Le Chariot de terre cuite (trad. Regnaud)/Texte entier

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Shûdraka
Traduction par Paul Regnaud.
1876 (4 tomes, p. —).


bibliothèque orientale elzévirienne

VI



LE CHARIOT

DE TERRE CUITE

Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/7


À


MON PÈRE


AUX LEÇONS DUQUEL JE DOIS LE GOÛT
DE L’ÉTUDE ET DES LETTRES


PRÉFACE




La très-intéressante histoire du théâtre de l’Inde est encore à faire. En dépit des précieux renseignements réunis avec tant de clarté et d’exactitude par Wilson, ce digne successeur des William Jones et des Colebrooke, dans son Théâtre choisi des Indous, et des sagaces conjectures de M. Weber, le savant professeur de l’université de Berlin, dans la préface de sa traduction de Mâlavikâ et Agnimitra, nous ne savons rien de certain sur l’origine, le développement, l’économie et la mise en œuvre de l’art dramatique dans les contrées voisines du Gange et de l’Indus.

En effet, si les traités didactiques et théoriques ne manquent pas, les renseignements historiques et pratiques font généralement défaut, et l’obscurité dont ces questions restent entourées ne se dissipera guère, vraisemblablement, qu’à l’aide d’ouvrage du genre de celui que je soumets aujourd’hui à l’appréciation des amis des lettres orientales. C’est en étudiant ce théâtre sur les pièces mêmes qui le constituent qu’on déduira un jour, selon toute probabilité, les conditions moyennant lesquelles l’art dramatique s’est implanté et s’est exercé dans l’Inde. Mais, en attendant qu’un certain nombre d’ouvrages de ce genre aient été complètement élucidés par la science européenne, les questions que je viens d’indiquer resteront irrésolues.

C’est pour cela que, laissant de côté dans ce bref avant-propos toutes les considérations générales, quelque importantes qu’elles soient, auxquelles peut donner lieu le théâtre des Indous pris dans son ensemble et examiné dans ses moyens scéniques, je ne m’occuperai spécialement que de notre pièce, de sa date approximative, de sa nature, de sa structure, et surtout des traits caractéristiques qu’elle présente et des travaux de philologie et d’interprétation dont elle a été l’objet, tout en indiquant les secours dont je me suis, aidé moi-même pour effectuer cette traduction nouvelle.

Le Chariot de teire cuite [1] ( Mricchakatikâ) est, par son ancienneté, par son mérite littéraire et par son étendue une des œuvres dramatiques les plus importantes, — sinon la plus importante, — de toutes celles qui nous sont parvenues jusqu’à présent de l’Inde.

L’indication fournie par le prologue même de cette pièce, et d’après laquelle elle aurait pour auteur un roi appelé Çûdraka ne saurait être adoptée sans contrôle et ne nous apprend rien, en tous cas, quant à l’époque précise où elle a été composée. Qu’était-ce que le roi Çûdraka ? A-t-il réellement existé ? Est-il bien l’auteur de notre drame ? Voilà, en effet, autant de questions auxquelles on ne peut répondre que par des données vagues ou par de simples conjectures.

[2] [3] Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/14 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/15 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/16 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/17 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/18 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/19 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/20 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/21 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/22 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/23 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/24 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/25 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/26 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/27 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/28 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/29 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/30 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/31 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/32 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/33 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/34 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/35 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/36 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/37 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/38 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/39 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/40

LE CHARIOT


DE TERRE CUITE




PROLOGUE




INVOCATION


[4]« Que Çambhu (Çiva) vous protége au moyen de sa méditation dont Brahma est l’objet et qui produit la dissolution (de son être intellectuel dans celui de Brahma, ou l’âme universelle) par la vision dans le vide (i), lui dont les genoux sont entourés par les replis du serpent que doublent en l’entrelaçant ses jambes croisées sous son corps (2), lui chez lequel les sens maîtrisés par la science parfaite ont leur action suspendue par l’arrêt qu’il impose à sa respiration, et qui voit en considérant le vrai (ou l’identité de l’univers et de Brahma) son moi débarrassé des organes matériels dans le moi (ou l’âme) universel (3).

« Que la gorge de Nîlakantha (4) vous protège, elle qui ressemble à un nuage noir et autour de laquelle brille comme le trait de l’éclair la liane des bras de Gaurî (5). »




Le directeur, après avoir récité l’invocation. — Assez de ce hors-d’œuvre qui contrarie l’attente de l’assemblée ! Ayant salué cette honorable et savante (6) assistance, je l’informe que nous avons résolu de représenter devant elle une pièce appelée le Chariot de terre cuite (7). Quant au poète dont elle est l’œuvre,

« Il fut célèbre sous le nom de Çûdraka ; il avait la démarche d’un éléphant, l’œil du cakora (8), le visage beau comme la pleine lune, le corps bien proportionné ; il était le plus distingué des hommes des castes supérieures (9) et la profondeur de son intelligence était insondable.

« Il connaissait le Rig-Véda, le Sâma-Véda, les mathématiques, l’art des courtisanes (10) et celui de dresser les éléphants ; par la faveur de Çiva ses yeux virent disparaître l’obscurité (de l’ignorance) ; après avoir Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/43

« Vide (19) est la maison de celui qui n’a pas d’enfants, longtemps vide est celle de l’homme qui n’a point d’amis fidèles, vides sont pour le fou tous les points de l’horizon et que pour le pauvre tout est vide (20) ? »

Mon chant est terminé. Cet exercice m’a affamé au point de me faire sortir les yeux de la tête (21) et mes prunelles vont tomber en crépitant comme la semence du lotus que dessèche les rayons brûlants du soleil dans la saison d’été. Aussi vais-je appeler la ménagère et lui demander s’il n’y a pas quelque chose à déjeuner. Holà ! c’est moi… Mais est plus pratique et plus facile (22) de m’exprimer en prâcrit. Hélas ! hélas (23) ! À force de chanter et d’avoir faim, mes membres sont aussi affaiblis que des tiges sèches de lotus. Entrons donc dans la maison et voyons si ma femme m’a préparé quelque chose. (Il s’avance et regarde.) Voici ma maison ; entrons ! (Il entre et promène ses regards autour de lui.) Tiens, tiens (24) ! que se passet-il ici d’extraordinaire ? Le sol sert de lit à un long courant d’eau de riz qui s’est brunie en bouillissant dans un chaudron d’airain, ce qui revêt la maison d’un signe particulier et la fait ressembler à une jeune femme qui vient de faire son tilaka (25) ; excitée par ces parfums savoureux, la faim me torture Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/45 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/46 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/47 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/48 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/49 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/50 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/51 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/52 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/53 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/54 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/55 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/56 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/57 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/58 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/59 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/60 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/61 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/62 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/63 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/64 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/65 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/66 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/67 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/68 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/69 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/70 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/71 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/72 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/73 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/74 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/75 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/76 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/77 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/78 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/79 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/80 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/81 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/82 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/83 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/84 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/85 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/86 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/87 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/88 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/89 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/90 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/91 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/92 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/93 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/94 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/95 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/96 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/97 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/98 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/99 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/100 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/101 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/103 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/104 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/105 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/106 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/107 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/108 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/109 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/110 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/111 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/112 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/113 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/114 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/115 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/116 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/117 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/118 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/119 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/120 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/121 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/122 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/123 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/124 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/125 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/126 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/127 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/128 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/129 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/131 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/132 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/133 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/134 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/135 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/136 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/137 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/138 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/139 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/140 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/141 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/142 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/143 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/144 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v1.djvu/145

Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/4 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/5 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/7 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/8 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/9 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/10 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/11 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/12 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/13 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/14 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/15 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/16 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/17 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/18 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/19 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/20 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/21 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/22 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/23 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/24 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/25 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/26 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/27 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/28 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/29 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/30 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/31 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/32 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/33 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/34 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/35 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/36 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/37 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/38 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/39 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/40 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/41 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/42 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/43 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/44 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/45 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/46 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/47 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/48 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/49 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/50 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/51 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/52 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/53 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/54 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/55 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/56 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/57 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/58 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/59 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/60 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/61 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/62 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/63 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/64 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/65 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/66 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/67 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/68 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/69 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/70 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/71 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/72 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/73 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/74 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/75 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/76 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/77 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/78 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/79 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/80 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/81 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/82 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/83 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/84 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/85 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/86 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/87 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/88 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/89 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/91 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/92 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/93 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/94 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/95 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/96 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/97 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/98 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/99 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/100 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/101 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/102 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/103 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/104 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/105 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/106 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/107 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/108 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/109 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/110 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/111 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/112 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/113 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/114 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/115 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/116 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/117 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/118 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/119 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/120 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/121 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/122 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/123 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/124 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/125 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/126 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/127 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/128 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/129 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/130 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/131 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/132 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/133 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/134 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/135 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/136 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/137 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v2.djvu/138



Bibliothèque orientale Elzévirienne


VIII




LE CHARIOT

DE TERRE CUITE




imprimerie D. Bardin, à Saint-Germain.



LE CHARIOT
DE TERRE CUITE
(mricchakatika)
DRAME SANSCRIT
attribué au roi Çûdraka, traduit et annoté des scolies
inédites de Lallâ Dîkshita.
par
PAUL REGNAUD
Ancien élève de l’École pratique des Hautes-Études,
Membre de la Société asiatique.

TOME TROISIÈME

PARIS
ERNEST LEROUX, ÉDITEUR
LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE DE PARIS
DE L’ÉCOLE DES LANGUES ORIENTALES VIVANTES, ETC.
28, rue bonaparte, 28



1877


ACTE VI

L’ÉCHANGE DE LITIÈRE


Une esclave. — Comment se fait-il que ma maîtresse ne soit pas encore réveillée ? Il faut entrer auprès d’elle et la tirer de son sommeil. (Elle s’approche de Vansantasenâ qui est sous une couverture et endormie.) Levez-vous ! levez-vous ! Madame. Il est jour.

Vasantasenâ, se réveillant. — Tu dis qu’il fait jour et pourtant je ne vois pas clair (1) ?

L’esclave. — Il fait jour (2) pour moi, s’il vous semble qu’il soit encore nuit.

Vasantasenâ. — Où est retourné (3) votre joueur ?

L’esclave. — Après avoir donné ses ordres à Vardhamânaka, le seigneur Chârudatta s’est rendu dans le jardin Pushpakarandaka.

Vasantasena. — Quels ordres lui a-t-il donnés ?

L’esclave. — D’atteler à la litière avant le jour pour vous emmener.

Vasantasena. — Où dois-je aller ?

L’esclave. — Retrouver Chârudatta.

Vasantasena, l’embrassant.Ah ! tant mieux, je ne l’ai pas bien vu cette nuit (4) et je pourrai le contempler maintenant distinctement. Mais, dis-moi, me trouvé-je dans l’intérieur des appartements ?

L’esclave. — Non-seulement vous êtes dans l’intérieur de la maison, mais vous avez pénétré en même temps dans le cœur de tout le monde.

Vasantasena. — La famille de Chârudatta n’éprouve-t-elle pas de chagrin (5) ?

L’esclave. — Elle en éprouvera.

Vasantasena. — Et quand cela ?

L’esclave. — Quand vous partirez, Madame.

Vasantasena. — C’est à moi d’être affligée d’abord (6). Prends donc ce collier de perles, va trouver ma respectable sœur (7), l’épouse de Chârudatta, prie-la de l’accepter en lui disant que, vaincue par les mérites du seigneur Chârudatta, je suis désormais son esclave et que je lui rends cette parure destinée à l’ornement de sa gorge.

L’esclave. — Chârudatta s’irritera peut-être contre elle ?

Vasantasena. — Va, va ; il ne s’irritera pas.

L’esclave, prenant le collier. — J’exécute vos ordres. (Elle sort et revient un instant après.) Madame, l’épouse de Chârudatta me charge de vous répondre que vous avez été gratifiée de ce collier par son mari et qu’il ne convient pas qu’elle le reprenne. Son mari, a-t-elle ajouté, est pour elle l’ornement par excellence.

Radanika, apparaissant sur la scène avec le fils de Chârudatta quelle porte dans ses bras. — Viens, mon chéri, nous allons jouer avec le petit chariot.

Rohasena, avec chagrin. — Radanikâ, je ne veux pas de ce chariot de terre cuite. Donne-moi celui d’or.

Radanika, poussant des soupirs. — Tu sais bien, mon cher petit, qu’il n’y a pas d’or chez nous. Quand ton papa sera redevenu riche, tu pourras jouer avec un chariot d’or… Mais je vais te porter auprès de Vasantasenâ pour te distraire. (Elle s’avance.) Madame, je vous salue.

Vasantasena. — Soyez la bienvenue, Radanika. À qui donc est cet enfant qui, sans être revêtu de brillantes parures, charme mon cœur avec son visage beau comme la lune ?

Radanika. — C’est Rohasena, le fils du seigneur Chârudatta.

Vasantasena, lui ouvrant les bras. — Viens m’embrasser, mon enfant ! (Elle le prend sur son sein.) C’est le portrait de son père.

Radanika. — Il a non-seulement sa figure, je pense, mais encore son caractère ; aussi fait-il la joie du seigneur Chârudatta.

Vasantasena. — Mais pourquoi pleure-t-il ?

Radanika. — Il s’est amusé avec un petit chariot d’or appartenant (8) au fils du propriétaire de la maison voisine, qui le lui a repris. Comme il le redemandait, je lui ai fabriqué ce char de terre cuite ; mais il me dit maintenant : « Je n’en veux pas, donne-moi celui d’or. »

Vasantasena. — Hélas ! c’est la prospérité d’autrui qui cause déjà son chagrin. Destin, divinité puissante, comme tu te joues de la fortune des hommes ! À cause de toi, elle est aussi mobile que la goutte d’eau tombée sur la feuille du lotus (9) ! (Elle pleure.) Console-toi, mon enfant, tu auras un chariot d’or pour t’amuser.

Rohasena. — Radanikâ, quelle est cette dame ?

Vasantasena. — Une esclave qu’ont captivée les vertus de ton père.

Radanika. — C’est ta mère, mon enfant.

Rohasena. — Radanikâ, tu ne dis pas la vérité ; si cette dame était ma mère, elle n’aurait pas d’aussi belles parures.

Vasantasena. — Petit, ta bouche naïve prononce des paroles bien cruelles. (Elle se dépouille en pleurant de ses parures.) Maintenant je suis ta mère. Prends ces bijoux et fais-en faire un chariot d’or.

Rohasena. — Allez-vous-en ; je n’en veux pas, puisque vous pleurez.

Vasantasena, essuyant ses larmes. — Enfant, je ne pleurerai plus ; va-t’en jouer. (Elle remplit de bijoux le chariot de terre cuite.) Tu achèteras avec cela un chariot d’or.

(Radanikâ sort en emportant l’enfant.)

Vardhamanaka, arrivant sur la scène monté sur une litière. — Holà ! Radanika, annonce à l’honorable Vasantasenâ que la litière est prête et l’attend à la porte latérale.

Radanika, revenant sur la scène. — Madame, Vardhamânaka vous fait savoir que la litière est prête auprès de la porte latérale.

Vasantasena. — Ma fille, il faut attendre un instant, afin que j’achève ma toilette (10).

Radanika, sortant. — Vardhamânaka, il faut attendre un instant que Madame ait achevé sa toilette.

Vardhamanaka. — Allons, bon ! j’ai oublié les coussins de la litière ; je vais les chercher. Mais mes bœufs sont irrités par la courroie qui leur passe dans le nez : je ne puis guère les laisser seuls… Tant pis, j’irai et je reviendrai avec la litière. (Il s’en va.)

Vasantasena. — Ma fille, apporte-moi ce qui m’est nécessaire ; je vais procéder à ma toilette. (Elle se met à faire sa toilette.)

Sthâvaraka (11), arrivant sur la scène monté sur une litière. — Le prince Samsthânaka m’a dit (12) : « Sthâvaraka, prends une litière et rends-toi en hâte au vieux jardin Pushpakarandaka. » J’ai obéi et me voilà en route. Allons vite, mes bœufs, allons ! (Il s’avance en regardant autour de lui.) La route est encombrée par les voitures des paysans. Que faire ? (D’un ton impérieux.) Holà ! hé ! place, place ! (Il prête l’oreille.) Que demandez-vous ? À qui est cette litière ? C’est celle du prince Samsthânaka (13) ; dépêchez-vous donc de faire place. (Il regarde.) Tiens ! qui est celui-ci qui se détourne et se sauve d’un autre côté en m’apercevant, comme un joueur s’esquivant du tripot et qui verrait à ses trousses celui qui le dirige ? Et quel est encore cet autre… (14) ? Mais qu’importe ? Continuons notre route au plus vite. Allons ! paysans (15), détournez-vous, détournez-vous… Que me dit-on encore ? d’arrêter un instant ; de donner un coup de main pour dégager une roue ? Quoi ! moi le cocher (16) du prince Samsthânaka. Tu voudrais que je dégageasse ta roue ? Ah ! c’est un pauvre diable qui est seul, il faut faire ce qu’il demande. Je vais arrêter ma litière à la porte latérale du jardin de Chârudatta. (Il fait ce qu’il a annoncé.) J’arrive, j’arrive à ton aide. (Il sort.)

L’esclave. — Madame, on entend comme un bruit de roues ; c’est la litière qui est arrivée.

Vasantasena. — Partons, ma fille ; mon cœur me presse. Où est la porte latérale ?

L’esclave. — Venez, venez, Madame !

Vasantasena, s’en allant. — Va te reposer.

L’esclave. — Si vous voulez. (Elle sort.)

Vasantasena. Elle éprouve un clignotement de l’œil droit et monte dans la litière. — Tiens (17) ! que signifie ce clignotement de mon œil droit ? Bast ! la vue de Chârudatta préviendra (18) les effets de ce mauvais présage.

Sthâvaraka, revenant sur la scène. — J’ai détourné les voitures et je puis continuer mon chemin. (Il monte sur la litière et se parle à lui-même eu la mettant en marche.) On dirait que la litière est chargée. Peut-être est-ce parce que je me suis fatigué à dégager cette roue (19) que la chose me semble ainsi. N’importe, il faut marcher. Allons ! mes bœufs, allons !

Une voix derrière la scène. — Holà ! holà ! portiers, ayez soin de rester chacun (20) aux postes qui vous sont confiés. Le fils du bouvier vient de s’arracher à ceux qui le gardaient (21), de tuer le geôlier, de briser ses liens ; il est sorti de prison et s’esquive. Arrêtez-le ! arrêtez-le !

(Aryaka arrive brusquement sur la scène ; il est tout ému, il traîne une chaîne à un pied et a la tête couverte d’un voile.)

Sthâvaraka, à part — Voilà la ville en grand émoi (22) ; partons vite ! (Il poursuit son chemin.)

Aryaka. — « J’ai échappé à l’océan de calamités et d’infortunes, — c’est-à-dire à la prison où le roi m’avait fait jeter, — où tous les hommes sont exposés à faire naufrage (23), et j’erre çà et là en traînant à mon pied un fragment de chaîne, comme un éléphant qui vient de s’enfuir après avoir brisé ses liens. »

Le roi Pâlaka, effrayé par une prophétie, m’avait fait arrêter dans mon étable et jeter en prison pour y attendre la mort (24). Mais grâce à l’aide de mon cher ami Çarvilaka, j’ai pu briser mes fers. (Essuyant ses larmes.)

« Pourtant, est-ce ma faute, à moi, si le sort m’appelle au trône, et pourquoi m’avoir fait enchaîner comme un éléphant sauvage ? Les décrets du destin sont inévitables : c’est un prince aux ordres duquel il faut se rendre. Comment s’empêcher d’obéir, quand on est en présence d’une volonté aussi puissante ? »

Mais où aller, malheureux que je suis ? (Il regarde de côté et d’autre.) Ah ! quel est le brave homme à qui appartient cette maison (25) dont la porte latérale n’est pas fermée ?

« Cette demeure lézardée, avec son verrou démonté et ce battant de porte dont l’assemblage ne tient plus, annonce certainement un père de famille vaincu par l’infortune et qui est aussi malheureux que moi (26). »

Il n’y a pas à hésiter : j’entre chez lui.

Une Voix derrière la scène. — Allons vite, mes bœufs, allons !

Aryaka, écoutant. — Ah ! (27) une litière qui vient de là-bas !

« Si elle pouvait être occupée par une société (28) de gens de bonne composition ou que ce soit la voiture d’une femme et préparée à la recevoir ; ou bien encore la litière de personnes de distinction qu’on emmène hors de la ville et qui se trouve vide par l’effet du hasard (29). C’est le sort qui viendrait me l’offrir. »

Vardhamanaka, apparaissant sur la scène avec la litière. — Bon ! cette fois j’ai les coussins de la litière. Holà ! Radanikâ, dis à l’honorable Vasantasenâ que la litière est prête et qu’elle peut y monter pour se rendre au vieux jardin Pushpakarandaka.

Aryaka, prêtant l’oreille. — Ah ! c’est la litière d’une courtisane qui doit la conduire hors de la ville ; il faut y monter. (Il s’en approche vivement.)

Vardhamanaka, prêtant l’oreille à son tour. — J’entends le bruit de ses nûpuras (30) : Vasantasenâ est arrivée. Madame, mes deux bœufs sont irrités par la corde qui leur passe dans le nez, montez par derrière, (Aryaka suit les prescriptions de Vardhamânaka.) Je n’entends plus le son des anneaux que font résonner ses pieds de lotus (31) et la litière est chargée ; j’en conclus que Vasantasenâ est montée et que je puis partir. Allons ! mes bœufs, allons ! (Il se met en marche.)

Viraka, apparaissant sur la scène. — Holà ! holà ! Jaya, Jayamânaka, Chandanaka, Mangala, Pushpabhadra, et tous les autres !

« Mettez-vous promptement sur pied (32) ! Ce fils de bouvier qui avait été emprisonné court les champs, après avoir brisé du même coup ses liens et le cœur du roi. »

Debout ! debout ! Toi, va te poster à la porte de la route de l’est, toi à celle de l’ouest, toi à celle du midi et toi à celle du nord. Pour moi, je vais monter avec Chandanaka (33) sur ce bout de mur et faire sentinelle. Allons ! Chandanaka, viens-t’en d’ici.

Chandanaka, arrivant en sursaut. — Holà ! holà ! Viraka, Viçalya, Bhîmângada, Dandakàla, Dandacûra et tous les autres !

« Courez vite, dépêchez-vous, ne perdez pas de temps (34) ; il s’agit d’empêcher que la puissance royale ne passe dans une autre famille (35).

« Allez en toute hâte le chercher (36) dans les parcs, dans les réunions, sur le routes, à l’intérieur de la ville, au marché, dans les chaumières des bergers, partout où le soupçon peut se porter.

« Hé bien ! Vîraka, qu’en dis-tu ? Parle sans réticences (37). Qui est-ce qui a prêté main-forte à ce fils de bouvier pour briser ses liens ?

« Quel est celui qui, méritant d’être né quand le soleil était dans sa huitième mansion, ou la lune dans sa quatrième, ou Vénus dans sa sixième, ou Mars dans sa cinquième, ou Jupiter dans sa sixième, ou Saturne dans sa neuvième (38), a soustrait ce fils de bouvier, Chandanaka étant en vie ? »

Virka. — Chandanaka,

« Quelqu’un a aidé à la brusque évasion du fils du bouvier : je te le jure la main sur ton cœur, brave Chandanaka ; le soleil était déjà à moitié levé quand il s’est enfui. »

Vardhamanaka. — Allons ! mes bœufs, allons !

Chandanaka, jetant les yeux du côté de la rue. — Tiens ! tiens !

« Voilà une litière couverte qui suit le milieu de la grande route ; examine un peu à qui elle appartient et où elle va (39). »

Virka, l’examinant. — Holà ! hé ! cocher ; arrête un instant ta litière et dis-moi à qui elle appartient, qui est monté dedans et où elle va ?

Vardhamanaka. — Elle appartient au seigneur Chârudatta (40) ; elle est occupée par l’honorable Vasantasenâ que je conduis (41) au vieux jardin Pushpakarandaka (42) pour se distraire avec Chârudatta.

Virka, s’approchant de Chandanaka. — Le cocher me dit que c’est la litière de Chârudatta qui conduit Vasantasenâ au vieux jardin Pushpakarandaka.

Chandanaka. — Qu’il passe.

Viraka. — Sans qu’on y regarde ?

Chandanaka. — Pourquoi pas ?

Viraka. — Qu’est-ce qui te rend aussi confiant ?

Chandanaka. — Le nom du seigneur Chârudatta.

Viraka. — Quel est ce seigneur Chârudatta et cette Vasantasenâ, dont la litière peut passer sans être visitée ?

Chandanaka. — Quoi ! tu ne connais ni le seigneur Chârudatta, ni Vasantasenâ ? Dans ce cas, tu ne connais ni la lune (43), ni sa douce lumière qui brille dans le ciel.

« Peut-on ne pas connaître Chârudatta, ce lotus de mérites, cette lune de vertu, ce sauveur des gens tombés dans l’infortune, cette perle qui est la quintessence de quatre océans ?

« Tous les deux, — la digne Vasantasenâ et Chârudatta, le trésor du devoir, — ont droit aux hommages de la ville dont ils sont l’ornement. »

Viraka. — Ne t’y trompe pas, Chandanaka ;

« Je connais parfaitement Chârudatta et Vasantasenâ, mais dans l’accomplissement des fonctions que je tiens du roi, je ne connais pas même mon père. »

Aryaka, à part. — Depuis longtemps l’un est mon ami et l’autre mon ennemi ; aussi

« Dans l’exercice d’un même emploi, ces deux individus apportent des dispositions différentes, semblables en cela à deux feux dont l’un est allumé pour un mariage (44) et l’autre pour un bûcher. »

Chandanaka. — Mais toi qui es si vigilant (45), n’es-tu pas capitaine et pourvu de la confiance du roi ? Je vais par conséquent tenir l’attelage et tu regarderas dans la litière (46).

Viraka. — Est-ce que le roi ne t’a pas confié aussi le commandement de la force publique ? Charge-toi donc de l’inspection.

Chandanaka. — Ce que j’inspecte est en quelque sorte inspecté par toi.

Viraka. — On peut dire que ce que tu passes en revue est passé en revue par le roi Pâlaka lui-même.

Chandanaka. — Cocher ! arrête l’attelage.

(Vardhamânaka exécute l’ordre qui lui est donné.)

Aryaka, à part. — Ciel ! les gardes vont me découvrir et, malheureux que je suis, je n’ai pas d’épée ; mais

« J’imiterai l’exemple de Bhîma (47), mon bras me servira de glaive : mieux, vaut mourir en me défendant (48) vaillamment que d’être pris et rejeté en prison. »

Cependant, le moment de recourir à la force n’est peut-être pas encore venu…

(Chandanaka monte sur la litière et regarde dedans.)

Aryaka. — J’implore votre protection.

Chandanaka. parlant sanscrit. — Quiconque implore ma protection n’a rien à craindre.

Aryaka. — « L’homme qui abandonne celui qui vient se placer sous sa protection est abandonné lui-même par la déesse de la victoire, par ses amis et par ses parents ; il devient pour jamais un objet de mépris. »

Chandanaka. — Quoi ! c’est Aryaka, le fils du bouvier ! Il est dans la situation d’un oiseau (49) qui, s’enfuyant devant le faucon, tombe aux mains de l’oiseleur (50). (Réfléchissant.) Il n’est pas coupable, il s’est placé sous ma protection, il est monté dans la litière de Chârudatta et il est l’ami de Carvilaka, à qui je dois la vie ; il est vrai que, d’un autre côté, les ordres du roi sont là… Que convient-il de faire en cette circonstance ? Mais bast ! advienne que pourra ! J’ai commencé par lui dire qu’il n’avait rien à craindre. Tenons parole !

« Pour l’homme qui se plaît à rendre service, la mort peut être la conséquence de la sécurité qu’il procure à un malheureux exposé au danger. Mais qu’importe ? sa conduite n’en est pas moins (51) méritoire aux yeux du monde. »

(Il descend en exprimant la confusion.)

J’ai vu le seigneur… (52) (se reprenant) je veux dire l’honorable Vasantasenâ ; elle prétend qu’il n’est pas convenable, qu’il est indigne d’elle de la traiter ainsi sur la grande route, tandis qu’elle se rend auprès (53) du seigneur Chârudatta.

Viraka. — Chandanaka, un soupçon vient de naître (54) dans mon esprit.

Chandanaka. — Que veux-tu dire ?

Viraka. — « Tu étais troublé, tu (55) as bégayé et tu n’as dit : « J’ai vu (56) l’honorable Vasantasenâ, » qu’après avoir commencé par les mots : « J’ai vu le seigneur… »

De là ma défiance.

Chandanaka. — Est-ce une raison suffisante pour l’exciter ? Nous sommes du midi et par conséquent habitués aux dialectes de plusieurs contrées peuplées par les barbares tels (57) que les Khaças, les Khattikharas, les Karatthas, les Avilakas, les Karnatas, les Karnas, les Prâvaranas, les Daviras, les Cholas, les Chînas, les Vatsaras, les Kheras, les Khanas, les Mukhas, les Madhughâtas, etc. ; nous n’articulons pas bien nettement ; nous ne faisons pas de différence entre vu et vue, honoré et honorée, et nous ne distinguons ni féminin, ni masculin, ni neutre.

Viraka. — Mais n’ai-je pas le droit d’inspecter à mon tour ? C’est l’ordre du roi et je jouis de sa confiance.

Chandanaka. — Et moi, l’ai-je perdue ?

Viraka. — Qu’importe ? C’est l’ordre du maître.

Chandanaka, à part. — Si l’on apprend que le fils du bouvier cherchait à s’enfuir dans la litière de Chârudatta, celui-ci sera puni par le roi. Que faire ? (Réfléchissant.) J’y suis ; essayons d’une querelle comme en savent faire naître ceux de Karnata (58). (Haut.) Holà ! Vîraka, j’ai, moi Chandanaka, visité la litière et tu veux la visiter de nouveau. Qui es-tu ?

Viraka. — Qui es-tu toi-même ?

Chandanaka. — Un homme que tu dois honorer et respecter ; ne te rappelles-tu (59) pas ton origine ?

Viraka, en colère. — Mon origine ? Qu’entends-tu par là ?

Chandanaka. — Je n’empêche pas qu’on te le dise.

Viraka. — Eh bien ! qu’on me le dise.

Chandanaka. — Ou plutôt qu’on ne te le dise pas.

« Pour moi, je sais d’où tu sors et ma générosité m’empêche de le répéter. Silence donc !… À quoi bon s’occuper d’un fruit de kapittha écrasé ? »

Viraca. — Je veux que tu t’expliques.

(Chandanaka fait un geste pour indiquer que Vîraka appartient à la caste des cordonniers (60).)

Qu’est-ce que cela veut dire (61) ?

Chandanaka. — « Cela veut dire qu’après avoir démêlé les cheveux des hommes en tenant d’une main une pierre plate usée, et de l’autre une paire de ciseaux, te voilà devenu général (62). »

Viraka. — Mais toi qui viens de prétendre qu’il faut t’honorer, est-ce que tu ne te rappelles pas non plus ton origine ?

Chandanaka. — Eh bien ! quelle est donc mon origine, à moi Chandanaka, dont le sang est aussi pur que la lune (63) ?

Vikara. — Je n’empêche pas qu’on te le dise.

Chandanaka. — Dis-le, dis-le.

(Viraka exprime par un geste qu’il appartient à la caste des cordonniers (64).)

Que veux-tu faire entendre par là ?

Viraka. — Eh bien ! écoute.

« Ton extraction est très-brillante : ta mère est une timbale, ton père est un tambour, ton frère est un corbeau (65) et te voilà devenu général. »

Chandanaka, en colère. — Moi, Chandanaka, je serais un cordonnier !… Eh bien ! soit, va visiter la litière.

Viraka. — Holà ! cocher, arrête ta litière, je vais la visiter.

(Vardhamânaka obéit ; Vîraka veut monter sur la litière, mais Chandanaka le prend par les cheveux, le renverse et le frappe à coups de pied.)

Viraka, se relevant furieux. — Ah ! tu viens me prendre aux cheveux et me donner des coups de pied pendant que j’exécute sans défiance les ordres du roi ; écoute bien ceci : si je ne te fais pas écarteler (66) en plein tribunal, je ne m’appelle plus Vîraka.

Chandanaka. — Tu peux aller, si tu veux, au palais du roi ou au tribunal. Je n’ai rien à faire avec un chien comme toi.

(Vîraka s’en va.)

Chandanaka, à Vardhamânaka. — Cocher, va-t’en vite. Si quelqu’un t’interroge, tu répondras que la litière ne s’avance qu’après avoir été visitée par Chandanaka et par Vîraka. Quant à vous, Vasantasenâ, je vous offre ceci pour vous tenir lieu de sauf-conduit (67). (Il tend une épée à Aryalia qui l’accepte avec joie.)

Aryaka, à part. — « Enfin, j’ai une épée ! Mon bras droit tressaille (68). Tout va bien : je suis sauvé ! »

Chandanaka. — Madame,

« Je vous ai reconnue et procuré un sauf-conduit ; souvenez-vous, je vous en prie, de Chandanaka. Ce n’est pas l’intérêt qui dicte mes paroles (69), mais l’amitié que je vous porte. »

Aryaka. — « Chandanaka, vous dont les sentiments brillent de tout l’éclat de la lune (70), le sort a fait de vous aujourd’hui mon ami ; je me rappellerai de vous si la prophétie se réalise (71). »

Chandanaka. — « Que Çiva, Vishnu, Brahma (72), le soleil et la lune vous protègent, et puissiez-vous anéantir vos ennemis comme Devî (73) a anéanti Çumbha et Niçumbha. »

(Vardhamânaka poursuit sou chemin avec la litière.)

Chandanaka, regardant du côté de la coulisse. — Le voilà parti… J’aperçois mon ami Çarvilaka qui suit par derrière. Vîraka, que j’ai maltraité tandis qu’il s’acquittait des fonctions qu’il tient de la confiance du roi, peut me préparer un châtiment exemplaire ; mais qu’importe (74) ? Il faut prendre le même chemin que lui (75) entouré de mes enfants et de mes frères. (Il sort.)


NOTES SUR LE SIXIÈME ACTE





(1) Comm. C’est l’expression de quelqu’un qui ne se rend pas compte que l’aurore se lève : prabhâtaratrim ajânantyâh iyam uktih ; idânîm râtrir evâsti katham prabhâtam jâtam ity arthah.

(2) Comm. esha prabhâtah. Stenz. etat prabhâtam.

(3) Comm. ku ra[illisible] punah. Stenz. kva.

(4) Comm. râtrau prakâçavirahena sushtu na nirdhyâtah (Stenz. nidhyâtah) na drshtah. — Comm. Le sommeil l’ayant empêchée de bien se rendre compte de l’endroit où elle est, elle dit, « suis-je entrée, etc. » : prâtarnidrâpramattâ prâha hanje kim iti.

(5) Comm. Parce que j’ai accepté le collier de perles : yato mayâ ratnâvalî grhîtâtah samtapyate iti bhâvah.api praçne ; parijanah dârâdih. — Le sens est fixé par l’enchaînement des questions et des réponses : idam eva praçnottarâbhyâm anupadam eva sphutam iti bodhyam buddhaih. — Chacune poursuit son idée, Vasantasenâ pense au collier et l’esclave n’a en vue que les regrets dont son départ sera suivi.

(6) Comm. Si j’étais partie en emportant le collier j’aurais éprouvé un grand chagrin en apprenant celui qu’aurait ressenti la famille de Chârudatta, aussi faut-il que je le lui évite en m’affligeant la première, c’est-à-dire en rendant le collier : grhitaratnâvalîkâyâm gatâyâm ntayi nijamitracârudattapayijanaparitâpe paçcân mama bahu paçcât tâpah syâd iti prathamam eva mayâ samlaptavyam çocaniyam yathâ mitraparijanânutâpo na bhaved iti bhâvah. — C’est dans ce dessein qu’elle ajoute « prends ce collier, etc. » : ity abhiprâyena prâha hanje gehneti.

(7) Simple terme de respect dans la circonstance.

(8) Comm. patidârakakvtayâ. Stenz. patidârakasya.

(9) Nous avons déjà vu cette comparaison ; elle se retrouve partout et elle est devenue un des lieux communs les plus fréquents de la littérature sanscrite.

(10) Comm. prasâdhâyami prasâdhanam alamkârah.

(11) Comm. C’est un esclave de Samsthânaka : sthâvarakanâmd râjaçyâlasya cetah.

(12) Comm. samsthânena. Stenz. samsthânena yat.

(13) Comm. esha kasya krte pravahanah iti esha râjaçyâlasamsthdnasya krte pravahaxmh. Stenz. etat kasya pravahanavi iti esha rdjaçydlakasamsthânasya pravahanam.

(14) Comm. Il s’agit du pâtre Aryaka que Çarvilaka vient de délivrer : râjnâ pâlakena baddhas tadbandhanâd unmocitah çarvilakena ekacaranatâgnanigadah âryakanâmâ âbhirah mahâvirah yah siddhodeçât râjâ bharitâ so’yam iti jneyam.

(15) Comm. grâmyâh te eva grâmînâh janâh ity arthan.

(16) Comm. çûrah. Stenz. sûtah.

(17) Comm. kim nedam vitarke ity uktam.

(18) Comm. prasanjayishyati. Stenz. pramârjishyati. — Cette superstition était connue de l’antiquité classique. Cf. Théocrite, iii. 37.

(19) Wilson et Fauche donnent une traduction de ce passage dont il semble impossible de rétablir le mot à mot dans le texte. Je sous-entends mama avec paricrântasya et j’obtiens ainsi un sens qui me paraît très-plausible. Sthâvaraka a soupesé sans doute la litière et s’explique qu’elle lui a semblé lourde parce qu’il vient de se fatiguer à tirer un charretier d’embarras.

(20) Comm. çayadhvam. Stenz. sveshu sveshu.

(21) Comm. guptim rakshâm.

(22) Comm. sambhramah bhayam.

(23) Comm. narânâm râjakartrkabandhanamisharûpâ vyâpattih viçishtâpattih tâdanaradhâdih tajjanyam vyasanam duhkham tadâtmakam mahârnavam aham hitvâ tyaktvâ tîrtvâ ity arthah. — Aryaka fait allusion au grand océan de la transmigration, c’est-à-dire au monde matériel si souvent désigné au moyen de cette métaphore par les poètes et les philosophes de l’Inde.

(24) Comm. viçasane hanane carmani dvîpinam hantîti vat saptami.

(25) Comm. C’est celle de Chârudatta qu’il dépeint ensuite : cârudattasyedam geham asyaiva varnanam idam grham iti.

(26) Comm. mama âryakasya tulyabhâgyhah yathâham daridro vipannaç ca tathâyam ity arthah.

(27) Comm. Vardhamânaka, qui était allé chercher les coussins de sa voiture, est de retour et Aryaka dit en entendant le bruit des roues de la litière qu’il conduit « ah ! voilà, etc. » : ayam vardhamânaka evâgatah pûrvam yânâstaranânayanâya gatah ; âryakah âkarnyeti pravahananeminisvanam iti prakrântam vitarkate (sic) aye ityâdi.

(28) Comm. goshthi samânaçîlajanasamûhah samaiyâparishat. goshthîty amarah.

(29) Pour ces deux derniers cas il y a eu allusion évidente, dans l’esprit de l’auteur, à la litière où est montée Vasantasenâ et à celle préparée pour Samsthânaka ; rien de plus fréquent d’ailleurs dans notre pièce que ces références, soit anticipées, soit postérieures, à certaines circonstances de l’action.

(30) Anneaux que les femmes de l’Inde portaient aux pieds. — Comm. Vardhamânaka prend le cliquetis de la chaîne traînée par Aryaka pour le son des nûpuras de Vasantasenâ : ayam âryakacaranalagnaikanigadaçabdah.

(31) Comm. pâdotphâla, etc. Slenz. yathâ pâdotphâla, etc.

(32) Comm. kim gacchata viçrabdhâh. Stenz. kim stha viçrabdhâh.

(33) Comm. candanena samam gatvâ. Stenz. candanena samam.

(34) Comm. â âçcarye gacchata viçrabdhâh (Stenz. viçvastâh) tvaritam yâtrâm (Stenz. yatadhvam) gamanam laghu çîghram kuruta.

(35) Comm. Ou dans un autre pays : gotrântaram anyâm bhûmim kulam antaram vâ.

(36) Comm. anveshayata. Stenz. rakshata.

(37) Comm. bhanasi tâvat viçrabdham. Stenz. bhana tâvad riçvastam.

(38) Comm. C’est une allusion à certaines données horoscopiques fournies par l’astrologie. Dans le premier cas on est exposé à la souffrance, dans le second à la colique, dans le troisième à l’idiotisme, dans le quatrième au dépérissement, dans le cinquième au chagrin, et dans le sixième à l’indigence : janmato shtamasûryaphalam pîdâ, caturthacandraphalam kukshirogah, shashthaçukraphalam buddhihânih, pancamamangalaphalam kshatih, janmaskasthaguruphalam çokah, navamacanaiçcaraphalam naihsvam dravyavaidhuryam ity arthah evamâdi sphutam cedam jyotiçâstre.

(39) Comm. proshitam. Stenz. pvavasitam.

(40) Comm. cârudattasya kvtam. Stenz. cârudattasya sambandhi.

(41) Comm. niryâti. Stenz. nîyate.

(42) Comm. prasthânam (prakrshtam sthânam) pushpa°. Stenz. pushpa°.

(43) Le comm. donne api après candram ; cette particule manque chez Stenz. — candra « lune » est masculin en sanscrit, ce qui explique la comparaison établie entre cette planète et Chârudatta.

(44) En se mariant et en devenant maître de maison, chaque Indou appartenant aux castes supérieures, allumait un feu destiné aux sacrifices journaliers, qui ne devait s’éteindre qu’à sa mort. — Voir la note de Wilson.

(45) Comm. tattilah cintâparah.

(46) Le comm. n’explique pas ce passage assez difficile quant à la suite des idées. Il semble certain pourtant que Chandanaka, prévoyant la réponse de Vîraka, ne lui propose d’abord de visiter lui-même la litière que pour mieux écarter ses soupçons.

(47) L’un des Pândavas. — Comm. iyam karmani shashthî bhîmam anukarishyâmîty arthah.

(48) Comm. À coups de poings et à coups de pieds : karacaranâdiprahâram api dadatah. ity arthah.

(49) Comm. pattrarathah pahshî.

(50) Comm. çâkunikasya vyâdhasya.

(51) Comm. khalu. Stenz. ca.

(52) ârya (ajjo en sanscrit) est une épithète signifiant « noble » qui précède ordinairement les noms propres d’homme. Comme Chandanaka prononce ce mot au masculin, il trahit d’avance le mensonge qu’il médite, et c’est pourquoi il se reprend en disant cette fois âryâ au féminin. — Le comm. n’a pas na que donne ici Stenz.

(53) Comm. abhisârayitum abhisartum iti vâ.

(54) Le comm. n’a pas samutpannah que donne Stenz.

(55) Comm. tvam api. Stenz. tvam.

(56) Comm. drshto mayâ khalu. Stenz. drshto mayâ.

(57) Comm. khacetyâdini kuladeçopahitâni mlecchajâtinâmânîti bodhyam.

(58) Fauche a remarqué avec raison que cette comparaison ressemble fort à notre locution proverbiale « chercher une querelle d’Allemand. »

(59) Comm. anusmarasi. Stenz. na smarasi.

(60) Comm. carmakârajâtisûcikâm samjnâm ity arthah.

(61) Comm. are kim nedam iti vitarke ’sakvt uktam.

(62) Ce passage est fort difficile. Le texte n’en est pas fixé avec certitude et le sens tel que je l’ai tiré de celui que donne Stenz, s’accorde assez mal avec ce qui précède. Il est probable d’ailleurs que la caste des carmakâras ou cordonniers comprenait différents métiers considérés comme abjects. Comm. çrgâlaka. Stenz. çilâtala. — Comm. kukka. Stenz. kuncita. — Comm. samsthâpakah. Stenz. samsthâpakah.

(63) Avec jeu de mots sur Chandanaka, nom propre d’homme et candra, lune.

(64) Comm. samjnâm carmakârajâtijnâpikâm.

(65) Wilson traduit durmukhakarataka par tambourine ; le Dictionnaire de Saint-Pétersbourg donne, au contraire, à karataka le sens de krœhe en citant notre passage à l’appui.

(66) Comm. te tvâm caturangam na kapyâvemi kvntayâmi (Stenz. kalpayâmi) râjabhatair iti çeshah.

(67) Comm. abhijnânam cihnam.

(68) Il s’agit sans doute ici d’un pronostic du genre de celui dont Vasantasenâ tirait un funeste augure ; seulement dans ce cas-ci il est d’heureux présage.

(69) Comm. suvadâmah. Stenz. brûmah.

(70) Il y a dans le texte un nouveau jeu de mots sur le nom de Chandanaka et candra, lune.

(71) Comm. Si je deviens roi : siddhâdeçah siddhâjnâ yadi tathâ aham râjâ syâm ity âkârah.

(72) Les trois personnes de la trinité indienne.

(73) Devî ou Durgâ, l’épouse de Çiva, qui détruisit les deux asuras ou démons dont les noms suivent.

(74) Ce passage est difficile ; j’ai paraphrasé le texte de la façon qui m’a paru mettre le mieux d’accord le sens grammatical et la déduction logique des idées.

(75) Comm. etam vîrakam. Ne serait-ce pas une erreur et Chandanaka ne s’en va-t-il pas plutôt avec les siens augmenter les mécontents qui se groupent autour de Çarvilaka ?


ACTE VII

LA FUITE D’ARYAKA FAVORISÉE




Maitreya. — Voyez, mon ami, comme est beau le jardin Pushpakarandaka !

Charudatta. — C’est vrai, mon ami ; « Les arbres ressemblent à des marchands ; ils étalent leurs fleurs comme des denrées à vendre (1) et les abeilles qui voltigent alentour sont pareilles aux collecteurs qui viennent prélever le tribut (2). »

Maitreya. — Si vous vous asseyiez sur cette pierre unie ; c’est un siège naturel (3), mais qui n’en est pas moins agréable.

Charudatta, s’asseyant. — Ami, Vardhamanaka tarde beaucoup.

Maitreya. Cependant, je lui ai donné l’ordre de prendre Vasantasenâ et d’arriver le plus vite possible.

Charudatta. — Pourquoi ne vient-il pas alors ?

« Peut-être sa (4) litière s’avance-t-elle lentement et il est obligé de demander qu’on lui fasse place (5) ; ou bien une de ses roues s’est cassée et il a dû changer de véhicule ; ou bien ses guides se sont brisées (6) ; ou bien son chemin était obstrué par une pièce de bois qui se trouvait au milieu (7) et il lui a fallu solliciter un passage ; ou bien enfin, l’attelage, livré à lui-même, n’en prend qu’à son gré (8). »

Vardhamanaka, arrivant avec la litière dans laquelle Aryaka est caché (9). — Allons ! mes bœufs, allons !

Aryaka, à part.

« Redoutant la vue des gens du roi, gêné dans ma fuite par le fragment de chaîne que je traînais à la jambe, je suis monté sans être vu dans la litière d’un homme de bien où je ressemble à un coucou réfugié dans le nid du corbeau qui l’élève (10). »

Ah ! me voilà arrivé assez loin de la ville. Faut-il descendre et m’enfoncer dans les profondeurs de ce parc… ? Mais j’aperçois le maître de la litière ; j’aurais tort de me cacher ainsi… Chârudatta passe pour être l’ami des malheureux qui ont recours à lui ; il faut me montrer et aller à sa rencontre.

« Cet excellent homme voyant à quelle infortune je viens d’échapper en éprouvera une grande joie (11) ; il est magnanime et ses vertus m’aideront à supporter le lamentable état où je me trouve. »

Vardhamanaka. — Voici le jardin, entrons-y. (Il s’avance.) Holà ! seigneur Maitreya.

Maitreya. — J’ai une agréable nouvelle à vous apprendre ; j’entends la voix de Vardhamânaka : Vasantasenâ nous arrive.

Charudatta. — J’en suis bien aise, en effet.

Maitreya. — Pourquoi as-tu tardé si longtemps, fils d’esclave ?

Vardhamanaka. — Ne vous fâchez pas, seigneur Maitreya : j’avais oublié les coussins de la litière ; j’ai dû revenir sur mes pas et cela m’a fait perdre du temps.

Charudatta. — Vardhamânaka, retourne la litière ; et toi, Maitreya, mon ami, fais descendre Vasantasenâ.

Maitreya. — Est-ce qu’elle a une chaîne aux pieds qu’elle ne peut pas descendre toute seule ? (Il se lève et ouvre la litière.) Tiens ! ce n’est pas Vasantasenâ, mais bien Vasantasena (12) que j’aperçois.

Charudatta. — Allons, mon ami, assez plaisanté ! Les amoureux ne sont pas patients (13). Mais je vais l’aider moi-même à descendre. (Il se lève.)

Aryaka, regardant. — Ah ! voilà le maître de la litière ; il est aussi agréable à voir qu’à entendre : je suis sauvé !

Charudatta, montant sur la litière et regardant. — Ah ! quel est cet homme ?

« Il a le bras pareil à la trompe de l’éléphant, l’épaule épaisse et arrondie comme celle du lion, la poitrine large et bien proportionnée, l’œil grand, vif et cuivré (14). Comment un homme tel que lui (15) et paraissant si énergique a-t-il pu subir un pareil traitement (16) et recevoir aux pieds les deux chaînes qu’il traîne ? »

Qui êtes-vous, seigneur ?

Aryaka. — Je m’appelle Aryaka, je suis né (17) bouvier et j’implore votre protection.

Charudatta. — Seriez-vous l’homme que le roi Pâlaka a fait arrêter dans une étable et charger de fers ?

Aryaka. — Lui-même.

Charudatta. — « C’est un destin favorable qui vous a amené sous mes yeux ; je consentirais plutôt à perdre la vie qu’à abandonner un homme implorant comme vous ma protection. » (Aryaka manifeste la joie qu’il éprouve.)

Vardhamânaka, enlève les chaînes qu’il a aux pieds.

Vardhamanaka. — J’obéis, seigneur. (Il se met à l’œuvre.) Voilà ; c’est chose faite.

Aryaka. — La reconnaissance m’en charge d’autres bien plus solides que ne l’étaient celles-là.

Maitreya. — Allez-vous-en chez vous  (18) ! Puisqu’il est débarrassé de ses chaînes, nous, nous n’avons plus qu’à nous en aller.

Charudatta. — Fi ! ne dis pas cela.

Aryaka. — Cher Chârudatta, j’en ai usé familièrement avec vous en montant dans votre litière ; je vous prie de m’excuser.

Charudatta. — La liberté que vous avez prise est un honneur pour moi.

Aryaka. — Si vous le permettez, je prendrai congé de vous.

Charudatta.Sans doute, vous pouvez partir.

Aryaka. — Alors, je descends.

Charudatta. — Non pas, mon ami. Venant d’être enchaîné (19), vous devez marcher très-difficilement ; d’ailleurs, cet endroit est très-fréquenté et la litière empêchera qu’on ne vous reconnaisse ; servez-vous-en donc pour vous en aller.

Aryaka. — Je ferai comme vous voudrez, seigneur.

Charudatta. — Allez en sécurité retrouver vos amis (20).

Aryaka. — N’en êtes-vous pas un désormais ?

Charudatta. — Vous vous rappellerez de moi, je l’espère, dans d’autres circonstances (21).

Aryaka. — Je m’oublierais plutôt moi-même.

Charudatta. — Que les dieux protègent vos pas !

Aryaka. — C’est à votre protection que je dois mon salut.

Charudatta. — C’est votre heureux destin qui vous a protégé.

Aryaka. — Mais vous en avez été l’instrument.

Charudatta. — Pâlaka fait de grands efforts et a mis sur pied des gardes en quantité ; je vous conseille de vous éloigner au plus vite.

Aryaka. — Au revoir ! (Il s’en va.)

Charudatta. — « Je viens de faire une chose qui n’est pas propre à faire plaisir (22) au roi : il n’est pas prudent de rester ici un instant de plus. (Regardant à côté de lui.) Maitreya, jette cette chaîne dans un puits, car les rois voient tout par les yeux de leurs espions. »

(Il éprouve un clignotement de l’œil gauche.)

Maitreya, mon ami, j’aurais pourtant bien voulu voir Vasantasenâ.

« Je n’ai pas encore aperçu ma bien-aimée aujourd’hui, mon œil gauche vient d’éprouver un clignotement (23) et mon cœur effrayé se serre sans cause. »

Allons-nous-en ! (Il se met en marche.) Ah ! ce çramanaka (24) que j’aperçois est de mauvais présage (25). (Réfléchissant.) Il (26) prend ce chemin, nous partirons par cet autre. (Ils s’en vont.)

NOTES SUR LE SEPTIÈME ACTE




(1) Comm. panyam vikreyam vastu.

(2) Comm. çulkam râjagrâhyam karam.

(3) Comm. asamskâreti akrtrimety arthah svabhâvatah eveti yâvat.

(4) Comm. asya vardhmânakasya.

(5) Comm. tasya pravahanasya. — antaram avakâçàm.

(6) Comm. pragrahah rajjur vrshabhayoh.

(7) Comm. vartmanah (Stenz. karma) mârgasya ante madhye ujjhitena (Stenz. utthita) tyaktena dârunâ mahâkâshthena vâritagatih.

(8) Comm. svairam svecchânurûpam preyeta vrshabhayugah svacchandam svavaçam utka thâtra vyangyâ sarvendriyasukhâsvâdo yatrâstîty anumanyate tatprâpticchâm samam kalpâm utkanthâm kavayoviduriti.

(9) Comm. Aryaka se trouve caché dans la litière où il est monté sans être aperçu en profitant de ce que Vasantasenâ, toute troublée et voyant à peine clair, a pris place par erreur dans une autre : guptah prâtarniçi vasantasenâbhramenârûdhatvâd ajnâ.ah âryako yasminn îdrçe pravahane tishthati.

(10) Comm. purishâpekshyâyoshitâm apatyeshv atimâyâsattvât (?) vayasibhir ity uktam.

(11) Comm. nirvvtih paramam sukham.

(12) Vasantasena, forme masculine du mot Vasantasenâ. C’est une plaisanterie que provoque de la part du vidûshaka l’aspect d’un homme au lieu de celui de la jeune femme qu’il s’attendait à voir dans la litière.

(13) Comm. Parce que quand ils ne le sont plus, c’est une preuve que l’amour diminue : snehe kâlâpekshâyâm snehahrâsân na kâlâpekshâ.

(14) Comm. Ce sont les signes qui caractérisent un roi : karikaretyâdini râjalakshanâni tâmretyâdi raktâksham na jahâti çrîr iti çâstrât.

(15) Comm. Qui a les dehors d’un roi : cramridhah râjalakshanalakshitah.

(16) Comm. asamânam ayogyam ; idam nigadabandhâdi katham prâptah.

(17) Comm. prakrtih jâtih.

(18) Comm. samgncchasra nilayâni. Stenz. samgaccha nigadâni, etc.

(19) Comm. pratyagretyâder navâdpanîtanigadasyety arthah.

(20) Comm. Ce vers est formé des questions et des réponses de Chârudatta et d’Aryaka : padyam idam cârudattâryakayor uttarapratyuttarâbhyâm iti jneyam.

(21) M. à m. dans d’autres discours, dans des conversations ultérieures.

(22) Comm. vyalikam apriyam vyalîkam tv apriyemte ity amarah.

(23) Comm. C’est un mauvais présage pareil à celui qu’a déjà éprouvé Vasantasena : yathaitad ankâdau vasantasenâyâh dakshinâkshisphuranam âsit tathedam cârudattasya vâmâkshisphuranam iti jneyam. — Ces pronostics funestes se réalisent dans les actes suivants par l’attentat dont Vasantasena est victime et la mise en accusation de Chârudatta : sphuranavor anayoh phalam anupadam asminn ashtame nke vasantasenâyâh çakârakrtâ maranasamânâ yâtanâ ; cârudattasya vasantasenânena cârudattena mâritety abhiçâçena râjakulanigrahaç ca naramânke daçamânke vadhâya nayanam cârudattasyeti kramena spashtam tataç ca bhâgyavaçâd (un mot illisible) âpadam nivâranam iti jneyam.

(24) Comm. C’est le masseur devenu religieux buddhiste ; sa prochaine entrée en scène s’annonce ainsi : çramanakah bauddhasamnyâsî pûrvoktasya samvâhakasya bhikshùbhûtasya praveçasûcanam idam.

(25) Comm. anâbhyudayikam abhyudayarûpaprayojanaçûnyam apaçakunarûpam ity arthah.

(26) Comm. ayam bhikshuh ; anenapathety anena sâmmukhyadùrîkaranam ity avadheyam.


ACTE VIII

LE MEURTRE DE VASANTASENÂ





Le religieux mendiant (1) tenant à la main un vêtement mouillé. — Ô, vous tous, hommes ignorants, faites provision de bonnes œuvres :

« Mettez un frein à votre ventre ; que le tambour de la méditation vous tienne constamment en éveil, de crainte que les sens, ces voleurs redoutables, ne vous ravissent le trésor longuement amassé de vos mérites. »

Que l’homme, après avoir bien considéré le caractère transitoire des choses, ait recours à la pratique des vertus (2).

« Celui qui détruit les cinq frères (les cinq sens) et la femme (l’ignorance) sauve le village (le corps), et quand il a détruit le chândâla dépourvu d’assistance (le sentiment de la personnalité), il va droit au ciel (3).

« À quoi bon se raser la tête et le visage si l’on ne se rase pas l’esprit ? Celui dont l’esprit est bien rasé a la tête assez bien rasée (4). »

Mais, voyons ! il s’agit d’entrer dans le jardin du beau-frère du roi pour y laver dans le lac ce vêtement imprégné de teinture rouge ; ensuite je me hâterai de m’en aller. (Il se met en route pour exécuter son projet.)

Une voix derrière la scène. — Arrête, mauvais çramanaka ! arrête, arrête !

Le religieux, regardant autour de lui avec effroi. — Hé ! qu’y a-t-il ? Hélas ! (5) c’est Samsthânaka, le beau-frère du roi. Il a eu à se plaindre d’un religieux mendiant et il fait emmener le premier qu’il aperçoit n’importe où, après qu’on lui a percé (6) le nez comme à un bœuf. Où chercherai-je un refuge, moi qui suis sans protecteur, à moins que Buddha, notre seigneur (7), ne me protège lui-même ?

Samsthanaka, arrivant sur la scène l’épée à la main et suivi du vita. — Arrête, mauvais çramanaka ! arrête, arrête ! Je vais te broyer la tête, comme on broie une tête de raktamûlaka dans une société de buveurs (8). (Il le frappe.)

Le vita. — Prince, ce n’est pas bien de frapper ce religieux mendiant qui porte le vêtement rouge de ceux qui ont renoncé aux choses mondaines. Laissez-le donc en paix. Du reste, voyez ce jardin, seigneur ; ne devrait-on pas pouvoir s’y promener sans crainte ?

« Ces arbres dont il est ombragé, qui offrent un refuge plein de charmes aux malheureux sans asile (9), en font une chose charmante comme le cœur des méchants quand il est mis à nu (10), ou comme un royaume nouvellement acquis, inexploité encore et dont la jouissance est offerte (11). »

Le religieux. — Serviteur (de Buddha) (12), je vous salue. Veuillez vous calmer…

Samsthânaka. — Maître, vois un peu comme il excite ma colère.

Le vita. — En quoi ?

Samsthânaka. — Il m’a traité de serviteur. Est-ce qu’il me prend pour un barbier (13) ?

Le vita. — Il a cru, au contraire, faire votre éloge en vous appelant serviteur de Buddha.

Samsthânaka. — Continue tes éloges (14), çramanaka, continue-les !

Le religieux. — Vous êtes heureux (dhanya) ; vous êtes vertueux (punya).

Samsthânaka. — Vois-tu, maître, qu’il m’appelle dhanya et punya. Suis-je donc un philosophe matérialiste ou un abreuvoir (15) ?

Le vita. — Comment, vous trouvez que ce n’est pas un éloge de vous appeler heureux, vertueux ?

Samsthânaka. — Eh bien ! maître, qu’est-il venu chercher ici ?

Le religieux mendiant. — Laver ce vêtement.

Samsthânaka. — Mauvais çramanaka, ce jardin Pushpakarandaka, qui est beau entre tous, m’a été donné par l’époux de ma sœur. Dans ce lac, où boivent les chiens et les chacals et où je ne me baigne pas moi-même, quoique étant de la plus brillante condition, tu viens laver tes hardes qui puent et qui ont la couleur (16) du bouillon de vieux haricots. Tiens ! j’ai envie de te tuer d’un seul coup !

Le vita. — Je crois qu’il n’a pas embrassé depuis bien longtemps la profession qu’il exerce (17).

Samsthânaka. — À quoi reconnais-tu cela ?

Le vita. — À quoi le reconnaître ? Voyez !

« La peau de son crâne est encore blanche, parce qu’il a été fraîchement rasé ; son sarrau rouge n’a pas eu le temps de lui rendre les épaules calleuses ; rien n’indique qu’il ait été bien usagé, car l’étoffe toute raide et dont la trame intérieure est encore invisible, manque de souplesse et ne se modèle pas sur la forme de l’épaule (18). »

Le religieux. — Il y a peu de temps, en effet, serviteur de Buddha, que je mène la vie errante de religieux mendiant.

Samsthânaka. — Et pourquoi donc ne t’es-tu pas mis à mendier aussitôt né ? (Il le bat.)

Le religieux. — Hommage à Buddha !

Le vita. — Pourquoi frapper ainsi ce malheureux ? Laissez-le partir.

Samsthânaka. — Non, non, arrête ! Il faut que je prenne conseil (19).

Le vita. — De qui ?

Samsthânaka. — De mon cœur.

Le vjta. — Hélas ! Il n’est pas encore parti !

Samsthânaka. — Mon petit cœur, mon petit maître, faut-il que ce çramanaka s’en aille ou reste là ? (Se répondant à lui-même.) Qu’il ne parte, ni ne reste. (Au vita.) Maître, maître, j’ai pris conseil de mon cœur et mon cœur m’a dit…

Le vita. — Que vous a-t-il dit ?

Samsthânaka. — Qu’il ne parte, ni ne reste, qu’il n’aspire, ni ne respire, mais qu’il soit mis à mort à l’instant.

Le religieux. — Hommage à Buddha !

Le vita. — Laissez-le partir.

Samsthânaka.Oui, mais à une condition.

Le vita. — Laquelle ?

Samsthânaka. — Qu’il enlève la boue de ce lac sans troubler (20) l’eau, ou qu’il mette l’eau en tas quelque part et enlève la boue ensuite.

Le vita. — Quelle aberration !

« Cette terre porte des fous, véritables morceaux de pierre ou de bois sous forme de corps et de chair, dont les idées sont à contre-sens (21). »

(Le religieux manifeste des signes d’indignation.)

Samsthanaka. — Que dit-il ?

Le vita. — Il célèbre vos louanges.

Samsthanaka. — Loue-moi, loue-moi, loue-moi encore et toujours !

(Le religieux lui obéit (22) et s’en va.)

Le vita. — Voyez, seigneur, comme ce jardin est beau !

« Ces arbres couverts de fleurs et de fruits et enveloppés par de solides lianes ressemblent à des maris que protége la garde instituée par le roi et goûtant une félicité parfaite à côté de leurs épouses. »

Samsthânaka. — Très-bien dit, maître !

« La terre, en effet, est émaillée par une multitude de plantes fleuries, les arbres aussi penchent sous le poids des fleurs et les singes qui jouent, pareils à des lianes suspendues (23) au sommet des arbres, ressemblent aux fruits de l’arbre à pain. »

Le vita. — Seigneur, si nous nous asseyions sur ce rocher poli ?

Samsthânaka.Soit, je m’assieds (24). (Il s’assied avec le vita.) Maître, cette Vasantasenâ me revient au souvenir comme l’injure d’un méchant qu’on ne peut pas chasser de son cœur.

Le vita, à part. — Elle a eu beau le repousser, il pense toujours à elle. Mais il ne faut pas s’en étonner,

« Car chez les hommes au cœur bas les dédains des femmes ne font qu’accroître l’amour, tandis que chez le galant homme ils l’affaiblissent ou l’éteignent. »

Samsthânaka. — Il y a déjà quelque temps que j’ai donné l’ordre à mon esclave Sthâvaraka de prendre une litière et de venir ici au plus vite. Il n’est pas encore arrivé. Cependant j’ai faim depuis longtemps et il m’est impossible de m’en aller à pied en plein midi.

Vois !

« Le soleil a atteint le milieu du ciel : il est impossible de le fixer et il a la mine d’un singe en colère ; quant à la terre, elle est aussi grièvement brûlée (affligée) que Gândhârî après la mort de ses cent fils (25). »

Le vita. — En effet.

« Les vaches négligent de brouter le gazon pour sommeiller à l’ombre ; les animaux sauvages tourmentés par la soif boivent avidement l’eau tiède de ce lac (26) ; le peuple accablé s’empresse de déserter les rues de la ville et, à mon avis, le cocher a arrêté sa litière quelque part pour éviter de fouler un sol brûlant. »

Samsthânaka. — Maître,

« Les pieds (rayons) du soleil viennent se poser sur ma tête ; les oiseaux, les volatiles, la gent ailée s’est retirée dans les branches des arbres ; les hommes, les mortels, les habitants de la terre évitent la chaleur qui leur arrache de longs et brûlants soupirs en se réfugiant dans leurs demeures. »

Et pourtant, mon esclave ne revient pas… Mais si je chantais un peu pour me distraire. (Il se met à chanter.) Hé bien ! maître, as-tu entendu ma chanson ?

Le vita. — Sans doute. Vous méritez qu’on vous appelle gandharva.

Samsthânaka. — Comment ne serais-je pas un gandharva ?

« J’ai fait la cour à une collection d’aromates, — hingûjjvala (27), cumin, cyperus, vacâyâ (28), granthi (29) et gingembre sec mêlé de mélasse (30). Peut-on avec cela ne pas avoir la voix douce ? »

Maître, maître, je vais recommencer. (Il chante de nouveau.) Maître, as-tu entendu ce que j’ai chanté ?

Le vita. — Parbleu ! vous méritez qu’on vous appelle gandharva. Ne vous l’ai-je pas déjà dit ?

Samsthânaka. — Comment ne serais-je pas un gandharva ?

« J’ai mangé du hingûjjvala saupoudré de poivre, accommodé à l’huile de sésame et au beurre, et de la viande du sacrifice (31) en même temps. Comment n’aurais-je pas la voix douce ? »

Mais, maître, cet esclave n’arrivera-t-il pas aujourd’hui ?

Le vita. — Tranquillisez-vous ; il va venir.

Sthâvaraka, conduisant la litière dans laquelle se trouve Vasantasenâ, arrive sur la scène. — Le soleil annonce qu’il est midi et j’ai bien peur que Samsthânaka, le beau-frère du roi, ne soit déjà (32) en colère contre moi ; aussi faut-il avancer au plus vite. Allons ! mes bœufs, allons !

Vasantasenâ. — Dieux (33) ! ce n’est pas le son de la voix de Vardhamânaka. Que veut dire cela ? Est-ce que le seigneur Chârudatta, pour ménager sa litière, aurait envoyé un autre conducteur et une autre litière ? Mon œil droit éprouve un clignotement, mon cœur bat avec violence, l’horizon me paraît vide et tout me semble vaciller autour de moi.

Samsthânaka, entendant le bruit des roues. — Maître, maître, voici la litière.

Le vita. — Comment le savez-vous ?

Samsthânaka. — Tu ne l’aperçois pas ? On l’entend grogner comme un vieux cochon.

Le vita, regardant. — Vous avez raison ; la voici.

Samsthânaka. — Es-tu enfin arrivé, mon petit Sthâvaraka ?

Sthâvaraka. — Oui, seigneur.

Samsthânaka, — La litière est-elle aussi là ?

Sthâvaraka. — Oui, seigneur.

Samsthânaka. — Et les bœufs également ?

Sthâvaraka, — Oui, seigneur.

Samsthânaka. — Toi aussi ?

Sthâvaraka, riant. — Certainement, seigneur.

Samsthânaka. — Alors, fais entrer la litière.

Sthâvaraka. — Par quel chemin ?

Samsthânaka. — Par cette brèche du mur.

Sthâvaraka. — Mais, ce serait m’exposer à tuer les bœufs, à briser la litière et à me rompre le cou.

Samsthânaka. — Ne suis-je pas le beau-frère du roi ? Si les bœufs se tuent, j’en achèterai d’autres ; si la litière se brise, je m’en procurerai une autre et si tu te casses le cou, je trouverai un autre cocher.

Sthâvaraka. — Vous avez raison ; mais, moi, je ne me (34) remplacerai pas.

Samsthânaka. — Que tout périsse, s’il le faut mais je veux que tu fasses passer la litière par la brèche du mur.

Sthâvaraka. — Brisons la litière avec le cocher, brisons-la ; le maître peut se préoccuper d’une autre litière, je l’en ai averti. (Il avance.) Ah ! seigneur, la litière est entrée sans se briser.

Samsthânaka. — Les bœufs ne sont pas brisés, les traits ne sont pas morts et tu ne t’es pas cassé le cou (35) ?

Sthâvaraka. — Heureusement, non !

Samsthânaka. — Maître, viens ici que nous examinions la litière. Tu es mon précepteur, mon précepteur par excellence ; tu dois être honoré, considéré comme mon proche (36) ; tu dois passer le premier et, par conséquent, monter avant moi dans la litière. Le vita. — Soit ! (Il se prépare à monter.)

Samsthânaka. — Mais non, arrête ! Cette litière a-t-elle été faite pour toi, que tu y montes le premier ? J’en suis le maître et j’y monte avant tout autre.

Le Vita. — C’est vous, seigneur, qui m’aviez dit de monter.

Samsthânaka. — Quand même je te l’aurais dit, c’était à toi d’être poli (37) et de répondre : « Seigneur, montez le premier. »

Le Vita. — Hé ! bien, montez, seigneur !

Samsthânaka. — Je vais monter, mais toi, Sthâvaraka, mon petit, fais tourner la litière.

Sthâvaraka, arrêtant la litière. — Vous pouvez monter, seigneur.

Samsthânaka, monte, regarde dans la litière et, saisi de frayeur, redescend et se jette au cou du vita). — Maître, maître ! je suis mort (38) ! Il y a dans la litière une rakshashî (ogresse) ou un voleur. Si c’est une rakshashî, nous serons volés tous les deux ; si c’est un voleur, nous serons dévorés (39).

Le Vita. — Ne craignez rien, ne craignez rien ! Comment voulez-vous que des rakshashîs se promènent dans une litière menée par des bœufs ? L’éclat du soleil de midi vous a ébloui la vue et vous avez éprouvé une hallucination en apercevant l’ombre de Sthâvaraka vêtu de son sarrau.

Samsthânaka. — Holà ! Sthâvaraka, mon petit, es-tu encore en vie ?

Sthâvaraka. — Parbleu ! je crois bien.

Samsthânaka. — Maître, une femme a pris place dans la litière (40). Tiens, regarde !

Le vita. — Comment ! une femme ? alors « Baissons la tête, et passons vite comme des bœufs dont la pluie frappe les yeux, car en présence d’un homme grave, comme je le suis, d’une personne de bonne famille (41), ses regards seraient intimidés. »

Vasantasenâ, à part avec stupeur. — Ciel ! voilà le beau-frère du roi, cet homme dont la vue m’est odieuse… Malheureuse que je suis, à quelles éventualités me vois-je exposée ! Il en sera de ma promenade ici comme d’une poignée de graines jetées dans une saline : elle sera infertile et funeste. Que faire ?…

Samsthânaka. — Le lâche ! le vieux chacal (42) ! Il ne regarde pas dans la litière. Maître, jettes-y un coup d’œil.

Le vita. — Soit ! rien n’en empêche.

Samsthânaka. — Quoi ! les chacals s’envolent et les oiseaux courent à toutes jambes ? Le maître est mangé par les yeux du monstre et regardé par ses dents (43). Pour moi, je me sauve.

Le vita, à part, avec tristesse en apercevant Vasantasenâ. — Hélas ! la gazelle vient se jeter dans les griffes du tigre !

« La femelle du cygne quitte l’intérieur de l’îlot où dort son compagnon, dont le plumage a l’éclat de la lune d’automne, pour se livrer au corbeau (44) ! »

(À Vasantasenâ.) Vasantasenâ, est-ce conséquent (45) ? est-ce convenable ?

« Après avoir écarté naguère (46) cet homme (47) par l’effet d’un sentiment d’honneur (48), voilà que vous le recherchez (49) dans une intention cupide, par les ordres de votre mère…

Vasantasenâ, secouant la tête. — Non.

Le vita. — Vous obéissez, ce me semble, en cela, au naturel sans dignité des courtisanes (50). »

Ne vous l’ai-je pas dit, en effet : les femmes comme vous doivent accueillir également l’homme qu’elles aiment et celui qu’elles n’aiment pas ?

Vasantasenâ. — C’est par suite d’un échange de litières que je suis venue dans celle-ci ; j’implore votre protection.

Le vita. — Alors, ne craignez rien ; je vais lui donner le change. (À Samsthânaka.) Vous aviez raison, c’est une véritable rakshashî qui s’est logée dans votre litière.

Samsthânaka. — Si c’est une rakshashî, comment a-t-elle fait pour ne pas te voler ? Si c’est un voleur, comment ne t’a-t-il pas dévoré ?

Le vita. — Ne nous occupons plus de cela. Quel inconvénient verriez-vous à ce que nous suivions à pied ce parc qui nous offre une suite non interrompue d’ombrages pour rentrer dans la ville d’Ujjayinî ?

Samsthânaka. — À quelle fin me proposes-tu cela ?

Le vita. — Nous prendrons ainsi de l’exercice et nous procurerons du soulagement aux bœufs.

Samsthânaka. — Soit ; Sthâvaraka, emmène la litière…, ou bien, non, arrête-la, arrête-la ! Je ne vais à pied qu’en présence des dieux et des brahmanes. Non, non ; je veux monter dans la litière, afin qu’on me voie venir de loin et qu’on dise : « Voici son Excellence le beau-frère du roi, qui arrive. »

Le vita, à part. — Il n’est pas facile de changer le poison en remède salutaire. Essayons pourtant… (À Samsthânaka.) C’est Vasantasenâ qui se trouve dans cette litière ; elle vient au-devant de vos désirs.

Vasantasenâ. — Hélas ! hélas ! que dit-il ?

Samsthânaka, joyeusement. — Maître, maître ! Elle vient à moi, qui suis le premier des hommes, un Vasudeva  (51) sous les traits d’un mortel ?

Le vita. — Sans doute.

Samsthânaka. — J’ai déjà eu l’occasion de poursuivre irrespectueusement cette incomparable beauté et j’ai provoqué sa colère ; je vais maintenant me jeter à ses pieds pour obtenir mon pardon.

Le vita. — Bonne idée !

Samsthânaka. — Je tombe à ses pieds. (S’approchant de Vasantasenâ.) Ma sœur, ma mère, écoute la prière que je t’adresse : « Tu me vois à tes pieds les mains jointes, ô belle aux grands yeux et aux blanches dents  (52). Si la folie de l’amour m’a rendu coupable envers toi, pardonne-le-moi, ô toute belle dont je me déclare l’esclave ! »

Vasantasenâ. — Allez-vous-en ! Vous me tenez des discours qui me font rougir. (Elle le repousse du pied.)

Samsthânaka, en colère. — « Quoi ! tu oses toucher de la plante de ton pied, comme le ferait un chacal dans la forêt à l’égard d’une charogne, cette tête que ma mère et ma grand’mère ont couverte de leurs baisers et qui ne s’incline pas même devant les dieux ! »

Holà ! Sthâvaraka, où as-tu rencontré cette femme ?

Sthâvaraka. — Seigneur, la grande route étant interceptée (53) par des chariots de villageois, j’ai fait arrêter ma litière devant le jardin de Chârudatta et je suis descendu pour aider à dégager une roue ; dans l’intervalle, à ce que je pense, cette femme est montée dans ma litière qu’elle aura prise pour la sienne.

Samsthânaka. — Comment, ce n’est pas dans l’intention de venir me trouver (54), c’est par mégarde que tu es entrée dans ma litière ? Descends-en ! descends-en ! Tu as le front de te servir de mes bœufs pour courir après ce fils du syndic, tombé dans l’indigence. Descends, drôlesse, descends, descends !

Vasantasenâ. — Vous m’honorez vraiment en me reprochant de courir après le seigneur Chârudatta. Maintenant, du reste, advienne que pourra…

Samsthânaka. — « Avec ces mains munies de dix ongles pareils aux pétales du lotus et qui sont désireuses de donner des coups en guise de compliments, je te prendrai aux cheveux et j’arracherai ton beau corps de ta litière, comme Jatâyu (55) agit à l’égard de l’épouse de Bâli. »

Le vita. — « On ne traîne pas aux cheveux les femmes douées de telles perfections ! Est-il permis de dépouiller de leurs tiges les lianes qui font l’ornement des bosquets ? »

Relevez-vous donc ; c’est moi qui me chargerai de la faire descendre. Vasantasenâ, veuillez mettre pied à terre.

(Elle descend et se retire de côté.)

Samsthânaka, à part. — Le feu de la colère que ses paroles méprisantes avaient allumé tout à l’heure dans mon âme, a redoublé d’ardeur sous l’effet du coup de pied dont elle m’a frappé. Je suis décidé maintenant à la tuer. (Haut.) Maître, maître !

« Si tu désires un manteau à larges pans traînants, orné de centaines de tresses, si tu veux manger de la viande et te régaler, — chuhû, chuhû, chukku, chuhû, chuhû… (56) »

Le vita. — Eh bien ?

Samsthânaka. — Veux-tu me faire un plaisir ?

Le vita. — Sans doute, s’il ne s’agit pas d’une chose qu’on ne puisse faire (57).

Samsthânaka. — Ça n’en a ni l’odeur ni la saveur (58).

Le vita. — Alors, parlez.

Samsthânaka. — Il faut que tu tues Vasantasenâ.

Le vita, se bouchant les oreilles. — « Si je frappais une jeune femme innocente, qui est l’ornement de la ville et qui, bien que courtisane, éprouve des sentiments qu’on ne rencontre pas d’habitude dans les lieux de prostitution (59), quelle barque trouverais-je pour traverser la rivière qui sépare ce monde-ci de l’autre ? »

Samsthânaka. — Je t’en procurerai une (60), moi. Du reste, qui peut te voir dans ce jardin désert ?

Le vita. — « Qui me verra ? Mais les dix points cardinaux (61), les divinités des bois, la lune et le soleil, dont nous ressentons les rayons brûlants (62), le juge des morts, le vent, l’atmosphère, ma conscience, et la terre. — tous ces témoins des bonnes et des mauvaises actions (63). »

Samsthânaka. — En ce cas, cache-la sous le pan de ton manteau et tu la tueras ensuite.

Le vita. — Êtes-vous fou, malheureux (64) ?

Samsthânaka. — Ce vieux chacal (65) a peur de mal faire ! Soit ; je vais appeler Sthâvaraka. Sthâvaraka, mon enfant, je te donnerai des bracelets d’or.

Sthâvaraka — Que je pourrai porter (66) ?

Samsthânaka. — Je te ferai faire un siége (67) d’or.

Sthâvaraka. — Sur lequel je pourrai m’asseoir ?

Samsthânaka. — Je te donnerai tous les restes de ma table.

Sthâvaraka. — Et je pourrai les manger ?

Samsthânaka. — Tu seras le chef de tous mes esclaves.

Sthâvaraka. — Je serais le maître ?

Samsthânaka. — Mais écoute ce que j’ai à t’ordonner.

Sthâvaraka. — Seigneur, je ferai tout ce que vous voudrez, excepté une chose qu’on ne puisse faire.

Samsthânaka. — Cela n’en a pas l’odeur.

Sthâvaraka. — Parlez, seigneur.

Samsthânaka. — Il faut que tu tues Vasantasenâ.

Sthâvaraka. — Calmez-vous, seigneur. C’est moi, pauvre esclave, qui ai amené ici cette dame, montée par erreur dans ma litière.

Samsthânaka. — Ne suis-je pas ton maître (68) ?

Sthâvaraka. — Vous êtes le maître de mon corps, mais non de ma conscience (69). Apaisez-vous, seigneur ; vous m’effrayez.

Samsthânaka. — Tu es mon esclave ; qu’as-tu à craindre ?

Sthâvaraka. — L’autre monde, seigneur.

Samsthânaka. — Qu’est-ce que cela, l’autre monde ?

Sthâvaraka. — La conséquence des bonnes et des mauvaises actions.

Samsthânaka. — Et quelle est la conséquence des bonnes actions ?

Sthâvaraka. — Une condition pareille à celle d’un seigneur comme vous, qui possède beaucoup d’or.

Samsthânaka. — Et celle des mauvaises ?

Sthâvaraka. — Un état semblable au mien, dans lequel il faut attendre sa nourriture d’autrui (70). Aussi, je ne veux pas commettre une mauvaise action.

Samsthânaka. — Ah ! tu ne veux pas la tuer (71) ? (Il le frappe à coups redoublés.)

Sthâvaraka. — Vous pouvez me battre, seigneur, vous pouvez me tuer, mais vous ne me ferez pas commettre un acte coupable.

« Le sort et les fautes que j’ai commises dans une existence antérieure m’ont fait naître esclave ; je ne veux pas m’exposer à renchérir (72) sur cette triste condition et, par conséquent, j’éviterai de commettre un crime. »

Vasantasenâ, au vita. — Maître, j’implore votre protection.

Le vita. — Seigneur, apaisez-vous, je vous en prie. Toi, Sthâvaraka, je te félicite.

« Dans la condition (73) misérable et servile (74) que cet esclave occupe, il n’oublie pas les fruits à recueillir dans l’autre monde (75). Il n’en est pas de même de son maître ; aussi me demandé-je pourquoi ceux-là ne meurent pas sur l’heure qui négligent le bien pour accumuler le mal (76) ? »

(À Samsthânaka.) « L’inégalité du sort dépend des fautes commises dans une vie antérieure : c’est pour cela qu’il est esclave et que vous êtes maître ; c’est pour cela qu’il ne jouit pas de votre félicité et que vous, vous n’avez pas à obéir à ses ordres. »

Samsthânaka, à part. — Ce vieux boiteux (77) a peur de mal faire et cet esclave redoute l’autre vie… Que craindrais-je, moi ? Ne suis-je pas le beau-frère du roi ? un personnage de première importance ? (Haut.) Toi, esclave, va-t’en ! Retire-toi dans la chambre à coucher, repose-toi là à l’écart et ne bouge pas !

Sthâvaraka. — Seigneur, j’accomplis vos ordres. (S’approchant de Vasantasenâ.) Madame, je ne puis rien de plus. (Il s’en va.)

Samsthânaka, faisant un nœud coulant avec sa ceinture. — Reste là, Vasantasenâ ; je vais te tuer.

Le vita. — Comment ! la tuer en ma présence ?

(Il le saisit à la gorge.)

Samsthanaka, renversé à terre. — Le maître me tue (78) !

(Il tombe en syncope, puis reprend ses sens).

« Je l’ai régalé sans cesse de viande et de beurre, et aujourd’hui que l’occasion se présente de m’être utile, comment se fait-il qu’il devienne mon ennemi ? »

(Réfléchissant.) Mais j’avise un moyen ; ce vieux chacal a fait de la tête un signe d’intelligence à Vasantasenâ. Il faut le dépêcher quelque part, et je pourrai la tuer. C’est cela. (Haut.) Malgré ce que je t’en ai dit, maître, je n’ai pas l’intention de commettre un crime, moi qui suis issu d’une famille d’un rang incommensurable (79). Je n’ai dit cela que pour la faire céder à mes désirs.

Le vita. — « À quoi bon parler d’une haute naissance ? La vertu est le seul mobile en pareille circonstance. C’est dans un sol fertile que les épines croissent le plus vigoureusement. »

Samsthanaka. — Maître, ta présence intimide (80) Vasantasenâ et l’empêche de céder. Va-t’en donc un peu. D’ailleurs, Sthâvaraka que j’ai battu est parti et peut s’enfuir ; mets la main sur lui et ramène-le.

Le vita, à part. — « La noblesse du caractère (81) de Vasantasenâ peut, en effet, l’empêcher de se livrer à ce fou en ma présence. Il faut les laisser seuls, car les plaisirs d’amour exigent, pour qu’on les goûte, la sécurité du mystère (82). »

(Haut.) Soit ; je m’en vais.

Vasantasena le saisissant par le pan de son habit. — Ne vous ai-je pas dit que je me plaçais sous voire protection ?

Le vita. — Vasantasenâ, ne craignez rien ! — Seigneur, Vasantasenâ est comme un dépôt que je remets entre vos mains.

Samsthanaka. — Bien ! qu’elle soit comme un dépôt placé entre mes mains (83).

Le vita. — Est-ce sûr ?

Samsthanaka. — Je te le promets.

Le vita, faisant quelques pas pour s’en aller. — Mais, je réfléchis à une chose : il est assez cruel pour vouloir la tuer quand je serai parti ; il faut me cacher et voir ce qu’il a l’intention de faire.

(Il se retire à l’écart.)

Samsthanaka. — C’est décidé, je vais la tuer. Pourtant, ce vieux chacal de brâhmane, ce maître fourbe, a bien pu se cacher quelque part et, en sa qualité de chacal, ne pas oublier (84) ce qu’il aura vu. Il faut faire en sorte de lui donner le change de la manière suivante. (Il cueille des fleurs dont il se pare.) Ma petite Vasantasenâ, viens près de moi.

Le vita. — Ah ! voilà qu’il est devenu amoureux d’elle ; je puis m’en aller tranquillement (85). (Il reprend sa marche.)

Samsthânaka. — « Je t’offre de l’or, je t’adresse des paroles aimables, j’incline devant toi ma tête coiffée d’un turban (86), et cependant tu ne veux pas de moi, belle aux blanches dents ; est-ce que je suis un homme de bois pour toi (87) ? »

Vasantasena. — Il n’y a pas à hésiter. (Courbant la tête pour prononcer les deux stances qui suivent.)

« Pourquoi me tenter avec de l’or, vous que souillent les actes ignobles et répréhensibles auxquels donne lieu la mauvaise conduite ? Les abeilles abandonnent-elles le lotus bienfaisant et sans tache (88) dont elles font leurs délices ?

« Quoique pauvre, l’homme de bonne famille et vertueux mérite d’être l’objet d’un attachement ardent ; une courtisane s’honore en donnant son amour à un homme de bien. »

Du reste, après avoir témoigné ma tendresse à l’arbre mango, je n’irai pas faire ma cour au palaçâ (89).

Samsthânaka. — Fille d’esclave, tu compares l’indigent Chârudatta à l’arbre mango et tu m’assimiles au (ou à) Palâça, — pourquoi pas au (ou à) Çuka (90) ? C’est ainsi que tu me (91) jettes des injures en cultivant le souvenir de Chârudatta !

Vasantasena. — Comment ne pas penser à celui qu’on aime ?

Samsthanaka. — Je vais en finir aujourd’hui avec toi et celui que tu portes dans ton cœur ; attends un peu, belle amante de ce misérable syndic !

Vasantasena. — Répétez ces (92) paroles dont je suis fière.

Samsthanaka. — Hé bien ! que Chârudatta, ce fils d’esclave, vienne à ton secours !

Vasantasena. — Il me défendrait s’il était là.

Samsthanaka. — « Est-ce donc un Çakra (93), le fils de Bâli (94), Mahendra (95), le fils de Rambhâ (96), Kâlanemi (97), Subandhu (98), Rudra (99), le fils de Drona (100), Jatâyu, Chânakya, Dhundhumâra (101) ou Triçanku (102) ? »

Et tous ceux-là même ne pourraient rien pour toi.

« Je vais te faire périr comme Chânakya a fait périr Sitâ à l’époque des Bhâratides, et comme Jatâyu a mis à mort Draupadî (103) »

(Il la brutalise.)

Vasantasena. — Hélas ! ma mère, où êtes-vous ? Seigneur Chârudatta, je succombe sans avoir pu satisfaire l’amour que j’ai pour vous !… Je vais crier de toutes mes forces… Mais non, ce serait une honte pour moi qu’on m’entendît crier. Hommage au seigneur Chârudatta !

Samsthânaka. — Encore le nom de ce misérable ! Répète-le, répète-le donc, fille d’esclave. (Il lui serre la gorge.)

Vasantasenâ. — Hommage au seigneur Chârudatta (104) !

Samsthânaka. — Meurs, fille d’esclave, meurs ! (Il l’étrangle ; Vasantasenâ tombe à terre sans mouvement.)

Samsthânaka, joyeusement. — « La voilà, cette méchante créature, ce réceptacle de vices, ce séjour d’inconduite qui, venue afin de contenter sa passion (105) pour celui qu’elle aime et qui n’est pas venu, a rencontré la mort qui est venue, elle ! Mes bras n’ont-ils pas fait de moi un grand héros ? Elle ne respire même plus, et comme Sitâ dans le Mahâbhârata, elle est morte en appelant sa mère (106).

« J’ai tué cette courtisane qui avait excité ma colère quand je lui disais : « Veux-tu de moi qui veux de toi ? » Sachant que ce jardin est solitaire, elle a été frappée d’effroi à la vue du lacet.......... (107). »

Mais le vieux chacal va revenir ; il faut me retirer à l’écart.

(Il met son projet a exécution.)

Le vita, revenant avec Sthâvaraka. — J’ai décidé Sthâvaraka à revenir… Ah ! j’aperçois Samsthânaka (108). (Il s’avance et regarde.) Ciel ! voici des traces de pas… Une femme est tombée sous ses coups. Scélérat ! Quel crime avez-vous commis ? La vue du meurtre dont vous vous êtes rendu coupable sur cette femme nous jette nous-même dans une consternation mortelle… Mais quoique mon cœur soit rempli d’inquiétude à l’égard de Vasantasenâ, mes alarmes ne reposent sur rien de certain… Espérons que, dans tous les cas, les dieux donneront aux choses une issue heureuse (109). (S’approchant de Samsthânaka.) Hé bien ! seigneur, je suis parvenu à ramener Sthâvaraka.

Samsthânaka. — Maître, sois le bienvenu, et toi aussi Sthâvaraka, mon enfant.

Sthâvaraka. — Sans doute.

Le vita. — Veuillez me rendre mon dépôt.

Samsthânaka. — Quel dépôt ?

Le vita. — Vasantasenâ.

Samsthânaka. — Elle est partie.

Le vita. — Où cela ?

Samsthânaka. — Elle s’en est allée derrière toi.

Le vita, après avoir réfléchi. — Elle n’est certainement pas allée de ce côté.

Samsthânaka. — De quel côté es-tu parti toi-même ?

Le vita. — Du côté de l’est.

Samsthanaka. — Elle aura pris du côté du sud.

Le vita. — Moi je suis allé au sud.

Samsthânaka. — Eh bien ! elle, c’est au nord qu’elle se sera dirigée.

Le vita. — Vos réponses sont inconsistantes, la chose n’est pas claire pour moi. Dites-moi donc la vérité.

Samsthânaka. — Je le jure sur ta tête et sur mes pieds, il faut en prendre ton parti : je l’ai tuée (110).

Le vita, avec désespoir. — Serait-ce vrai ? Vous l’auriez tuée !

Samsthânaka. — Si tu n’en crois pas mes paroles, regarde et admire le premier acte d’héroïsme de Samsthânaka, le beau-frère du roi. (Il lui montre le corps de Vasantasenâ.)

Le vita. — Ah ! malheureux que je suis, je meurs ! (Il tombe évanoui.)

Samsthânaka. — Hélas (111) ! c’en est fait du maître.

Sthâvaraka. — Maître, reprenez connaissance ; c’est inconsidérément que je l’ai conduite (112) ici, et je suis le premier coupable de sa mort.

Le vita, d’une voix émue après avoir repris ses sens. — Hélas ! pauvre Vasantasenâ !

« La source des grâces est tarie ! L’Amour a regagné sa patrie ! Que de charmes l’embellissaient ! Quel adorable visage ! Comme elle brillait de la gaieté que provoquent les jeux d’amour ! Ah ! rivière de bonté, îlot d’enjouement ! Ah ! aimable refuge de mes pareils. Hélas ! hélas ! le bazar de l’Amour, la mine d’où provenait la denrée de la volupté a cessé d’être (113) ! »

(Il pleure.)

Malheur ! malheur !

« Que va-t-il résulter de ce crime commis par vous, maintenant que la splendeur de cette ville, — une femme innocente, — est devenue la victime d’un affreux attentat ? »

(À part.) Mais je pense à une chose ; ce scélérat est capable de m’accuser du forfait qu’il a commis : il faut que je m’en aille d’ici. (Il se met en marche pour partir, mais Samsthânaka le retient.) Ne me touchez pas, misérable ; j’ai assez de votre société, je m’en vais.

Samsthânaka. — Halte-là ! Où veux-tu te sauver après avoir tué Vasantasenâ et m’avoir accusé de ce crime ? Est-ce qu’un homme tel que moi serait un réprouvé (114) maintenant ?

Le vita. — Sans doute, vous en êtes un.

Samsthânaka. — « Je te donnerai de l’argent, cent suvarnas ; je te donnerai des effets ; je te donnerai un turban, à condition que tu m’aides à faire taire les mauvais propos qu’on pourrait tenir sur mon compte (115). »

Le vita. — Arrière ! voilà tout ce que j’ai à vous dire.

Sthâvaraka. — Ciel !

(Samsthânaka se met à rire.)

Le vita. — « Vous pouvez me haïr et vous moquer de moi, je fais fi de votre amitié ignominieuse, déshonorante. Je renonce désormais à tout rapport avec vous et je vous rejette comme un arc brisé et sans cordes (ou sans vertus) (116). »

Samsthânaka. — Allons, maître, calme-toi ! Viens ! nous allons rentrera la ville (117) et nous amuser.

Le vita. — « Quoique honnête homme, je serais tenu pour méprisable, si l’on me voyait continuer ma cour auprès de vous ; et l’on me croirait également coupable (118). Comment pourrais-je vous accompagner, vous le meurtrier de cette femme, vous que les dames de la ville, dans l’effroi que vous leur inspirez, ne regarderont plus que d’un œil à peine entr’ouvert (119) ? »

(D’un ton de pitié.) Belle Vasantasenâ !

« Puissiez-vous, dans une autre naissance, ne plus être courtisane (120), mais briller au sein d’une honnête famille dotée de bonnes mœurs et de vertus ! »

Samsthânaka. — Où te sauves-tu après avoir assassiné Vasantasenâ dans mon vieux jardin Pushpakarandaka ? Tu vas venir avec moi t’expliquer devant le juge (121). (Il l’arrête.)

Le vita. — Attendez, insensé (122) ! (Il tire son épée.)

Samsthânaka, s’écartant avec effroi. — Ah ! si tu as peur, tu peux t’en aller.

Le vita. — Il n’est pas bon, en effet, de rester ici ; je m’en vais rejoindre Çarvilaka, Chandanaka et leurs amis. (Il part.)

Samsthânaka. — Va-t’en au diable ! Sthâvaraka, mon enfant, qu’ai-je donc fait ?

Sthâvaraka. — Vous avez commis un grand crime, seigneur.

Samsthânaka. — Quoi ! tu prétends, esclave, que c’est un crime. Mais, voyons ; exécutons notre idée. (Il détache plusieurs de ses bijoux.) Tiens, prends ces joyaux ; je te les donne afin que tu sois paré toutes les fois que je serai moi-même couvert de mes parures. Tels sont mes ordres (123).

Sthâvaraka. — Ce sont des ornements qui conviennent à un prince, mais moi je n’en ai que faire.

Samsthânaka. — Va-t’en ; emmène les bœufs et attends mon retour dans la tourelle qui domine mon palais.

Sthâvaraka. — J’exécute vos ordres, seigneur. (Il s’en va.)

Samsthânaka. — Le maître a disparu pour veiller à sa sûreté (124) et j’aurai soin, à mon retour, de faire charger de fers Sthâvaraka dans la tourelle qui domine mon palais ; de cette façon, la chose restera secrète. Je vais donc m’en aller… Mais examinons la pour m’assurer si elle est bien morte ; sinon, je serai obligé de la tuer une seconde fois. (La regardant.) Oh ! c’est bien fini d’elle. Couvrons-la de ce manteau… Mais, j’y pense, il est marqué à mon nom et l’on pourrait le reconnaître. Heureusement, voilà un tas de feuilles sèches amoncelées par le vent dont je vais me servir pour la cacher. (Réfléchissant, quand il a achevé.) C’est cela ! il faut aller maintenant au tribunal et déposer une plainte contre Chârudatta, le fils du syndic, que j’accuserai d’un crime commis sur la personne de Vasantasenâ dans mon vieux jardin Pushpakarandaka.

« J’imagine un stratagème nouveau pour causer la mort de Chârudatta, qui sera déplorée comme l’immolation des animaux dans une ville pure (125) ? »

Allons-nous-en ! (Il s’en va en jetant devant lui des regards alarmés.) Fatalité (126) ! Partout où je passe, il faut que je rencontre ce maudit çramanaka tenant à la main son manteau nouvellement teint en rouge. Je l’ai laissé partir après lui avoir écrasé le nez (127), et il est devenu mon ennemi ; s’il me voit ici, il révélera que j’ai tué Vasantasenâ. Où passer ? (Il regarde autour de lui.) Pourquoi ne franchirais-je pas ce mur dans l’endroit où il est à demi démoli ? C’est décidé !

« Hâtons-nous et imitons Mahendra partant de la montagne Hanûmant et gagnant à travers les airs, en franchissant la terre et les enfers, la ville de Lankâ (128) »

(Il part.)

Le religieux mendiant, arrivant sur la scène avec précipitation (129). — Maintenant que j’ai lavé mon manteau, je vais le suspendre à une branche d’arbre pour le faire sécher. Mais les singes pourraient le déchirer, et, si je l’étends à terre, la poussière le salira. Où puis-je donc l’étaler pour qu’il se ressuie ? (Il regarde autour de lui.) Soit, voilà un amas de feuilles sèches formé par le vent (130) sur lequel je vais le déployer. (Il étend son manteau sur le tas de feuilles.) Hommage à Buddha ! Il faut que je récite les formules saintes. (Il répète les stances déjà prononcées au commencement de l’acte.) Mais c’est assez m’occuper du ciel (131); il faut, avant de l’obtenir, témoigner ma reconnaissance à Vasantasenâ, cette servante de Buddha qui m’a racheté aux joueurs à qui je devais dix suvarnas ; depuis lors je me considère en quelque sorte comme son esclave. (Son attention est attirée par quelque chose.) Mais il me semble entendre un soupir sous les feuilles. À moins que

« Ces feuilles, échauffées par le souffle brûlant du vent et mouillées par l’eau qui découle du manteau, ne s’agitent comme des oiseaux qui déploieraient leurs ailes (132). »

(Vasantasenâ reprenant connaissance découvre une de ses mains.) Tiens ! tiens ! une main de femme qu’ornent de brillants joyaux… puis l’autre ! (Il la considère avec attention.) Je crois reconnaître cette main… Mais à quoi bon tant d’examen ? C’est bien celle qui m’a mis naguère en sûreté. Du reste, voyons la personne. (Il détourne les feuilles, regarde Vasantasenâ et la reconnaît.) Je le savais, c’est bien la servante de Buddha. (Vasantasenâ fait signe qu’elle désire de l’eau.) Elle veut de l’eau… le lac est éloigné… Que faire ? Une idée… Je ferai découler (133) sur elle l’eau dont la tunique est imbibée. (Il agit comme il vient de dire ; Vasantasenâ qui a complètement repris ses sens se relève tandis que le religieux mendiant lui fait de l’air en agitant devant elle le pan de son manteau.)

Vasantasenâ. — Seigneur, qui êtes-vous ?

Le religieux mendiant. — Quoi ! servante de Buddha, vous ne vous rappelez pas de moi, de celui que vous avez racheté au prix de dix suvarnas ?

Vasantasenâ. — Je me rappelle de vous, mais non pas de la circonstance que vous indiquez (134)… depuis (135), j’avais cessé d’être.

Le religieux mendiant. — Que vous est-il donc arrivé ?

Vasantasenâ, avec douleur. — Une aventure à laquelle sont exposées les courtisanes.

Le religieux mendiant. — Relevez-vous, relevez-vous, servante de Buddha, en vous appuyant sur la liane qui s’élève au pied de cet arbre (136). (Il incline la liane pour la mettre à sa portée ; Vasantasenâ la saisit et se relève.) Dans ce cloître (137) que voilà se trouve une femme qui est ma sœur en religion ; vous allez vous y reposer un instant, puis vous retournerez chez vous. Marchez tout doucement, tout doucement. (Ils se mettent en marche.)

(Regardant autour de lui.) Faites place, faites place, seigneurs ; c’est une jeune femme délicate et un religieux mendiant. Ma règle est pure. Je soumets à la coercition ma bouche et mes sens… Qu’importe à l’homme inébranlablement attaché à la vie future le tribunal du roi (138) ? (Ils s’éloignent tous les deux.)

NOTES SUR LE HUITIÈME ACTE




(1) C’est le masseur devenu religieux buddhiste dont il a été question à la fin de l’acte précédent.

(2) Comm. narah tâvat dharmânâm çarane gacched iti çeshah. Stenz. kevalam tâvad dharmânâm çaranam asmi.

(3) Toute cette phraséologie buddhique sert à bien caractériser le personnage. — Comm. pâncajanah pancendriyâni içiam avidyâm (Stenz striyam) grâmah çarîram rakshitah dushtatvavikrtipâtât abalah asahâyah candàlah ahamkârah. — Le sentiment de la personnalité, ou l’idée du moi, est considéré dans la plupart des systèmes philosophiques de l’Inde comme une catégorie intellectuelle dont l’extinction est nécessaire pour que l’homme atteigne le souverain bien, en rentrant en communion avec l’univers.

(4) Allusion à la tenue des ascètes qui, pour la plupart, avaient la tête rasée. Nous avons là une de ces maximes qui justifient le mot célèbre que le buddhisme est le protestantisme de l’Orient.

(5) Comm. hî bhaye avideti khede’vyayam.

(6) Comm. âvidhya. Stenz. bhittvâ.

(7) Comm. bhattârakah svâmî buddhah devah.

(8) Comm. D’après Wilson, le raktamûlaka est le « red radish » qu’on mange, d’après lui, pour s’exciter à boire, tandis que le Dictionnaire de Saint-Pétersbourg traduit ce mot par « art senf. » — âpânakam pânagoshti madhyapâyinâm samâjah.

(9) Comm. açaranâm caranâni pramodabhûtâç ca taih.

(10) Voici comment le commentaire explique cette étrange comparaison : aguptam sphutam dushtânâm hrdayam uttânam tadânim evânyasya doshâdikam kathayatîti bhâvah.

(11) Comm. anirjitam anâtmasâtkrtam abhuktam iti upabhogyam yatra tat tathudyânam idam îdrçam asad apahâya sad eva karma vidadhâti tvam tu cetanah samnyâsinam api tâdayasîti kim atah param asad asti kâryam iti çakâropari vitasya katâkshah.

(12) upâsaka, expression propre aux buddhistes.

(13) Comm. Un barbier peut, en effet, passer pour un serviteur : nâpitah khalûpâsako drshtah ity âçayah.

(14) Comm. stunu stuhi mâm ity arthah.

(15) Comm. kim aham çalâvakah koshthakam vâ (Stenz. kim aham çrâvakah koshthakah kumbhakâro vâ) çalâvakah cârvâkah koshthakam ishtikâdinirmitam nipânam yatra paçavah pivanti pânîyam tat. — Ce passage est fondé sur le double sens de dhanya et de punya : cârvâko hi dhanyah koshthakam hi punyam ity âçayah.

(16) Comm. savarnâni. Stenz. çavalâni.

(17) Comm. aciram pravajitam samnyâsah yasya tena acirasamnyâsavattety arthah.

(18) Comm. vastrântam ceti napum. — En l’absence de toute autre explication du commentaire, la traduction de cette stance difficile reste en partie hypothétique.

(19) Comm. sampradhârayâmi niccinomîty arthah.

(20) Comm. pankâvilam. Stenz. kalusham.

(21) Comm. viparyastâ viparyâsah viparîto nirnayah tadvati manasah ceshtâ vyâpâro yeshâm taih, tâdrk manah ceshtâ ca yeshâm tair iti vâ varshma dehah.

(22) Comm. tathâ krtveti stutvâ ity arthah.

(23) Comm. avalambamânâh. Stenz. vandamânâh.

(24) Comm. âsitah. Stenz. âsînah.

(25) samtapta est pris à la fois dans les deux sens de « brûlé, échauffé » et de « affligé ». — Comm. Gândhârî était la mère des Kauravas qui furent tués par les Pândavas : gândhârî duryodhanâdînâm jananî khyâtâ.

(26) Comm. sarasah idam sârasam payah.

(27) Plante aromatique, sans doute, dont le nom ne figure pas au Dictionnaire de Saint-Pétersbourg. Wilson a traduit ce mot par assa fœtida.

(28) Plante également inconnue au Dictionnaire de Saint-Pétersbourg. Wilson l’appelle orris.

(29) C’est une désignation commune à différentes plantes ; on ne saurait donc l’identifier avec certitude.

(30) Comm. sagudâ ca çunthi. Stenz. sagudâ çunthî. — Ce passage repose sur un calembour par à peu près intraduisible, c’est-à-dire sur l’analogie, quant à la forme des mots gandharva « musicien céleste » et gandha « odeur, aromate ».

(31) Comm. pârabhrtam upâyanam tasya idam pârabhrtîyam mâmsam.

(32) Comm. idânîm. Stenz. tâvat.

(33) Comm. haddhî bhaye.

(34) Comm. âtmanah krte. Stenz. âtmîyah.

(35) Nous avons ici un nouvel exemple d’intervertissement ridicule, dans le genre de ceux qui se trouvent déjà dans la bouche de Samsthânaka au premier acte. Le commentaire a la leçon suivante, toute différente de celle de Stenz ; elle été suivie pour l’édition de Calcutta : na ucchinnâlajjah pumçcalija vrshabhah (sic) na mrtah tvam api na mrtah. chinnâlajjety ekapadasyâpi madhye padântarair vyavahitavam cakâravacanatvâd upapadyate.

(36) Comm. prakrtam. Stenz. pitrsambhandi.

(37) Comm. âcârah. Stenz, âdarah.

(38) Comm. marâmi mriye’ ham ity arthah. Stenz. mrto’ si.

(39) Facétie grotesque dans le goût de celles qui sont familières à Samsthânaka. Comm. viruddhoktih çakâravacanatvât samâdheyâ.

(40) Comm. pravahanântah stri. Stenz. pravahanâdhirûdhâ strî.

(41) Comm. Le vita parle de sa propre dignité : atra vitenâpi nijagauravam uktam.

(42) Comm. vrdddhacetah ; Stenz. vrddhadkhodah.

(43) C’est évidemment une allusion (agrémentée de coq-à-l’âne) au prétendu monstre qui se trouve dans la litière. — Comm. viruddhoktih çakâravâkyatvât.

(44) Comm. Exemple de la figure appelée aprastutaçamsâ.

(45) Comm. sadrçam anurûpam.

(46) Comm. Quand il lui avait envoyé une litière avec une parure valant dix mille suvarnas : yadâ dçasahasrasuvarnamudrânâm alamkârah pravahanam ca preshitam tadety arthah.

(47) Comm. râjacyâtam imam avajnâya tiraskrtya.

(48) Comm. mânât. Stenz. madât.

(49) Comm. ihaivâgatâsîti çeshah.

(50) Comm. açaundiryasvabhâvena anaudâryaprakrtyâ veçyâtvâd âgatâsîti manyate janenety arthah.

(51) Comm. vâsudevakam vâsudevasadrçam ivepratikrtâvitisûtrena kan açva iva açvakah iti vat.

(52) Le texte donné par Stenz. et confirmé par le comm. ne permet guère de construction satisfaisante, et ma traduction n’est qu’approximative.

(53) Comm. ruddhe râjamârge Stenz. ruddhah râjamârgah.

(54) Comm. abhicîlitum. Stenz. abhisartum.

(55) Vautour qui joue un rôle important dans le Ramâyâna. Il n’est rapproché ici de l’épouse de Bali que par une de ces confusions que l’auteur met dans la bouche de Samsthânaka toutes les fois qu’il veut faire le bel esprit. — Comm. pâthântare hanûmân. sarvam idam çakâravacanatayâ viruddham hatopamam ceti na vismaranîyam.

(56) Comm. Onomatopée pour exprimer le bruit que font les mâchoires quand on mange : caturthacaranah bhakshanaçabdhânukârah.

(57) C’est-à-dire d’une mauvaise action (âkârya). Dans sa réponse, Samsthânaka prend, ou feint de prendre, au contraire, le même mot dans le sens de « chose impossible. »

(58) Comm. râkshasikâpi. Stenz. raso’pi. — D’après le Dictionnaire de Saint-Pétersbourg, râkshasi « ogresse » a aussi le sens de parfum. Il est probable que râkshasikâ est pris ici dans cette dernière acception, en même temps que dans son sens ordinaire, avec allusion à l’ogresse dont il a été question plus haut.

(59) Comm. veçena veçyâjanasamâcrayena na sadrçah pranayah prîtih upacârac ca yasyâh tâm pranayasyopacâro yasyâh tâm iti vâ.

(60) Comm. mesham. Stenz. udupam.

(61) Les quatre points cardinaux, les quatre points intermédiaires, le zénith et le nadir.

(62) Comm. tadânim madhyâhne raver mastakasthitatvâd âha ayam iti.

(63) Comm. ete’ shtâdaça sâkshinah pratyakshâh pratyakshâh pratyaksham ity âha sukrtetyâdi.

(64) Comm. apadhvastah nashtah.

(65) Comm. vrddhaçrgâlah. Stenz. vrddhakhodah.

(66) Comm. dhârayishyâmi. Stenz. paridhâsye.

(67) Comm. pîthakam. Stenz. pîtham.

(68) Comm. na prabhavâmi na prabhur bhavâmîty arthah.

(69) Comm. M. à m. « de mes mœurs », câritrasya.

(70) Comm. bhakshakah bhûtah. Stenz. pushtako jâtah.

(71) Comm. mâryishyasiti. Stenz. mârayishyasi.

(72) Comm. krinishyâmi. Stenz. kreshyâmi.

(73) Comm. daçâ avasthâ.

(74) Comm. preshyah dâso pi san.

(75) Comm. paratra paraloke.

(76) Comm. asadrçam ananurûpam vadhapâpâdisadrçam anurûpam punyâdi. — La liaison des idées entre le premier pada de cette stance et le second est difficile. Wilson a entendu : C’est pour cela (à cause du fruit à recueillir dans une autre vie) que ceux qui accumulent le mal et négligent le bien ne meurent pas tout de suite (dès qu’ils sa livrent à leurs mauvais instincts). Peut-être est-ce la vraie tournure à donner à la phrase, mais il faudrait des exemples de katham iva pris autrement que dans un sens interrogatif.

(77) Comm. vwrddhaçrgâtah. Stenz. vrddhakhodah.

(78) Comm. blâûyah bhattakam mârayati. Stenz. bhdâra bhattiaka mâryate.

(79) Comm. bvhattaraih pattraputapramânaih kulaih (Stenz. bvhati galvarkapramâwe kule) samudrapramânair iti vaktavye mallakapramâpâtayâ kulam upaminoti ; mallakah pattrapatuh tena kulasya mahattvam. maurkyâd upaminoti çakârah iti bodhyam. — Cf. la note de Wilson.

(80) Comm. lajjâyate. Stenz. lajjate.

(81) Comm. çaundirah mahâvirah.

(82) Comm. viçrambhah riçrambhah tena rasah rûgah yatra sa tathâ.

(83) Comm. Ou bien qu’elle reste entre mes mains pour mourir ; le mot prâcrit naçena pouvant signifier à la fois « dépôt » et « mort » : nâçceneti vyangyam ubhayatrdpi prdkrte padam ndceneti dhyyeyam sudhibbih.

(84) Comm. hulabhulim vismrtim karoti karishyatity arthah.

(85) Comm. nirvrtah paramasukhî.

(86) Comm. saveshtanena soshnîshena.

(87) Comm. kim sevakam. Stenz. kim te vayam. — kashtamaya. Stenz. kâshthamaya.

(88) Comm. C’est Chârudatta qu’elle a en vue : kamalam ity anenâprastutapraçamsayâ cârudattah pratipâditah ata eva cârudatte eva sucaritetyâdi viçuddhetyâdi viçeshanânvayahprâdhânyena samgacchate iti dhyeyam.

(89) Butea frondosa.

(90) Kimçuka est un autre nom de la Butea frondosa, mais on peut lire aussi kim çuka, en considérant çuka comme un mot à part désignant une autre espèce d’arbre, l’acacia sirissa ou le ziziphus scandens. Roxb. — Palâça et Çuka sont aussi les noms de deux rakshasas et Samsthânaka joue sur le double sens de ces mots. Wilson ne paraît pas s’en être aperçu, quoique le comm. aurait dû le mettre sur la voie. Comm. palam mâmsam açnâtîti palâço râkshasa (sic) ity abhiprâyah.

(91) Comm. mahyam. Stenz. me.

(92) Comm. etâni manque chez Stenz.

(93) Un des noms d’Indra.

(94) Angada, l’un des singes qui servirent d’auxiliaires à Râma dans ses combats contre Ravana.

(95) Un autre nom d’Indra.

(96) Personnage inconnu d’après Wilson ; Rambhâ était une apsara ou une nymphe céleste.

(97) Asura ou démon tué par Krshna ; c’est aussi le nom d’un rakshasa.

(98) C’est le nom d’un rshi ; mais il est douteux que ce soit ce rshi que Samsthânaka avait en vue.

(99) Un des noms de Çiva.

(100) Açvatthâman, l’un des auxiliaires des Kauravas.

(101) Nom qui se rapporte en même temps à Kuvalàçva, roi d’Oude et au fils de Triçanku.

(102) Autre roi d’Oude, dont les aventures mythologiques sont célèbres.

(103) Ou Krshnâ, l’épouse des cinq frères Pândavas. — Tous ces faits sont erronés, c’est-à-dire contraires aux données des poëmes épiques.

(104) Comm. caturthyarthe shashtî. — Ne faudrait-il pas lire bhârate yuddhe, au lieu de bhârate yuge ?

(105) Comm. ramane ramananimittam.

(106) Comm. nihçvâsâpi (Stenz. niçvâse’ pi) mriyate ambâsumr (Stenz. ambasmarâ). — Le texte, on le voit, est aussi peu sûr que peu clair et la traduction n’en saurait être qu’approximative.

(107) Le texte du dernier hémistiche de cette stance est tellement fruste ou corrompu, qu’il est impossible d’en tirer un sens satisfaisant. Voici la leçon assez différente de celle de Stenz. donnée par le commentaire : sevâ vancitabhrâtrka mama pitâ mâteva sâ draupadî yasyâh paçyati nedrçam vyavasitam putrasya sûratvam.

(108) Comm. neli kanyakâ tasydâh mâtaram veçvâm veçyânâm kanyotpattâv evânandadarçanât kanyâmâtrtvena vyavahârah tathâ câtra sarvatra kânelimâtrpadam vyâkhyâtam ; nelîmâtâ veçyâ iti dhyeyam.

(109) Quoique aucune indication scénique ne nous en avertisse, nous avons évidemment là une apostrophe qui semble un peu plus décousue qu’il ne convient. Du moins le vita paraît aller vite tout d’abord dans ses conjectures sinistres ; aussi Wilson, qui s’est efforcé de donner à la pièce une physionomie régulière, a laissé de côté ce pas âge dans sa traduction.

(110) Comm. eshâ mayâ mâritâ. Stenz. sâ mâritâ.

(111) Comm. hi hi khede.

(112) Comm. avicâritam pravahanam. Stenz. avicâritam.

(113) Comm. vipanih âpanah bâjâra hâta iti bhâshâ saubhâgyam saundaryam sudaivam vilâsâdinâm adbhutatvam ca tad eva panyam vikreyavastujâtam tasya âkarah khanir utpattibhûmih ity arthah.

(114) Comm. anâthah prâptah apadhvastah lokadvayabhrashtah.

(115) Stenz. n’avait pas d’indication sur le mètre de cette stance. En voici le texte tel que le commentaire le donne avec les gloses : attham itîndravajrâcchandah artham çatam dadâmi suvarnam te kahâvanam angarakshâdivastram kim cid anyad vâ vastu dadâmi saveshtikam veshtikâ ushnîsham katibandhanam vâ te esha duhçabdânâm phalakramo me sâmânyako bhavatu manushyakânâm. — J’ai adopté ce texte pour ma traduction en substituant parâkramah à phalakramah.

(116) Comm. gunah maurvî prasiddhâ prâninâm ramanîyâh dharmaviçeshâç ca.

(117) Ou dans le lac (pour nous baigner). Comm. nalinyâm (Stenz. nagaryâm) sarasyâm.

(118) Comm. apatitam api mâm patitam bhavantam sevamânam janah patitam iva mâm anâryam manyate ity anvayah.

(119) Comm. nagarastribhih çankitair ardhâkshibhir drshtam tvâm ity arthah.

(120) Comm. Afin de ne plus être exposée au même soit : kasyâm cid api jâtau tvam veçyâ mâ bhûh kim tv îdrçe kule jâyethâh ; veçyâtvâd eva vipattir iyam âpatitâ nedrçî tu kulînânâm anganânâm iti bhâvah.

(121) Comm. âvrttasya (Stenz. âvuttasya) adhikârinah ity arthah.

(122) Comm. jâlmah asamîkshyakârî.

(123) Comm. mayâ tâvat dattam yâvatyâm velâyâm alamkaromi tâvatim velâm tvam âtmânam alamkuru iti çeshah mama âjnâ tava. Stenz. mayâ tâvad dattam yasyâm velâyâm alamkaromi tasyâm mamânyas tava.

(124) Comm. âtmaparitrâne âtmaparitrânanimittam âtmarakshârtham ity arthah. bhâvah gatah adarçanam vitah svavadhabhiyâ punar na locanapatham âgamishyatîty arthah.

(125) Wilson a entendu la ville d’Ujjayinî en tant que livrée au culte buddhique.

(126) Comm. avida mâdike idam atiçvedârthakam.

(127) Comm. esha mayâ nasi chittvâ vâhitah. Stenz. mayâ nâsâcchedanavâhitah.

(128) C’est une allusion à un épisode bien connu du Râmâyana, seulement Samsthânaka prend le singe Hanûmant pour le mont Mahendra et réciproquement. — Comm. tulitah. Stenz. tvaritah. — Comm. mahendraçikharâd iva hanûmân iti vaktavye çakâroktayâ viparîtam ity asakrd âveditam.

(129) Comm. patâkshepeneti nepathyapatam udghâtya pravishta ity arthah. yas tâvad evam evâgatah pâtraviçeshah sa patâkshepeneti nâtake samketah evam evedam iha pûrvâdparatra bodhyam.

(130) Comm. vâtâlîpunjite çushkapattrasamcaye. Stenz. vâtâlîpunjitah çushkapattrasamcaya eshu, etc.

(131) Comm. C’est-à-dire de la délivrance : svargena mokshenety arthah.

(132) Comm. vistrînapattrâhprasâritapakshâh (Stenz. pattrâni) manye. pattrâh (Stenz. pattrâni) pakshinah. - II y a jeu de mots sur pattra signifiant feuille et aile.

(133) Comm. gâlayishyâmi. Stenz. kshâlayishyâmi.

(134) Comm. kevalam tvâm smarâmi daçasuvarnanishkrîtatvena na smarâmîti mahatâm mahânubhâvateti bodhyam.

(135) Comm. param. Stenz. varam.

(136) Comm. Il était défendu aux ascètes de toucher qui que ce soit et à plus forte raison une femme, surtout une jeune fille : samnyâsinâ na kasyâpi sparçah kâryah kim vâcyam tatra strînâm sparçe tatrâpi tarunyâh iti çâstram.

(137) Comm. vihâro nâstikânâm devâlayam iti sphumtam. — Comm. haste(. Stenz. hastah.

(138) Comm. yo dharmâtmâ tasya na kâpi bhîr ity arthah.


Fin du tome troisième.



Imprimerie D. Bardin, à Saint-Germain



3798 1876Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/5 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/6 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/7 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/9 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/10 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/11 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/12 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/13 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/14 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/15 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/16 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/17 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/18 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/19 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/20 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/21 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/22 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/23 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/24 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/25 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/26 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/27 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/28 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/29 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/30 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/31 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/32 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/33 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/34 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/35 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/36 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/37 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/38 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/39 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/40 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/41 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/42 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/43 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/44 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/45 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/46 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/47 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/48 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/49 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/50 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/51 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/53 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/54 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/55 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/56 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/57 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/58 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/59 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/60 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/61 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/62 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/63 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/64 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/65 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/66 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/67 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/68 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/69 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/70 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/71 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/72 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/73 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/74 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/75 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/76 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/77 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/78 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/79 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/80 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/81 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/82 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/83 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/84 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/85 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/86 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/87 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/88 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/89 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/90 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/91 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/92 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/93 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/94 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/95 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/96 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/97 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/98 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/99 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/100 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/101 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/102 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/103 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/104 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/105 Page:Regnaud - Le Chariot de terre cuite, v4.djvu/106

  1. Ce titre lui vient de la délicieuse scène du vie acte
  2. où Rohasena, le fils de Chârudatta, réclame un chariot d’or au lieu du chariot de terre cuite que Radanikà, la servante de son père, lui a donné pour s’amuser.
  3. D’après Wilford (Essays on the Kings of Magadha. As. Res. ix, p. 101), Çûdraka aurait été le fondateur d’une dynastie qui gouverna le peuple des Andhras et aurait vécu entre l’époque de Chandragupta et celle de Vikr mâditya, c’est-à-dire entre le iiie et le ier siècle avant l’ère chrétienne. Mais Wilson et Lassen considèrent cette assertion comme très-douteuse. L’auteur de la préface sanscrite de l’édition de Calcutta de la Mricchakatikâ mentionne aussi la même tradition, mais signale les opinions contradictoires et conclut en disant qu’on ne sait rien de positif sur la ville où régnait Çûdraka ni même sur la forme evaxte de son nom, car on trouve à côté des
  4. Les passages qui sont entre guillemets correspondent à ceux qui sont en vers dans l’original.