Les Provinciales (Vallée)/18

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Pierre de la Vallée (pp. 1-12).

Le 24 mars 1657.

Mon Révérend Père,

Il y a longtemps que vous travaillez à trouver quelque erreur dans vos adversaires ; mais je m’assure que vous avouerez à la fin qu’il n’y a peut-être rien de si difficile que de rendre hérétiques ceux qui ne le sont pas, et qui ne fuient rien tant que de l’être. J’ai fait voir, dans ma dernière Lettre, combien vous leur aviez imputé d’hérésies l’une après l’autre, manque d’en trouver une que vous ayez pu longtemps maintenir ; de sorte qu’il ne vous était plus resté que de les en accuser, sur ce qu’ils refusaient de condamner le sens de Jansénius, que vous vouliez qu’ils condamnassent sans qu’on l’expliquât. C’était bien manquer d’hérésies à leur reprocher que d’en être réduit là. Car qui a jamais ouï parler d’une hérésie que l’on ne puisse exprimer ? Aussi on vous a facilement répondu, en vous représentant que, si Jansénius n’a point d’erreurs, il n’est pas juste de le condamner ; et que, s’il en a, vous deviez les déclarer, afin que l’on sût au moins ce que c’est que l’on condamne. Vous ne l’aviez néanmoins jamais voulu faire ; mais vous aviez essayé de fortifier votre prétention par des décrets qui ne faisaient rien pour vous, puisqu’on n’y explique en aucune sorte le sens de Jansénius, qu’on dit avoir été condamné dans ces cinq propositions. Or ce n’était pas là le moyen de terminer vos disputes. Si vous conveniez de part et d’autre du véritable sens de Jansénius, et que vous ne fussiez plus en différend que de savoir si ce sens est hérétique ou non, alors les jugements qui déclareraient que ce sens est hérétique toucheraient ce qui serait véritablement en question. Mais la grande dispute étant de savoir quel est ce sens de Jansénius, les uns disant qu’ils n’y voient que le sens de saint Augustin et de saint Thomas ; et les autres, qu’ils y en voient un qui est hérétique, et qu’ils n’expriment point ; il est clair qu’une Constitution qui ne dit pas un mot touchant ce différend, et qui ne fait que condamner en général le sens de Jansénius sans l’expliquer, ne décide rien de ce qui est en dispute.

C’est pourquoi l’on vous a dit cent fois que votre différend n’étant que sur ce fait, vous ne le finiriez jamais qu’en déclarant ce que vous entendez par le sens de Jansénius. Mais comme vous vous étiez toujours opiniâtrés à le refuser, je vous ai enfin poussé dans la dernière Lettre, où j’ai fait entendre que ce n’est pas sans mystère que vous aviez entrepris de faire condamner ce sens sans l’expliquer, et que votre dessein était de faire retomber un jour cette condamnation indéterminée sur la doctrine de la grâce efficace, en montrant que ce n’est autre chose que celle de Jansénius, ce qui ne vous serait pas difficile. Cela vous a mis dans la nécessité de répondre ; car, si vous vous fussiez encore obstinés après cela à ne point expliquer ce sens, il eût paru aux moins éclairés que vous n’en vouliez en effet qu’à la grâce efficace ; ce qui eût été la dernière confusion pour vous, dans la vénération qu’a l’Église pour une doctrine si sainte.

Vous avez donc été obligé de vous déclarer ; et c’est ce que vous venez de faire en répondant à ma Lettre, où je vous avais représenté que si Jansénius avait, sur ces cinq propositions, quelque autre sens que celui de la grâce efficace, il n’avait point de défenseurs ; mais que, s’il n’avait point d’autre sens que celui de la grâce efficace, il n’avait point d’erreurs. Vous n’avez pu désavouer cela, mon Père ; mais vous y faites une distinction en cette sorte, page 21 : Il ne suffit pas, dites-vous, pour justifier Jansénius, de dire qu’il ne tient que la grâce efficace, parce qu’on la peut tenir en deux manières : l’une hérétique, selon Calvin, qui consiste à dire que la volonté mue par la grâce n’a pas le pouvoir d’y résister ; l’autre, orthodoxe, selon les Thomistes et les Sorbonnistes, qui est fondée sur des principes établis par les Conciles, qui est que la grâce efficace par elle-même gouverne la volonté de telle sorte, qu’on a toujours le pouvoir d’y résister.

On vous accorde tout cela, mon Père, et vous finissez en disant que Jansénius serait catholique, s’il défendait la grâce efficace selon les Thomistes : mais qu’il est hérétique, parce qu’il est contraire aux Thomistes et conforme à Calvin, qui nie le pouvoir de résister à la grâce. Je n’examine pas ici, mon Père, ce point de fait ; savoir, si Jansénius est en effet conforme à Calvin. Il me suffit que vous le prétendiez, et que vous nous fassiez savoir aujourd’hui que, par le sens de Jansénius, vous n’avez entendu autre chose que celui de Calvin. N’était-ce donc que cela, mon Père, que vous vouliez dire ? N’était-ce que l’erreur de Calvin que vous vouliez faire condamner sous le nom du sens de Jansénius ? Que ne le déclariez-vous plus tôt ? Vous vous fussiez bien épargné de la peine ; car, sans Bulles ni Brefs, tout le monde eût condamné cette erreur avec vous. Que cet éclaircissement était nécessaire, et qu’il lève de difficultés ! Nous ne savions, mon Père, quelle erreur les Papes et les évêques avaient voulu condamner sous le nom du sens de Jansénius. Toute l’Église en était dans une peine extrême, et personne ne nous le voulait expliquer. Vous le faites maintenant mon Père, vous que tout votre parti considère comme le chef et le premier moteur de tous ses conseils, et qui savez le secret de toute cette conduite. Vous nous l’avez donc dit, que ce sens de Jansénius n’est autre chose que le sens de Calvin condamné par le Concile. Voilà bien des doutes résolus. Nous savons maintenant que l’erreur qu’ils ont eu dessein de condamner sous ces termes du sens de Jansénius n’est autre chose que le sens de Calvin, et qu’ainsi nous demeurons dans l’obéissance à leurs décrets en condamnant avec eux ce sens de Calvin qu’ils ont voulu condamner. Nous ne sommes plus étonnés de voir que les Papes et quelques évêques aient été si zélés contre le sens de Jansénius. Comment ne l’auraient-ils pas été, mon Père, ayant créance en ceux qui disent publiquement que ce sens est le même que celui de Calvin ?

Je vous déclare donc, mon Père, que vous n’avez plus rien à reprendre en vos adversaires, parce qu’ils détestent assurément ce que vous détestez. Je suis seulement étonné de voir que vous l’ignoriez, et que vous ayez si peu de connaissance de leurs sentiments sur ce sujet, qu’ils ont tant de fois déclarés dans leurs ouvrages. Je m’assure que, si vous en étiez mieux informé, vous auriez du regret de ne vous être pas instruit avec un esprit de paix d’une doctrine si pure et si chrétienne, que la passion vous fait combattre sans la connaître. Vous verriez, mon Père, que non seulement ils tiennent qu’on résiste effectivement à ces grâces faibles, qu’on appelle excitantes ou inefficaces, en n’exécutant pas le bien qu’elles nous inspirent, mais qu’ils sont encore aussi fermes à soutenir contre Calvin le pouvoir que la volonté a de résister même à la grâce efficace et victorieuse qu’à défendre contre Molina le pouvoir de cette grâce sur la volonté, aussi jaloux de l’une de ces vérités que de l’autre. Ils ne savent que trop que l’homme, par sa propre nature, a toujours le pouvoir de pécher et de résister à la grâce, et que, depuis sa corruption, il porte un fonds malheureux de concupiscence, qui lui augmente infiniment ce pouvoir ; mais que néanmoins, quand il plaît à Dieu de le toucher par sa miséricorde, il lui fait faire ce qu’il veut et en la manière qu’il le veut, sans que cette infaillibilité de l’opération de Dieu détruise en aucune sorte la liberté naturelle de l’homme, par les secrètes et admirables manières dont Dieu opère ce changement, que saint Augustin a si excellemment expliquées, et qui dissipent toutes les contradictions imaginaires que les ennemis de la grâce efficace se figurent entre le pouvoir souverain de la grâce sur le libre arbitre et la puissance qu’a le libre arbitre de résister à la grâce ; car, selon ce grand saint, que les Papes de l’Église ont donné pour règle en cette matière, Dieu change le cœur de l’homme par une douceur céleste qu’il y répand, qui, surmontant la délectation de la chair, fait que l’homme sentant d’un côté sa mortalité et son néant, et découvrant de l’autre la grandeur et l’éternité de Dieu, conçoit du dégoût pour les délices du péché, qui le séparent du bien incorruptible. Trouvant sa plus grande joie dans le Dieu qui le charme, il s’y porte infailliblement de lui-même, par un mouvement tout libre, tout volontaire, tout amoureux ; de sorte que ce lui serait une peine et un supplice de s’en séparer. Ce n’est pas qu’il ne puisse toujours s’en éloigner, et qu’il ne s’en éloignât effectivement, s’il le voulait. Mais comment le voudrait-il, puisque la volonté ne se porte jamais qu’à ce qu’il lui plaît le plus, et que rien ne lui plaît tant alors que ce bien unique, qui comprend en soi tous les autres biens ? Quod enim amplius nos delectat, secundum id operemur necesse est, comme dit saint Augustin.

C’est ainsi que Dieu dispose de la volonté libre de l’homme sans lui imposer de nécessité ; et que le libre arbitre, qui peut toujours résister à la grâce, mais qui ne le veut pas toujours, se porte aussi librement qu’infailliblement à Dieu, lorsqu’il veut l’attirer par la douceur de ses inspirations efficaces.

Ce sont là, mon Père, les divins principes de saint Augustin et de saint Thomas, selon lesquels il est véritable que nous pouvons résister à la grâce, contre l’opinion de Calvin ; et que néanmoins, comme dit le pape Clément VIII, dans son écrit adressé à la Congrégation De auxiliis : Dieu forme en nous le mouvement de notre volonté, et dispose efficacement de notre cœur, par l’empire que sa majesté suprême a sur les volontés des hommes, aussi bien que sur le reste des créatures qui sont sous le ciel, selon saint Augustin.

C’est encore selon ces principes que nous agissons de nous-mêmes ; ce qui fait que nous avons des mérites qui sont véritablement nôtres, contre l’erreur de Calvin, et que néanmoins, Dieu étant le premier principe de nos actions et faisant en nous ce qui lui est agréable, comme dit saint Paul, nos mérites sont des dons de Dieu, comme dit le Concile de Trente.

C’est par là qu’est détruite cette impiété de Luther, condamnée par le même Concile, que nous ne coopérons en aucune sorte à notre salut, non plus que des choses inanimées ; et c’est par là qu’est encore détruite l’impiété de l’école de Molina, qui ne veut pas reconnaître que c’est la force de la grâce même qui fait que nous coopérons avec elle dans l’œuvre de notre salut : par où il ruine ce principe de foi établi par saint Paul, que c’est Dieu qui forme en nous et la volonté et l’action.

Et c’est enfin par ce moyen que s’accordent tous ces passages de l’Ecriture, qui semblent les plus opposés : Convertissez-vous à Dieu : Seigneur, convertissez-nous à vous. Rejetez vos iniquités hors de vous : c’est Dieu qui ôte les iniquités de son peuple. Faites des œuvres dignes de pénitence : Seigneur, vous avez fait en nous toutes nos œuvres. Faites-vous un cœur nouveau et un esprit nouveau : Je vous donnerai un esprit nouveau, et je créerai en vous un cœur nouveau, etc.

L’unique moyen d’accorder ces contrariétés apparentes qui attribuent nos bonnes actions tantôt à Dieu et tantôt à nous, est de reconnaître que, comme dit saint Augustin, nos actions sont nôtres, à cause du libre arbitre qui les produit ; et qu’elles sont aussi de Dieu, à cause de sa grâce qui fait que notre [libre] arbitre les produit. Et que, comme il dit ailleurs, Dieu nous fait faire ce qu’il lui plaît, en nous faisant vouloir ce que nous pourrions ne vouloir pas : A Deo factum est ut vellent quod nolle potuissent.

Ainsi, mon Père, vos adversaires sont parfaitement d’accord avec les nouveaux Thomistes mêmes, puisque les Thomistes tiennent comme eux, et le pouvoir de résister à la grâce, et l’infaillibilité de l’effet de la grâce, qu’ils font profession de soutenir si hautement, selon cette maxime capitale de leur doctrine, qu’Alvarez, l’un des plus considérables d’entre eux, répète si souvent dans son livre, et qu’il exprime, Disp. 72, n. 4, en ces termes : Quand la grâce efficace meut le libre arbitre, il consent infailliblement, parce que l’effet de la grâce est de faire qu’encore qu’il puisse ne pas consentir, il consente néanmoins en effet. Dont il donne pour raison celle-ci de saint Thomas, son Maître ; Que la volonté de Dieu ne peut manquer d’être accomplie ; et qu’ainsi, quand il veut qu’un homme consente à la grâce, il consent infailliblement, et même nécessairement, non pas d’une nécessité absolue, mais d’une nécessité d’infaillibilité. En quoi la grâce ne blesse pas le pouvoir qu’on a de résister si on le veut ; puisqu’elle fait seulement qu’on ne veut pas y résister, comme votre Père Pétau le reconnaît en ces termes, to. I, p. 602 : La grâce de Jésus-Christ fait qu’on persévère infailliblement dans la piété, quoique non par nécessité : car on peut n’y pas consentir si on le veut, comme dit le Concile ; mais cette même grâce fait que l’on ne le veut pas.

C’est là, mon Père, la doctrine constante de saint Augustin de saint Prosper, des Pères qui les ont suivis, des Conciles, de saint Thomas, de tous les Thomistes en général. C’est aussi celle de vos adversaires, quoique vous ne l’ayez pas pensé ; et c’est enfin celle que vous venez d’approuver vous-même en ces termes : La doctrine de la grâce efficace, qui reconnaît qu’on a le pouvoir d’y résister, est orthodoxe, appuyée sur les Conciles, et soutenue par les Thomistes et les Sorbonnistes. Dites la vérité, mon Père : si vous eussiez su que vos adversaires tiennent effectivement cette doctrine, peut-être que l’intérêt de votre Compagnie vous eût empêché d’y donner cette approbation publique : mais, vous étant imaginé qu’ils y étaient opposés, ce même intérêt de votre Compagnie vous a porté à autoriser des sentiments que vous croyiez contraires aux leurs ; et par cette méprise, voulant ruiner leurs principes, vous les avez vous-même parfaitement établis. De sorte qu’on voit aujourd’hui, par une espèce de prodige, les défenseurs de la grâce efficace justifiés par les défenseurs de Molina : tant la conduite de Dieu est admirable pour faire concourir toutes choses à la gloire de sa vérité.

Que tout le monde apprenne donc, par votre propre déclaration, que cette vérité de la grâce efficace, nécessaire à toutes les actions de piété, qui est si chère à l’É- glise, et qui est le prix du sang de son Sauveur, est si constamment catholique, qu’il n’y a pas un catholique, jusques aux Jésuites mêmes, qui ne la reconnaisse pour orthodoxe. Et l’on saura en même temps, par votre propre confession, qu’il n’y a pas le moindre soupçon d’erreur dans ceux que vous en avez tant accusés, car, quand vous leur en imputiez de cachées sans les vouloir découvrir, il leur était aussi difficile de s’en défendre qu’il vous était facile de les en accuser de cette sorte ; mais maintenant que vous venez de déclarer que cette erreur qui vous oblige à les combattre est celle de Calvin, que vous pensiez qu’ils soutinssent, il n’y a personne qui ne voie clairement qu’ils sont exempts de toute erreur, puisqu’ils sont si contraires à la seule que vous leur imposez, et qu’ils protestent, par leurs discours, par leurs livres, et par tout ce qu’ils peuvent produire pour témoigner leurs sentiments, qu’ils condamnent cette hérésie de tout leur cœur, et de la même manière que font les Thomistes, que vous reconnaissez sans difficulté pour catholiques, et qui n’ont jamais été suspects de ne le pas être.

Que direz-vous donc maintenant contre eux, mon Père ? Qu’encore qu’ils ne suivent pas le sens de Calvin, ils sont néanmoins hérétiques, parce qu’ils ne veulent pas reconnaître que le sens de Jansénius est le même que celui de Calvin ? Oseriez-vous dire que ce soit là une matière d’hérésie ? Et n’est-ce pas une pure question de fait qui n’en peut former ? C’en serait bien une de dire qu’on n’a pas le pouvoir de résister à la grâce efficace ; mais en est-ce une de douter si Jansénius le soutient ? Est-ce une vérité révélée ? Est-ce un article de foi qu’il faille croire sur peine de damnation ? Et n’est-ce pas malgré vous un point de fait pour lequel il serait ridicule de prétendre qu’il y eût des hérétiques dans l’Église ?

Ne leur donnez donc plus ce nom, mon Père, mais quelque autre qui soit proportionné à la nature de votre différend. Dites que ce sont des ignorants et des stupides, et qu’ils entendent mal Jansénius ; ce seront des reproches assortis à votre dispute ; mais de les appeler hérétiques, cela n’y a nul rapport. Et comme c’est la seule injure dont je les veux défendre, je ne me mettrai pas beaucoup en peine de montrer qu’ils entendent bien Jansénius. Tout ce que je vous en dirai est qu’il me semble, mon Père, qu’en le jugeant par vos propres règles, il est difficile qu’il ne passe pour catholique, car voici ce que vous établissez pour l’examiner.

Pour savoir, dites-vous, si Jansénius est à couvert, il faut savoir s’il défend la grâce efficace à la manière de Calvin, qui nie qu’on ait le pouvoir d’y résister ; car alors il serait hérétique : ou à la manière des Thomistes, qui l’admettent, car alors il serait Catholique. Voyez donc, mon Père, s’il tient qu’on a le pouvoir de résister, quand il dit, dans des traités entiers, et entre autres, au t. 3, l. 8, c. 20, qu’on a toujours le pouvoir de résister à la grâce, selon le Concile : Que le libre arbitre peut toujours agir et n’agir pas, vouloir et ne vouloir pas, consentir et ne consentir pas, faire le bien et le mal, que l’homme en cette vie a toujours ces deux libertés, que vous appelez [de contrariété et] de contradiction. Voyez de même s’il n’est pas contraire à l’erreur de Calvin, telle que vous même la représentez, lui qui montre, dans tout le chap. 21, que l’Église a condamné cet hérétique, qui soutient que la grâce n’agit pas sur le libre arbitre en la manière qu’on l’a cru si longtemps dans l’Église, en sorte qu’il soit ensuite au pouvoir du libre arbitre de consentir ou de ne consentir pas, au lieu que, selon saint Augustin et le Concile, on a toujours le pouvoir de ne consentir pas, si on le peut, et que, selon saint Prosper, Dieu donne à ses élus mêmes la volonté de persévérer, en sorte qu’il ne leur ôte pas la puissance de vouloir le contraire. Et enfin jugez s’il n’est pas d’accord avec les Thomistes, lors- qu’il déclare, c. 4, que tout ce que les Thomistes ont écrit pour accorder l’efficacité de la grâce avec le pouvoir d’y résister est si conforme à son sens, qu’on n’a qu’à voir leurs livres pour y apprendre ses sentiments : Quod ipsi dixerunt, dictum puta.

Voilà comme il parle sur tous ces chefs, et c’est sur quoi je m’imagine qu’il croit le pouvoir de résister à la grâce ; qu’il est contraire à Calvin, et conforme aux Thomistes, parce qu’il le dit, et qu’ainsi il est catholique selon vous. Que si vous avez quelque voie pour connaître le sens d’un auteur autrement que par ses expressions, et que, sans rapporter aucun de ses passages, vous vouliez soutenir, contre toutes ses paroles, qu’il nie le pouvoir de résister, et qu’il est pour Calvin contre les Thomistes, n’ayez pas peur, mon Père, que je vous accuse d’hérésie pour cela : je dirai seulement qu’il semble que vous entendez mal Jansénius ; mais nous n’en serons pas moins enfants de la même Église.

D’où vient donc, mon Père, que vous agissez dans ce différend d’une manière si passionnée, et que vous traitez comme vos plus cruels ennemis, et comme les plus dangereux hérétiques, ceux que vous ne pouvez accuser d’aucune erreur, ni d’autre chose, sinon qu’ils n’entendent pas Jansénius comme vous ? Car de quoi disputez-vous, sinon du sens de cet auteur ? Vous voulez qu’ils le condamnent, mais ils vous demandent ce que vous entendez par là. Vous dites que vous entendez l’erreur de Calvin ; ils répondent qu’ils la condamnent : et ainsi, si vous n’en voulez pas aux syllabes, mais à la chose qu’elles signifient, vous devez être satisfait. S’ils refusent de dire qu’ils condamnent le sens de Jansénius, c’est parce qu’ils croient que c’est celui de saint Thomas. Et ainsi, ce mot est bien équivoque entre vous. Dans votre bouche il signifie le sens de Calvin ; dans la leur, c’est le sens de saint Thomas ; de sorte que ces différentes idées que vous avez d’un même terme, causant toutes vos divisions, si j’étais maître de vos disputes, je vous interdirais le mot de Jansénius de part et d’autre. Et ainsi, en n’exprimant que ce que vous entendez par là, on verrait que vous ne demandez autre chose que la condamnation du sens de Calvin, à quoi ils consentent ; et qu’ils ne demandent autre chose que la défense du sens de saint Augustin et de saint Thomas, en quoi vous êtes tous d’accord.

Je vous déclare donc, mon Père, que, pour moi, je les tiendrai toujours pour catholiques, soit qu’ils condamnent Jansénius, s’ils y trouvent des erreurs, soit qu’ils ne le condamnent point, quand ils n’y trouvent que ce que vous-même déclarez être catholique ; et que je leur parlerai comme saint Jérôme à Jean, évêque de Jérusalem, accusé de tenir huit propositions d’Origène. Ou condamnez Origène, disait ce saint, si vous reconnaissez qu’il a tenu ces erreurs, ou bien niez qu’il les ait tenues : Aut nega hoc dixisse eum qui arguitur ; aut, si locutus est talia, eum damna qui dixerit.

Voilà, mon Père, comment agissent ceux qui n’en veulent qu’aux erreurs, et non pas aux personnes, au lieu que vous, qui en voulez aux personnes plus qu’aux erreurs, vous trouvez que ce n’est rien de condamner les erreurs, si on ne condamne les personnes à qui vous les voulez imputer.

Que votre procédé est violent, mon Père, mais qu’il est peu capable de réussir ! Je vous l’ai dit ailleurs, et je vous le redis encore, la violence et la vérité ne peuvent rien l’une sur l’autre. Jamais vos accusations ne furent plus outrageuses, et jamais l’innocence de vos adversaires ne fut plus connue : jamais la grâce efficace ne fut plus artificieusement attaquée, et jamais nous ne l’avons vue si affermie. Vous employez les derniers efforts pour faire croire que vos disputes sont sur des points de foi, et jamais on ne connut mieux que toute votre dispute n’est que sur un point de fait. Enfin vous remuez toutes choses pour faire croire que ce point de fait est véritable, et jamais on ne fut plus disposé à en douter. Et la raison en est facile : c’est, mon Père, que vous ne prenez pas les voies naturelles pour faire croire un point de fait, qui sont de convaincre les sens, et de montrer dans un livre les mots que l’on dit y être. Mais vous allez chercher des moyens si éloignés de cette simplicité, que cela frappe nécessairement les plus stupides. Que ne preniez-vous la même voie que j’ai tenue dans mes lettres pour découvrir tant de mauvaises maximes de vos auteurs, qui est de citer fidèlement les lieux d’où elles sont tirées ? C’est ainsi qu’ont fait les Curés de Paris ; et cela ne manque jamais de persuader le monde. Mais qu’auriez-vous dit, et qu’aurait-on pensé, lorsqu’ils vous reprochèrent, par exemple, cette proposition du P. Lamy : Qu’un religieux peut tuer celui qui menace de publier des calomnies contre lui ou contre sa communauté, quand il ne s’en peut défendre autrement, s’ils n’avaient point cité le lieu où elle est en propres termes ; que, quelque demande qu’on leur en eût faite, ils se fussent toujours obstinés à le refuser ; et qu’au lieu de cela, ils eussent été à Rome obtenir une Bulle qui ordonnât à tout le monde de le reconnaître ? N’aurait-on pas jugé sans doute qu’ils auraient surpris le Pape, et qu’ils n’auraient eu recours à ce moyen extraordinaire que manque des moyens naturels que les vérités de fait mettent en main à tous ceux qui les soutiennent ? Aussi ils n’ont fait que marquer que le Père Lamy enseigne cette doctrine au to. 5, disp. 36, n. 118, p. 544 de l’édition de Douai ; et ainsi tous ceux qui l’ont voulu voir l’ont trouvée, et personne n’en a pu douter. Voilà une manière bien facile et bien prompte de vider les questions de fait où l’on a raison.

D’où vient donc, mon Père, que vous n’en usez pas de la sorte ? Vous avez dit, dans vos Cavilli, que les cinq propositions sont dans Jansénius mot à mot, toutes, en propres termes, iisdem verbis. On vous a dit que non. Qu’y avait-il à faire là-dessus, sinon ou de citer la page, si vous les aviez vues en effet, ou de confesser que vous vous étiez trompé ? Mais vous ne faites ni l’un ni l’autre, et, au lieu de cela, voyant bien que tous les endroits de Jansénius, que vous alléguez quelquefois pour éblouir le monde, ne sont point les propositions condamnées, individuelles et singulières que vous vous étiez engagé de faire voir dans son livre, vous nous présentez des Constitutions qui déclarent qu’elles en sont extraites, sans marquer le lieu.

Je sais, mon Père, le respect que les Chrétiens doivent au Saint-Siège, et vos adversaires témoignent assez d’être très résolus à ne s’en départir jamais. Mais ne vous imaginez pas que ce fût en manquer que de représenter au Pape, avec toute la soumission que des enfants doivent à leur père, et les membres à leur chef, qu’on peut l’avoir surpris en ce point de fait ; qu’il ne l’a point fait examiner depuis son pontificat, et que son prédécesseur Innocent X avait fait seulement examiner si les propositions étaient hérétiques, mais non pas si elles étaient de Jansénius. Ce qui a fait dire au Commissaire du Saint-Office, l’un des principaux examinateurs, qu’elles ne pouvaient être censurées au sens d’aucun auteur : non sunt qualificabiles in sensu proferentis ; parce qu’elles leur avaient été présentées pour être examinées en elles-mêmes, et sans considérer de quel auteur elles pouvaient être : in abstracto, et ut praescindunt ab omni proferente, comme il se voit dans leurs suffrages nouvellement imprimés : que plus de soixante docteurs, et un grand nombre d’autres personnes habiles et pieuses ont lu ce livre exactement sans les y avoir jamais vues, et qu’ils y en ont trouvé de contraires ; que ceux qui ont donné cette impression au Pape pourraient bien avoir abusé de la créance qu’il a en eux, étant intéressés, comme ils le sont, à décrier cet auteur, qui a convaincu Molina de plus de cinquante erreurs ; que ce qui rend la chose plus croyable, est qu’ils ont cette maxime, l’une des plus autorisées de leur théologie, qu’ils peuvent calomnier sans crime ceux dont ils se croient injustement attaqués ; et qu’ainsi leur témoignage étant si suspect, et le témoignage des autres étant si considérable, on a quelque sujet de supplier sa Sainteté, avec toute l’humilité possible, de faire examiner ce fait en présence des docteurs de l’un et de l’autre parti, afin d’en pouvoir former une décision solennelle et régulière. Qu’on assemble des juges habiles, disait saint Basile sur un semblable sujet, Ep. 75 ; que chacun y soit libre ; qu’on examine mes écrits, qu’on voie s’il y a des erreurs contre la foi ; qu’on lise les objections et les réponses, afin que ce soit un jugement rendu avec connaissance de cause et dans les formes, et non pas une diffamation sans examen.

Ne prétendez pas, mon Père, de faire passer pour peu soumis au Saint-Siège ceux qui en useraient de la sorte. Les Papes sont bien éloignés de traiter les Chrétiens avec cet empire que l’on voudrait exercer sous leur nom. L’Église, dit le pape saint Grégoire, In Job., lib. 8, c. I, qui a été formée dans l’école d’humilité, ne commande pas avec autorité, mais persuade par raison ce qu’elle enseigne à ses enfants qu’elle croit engagés dans quelque erreur : recta quoe errantibus dicit, non quasi ex auccoritate proecipit, sed ex ratione persuadet. Et bien loin de tenir à déshonneur de réformer un jugement où on les aurait surpris, ils en font gloire au contraire, comme le témoigne saint Bernard, Ep. 180. Le Siège Apostolique, dit-il, a cela de recommandable, qu’il ne se pique pas d’honneur, et se porte volontiers à révoquer ce qu’on en a tiré par surprise ; aussi est-il bien juste que personne ne profite de l’injustice, et principalement devant le Saint Siège.

Voilà, mon Père, les vrais sentiments qu’il faut inspirer aux Papes, puisque tous les théologiens demeurent d’accord qu’ils peuvent être surpris, et que cette qualité suprême est si éloignée de les en garantir, qu’elle les y expose au contraire davantage, à cause du grand nombre des soins qui les partagent. C’est ce que dit le même saint Grégoire à des personnes qui s’étonnaient de ce qu’un autre Pape s’était laissé tromper. Pourquoi admirez-vous, dit-il l. I, Dial., que nous soyons trompés, nous qui sommes des hommes ? N’avez-vous pas vu que David, ce roi qui avait l’esprit de prophétie, ayant donné créance aux impostures de Siba, rendit un jugement injuste contre le fils de Jonathas ? Qui trouvera donc étrange que des imposteurs nous surprennent quelquefois, nous qui ne sommes point Prophètes ? La foule des affaires nous accable ; et notre esprit, qui, étant partagé en tant de choses, s’applique moins à chacune en particulier, en est plus aisément trompé en une. En vérité, mon Père, je crois que les Papes savent mieux que vous s’ils peuvent être surpris ou non. Ils nous déclarent eux-mêmes que les Papes et que les plus grands Rois sont plus exposés à être trompés que les personnes qui ont moins d’occupations importantes. Il les en faut croire, et il est bien aisé de s’imaginer par quelle voie on arrive à les surprendre. Saint Bernard en fait la description dans la lettre qu’il écrivit à Innocent II, en cette sorte : Ce n’est pas une chose étonnante, ni nouvelle, que l’esprit de l’homme puisse tromper et être trompé. Des religieux sont venus à vous dans un esprit de mensonge et d’illusion. Ils vous ont parlé contre un évêque qu’ils haïssent, et dont la vie a été exemplaire. Ces personnes mordent comme des chiens, et veulent faire passer le bien pour le mal. Cependant, très-saint Père, vous vous mettez en colère contre votre fils. Pourquoi avez-vous donné un sujet de joie à ses adversaires ? Ne croyez pas à tout esprit, mais éprouvez si les esprits sont de Dieu. J’espère que, quand vous aurez connu la vérité, tout ce qui a été fondé sur un faux rapport sera dissipé. Je prie l’esprit de verite de vous donner la grace de ſéparer la lumiere des tenebres, & de reprouuer le mal pour fauoriſer le bien. Vous voyez donc, mon Pere, que le degré eminent où ſont les Papes, ne les exempte pas de ſurpriſe, & qu’il ne fait autre chofe que rendre leurs (urptifes plus dâgcrcules & plus imp0rtantes.C’cH ce que S.B€tnard repreiiente au Pape Eugene, de Conſid. lib. 2. c. vlt. Il y a vn autre defaut ſi general, que ie n’ay veü perſonne des grands du monde qui l’euite. C’eſt, ſaint Pere, la trop grande credulite, d’où naiſſent tant de deſordres. Car c’eſt de la que viennent les perſecutions violentes contre les innocens, les priugez iniuſtes cotre les abſens, & les coleres terribles pour des choſes de neant, pro nihilo. Voila ſaint Pere, vn mal vniuerſel, duquel vous eſtes exempt ie diray que vous eſtes le seul qui ayez cet avantage entre tous vos confreres.

Je m’imagine, mon Pere, que cela commence à vous perſuader, que les Papes ſont expoſez à eſtre ſurpris. Mais pour vous le montrer parfaitement, ie vous feray ſeulement reſſouuenir des exemples que vous meſmes rapportez dans votre livre, de Papes & d’Empereurs que des heretiques ont ſurpris effectivement. Car vous dites qu’Apollinaire ſurprit le Pape Damaſe, de meſme que Celeſtius ſurprit Zozime. Vous dites encore qu’vn nommé Athanaſe trompa l’empereur Heraclius, & le porta à perſecuter les catholiques ; & qu’enfin Sergius obtint d’Honorius ce decret qui fut brûlé au 6. Concile, en faiſant, dites-vous, le ton vague auprès de ce Pape.

Il eſt donc coſtant par vous meſme que ceux, mon Pere, qui en viſent auprés des Roys des Papes, les engagent quelquefois artificieuſement à perſecuter ceux qui deffendent la verité de la foy, en penſant perſectuer des hereſies. Et de là vient que les Papes, qui n’ont rien tant en horreur que ces ſurpriſes, ont fait d’une lettre d’Alexandre III. une loy Eccleſiaſtique, inſeree dans le droit canonique, pour permettre de ſuſpendre l’executió de leurs bulles & de leurs decrets, quand on croit qu’ils ont eſtés trōpez. Si quelquefiindit ce Pape à l’Archeuel`que de Ra- Q U€t1 :*eS, vous czmoiomà Wofîfzfrntdnilfdexd¢£ret.¢_quÉ¢‘h0quent en inquicieapax. Car ou vomir ! execureïeza Cïfîffftîîîf, ou vous nous mandtïezf/A ’ agen que 79H.fCTO_)’€Z.4H0i7Ql.I !f«`dIfi1iV¢l$dY¢`¢ que nous tfomieron : bon que wm ( s ’ .n’¢xe¢urie pas ’vndecret,qu’on auroi :tire’d¢"n0u.• par _/iirprife É par arrifce. C`e(lt " ainfi qu’ag :(l`cnt les Papes qui necherchcnt qu‘à éclaircir les diffcrens des`Chre· · _ iliens, & nonpas à (uiure la pafïion de ceux qui vt ultnt y_ietter le trouble. lls ~ · i n’vl`ent pas de domination, comme difent S. Pierre ôi S. Paul apres Iesvs-Christ : mais l’eſprit qui paroiilcn touteleurconduitc, ef’t celuy de paix 8 : dc verité. Ce qui Fait qu’ilsmettcnt ordinairement dans leurs lettres cette clavie ’ qui ali foufcntenduë en toutes .·5iime/l’.·_h`pree·e : weritare nimnmv : Si [4 chef ? ej ? ü commen : mm : lafait entendre :flerfaitsjïntvefitqlvler. D’oû il ievoit ; que puifquc l ·i ” les Pape sne donnent de Force à leurs Bullcs qulà mc·f`ure qu’elles (ont appuyées `l furdtsfaits veritables,cene fontpas les Bulles lculcs qui prouuent la verité des V faits ; mais qu°aucontraire,l`elon les Caneonlftcs mcfmes, c’cft la verité des Faits i ` quirend les Bulles receuables. D.’où,`apptendronr·nous donc la verité des Faits ? i Ce (cra des ycdàr, mon Pere,qui en font les ltgitimcs iuges, comme la raiion l’cii des chofes naturelles & intelligibles,& la foy des thofesl`utharurelles & reuelées. ? A ; Car puni} : vous m’y obltgez,monPete,ie vous diray que (elon les fcntimens de dtux des plus grâdsboâeurs del’Eglii`e,S.Auguiiin &S.Thorttas,ccs trois principes de nos cônoilTances,less€s,la raisô,& la foy, ontcltzcun leurs objets iepart z, & leur certitude dans cette êtenduë Et cômcDicuavoul¤l`c fetuir del’critrrmi(c p des (eus pcqur donner entrée àlafoy : Fides ex auditu etant s’cn faut que la Foy dé- rruil’e la certituilcdels (ens , que ce feroit au contrairîdétruire lafoyi que dîvou· V loir reuoquer en doute le rapport fidele des lens. C’eû pourquoy S : Thomas re- . marqueexprefsémciit, que Dieu avoulu que les accidens (enlibles fublifiallcnt l dans l’Eucharillic , alin que les (ens qui ne iugent que deces accidcns , ne fuffent

L P25 trompez : F’t_§n_/ïn n deceptione redolanlur irnrmme :.
i Concluons donc delà, que quelque propolition qu’on nous prefente à cxamil 

_ i ner,ilenFaut d’abord reconnoiltrela nature,pour voir auquelide cestrois princi- · f pes nous deuons nous en rapporter. S’il s’agit d’vne clrole lurnaturellemous n’en l n iugeronsny parles l`enS,ny parla rail’0n ;mais par l’Elcriture8cpar lesdecifions · de l’Eglif`c. S’il s’agit d’vne propolition non reuelée Bc proportionnéeàla rai- (on naturelle, elle en ferale propreiuge ; & s’i—l s’agit enfin a’vn point de fait, i _ nous en croirons les lens,aul’quelsil appartient naturellement d’en connoiftre. Cette regle cllçli generale , que (elon S. Auguliin & S. Thomas quand l‘E,l`-A criturc mefme nous prelente quelque pall’age,d0nt le premier lens litteral le trou-

— ue contraire àce que les lens ou la raifon reconnoiflent auec certitude , il ne Faut pas entreprepdre de les defauoüer cn cette rencontre , pour les loûrnettre â v ` l’autoritédece1`ens apparent de l’Eleriture ;mais_il Faut interpreter l’Efcriture, Bt pchercbcr svn qutre lens qui s’accordc3uec cette verité sêiible ; parce que la pa- . ’ ro ede Dieu ellant infaillible dansles faits mcfmes , 8c le rapport des (ens ôc dela · raifon agiffans dans leurl ûenduë eûant certains aufli, il Faut que ces deux veritez Y s’aceordent ; Sc comm ’Efcriture le peut interpreter en diiïerentes manieres,au lieu que le rapport des . ns cli vniquc,on doit en ces matieres prêdre pour la veri · · table inter rctation de Elcriture celle qui conuient au rapport fidele des lens. Il î fa»r,dit Sï’1Ehomasr·p. 8 a.•~ obfëmerdenx chofesfilon S. Auge :/ ?in :l"vne qnel’.Ef _ crimre 4 toi jour : wu # :1 : erirable l- l’amre , que comme elle peut receuoir plufeur : fine, quand onenrrouue on q la MM connninc certainement aepoypre , il ne fim : pa : -’°¤W’in¢td direque c’en lefen : n xurel , mai : en chercher on autre qui :’y accorde. _. ’ C’eReequ’ilexpliq e par l’c cmple du pallapc dela Geqcfe , où il cft écrit - que Diexcreadenx a’ lnmina e : , le frleil çà qa lnne , ¢· arqjî le : e_/loile : : par - oû l’El’etiture l`em%e rc que la lune ell plus ghrintlc que totites les étoiles ; mais ` . parce quilelt eonüant ar des cïemonllrations indubitables que cela el} Faux , on ne doitpas sdit ce Sain ,s`opinialirer a defendre ce (enslitt ral` ; mais il Faut en Chercher vn autre conf rme î cette verite de fait , comme enîlifant que le mor de r grand luminaire ne mar ne que la grandeur de la lumiere de la lune à nojlre ezard, ” ~ ce nonpa : lograndenrde on corp : eq lu_y·1ne/`rne. i

Que G l’on vouloir en vfer au rement ce né (croit pas r ndr l’El’crirure · ven erable, mais ce (croit au contrair l expofer au mépris de inlïgeles zfarco , com- · . me dit S. Augufiin , que quand ’ : anroien : connu que ne crayon : dan : l’£ ;H :rir»re - Je :~¢b¢ : qn’¢l : j}anent parfaire nt ejrre fanje : , il : _/E ’roien : de nofîre credulitë ·’ danxlex aurrexchofër quifonrplu : ¢ÃcbÉe.r, comme la refrrre . ’ n de : mors : , 9- la vie · rftrnelle. Etainfi, adjoûteS·Tp} mas , ce ferait leur ren e no/fre Religion rnFpri· fable , çà rnefnie leûr en fermer emrëe. ‘ * `=

Et ce feroit aulli ,m0n Pere,le moyen d’cn f`ermcrl’enrrêe aux heretiques,& de ‘ leur’rendrel’autorité dufape mlprifablg, que de refufer de tenir pour catholiques ceux qui ne croiroient pas que des paroles Fontdans vn liure où elles ne fe trou- _’ - _¤entp01nt ,parce quïvn Pape l°auroit declare par l`urpril`e· Car ce n‘ell que l’e- 4 xamen d’vn liure qui peut aire fçauoirque des [paroles y Ion :. Les chofes de fait / _ ne fefpronuerit que par les fens. .Siee que vous foûtcnez cli veritable, monllreir. ~ · 4, · A A w s 1¤¤l’ ne làllicitezperfonne pour le` Faire croire : ce feroit inutilemenn _ ` , Toutes `

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v l l . , r - JJ — » —# - — - - ~

Toutesles puitïances du monde nopeuuét parautoriréperfuader vn oinrü : fair, ’ non plus que lc·changcr ;cal· il n’y a rien qui puiffe faire ue ce qui elfne foie pas. î ip C’eR en vain par exemple que des Religieux de Rarillbone obtinrent du Pape i , S. Leon IX. vnDecret folemnel, par lequel il dcelara uele corps deS.Denys pre- » i B mier Euefque de Paris ,qu’on tient communcment eftre l’Areopagite, auoirefté l ` enleué de France. ôz porté dans l’Eglife de leur monaûere. Cela n’empefche pas l ` que le corps de ce faint n’ait roûjours efiéôc ne foit encore dansla celebrefibbaye l ’ qui porre lon nomydanslaquelle vous auriez peine â faire receuoir cette Bulle, p quoy-que ce Pape y témoigne auoir examiné la chofe mec murelndilslgencepvjïble. E P a l à dils_gcn :qFmè ;¢· aux le confëild¢p !ufeur :E»efZyiœrçà··Prelamdejôm ¤g»’i ! oblige cffroiv I l ` rement tous lerfïwrgair,difiriüéprœeipientex , derecarmoiffrc d- de conf}-jêr quïl : n’¢m¢ ’ . plu : ci-rkinrex relique :. Et neanmoins les François qui fçauoiërla faulfeté de ce fait · l par lc urs propres yeux,& qui ayât ouuert la chafle,y rrouuerët toutesces reliques l enrieres, cônie le rémoignenrles hiûoriens dece ra mps·la, crûrent alors eôme on , l’a touliours crû depuis ,1c contraire de ce que ce S. Pape leur auoir enjoint de la croÉre,fp_acliât làië que mefxncs lesSaints’& lesllropiictes fonr liiiets à ellre furpris. l `e ur au i en vain que vous obtinres courre Galilée ce Decret de ` ` ” Rome qui condamnoir fon opinion touchanr le mouuemcnr de la terre. ’ Ce ne fera pas cela quiprouucra~qu’elle demeure en repos ;&H l’on auoit des ’ obferuar ns confiante : qui prouîiaffent que c’c(} elle qui tourne, tous les hom- . l V mes enf%ble ne Pempefcheroient pas de rourner, & ne ïempefclitroienr pas de l ` l rourner ali auec elle- Nevous imaginez pas de mefme que les lcrrrcs du lîape p ` Zacharie pour l’excommunication de S. Virgile, fur ce`qu’il tenoir qu’i| y auoit , l, des antipodes. ayen : aneanri ce nouueau monde ;& qiféncore qu`il eut} declaré l wquecerre opinion eftoityne erreurbien dan ereufe,le Roy d’Elpagne ne fe foit ` pas bien trouué d’en auoir plûcoû crû Chriiîoüe Colomb qui en ve noit , que le 1 i . iugement de ce Pape qui n‘y auoit pas eüé : GZ que l’Eglife n’en air pas receu vn ` gtanîi auantagqfpuifque pliela q procuâê la eonnoiffance de l’Euangile à rant de _ peup es, qui tu ent peris ans curin deli ’. . ·

Vous voyezdone smoh Bise, quelle elüa nature des chofes de fait , & par · aquels principes on en doi : iuger· : d’où il FR aisé de conclure fur notlrefujeti ` que files cinq propofitions nefontpoint de‘Iai1fenius , il eft impollible qu’ellcs ° l ‘ . en ayenreflé extraites ,&£quele iculmoyen d’cn bien iuger , & d’en perfuader l à lemonde, ei} d’examincr ce liure en vne conference reglée , comme on vous le l si demande depuisGlong·temps·Iufqueslâ vous n’auez aucun droit d’appeller vos_ · . l aduerfaires opinialhes : carils feront lans blafme fur ce point de fait , comme ils p · font fans erreurs fur les ppints de foy ;catholiques fur le droit , raifonnables ~ l furle fair ,&innoc€nS en l’Vt1& enl’autr·e. _ , _ _ . l · Quines’ellonneradonc’s mon Pere s en vo ant d’vn coûé vne iullification G r ` à pleine,devoirdel’autiedesaccufationsli viglentes P Qui penferoit qu’il n’e& ~ , * _‘ queilion entre vousque d’vn fait de nulle importance , qu’on veut faire croire , l la ns le monlher ?Et quioleroit sïrnaginer qu’on lïilpartoutel’Eglife râtpdcbruir ’~ l pour rien ,pronihsl0,m0¤ Pere,c0mmeledirS.Bernard Maise’ePc’celamefme ‘ ’É qui efHâ :prinéipal”arài§ce.de vofirplconduit_e,de faire croire qu’il y va de rour A ll en vnea ai ; ui n’e e rien ; & e donner à entendre aux erfonnes uiil’an· ’ -4 tes quiyousègoutent, qu’ils’agitdans vos difpures des erreiîrs les plugperni· · ` l ’ rieures de Caluin, 81 desprincipesles plus imporranside la foy : afin que dans . cetre perfualîon ils emploient tout leur zele & roue : leur autoriteconrre ceux ` / ` . }·· _ que vous combartcz , comme li le falut de la Religion catholique en dependoxc l ° ur 1

° O . · ·

i M * ` / . au lieu que`s’ilsvenolent â connoifirc quil n’cll qu cflioli que de ce petit point de

fait , ils n’ :n (croient nullement touchez , & ils auroient au contraire bien

_ du regretdauoitiait tant «l’t riprts rpour l`uSlt‘¢ VOS pallioiisparticulicrcs cn ync ·

affaire qui n eü d aucune conacquence pour l’Eglise.

Car enlîn pour prendre les chnfcs au pis , quand inefmc il (croit veritable que

Ianferiius auront tenu ces prop0llti0nS,qucl mzllieurarriuerolt-il de cc que quel- ’

‘ ques pcrnonnes en doutcroicnt , pourucu qu’ils les detellenr , comme ils le Font

publiquement ? N’cR-ce pas allez qu’elles (oient con tiamnêes partout lc mondç -

l`2|`|S BXCCPUOH ,2U l·C|’lS l’Cl-IUC où VOUS BUCZ (‘XpllQDÉ qilt VOL1SVOlCZ qL1’0l1lCS

condamne P En (croient elles plus cenllirêcs ; quanu on iliroit que Ianfcnius lcs a

tenuës ? A quny (cruiroit donc d’cxiger cette reconnolfiincc , finon à décrier vn S

Do&eui·& vn Euefque, qui ell mortdws la communion de l`Eglil`c 9 ic nc Voy

pas que ce foitpla vn ii grand bien , qu’il t`a=llcl’achettr par rant de trouble : 1

Quel intcrefl ya llilht, lc Pape , lesEuelq.1 ;s ,lcs D Etcuts, & toute l’Eglil’e ;

çclanelestouchc en aucuncl`ortc,mon P«.·re,r$t il n’y a que vofhc (mic So. 5

ciete,qui reoetlfoit vtrltablcrnentqucînjuc pl ailir dc cette tlitllxmatiô d ;vn auteur, `

M qurvogls n fait quelque lO[E· Cependgit tout lt : rcmuë, parce que v0usFaitCS en-

_ tendre que tout ell menace. C elllacaulelecrttcquld0mmlebr1l1lcàt0uS CCS l

_ , grands rnouuulnicns qui cefl`c·roient auilitoil qu’on aur it fçtu le veritable l

S · elht de vos clafput . lit cell pourqlmy , comme lc rep de l’Eglif`c dépgnd

decetëclaircilîemen , il efloit d‘vnc extrême importance de lc donner , afin

’ que tous vosd guif ens clhnt détouuertt ,il paroiffc à to t le monde ue vo

_ _ S p , A ’ · S

_ îââufationsfontfan ondeln t,vosaduerl’aireS (ans erreur Bt l`Eglifc·llms hc-

_ _ji C· ll

p l _ Voila ,‘qionPere le bien que i‘ay en pour jbict de procurer, qui mc femblc ti

confidctableplout t te la R ligiomque i’a dela peine comprendre, çômgn ;

, ““*àq“lV°¤ld°| ztanr · (¤|¢t de parler peuucnt dc’ eurcr danslc mmc ;

. d 
1C$ IBHMCSQ ¢V !FSl rfaitcsnemlest €hCt’0l€t1t as,cellcs que l’Eg|i[`è
 ’ 1 0I.I IC curoientce ¢ emb c l€$ pottellâ S’ 1 l ’ d ·· - l ’ ·

p, _ _ p S p ain I., titre ticle dou

pr —p - _ U A dG‘§g¢€l€lT|2ü|QI¢$ iilept a  analonnerlcullli ylutationà a caloînnie, fuvrbcuïïâ
i «S. n il mltliçtt de Fûy. Ce udaliti   vguglaiilëm di Hum  ‘S q. C vüusphîü ; dcfmœ

UN Ililil Octlgon UIEVFUS en ¤€Zrl0l’l¤ pvc parh :i arrp,pet1t·c(i :equu g-ign nc

SSS · S ¢ ¢l’¤le0pp0s aux prplll  Sleandalçules uevnu lcm 2detouStnll :z.Ainl`î’
 ` ltlllpztltilce m’eR¤S ne.B¢ Cl   UII1’lIPlW ;L]I.l’C le mc p   tg "e[lrc l’ul`peÉÃl‘ ny de ti.
W   nudité ny d irnpûilï I1cc,ll`ga pl antbier‘i11ll1l,u’ils ne man «f S L’l`lll ny ele rall`0ns pourlcug
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