Le Royaume merveilleux/Chapitre V

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André Gaillard
Édition Herman Wolf, 1917 (pp. 45-59).

Campagne du Brésil


Bataille de Tavajos


Dès le début des opérations, le généralissime Brito de Guimaraes, avait ordonné à ses troupes de ne pas se presser car il attendait d’abord les armées du Nord et du Sud et ensuite le résultat des campagnes du Chili et du Brésil. Il se borna donc à pousser jusqu’au Tavajos, rivière ayant cinq mètres de profondeur en moyenne et une largeur de 100 à 300 mètres, selon les endroits.

Il fit construire les ponts nécessaires pour le passage des troupes, les fit placer mais n’alla pas plus loin, se bornant à faire garder les deux extrémités.

Les troupes de l’inca voyaient bien tout ceia, mais ordre leur avait été donné de laisser avancer et de ne pas faire sauter les mines dont le fleuve était parsemé.

Celles-ci étaient placées principalement contre les bateaux qui amèneraient des troupes ou du matériel.

Les choses en étaient là quand Lucien arriva.

Le colonel Nogi avait mis à profit le répit des opérations, pour faire abattre toute la forêt en arrière, sur un espace de 500 kilomètres carrés, soit 17 de long sur 30 de fond, environ. Les arbres avaient été sciés assez près de la racine, pour ne pas permettre aux assaillants de s’abriter en tirant. Selon la méthode japonaise, employée à Moukden et ailleurs, il avait tendu des pièges : des excavations, masquées par du feuillage, bref il employa toutes les ruses de guerre lui permettant de tirer profit d’un terrain préparé à l’avance. Tout à coup parvint la nouvelle, captée par les appareils du sans fil, que l’armée du Nord était à une journée de marche de Tavajos. Le général Brito de Guimaraes se décida alors à l’attaque, comptant sur les arrivants pour achever la défaite qu’il comptait infliger aux troupes de l’inca. Il envoya des éclaireurs qui lui apprirent l’existence du terrain préparé par Nogi. Tant mieux, dit-il à ses officiers, j’aime mieux une bataille rangée, que des embuscades derrière des arbres.

Deux cent cinquante mille hommes ainsi que les 500 canons et 2500 mitrailleuses, franchirent le Tavajos. Le reste devait suivre à dix heures d’intervalle. Ils parvinrent à la plaine artificielle vers huit heures du soir et y campèrent pour la nuit.

Lucien aurait pu les attaquer à ce moment, mais se rendant compte qu’il n’avait devant lui qu’une partie des troupes, il préféra attendre le passage du Tavajos par le reste. Il laissa donc tranquille, les arrivants.

À l’aube, on lui signala le passage des 250 000 autres avec 1500 mitrailleuses. Ces troupes parvinrent vers 5 heures du matin. Lucien donna aussitôt ordre aux avions de détruire les ponts jetés sur le Tavajos, ce qui fut accompli vers cinq heures et demie.

Alors il se démasqua aux Brésiliens en commençant le feu avec ses 4000 canons. Ceux-ci ripostèrent avec les leurs, mais les avions firent leur besogne de destruction et anéantirent les servants.

Le généralissime s’était vite rendu compte du traquenard qui lui avait été tendu, aussi fit-il rebrousser le génie pour reconstruire les ponts, dans le cas d’une retraite, mais les avions veillaient. Au fur et à mesure que les pontonniers arrivaient à la rive, ils étaient abattus par les fusiliers.

Informé de ce fait, le général Brito de Guimaraes prit la résolution d’effectuer une trouée en tous sens avec ordre aux troupes de se replier vers la rive si on ne parvenait pas à enfoncer le cercle indien.

Les troupes avancèrent en demi cercle, laissant le fleuve derrière eux. À ce moment les mitrailleuses indiennes commencèrent un feu meurtrier, mais les Brésiliens y répondirent vigoureusement. Ils avaient le désavantage de ne pas voir l’ennemi caché, néanmoins le cercle brésilien s’élargissait, malgré les pertes subies. Bientôt ils se trouveraient dans la forêt. Lucien, résolu à en finir, fit placer ses canons pour seconder ses mitrailleuses.

Les Brésiliens reculèrent, les canons et mitrailleuses se turent du côté indien, les avions commencèrent à abattre les servants des mitrailleuses, et la charge commença.

De tous côtés, s’élancèrent à l’assaut, des milliers et milliers d’indiens. En même temps explosèrent les mines masquées par les branchages. Ce qui n’était pas massacré, sautait.

Au bout de trois heures de combat, il restait aux Brésiliens, à peine 200 000 hommes massés en carré dans le centre de la vaste plaine.

À vrai dire, ils tiraient sans discontinuer et repoussaient les assaillants, mais ceux-ci avaient l’avantage de se déployer, tandis que les Brésiliens formaient un immense bloc compact, de plusieurs kilomètres carrés. Vers onze heures du matin, le général Fonseca, chef du 4me corps d’armée, dit au généralissime : « La bataille est perdue depuis longtemps et rester ici ne sert qu’à faire tuer inutilement nos soldats.

Il ne nous reste que deux solutions : Nous rendre ou faire une trouée du côté du Tavajos et le traverser à la nage. »

Je ne saurai me résoudre à me rendre, répondit le généralissime, dans ma longue carrière militaire, je n’ai, non plus, jamais reculé. Général Silveira, dit-il à un de ses voisins, je vous passe le commandement, puis appuyant son révolver sur sa tempe, il dit encore : Adieu, Messieurs, et une détonation retentit ; le général Brito de Guimaraes tomba raide mort. Pendant qu’on s’empressait autour du cadavre, le général Silveira ordonna à la cavalerie et aux mitrailleuses d’effectuer une charge à fond de train du côté de la rivière, puis aux différents corps, de se replier pour suivre la cavalerie. À ce moment parvint un radio-télégramme de l’armée du Nord, annonçant son arrivée dans deux heures.

Le général Silveira télégraphia à l’armée du Nord de se diriger à marches forcées vers le Sud avec Fayares, dans le Matto Grosso, comme point de concentration.

Il télégraphia dans les mêmes termes à l’armée du Sud. Messieurs dit-il à son entourage, si je donne cet ordre, c’est parce que je prévois que l’ennemi va envahir notre territoire. Il ne peut le faire par le Nord, puisqu’il se heurtera aux forêts et rivières ; avec son artillerie il ne pourrait passer. Il est donc mathématique qu’il envahira le Brésil par le seul point propice : le Matto Grosso, la partie qui nous resta depuis la dernière guerre avec l’Uruguay. Cette partie touche justement à ses frontières. Pendant qu’il parlait, ses ordres étaient en voie d’exécution. Dix minutes après, on pouvait voir les cavaliers se lancer à fond de train vers le Tavajos, suivis par les chiens des mitrailleuses. Ensuite les fantassins fermèrent la marche. Laissez-les partir, ordonna Lucien, car une victoire ici, ne terminerait pas la guerre, je les rattraperai bien ensuite et chez eux. En même temps il ordonnait à la flotte Chilienne, devenue sa propriété, comme celle de l’Argentine, de gagner Buenos Ayres au plus tôt, de se mettre à la disposition du commandant Hayashi, chef de la flottille de sous-marins, puis il fit revenir toute l’artillerie et les mitrailleuses à Cuzco, d’où elles devaient s’acheminer vers Buenos Ayres.

Il donna ordre à l’armée de se diriger également vers cette dernière ville.

La perte des brésiliens, dans la bataille de Tavajos, était de 300 000 hommes au bas mot, celle de l’armée de l’inca, de 7000 tués et 42 000 blessés, ramenés à Légia par avions.

En outre, Lucien avait conquis 300 canons et 1000 mitrailleuses, ses troupes mirent trois semaines pour atteindre Buenos Ayres.

Là, en vertu de son traité d’alliance, il demanda à ce qu’on remit les flottes argentines et ses équipages.

Quand elles furent prêtes, il disposa de 2 cuirassés chiliens et de sept argentins, de 12 croiseurs chiliens et 22 argentins.

En outre, le Chili envoya son dirigeable. Quant aux torpilleurs et sous-marins du Chili, il les conserva dans leur pays pour la défense des côtes. L’Argentine lui donna aussi ses deux dirigeables.

Il disposa de douze de ceux-ci en plus du sien, en regard des quatre que possédait le Brésil.

Complétant son armée par une nouvelle levée, il disposa d’un million d’hommes, 4000 canons, 10 000 mitrailleuses et 4000 avions.

Bien qu’il n’eut que 3000 pilotes, son corps de fusiliers aériens, était de 40 000 hommes se remplaçant à tour de rôle.

De son côté, le Brésil combla les vides causés par la bataille de Tavajos et porta son armée à 2 000 000 d’hommes, répartis dans le Matto-Grosso face à l’empire du Soleil.

Pour remplacer l’artillerie perdue, on en acheta à la Colombie, le Vénézuela, l’Uruguay et le Paraguay. En démontant ceux qui gardaient les côtes et partout où on put les trouver, on arriva à 3000 canons de divers calibres.

La flotte comprenait : Huit cuirassés, 28 croiseurs, 25 destroyers et 35 torpilleurs. Tous ces navires n’étaient pas modernes, seuls, les cuirassés dataient de moins de dix ans.

Quant aux sous-marins, de modèle démodé, ils ne servaient qu’à la défense des ports, et n’accompagnaient jamais la flotte en haute mer. Dès que la flotte de guerre fut prête, Lucien réquisitionna tous les bateaux disponibles au port, quelle que fut leur nationalité. Il y en avait 120.

Promettant qu’ils seraient de retour dans une quinzaine de jours, et une forte indemnité pour chacun, il obtint l’assentiment des propriétaires ou agents.

Deux jours après, cette formidable armée navale, mettait le cap sur Santos, où elle débarqua sans coup férir.

Cinq cent mille hommes envahirent le Brésil avec 2000 canons, 5000 mitrailleuses et 1000 avions.

Revenant sur Buenos Ayres, les transports et la flotte de guerre embarquèrent le restant de l’armée envahissante, qui fut ainsi complètement débarquée.

Laissant retourner les transports sur Buenos Ayres, Lucien fit croiser la flotte pour rencontrer celle du Brésil qui venait de se diriger à sa rencontre.

Il donna ordre aux troupes, d’avancer vers Rio de Janeiro et lui-même, accompagné de la flotte de dirigeables qui escortaient le sien, il se mit à la recherche de la flotte brésilienne.

Les cinq sous-marins du commandant Hayashi l’accompagnaient, ainsi que 500 avions.

Ils étaient parvenus à 100 kilomètres de Rio et ils n’avaient rien aperçu, quand Lucien capta un radio-télégramme de l’amiral Texeira ordonnant l’alignement de combat.

Peu après, les destroyers et torpilleurs firent leur apparition, les avions les pourchassèrent et en coulèrent 35, mais de la flotte de Lucien, cinq croiseurs coulèrent à la suite des torpilles lancées. Les 25 destroyers et torpilleurs brésiliens se replièrent vers le gros de la flotte, laquelle commença le tir à 15 kilomètres de distance.

À ce moment les 4 dirigeables brésiliens firent leur apparition et commencèrent à jeter des bombes.

Un croiseur coula peu après, mais les dirigeables de Lucien réussirent à détruire les 4 brésiliens au bout d’un quart d’heure. Donnant ordre aux avions de pourchasser les destroyers et torpilleurs, et aux sous-marins de s’occuper des cuirassés, il se mit lui-même à la tête des dirigeables pour couler les croiseurs. Après une heure de bataille, il n’y avait plus de destroyers sur la mer et les dirigeables avaient réussi à couler 20 croiseurs. Trois cuirassés avaient également fait explosion à la suite de torpillage, mais Lucien avait eu un cuirassé coulé par l’explosion de la soute aux poudres, provoquée par un obus brésilien.

S’approchant jusqu’à six mille mètres, les cuirassés et croiseurs de Lucien envoyaient bordée sur bordée.

Trois autres cuirassés brésiliens coulèrent, ainsi que les 8 croiseurs restants ; Lucien eut encore trois croiseurs coulés.

Voyant presque toute la flotte anéantie, les 2 cuirassés brésiliens

Lucien lança à leurs trousses : sous-marins, avions, dirigeables, cuirassés et croiseurs.

C’est à ce moment que le sous-marin du commandant Hayashi fut atteint si lourdement par une pièce de gros calibre qu’il coula avec tout son équipage.

Mais les quatre autres submersibles finirent par couler les deux cuirassés.

La flotte brésilienne était complètement anéantie et Lucien était maître de la mer.

Il établit le blocus de la baie de Rio Janeiro.

Pour défendre ce port il n’y avait que deux submersibles, mais les bateaux de Lucien étaient munis de l’appareil Ramier pour l’annonce et la découverte des sous-marins.

Ceux-ci furent coulés dès leur première sortie, par les avions.


Bataille et prise de Rio Janeiro




Quand le gouvernement brésilien connut l’approche de l’ennemi, il s’empressa de télégraphier aux armées du Matto Grosso de se retrancher et d’envoyer le plus de troupes possible, surtout de l’artillerie.

Un million d’hommes, 2000 canons, 5000 mitrailleuses et 250 avions furent ainsi concentrés dans la capitale.

La défense était assumée par le général Mello, jeune officier de grand mérite. Son premier soin fut de partager la défense en secteurs indépendants, car ainsi la perte d’un de ceux-ci, n’entrainait pas de conséquences funestes pour les autres. En outre, les approches des ouvrages furent garnies de rangées de fil de fer barbelé, elles furent minées et reliées à des stations de sans fil, permettant à tout moment de les faire sauter.

Les hauteurs dominant la baie et l’ancienne ville, furent garnies de canons et d’hommes.

Tous ces préparatifs formidables, l’énorme quantité d’hommes et d’engins accumulés pour la défense, rendaient Rio imprenable à toute armée moderne.

Mais ses défenseurs ignoraient tout des moyens d’attaque de Lucien, ils ne connaissaient ni l’haguenite, ce formidable explosif employé pour les projectiles, ni le métal Dubois, impénétrable aux balles et obus.

Ils ne connaissaient pas non plus la puissance ni la vitesse des moteurs électriques des avions, ni l’existence de ce corps de tirailleurs aériens dressés par Larmion.

En tout autre moment, certes, la défense pouvait dormir tranquille car tout, même la configuration du terrain, se prêtait admirablement au

Les secteurs se divisaient ainsi :

À quinze kilomètres de la ville, et entourant celle-ci d’une ceinture circulaire, des fortins bétonnés avaient été aménagés, espacés de cent en cent mètres. Dans les intervalles évoluaient les troupes de défense garanties par les obstacles ; de trois en trois kilomètres les mêmes dispositions avaient été prises. Il y avait ainsi quatre lignes à franchir pour atteindre la ville. Cela composait douze secteurs numérotés de 1 à 12, car les quatre points cardinaux étaient désignés par un nombre, quelle que fut leur orientation.

Deux cent cinquante mille hommes étaient affectés à la défense des secteurs, et autant pour guerroyer en dehors d’eux.

Les cinq cent mille autres constituaient les réserves.

Du bord de son dirigeable, Lucien contemplait ces préparatifs de défense, qui, au fond, l’inquiétaient bien peu car son attaque serait adaptée aux moyens de l’adversaire.

Il n’attaquerait que le point vulnérable et qui pourrait lui assurer la victoire définitive.

Il se borna donc à étudier le point où il pourrait faire transporter, par avions, une quantité considérable de troupes, et attendit l’arrivée de son armée.

Dès qu’elle fut à 30 kilomètres de Rio, il donna ordre à ses avions, d’attaquer et détruire les avions et hangars ennemis.

En une journée ceux-ci firent pleuvoir des bombes et détruisirent toute la flotte aérienne brésilienne.

Ce qui ne fut pas détruit entièrement, fut tellement détérioré, qu il lui était impossible de prendre l’air.

Il s’assurait ainsi la maîtrise de cet élément.

Ce point était capital pour lui, car quoi que muni de moteurs électriques silencieux, le coup qu’il allait tenter ne pouvait réussir que s’il l’achevait sans encombre.

Il avait remarqué que tout autour de la ville haute, il existait de vastes plaines, hippodromes, camps d’instruction et autres endroits propices à un débarquement aérien.

Ces espaces se trouvaient en deçà de la zone fortifiée. S’il parvenait à faire atterrir là, quelques centaines de mille hommes, il franchissait les obstacles sans lutte, et l’artillerie ennemie ne pouvait lui nuire pendant un certain laps de temps.

Profitant d’une nuit sans lune, il parvint en quinze voyages avec ses avions, à débarquer 450,000 hommes et 3000 mitrailleuses. Le voyage étant de 30 minutes, il fallut à ces 3000 avions, huit heures pour achever l’opération : il était 3 heures du matin quand elle fut finie.

Les emplacements étant assez éloignés de la ville et des secteurs, personne ne s’en était aperçu, car le départ avait été fait à 50 kilomètres de la ville.

À quatre heures du matin commença l’attaque des secteurs 1, 2, 3 et 4, c’est à dire ceux qui précisément se trouvaient placés vis-à-vis de l’emplacement du débarquement.

Lucien envoya cent mille hommes, attaquer par derrière, les défenseurs des secteurs.

Pris entre deux feux, ils ne purent tenir qu’une heure, bien que des renforts fussent envoyés des secteurs voisins ; Lucien les empêcha d’arriver au secours.

Dès que ses troupes assaillantes eurent dépassé les obstacles et rejoint le gros de l’armée, il donna ordre d’attaquer simultanément par derrière.

Une partie des troupes fit face aux réserves qui accouraient, mais comme elles n’avaient pas d’artillerie, il put facilement les tenir en respect.

Les avions commencèrent leur besogne habituelle de destruction des servants des mitrailleuses et canons ennemis.

Après trois heures de combat, les brésiliens ne tiraient plus qu’à balle. Les troupes placées en dehors des secteurs étaient revenues au secours des défenseurs de ceux-ci, mais sans artillerie elles étaient impuissantes.

Les milliers de canons de Lucien fauchaient leurs rangs d’une manière effroyable.

Des centaines de mille cadavres jonchaient le sol. Les brésiliens s’en servaient pour s’abriter.

Vers onze heures du matin. Lucien ordonna l’attaque générale, il voulait en finir.

Son infanterie s’élança au pas de charge et délogea les brésiliens. Ce qui ne fut pas tué se rendit.

À midi tout était fini du côté des secteurs, mais la ville résistait. Il fit braquer ses 4000 canons vers celle-ci, puis lança par avion la sommation de se rendre.

Si endéans deux heures ce n’était pas chose faite, il bombarderait la ville par terre et par l’air.

Le délai s’écoula sans que personne ne bougea.

Il donna ordre de commencer le feu, et aux avions et dirigeables de bombarder au moyen de bombes.

Au bout de 30 minutes, le drapeau blanc fut hissé et deux parlementaires vinrent annoncer que la ville se rendait sans conditions. Lucien demanda à ce que la garnison vînt déposer les armes avant de pénétrer dans Rio de Janeiro.

Pendant trois heures les troupes défilèrent devant lui, et au fur et à mesure elles étaient massées dans un emplacement spécial.

Vers quatre heures de l’après-midi, Lucien fit son entrée, à la tête de cent mille hommes, avec toute son artillerie et ses mitrailleuses. Il fit placer ses canons de façon à occuper tous les points stratégiques de la ville, puis s’achemina vers le palais du gouvernement pour discuter les conditions de paix.

Celles-ci furent à peu près semblables à celles du Chili et de l’Argentine. Il n’offrit, toutefois, pas une alliance comme aux autres pays, se réservant de discuter cette question à un congrès spécial de toutes les républiques latines.

Le protocole de paix fut signé deux jours après ; les troupes du Matto Grosso devaient rentrer dans la capitale endéans une quinzaine de jours, ce qui fut fait.

Dans l’intervalle, Lucien avait tâté le terrain auprès du Mexique et autres pays de l’Amérique centrale, de même que du côté du Vénézuela, de la Colombie, l’Équateur et l’Uruguay.

Tous les autres pays étant ou ayant été ses alliés, il se borna à les convier à un congrès qui se tiendrait à Rio et où serait discutée la question d’une alliance défensive militaire et économique contre quiconque empiéterait sur les droits souverains de chacun de ces états. Un mois plus tard, les délégués se trouvaient tous à Rio de Janeiro et commençaient leurs travaux.

On débuta par le domaine économique ; après avoir constaté que sous ce rapport, tous ces états dépendaient de l’Europe et des États-Unis, il fut décidé :

Que des efforts seraient faits pour monter, selon les situations géographiques des états, les usines nécessaires à fabriquer les produits pour leur consommation.

À cet effet, il fut convenu qu’une dénonciation de tous les traités de commerce serait faite simultanément par tous les états contractants, prenant cours le jour de la dénonciation pour porter ses effets deux ans plus tard.

Il fut convenu en outre, que si les États lésés empêcheraient l’établissement des usines projetées, on ferait appel aux ouvriers japonais et chinois de même qu’aux matières brutes nécessaires, telles que fer, acier et cuivre.

Lucien comptait trouver néanmoins les ingénieurs et hommes nécessaires, dans les états de second ordre de l’Europe ; puis vint la question financière :

Sous ce rapport, il fit part à la conférence, qu’il était détenteur de deux milliards de rentes argentine, brésilienne et chilienne, ce qui le rendait maître du marché.

Il promit en outre, un milliard par an pour soutenir le marché des rentes des états contractants.

Tout nouvel emprunt devait être émis dans les diverses capitales de l’Amérique latine exclusivement.

Pour empêcher le flot montant de celle-ci et que les pays ne fussent envahis par la masse étrangère et ne perdent ainsi tout libre arbitre, il fut décidé de la restreindre très sensiblement : par une loi spéciale qui serait édictée, les fortunes devaient rester en Amérique latine et non émigrer comme leurs propriétaires.

On discuta ensuite la question sociale et religieuse : Il fut convenu que l’empire du Soleil et le royaume d’Araucanie, deviendraient républiques dès que l’instruction nécessaire serait donnée à leurs peuples.

Un délai de vingt ans était fixé à cet effet, mais l’obligation de fréquenter une école, fut imposée dès l’âge de six ans.

Une commission fut nommée pour faire de l’aïmara et du quechua, les langues véhiculaires de toute la race indienne, une grammaire serait créée.

Au point de vue religieux, on décida la liberté des cultes et l’abolition des religions d’état.

L’inca deviendrait le chef spirituel des adorateurs du soleil. La question défensive fut ensuite traitée à fond : il fut convenu que tous les états-majors des divers pays, devaient être solidaires les uns des autres, qu’un grand État-Major serait créé sous les ordres de Lucien, qu’une armée de dix millions d’hommes pourrait être mise sur pied et devrait appuyer n’importe lequel des pays, qui serait attaqué. Quant à la flotte, celle-ci devait comprendre globalement le double de celle des États-Unis.

Un tribunal d’arbitrage fut créé pour aplanir pacifiquement, tout conflit qui pourrait surgir entre les états contractants qui s’engageaient à respecter ses arrêts.

Pour ne pas laisser la prépondérance des États-Unis devenir plus grande, il fut convenu de creuser le canal du Nicaragua et de rendre navigables le Madré de Dios et le Madeira jusqu’au cœur de la Bolivie et les confins du Chili, leur terminus : l’Ucuyali, le Pilcomayo jusqu’au centre du Pérou, le Napo jusqu’au cœur de l’Équateur et par ses affluents jusqu’au Vénézuela.

Le Brésil s’engageait à faire correspondre ces forts affluents de l’amazone. jusqu’au Paraguay et au Maldonado soit par eau ou par fer.

Un délai maximum de dix ans fut fixé pour l’achèvement de ces travaux.

Les états contractants décidèrent en outre que la construction du Pan-Américain, devant relier l’extrême sud de l’Amérique méridionale, serait abolie en tant que contrôlée par les États-Unis.

Si cette construction s’imposait, elle devrait être faite aux frais des divers États sans contrôle étranger.

À la clôture, Lucien prit la parole et tint à montrer la portée de ces résolutions. que je m’étais imposée : l’émancipation de la race indienne. Il m’est doux de constater en ce jour solennel, que ses droits méconnus, que les spoliations méthodiques vont être, reconnus les uns, abolies les autres.

Après quatre siècles d’esclavage et d’oppression, elle voit poindre, l’aurore d’un avenir radieux, dont ce Soleil qui est son Dieu, en est l’incarnation.

Oui, Messieurs, rendez-vous en compte et que la honte vous monte au front, vous tous qui êtes ici, avez considéré l’indien plutôt comme une bête de somme que comme un être humain : Au point de vue religieux, vous l’avez traqué, forcé au christianisme. Vous lui avez ravi ses trésors pour enrichir vos rois, les premiers maîtres.

Vint la période de l’indépendance, elle ne fut pas meilleure pour l’indien, vous lui avez proscrit sa langue natale, lui avez refusé le droit électoral, et tout cela au profit de l’étranger dont vous incarniez les idées.

Votre sang même, n’a presque plus d’atomes de sang indigène : par vos mariages, d’où l’indien était toujours proscrit, vous avez perdu toute sympathie pour lui et le considériez comme un être inférieur.

Vous n’avez même pas essayé de l’émanciper en lui donnant l’éducation.

Il a fallu que ce soit moi, un étranger, qui vienne en ces contrées pour le libérer.

J’y suis parvenu à force de ténacité et de luttes, quand je bataillai contre vous, quand mes hordes innombrables se lançaient à l’assaut, elles y allaient, guidées par un idéal de sacrifice aux mânes de la patrie.

Elles mouraient, mais avec le sourire sur les lèvres, car elles savaient que leur immolation aidait l’émancipation de leur race.

C’est là le secret de mes victoires, car j’aurai vaincu même sans l’aide de mes engins modernes.

Rendez-vous en bien compte pour l’avenir. Messieurs, le courage, en dehors de la discipline, n’est stimulé que par l’exaltation de l’être humain envers le sentiment du beau, du noble. Quand on voit le soldat se ruer au combat, quand il est lancé dans un tourbillon de fumée et de mitraille, il n’est pas l’être humain devenu fauve sanguinaire, mais l’héroïsme incarné, poussé au paroxysme. Rares sont les exceptions et dans mes indiens je ne crois pas qu’elles existent.

Faites donc votre mea culpa, Messieurs, et à l’avenir soyez bons pour vos frères de race car ce sont eux les propriétaires légitimes de cette Amérique si belle, si riche, douée de tout ce qu’il faut à l’être humain.

La Providence, dans ses desseins secrets, a choisi cet Éden pour le trop-plein de la vieille Europe. Dans leur évolution atavique vers l’Ouest, les peuples seront peut-être forcés de la traverser dans leur poussée vers l’orient.

Les barrières que je veux créer ne sont destinées à les arrêter que provisoirement.

Ce que je veux, c’est éviter qu’elles noient les personnalités, je veux que les indiens subsistent, car ils ont droit à la vie comme la race noire ou blanche.

Les États-Unis ont détruit la presque totalité de ceux-ci, l’élément anglo-saxon a submergé tout entier ; de ce côté-là, le mal est irréparable, mais je veux sauver ce qui peut encore être sauvé.

Pourquoi veut-on à tout prix la prépondérance de la race blanche ? Croyez-vous, Messieurs, que la couleur de la peau ait une influence sur le cerveau ?

J’en doute pour ma part, car si les indiens avaient eu des siècles de culture intellectuelle, ils équivaudraient aux blancs. Prenez un être blanc dès sa naissance, isolez-le et laissez le tout seul parmi nos indiens, sa mentalité ne sera pas supérieure à la leur, malgré son issue.

L’être humain se façonne comme on l’élève. Nos indiens deviendront des intellectuels, comme les blancs, le jour où ils auront l’éducation.

Un autre péril, que je veux vous signaler, nous vient du nord, il est né de la fausse idée qu’on se fait de nos indiens : C’est la doctrine de Monroë, qui nous place sous le protectorat des États-Unis, à tout moment.

Voila le péril qu’il nous faut combattre, Messieurs, car nous sommes menacés de perdre notre indépendance, de ne devenir qu’un des satellites des nombreux astres qui ornent le drapeau de l’Union.

Je sais bien qu’il y a des partisans de cette union, qui souhaitent que ce soit un fait, mais devant les expériences du passé, devant la disparition de la race indienne dans leur contrée, moi, leur apôtre, leur émancipateur, je m’insurge de toutes mes forces, car ce serait la destruction de la race indienne.

Le jour où cela deviendrait un fait accompli, leurs frères d’Orient, à leur tour, se lèveraient pour protester et s’insurger.

Voilà pourquoi je ne veux, à aucun prix, être sous la tutelle nord-américaine. Si parmi vous, Messieurs, il y en a qui sont les partisans de pareille union, je vous prie de vous lever et de m’en indiquer les motifs. Les représentants du Nicaragua et de Honduras se levèrent. Messieurs, dit le délégué du Nicaragua, moi et mon collègue sommes au regret de vous dire que nos pays ne sont plus libres de leur politique extérieure. Nous adhérerons aux vœux du congrès et nous souhaitons de tout cœur sa réussite, mais ne voulons pas être cause d’une guerre prématurée. Tout ce que nous pouvons faire, c’est de reconnaître à nos indiens le droit électoral, le droit à l’instruction publique et obligatoire et de favoriser les engagements de nos sujets dans les armées du Guatemala et du Mexique.

Quant au percement du canal du Nicaragua, nous l’approuvons inconditionnellement et ferons tous nos efforts pour le faire aboutir.

Dans ce domaine nous comptons réussir, car nous avons de grandes puissances en notre faveur, heureuses de s’affranchir du Contrôle des États-Unis, le canal de Panama est essentiellement d’un avantage national, quoiqu’il soit internationalisé en théorie. Ce fut la seule remarque faite. Lucien continua donc : « Il est de la plus haute importance pour l’avenir de la race indienne, que le passé, dans sa grandeur, soit toujours présent aux générations futures. Favorisez donc la création de partis ou de groupements qui aient comme devise « Patrie avant tout »

Ne chassez pas les étrangers, des emplois que vos gouvernements leur octroient si généreusement, mais favorisez l’accès des nationaux par la création de concours.

En un mot, devenez nationalistes dans toute la pureté que comporte ce mot.

Réprimez sans pitié, toute tendance à l’internationalisme, car un peuple sans patrie est un foyer sans feu.

Après quelques années de ce régime, vous verrez le changement que vous obtiendrez. » Sur ces mots il s’assit.

Le délégué de l’Argentine, doyen de l’assemblée, se leva et dit :

Messieurs, vous venez d’entendre résumer par la bouche du plus autorisé d’entre nous, le programme que comportent les décisions prises par notre congrès.

Je crois être l’interprète fidèle de cette assemblée en disant qu’il a notre approbation unanime.

Aux mâles accents, au cri de ralliement que lance Monsieur Lucien Rondia, répondons par ces mots qui expriment tous nos souhaits : « Vive l’Amérique indépendante. »

Je crois inutile de répéter ce qu’il vient de dire si noblement.

Jamais, depuis Simon Bolivar, le grand libérateur, l’Amérique latine posséda un patriote aussi éclairé et aussi désintéressé.

Rendons lui les hommages qui lui sont dûs, et en commémoration de ses services, que chacun de nos pays fasse édifier sur la plus belle place de sa capitale, une statue qui porte ces mot : « Lucien Rondia, l’émancipateur de la race indienne »

Il entrera ainsi, vivant, dans l’immortalité.

Une salve d’applaudissements couvrit ces mots, ce fut la fin du congrès.

Le lendemain, tous quittaient la ville pour regagner leurs pays respectifs. Lucien regagna Cuzco et après un entretien avec l’inca, Atahualpa II, rentra à Légia en compagnie de Linda, sa femme.

Celle-ci ne se sentait pas bien, se trouvant dans un état de grossesse avancé. Elle avait tout de même voulu suivre toutes les campagnes dans le dirigeable de son mari.

Dès son retour, elle fit part à son mari de son état. Celui-ci fit venir de Buenos Ayres, un des plus célébrés médecins qui resta à Légia jusqu’à la fin.

Ce fut un garçon qui naquit. Les père et mère étant chrétiens, un prêtre de Punta Arenas le baptisa ; Comme son père, on le nomma Lucien.

Jules Renkin en fut le parrain et l’épouse de l’inca la marraine. L’inca dut refuser cet honneur, l’enfant n’était pas de sa religion.

Quelques mois après ces événements, Lucien, Linda, l’enfant, Jules Renkin et tous les savants s’embarquaient vers l’Europe dans le yacht du roi d’Araucanie.

Ils allaient rendre visite aux divers souverains de l’Europe, sur l’invitation de ces derniers.

Lucien accepta l’offre, car il tenait à faire reconnaître officiellement l’état d’Araucanie, l’avenir pouvant l’obliger à tenir un rôle prépondérant à la tête des nations de l’Amérique latine.

Après une tournée de 3 mois où il reçut l’accueil le plus empressé, il rentra à Cuzco accompagné de tous ses amis qui ne voulaient plus le quitter.

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Dix ans se sont écoulés depuis, et suivant le programme tracé par Lucien, l’Amérique latine s’est transformée de fond en comble. Partout des usines fabricant les objets nécessaires, ont remplacé les grands magasins d’antan, chargés de marchandises européennes et nord Américaines. Les indiens ont obtenu leurs droits électoraux, les enfants fréquentent les écoles et s’instruisant merveilleusement.

Lucien, de son côté, a travaillé en compagnie de ses savants, pour rendre son peuple de plus en plus fort dans l’art de la guerre. Des découvertes sensationnelles ont été faites dans les laboratoires qui lui assurent jusqu’à cette heure, la prépondérance de l’air, de la mer et de la terre.

Grâce aux milliards mis à leur disposition, ses alliés ont établi l’étalon d’or, renforçant ainsi leur crédit.

Malgré des budgets, croissant d’année en année, les dettes sont amorties progressivement.

Tous les grands travaux sont finis, et on peut aller de Para à Punta Arenas, par eau et chemin de fer électrique en 4 jours, à Valparaiso en 3 jours, et à Lima en 2 jours.

Pour obtenir les vitesses nécessaires à la rapidité du trafic, on a eu recours à l’électricité, et la vitesse de 350 kilomètres est une moyenne souvent dépassée.

Pour traverser les immenses forêts équatoriales, on a eu recours aux trolleys aériens.

Quant aux dépêches télégraphiques, elles parviennent par des appareils sans fil, sans antenne.

On est parvenu à correspondre ainsi jusqu’à 10.000 kilomètres de distance. Ramier, l’inventeur du système, prétend atteindre les antipodes sous peu.

Les deux enfants de Lucien, dont une fillette appelée Julie, née depuis sept ans, deviennent de vrais savants, grâce à leur père et à ses aides.

Quant à Linda, elle est devenue plus jolie que lors de son mariage. Elle a maintenant 32 ans.

Tout ceci serait fait pour rendre Lucien, l’homme le plus heureux de la terre et il ne l’est pas cependant :

Une angoisse mortelle l’étreint en apprenant les préparatifs, et découvertes faites par l’institut Edison et d’autres de ce genre.

Les États Unis se préparent pour la lutte qui doit leur donner la suprématie sur le Nouveau Monde.

De ce choc gigantesque des blancs contre les jaunes, qui sera le vainqueur ? L’édifice construit avec tant de peines et de soins est-il sur le point de s’écrouler ou de prendre un nouvel essor ?

Déjà, il y a trois ans, il a failli être prêt à tirer l’épée hors du fourreau à cause du Mexique, mais l’affaire finit par s’arranger.

Maintenant, c’est l’Orient qui s’agite. Les Philippines, encouragées par le Japon, sont sur le point de se déclarer indépendantes. Ces gens-là sont des frères de race et ce serait une lâcheté de les abandonner à leur sort. Tout dépend de ce que fera le Japon. Son aide ira-t-elle jusqu’à déclarer la guerre aux États-Unis ?

Et dans cette éventualité, que fera la Chine ?

C’est le secret de demain !

FIN