Les sports de la neige/Texte entier

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Anton Fendrich
Traduction par René Auscher.
Hachette & Cie, 1912 (pp. —-135).
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LES SPORTS
DE LA NEIGE


FENDRICH


LES SPORTS
DE LA NEIGE


Adaptation Française
Par René Auscher

LIBRAIRIE HACHETTE ET Cie
79, Boulevard Saint-Germain, Paris

LES SPORTS DE LA NEIGE



PRÉFACE


LE LIVRE de M. Fendrich, Der Skilaüfer (Le Skieur), ne peut guère se comparer aux ouvrages aujourd’hui connus de Paulke et de Hoek et Richardson.

L’auteur, et c’est ce qui nous a séduit, s'est efforcé de présenter de façon agréable et accessible à tous le sport intéressant qu’est le ski. Sous une forme familière et pratique, il enseigne tout en amusant.

11 nous a semblé qu’une adaptation de cet ouvrage plairait au public français à condition de le compléter sur certains points et de l’augmenter de divers chapitres concernant tant le ski lui-même, que les sports d'hiver en général. C’est ce travail que nous présentons aujourd'hui et nous espérons qu’il offrira quelque intérêt à tous ceux qui, de près ou de loin, se passionnent pour ces exercices.

Nous sommes heureux de remercier ici tous ceux qui ont bien voulu nous aider dans nos recherches, nous éclairer de leurs conseils et qui nous ont si obligeamment communiqué de précieux documents.

Nous citerons en particulier M. Léon Auscher, Président du Comité de Tourisme en montagne du Touring Club Français, M. le Docteur Meiilon, de Cauterets, MM. Bachmann, de Travers, ainsi que M. de Conninck, qui nous a, avec tant de bonne grâce, fait les honneurs de son usine de skis à Maisons-Laffitte.

COMMENT SE DÉPLACER

SUR LA NEIGE ?

LES moyens de communication ont pris, surtout de nos jours, autant d importance en hiver qu’en été. Les villages des montagnes ne ressemblent plus à ces marmottes dont la vie parait s'enfuir presque totalement pendant la saison froide et qui attendent le printemps pour manifester leur vitalité. Dans ceux qui sont les plus éloignés de tout centre, les habitants veulent rester constamment relies au monde extérieur, et c’est pourquoi, dans les pays que la neige recouvre périodiquement d’une couche épaisse, l'homme doit recourir à des procédés spéciaux pour se déplacer : en effet, la force sustentatrice de la neige est faible et la résistance qu elle offre varie essentiellement avec son état. Il ne faut pas oublier d ailleurs, qu’en supposant aux pieds une surface de 6 décimètres carrés, l’unité de surface subit, pour un individu de poids moyen (70 kilogrammes par exemple), une pression de plus de 10 kilogrammes et qu’a moins d’avoir été gelée ou tassée, la neige ne le supportera pas.

Par suite, il a dû venir de bonne heure à l’esprit de l’homme l’idée d’augmenter sa surface portante et c’est de là que sont nés les divers systèmes permettant les déplacements sur la neige. Nous les classerons d’après la nature du moteur employé : moteur humain, moteur pesanteur, moteur animal, moteur mécanique.


MOTEUR HUMAIN


Le ski. Avec ses propres forces l'homme utilise la raquette ou les skis. En ce qui concerne ces derniers, nous laisserons le soin de leur étude a la plume alerte de M. Fendrich, dont la science se tempère agréablement d’une spirituelle fantaisie. Nous dirons seulement que le ski est un long patin de bois d’une surface d’environ 48 décimètres carrés et dont l’unité de surface supporte par conséquent, dans le cas envisagé plus haut, un peu moins de 2 kgs. Il permet donc de se déplacer très facilement sur de la neige même molle, et il est l’outil parfait, tant pour le sport que pour le tourisme et les besoins journaliers en pays de neige.


La Raquette — La raquette a été connue en France — bien avant le ski ; on l’employait exclusivement, il y a une dizaine d’années, soit dans l'armée, soit dans les populations des Alpes. Une raquette se compose d’un cadre de bois de forme variable avec les régions, et supportant un réseau de cordes sur lequel le

RAQUETTES (Cliché Gruyer.) pied se pose et se fixe. Le poids du corps est alors réparti sur une surface assez grande mais discontinue. La neige peut arriver à le supporter après s’être quelque peu tassée.

On enfonce donc, la marche s’effectue les jambes écartées et avec de si sérieux efforts que, dans une excursion en raquettes sur de la neige molle, l’homme de tête doit être relayé presque tous les cent mètres. De plus, on avance très lentement et, par un temps de bourrasque, il devient à peu près impossible de continuer

RAQUETTES CANADIENNES. {Cliché Neurdein frères)

sa route. La neige pénètre dans les yeux, on ne peut distinguer aucun point de repère au milieu des tourbillons blancs et même on devient incapable de se rendre compte, à la vue, du sens de la pente sur laquelle on se trouve. En ski, du moins, on possède toujours, en pareil cas, un guide précieux : la pesanteur, qui vous entraîne en une glissade légère, continue et sans aucun effort dans le sens de la pente.

On voit déjà les avantages importants du ski sur la raquette : rapidité, économie des forces, sécurité plus grande.

Il nous est arrivé un jour de rencontrer en montagne un chasseur alpin en raquettes qui remontait rejoindre son poste. Nous étions cinq skieurs le précédant. Bien que n’enfonçant nullement, nous faisions tous nos efforts pour tasser la neige et diminuer ainsi l’effort de notre compagnon de route. Ce fut inutile ; il enfonçait malgré tout jusqu’aux genoux et, pressés que nous étions, nous dûmes le dépasser au bout de peu de temps.

L’équipement nécessaire pour la raquette est en somme le même que pour le ski ; cependant une seule carme suffit, a condition d’être assez résistante.

Il ne faut pas conclure de tout ce qui précédé que la raquette doive être absolument rejetée. Elle peut avoir encore son utilité, même concurremment avec le ski, dans certains passages difficiles ou l’encombrement des patins de bois devient un véritable danger. Nous verrons aussi, dans un autre chapitre, qu au point de vue militaire leur emploi n’est pas non plus à dédaigner.

Dans certaines régions, on a adopté la raquette canadienne, variante de la précédente. Elle en diffère en ce qu elle est placée sur un ski très petit. Cette disposition a pour but de rendre possibles de petites glissades en terrain favorable. Ces raquettes ont été longtemps employées par l’armée allemande, mais les progrès du ski les ont fait presque totalement disparaitre.


MOTEUR PESANTEUR


Les sports de la neige qui utilisent l’action de la pesanteur comme force motrice se rangent, d’une façon générale, dans la categorie du tobogganing.

Les instruments sont la luge, le skelelon, le toboggan et le bobsleigh ou bob, pour ne citer que les plus en faveur.

Le principe de ces sports est des plus simples et a été utilisé déjà dans l’antiquité. Les historiens romains racontent, en effet, comment les troupes en marche dans les Alpes dévalaient des pentes neigeuses avec une grande rapidité, en s’asseyant simplement sur leurs boucliers.

Plus récemment, les voyageurs qui traversaient le mont Cenis ou le Saint-Gothard en hiver, descendaient en Italie en se laissant simplement glisser, assis sur une peau de bœuf ou sur un fagot de bois. Ce mode de locomotion s’appelait la ramasse, et dans ses Mémoires, le général de Marbot raconte que pendant la guerre d’Italie Masséna eut recours a ce stratagème pour déjouer les plans de l’ennemi. Il est, du reste, encore en usage dans l’armée suisse.

Ces moyens rudimentaires ont été peu à peu perfectionnés. Ils Ont été les points de départ d’un certain nombre d’appareils que nous allons étudier.

Les plus connus sont la luge de Davos, qui date de l883 environ, époque des premières courses régulières, et le skeleton, venu du Canada vers l887. Quant au bobsleigh, il mérite une place a part.

La luge. La luge se compose essentiellement d’une plate- forme rectangulaire montée sur des patins terres et relevés à l’avant.

Il existe deux espèces bien distinctes de luges : la luge de Davos, haute, légère, à patins larges, et par conséquent destinée à Parcourir des pistes neigeuses ; la luge Hammer, basse, lourde, à laquelle on adapte des patins plats ou arrondis selon qu’on se trouve sur une piste neigeuse ou glacée.

La luge de Davos. — La luge de Davos a, en principe, les dimensions suivantes : hauteur, 30 à 35 centimètres ; largeur 35 centimètres. Quanta la longueur, elle dépend du nombre de places dont on veut disposer et ne dépasse guère l mètre. Sa légèreté et la largeur de ses patins (3 à 4 centimètres) lui permettent de parcourir sans trop enfoncer les routes couvertes de neige.

La conduite de cette luge n’est pas très difficile, mais elle exige un certain apprentissage. On peut observer trois méthodes différentes :

l° Le lugeur, placé à l’avant, pose l’un ou l’autre pied sur le sol, plus ou moins longtemps : il produit ainsi des virages plus ou moins brusques et plus ou moins longs dans la direction du pied qu’il fait agir. En les appuyant simultanément il possède un moyen de freiner et de s’arrêter au besoin.

Cette méthode est la meilleure pour conduire une luge. Elle est la plus sûre et la plus précise pourvu que l'éducation du pilote soit bien faite et que l’équipe, s’il y en a une, suive toujours avec ensemble les mouvements de l’appareil et s’incline dans les virages pour les faciliter et éviter un dérapage.

D’une façon générale et afin d’obtenir la plus grande vitesse possible, il est bon que les lugeurs se penchent fortement en arrière ; ils diminuent ainsi la résistance de l’air formant un frein d’une puissance qui ne peut être négligée. Il est bon, de plus, surtout si la piste est molle, que le poids de l’équipe soit porté le plus en arrière possible, ainsi que dans un canot, dont on cherche de la sorte à relever l’avant pour obtenir la plus grande vélocité. Le pilote peut arriver à une précision plus grande dans sa direction s'il garnit ses pieds de patins ou de forts crampons : mais de cette manière il risque davantage une foulure ou un accident.

2° Le pilote tient en mains deux cannes ferrées et les utilise comme il vient d’être dit pour les talons. S’il n’a qu une canne, il la place, suivant les besoins, à droite ou à gauche. L’arrêt ne se fait cependant qu’avec l’aide des pieds.

Ce procédé, moins puissant que le précèdent, est encore très bon et très recommandable, surtout sur une piste verglassée ou l'appareil obéit au plus petit effort. Mais si le lugeur est seul, il a peu de prise sur son appareil, puisque ses mains sont occupées et il s’y maintient difficilement quand la piste est cahoteuse. S'il conduit une équipe, il peut du moins se faire maintenir par celui qui le suit.

3° Enfin on utilise parfois des luges dites « perfectionnées ». Elles peuvent être munies, entre autres dispositifs, de petits freins latéraux mus à la main. Ces freins, très pratiques pour l’arrêt, ne permettent pas, étant donné le faible bras de levier avec lequel ils agissent, une conduite aussi précise qu’avec les méthodes précédentes. Nous ne parlerons pas ici de l’équipement nécessaire aux lugeurs, ni des soins à donner aux appareils. Ces questions se poseront un peu plus loin, au sujet du bobsleigh, ou elles sont de la plus grande importance.

Le sport de la luge est des plus agréables et des plus hygiéniques ; il excite l’ardeur de ses adeptes qui sacrifient volontiers à une descente rapide et joyeuse les efforts nécessaires à une longue remontée. D’ailleurs l’appareil est léger, facile a trainer, derrière

LUGE DE DAVOS.— UN VIRAGE EN BOB. Cliché Decaux.

soi. Si on pratique ce sport avec quelques camarades et par un beau soleil ou même par un de ces lumineux clairs de lune que connait la montagne en hiver, on ne regrette jamais, en se laissant glisser légèrement et sans peine, l’ascension un peu pénible parfois qui en fut la condition indispensable. Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/20 en modifiant convenablement ses patins. On peut lui adapter, en effet, soit ceux des luges de Davos, plats et aptes à glisser sur la neige, soit des patins en forme de barres cylindriques qui augmentent considérablement sa vitesse sur les espaces glacés ou le besoin d’une large surface de sustentation se fait moins sentir.

Sa forme est celle indiquée sur le croquis ci-dessus. Il faut ajouter que l’arriére se termine en fortes pointes dont nous expliquerons plus loin l’utilité ; en outre, une barre transversale, placée à l’avant, donne au lugeur une forte prise.

Celui-ci s’assied le plus en arrière possible, tenant la barre d’une main, l’extrémité du siège de l’autre. Il est ainsi plus maitre de sa luge et jouit d’une plus grande stabilité. La direction s’obtient avec les pieds, comme pour la luge de Davos.

Quant à l’arrêt et au freinage, rendus indispensables par suite de la vitesse, on peut les obtenir en soulevant, au moyen de la barre transversale, l’avant de la luge qui, ainsi, fait mordre plus profondément les pointes arriére. Pour obtenir un arrêt plus brusque encore, on peut, d un vigoureux effort, soulever un côte de la luge et la placer en travers de la pente. L’arrêt est net, mais, si le mouvement n’est pas exécuté avec une très grande précision, la course Se poursuit en biais sur la piste et l’on se précipite a toute vitesse confie l’obstacle que l’on voulait précisément éviter.


Tandems. Nous avons vu que la conduite d’une luge unique exigeait des contacts plus ou moins prolongés avec le sol. Il existe une façon de ne pas user de ce procédé qui a pour effet de réduire la vitesse des appareils : c’est de les coupler.

1° Des lugeurs s’assoient chacun sur une luge ; l’équipier avant saisit les jambes du deuxième, qui lui-même se maintient en arrière de son appareil a l’aide de ses mains, comme s’il était isolé. Dans ce cas c’est le premier qui est chargé de la direction, mais ses mains sont toujours occupées et, sur une piste un peu cahoteuse, il est sage qu’il s’attache à son siège. Cette précaution peut être dangereuse aussi, surtout si les luges elles-mêmes sont attachées entre elles, comme il arrive parfois.

Supposons qu’il faille virer à droite. Il faut faire naitre un angle entre les axes des deux luges de sorte que celui de la deuxième passe à gauche de celui de la première. Il est très facile d’obtenir ce résultat. L’équipier avant tire à lui la jambe droite de son compagnon. Bien entendu, le mouvement inverse produira un virage à gauche.

Le rôle de l’équipier arriére a son importance ; il doit éviter les dérapages et les à-coups. Son rôle est le même, a peu de chose près, que dans le tandem perfectionné qu’est le bob, et nous le retrouverons à ce moment. Lorsque, sur une piste glacée, l’arrière sent sa luge déraper par trop, il en soulève la partie antérieure et se laisse entrainer sur l’extrémité postérieure des patins. Un peu de vitesse se perd ainsi, il est vrai, à cause du frottement, mais le dérapage eût été un inconvénient bien plus grand si la vitesse et la direction avaient été moins régulièrement assurées.

2° Dans la position dite en crapaud, les deux équipiers, au lieu d’être assis, sont couchés sur leur luge, et c’est à l’arrière, tenant les jambes ou la luge de l’avant, qu’est dévolue la direction.

Les principes sont d’ailleurs identiques a ceux indiqués précédemment. Dans ce procédé, l’arrêt est peu commode, le danger par suite assez grand. Les deux équipiers peuvent cependant, si c’est nécessaire, soulever leur luge sur l’arrière des patins et freiner assez vigoureusement.

Dans tous les cas, le démarrage est l’œuvre de l’équipier d’arrière, qui imprime l’élan et se place sur son appareil au moment propice.


Le Tailing. — Le tailing est a la luge ce que le skijöring est au ski. Ce sport consiste à remplacer le moteur pesanteur par un moteur animé (cheval attelé ou non à un traineau, par exemple), pour effectuer des trajets en plaine où la luge ne pourrait avancer d’elle-même. On peut ainsi entrainer un certain nombre de luges à une ou plusieurs places sans grand effort.

La vitesse atteinte par ce moyen de locomotion n’est jamais très grande (une dizaine de kilomètres à l’heure) et, par suite, il n’y a jamais à prendre de positions pénibles ni à s’inquiéter de l’équilibre. C’est, en somme, une variante du traineau. Cependant, lorsque plusieurs luges sont entraînées les unes derrière les autres, ll peut se produire des à-coups surtout dans les virages et les



descentes, sans nulle gravité d’ailleurs, et c’est un des côtes amusants de ce sport.


Le skeleton. Le skeleton est une luge très basse et assez longue sur laquelle on se couche à plat ventre. Une barre transversale, placée à l’avant, permet de se maintenir solidement sur l’appareil et même d’agir sur lui.

La vitesse obtenue peut devenir assez considérable, étant donné que, d’une part, le centre de gravité est très bas, et que, de l’autre, la résistance de l’air s’exerce sur une surface très réduite.

On peut diriger un skeleton de deux façons bien distinctes et avec assez de facilité : mais l’arrêt n’est jamais aisé.

1° Le lugeur garnit la pointe de ses pieds de forts crampons ou de patins, et c’est en appuyant sur le sol l’un ou l’autre qu’il vire à droite ou à gauche.

2° Une deuxième façon de diriger un skeleton, sans toucher le sol, est d’y joindre à l’avant une deuxième luge reliée à la première




et qu’on dirige avec les mains par un volant. Cette combinaison permet des vitesses plus fortes.


Il faudrait tout un chapitre pour citer les différentes variétés de luges qu’on trouve dans les régions montagneuses et chez les fabricants. Nous citerons cependant un type intéressant qu’on voit souvent dans la région de Chamonix : la girouette. C’est une luge à un seul patin médian, sur laquelle les montagnards descendent les pentes avec une grande habileté.


Le toboggan. Ce mot, d’origine canadienne (tobaakun) désigne un assemblage de planches relevées à l’une de leurs extrémités. L’instrument habituel est long d’environ 2 mètres, large de 10 centimètres, et des barres longitudinales ou transversales permettent de s’y maintenir avec solidité.

On s’y couche à plat ventre et on se laisse dévaler du haut d’une pente neigeuse. La large surface d’appui qu’il offre permet de se lancer partout ; cependant, comme les moindres, ressauts du terrain lui font faire un bond, on a tracé, dans les régions où l’on pratique ce sport, des pistes moyennement tourmentées, où la direction ainsi que les virages sont largement facilités. Le toboggan subit en effet difficilement une action de celui qui le monte et est par suite à peine un sport. On obtient cependant une modification sensible dans la direction en appuyant convenablement l’un ou l’autre pied sur le sol, ou bien encore en soulevant l’appareil en partie à l’aide des barres transversales qu’il comporte.

Sur un toboggan peuvent prendre place plusieurs équipiers. Dans ce cas les premiers seuls sont assis, le dernier est couché et maintient la direction. Il peut aussi diriger l’appareil en maniant une canne ainsi qu’on fait d’une godille dans un canot, mais cette méthode est peu employée.


Le bobsleigh. - En 1887, aux courses de Davos, on introduisit l’usage de deux luges couplées reliées par un volant et permettant la direction de l’appareil sans contact avec le sol, par suite sans réduction de vitesse.

Ce système rudimentaire fut perfectionné en 1903 par un ingénieur français de Leysin, M. Roessinger, qui est le véritable créateur du bobsleigh que nous connaissons et avec lequel il gagna toutes les courses de luges à cette époque.

Un « bob » se compose, en principe, des deux luges sur lesquelles est montée une plate-forme. La luge d’avant est complètement mobile autour d’un axe muni d’un volant qui permet sa parfaite direction. Celle d’arrière n’est mobile autour d’un axe vertical que dans de certaines limites, par suite des glissières qui la relient à la plate-forme.

Nous compléterons cette description sommaire en indiquant les portants, destinés à soutenir les pieds des équipiers qui ne doivent jamais toucher le sol, et les barres d’appui latérales, qui Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/26 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/27 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/28 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/29 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/30 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/31 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/32 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/33 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/34 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/35 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/36 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/37 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/38 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/39 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/40 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/41 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/42 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/43 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/44 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/45 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/46 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/47 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/48 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/49 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/50 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/51 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/52 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/53 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/54 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/55 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/56 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/57 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/58 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/59 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/60 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/61 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/62

L’esprit humain n’a créé que deux instruments avec les seules conceptions des hommes primitifs et sans utiliser la technique moderne : c’est le boomerang, la fronde en bois des nègres de l’Australie, avec laquelle ils atteignent le gibier sauvage en plein vol et qui retourne au chasseur après avoir décrit un cercle ; puis cajak des Esquimaux, petit canot à siège, recouvert de peau, qu’un rat ferait chavirer sur l’eau la plus calme et que l’Esquimau fait danser sur les flots de la mer en furie ainsi que danse une boule de verre sur un jet d’eau.

Le ski de Telemark est aussi une planche magique si elle est maniée avec art. Il le savait déjà, il y a bientôt 700 ans, l’auteur Koenigspiegel norvégien ! Dans sa langue charmante, naïve et pleine d’expressions pittoresques, il parle de ces hommes « que de minces planches entraînent du haut en bas des montagnes avec une très grande rapidité, grâce à leur art et à leur adresse. Rien de ce qui se meut sur la terre ne peut être comparé, quant à la vitesse, à l’homme qui possède de telles planches à ses pieds. Dans d’autres contrées où les gens n’ont pas acquis une pareille habileté, on pourrait à grand’peine trouver un homme assez souple adroit pour ne pas perdre tous ses moyens dès qu’on lui a mis ces morceaux de bois sous les pieds. »

Qu’il ne se décourage donc pas celui qui, pour la première fois, part sur les étendues neigeuses, avec des skis neufs, si, au début, ainsi que le dit le Koenigspiegel, « il perd tous ses moyens ».


L’attache. — Il n’est possible de bien diriger des skis que lorsqu’une bonne attache les relie parfaitement aux pieds. On est, sur le continent, tellement d’accord sur la meilleure forme de ski, que tous les skieurs ont adopté celui de Telemark, mais en ce qui concerne l’attache, les avis sont encore très partagés.

Les différentes manières d’attacher un ski ont parfois amené de véritables conflits d’opinion dans le monde des skieurs.

Il en est d’ailleurs de même en Norvège, où le ton des polémiques des journaux spéciaux ne laisse non plus rien à désirer et où la critique des attaches du ski alpin (alpenski), par exemple, se résume en ces deux mots : « C’est insensé » ! Ces discussions se Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/64 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/65 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/66 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/67 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/68 la mâchoire, elle marque en somme le centre de gravité autour duquel tourne tout le ski et, bien que l’effort de direction agisse avec d’autant plus d’intensité qu’il est appliqué plus intimement à lui, le résultat est bon cependant dans ce cas, malgré l’absence
ATTACHE DE HUITFELD B.
d’une semelle qui ne peut jamais être fixée que sur la face supérieure du ski et par suite au-dessus de son centre de gravité. Enfin, cette mortaise permet, dans le cas d’une cassure de l’attache et le plus rapidement possible, l’emploi d’une excellente attache de fortune si l’on a sur soi une longue lanière quelconque.

Il y a deux espèces d’attaches de Huitfeld (A et B). Elles
ATTACHE ELLEFSEN.
(Cliché P. Gruyer.)
diffèrent par les courroies. Dans les plus récentes attaches, on fait une concession à la commodité et à la rapidité, partout réclamées aujourd’hui, et on obtient un très grand avantage sur les anciennes. Une courroie mobile en cuir, constituée par deux pièces à double face, sort de la cavité médiane et fait le tour du talon ; on a avant tout supprimé la courroie dangereuse qui serrait le cou-de-pied. Par contre, une seconde, passant derrière celle des orteils, facilite la tension de la courroie du talon. Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/70 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/71 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/72 par la courroie, ou bien on les porte en mains jusqu’à ce que leur emploi soit devenu nécessaire. Une paire de cannes doit être de
MODÈLES DE CANNES (FERRURES, BOIS ET RAQUETTES VARIÉES).
préférence plus courte qu’une canne unique, et elles ne doivent arriver dans ce cas que jusqu’à la poitrine.

Quand on gravit une montagne, on facilite sa marche en appuyant dans la neige avec celle qui se trouve du côté du pied inférieur, ainsi qu’avec une canne de promenade. C’est une façon très agréable de procéder, surtout lorsque le bâton est à sa partie supérieure bien arrondi et bien poli. D’ailleurs, avec le temps, le skieur apprendra de lui-même bien d’autres petits détails avantageux ; il en ressentira ainsi plus de satisfaction. Un ouvrage sur le ski doit stimuler seulement et donner une règle de conduite ; il doit laisser au lecteur et au skieur le soin de régler le reste. En particulier, les petits disques des cannes offrent de bonnes occasions d’exercer la réflexion de chacun et doivent empêcher celles-ci d’enfoncer dans la neige. Comme elles sortent de la fabrique, elles ne sont pas, en effet, toutes sans défauts. Une occupation utile et amusante, durant une ennuyeuse soirée d’hiver, consiste à consolider, avec des courroies graissées ou un fil de fer galvanisé, ces disques de roseau, de gutta-percha ou d’aluminium. Ils doivent être fixés solidement au bâton mais sans raideur, de façon que, même quand le bâton est incliné, comme par exemple, lorsqu’on se pousse en plaine dans une course Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/74 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/75 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/76 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/77 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/78 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/79 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/80 émotions sportives, un mince et léger tapis de neige nouvelle, pulvérulente, recouvrant une vieille neige mouillée ; ces deux couches doivent avoir bien gelé ensemble, et comme nec plus ultra il doit y avoir par-dessus un soupçon de neige fraîche. Celui qui ne se déclare pas pleinement satisfait dans ce cas est sans espoir perdu pour le ski.


Elle colle ! — Les visages tristes et lamentables des gens, surtout des débutants, qui, dès le matin sur leurs skis, sont devant leur hôtel et se disent les uns aux autres, avec une visible mauvaise humeur, « Elle colle ! » rappellent l’exclamation dépitée de l’enfant : « Plume pourquoi n’écris-tu pas bien ? » Tous sont convaincus que la neige est seule coupable et ils considèrent comme une ironie vivante le skieur exercé qui, malgré la neige collante, file joyeusement devant eux.

« Que font donc ces gens-là ? » dit une dame qui commence à douter d’elle-même et, moitié indignée, moitié nerveuse, suit du regard celui qui va gaiement là-bas. Ce n’est pas difficile d’apprendre ce que font ces gens-là, seulement il faut s’en donner la peine. Celui qui préfère, par exemple, chaque fois qu’il aura à boucler ses skis, faire chercher un garçon d’hôtel, se plaindra souvent de la neige collante.

La première chose à faire est de graisser les skis ; un ski colle si humidité qui se forme au-dessous de lui gèle rapidement et la neige adhère à cette mince couche de glace. Naturellement ce fait se produit plus facilement encore lorsque l’humidité peut pénétrer dans le bois et congèle sa partie inférieure. La meilleure façon d’empêcher ce résultat est d’imprégner le plus intimement possible le bois d’huile de lin mélangée de pétrole dans les proportions de 2 à 1. Le bois absorbe davantage à chaud qu’à froid.

Cette opération doit être effectuée d’abord au début de l’hiver, puis plusieurs fois dans la saison.

On place l’huile sur le ski, maintenu horizontalement sur deux chaises. Après plusieurs heures, et avant de passer la couche suivante, on ôte doucement, avec un morceau de verre ou une lame d’acier, ce qui n’a pas pénétré dans les pores du bois et qui s’est desséché en forme de petites bulles.

Des skis préparés de cette façon collent rarement si on observe encore ce qui suit :

Lorsqu’ils sont plus chauds que la neige, cette dernière fond au contact du bois, il en résulte une couche de glace et le collage commence. Donc, celui qui met ses skis immédiatement au sortir de chez lui peut être sûr que « ça ne glissera pas ». Aussi faut-il avant tout qu’ils soient suffisamment refroidis.

Mais très souvent, la neige colle aussi parce que certains skieurs ne laissent pas leurs skis sur elle et les soulèvent à chaque pas comme une raquette : on doit glisser mais non marcher. La différence de température entre la neige et l’air s’élève souvent, surtout dans les environs du zéro, à 1 degré ou 1 degré 1/2. Elle peut suffire pour faire naître sur la surface glissante, et sous l’action persistante de l’humidité, une couche de glace. En outre, le glissement empêche le « collage » de la neige, parce qu’il arrache facilement du bois graissé une couche de glace même assez forte.

Un mélange intime et en parties égales de goudron végétal et de suif, fondu à plusieurs reprises sur les skis, avec une lampe à souder, produit un effet analogue mais plus énergique que celui de l’huile de lin. C’est là le meilleur des moyens employés par les Norvégiens contre cet inconvénient. Il a l’avantage de tenir presque tout l’hiver et aussi de ne pas rendre la montée plus pénible.

Si le fart a rendu les skis trop glissants et si l’on recule trop facilement, il vaut mieux durant un certain temps gravir la pente au moyen de pas en escalier que de saisir de suite son couteau pour gratter la cire. La neige se charge de vous débarrasser de l’excédent avec beaucoup plus de mesure.

Tous les graissages préparés ont un inconvénient, que ce soit le fart ou une graisse liquide que l’on place légèrement sur le ski, puis que l’on étend et que l’on polit avec un chiffon : ils ne tiennent pas longtemps, ni les uns ni les autres. En particulier la cire liquide n’existe souvent déjà plus au bout d’une demi-heure. De temps en temps il faut avoir recours à ce moyen, mais seulement quand il est impossible de faire autrement.

Il y a, d’ailleurs, de la neige avec laquelle tous les moyens sont à peu près inutiles. Par un grand froid aussi, les skis peuvent coller : ce n’est pas précisément que de minute en minute ils deviennent plus lourds de quelques livres de neige, mais ils ne glissent plus bien. Cependant, dans ce cas, il faut se consoler avec Sverdrup qui dans son « Neuland » affirme qu’il connaît des centaines de sortes de neige, mais qu’il ne peut pas encore dire a priori avec certitude quand la neige colle et quand elle ne colle pas, ni comment on doit agir dans les cas ou elle colle de façon particulièrement pénible.

Il peut aussi arriver qu’à une descente, malgré le maniement le plus consciencieux de nos skis, un ami passe devant nous sans embarras, et nous distance de plus en plus sans que nous puissions arriver à nous expliquer de quoi peuvent bien dépendre d’une part cette aisance complète et d’autre part ces nombreuses difficultés.

FABRICATION DES SKIS

Nous désirons indiquer sommairement ici la technique adoptée actuellement pour la fabrication des skis.

Le ski est un instrument de précision et il exige, pour être établi selon les règles de l’art, des matériaux assez coûteux et une fabrication des plus minutieuses.

Pendant longtemps, ceux qui se trouvaient en France furent d’importation norvégienne ou suisse et leur prix (30 francs environ) était assez élevé pour empêcher leur diffusion parmi la masse des populations rurales, en général pauvres, où il peut être utilisé.

Lorsque, vers 1900, ils furent introduits dans l’armée française, on se préoccupa d’en fabriquer d’à peu près équivalents et à moins de frais.

Plus tard enfin, dans un but de vulgarisation plus étendue, on rechercha le moyen de faire plus économiquement encore le ski dans chaque famille.


Nous exposerons d’abord les méthodes employées dans les usines spécialement outillées.

Les essences qui conviennent le mieux sont le frêne et l’hickory.

On peut utiliser aussi, suivant les régions, et pour les skis de qualité secondaire, le sapin, l’acacia ou le bouleau.

Mais, quel que soit le bois employé, il faut avant tout que les souches choisies soient belles et bien sèches. Cette dernière condition est essentielle, car le bois trop vert, qu’on doit laisser sécher très longtemps, travaille ou se détériore facilement et laisse de nombreux déchets. Il est donc préférable d’abattre les arbres en hiver, au moment où la sève est moins abondante.

Ces souches sont débitées, autant que possible, en plateaux parallèles. Les pièces que l’on prendra de préférence seront sans défauts, sans nœuds et, comme elles doivent être aussi dures que possible tout en étant d’un grain régulier, on ne prendra ni le cœur ni les bords, le côté écorce étant utilisé pour la face glissante, et la partie la moins veineuse pour la spatule à cause de sa souplesse.

Enfin c’est au même plateau qu’on prendra les skis d’une même paire, afin que leur faculté de glissement soit égale.

Les plateaux, déjà bien secs, sont débités en planchettes ayant pour longueur celle des skis que l’on veut obtenir et dont la largeur et l’ épaisseur sont peu supérieures aux plus grandes dimensions correspondantes de ces skis, soit environ 12 et 3 centimètres.

Ces planchettes sèchent pendant longtemps encore à l’air libre, puis on découpe celles qui ne sont ni gauchies ni piquées — ce qui arrive fréquemment pour l’hickory — suivant le gabarit du ski développé. On réduit en même temps l’épaisseur de façon convenable.

C’est alors qu’il faut donner aux planchettes les courbures correspondant au cintre et à la spatule, mais ce résultat serait impossible à obtenir si les bois restaient secs et cassants comme ils le sont au point de fabrication où nous sommes parvenus. Il faut donc les ramollir et on obtient ce résultat en les plaçant pendant quelques heures dans une étuve où on fait arriver de la vapeur d’eau surchauffée.

Au bout de ce laps de temps, ils sont devenus suffisamment malléables et on les assujettit sur une forme reproduisant les courbures du ski, puis on les sèche à l’air chaud. Les courbures doivent d’ailleurs être un peu plus accentuées que celles du gabarit, afin que, par la suite, ils puissent supporter sans inconvénient un léger adoucissement de ces courbures.

Les paires qui ont supporté toutes les épreuves et tous les efforts peuvent maintenant être achevées. On met, bien entendu, de côté celles dont le bois s’est gauchi, fendu ou piqué, et qui donneraient, à l’usage, des résultats défectueux.

Les skis sont polis et vernis après qu’on leur a donné leur cannelure médiane, leurs lignes ornementales, leur mortaise pour le logement de l’étrier. Tous ces travaux sont faits mécaniquement avec une grande précision.

Enfin, on fixe les accessoires, étriers, courroies, semelles, et ils sont prêts à être livrés.

Les usines produisent aussi des cannes, mais cette fabrication n’offre aucune difficulté.


On opère un peu différemment dans les ateliers régimentaires ou scolaires et chez les fabricants des campagnes désireux de produire des skis à meilleur marché que dans les usines.

Le principe de la fabrication est, en somme, le même, mais les précautions à prendre sont moins rigoureusement observées.

Tout d’abord, les bois choisis sont de qualité secondaire, plus lourds, portant des nœuds. Ils sont séchés moins longtemps et plus artificiellement, ce qui est nuisible à leur résistance.

En vue de la courbure, l’étuve à vapeur surchauffée est remplacée par une simple cuve remplie d’eau chaude et le ski qui en sort est placé sur une forme plus rudimentaire et séché trop vite dans un four trop chaud et trop sec, au lieu d’être lentement desséché à l’air légèrement chauffé.

Enfin le finissage est évidemment moins soigné.

Cependant, malgré toutes ces imperfections, les skis construits par cette méthode sont encore suffisants, ils ont rendu et rendront encore de grands services.


Dans les familles trop pauvres pour acheter les skis des ateliers secondaires, on peut employer, pour obtenir des skis rudimentaires, différentes méthodes. Les résultats obtenus sont d’ailleurs médiocres, en particulier les surfaces de glissement sont généralement gauchies et par conséquent très défectueuses. Mais ils peuvent encore rendre de signalés services aux familles modestes et isolées, et c’est pourquoi nous les indiquons ici. Ces méthodes sont dues à Paulke et voici quel en est le principe :

Les skis, plus ou moins grossièrement taillés, sont courbés peu à peu, soit au feu de charbon de bois, tout en étant humectés à l’aide d'un linge mouillé, soit à la vapeur d’eau, puis maintenus ainsi, jusqu’à ce que la courbure soit définitive, par des tendeurs rudimentaires.

On conçoit aisément que même de légères erreurs de l’opérateur puissent produire des défectuosités définitives et notables et que de tels procédés soient, malgré leur avantage économique, peu recommandables.

COMMENT ON APPREND LE SKI

Le ski n’est pas un art aussi privé de principes qu’on pourrait le croire. Les gens qui ne débutent dans ce sport qu’à un âge déjà avancé et arrivent directement de leur « home » ne doivent pas s’étonner si au début ils ne procèdent qu’avec beaucoup de difficultés et de chutes, car il faut d’abord qu’ils apprennent par expérience ce qu’ils devraient déjà connaître : l’équilibre. « Le ski est un art d’équilibre » (Huitfeld).

De même que le violoniste doit avoir l’articulation de la main bien libre, le skieur doit être très souple des hanches. C’est par elles qu’on déplace le poids du corps à droite ou à gauche, en avant ou en arrière, qu’on rétablit ainsi l’équilibre perdu. La plupart des gens se soucient si peu d’eux-mêmes qu’ils ignorent absolument les lois de la locomotion de leur propre corps et même la position de leur centre de gravité. On ne peut pas leur demander alors, qu’après avoir abandonné et négligé de soigner leurs hanches et leur musculature abdominale pendant des années et même des dizaines d’années, ces organes fonctionnent bien tout d’un coup quand ils se trouvent sur skis. Donc, chez vous, dans votre chambre, surtout après votre lever, faites fléchir et
la marche en plaine.
pivoter un peu les hanches et le tronc.

Après l’équilibre, c’est le ressort du corps qui est le plus important. Il réside dans les genoux encore plus que dans la plante des pieds.

Il n’y a pas, dans tout l’art du ski, une seule position où ceux-ci soient tout à fait raidis, sauf au saut, pendant le temps qu’on est dans l’air. En dehors de ce cas, ils sont toujours légèrement fléchis.

Tout cela n’a évidemment aucune importance pour les enfants et les tout jeunes gens. Ils n’ont besoin ni de théorie, ni d’exercice préparatoire : ils voient simplement les autres marcher et font comme eux. Leur corps est encore assez souple et flexible.

Ils arrivent à faire un Telemark sans se rendre compte clairement de la façon dont ils le font. Mais les personnes âgées, avec leurs muscles devenus plus raides, ont besoin de s’assimiler d’abord la théorie s’ils ne veulent pas s’attirer de fâcheux mécomptes.

Depuis longtemps déjà ils savent très bien beaucoup de choses « en théorie », mais, sur le terrain, l’appareil, qui s’est rouillé, n’obéit plus bien et un bain de neige plus ou moins prolongé leur fait comprendre la distance qui sépare la théorie de la pratique.

D’autre part, il faut dire qu’avec une certaine endurance et une certaine sagesse, des gens qui ont dépassé depuis longtemps la plénitude de leurs forces peuvent apprendre le ski, et suffisamment pour en éprouver encore de la joie. Cette sagesse doit s’appliquer surtout au choix approprié des pentes d’exercices suivant le degré des connaissances et aussi à éviter les exercices trop difficiles.

Je connais un homme assez âgé, ayant largement dépassé la cinquantaine, qui laisse rarement passer un dimanche, en hiver, sans faire avec prudence, quelque part dans la montagne, une petite excursion « pour goûter de nouveau le plaisir de vivre » et je connais un septuagénaire qui a commencé le ski à soixante ans et qui, maintenant encore, court souvent dans la montagne « parce qu’ainsi on arrive à rajeunir un peu ».

LA DESCENTE

C’est à cause de la descente surtout que le ski a passé du but utilitaire au sport, c’est-à-dire à un des exercices du corps les plus agréables. Que ne fait-on pas pour jouir d’une belle descente ! On monte péniblement, on travaille et on peine, on patauge dans la neige... on transpire, on sent pleinement à la montée tout le poids des 5 kilos de bois que l’on traîne aux pieds, mais à la descente, on devient un tout autre homme. C’en est fini de la pauvre marche au pas, qui ne vous fait avancer à chaque foulée que de 50 centimètres. Debout, reposant plutôt sur le bout des pieds que sur les talons, les genoux légèrement ployés, le rein creusé, la tête haute, on se dresse, les mains derrière le dos. Alors on part de soi-même ; on ne court pas, on se laisse courir pour ainsi dire.

« Il se tient bien », disent les Norvégiens, d’un skieur qui fait une belle descente. Aucun muscle n’est tendu ni raidi ; au contraire tous jouent avec souplesse. La vitesse augmente, l’air commence à siffler aux oreilles et les plis du cache-nez flottent au vent. Un bien-être infini s’empare de vous. Est-ce parce qu’on éprouve comme un délice de glisser ainsi doucement sur la neige, ou bien parce qu’on est fier de conserver souriant son sang-froid, en avançant avec de plus en plus de rapidité ? Mais notre intention n’était pas de dire ce qui se passe quand on sait, mais d’indiquer ce qu’on doit faire quand on ne sait pas.

Partout où l’on fait du ski, il y a des terrains d’exercice. La
une descente, départ.
neige y est en grande partie tassée et piétinée, l’apprentissage est plus difficile quand la neige est molle et profonde.

Vous voilà au sommet de la pente. Avez-vous des cannes ? Mettez-les de côté. Avez-vous peur ? N’ayez pas peur ! Placez un pied d’une demi-longueur devant l’autre et maintenez les skis serrés l’un contre l’autre afin d’avoir un équilibre plus stable. Avancez encore un peu plus le ski antérieur pour traverser de petits vallonnements [1]. Ah ! cela va déjà tout seul. Surtout soyez sans crainte. Si les skis veulent se séparer il ne faut pas le permettre : réagissez en appuyant les genoux l’un contre l’autre. Ils obéissent maintenant. Vous trouvez que la vitesse devient trop grande ! C’est seulement la crainte de tomber qui vous donne ces idées. Ne vous penchez pas en arrière comme devant un malheur imminent ; mais ne penchez pas non plus seulement le haut du corps en avant.

Posez-vous, léger et droit, sur les pointes des pieds, suivant la pente ! Les skis ne doivent pas aller plus vite que vous. Penchez-vous en avant, de manière à être perpendiculaire à leur direction : alors leurs mauvais tours disparaîtront, vous pourrez les suivre dans tous les cas, quelque vitesse qu’ils veuillent atteindre. Craignez-vous enfin de tomber sur le côté ? Rétablissez l’équilibre avec les bras ; c’est leur rôle, mais ne les tendez pas désespérément vers le ciel ! Ils sont inutiles dans ce cas. Enfin cela marche de nouveau... Pouf ! vous voilà par terre. Pourquoi êtes-vous tombé ? Vous voudriez le savoir ? Vous n’êtes pas tombé du tout. Vous vous êtes simplement assis volontairement par terre. Je pensais que vous vouliez vous reposer un instant en route. Non, ce n était pas votre intention ? Alors il ne reste plus qu’une seule supposition : la peur. Le manque de neige, les défectuosités de l’attache, rien n’entraîne aussi souvent les chutes que la peur, et ce qu’il y a de singulier, c’est qu’on a peur de ce qui est précisément le plus beau dans le ski, l’allure rapide. Elle vous a fait perdre votre calme empire sur vous-même ; vous avez fait accroire à votre imagination que vous alliez tomber et la chute en est résultée. Scientifiquement, cela s’appelle de l’auto-suggestion.

COMMENT ON SE RELÈVE

Jeune homme, si vous voyez quelque part, sur une pente, une jeune fille étendue sur la neige, fuyez. Mais si vous voyez que réellement elle n’arrive pas à se relever toute seule, allez vers elle et arrêtez-vous par un beau Christiania ! Si vous n’en êtes pas capable, tâchez au moins de ne pas tomber à ses côtés, vous ne pourriez lui être d’aucun secours. Voici le discours que vous lui tiendrez :

Elle. — Ah ! voulez-vous être assez aimable...

Vous. — Je regrette infiniment, Mademoiselle ! mais dans les statuts du Ski Club auquel j’appartiens, le paragraphe premier dit : « Aucun membre n’a le droit de relever de la neige une dame qui est tombée. Par contre, c’est son devoir de lui apprendre comment on se relève sans aide étrangère. »

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sans tomber. Mais si tout bon skieur n’est pas un bon sauteur, tout bon sauteur est en revanche un fin skieur et s’il joint à ces qualités l’endurance, c’est encore mieux. Il est indiscutable en tous cas que le saut élève et raffermit considérablement l’assurance intérieure et extérieure du skieur. C’est le plus beau spectacle de l’art du ski. Voir un jeune homme voler tranquille et fier comme un aigle, c’est un coup d’œil qui fait à chaque fois palpiter à nouveau. Je comprends la jeune fille enthousiaste qui, lorsqu’elle vit pour la première fois un long saut a ski, tapa du pied sur le sol et s’écria : « Rien que pour cela j’aurais bien voulu être homme ! »


MARCHE EN TERRAIN DIFFICILE


Une descente en terrain difficile à travers des bois touffus, parsemés de gros blocs de rochers offre au skieur habile l’occasion de déployer ses connaissances techniques. Quand on ne peut plus choisir le temps et le lieu où un Christiania, un chasse-neige, un saut de côté ou un saut en profondeur conviennent, mais qu’un arbre, un rocher, un ressaut à pic se trouvent subitement devant vous, la plupart du temps, l’art acquis sur le terrain d’exercice s’écroule comme un château de cartes, et une chute s’ensuit. C’est alors qu’on s’aperçoit que tous les beaux virages de Telemark et de Christiania ne sont que des fantaisies parfois difficiles à appliquer en pratique. Une descente accidentée dans un terrain difficile est désignée par les Norvégiens par un seul mot tiré du dialecte de Telemark : slalom. Le slalom n’est pas un spectacle aussi captivant que le saut, mais il est, pour le skieur, beaucoup plus agréable. C’est déjà émotionnant de traverser des bois, pas trop touffus, en faisant des chasse-neige ; et de terminer, en s’arrêtant en bas juste devant un arbre, avec un Christiania. Nous ne pouvons pas, en réalité, nous représenter le slalom exactement, mais dans un article très instructif sur le ski en Norvège, le professeur Lefmann cite un épisode que nous allons reproduire.

« Déjà avant la fin de la course du saut au Hegghulsbaken, un certain nombre de membres du comité directeur se mirent à jalonner un kilométré environ de descente dans la forêt. C’était la partie la plus difficile de la piste qui s’étendait sur une lieue environ ; elle fut, avant le commencement de la course, le théâtre des exercices de skis les plus intéressants que j’aie jamais vus et que, jusqu’à présent, on n’a pu voir qu’en Norvège. En tous sens, une centaine de skieurs et de skieuses tournaient et se croisaient sur ce terrain, se précipitaient ici au bas d’un thalweg, utilisaient là une saillie comme tremplin de saut naturel, remontaient ensuite sur une éminence, en passant exactement entre deux arbres choisis, descendaient de nouveau au bas d’une pente. Ils surent, dans tout ce va-et-vient, éviter avec une sûreté étonnante une collision entre eux et les spectateurs et tout heurt contre les arbres. Un grand nombre de skieuses descendirent, la canne libre dans la main droite, et l’une immédiatement derrière l’autre, la partie de la piste encombrée de skieurs, de spectateurs et de troncs d’arbres. Cette façon de pratiquer le ski exige peut-être à un plus haut degré que le saut, qui reste toujours un exercice spécial, une possession complète de cet art, mais elle demande surtout une plus grande présence d’esprit et une décision plus rapide. »

Cette conclusion est indiscutable, mais comme les choses les plus difficiles ne sont pas toujours les plus belles, la palme restera cependant au saut.

Une chose importante en terrain difficile est de savoir aller lentement. Aussi, dans la Forêt-Noire, dans les Monts des Géants et surtout dans les Vosges, il y a des terrains alpestres ou on doit cesser les exercices nécessitant une grande souplesse, surtout si on a un sac lourd sur le dos. Il ne faut compter, dans ce cas, que sur un bon bâton et sur la marche freinée, et cesser de se laisser aller ; la sécurité doit l’emporter sur l’élégance !

Dans de tels terrains, qu’on rencontre dans les contreforts des Alpes et dans les montagnes de l’Allemagne centrale, le danger des avalanches n’est pas tout à fait à négliger. Il ne s’agit que de quelques rares endroits, il est vrai, mais ils ne sont habituellement pas connus des skieurs. Il vaut mieux faire l’emplette d’un guide spécial pour les montagnes en question : il en existe déjà de fort bons. Au reste, pour ne pas donner d’inquiétudes inutiles, nous ajouterons que dans la Forêt-Noire, par exemple, où il y quatre couloirs d’avalanches, il n’est arrivé, depuis 10 ans, qu’une seule catastrophe. Il en est de même pour les autres montagnes du centre de l’Allemagne. Les contreforts des Alpes sont déjà plus dangereux : là le skieur doit être doublé d’un alpiniste.

SKIJÖRING


Nous terminerons en disant quelques mots de ce sport qui se rattache intimement au ski.


SKIJÖRING

Le skijöring est très répandu en Norvège. Il consiste, pour un skieur, à se faire traîner par un cheval.

Ce dernier porte un léger harnais fixé à la ceinture de l’homme, qui tient en mains les rênes.

D’ailleurs le mode de fixation est combiné de telle sorte qu’en cas de chute, le skieur puisse facilement se séparer de l’animal.

Ce mode d’utilisation du ski permet d’effectuer rapidement de longs trajets en plaine ; mais il est assez pénible, car il exige que le skieur se tienne constamment dans la position dite en chasse-neige.

On peut remplacer sur les routes le cheval par un traineau hippo ou automobile.


HYGIÈNE ET ACCIDENTS


Celui qui avant de commencer à faire du ski consulte son médecin est pour le moins un hypocondriaque. Mais les personnes faibles ou maladives, ou celles qui désirent s’entrainer pour des courses doivent se faire examiner le cœur et les nerfs par un médecin pratiquant lui-même le sport du ski.

Il n’y a pas d’hygiène spéciale ; un peu d’empire sur soi-même et un solide bon sens sont les choses essentielles. À table, il ne faut pas céder aux exigences d’un trop bon appétit, car un « plenus venter » ne travaille pas volontiers et surtout ne trouve pas grand charme aux exercices du corps.

L’alcool et l’alimentation trop carnée ont une action identique. Les farineux, les fruits sucrés, les légumes et les graisses réparent bien plus rapidement les forces du corps, après un effort considérable, que la viande. Si l’on se sent épuisé, un verre d’eau fortement sucrée fait souvent merveille. En excursions, le chocolat, les oranges, les gâteaux légers sont ce qu’il y a de meilleur. S’il fait très froid, ne pas oublier le beurre. En effet, il y a des situations où on le mange à pleines mains pour se réchauffer rapidement.

Si on est forcé pendant une course, soit comme spectateur, soit comme participant, de rester longtemps inactif, exposé au froid, il est précieux de pouvoir, de temps en temps, déposer son sac et prendre dans une bouteille thermique une gorgée de cacao chaud. Avec ce réconfortant, on reste dispos et une douce chaleur se répand dans les membres.

Contre le refroidissement, de bons vêtements secs et le mouvement sont seuls à recommander. Quant au nez et aux joues, qu’on ne peut pas couvrir, il faut, par les grands froids, les enduire de vaseline et se rendre compte souvent par le toucher de leur sensibilité. Le manque de sensibilité est le premier symptôme qui avertit qu’un membre ou une partie du corps risque d’être gelé, et ce début augmente avec une rapidité extraordinaire : une ou deux minutes sont parfois suffisantes.

Un membre gelé au premier degré, c’est-à-dire blanc, exsangue et insensible, doit être massé avec de la neige jusqu’à ce que la circulation soit rétablie, ce qui normalement s’accompagne de douleurs. Il faut prendre bien garde de soigner par la chaleur, ce qui aurait de dangereuses conséquences. Le membre gelé au second degré se reconnaît à une couleur rouge bleu, au troisième a une couleur bleu noir et à une sensation de brûlure de la peau. Dans les deux derniers cas, le seul remède consiste à poser un pansement gras et à courir sans délai chercher le médecin. Il est bon d’éviter l’alcool qui prédispose à un tel accident. Les chaussures étroites sont aussi très nuisibles aux orteils. Une paire de gants et une paire de chaussettes, en réserve dans le sac, peuvent éviter bien des ennuis.

Par une très basse température le refroidissement n’est pas à craindre si l’on transpire, à condition de rester toujours en mouvement, mais aussitôt qu’on se repose ou qu’on rentre chez soi, il faut se protéger en mettant une veste de cuir, un jersey ou quelque chose d’analogue et, bien entendu, en changeant de linge. Certes, le sac de montagne s’alourdit par suite de la réserve de linge qu’il contient, mais la prudence nous conseille de ne pas négliger cette précaution.

Quant aux accidents, qui consistent généralement en foulures, entorses et fractures, on peut affirmer hardiment qu’ils sont causés plus souvent par la faute du skieur que par celle des skis. S’il tente un exercice au-dessus de ses forces, quoi d’étonnant qu’un accident en résulte ? Dans une telle éventualité il faut, avant tout, rester calme : il y a des choses pires que de se fouler un pied ou de se casser une jambe, et si on ne sait ce qu’il y a à faire, on appelle le plus vivement possible les secours compétents. Contre les douleurs, on peut, tout d’abord, faire des compresses de neige.

Si on est forcé de rester seul avec le blessé, le plus urgent est d’immobiliser le membre foulé ou brisé, car chaque mouvement augmente la souffrance. Pour atteindre ce but, on se servira de bâtons de skis, de branches d’arbres comme attelles, ou de ce qu’on trouvera sous la main, après avoir pour ainsi dire matelassé le membre avec des gants, du linge de réserve ou quelque chose d’analogue. Avec deux paires de skis, ou même avec une seule si c’est nécessaire, des courroies ou des


UN TRAÎNEAU DE SKIS D’APRÈS PAULKE.


choses analogues, on peut improviser un traîneau de circonstance [2].

La valeur du ski comme remède contre la nervosité moderne ne tient pas seulement à ce que, grâce à un exercice dans un air pur et frais et à la lumière du soleil, les particules du sang qui fixent l’oxygène et qui vivifient les globules rouges augmentent considérablement, mais surtout et avant tout, à ce que la sensation de bonheur qu’éprouve celui qui pratique ce sport est causée par un mélange de distraction et d’effort physique. Le système nerveux se fortifie de la sorte, se reconstitue presque, et on goûte plus pleinement la joie de la vie.

Ajoutons encore que, si la soif de renommée et la poursuite des records amènent des ennuis, la faute n’en est pas aux skis mais aux skieurs.


RÉFLEXIONS D’UN SKIEUR PSYCHOLOGUE


Les skis ne sont pas précisément ce qu’on appelle les planches, mais on joue passablement la comédie sur eux. Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/134 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/135 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/136 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/137 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/138 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/139 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/140 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/141 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/142 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/143 Page:Fendrich - Les Sports de la neige, 1912.djvu/144

TABLE DES MATIÈRES

 VII
COMMENT SE DÉPLACER SUR LA NEIGE ?
Le ski. — La raquette.
Moteur pesanteur 
 4
La luge. — Le skeleton. — Le toboggan. — Le bobsleigh.
Moteur animal 
 18
Le traineau.
Moteur mécanique 
 21
Le traineau automobile.
Centres de tourisme d’hiver 
 25
EN FRANCE : Les Vosges. — Le Jura. — Les Alpes. — Les Pyrénées. — Le Massif Central. — Algérie.
À L’ÉTRANGER : Suisse. — Autriche-Hongrie et Allemagne. — Suède et Norvège.
LE SKI
Histoire du ski 
 35
Le ski en France 
 40
Un peu de chronologie 
 43
Tableau des meilleures performances en ski obtenues dans les trente dernières années 
 45
Ce dont on a besoin en ski 
 47
Le ski. — L’attache. — La canne. — L’équipement. — Le sac. — La neige. — Elle colle !
Fabrication des skis 
 71
Comment on apprend le ski 
 74
La descente 
 76
Comment on se relève 
 78
Demi-tour 
 80
Marche en plaine 
 83
Ascensions 
 84
Marche en chasse-neige 
 87
Le « Telemark » et le « Christiania » 
 92
Le saut 
 102
Construction du tremplin. — Comment doit-on sauter ? — Le départ. — Le saut. — Le maintien dans l’air. — Arrivée du saut. — L’arrêt. — Bons exercices pour le saut. — Le saut doit-il être long ou élégant ?
 118
Réflexions d’un skieur psychologue 
 121
Conseils techniques 
 124
Brisure des skis. — Manière de ménager l’attache. — Amas de neige sous les souliers. — Gauchissement des skis. — Freins. — Cannes en bambou. — Skis mal laqués. — Graisse de souliers. — Peaux. — Conservation et tendage des skis en été. — Conduites chaudes et radiateurs. — Lunettes de neige. — Boussole et carte. — Cours de ski.
Applications du ski 
 127
Le ski et l’individu. — Le ski et la collectivité. — Le ski dans l’armée.
Conclusion 
 132


14671-11. — Corbeil. Imprimerie Crété.


  1. Il est bon aussi, lorsqu’on passe de la neige durcie à la neige molle, ce qui arrive souvent, d’avancer un peu le pied afin d’augmenter la stabilité pendant la période de transition.
  2. Un procédé très ingénieux a été imaginé par un médecin militaire, M. le Dr Morisson. Il fait reposer sur deux skis le brancard réglementaire par l’intermédiaire de quatre cubes de bois fixés à chaque extrémité des skis et portant des logements pour les pieds du brancard.