F.-G. Schubert, a donné une édition des œuvres complètes (Sämmtliche Werke), en 12 vol. in-8° ; Leipzig (Voss), 1838-1842. Malheureusement les éditeurs n’ont suivi, dans le classement des nombreux écrits de Kant, ni l’ordre chronologique, ni l’ordre de matières. Nous analyserons dans chaque volume l’œuvre la plus importante, en nous bornant à une simple indication des autres travaux qui y sont contenus.

Dans le premier volume, intitulé Kleine logisch-metaphysische Schriften (Petits écrits logico-métaphysiques), nous signalerons un mémoire, fort peu connu, sur l’introduction de l’idée des quantités négatives dans la philosophie (Versuch den Begriff der negativen Grössen in die Weltweisheit ein zuführen) (2) [16]. Si ce mémoire, publié pour la première fois en 1763 (Kœnigsberg, 72 pages in-8°), a passé jusqu’ici presque inaperçu, cela tient à la difficulté du sujet, que l’auteur lui-même ne se dissimule pas. Il commence par mettre un grand nombre d’erreurs commises par les philosophes sur le compte de leur ignorance en mathématiques. « On a tort, dit-il, de rejeter l’idée de l’infiniment petit comme purement fictive on imaginaire. La nature elle-même semble nous y conduire : ainsi, le passage du repos au mouvement d’un corps par l’action continue de la pesanteur doit être infiniment petit (3) [17]. Si Crusius avait eu le


sens mathématique, il n’aurait pas taxé de ridiculement fausse l’idée de Newton comparant la force qui d’attractive, peut, suivant la distance des corps, devenir répulsive : dans les séries continues, les quantités positives cessent là où commencent les quantités négatives. « — Pour Kant, comme du reste pour tous les vrais mathématiciens, les quantités négatives sont tout aussi réelles que les quantités positives ; elles sont égales, mais opposées les unes aux autres (1) [18]. La preuve encore qu’elles sont très-réelles, c’est qu’elles donnent lieu aux mêmes opérations que les quantités positives. Aussi ne faut-il jamais perdre de vue la double valeur attachée aux signes + et —, qui peuvent être à la fois signes de quantité (positive et négative) et signes d’opération (addition et soustraction) (2) [19]. En un mot, une quantité n’est positive ou négative que suivant la position ou la direction qu’elle occupe vis à-vis d’une autre : une dette, qui diminue les revenus du débiteur, augmente d’autant, si elle est acquittée, les revenus du créancier. Tout dépend du point de vue où chacun se place. Il n’y a donc pas contradiction ni négation, mais opposition, ce qui est bien différent. L’auteur rappelle ici, avec beaucoup d’à-propos, les pôles du magnétisme et de l’électricité ; il suppose la même polarité à la chaleur, et indique même quelques expériences propres à vérifier cette hypothèse. Enfin, il arrive à formuler cette proposition hardie : le monde est un ensemble de phénomènes positifs et négatifs coordonnés de telle façon que leur somme est toujours la même, a — a = 0, et qu’il n’y a jamais excès dans aucun sens.

Les autres écrits du même volume, dont plusieurs sont en latin, ont pour titres : Principiorum primorum cognitionis metaphysicae nova Dilucidatio (3) [20] ; c’est la reproduction de la thèse inaugurale que Kant soutint, le 27 sept. 1755, devant la faculté de philosophie de Kœnigsberg, lors de son entrée dans le corps enseignant. C’est une thèse soutenue d’après les principes de l’école de Leibnitz et de Wolf : on n’y voit pas encore percer le système philosophique de l’auteur ; — Versuch einiger Betrachtungen über den Optimismus (Quelques réflexions sur l’Optimisme) (4) [21] : c’est le simple programme du cours de philosophie fait par l’auteur pendant le semestre d’hiver de 1759 ; il termine par ces mots : « En regardant autour de moi, muni de ma faible intelligence, je puis me convaincre de plus en plus que le Mieux c’est le Tout, et que chaque partie est bonne en vue du Tout ; — Die falsche Spitz-

findigkeit der vier syllogistischen Figuren (Sur les Arguties des quatre Syllogismes) (1) [22]. Cette dissertation, qui parut d’abord à Kœnigsberg (Kanter) en 1762, puis à Francfort et Leipzig, en 1797, in-8°, est principalement dirigée contre les abus de la dialectique et du syllogisme ; — Untersuchung über die Deutlichkeit der Grundsaetze der natürlichen Théologie und der Moral (Examen de la clarté des Principes de la Théologie naturelle et de la Morale) (2) [23], question proposée par l’Académie des Sciences de Berlin pour l’année 1763 ; le mémoire de Kant n’obtint qu’un accessit ; celui de Mendelssohn remporta le prix ; — Der einzig moegliche Beweisgrund zu einer Dernonstration des Dasein Gottes (Le seul argument possible pour démontrer l’existence de Dieu) (3) [24], déjà paru à Kœnigsberg, en 1763, 205 pages in-8° : les arguments que l’auteur développe se réduisent presque tous à la preuve physico-théologique ; il y montre surtout l’accord qui existe entre les lois de la physique et certains théorèmes de mathématiques, comme, par exemple, la chute d’un corps par la verticale (diamètre d’un cercle), chute dont la durée est égale à celle du même corps par toutes les cordes qui aboutissent à cette verticale (4) [25] ; — Nachricht von der Einrichtung seiner Vorlesungen : c’est le programme de ses cours pendant le semestre d’hiver de 1785-1788 ; on y trouve, entre autres, cette remarque, fort sage, que « les élèves doivent aller à l’école non pour y apprendre des pensées, mais pour apprendre à penser et à se conduire. Mais, comme c’est d’ordinaire tout le contraire qui a lieu, il ne faut pas s’étonner si les hommes qui ont étudié sont en général si gauches et si inintelligents dans le monde. ; — De Mundi sensibilis atque intelligibilis Forma et Principiis (6) [26], thèse soutenue par Kant, le 20 août 1770, lors de sa réception comme professeur titulaire de logique et de métaphysique à l’université de Kœnigsberg ; — Kant’s und Lamberts philosophische Briefe (Correspondance philosophique de Kant avec Lambert), pendant les années 1765-1770 (7) [27] : Lambert (voy. ce nom) s’accorde, dans ses idées, avec la plupart des doctrines de Kant ; mais il se refuse à croire que le temps et l’espace ne soient que de simples formes de l’intuition ou de notre faculté de combattre ; — Was heisst sich im Denken orientiren (Qu’est-ce que s’orienter dans la pensée) ? article paru dans la Revue mensuelle de Berlin, octobre 1786 ; — Einige Bemerkungen zu Jacob’s Prüfung der Mendels-


sohnschen Morgenstunden (Quelques Observations sur la Critique de Jacob concernant les Morgenstunden de Mendelssohn) (1) [28], article de critique sans importance, publié en 1786 ; — Eine Entdeckung, noch der alle neue Kritik der reinen Vernunft durch eine ältere entbehrlich gemacht Werden’soll (Découverte qui rend inutile la Critique de la Raison pure) (2) [29], Notice publiée d’abord à Kœnigsberg en 1790, in-8° : c’est une réplique un peu vive de Kant à un article d’Eberhard (Philosoph. Magazin, t. 1, p. 289), qui voulut montrer que les principes de la Critique de la Raison pure se trouvent déjà dans Leibnitz ; — Fortschrifte der Metaphysik seit Leibnitz und Wolf (Progrès de la Métaphysique depuis Lelbnitz et Wolf) (3) [30] : c’est la réponse de Kant (déjà publiée par Rink en 1804, in-8°) à la question proposée par l’Académie de Berlin pour l’année 1781 ; ce mémoire intéresse particulièrement l’histoire de la philosophie moderne. Les trois dissertations qui terminent le volume (Sur la philosophie en général) publié en 1796 ; — Sur le bon ton en philosophie ; 1796 ; — Traité de paix éternelle en philosophie, 1796) (4) [31] sont des écrits d’un médiocre intérêt.

Le II° volume se compose de la Critique de la Raison pure, dont nous avons déjà rendu compte.

Le III° volume contient : 1° Prolegomena zu einer jeden künftigen Metaphysick (Prolégomènes pour toute Métaphysique future) (5) [32], publiés à Riga, en 1783, in-8° ; 2° un Traité de Logique. Ce sont des commentaires de la Critique de la Raison pure. « Puisque l’esprit humain, dit l’auteur, dans les Prolégomènes, a erré pendant des siècles, il faut commencer par faire table rase de tout notre savoir, et se demander d’abord si et comment la métaphysique est possible. » De la possibilité des mathématiques pures, il conclut à celle de la métaphysique. Puis, répondant à ceux qui ont mal interprété son système, il montre que, par ses antinomies et l’idéal de la raison pure, il a voulu indiquer seulement les limites de la raison, et qu’il n’a nullement entendu par là nier l’existence de Dieu, la liberté et l’immortalité de l’âme. Enfin, il appelle lui-même son système l’idéalisme critique pour le distinguer de l’idéalisme dogmatique de Berkley et de l’idéalisme sceptique de Descartes ; — La Logique (6) [33], publiée d’abord par Jäsche en 1800, à Kœnigsberg, provient d’une réunion de notes que Kant avait inscrites en marge des feuillets du Compendium philosophique de Meier. L’auteur définit la logique « la science du bon usage de l’entende-

ment et de la raison en général, ou la doctrine qui montre comment l’homme doit penser objectivement, c’est-à-dire d’après des principes a priori, et non pas comment il pense subjectivement, c’est-à-dire d’après des principes empiriques ou psychologiques ». — « L’entendement est la faculté de coordonner suivant des règles fixes la matière fournie par les sens ou par l’intuition ; et ces règles sont ou nécessaires ou accidentelles. » — Quant à l’ensemble de la philosophie, il la définit « la science de la formule suprême de l’emploi de la raison humaine » ; et il la ramène aux quatre questions suivantes : « 1° Que puis-je savoir ? 2° Que dois-je faire ? 3° Qu’ai-je à espérer ? 4° Qu’est-ce que l’homme ? » A la première question répond la métaphysique, à la deuxième la morale, à la troisième la religion et à la quatrième l’anthropologie (1) [34]. Plus loin (p. 189), Kant donne, sur la marche de l’esprit humain, quelques aperçus dont Tennemann fit son profit pour son Histoire de la Philosophie. « Parmi tous les peuples, les Grecs ont les premiers commencé à se faire une idée exacte de la philosophie : ils ont essayé de cultiver l’intelligence par des abstractions. Il y a encore aujourd’hui des nations qui, comme les Chinois et les Indiens, traitent des objets de la raison, tels que Dieu et l’immortalité de l’âme, mais par des images in concreto, et non par des règles in abstracto. »

Le IV° volume renferme la Critique du Jugement (Die Kritik der Urtheilskraft), divisée en deux parties, la critique de l’esthétique et la critique de la téléologie. La première édition parut à Berlin et à Libau, en 1790 ; la deuxième en 1793, et la troisième en 1799. Cet ouvrage, qui a été traduit en français par M. Barni (Paris, 1845, 2 vol. in-8°), est surtout remarquable en ce qu’il offre pour ainsi dire le spectacle d’un combat du philosophe avec lui-même : à peine touche-t-il au terrain de l’absolu, où son esprit voudrait s’arrêter, qu’il l’abandonne aussitôt, dans la conviction que l’absolu est complétement interdit aux investigations humaines ; il s’élève avec audace aux hauteurs vertigineuses de la métaphysique pour en descendre immédiatement avec une circonspection externe, n’osant rien décider après avoir tout examiné, battant prudemment en retraite après s’être avancé hardiment : tout Kant est là. Schelling et Schiller faisaient le plus grand cas de la Critique du Jugement. Le chapitre où l’auteur, à propos du principe téléologique, admet la possibilité d’intelligences (sur d’autres planètes) supérieures à l’intelligence humaine, et peut-être mieux organisées que la nôtre pour comprendre la raison et le but des choses créées ; ce chapitre (2) [35]faisait l’admiration de Schelling.

Notre intelligence, dit Kant, est discursive, c’est-à-dire qu’elle ne peut, d’après sa nature,


qu’aller, par des procédés pénibles, du particulier au général, de la partie au tout, de l’analyse à la synthèse. Or, rien n’empêche d’admettre une intelligence qui, au lieu d’être discursive comme la nôtre, serait intuitive, en allant, par une voie inverse, du général au particulier, du tout à la partie, de la synthèse à l’analyse. » C’est dans l’exagération de cette idée de Kant qu’il faut principalement chercher l’origine des systèmes de Schelling et de Hegel. — A la Critique du Jugement se rattachent les Observations sur le Sentiment du Beau et du Sublime (Beobachtungen über das Gefühl des Schönen und Erhabenen), qui avaient déjà paru en 1764. Le sublime est, selon Kant, « ce qui ne peut être conçu sans révéler une faculté de l’esprit qui s’élève bien au-dessus des sens ». Or, cette faculté est celle de concevoir l’infini. « Le pouvoir que nous avons, ajoute-t-il, de concevoir l’infini, au moins comme un tout, révèle une faculté de l’esprit qui dépasse toute mesure des sens... L’infini est grand d’une manière absolue, et non pas d’une manière comparative : toute autre grandeur s’évanouit en comparaison (1) [36] ». Les Observations sur le sublime se terminent par une caractéristique sommaire des principales nations du globe. Il est curieux de voir comment le philosophe allemand, qui n’était jamais sorti de son lieu natal, juge les Anglais, les Français, les Hollandais, etc. « L’Anglais, dit-il, est d’un abord froid et indifférent envers l’étranger. Il n’est pas spirituel, mais il est intelligent et posé. C’est un mauvais imitateur ; il ne demande point ce que les autres pensent de lui : il ne suit que son goût. Il est constant, opiniâtre, résolu jusqu’à l’audace et tient obstinément à ses maximes. » Le portrait qu’il fait du Français n’est pas, à beaucoup près, ainsi ressemblant : « C’est un citoyen paisible, qui se venge de la cupidité de ses fermiers généraux par des satires et par des remontrances de parlement. » Il est vrai que ce portrait est d’au moins vingt ans antérieur à la révolution de 1789. « L’Espagnol est grave, discret et véridique. Il a du penchant pour le merveilleux, et incline vers la cruauté. » En prenant pour base le sentiment de l’honneur, Kant se résume ainsi : « Le Français est vaniteux, l’Espagnol fier, l’Anglais dédaigneux, le Hollandais bouffi et l’Allemand orgueilleux de ses parchemins et de ses titres. » Quant aux autres nations, il appelle les Arabes les Espagnols et les Perses les Français de l’Orient.
Le V° volume renferme 1° un Traité des Forces vives (Schätzung der lebendigen Krafte) (1) [37], composé par Kant à l’âge de vingt-deux ans (en 1747). Il y attaque la monadologie
de Leibnitz, et à la vis motrix il substitue vis activa : c’était un mot pour un autre. Son idée principale est l’élasticité infinie de la matière, qu’il définit « ce qui se meut dans l’espace ». Kant s’y montre cartésien, et ne laisse encore entrevoir aucune trace de sou système futur. — 2° De Igne succincta Delineatio (1) [38] ; c’est la thèse du doctorat en philosophie soutenue par Kant, le 17 avril 1755, et qui fut trouvée, en 1838, par M. Schubert, dans les manuscrits de la bibliothèque de Kœnigsberg. L’auteur pense que les dernières molécules de la matière ne sont pas en contact immédiat, mais qu’il y a des interstices remplis par la matière du feu (éther), qu’il appelle aussi materia elastica ou la matière du mouvement. — 3° la Monadologia physica est aussi une thèse, soutenue le 10 avril 1756, pour obtenir une place de répétiteur (Privat docent) près de l’université de Kœnigsberg (2) [39] ; elle fut imprimée dans la même année (16 pages in-4°), et ne contient rien de remarquable. — 4° Neuer Lehrbegriff der Bewegung und Ruhe (3) [40] (Nouvelle Doctrine du Mouvement et du Repos). C’est le programme d’un cours fait pendant le semestre d’été de 1758. Suivant l’auteur, les mots mouvement et repos ne doivent jamais être pris dans un sens absolu, puisque la Terre tourne autour du Soleil, qui lui-même tourne autour d’un autre centre, etc. — Von dem ersten Grunde des Unterschiedes der Gegenden im Raume (Du principe de la distinction des lieux dans l’espace) (4) [41], article imprimé dans le Nouvelliste de Kœnigsberg, en 1768. Les divisions de l’espace et les dénominations d’en haut, d’en bas, à droite, à gauche, etc., dérivent, dit l’auteur, des divisions naturelles de notre corps. Kant rappelle ici que sur le sommet de la tête humaine les cheveux se tournent de gauche à droite ; que le houblon suit la même direction, tandis que les fèves vont de droite à gauche ; qu’il en faut chercher le point initial dans la semence, et que le côté droit a une prépondérance de mouvement sur le côté gauche, bien qu’en apparence les deux côtés soient égaux ; — Metaphysische Anfangsgründe der Naturwissenchaft (Éléments métaphysiques des Sciences naturelles) parut d’abord en 1766 et 1787, à Riga (5) [42] ; c’est une série de propositions et de remarques qui n’offrent aujourd’hui rien d’intéressant an naturaliste.

Le volume VI contient les écrits scienlifiques de Kant proprement dits ; tels sont : La rotation de la Terre a-t-elle varié depuis son origine ? Cette question, proposée en 1754 par l’Académie des Sciences de Berlin, fit composer à Kant son histoire naturelle du ciel (Naturgeschichte des Himmels), publiée à


Kœnigsberg et Leipzig, en 1755, in-8°, réimprimée en 1808. L’auteur suppose que le mouvement de la marée, qui se fait en sens opposé de la rotation de la Terre, apporte à celle-ci quelque retard, mais qu’il faudrait des millions d’années pour que ce retard devint sensible (1) [43]. Dans le chapitre Sur l’infini de la création dans l’espace et dans le temps, on trouve des aperçus qui furent repris et en partie démontrés par le célèbre astronome W. Herschel (voy. cet article). « Notre système du monde ne serait il pas, se demande Kant, un petit anneau du grand système de l’univers ? Si l’on suppose, dans l’immensité de l’espace, un point de départ pour la création des innombrables soleils de la voie lactée, ce point aura pu devenir, par sa masse, le centre d’une attraction puissante, autour duquel les étoiles tourneront comme les planètes autour du Soleil. La voie lactée est pour ces soleils ce que le zodiaque est pour nos planètes. Chacun de ces soleils forme, avec son cortége de planètes, un système du monde ; ce qui n’empêche pas de les considérer comme des parties d’un tout plus grand encore. Ne pourrait-on pas en effet supposer, dans l’infini de l’espace, d’autres voies lactées ? Nous avons vu avec surprise au ciel des lueurs elliptiques qui me paraissent être de ces voies lactées (2) [44]. » Il est évident que Kant parle ici des nébuleuses, dont la plus connue (celle d’Ardromède) forme en effet une ellipse très-allongée. « Du reste, ajoute-t-il, dans la sphère des créations, on n’avancerait pas plus avec un rayon de la voie lactée que si l’on prenait un globe d’un pouce de diamètre : tout ce qui est fini, tout ce qui a un certain rapport avec l’unité est également éloigné de l’infini. Ce qui est vrai pour l’espace s’applique aussi au temps... Il s’est peut-être écoulé des millions d’années avant que la sphère où nous sommes placés fût arrivée à sa perfection actuelle ; et il se passera peut-être encore autant d’années pour que la même création retourne au chaos ; car tout se transforme ; ce qui a commencé doit finir pour se transformer de nouveau et ainsi de suite dans des séries de siècles qui se comptent par milliards, fractions infinitésimales de secondes de l’éternité (3) [45]. » Tout ce chapitre est admirablement beau. — Mais les idées de Kant sur la constitution du soleil (qu’il considère comme un globe igné (4) [46], sont inadmissibles depuis les travaux de Herschel. Il ne parle pas des taches. C’est un spectacle aussi curieux qu’instructif de voir Kant épuiser tout son savoir, déployer tout son talent pour expliquer d’une

manière plausible l’hiatus qui existait encore de son temps (hiatus comblé depuis par la découverte de nombreuses petites planètes) entre Mars et Jupiter[47] : sa théorie n’admettait que six planètes, et, tout grand philosophe qu’il était, il ne lui venait pas même à l’esprit que ce nombre pourrait être un jour augmenté ; tant il est vrai que les hommes, se flattant d’enchaîner le présent et l’avenir, ont toujours oublié d’ajouter à la fin de leurs théories et de leurs raisonnements le signe de l’addition. À l’embarras et à l’obscurité de ses explications, la plupart inintelligibles, on sent, pour ainsi-dire d’instinct, que Kant était ici dans l’erreur : c’est que tout est clair et simple quand on tient le fil de la vérité. Kant agite la question de l’habitabilité des corps célestes sous un point de vue nouveau. Ainsi, il ne croit pas que toutes les planètes soient nécessairement habitées, soit parce que, trop jeunes, elles n’ont pas encore reçu d’habitants, soit parce que toutes ne soit pas destinées à en recevoir. « Nous voyons, dit-il, sur notre globe, des contrées et des îles désertes. Comparativement à la grandeur de l’Océan de l’univers, les planètes sont bien moindres que nos régions ou îles désertes. La terre flottait dans l’espace probablement depuis des millions d’années avant qu’elle devint apte à nourrir des plantes, des animaux et l’homme. Cent mille ans de plus ou de moins ne sont rien dans la vie d’une planète. »

Le VIIe volume est, avec le précédent, l’un des plus curieux de toute la collection. Les fragments relatifs à la philosophie de l’histoire (Zur Philosophie der Geschichte), qui parurent d’abord, sous forme d’articles, dans la Berliner Monatsschrift (année 1784, p. 385-411), réimprimés dans le recueil de Tieftrunk, tome II, pag. 661 et suiv., méritent une attention particulière. « Comme les hommes n’agissent ni tout à fait instinctivement, ni tout à fait rationnellement, ainsi qu’il conviendrait aux vrais citoyens du monde, leur histoire, d’après un plan régulier (comme chez les abeilles et les castors) parait impossible. » — « Nous attendons encore, ajoute l’auteur, le génie qui pourrait nous montrer la grande loi des contradictions et des excentricités des actions humaines, le Kepler ou le Newton de l’humanité (2) [48]. » Puis il formule les propositions suivantes : 1° Tout être vivant est, de sa nature, destiné à se développer empiétement et conformément à un but. — 2° Le développement de l’homme, comme être rationnel, parait être dévolu non à l’individu, mais à l’espèce. — 3° L’homme est destiné à tirer de lui-même tout ce qui dépasse la vie animale, et à ne chercher sa félicité ou sa perfection que dans l’emploi de sa raison, délivrée de l’instinct. — 4° Le moyen dont se sert la nature pour le développement de la raison est l’antagonisme des formes humaines dans la société. — 5° Le plus grand problème à résoudre, pour l’espèce humaine, c’est d’arriver à former une société qui se gouverne par la justice. — 6° L’homme est un animal qui, dès qu’il vit en société avec ses semblables, a besoin d’un maître ; car, vis-à-vis d’autrui, il abuse toujours de sa liberté ; et bien que, comme être raisonnable, il désire une loi qui mette des bornes à la liberté de tous, son instinct égoïste et brutal le pousse à s’en exempter. Là est le nœud de la difficulté. L’homme a donc besoin d’un maître pour être soumis à la loi qu’il juge lui-même nécessaire, mais que, pour son propre compte, il tend sans cesse à éluder. Ce maître il ne peut le prendre que parmi les individus de sa propre espèce. Or, chacun de ceux-là n’a-t-il pas les mêmes défauts ? C’est donc tourner dans un cercle vicieux. Quoi ! on demande un souverain qui soit d’une manière absolue juste pour lui-même, et qui cependant ne cesse pas d’être un homme ! Avec un tronc aussi tortueux que l’homme, on ne fera jamais rien de droit (aus so krummen Holze, als woraus der Mensch gemacht ist, kann nichts gerades gezimmert werden)[49]. L’auteur cite ici la comparaison suivante d’un Hollandais : « Les êtres qui peuplaient les forêts de la tête d’un mendiant considéraient depuis longtemps leur domicile comme un immense globe et eux-mêmes comme le chef-d’œuvre de la création, lorsque tout à coup l’un d’eux, le Fontenelle de son espèce, visa la tête d’un gentilhomme, et, appelant à lui tous les esprits forts de son quartier, s’écria avec enthousiasme : Nous ne sommes pas les seuls êtres vivants de la nature ; voyez cette nouvelle terre : elle est aussi habitée par des poux. » C’est ainsi que l’homme, dans l’importance qu’il se donne, efface d’un trait tout ce qui, dans la création, ne se rattache pas immédiatement à lui-même pris pour centre de son imagination. « Le degré hiérarchique que nous formons dans l’échelle des espèces humaines qui peuplent les innombrables planètes des étoiles-soleils, correspond peut-être à celui des insectes parasites dans notre échelle zoologique ; cela dépend des lois de notre organisation intellectuelle, ou de la manière dont l’intelligence est servie par les organes da corps….. La majorité des hommes semblent manquer le but de leur existence : ils ne dépensent leurs forces qu’à obtenir des résultats (vivre et se propager) que les animaux obtiennent plus sûrement et à moins de frais[50]. » L’auteur suppose que l’intelligence des habitants planétaires est inversement proportionnelle à la
densité de la matière ; ainsi, pour l’habitant de Jupiter ou de Saturne (les planètes les moins denses) un Newton, par exemple, ne serait qu’un singe, tandis que pour les habitants de Vénus ou de Mercure (les planètes les plus denses), un singe serait un Newton. Les habitants de la terre occuperaient à peu près le milieu entre ces deux extrêmes (1) [51]. Pour l’explication de la formation des planètes, Kant suppose d’abord l’espace uniformément rempli de matière (chaos) ; puis un développement de points gyratoires, qui par leur mouvement, toujours dans le même sens, formeraient peu à peu des globes (planètes) tournant eux-mêmes autour d’une masse centrale (soleil), douée de la même rotation (d’occident en orient), plusieurs centaines de fois plus grosse et pesante que celle de toutes les planètes réunies. Quant à la rotation de Saturne en particulier, qu’il estime, d’après les apparences de l’anneau, à 6 h. 23 m. 53 s., Kant s’est trompé de quatre heures en moins (elle est de 10 h. 24 m.) (2) [52]. Il parle aussi de la lumière zodiacale, qu’il appelle l’anneau solaire, en l’assimilant à l’anneau de Saturne (3) [53]. Le cours de géographie physique (Vorlesungen über Physische Geographie), publié d’abord a Kœnigsberg, en 1802 (4) [54], y compris le récit du tremblement de terre de 1755, la théorie des vents, des races humaines et des volcans de la lune, etc. (5) [55], contient beaucoup d’idées aujourd’hui démontrées inadmissibles. — 7° Le problème d’une parfaite constitution sociale est inséparable de celui d’une organisation parfaite de tous les états. — 8° On peut considérer l’histoire du genre humain comme l’exécution d’un plan caché de la nature, d’après lequel doit se traduire peu à peu du dedans au dehors un État constitutionnel propre à développer tous les moyens naturels de l’humanité. Déjà on est arrivé à la période où aucun État ne pourrait négliger la culture des forces humaines, sans perdre en puissance et en influence vis-à-vis des États voisins. — 9° L’essai philosophique de rédiger l’histoire universelle sur le plan de l’unité constitutionnelle du genre humain doit être considéré comme possible et utile (6) [56]. »

Telles sont les propositions de Kant, relatives à une philosophie de l’histoire. L’auteur pense, avec Kant, que l’histoire véridique ne commence qu’à la première page de Thucydide.

Parmi les autres écrits de la première partie de ce volume (Sur Swedenborg, lettre à Mlle de Knobloch, 1758, p. 1-11 ; Sur les maladies de la tête, article extrait de la Gazette de Kœnigsberg, 1768 ; Sur les vaines tentatives d’une théodicée, 1791, et d’autres écrits de circonstance), on re-


marque : 1° les Rêves d’un Visionnaire (Träume eines Geistersehers, Riga, 1766) ; il y dit, entre autres, que « une puissance secrète nous force chacun, malgré nous et contrairement à nos instincts, à travailler an bien de tous, comme si nous étions sous la dépendance d’une volonté générale, analogue à la gravitation à laquelle obéissent toutes les molécules de la matière : le sentiment moral est en quelque sorte la conscience de cette dépendance de la volonté individuelle. Il se peut donc que, suivant l’exercice de ce sentiment, l’âme se choisisse déjà ici le lieu qu’elle occupera, après la séparation du corps, dans la communauté des esprits (1) [57]. « Pour arriver à la vérité, il faut mettre son amour-propre sur un plateau de la balance et son jugement sur l’autre plateau ; puis, après avoir constaté (ce qui est difficile) que le premier ne pèse rien, écouter sur le même sujet le jugement des autres hommes placés à des points de vue différents. Cette observation comparative donnera sans doute de très-fortes parallaxes ; mais c’est là le seul moyen d’éviter des illusions optiques et de mettre les choses à leur vraie place, toujours relativement à notre faculté de connaître (2) [58]. » Le reste de la notice contient des détails intéressants sur le fameux Swedenborg. — 2° Qu’est-ce que la lumière morale (Wast ist Aufklaerung, article politique extrait de la Berliner-Monatsschrift, 1783) ? On y trouve des idées qui sont comme le prélude de la révolution de 1789. « Pour devenir éclairé, dit l’auteur, il faut la liberté de faire publiquement usage de sa raison en toutes choses. Or, j’entends dire de tous côtés : Ne raisonnez point ! L’officier dit : Ne raisonnez pas, mais portez armes ! Le conseiller de finances : Ne raisonnez pas, mais payez ! Le prêtre : Ne raisonnez point, mais ayez la foi. Un seul maître (3) [59] dans le monde dit : Raisonnez tant que vous voudrez et sur tout ce que vous voudrez ; mais obéissez. Là donc il y a partout des restrictions apportées à l’exercice de la liberté (4) [60]. » — 3° Sur la paix perpétuelle (Vom ewigen Frieden) ; Kœnigsberg, 1795, réimprimé en 1796 (5) [61]. C’est là peut-être un des opuscules les plus remarquables qui soient sortis de la plume d’un publiciste. Le premier chapitre débute par les propositions suivantes, que Kant voudrait voir ériger en lois : 1° Aucun traité de paix ne devra être déclaré valable s’il renferme une clause ou réserve qui puisse tôt ou tard devenir le motif d’une rupture. 2° Aucun État, grand ou petit, ne devra pouvoir être acquis par voie d’héritage, d’échange, d’achat ni de donation. « Car, ajoute l’auteur sous forme de commentaire, un État n’est pas un patrimoine
comme un bien-fonds ; c’est une société d’hommes, dont nul autre qu’elle-même n’a le droit de disposer. On sait quelle source de calamités pour les peuples ont été les acquisitions d’États par voie de mariage, nouveau genre d’industrie, particulièrement pratiqué en Europe, mais à peu près inconnu dans les autres parties du monde. » 3° « Les armées permanentes devront avec le temps disparaître : elles sont une menace perpétuelle pour les États voisins et nuisent, par les frais de leur entretien, au développement de l’industrie et des arts. 4° Aucun État ne devra s’immiscer d’autorité dans les affaires d’un autre État. Kant divise le droit en trois catégories, embrassant l’État, les nations et le monde : le droit politique, le droit des gens et le droit cosmopolitique. Quant au droit politique, l’auteur se déclare pour la forme républicaine, par laquelle il entend non pas le gouvernement de plusieurs ou de tous, mais la séparation du pouvoir législatif d’avec le pouvoir exécutif. Le droit des gens devra reposer sur une confédération d’États libres. Kant entre ici dans des considérations d’un ordre élevé. « Les sauvages, dit-il, préfèrent la liberté de se battre et de s’entretuer à la liberté de s’entendre et de se constituer. Leur barbarie nous afflige, et pourtant, nous, peuples civilés, que faisons-nous ? La majesté d’un chef d’État consiste à réunir sous son commandement des milliers d’hommes qui se font tuer pour une cause qui souvent ne les regarde pas. La différence entre les sauvages de l’Europe et ceux de l’Amérique n’est que dans l’usage qu’ils font de leurs vaincus : les premiers les mangent ou les tuent, tandis que les derniers en savent tirer un meilleur parti. On a lieu de s’étonner que cette perversité de la nature humaine, qui perce dans les rapports des nations entre elles, n’ait pas encore banni du langage le mot de droit ; il est surprenant de ne pas voir un État qui l’ait franchement supprimé. Pour justifier une attaque ou un casus belli, on continue de citer H. Grotius, Puffendorf, Vattel, etc., tristes justificateurs : leur code diplomatique n’a ni ne peut avoir la moindre force légale, puisque les États ne sont pas soumis à une autorité commune et que chacun se tient prêt à faire toujours valoir ses arguments les armes à la main (1) [62]. » L’auteur conclut que, pour remédier à cet état de choses, toutes les nations de l’Europe devraient finir par s’entendre ; car c’est l’Europe qui parait destinée à faire la loi aux autres parties du monde. Enfin, le droit cosmopolitique devra se fonder sur les conditions d’une hospitalité universelle. Kant définit ici l’hospitalité « le droit de vivre pacifiquement sur le territoire d’autrui ; droit que chacun tient de la possession commune de la surface du globe, corps céleste limité dans l’espace infini. Où iraient-ils


chercher une demeure, si les hommes ne voulaient pas se tolérer réciproquement sur la terre ? Dans le principe, personne n’a donc plus de droit qu’un autre dans un lieu quelconque sur la planète qui est assignée pour domicile à notre espèce humaine. » L’auteur revient ensuite au grand problème dont il se plaît à varier l’énoncé, et qui consiste « à organiser une population d’êtres raisonnables, fussent-ils des démons, de manière à ce que, réunis en société, chacun subordonne son intérêt privé à l’intérêt public (1) [63] ». Dans l’antinomie de la morale et de la politique, après avoir rappelé les fameuses maximes des habiles (fac et excusa ; si fecisti nega ; divide et impera), qu’il traite de déplorables sophismes, il ajoute : « Personne n’est plus dupe de ces maximes politiques ; elles sont tellement usées qu’on ne s’étonne plus que de leur succès. Toute cette sophistication de la morale prouve que les hommes ne valent pas mieux dans leurs relations politiques et sociales que dans leurs rapports privés. » Enfin, pour les amener à résipiscence, il établit, comme formule mentale du droit public, la proposition suivante : « Tout acte public (touchant aux droits d’autrui) dont la maxime répugne à la publicité est un acte injuste (2) [64]. » — La deuxième partie du volume est remplie (pag. 1-276) par des fragments d’anthropologie (Anthropologie in fragmenterischer Hinsicht), Kœnigsberg, 1798, qui, hérissés de définitions scolastiques, ont peu servi aux progrès de la science.
Le volume VIII contient deux ouvrages qui se complètent l’un par l’autre : la Métaphysique des Mœurs (Grundlegung zur Metaphysik der Sitten) et la Critique de la raison pratique (Kritik der praktischen Vernunft), dont nous avons déjà parlé. Le premier ouvrage parut d’abord à Riga, 1785, in-8° (4e édit., 1797), et le second en 1788, ibid., in-8° (5e édit., Leipzig, 1818). L’auteur trouve que la philosophie grecque (aristotélique) a été parfaitement divisée en physique, éthique et logique. La physique et l’éthique sont les applications matérielles des formes de la pensée ou de la logique, l’une aux lois de la nature et l’autre aux lois de la liberté. La métaphysique des mœurs, ou l’éthique, doit avoir pour objet les principes de la volonté pure possible, mais non les actes et conditions de la volonté en général, qui la plupart dérivent de la psychologie. La bonne volonté de chacun, voilà, selon Kant, le vrai pivot du perfectionnement de la société. « L’intelligence, l’esprit, le talent, le génie, le courage, la persévérance, toutes ces qualités de la nature on du tempérament, sont sans doute, à beaucoup d’égards, précieuses et désirables ; mais elles peuvent devenir nuisibles et facilement tourner au préjudice de tous, si la volonté qui les dirige s’est
pas bonne. Il en est de même de la puissance et de la richesse, et de toutes les facultés physiques et morales de l’homme (1) [65]. »

Le volume IX donna les Éléments métaphysiques du droit (Metaphysische Anfangsgründe der Rechtslehre), publiés pour la première fois en 1797 ; ceux de la morale (Tugendlehre), parus dans la même année, et la Pédagogique (Pædagogik), publiée en 1803 par Rink. Dans le chapitre sur le droit international (Völkerrecht), l’auteur dit que les nations, au lieu de continuer à se disputer les armes à la main, devraient former un congrès permanent (Permanente Staatscongress), où elles débattraient, par leurs délégués, tous les intérêts généraux ; ce serait-là, ajoute-t-il, le seul moyen d’obtenir une paix permanente et sincère ; car tout ce qu’on s nommé jusque ici traités de paix ne sont que des trêves ou des armistices (2) [66]. L’opuscule sur la pédagogique (p. 369-448) renferme des aperçus du plus haut intérêt. Kant divise l’éducation en trois périodes : celle du nourrisson, celle de l’élève et celle de l’apprenti. L’homme ne relève que de son éducation, tandis que l’animal doit tout à son instinct. De tous les êtres vivants, l’homme seul annonce sa naissance par des cris ; et ce ne sont pas là des cris de douleur (car les autres animaux ne crient pas au moment de la parturition), mais pour ainsi dire des cris de mécontentement d’un maître en herbe qui voudrait déjà commander et se faire obéir. L’homme est si amoureux de la liberté, que, si une fois il y est habitué, il sacrifie tout pour la conserver. Aussi faut-il de bonne heure le soumettre à la discipline : on envoie tout jeunes les enfants à l’école, surtout pour leur faire apprendre à se tenir tranquilles et à obéir. Rien ne ressemble plus à un enfant indiscipliné qu’un sauvage : l’un et l’autre n’en font qu’à leur tête. Cet entêtement n’est point, comme l’a prétendu Rousseau, un noble instinct de liberté, c’est l’état où l’élément brutal l’emporte encore sur l’élément rationnel. Aussi tous les sauvages ne vivent pas dans les forêts de l’Amérique : il y en a beaucoup en Europe. — C’est une grande faute dans l’éducation des princes de ne leur résister en rien, parce qu’ils doivent un jour commander. L’homme ne peut être élevé que par des hommes, formant ainsi, de génération en génération, une chaîne non interrompue d’idées, qui se transmet avec le trésor de la civilisation : c’est là qu’il faut chercher le secret de l’avenir de l’humanité. Aussi l’éducation est-elle, avec l’art de se gouverner, l’un des plus grands problèmes à résoudre. L’éducation, comme le gouvernement de la société, est tout entière l’œuvre de l’homme ; ce qu’il faut y avoir en vue, c’est moins l’état présent que l’état futur de l’amélioration du genre humain. « Mais, ajoute Kant, il y a à

cela deux grands obstacles : l’un consiste en ce que les parents ne songent qu’à faire faire aux enfants, comme on dit vulgairement, leur chemin dans le monde (gut in der Welt fortkommen) ; l’autre tient à ce que les princes ne considèrent leurs sujets que comme des instruments pour l’exécution de leurs vues toutes personnelles. Aux parents la maison, aux princes l’État. Mais ni les uns ni les autres n’ont en vue l’intérêt général ou le perfectionnement de l’humanité. Le plan d’une bonne éducation doit être cosmopolitique. Et que l’on ne s’imagine pas que le soin de l’intérêt général nuise à celui de l’intérêt privé (1) [67].

Le volume X traite de la religion dans les limites de la raison (Die Religion innerhalb der Graenzen der blossen Vernunft), dont la première édition parut en 1793, et la seconde, en 1794 (Francfort et Leipzig), avec des additions. Cet ouvrage est suivi de la Dispute des facultés de théologie, de médecine, et de philosophie, etc., entre elles (Streit der Facultaten), qui est la réimpression d’une série d’articles publiés dans la Berliner Monatsschrift. La Religion dans les limites de la raison est, en quelque sorte, le développement de la Critique de la Raison pure. « L’homme porte la loi de la morale en lui-même ; pour la pratiquer librement, il ne lui faut ni l’idée d’un être supérieur, ni aucun motif étranger. Le royaume de Dieu ne revêt pas une forme sensible : Vous n’entendez pas dire : Tenez, le voilà. Le Christ lui-même l’a dit, non pas seulement à ses disciples, mais aux pharisiens : Le royaume de Dieu est en vous (2) [68]. » Kant définit la conscience « la connaissance du devoir en soi-même ». Kant s’élève avec force contre ceux qui font consister la religion dans la simple croyance aux dogmes et dans les pratiques du culte. Les hommes, dit-il, ne se contentent pas de faire la cour aux rois ; ils se font encore les courtisans de Dieu : ils s’imaginent lui plaire en marmottant des prières ; ils lui demandent ses grâces comme à un souverain ses faveurs, sans se donner la peine de les mériter par leurs actions. Ce n’est point là une conduite digne d’un citoyen du royaume de Dieu. »

Le XIe volume contient la correspondance de Kant, qui fait, en partie, double emploi avec les lettres à Mlle de Kuobloch sur Swedenberg, à Mme de Fung sur la mort de son fils, et à Lambert, déjà imprimées dans les volumes I et VII. On y remarque surtout une lettre de Schiller (13 juin 1794) et la réponse de Kant (30 mars 1795) : le grand poëte d’Allemagne se déclare, en termes chaleureux, partisan de la philosophie du sage de Kœnigsberg, et lui demande des conseils pour la publication d’une
Revue (die Horen) qu’il avait projetée. Cette correspondance est suivie de quelques fragments posthumes (1) [69], principalement sur l’esthétique et la pédagogique. On y lit, entre autres, que « les jeunes gens ont plus de sentiment que de goût. — Un style exalté gâte le goût. — La vraie union n’est possible que lorsqu’elle repose sur un échange de services ou lorsque l’un peut vivre sans l’autre. — Celui qui est content de son sort parce qu’il ignore beaucoup, celui-là est simple ; et celui qui est content parce qu’il sait se passer de beaucoup de choses, qu’il connaît cependant, celui-là est sage. — Si l’homme se plie plutôt à la nécessité des circonstances qu’au joug d’un de ses semblables, c’est qu’il peut, par l’expérience, apprendre à se garantir des maux naturels, tandis qu’il est impossible de prévoir les caprices de la volonté. Quiconque vit sous la dépendance complète d’autrui n’est plus un homme, c’est la chose d’un autre homme (2) [70] ».

Le volume se termine par la biographie de Kant, due à M. Fr.-G. Schubert, et par la liste chronologique des ouvrages du grand philosophe.

Quant au volume XII et dernier, il ne devrait las compter parmi les Œuvres de Kant : c’est un histoire de la philosophie allemande moderne par M. Rosenkranz.

Dans l’analyse qui précède nous avions moins en vue le mérite du chef si renommé d’une école philosophique, que l’incontestable valeur du savant d’une sagacité extrême. Sous ce dernier rapport, Kant était resté à peu près inconnu jusqu’à ce jour. F. Hoeffer.

La Biographie de Kant, dans le t. XI de ses Oeuvres complètes. - Hasse, Leste Æusserungen Kant’s ; Kœnigsberg, 1804. - Wastanski, Immanuel Kant, etc. ; Ibid. - M. V. Cousin, Kant dans les dernières années de sa vie ; Paris, 1857 (nouvelle édit.).

  1. (1) Lezte Æusserrungen Kant’s ; Kœnigsberg, 1664.
  2. (2) Immanuel Kant, in seinen letzten Jaebensjahren, etc. ; Kœnigsberg, 1804.
  3. (3) Kant était ennemi déclaré de la bière. Quand quelqu’un était incommodé, sa question ordinaire était : « Ne boit-il pas de bière le soir ? » Ou même quand quelqu’un
  4. mourait avant l’âge. Il disait : « C’était probablement un buveur de bière. » (M. Cousin, Dernières années de Kant, p. 10.
  5. (1) Voy. M. Cousin, Kant dans les dernières années de sa vie ; Paris, 1887.
  6. (2) H. Heine, De l’Allemagne, t. 1er, p. 11-120, éd. De Paris, 1655.
  7. (1) Voy. M. Cousin, ouvrage cité, p .8.
  8. (1) M. Cousin, Dernières Années de Kant, p. 22.
  9. (2) Ibid., p. 47.
  10. (3) Ibid., p. 24.
  11. (4) La 7e édition, publiée à Leipzig, en 1828, in-8°, est la plus correcte. La 5e est la dernière qui ait paru sous les yeux de l’auteur. Enfin, l’édition la plus récente (la 9e) est celle de Schubert et Rosenkrantz, Leipzig, 1828, formant le 2e vol. des Œuvres complètes de Kant.
  12. (l)Voy. la préface de la 2e édition de la Critique de la Raison pure. La traduction française de cette préface, (détachée de la traduction manuscrite) conservée par M. Cousin de l’ouvrage entier, a été donnée par nous dans L’Époque, revue mensuelle, année 1835. La traduction complète de cet ouvrage a été donnée depuis par M. Tissot (Paris 1836).
  13. (2) A notre avis, il n’existe pas encore en français, n’en deplaise à M. Cousin, une analyse bien claire et complète du système de Kant. L’auteur de la Philosophie de Kant (Paris, 1837, 3e édit), est loin de distinguer nettement les points culminants des détails accessoires, et, en mêlant à son analyse des critiques inopportunes, il embrouille toutes les questions.
  14. (1) Comparez l'Examen de la Philosophie de Kant par l’auteur de cet article dans l'Époque (Hevue mensuelle), année l835, p. 297.
  15. (1) H. Heine, De l'Allemagne, p. 131 (nouvelle édit., Paris. 1855).
  16. (2) Vol. 1, pag. ll5-160.
  17. (3) On sait que le même pendule bat plus vite à une grande profondeur qu’à la surface du sol. S’il faut, par exemple, 1,000 mètres pour que la différence devienne sensible, et que cette différence soit d’un dixième de seconde, on comprendra qu’à un mètre seulement de profondeur elle soit tout à fait inappréciable, bien qu’elle soit très-réelle. Voilà une des meilleures images de l’infiniment petit.
  18. (1) C’est pourquoi le 0 n’est autre chose que le point de rencontre de deux quantités égales et opposées.
  19. (2) « Ceux qui définissent, ajoute ici Kant, une quantité négative comme au-dessous de rien ou moins que rien, disent une chose absurde. » Cette remarque, parfaitement fondée, s’adressait particulièrement à Euler.
  20. (3) Vol. I, pag. 3-44.
  21. (4) Ibid., pag. 47-54.
  22. (1) Vol. I, pag. 57-74.
  23. (2) Ibid., p. 77-111.
  24. (3) Ibid., pag. 163-286.
  25. (4) Ibid., pag. 199.
  26. (5) Ibid. pag. 289-299. (6) Ibid. pag. 303-341.
  27. (7) Ibid., pag. 345-370. Ces lettres avaient d’abord paru dans la correspondance de Lambert, publiée par Bernouilli, en 1781, (t. 1, p. 533-68).
  28. (1) Vol. I, pag. 393-398.
  29. (2) Ibid., pag. 401-482.
  30. (3) Ibid., pag. 485-578.
  31. (4) Ibid., pag. 581-661.
  32. (5) Vol. III. Pag. 3-106.
  33. (6) Ibid., pag. 169-340.
  34. (1) Vol. III, pag. 186.
  35. (2) Vol. IV, pag. 275-302.
  36. (1) Suivant M. Alf. Michiels (Revue Contemporaine, 15 sept. 1632), la théorie de Kant sur le sublime se trouverait déjà exposée dans un opuscule français, publié en 1766, sous le pseudonyme de Sylvain. Il n’est guère probable que le philosophe allemand se soit inspiré à cette source, qui sans doute lui était complètement inconnue.
  37. (2) Vol. V, pag. 3-231.
  38. (1) Vol. V. page 233-354.
  39. (2) Ibid., pag. 237-274.
  40. (3) Ibid., pag. 276-289.
  41. (4) Ibid., pag. 233-301.
  42. (5) Ibid., pag. 305-436.
  43. (1) Plus tard, Laplace se demandait aussi si la durée du tour (rotation de la Terre) ne pourrait pas être altérée par des causes intérieures, telles que les volcans, les tremblements de terre, etc., et il trouva que depuis Hipparque, c’est-à-dire depuis plus de deux mille ans, elle n’a pas varié d’un centième de seconde.
  44. (2) Vol. V, pag. 152 et suiv.
  45. (3) Ibid., p. 153 et suiv.
  46. (4) Ibid., pag. 172 et suiv.
  47. Vol. VI, pag. 195-196.
  48. (2) Kant émet cet espoir sous une forme dubitative et presque satirique (p. 318). Il a eu peut-être tort.
  49. Kant ajoute ici en note : « Nous ignorons ce qu’il en est ici avec les habitants des autres planètes. Mais ce qu’il y a de certain, c’est que si nous parvenons jamais à résoudre le grand problème du gouvernement de l’homme par l’homme, nous pourrons nous flatter d’occuper un rang distingué auprès de nos voisins de l’univers.
  50. Vol, VII, pag. 206 et suiv.
  51. (1) Vol. VII, pag. 214-216.
  52. (2) Ibid., pag. 135.
  53. (3) Ibid., pag. 148.
  54. (4) Ibid., pag. 417-805.
  55. (5) Ibid., pag. 317-414.
  56. (6) Ibid., pag. 319 et suiv.
  57. (1) Vol. VII, pag. 53-58.
  58. (2) Ibid., pag. 74-75.
  59. (3) C’est le célèbre Frédéric II, roi de Prusse, son souverain, que Kant veut sans doute désigner ici.
  60. (4) Vol. VII, pag. 147.
  61. (5) Ibid., pag, 232-291.
  62. (1) Vol. VII, pag. 247-249.
  63. (1) vol. VII, pag. 264.
  64. (2) Ibid., pag. 283.
  65. (1) Metaphysik der Sitten, p. 3, 7, 11 et suiv.
  66. (2) Vol. IX, pag. 294.
  67. (1) Pag. 377.
  68. (2) Saint Luc, XVII, 21-22. Ή βασιλεία τοὗ Θεοὖ έντόζ ύμὧν έστίν.
  69. (1) Ces fragments (p. 217-277) sont tirés des papiers du pasteur Wasianski (exécuteur testamentaire), mort en 1831, du libraire Nicolovius, et du professeur Gensichen de Kœnigsberg.
  70. (2) Pag. 253.