Ladvocat - Dictionnaire historique - 1821 - Tome 5/S

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DICTIONNAIRE

HISTORIQUE,

PHILOSOPHIQUE ET CRITIQUE.



S.


SERRE (Jean Puget de la), écrivain fécond, né à Toulouse vers 1600, fut garde de la bibliothèque de Monsieur, frère du roi, et eut le titre d’historiographe. Il composa un très-grand nombre d’ouvrages en vers et en prose dont toutes les personnes de goût parlent avec mépris. C’est de lui dont Boileau se moque dans le fameux repas de sa 3e satyre, où un campagnard

Impose (à tous) le silence ; et d’un ton de docteur :
Morbleu ! dit-il, La Serre est un charmant auteur !
Il s’en fit un grand nombre d’éditions, qui valurent beaucoup d’argent à leur auteur. De là vient que l’ingénieux auteur du Parnasse réformé lui fait dire : « Pour moi, je vous l’avoue, je n’ai presque point travaillé pour l’immortalité de mon nom : j’ai mieux aimé que mes ouvrages me fassent vivre que de faire vivre mes ouvrages : dans un temps où j’ai vu qu’on vendait si bien les méchans livres, j’aurais eu tort, ce me semble, d’en faire de bons. » La Serre étant un jour aux conférences que M. de Richesource faisait sur l’éloquence dans une maison située à Paris, place Dauphine, après avoir écouté toutes ses impertinence jusqu’au bout, il courut l’embrasser avec une espèce de transport, en s’écriant : « Ah ! monsieur, je vous avoue que depuis vingt ans j’ai bien débité du galimatias ; mais vous venez d’en dire plus en une heure que je n’en ai écrit dans toute ma vie. » Il trouvait le secret de très-bien débiter ses livres à mesure qu’il paraissaient. Son Secrétaire de la cour, ou la manière d’écrire des lettres, ouvrage qu’il dédia, en 1625, au célèbre Malherbe, fut imprimé trente fois dans l’espace d’environ 20 ans, et l’a été encore bien des fois depuis. Sa tragédie de Thomas Morus, quelque misérable qu’elle soit, eut un succès étonnant. Voici ce que M. Guéret, auteur du Parnasse réformé, fait dire à La Serre, au sujet de cette pièce : « Le Palais-Royal était trop petit pour contenir ceux que la curiosité attirait à cette tragédie. On y suait au mois de décembre, et l’on tua quatre portiers de compte fait, la première fois qu’elle fut jouée. Voilà ce qu’on appelle de bonnes pièces. M. Corneille n’a point de preuves si puissantes de l’excellence des siennes, et je lui céderai volontiers le pas, quand il aura fait tuer cinq portiers en un jour. » La Serre risquant un jour à l’hôtel de Gêvres le revenu modique de son opéra de Diomède qu’on représentait alors, quelqu’un s’écria : « Messieurs, miracle ! on joue aujourd’hui Diomède en deux endroits. » L’abbé de Marolles, qui avait connu La Serre , dit que d’abbé et de conseiller d’état, il acheva ses jours dans le mariage. Il mourut en 1665. Voy. Lussan.

SERRE (Jean-Louis-Ignace de la), sieur de Langlade, né en Quercy, fut censeur royal et mourut le 30 septembre 1756, à 94 ans. Il a donné à la comédie française la tragédie d’Artaxare ; à l’Opéra Polixène et Pyrrhus, Diomède, Polydore, Pyrame et Thisbé, Tarsis et Zélie, Scanderbeg, Nitétis. Il a composé le roman d’Hyppalque, prince Scythe, 1727, in-12 ; Les Désespérés, traduction de Marini, 1732, 2 vol. in-12.

SERRE (Jean-Antoine la), né à Paris en 1731, fut prêtre de l’Oratoire ; il a prononcé des Discours latins en différentes occasions, publié des Poésies françaises de même ; mais il a fait quelques ouvrages indépendans des circonstances, tels que la Poétique élémentaire 1770, in-12 ; l’Éloquence, poëme en six chants, in-12; des Comédies et des Tragédies jouées dans des collèges. On juge bien qu’il avait mérité d’entrer dans la plupart des académies de province, quand, il est mort à Lyon le 2 mars 1781.

SERRE (Michel), peintre, né en Catalogne, fit le voyage de Rome et s’établit à Marseille, où il est mort en 1733, à 75 ans. On voit de ses ouvrages à Marseille et à Aix. On remarque dans ses tableaux du génie et un excellent coloris.

SERRES, Serranus (Jean de), fameux calviniste, échappa au massacre de la Saint-Barthélemi, et devint ministre à Nîmes en 1582. Il fut employé par le roi Henri IV en diverses affaires importantes. Ayant été consulté par ce prince pour savoir si on pouvait se sauver dans l’Église romaine, il répondit qu’on le pouvait. Cette réponse ne l’empêcha pas d’écrire, quelque temps après, avec emportement contre les catholiques. Il entreprit ensuite de concilier les deux communions dans un grand traité qu’il intitula De fide catholicá, sive de principiis religionis christianæ communi omnium christianorum consensu semper et ubique ratis, 1607, in-8°. Mais cet ouvrage fut méprisé par les catholiques, et traité avec tant d’indignation par les calvinistes de Genève, que plusieurs auteurs les ont accusés d’avoir fait donner à Jean de Serres du poison dont il mourut en 1598, à 50 ans. Il avait été marié ; et on a de lui un grand nombre d’ouvrages dont les principaux sont 1° un livre en cinq parties, in-8°, intitulé De statu religionis et reipublicæ in Franciâ ; 2° Inventaire de l’histoire de France, en 3 vol. in-16, mais dont la meilleure édition est celle de 1660, en 2 vol. in-fol. ; 3° Mémoire de la troisième guerre civile et des derniers troubles de France sous Charles IX, en quatre livres, dans les mémoires de Charles IX, 3 vol in-8° ; 4° Recueil des choses mémorables advenues en France sous Henri II, François II, Charles IX et Henri III, in-8°. C’est ce livre qui est connu sous le titre de l‘Histoire des cinq rois, parce qu’il a été continué sous le règne de Henri IV jusqu’en 1597, in-8° ; 5° quatre Anti-Jesuita, 1594, in-8°, et dans un recueil qu’il intitula Doctrinæ jesuiticæ præcipua capita ; 6° une belle édition de Platon, en grec et en latin, avec des Notes, 1578, 3 vol. in-fol. L’ouvrage de Serres sur Platon serait peu estimé si Henri Étienne ne l’eût corrigé ; 7° un Traité de l’immortalité de l’âme, in-8°, etc. Ses ouvrages historiques sont peu fidèles et peu exacts. Il s’y déchaîne d’une manière indécente contre les personnes les plus respectables.

SERRONI (Hyacinthe), habile religieux dominicain et premier archevêque d’Albi, naquit à Rome le 30 août 1617. Il suivit en France le père Mazarin, cardinal, frère du ministre de ce nom, et se fit bientôt connaître à la cour par sa prudence et par sa capacité dans les affaires. Il fut nommé évêque d’Orange en 1646, intendant de la marine peu de temps après, et intendant de l’armée en Catalogne en 1648. 11 soutint avec habileté les intérêts de la France dans la conférence de Saint-Jean-de-Luz, et fut nommé évêque de Mende en 1661, abbé de la Chaise-Dieu en 1672, enfin évêque d’Albi en 1676 : ce siège ayant été érigé en archevêché en 1678, Serroni en fut le premier archevêque. Il mourut à Paris le 7 janvier 1687, à 70 ans. Il avait été premier aumônier de la reine mère, dont il fit l’oraison funèbre. Il fonda un séminaire à Mende et un autre à Albi. On a de lui, outre son Oraison funèbre, les Entretiens affectifs de l’âme, 5 vol. in-12.

SERRY (Jacques-Hyacinthe) , célèbre théologien de l’ordre de saint Dominique, était fils d’un médecin de Toulon. Il fut reçu docteur de Sorbonne en 1697, devint, la même année, professeur de théologie dans l’université de Padoue, où il s’acquit une grande réputation par ses ouvrages, et où il mourut le 12 mars 1738, dans sa 79e année. Ses principaux ouvrages sont 1° une grande histoire en latin des congrégations de Auxiliis, dont la plus ample édition est celle de 1709, in-fol., à Anvers, et deux ouvrages français, in-12, pour réfuter les réponses que les jésuites avaient opposées à cette histoire ; 2° une Dissertation intitulée Divus Augustinus, summus prædestinationis et gratiæ doctor, a calumniâ vindicatus, contre M. de Launoy, Cologne, 1704, in-12 ; 3° Schola Thomistica vindicata, contre le père Daniel, jésuite, Cologne., 1706, in-8°, 4° Exercitationes historiæ, criticæ, polemicæ, de Christo ejusque Virgine matre, Venise, 1719, in-4° ; 5° un traité intitulé Deus Augustinus divo Thomæ conciliatus, dont la plus ample édition est celle de 1724 , in-12, à Padoue ; 6° un traité intitulé De romano pontifice, Padoue, 1732 , in-8°, en faveur de l’infaillibilité du pape et de son autorité dans les conciles généraux. On est surpris de voir le père Serry abandonner dans ce dernier ouvrage les maximes qu’il avait puisées en Sorbonne, et qu’il avait auparavant soutenues avec zèle ; 7° Theologia supplex, Cologne, 1736, in-12, traduit en français, 1756, in-12. Cet ouvrage concerne la constitution Unigenitus.

SERTORIUS (Quintus), fameux capitaine romain, natif de la ville de Nurcia. Après s’être distingué dans le barreau par son éloquence, il suivit Marius dans les Gaules, où il fut questeur et où il perdit un œil à la première bataille. Il se joignit ensuite à Cinna et à Marius, et prit Rome avec eux l’an 87 avant J.-C. Mais au retour de Sylla, il se sauva en Espagne, s’empara de la Lusitanie et s’y soutint vaillamment contre Métellus, Pompée et les autres généraux romains qui furent envoyés contre lui. Il avait rassemblé autour de lui les Romains illustres échappés aux proscriptions de Sylla ; il avait établi un sénat et des écoles publiques. Ses liaisons avec Mithridate donnaient de l’inquiétude à Rome, lorsqu’il fut assassiné dans un festin par Marcus Perpenna, prétorien de son parti, à Huesca, l’an 73 avant J.-C. On dit que pour se concilier la vénération des Lusitaniens, il feignait, dans toutes ses affaires, de consulter une biche blanche qu’il avait apprivoisée. Tout le monde convient que Sertorius a été l’un des plus grands généraux de son temps, et que personne ni avant, ni après lui, n’a été plus habile dans les guerres de montagnes.

SERVAIS (Saint), évéque de Tongres, assista au concile de Sardique, où saint Athanase fut absous, et au concile de Rimini en 359, où il soutint la foi de Nicée. Il avait composé un ouvrage contre les hérétiques Valentin, Marcion, Aétius, etc., qui s’est perdu.

SERVANDONI (Jean-Nicolas), peintre et architecte, né à Florence en 1696, s’est fait un nom dans toute l’Europe, par les spectacles en décorations qu’il y a donnés. Il était chevalier de l’ordre de Christ, et est mort en 1766. Ses spectacles les plus connus sont Saint-Pierre de Rome, La Boîte de Pandore, Enée aux enfers, Les travaux d’Ulysse, Léandre et Héro, La forêt enchantée, le Triomphe de Mogol par Thamar Koulikan, La Constance couronnée. Le portail de Saint-Sulpice, à Paris, est bâti sur ses desseins. Il avait dirigé les décorations de l’Opéra depuis 1728 jusqu’en 1746.

SERVET (Michel), fameux hérésiarque du 16e siècle, naquit à Villanueva en Aragpn, en 1509. Il vint étudier à Paris, s’y fit recevoir docteur en médecine, et y professa les mathématiques. Il alla ensuite s’établir à Charlieu vers 1540 ; et après y avoir enseigné la médecine pendant deux ou trois ans, il voyagea en France et en Allemagne, publiant partout ses erreurs, ne voulant reconnaître qu’une personne en Dieu, et blasphémant contre la Trinité. Il fut arrêté à la sollicitation de Calvin, en 1553, à Vienne en Dauphiné, et condamné à être brillé à cause de ses erreurs. Servet se sauva après ce jugement ; mais quelques semaines après, ayant été arrêté de nouveau, il fut brûlé vif à Genève, le 27 octobre 1553, à 44 ans. On reproche avec raison à Calvin d’avoir fait paraître trop de passion et d’animosité auprès des magistrats pour la condamnation de Servet ; et le livre qu’il publia dans le même temps pour justifier son procédé, et pour montrer que les princes et les magistrats ont droit de faire mourir les hérétiques, a fourni aux catholiques un argument invincible ad hominem, contre les protestans, lorsque ceux-ci leur ont reproché de faire mourir les calvinistes en France. Colladon, l’un des juges, a traduit ce livre en français, Genève, 1560, in-8° ; et sa traduction est plus recherchée que l’original latin. Il faut avouer néanmoins que les calvinistes ont abandonné sur ce point la doctrine de Calvin, et qu’un grand nombre de savans théologiens catholiques soutiennent que les princes et les magistrats ne sont pas en droit de faire mourir les hérétiques, à moins que ceux-ci ne dogmatisent de manière à exciter des troubles et des séditions dans l’État. Il nous reste de Servet plusieurs ouvrages, dont les plus rares sont, De Trinitatis erroribus libri septem, 1531, in-8° ; Dialogorum de Trinitate libri duo, 1532, in-8° ; De Justitiâ regni Christi capitula quatuor, 1532, in-8° ; Christianismi restitutio, Viennæ Allobrogum, 1553, in-8° : c’est une nouvelle édition des livres précédens, augmentée de quelques traités ; c’est dans cette édition qu’on trouve le fameux passage sur la circulation du sang ; des notes sur la Bible de Pagnin, sur Ptolomée, Ratio syruporum, Parisiis, 1537, in-8° ; son Apologie contre les médecins de Paris, qu’il fit imprimer en 1536, qui est entièrement perdue. Ces ouvrages sont très-rares, parce que Calvin et les catholiques les firent brûler avec grand soin.

SERVIEN (Abel), ministre et secrétaire d’état, surintendant des finances et chancelier des ordres du roi, était fils d’Antoine Servien, seigneur de Biviers, d’une noble et ancienne maison originaire du Dauphiné. Il fut employé dans les négociations les plus importantes, s’acquit une gloire immortelle au traité de Wesphalie, où il était plénipotentiaire, et mourut en son château de Meudon le 17 février 1659, à 66 ans. Il était de l’académie Française. On a de lui des Lettres, imprimées, 1650, in-8°, avec celles du comte d’Avaux, et d’autres écrits.

SERVIN (Louis), conseiller d’état, avocat-général au parlement de Paris, et l’un des plus savans magistrats de son temps, servit avec zèle les rois Henri III, Henri IV et Louis XIII. Il mourut subitement aux pieds de ce dernier prince, le 19 mars 1626, en lui faisant des remontrances au parlement, où il tenait son lit de justice, au sujet de quelques édits bursaux. On a de Louis Servin des Plaidoyers, plusieurs Harangues et d’autres ouvrages, Paris, 1640, in-fol. M. Bougier, conseiller en la grand’chambre du parlement, auteur du Recueil des arrêts qui porte son nom, fit sur la mort de Servin, à laquelle il était présent, les deux vers suivans :

Servinum una dies pro libertate loquentem
Vidit, et oppressâ pro libertate cadentem.

SERVITE. Voyez Falconieri, Philippe Beniti.

SERVIUS TULLIUS, sixième roi des Romains, était fils d’Ocrisia, esclave qui sortait d’une bonne famille de Corniculum, au pays latin. On dit qu’étant dans le berceau, tandis qu’il dormait, on vit un feu s’élever au-dessus de sa tête ; ce qui fut regardé comme un présage de son élévation future. Servius Tullius devint en effet gendre de Tarquin-l’Ancien, dans le palais duquel il avait été élevé, et lui succéda 577 avant Jésus-Christ. Il vainquit les Veïens et les Toscans, fut le plus grand législateur des anciens Romains, institua le dénombrement des Romains, dont le nombre se trouva alors de 84,000 ; établit la distinction des rangs et des centuries entre les citoyens, régla la milice et augmenta l’enceinte de la ville de Rome, en y enfermant les monts Quirinal, Viminal et Esquilin. Il fit bâtir un temple de Diane sur le mont Aventin, et donna sa fille Tullia en mariage à Tarquin-le-Superbe, qui devait lui succéder. Ce prince, impatient de régner, fit assassiner Servius Tullius, 533 avant Jésus-Christ, et monta sur le trône. Tullia, loin d’être touchée d’un attentat si horrible, fit passer son char sur le corps de son père, encore sanglant et étendu au milieu de la rue.

SERVIUS (Honoratus-Maurus), célèbre grammairien latin, dont nous avons d’excellens Commentaires sur Virgile, vivait au 4e siècle. On le trouve dans le Virgile d’Étienne, 1532, in-fol.

SESAC, roi d’Égypte, donna retraite dans ses états à Jéroboam qui fuyait devant Salomon. Il fit ensuite la guerre à Roboam, et pilla Jérusalem.

SÉSOSTRIS, roi d’Égypte, et l’un des plus grands conquérans qui aient régné dans le monde, vivait, a ce que l’on croit, quelques siècles avant la guerre de Troie. Il entreprit la conquête de l’Asie, et ayant laissé son frère Armaïs, autrement Danaüs, régent de son royaume, il défit les Assyriens, les Mèdes et les Scythes, subjugua la Phénicie, la Syrie et toutes les provinces de l’Asie Mineure avec la Thrace et la Colchide, et laissa partout des inscriptions sur des colonnes pour être des monumens éternels de ses victoires. Ayant appris que son frère Armaïs voulait usurper la souveraineté, il interrompit le cours de ses conquêtes, et retourna promptement en Égypte, où il régna encore 33 ans, après en avoir chassé Armaïs. Straben assure qu’il avait entrepris de joindre par un canal la mer Rouge avec le Nil. La vie de Sésostris et le temps auquel il a vécu sont de grands sujets de contestation parmi les savans.

SESSA. Voyez Shehsa.

SETH, troisième fils d’Adam et d’Ève, naquit l’an du monde 130. Il eut pour fils Enos à 105 ans, et vécut en tout 912 ans. Il y a eu des hérétiques appelés Séthéens , qui prétendaient que Seth était le Christ, et que ce patriarche, après avoir été enlevé du monde, avait reparu sous le nom de Jésus-Christ.

SETTLE (Elknanah), poète couronné de la ville de Londres, car il y en avoit aussi un couronné du roi. Celui de la ville n’avait que la moitié de la pension, et était charge de faire le panégyrique des lords-maires nouvellement élus, et des vers qu’on récitait aux spectacles. Mais l’esprit d’économie ayant retranché cette partie des spectacles, Settle n’eut point de successeur. Au reste, c’était rendre service au public que de le dispenser d’entendre de mauvais vers. Settle fit aussi des écrits politiques contraires les uns aux autres, parce qu’il les faisait pour de l’argent, des pièces de théâtre, et joua la comédie sur la fin de ses jours. Mais comme il n’était pas grand comédien, il a fait plus d’une fois à Londres le rôle d’un dragon dans un corps de dragon de cuir vert de son invention. Il a un grand rôle dans le Dunciade de Pope, qu’il avoit critiqué.

SEUR (Thomas Le), minime, professeur de mathématiques et de théologie à Rome, né à Rethel en 1703, est mort le 22 septembre 1770. Il est auteur d’un Mémoire sur le calcul intégral, 1748, in-8°, et d’autres ouvrages de mathématiques, avec le père Jacquier son confrère : Philosephiæ naturalis principia, 1739 et 1741, 4 vol. in-4° ; Riflezioni sopra i danni della Cuppola di S. Pietro, 1743, in-4° ; Descrizione d’un instrumento proprio per far orologgi solari, 1754, in-4° ; une Algèbre et une Perspective, en italien ; Institutiones philosophicæ, 1760, 5 vol. in-12.

SÈVE (Gilbert de), peintre, né à Moulins, est mort le 9 avril 1698, à 83 ans. On voit de ses tableaux à Versailles et à Paris aux Carmes déchaaussés et à la Charité.

SEVERAC (Amauri de), tint toujours le parti du connétable d’Armagnac, et suivit par conséquent le parti de Charles VII, qui le fit maréchal de France. Se voyant le dernier de sa famille qui remonte au 13e siècle, et hors d’espérance d’avoir des enfans, il fit don de toutes ses terres au comte d’Armagnac. Le comte de Pardiac, qui les prétendait, fit arrêter et étrangler Severac au château de Gaiges en 1427.

SÉVÈRE (Lucius-Septimius,) empereur romain, naquit à Leptis en Afrique, l’an 146 de Jésus-Christ. Il s’éleva, par sa valeur, aux charges les plus importantes, et se fît déclarer empereur, l’an 193, sous prétexte de venger la mort de Pertinax. Il fut ensuite reçu dans Rome, se défit de Julien et de Niger ses compétiteurs, vainquit les Mèdes, les Arabes, et plusieurs autres barbares, et punit les Juifs rebelles d’une manière très-rigoureuse. Il marcha ensuite contre Albin, qu’il vainquit, et qui fut tué dans une grande bataille près de Lyon le 19 février 197. Sévère, après cette victoire, fit paraître une grande cruauté envers la femme, les enfans et les partisans d’Albin. Il suscita contre l’Église la cinquième persécution, et fit faire en 207, dans la Grande-Bretagne, une grande muraille pour empêcher les Bretons de faire des courses sur les terres des Romains. On voit encore aujourd’hui les restes de ce mur. Sévère avait deux fils, Antonin Caracalla et Géta, l’un et l’autre Césars et associés à l’empire. Caracalla, dans l’impatience de régner, marchant un jour à cheval derrière son père, mit la main à l’épée pour le tuer. Sévère, qui s’aperçut de cette action, la dissimula, mais l’horreur d’un crime si noir le jeta ensuite dans une mélancolie dont il mourut un an après, à Yorck en Angleterre, le 4 février 211, à 66 ans. C’était un prince courageux et spirituel. Il aimait les gens de lettres, et savait l’histoire et les mathématiques. Il avait écrit lui-même sa vie. Caracalla et Géta ses fils lui succédèrent.

SÉVÈRE ALEXANDRE, empereur romain. Voyez Alexandre.

SÉVÈRE (Lucius-Cornélius), poète latin, qui vivait sous le règne d’Auguste, vers l’an 24 avant J.-C. On donna en 1703, in-8°, et en 1715, à Amsterdam, in-12, de belles éditions de son poëme de l’Etna et de quelques fragmens.

SEVERIN (Saint), abbé et apôtre de Bavière et d’Autriche, prêcha l’Évangile en Pannonie, dans le 5e siècle, et mourut le 8 janvier 482.

SEVERIN (Saint), de Château-Landon dans le Gâtinois, et abbé d’Agaune, s’acquit une si grande réputation de vertu et de sainteté, que le roi Clovis étant tombé malade en 504, le fit venir à Paris, afin qu’il lui procurât sa guérison. Ce prince, par reconnaissance, lui donna de l’argent pour distribuer aux pauvres, et lui accorda la grâce de p1usieurs criminels. Saint Severin mourut sur la montagne de Château-Landon le 11 février 507. C’est lui qui est le patron titulaire de la paroisse Saint-Severin à Paris.

SEVERIN, pape, succéda à Honorius le 28 mai 640, et mourut le 1er août suivant. Jean V lui succéda.

SÉVIGNÉ (Marie de Rabutin, dame de Chantal et de Bourbilly, et marquise de), était fille de Celse Benigne de Rabutin, baron de Chantal, Bourbilly, etc., chef de la branche ainée de Rabutin, et de Marie de Coulanges. Elle naquit le 5 février 1626, et perdit son père, tué l’année suivante, à la descente des Anglais en l’île de Rhé y où il commandait l’escadre des gentilshommes volontaires. Elle épousa en 1644, à l’âge de 18 ans, Henri, marquis de Sévigné, d’une très-ancienne maison de Bretagne, maréchal de camp, et gouverneur de Fougères, lequel fut tué en duel en 1651, par le chevalier d’Albret. Madame de Sévigné en eut deux enfans, Charles, marquis de Sévigné, et Françoise-Marguerite, mariée, le 24 janvier 1669, à François Adhémar de Monteil, comte de Grignan, et lieutenant-général des armées du roi, morte en 1705. La tendresse qu’eut madame de Sévigné pour ses enfans l’empêcha de se remarier, quoiqu’elle eût toutes les grâces et toutes les belles qualités du corps et de l’esprit, que l’on admire et que l’on recherche le plus dans les personnes de son sexe. Elle mit tous ses soins à leur donner une excellente éducation, et elle y réussit. Elle fit paraître, pour la comtesse de Grignan sa fille, une tendresse extraordinaire ; et c’est à cette tendresse que nous sommes redevables d’un grand nombre de lettres qui sont des chefs-d’œuvre dans le genre épistolaire. Il y règne une naïveté, un enjouement et une délicatesse inexprimables, avec ce style noble, aisé et négligé qui convient aux lettres, et qui caractérise les personnes d’esprit et de goût. Madame de Sévigné n’était occupée que de madame de Grignan. Toutes ses pensées ne tournaient que sur les moyens de la voir, tantôt à Paris, où sa fille venait la trouver, tantôt en province, où elle allait trouver sa fille. Dans le dernier voyage qu’elle fit à Grignan, après s’être donné des peines incroyables pendant une longue maladie de madame de Grignan, elle tomba malade elle-même d’une fièvre continue, dont elle mourut d’une manière digne de sa tendresse en 1696. La meilleure édition des Lettres de madame de Sévigné, donnée par le chevalier Perrin, est celle de Paris, 1775, en 8 vol. in-12. On y a fait entrer le Recueil de Lettres choisies de sa société, mais on n’y a pas mis celles de madame de Sévigné à M. de Pompone, sur la disgrâce de M. Fouquet, et celles qui sont dans le Recueil des lettres de Bussy-Rabutin ; elles se trouvent séparément. On a donné en 1756, in-12, sous le titre de Sevigniana, un recueil des pensées ingénieuses et des anecdotes littéraires, historiques et morales, qui se trouvent répandues dans ces lettres. Charles, marquis de Sévigné, son fils, eut une dispute avec M. Dacier sur le vrai sens d’un passage d’Horace. Les écrits qu’il composa à ce sujet lui font beaucoup d’honneur. Il mourut en 1713.

SEVIN (François), académicien de l’académie des Inscriptions et Belles-Lettres, et garde des manuscrits de la bibliothèque du roi, était natif du diocèse de Sens. Il se distingua par son esprit, par son érudition et par son zèle pour les progrès des sciences, et fit en 1728, par ordre du roi, un voyage à Constantinople, pour y rechercher des manuscrits. II en rapporta environ 600, et mourut à Paris en 1741. On a de lui une Dissertation curieuse sur Ménès ou Mercure, premier roi d’Égypte, in-12, et plusieurs écrits dans les Mémoires de l’académie des Inscriptions.

SEVOY (Hyacinthe), prêtre de la communauté des eudistes, né à Jugon, devint supérieur du séminaire de Rennes, et mourut en 1763, à 58 ans. Il a laissé de bons livres pour les ecclésiastiques qui veulent s’instruire : Devoirs ecclésiastiques, 1759, 2 vol. in-12 ; Retraite ecclésiastique, 2 vol. in-12 ; une autre Retraite en un vol. in-12, publié depuis sa mort.

SEWEL (Guillaume) , quaker hollandais, né en 1654, a fait l’Histoire de sa secte, en hollandais , qui a été traduite en anglais et imprimée à Londres,. in-fol. Il a fait aussi un Dictionnaire et une Grammaire anglaise et hollandaise. Il est mort à Amsterdam en 1720.

SEWEL (Georges), poète et médecin anglais, né à Windsor, a pratiqué la médecine avec succès à Londres, et sur la fin de sa vie à Hampstéad, où il est mort dans l’indigence le 8 février 1726. II est auteur de la Vie de Jean Philips ; d’une Défense du théâtre anglais au sujet du Caton d’Addisson ; des tragédies de Walter Raleigh et de Richard Ier ; de différentes Poésies publiées pendant sa vie.

SEXTUS EMPIRICUS, fameux philosophe pyrrhonien, vivait dans le 11e siècle, sous l’empire d’Antonin-le-Débonnaire. Il était médecin de la secte des empiriques, et l’on dit qu’il avait été l’un des précepteurs d’Antonin-le-Philosophe. Il nous reste de lui des Institutions pyrrhoniennes, en trois livres, un grand ouvrage contre les mathématiciens, etc. La meilleure édition de Sextus Empiricus est celle de Fabricius, en grec et en latin, Leipsick, 1718, in-fol. M. Huart a traduit en français ses Institutions, 1725, in-12.

SEYMOUR (Anne, Marguerite et Jeanne), trois sœurs illustres par leur science en Angleterre dans le 16e siècle, étaient filles d’Édouard Seymour, protecteur du royaume d’Angleterre sous le roi Édouard VI, et duc de Sommerset, etc., qui eut la tête tranchée le 24 janvier 1542, et nièces de Jeanne Seymour, épouse du roi Henri VIII. Elles composèrent cent quatre Distiques latins sur la mort de la reine de Navarre, Marguerite de Valois, sœur de François Ier, qui furent traduits en français, en grec, en italien, et imprimés à Paris en 1551, in-8°, sous le titre de Tombeau de Marguerite de Valois, reine de Navarre.

SEYMOUR (Édouard), comte de Sommerset, ministre ambitieux d’Édouard VI, non content d’avoir la qualité de protecteur, se défaisait de tous ceux qui lui faisaient ombrage. Son frère Thomas, amiral d’Angleterre, fut une de ses principales victimes ; il le fit décapiter en 1549. Ce procédé contre un frère qui avait peut-être quelque tort, mais qui n’en avait que contre lui, indigna les Anglais. Il en méditait autant contre le comte de Northampton et autres seigneurs anglais ; mais ceux-ci le prévinrent : il fut renfermé à la Tour et condamne à être décapité ; ce qui fut exécuté le 22 janvier 1552.

SEYSSEL (Claude de), célèbre archevêque de Turin, était natif d’Aix en Savoie, ou, selon d’autres, de Seyssel, petite ville du Bugey. Il professa le droit à Turin avec un applaudissement universel, et devint ensuite maître des requêtes et conseiller de Louis XII, roi de France. Il fut nommé à l’évêché de Marseille en 1510, puis à l’archevéché de Turin en 1517. Il mourut le 31 mai ou le 1er juin 1520. On a de lui un très-grand nombre de savans ouvrages. On estime surtout son Histoire de Louis XII, 16l5, in-4° ; La Grande Monarchie de France, 1519, in-8°. Il met le parlement au-dessus du roi.

SFONDRATI (François), sénateur de Milan et conseiller d’état de l’empereur Charles V, naquit à Crémone en 1494. Il pacifia les troubles de la ville de Sienne, et ayant embrassé l’état ecclésiastique après la mort de sa femme, il devint évêque de Crémone et cardinal. Il mourut le 31 juillet 1550, à 56 ans. On a de lui un poëme intitulé L’Enlèvement d’Hélène, Venise, 1559. Il laissa deux fils, Paul et Nicolas. Celui-ci naquit le 12 février 1543 ; à sa naissance on fut obligé de faire à sa mère l’opération césarienne. Il devint pape sous le nom de Grégoire XIV. Voy. Grégoire XIV.

SFONDRATI (Paul Émile), fils de Paul Sfondrati, baron de la Vallée d’Assise et neveu du pape Grégoire XIV, naquit en 1561. Il devint cardinal en 1590 et mourut en de grands sentimens de piété le 14 février 1618.

SFONDRATI (Célestin), fameux cardinal, était petit-neveu du précédent, et fils de Valérion Sfondrati, comte de la Rivière. S’étant fait bénédictin, il devint professeur des saints canons à Saltzbourg, puis abbé de Saint-Gal, et enfin cardinal le 12 décembre 1695. Il mourut pieusement à Rome le 4 septembre 1696, à 53 ans. On a de lui plusieurs ouvrages contre les articles du clergé de France et sur d’autres sujets. Celui qui a fait le plus de bruit est son ouvrage posthume intitulé Nodus prædestinationis dissolutus, Rome, 1696, in-4°, dans lequel on trouve des opinions singulières sur la grâce, sur le péché originel et sur l’état des enfans morts avant le baptême. Bossuet et le cardinal de Noailles écrivirent à Rome pour faire condamner cet ouvrage ; mais le pape Clément XI, qui avait eu pour maître le cardinal Sfondrati, ne voulut pas que son livre fût censuré.

SFORCE ou SFORZE (Jacques), surnommé le Grand, est la tige de l’illustre maison des Sforce qui a joué un si grand rôle en Italie dans le 15e et dans le 16e siècle, qui a eu six ducs de Milan, et qui s’est alliée avec la plupart des souverains de l’Europe. Il naquit le 28 mai 1369, à Cotignole, petite ville de la Romagne, entre Imola et Faenza. Sansovin assure qu’il était fils de Michelin Attendulo, gentilhomme et capitaine de la république de Venise, et de Polixène de San-Severino ; mais Paul Jove le fait seulement descendre d’une honnête famille, ex honestâ familiâ ; et Leandre Alberti assure, sur le témoignage de Pietro de Carento, écrivain natif de Cotignole, que Jacques Sforce était fils d’un paysan qui prit le parti des armes. Il passa par tous les degrés de la discipline militaire, parvint jusqu’à commander sept mille hommes, et devint le plus grand guerrier qu’il y eût de son temps en Italie. Le surnom de Sforce lui fut donné parce qu’il ne parlait que de saccagemens et de ravages, et qu’il voulait par force faire tout ce que bon lui semblait. Il combattit longtemps pour Jeanne II, reine de Naples, fut fait connétable de ce royaume, gonfalonier de la sainte Église, et créé comte de Cotignole par le pape Jean XXIII, en dédommagement de 14,000 ducats que l’église de Rome lui devait. Dans la suite il contraignit Alfonse, roi d’Aragon, de lever le siège de devant Naples, reprit plusieurs places qui s’étaient révoltées dans l’Abruzze et le Labour, et en poursuivant les ennemis il se noya au passage de la rivière d’Aterno, aujourd’hui Pescara, le 3 janvier 1424, à 54 ans, voulant secourir un de ses pages. Son vrai nom était Jacomuzio, ou Jacques Mutio Attendulo. Il épousa en premières noces Antoinette Salembini, qui lui apporta plusieurs belles terres, et dont il eut Bosio Sforce, comte de Santa-Fior, gouverneur d’Orviette pour le pape Martin V, et bon guerrier, qui fut la tige des comtes de Santa-Fior, qui subsistent encore. Il se maria en secondes noces à Catherine Alopa, sœur de Rodolphe, grand camerlingue du royaume de Naples ; et en troisièmes noces à Marie Marzana, fille de Jacques, duc de Sesse ; il eut de ce troisième lit Charles Sforce, général de l’ordre des augustins et archevêque de Milan. Avant ces mariages, Jacques Sforce avait aimé une demoiselle nommée Lucie Trezana, qu’il maria après en avoir eu plusieurs enfans, entre autres François Sforce, dont il sera parlé dans l’article suivant, et Alexandre Sforce, seigneur de Pesaro.

SFORCE (François), duc de Milan, et fils naturel de Jacques Sforce, dont il est parlé dans l’article précédent, naquit le 23 juillet 1401. Élevé par son père dans le métier des armes, il s’y distingua de bonne heure. Il n’avait que 23 ans lorsqu’il défit, en 1424, les troupes de Braccio qui disputait le passage d’Aterno. Son père s’étant malheureusement noyé dans cette action, il succéda à tous ses biens quoiqu’il fût illégitime, et la reine Jeanne II les lui donna comme à l’aîné des enfans de Jacques Sforce. Il combattit avantageusement contre les Aragonais, contribua beaucoup à leur faire lever le siège de Naples, et à la victoire remportée le 6 juin 1425 près d’Aquila, sur les troupes de Braccio, où ce général fut tué. Après la mort de la reine Jeanne, arrivée en 1435, il s’attacha à René, duc d’Anjou, qu’elle avait fait son héritier. Nonobstant les malheurs de ce prince, François Sforce, aussi habile politique que grand général, sut se soutenir : il se rendit maitre de plusieurs places dans la Marche d’Ancône , ce qui le fit excommunier par Eugène IV, qui forma une ligue contre lui, et le chassa en 1444 de la Marche d’Ancone ; mais Sforce rétablit bientôt ses affaires par une grande bataille qu’il gagna, où le fils de Picinin, et le cardinal Fermo, légat du pape, furent faits prisonniers. Peu de temps après le pape, les Vénitiens et les Florentins l’élurent pour leur général dans la guerre qu’ils déclarèrent au duc de Milan. Il avait déjà commandé l’armée des Vénitiens contre ce prince, et il en avait épousé la fille. C’était Philippe-Marie Visconti, lequel étant mort en 1447, les Milanais appelèrent François Sforce, qui était son gendre, pour être leur général contre les Vénitiens ; mais après plusieurs belles actions en leur faveur, il tourna ses armes contre eux-mêmes, assiégea Milan, et les força, en 1450, à le recevoir pour duc, malgré les droits de Charles, duc d’Orléans, fils de Valentine de Milan. Le roi Louis XI, qui n’aimait pas le duc d’Orléans, transporta en 1464, à François Sforce, tous les droits que la France avait sur Gènes, et lui donna Savone, qu’il tenait encore. Sforce, avec cet appui, se rendit maitre de Gènes, et mourut en 1466. Jean Simoneta a écrit son Histoire en latin, Milan, 1479, in-fol., rare. François Sforce avait épousé en secondes noces Blanche-Marie, fille naturelle de Philippe-Marie, duc de Milan. Il en eut Galeas-Marie et Louis-Marie, ducs de Milan, dont il sera parlé dans les articles suivans ; Philippe-Marie, comte de Pavie ; Sforce-Marie, duc de Bari, qui épousa Léonore d’Aragon ; Ascagne-Marie, évêque de Pavie et de Crémone, et cardinal ; Hippolyte, mariée à Alphonse d’Aragon, duc de Calabre, puis roi de Naples ; et Elisabeth, mariée à Guillaume, marquis de Montferrat. Il eut aussi plusieurs enfans naturels, entre autres Sforce, tige des comtes de Burgo-Novo, et Jean-Marie, archevêque de Gènes.

SFORCE (Galéas-Marie), duc de Milan, né le 14 janvier 1444, fut envoyé en France au secours de Louis XI, et succéda à François Sforce son père dans le duché de Milan en 1466 ; mais ses débauches et son extrême férocité le firent assassiner en pleine église le jour de Saint-Étienne, le 26 décembre 1476. Un des assassins fut tué par un garde-du-corps, deux autres furent tenaillés et écartelés, mais sans se repentir ; ils croyaient avoir rendu service à la patrie en assassinant un homme que les lois auraient puni s’il n’eût pas eu la force en main. Il avait épousé en secondes noces Bonne, fille de Louis, duc de Savoie, dont il eut Jean Galéas-Marie, dont il est parlé dans l’article suivant ; Blanche-Marie, qui épousa l’empereur Maximilien, et plusieurs autres enfans.

SFORCE (Jean-Galéas-Marie), duc de Milan et fils du précédent, fut laissé sous la tutelle de sa mère et du secrétaire d’état Cecus Simonéta. Mais Louis-Marie Sforce son oncle, surnommé le More, obligea la duchesse de s’enfuir de Milan, fit trancher la tête à Simonéta, âgé de 70 ans, et s’étant emparé du gouvernement, il fit donner à son neveu un poison lent, dont il mourut à Pavie le 21 octobre 1494, peu de jours après l’entrée du roi Charles VIII en cette ville. Le jeune prince avait épousé Isabelle d’Aragon, fille d’Alphonse, roi de Naples, dont il eut 1° François Sforce, qui, pour être soustrait à la fureur de son oncle, fut envoyé en France par la duchesse sa mère auprès du roi Louis XII, et qui mourut étant abbé de Marmoutier en 1511 ; 2° Bonne, mariée à Sigismond, roi de Pologne. Le crime de Louis, ou Ludovic-Marie Sforce, surnommé le More ou l’Éthiopien, ne demeura pas impuni, car ayant été livré à Louis de la Trémouille , il fut amené en France, et Louis XII le fit renfermer à Loches dans une cage de fer, où il mourut en 1510. Il avait épousé Béatrix d’Est, fille d’Hercule, marquis de Ferrare, dont il eut 1° Maximilien Sforce, qui fut rétabli duc de Milan par l’empereur Maximilien en 1512 ; mais ne pouvant s’y soutenir, il céda la ville de Milan au roi François Ier, vint en France avec une pension de 30 mille écus d’or, et mourut à Paris en 1530 ; 2° François Sforce, troisième du nom, qui fut aussi rétabli en 1529 par l’empereur Charles-Quint. Il mourut le 24 octobre 1535, sans laisser de postérité. Après sa mort Charles-Quint s’empara du duché de Milan, lequel a passé aux successeurs de cet empereur. Ludovic-Marie Sforce eut aussi plusieurs enfans naturels, entre autres Jean-Paul, tige des marquis de Caravaggio, éteints en 1697.

SFORCE (Catherine), fille naturelle de Galéas-Marie Sforce, assassiné en 1476, et femme de Jérôme Riario, prince de Forli, auquel elle porta la seigneurie d’Imola, est regardée comme une des plus grandes héroïnes de son siècle. Les sujets du prince son mari s’étant révoltés, et François Ursus, chef des rebelles, l’ayant assassiné elle fut mise en prison avec ses enfans. La forteresse de Rimini, où il y avait bonne garnison, tenant encore pour elle, et ne voulant pas se rendre par son ordre, cette princesse crut devoir dissimuler ; elle témoigna en termes ambigus que pour obliger la garnison à se rendre il était nécessaire qu’on lui permit d’y entrer, afin qu’elle pût parler en toute liberté au commandant et aux soldats, en laissant néanmoins ses enfans pour otage à Ursus et aux autres conjurés. Sa demande lui fut aussitôt accordée ; mais à peine y fut-elle entrée que, se voyant en sûreté, elle commanda aux rebelles de mettre armes bas, les menaçant du dernier supplice s’ils n’obéissaient. Les conjurés, frustrés de leurs espérances, la menacèrent de leur côté de tuer ses enfans en sa présence, mais elle leur répondit hardiment, en levant ses jupes, qu’il lui restait encore de quoi en avoir d’autres. Sur ces entrefaites elle reçut un secours considérable que lui envoya Louis-Marie Sforce, duc de Milan, son oncle , et recouvra peu après par sa prudence et par son courage la puissance souveraine que les rebelles avaient voulu lui faire perdre à la mort de son mari. Elle resta tutrice de ses enfans, dont l’ainé se nommait Octavien Riario, et sut bien faire valoir son gouvernement pendant les guerres des Français, en Italie, l’an 1494 et les années suivantes. Elle se remaria à Jean de Médicis, et elle en eut Jean de Médicis, père de Cosme, dit le Grand. Le duc de Valentinois, bâtard du pape Alexandre VI, l’ayant assiégée dans Forli en 1500, elle s’y défendit vigoureusement et ne céda enfin qu’à la force et à la dernière extrémité. On l’emmena prisonnière dans le château Saint-Ange, et peu après on la mit en liberté, mais sans lui restituer ses états dont le duc de Valentinois fut investi, et qui peu après la mort d’Alexandre VI furent réunis au saint Siège.

S'GRAVESANDE. Voy. Gravesande.

SHADWEEL (Thomas), célèbre poète dramatique anglais, mort en 1692, à 52 ans. On a de lui, outre ses pièces dramatiques qui ne sont pas toutes estimées, une traduction en vers des Satires de Juvénal et d’autres poésies.

SHAFTESBURY (Antoine-Ashley Cooper, comte de), célèbre écrivain anglais, était petit-fils d’Antoine de Shaftesbury, grand-chancelier d’Angleterre, et naquit à Londres en 1671. Il fut élevé avec un soin extrême, voyagea dans les principales cours de l’Europe, et se distingua dans le parlement d’Angleterre. Étant allé en Hollande en 1698, il y eut de fréquentes conversations avec Bayle, Le Clerc et d’autres fameux écrivains. Il refusa d’être fait secrétaire d’état sous le règne du roi Guillaume, et perdit sous la reine Anne la vice-amirauté de Dorset, qui était dans sa famille depuis trois générations. Il fit paraître une grande application à l’étude pendant toute sa vie, et mourut le 4 février 1713. On a de lui une Lettre sur l’enthousiasme, traduite en français, in-8° ; les Mœurs ou Caractères, en anglais, 1732, 3 vol. in-8° ; il y en a une traduction française en 1771, 3 vol. in-8°, et d’autres ouvrages, dans lesquels il y a des pensées libres et dangereuses sur la religion.

SHAKESPEARE (Guillaume), le plus célèbre poète tragique que l’Angleterre ait produit, naquit à Strafford, dans le comté de Warwick, au mois d’avril 1564. Son père était premier magistrat ou bailli de Strafford, et possédait quelques fiefs qui avaient été donnés à son trisaïeul par le roi Henri VII, pour récompenser ses services ; mais étant chargé d’une grosse famille, il était en même temps marchand de laine. Guillaume Shakespeare, l’aîné de dix enfans, ne reçut de son père d’autre éducation que celle qu’il crut suffisante pour entrer dans le commerce. On croit qu’il apprit quelque temps le latin dans l’école publique de Strafford. Quoi qu’il en soit, il épousa, à l’âge de 17 ans, la fille d’an riche habitant du voisinage. Son goût et son génie pour le théâtre le portèrent, peu de temps après, à aller demeurer à Londres, où il fut en même temps auteur et acteur, et où il reçut les plus grands applaudissemens. Il fut en grande estime auprès de la reine Elisabeth, et s’acquit l’amitié du comte de Southampton, qui lui fit souvent dos présens considérables. C’est à ce seigneur que Shakespeare dédia son poëme de Vénus et Adonis. On ne sait point au juste quand il quitta le théâtre pour aller passer tranquillement le reste de ses jours à Strafford, où il jouit d’une fortune assez considérable, estimé et chéri de tous les grands hommes de son temps. Il y a tout lieu de croire que cette retraite ne se fit que vers 1610, puisque, dans sa pièce intitulée La Tempête, il fait mention des îles Bermudes, qui ne furent connues des Anglais qu’en 1609, lorsque Jean Summers en fit la découverte, dans son voyage de l’Amérique septentrionale. Shakespeare mourut en 1616, à 55 ans, et fut enterré dans l’église de Strafford, où on lui érigea un monument honorable. Des trois filles qu’il laissa, deux eurent des enfans morts sans postérité. Il nous reste de lui un très-grand nombre de tragédies, et d’autres pièces en anglais, qui lui ont acquis une réputation immortelle. C’est lui que l’on regarde, avec raison, comme l’auteur du théâtre anglais. Quoique ses pièces soient remplies de défauts et ne soient point composées dans le goût des excellens ouvrages dramatiques de l’antiquité, parce que ce poète ne les connaissait point, ou ne pouvait les lire dans leur source, on y remarque néanmoins de grandes beautés, une génie sublime et élevé, et des talens extraordinaires pour la poésie dramatique. Mais n’ayant pas le goût que donne la lecture des bons auteurs, à côté de pensées fortes et sublimes, on trouve tout ce que la grossièreté d’esprit a de plus bas. La meilleure édition des œuvres de Shakespeare est celle que Louis Théobald a donnée en 1740, et qui a été réimprimée en 1762, 8 vol. in-8°. L’édition de Glascow, 1766, 8 vol. in-12, est la plus belle. On estime aussi les corrections et les notes critiques et judicieuses qui ont été faites sur ce poète par le savant Guillaume Warburton, auteur du célèbre ouvrage intitulé La Légation divine de Moïse démontrée. M. de la Place a écrit en français la Vie de Shakespeare, et a publié en 1745 la traduction de plusieurs de ses pièces dans son Théâtre anglais, 8 vol. in-12. M. Le Tourneur en a donné une nouvelle traduction complète, 1776, 12 vol. in-8. On a érigé en 1740, dans l’abbaye de Westminster, un superbe monument à la mémoire de Shakespeare. En 1769, Garrick fit célébrer à Strafford une fête en l’honneur de Shakespeare, qui dura trois jours, que les Anglais ont appelé le Jubilé de Shakespeare, et qui doit se renouveler tous les 7 ans.

SHARP (Jean), savant archevéque d’Yorck et l’un des plus grands prédicateurs que l’Angleterre ait produits, naquit à Bradfort en Angleterre le 16 février 1644. Il devint doyen de Norwic, occupa plusieurs autres places importantes, et fut fait archevêque d’Yorck en 1691. Il mourut le 2 février 1713. On a de lui sept volumes d’excellens Sermons et quelques autres ouvrages remplis d’érudition. On assure qu’il avait beaucoup de capacité pour la résolution des cas de conscience.

SHAW (Thomas), savant médecin anglais de la société Royale de Londres, professeur en langue grecque et principal du collège d’Edmond à Oxford, où il mourut le 15 août 1751, est très-connu par ses Voyages en divers lieux de la Barbarie et du Levant. Ces voyages, qui sont excellens, ont été traduits en français, la Haie, 1743, 2 vol. in-4°.

8HEFIELD (Jean), duc de Buckingham , ministre d’état du roi d’Angleterre, et l’un des plus polis écrivains de son temps, naquit vers 1646. 11 servit sur mer contre les Hollandais, fit une campagne en France sous M. de Turenne, et commanda ensuite la flotte que les Anglais envoyèrent contre Tanger. Il fut en grande faveur sous le règne du roi Guillaume et de la reine Marie, et refusa la place de grand-chancelier d’Angleterre sous le règne de la reine Anne. Il mourut le 24 février 1731, à 75 ans. On a de lui des Essais sur la poésie et sur la satire, et plusieurs autres ouvrages en vers et en prose, Londres, 1729, 2 vol. in-8°, qui sont très-estimés des Anglais. Ses Eissais sur la poésie ont été traduits en français. Voy. Buckingham.

SHEHSA, SCHACH, SESSA, célèbre mathématicien indien, passe, parmi les écrivains arabes, pour l’inventeur du jeu qui de son nom ou de celui de Scheram , qui régnait alors dans les Indes, s'appela Sehtrunga ou Sheshrang, que nous rendons par le mot d’échecs. L’invention du trictrac fut, dit-on, la cause de celle des échecs. Sheram, piqué de la découverte du trictrac qu’avait faite Ardshir Ebn Babec, proposa aux mathématiciens de son royaume de grandes récompenses pour les engager à inventer un jeu qu’il pût opposer à celui du trictrac. Ceux-ci se mirent aussitôt à calculer, et Shessa, l’un d’eux, inventa les échecs.

SHELDON (Gilbert), né dans la province de Stafford en 1598, devint archevêque de Cantorbéry, et s’immortalisa par le fameux théâtre qui porte son nom dans l’université d’Oxford, où il y a une imprimerie d’où il est sorti tant de belles éditions. Il le fit bâtir sous Charles II dont il était ministre, et le dota de 2000 livres sterling pour l’entretien. Il est mort en 1677, à 80 ans. C’est à lui qu’est dédié le Catalogue de la bibliothèque d’Oxford.

SHENSTONE (Guillaume), poète anglais, né en novembre 1714, s’occupa de poésie dans ses différens séjours à Oxford, à Londres et à Bath. Il est mort d’une fièvre putride le 11 février 1763. Ses œuvres forment 3 vol. in-8°, recueillies par M. Dodsley. Ce sont des Élégies, des Ballades, etc. Le second contient des ouvrages en prose, et le troisième des Lettres.

SHERBURNE (Édouard), naquit à Londres le 18 septembre 1618 ; il fut commis de l’artillerie, place dans laquelle il succéda à son père. Charles Ier le fit commissaire-général, et il servit en cette qualité pendant les quatre années de la guerre civile. À la restauration il fut rétabli dans sa charge ; la perdit encore à l’avènement du roi Guillaume, et vécut en simple particulier jusqu’à sa mort, arrivée le 4 novembre 1702. Il a mis en vers anglais la Sphère de Manilius, 1675, in-fol. ; les Troades de Sénèque ; Médée, du même, forment un vol. in-8°, imprimé avec quelques autres Poésies et Traductions, 1651.

SHER1DAN (Thomas), intime ami de Swift, né en 1684, fut curé en Irlande, et mourut le 10 septembre 1738. Ses Poésies sont imprimées à Londres, 1739, in-12. Sa femme Françoise, Chamberlayne, morte à Blois en 1767, est auteur de deux comédies, la Découverte et la Dupe.

SHERLEY (Antoine), né à Wiston dans le comté de Sussex l’an 1565, passa dans l’Amérique au service de la reine Elisabeth, qui à son retour l’envoya en Italie. Sa mission avait pour but de secourir les Ferrarais qui s’étaient soulevés contre le pape. Mais ayant appris en chemin qu’ils avaient fait leur paix, il passa en Perse avec des ouvriers fondeurs de canons dont il savait que l’on manquait dans pays. Cha-Abbas le reçut avec faveur et l’envoya en 1699 en Europe avec un Persan qu’il envoyait en ambassade pour solliciter les princes chrétiens d’attaquer le Turc de leur côté pendant qu’il en ferait autant du sien. Il se fixa à la cour d’Espagne et ne retourna plus en Perse. Il y vivait encore en 1631. La relation de ses voyages se trouve dans le Recueil de Purchass. Il avait un frère aîné nommé Thomas Sherley, qui fit le voyage de Perse avec lui. Celui-ci gagna aussi les bonnes grâces de Cha-Abbas, qui lui donna en mariage une belle Circassienne de son sérail, parente de la reine. Il l’envoya aussi en ambassade en Europe, entre autres en Angleterre où il eut le désagrément d’y voir un nouvel ambassadeur persan le taxer d’inposteur et le frapper. Jacques Ier, voulant s’éclaircir de la vérité, renvoya les deux ambassadeurs sur une flotte de six vaisseaux avec Dodmer Cotton qu’il envoyait en ambassade. Le Persan s’empoisonna sur les côtes de Surate ; mais Sherley n’ayant pu obtenir une satisfaction authentique, mourut de chagrin le 23 juillet 1627, à 63 ans : sa veuve revint en Europe, et alla se fixer à Rome. Elle avait un fils dont la reine d’Angleterre était la marraine et le prince de Galles parrain.

SHERLOCH (Guillaume), savant théologien anglais, naquit en 1641. Il s’appliqua à l’étude avec une ardeur extraordinaire, eut plusieurs places considérables dans le clergé, et devint doyen de Saint-Paul. Il mourut en 1707. On a de lui plusieurs ouvrages dont les Anglais font un grand cas. On a traduit en français son Traité de la mort et du jugement dernier, 1696, in-8°, celui de l’Immortalité de l’âme, 1708, in-8°.

SHERLOCK (Thomas), fut successivement doyen de Chichester, maître du palais et évêque de Bangor. Il a donné 2 vol. in-8° de Sermons traduits en français ; de l’Usage et des fins de la prophétie, 1729, in-8° ; les Ténoins de la résurrection jugés suivant les règles du barreau, in-12 : c’est M. Le Moine qui les a traduits.

SHIRLEY (Henri), auteur dramatique a fait une tragédie intitulée Le Soldat martyrisé, Londres, 1638, in-4°, qui a été fort applaudie. L’auteur était mort quand elle a été imprimée.

SHIRLY (Jacques), célèbre poète anglais du 17e siècle, naquit à Londres en 1594. Après avoir fait ses études à Oxford, il embrassa la religion catholique et s’appliqua ensuite à composer des pièces de théâtre dont plusieurs eurent un grand applaudissement, mais que l’on ne joue plus. Il mourut en 1666.

SHUCFORD (Samuel), savant curé de Shelton, dans la province de Notfolck, puis chanoine de Cantorbéry et chapelain ordinaire du roi d’Angleterre, est auteur 1° d’une excellente Histoire du monde, sacrée et profane, pour servir d’introduction à celle de Prideaux, traduite en français, 3 vol. in-12. Il mourut le 14 juin 1754.

SIBELIUS (Gaspard), habite théologien hollandais au 17e siècle, natif de Deventer, est auteur d’un savant Commentaire sur le Cantique des cantiques, et de plusieurs autres ouvrages imprimés en 5 vol. in-fol.

SIBER (Urbain Godefroi), habile théologien protestant et professeur des antiquités ecclésiastiques à Leipsick, naquit à Schandau près de l’Elbe le 12 décembre 1669, et mourut le 15 juin 1742. On a de lui une Dissertation sur les tourmens qu’on faisait souffrir aux anciens martyrs ; une autre sur l’usage des fleurs dans les églises et plusieurs autres petits écrits curieux et intéressans en latin.

SIRERUS (Adam), fameux poète latin du 16e siècle, né à Kemnitz en Misnie, en 1515, mort en 1583, a composé des Hymnes, des Épigrammes, et d’autres Poésies imprimées en 2 vol., et dans Deliciæ poetarum germanorum, dans lesquelles il y a beaucoup de douceur et d’agrément, mais point d’élévation ni de grandeur.

SIBYLLES, femmes qui prédisaient l’avenir quand elles étaient consultées. Quelque savant a voulu révoquer en doute qu’il y en ait jamais eu ; mais les avantages que Platon et les autres anciens disent qu’on avait retirés de leurs oracles, les noms des villes où elles les rendaient, l’époque des temps auxquels elles ont vécu, les statues érigées en leur honneur, leurs épitaphes ne laissent aucun doute sur leur existence. On en compte jusqu’à dix : la Delphique, qui vivait avant la guerre de Troie, et dont les prédictions sont insérées dans les poëmes d’Homère ; l’Érythrée, qui, selon Suidas, vivait 483 ans après la guerre de Troie, et à laquelle on attribue les vers acrostiches ; la Cumée, si fameuse dans l’Énéide et qu’on nommait Deiphobé ; la Samienne, nommée Pito, et qu’Eusèbe qui la nomme Hérophile, fait vivre du temps de Numa Pompilius ; Amalthée ou Démophile, qui vivait à Cumes dans l’Asie-Mineure ; l’Hellespontine, née à Mermès près de Troie ; la Lybique, dont Euripide fait mention dans la quatre-vingtième olympiade, et qui par conséquent devait prophétiser avant ; la Persique ou la Babylonienne, nommée Sambèthe par Suidas ; la Phrygienne, qui rendait ses oracles à Ancyre ; la Tiburtine, nommée Albunea, qui prophétisait à Tibur ou Tivoli sur les bords de l’Anio. Les livres Sibyllins, achetés par Tarquin, périrent dans l’incendie du Capitole ; les Romains envoyèrent en Italie, en Asie et en Afrique même recueillir tout ce qui portait le nom d’Oracles sibyllins, dont on fit plusieurs révisions, et dont la garde était confiée à quinze personnes de distinction. L’empereur Honorius les fit brûler en 399. Si, dans ceux qui nous restent, il y a quelques-uns de ces anciens oracles, il y en a de visiblement ajoutés par les premiers chrétiens. Il n’est pas vraisemblable que les filles païennes aient eu des révélations des mystères du christianisme, plus clairement exprimés que celles des anciens prophètes. Ce ne peut pas être, comme le dit saint Jérôme, pour récompenser leur chasteté ; car l’une d’elles dit : Mille mihi lecti, connubia nulla fuerunt, etc.

SlBRANDLUBEHT. Voy. Lubbert.

SICAMBRES, peuple français qui habitait sur les rires du Rhin, au-dessous de Cologne ; d’abord ils se rasaient le derrière de la tête et se laissaient croître les cheveux sur le front, de sorte que quand ils se prosternaient leur chevelure était épandue sur la terre. Ensuite ils ne se rasaient plus aucune partie de la tête. Sous Auguste ils furent transportés hors de leur pays, se mêlèrent à d’autres peuples et ne conservèrent plus leur nom ; cependant Claudien fait encore mention de Sicambres cinq cents ans après ; mais il nommait ainsi les peuples qui étaient venus habiter les pays qu’on avait fait quitter à cette nation.

SICARD (Claude, célèbre missionnaire jésuite, naquit à Aubagne près de Marseille le 4 mai 1677. Après avoir enseigné les humanités et la rhétorique dans sa société, et achevé son cours de théologie, il fut envoyé en mission en Syrie et de là en Égypte. Il mourut au Caire le 12 avril 1726. On a de lui une Dissertation sur le passage de la mer Rouge par les Israélites, et plusieurs Écrits curieux sur l’Égypte, dans les nouveaux Mémoires des missions, 8 vol. in-12.

SICCIUS DENTATUS, célèbre tribun du peuple romain, fit paraître un courage héroïque. Il se trouva en 120 batailles ou rencontres dans lesquelles il fut toujours vainqueur. Il servit sous neuf généraux, au triomphe desquels il contribua beaucoup. Il reçut quarante-cinq blessures par-devant et aucune par-derrière. Le sénat lui fit de grands présens, le fit surnommer l’Achille romain. Il vivait un peu après que les rois eurent été chassés de Rome, vers l’an 505 avant J.-C.

SICHARD (Jean), professeur en droit à Tubinge, naquit en 1499, et mourut en 1552. C’est lui qui publia le premier l’Abrégé latin d’Anien des huit premiers livres du code Théodosien, après l’avoir trouvé par hasard en manuscrit ; les Institutes de Caïus ; les livres receptarum sententiarum de Paulus. Son Commentaire sur le Code est estimé.

SICHEM, fils d’Hemor, prince des Sichimites, enleva Dina et la demanda ensuite en mariage à son père Jacob. Elle lui fut accordée à condition que tous les Sichimites se feraient circoncire. Ils y consentirent pour obtenir la paix ; mais le troisième jour, lorsque la plaie les eut mis hors de défense, Siméon et Lévi entrèrent dans la ville, la pillèrent, tuèrent tous les hommes, et firent esclaves les femmes et les enfans.

SICILE. Ce royaume fut enlevé aux Romains par les Vandales et ensuite par les Sarrasins. Robert, * Guiscard et Roger l’enlevèrent à ces derniers. Celui-ci y établit un royaume dont hérita son fils,

* Guillaume Ier, dit le Mauvais mort en 
 1166
* Guillaume II 
 1189
* Tancrède, usurpateur 
 1192
* Guillaume III 
 1193
* Constance, qui épousa * Henri VI, empereur 
 1197
* Frédéric II 
 1250
* Conrad 
 1254
* Mainfroi, qui fut vaincu par Charles d’Anjou, roi de Naples et de Sicile 
 1266
* Pierre III, roi d’Aragon, mari de Constance, fille de Mainfroi, l’enleva à * Charles en 
 1282
* Frédéric III 
 1337
* Pierre II 
 1342
* Louis 
 1355
* Frédéric IV 
 1377

Marie, qui épousa Martin, roi d’Aragon. Depuis ce temps la Sicile n’a fait qu’une province d’Espagne. En 1713 elle fut cédée au duc de Savoie. En 1720 elle fut réunie au royaume de Naples auquel elle est jointe depuis ce temps. Voy. comme à Naples.

SICYONE, ville de Péloponèse, eut ses rois particuliers sous Égialée, 1773 ans avant J.-C., et sous 15 de ses successeurs jusqu’à * Agamemnon, roi de Mycènes, qui s’en empara en 1124. Les Héraclides s’en emparèrent en 1129. * Aratus rendit la liberté à sa patrie et entra avec elle dans la ligue des Achéens. Voy. comme à Argos.

SIDNEY (Philippe), fils d’Henri Sidney, lord député d’Irlande, et de Marie Dudley, fille de Jean Dudley, duc de Northumberland : il devint l’un des plus grands favoris de la reine Elisabeth. Cette princesse l’envoya en ambassade vers l’empereur. Il s’y conduisit avec tant de prudence et de capacité que les Polonais voulurent l’élire pour leur roi ; mais la reine ne voulut point y consentir. C’est pendant son séjour à la cour de l’empereur qu’il composa son Arcadie qu’il ordonna de brûler en mourant. La nouvelle édition est de Londres, 1662, in-fol. Baudouin l’a traduite en français, 1624, 3 vol. in-8°. Dans la suite la reine Elisabeth l’envoya en Flandre au secours des Hollandais. Il y donna de grandes preuves de sa valeur, surtout à la prise d’Axel ; mais dans une rencontre qu’il eut avec les Espagnols près de Zutphen, il reçut à la cuisse une blessure dont il mourut peu de temps après, en 1586, à 36 ans. On a de lui plusieurs ouvrages outre son Arcadie.

SYDNEY (Algernon), cousin germain du précédent, et fils de Robert Sidney, comte de Leicester, était un homme d’esprit et très-savant, surtout dans l’histoire et dans la politique. Il fut ambassadeur de la république d’Angleterre, près de Gustave, roi de Suède, et l’un des plus grands partisans de la liberté pendant les troubles d’Angleterre. Après le rétablissement du roi Charles II, Sidney quitta sa patrie ; mais dans la suite, étant retourné à Londres, à la sollicitation de ses amis, la cour lui fit faire son procès pour avoir réfuté les sentimens de Filmer, et il eut la tête tranchée en 1683. On a de lui un Traité du gouvernement oui a été traduit en français, 1702, 3 vol. in-12. Il y soutient que les rois doivent être soumis aux lois, et que les peuples ne doivent dépendre que d’elles, et plusieurs autres ouvrages sur l’histoire et la politique, qui sont bien écrits en anglais et très-estimés.

SIDONIUS APOLLINARIS, évêque de Clermont en Auvergne, et l’un des plus grands évêques et des plus célèbres écrivains au 5e siècle, naquit à Lyon vers l’an 450, d’un père qui était préfet du prétoire dans les Gaules, sous l’empereur Honorius. Il fut élevé avec soin dans les belles-lettres et dans les sciences, et devint préfet de la ville de Rome. Il fut ensuite créé patrice et envoyé en plusieurs ambassades importantes dans lesquelles il fit paraître beaucoup de prudence et de capacité. Il succéda à Eparchius, évêque de Clermont, en 472 , renonça aussitôt à toutes ses dignités séculières qu’il laissa à son fils Apollinaire, et s’appliqua avec ardeur et avec zèle à l’étude de l’Écriture sainte et à la conduite de ton diocèse. Il s’acquit une grande réputation par sa vertu et par son érudition, et mourut le 23 août 488, à 58 ans. Il nous reste de lui neuf livres d’Épîtres, et 24 pièces de poésie dans la Bibliothèque des Pères, et dont les meilleures éditions sont celles de Jean Savaron, 1609, in-4°, et du père Sirmond, 1652, in-4°, avec de savantes Notes. La maison de Polignac prétend être issue de Sidoine Apollinaire.

SIDRONIUS. Voyez Hossch.

SIGEBERT, célèbre moine de l’abbaye de Gemblours, mort le 5 octobre 1112, est auteur d’une Chronique, Anvers, 1608, in—4° ; d’un Traité des hommes illustres, dans la Bibliothèque ecclésiastique de Fabricius, Hambourg, 1718, in-fol, et de plusieurs Vies des saints dans différens recueils.

SIGEBERT Ier, roi d’Austrasie, était le cinquième fils de Clotaire Ier, roi de France, et de la reine Ingonde. Il repoussa les Huns en 567, fit la guerre à son frère Chilpéric, et lui prit Soissons, Paris et Rouen. Comme il le tenait assiégé dans Tournai, Frédégonde le fit assassiner en 575, à 40 ans. Chilpéric le fit porter à Saint-Médard de Soissons qu’il avait achevé. Il avait eut pour femme la fameuse Brunehaut. (Voyez ce mot), et laissa Childebert II et deux filles.

SIGEBERT II, fils de Dagobert Ier, fut roi d’Austrasie, dont le siège était à Metz, mais dont dépendaient aussi des provinces méridionales de France, l’Auvergne, l’Albigeois, le Rouergue, le Querci, les Cévennes et la Provence. Il mourut en odeur de sainteté le 1er février 650, à l’âge de 20 ans ; son corps est dans l’église de Saint-Georges de Nancy, où il est en vénération. Son fils Dagobert lui succéda.

SIGÉE (Louise), Aloisia Sigea, l’une des plus illustres et des plus savantes dames du 16e siècle, était de Tolède, et fille de Diego Sigée, homme savant qui l’éleva avec soin et qui la mena avec lui à la cour de Portugal. Elle fut mise auprès de l’infante Marie de Portugal, qui aimait les sciences. Louise Sigée épousa ensuite Alfonse Cuevas de Burgos, et mourut le 13 octobre 1560. On a d’Aloisia Sigea un poëme latin intitulé Sintra, nom d’une ville de Portugal, et d’autres ouvrages ; mais le livre infâme De arcanis amoris et veneris qui porte son nom n’est point d’elle. Voyez Chorier.

SIGISMOND (Saint), roi de Bourgogne, succéda à Gombault son père, vers 516. Il abjura l’arianisme, fit mourir son fils Sigeric, et fut dépouillé de ses états par Clodomir, fils de Clovis. Ayant été fait prisonnier, il fut jeté dans un puits avec sa femme et ses enfans, près d’Orléans, où il mourut misérablement en 524.

SIGISMOND, empereur d’Allemagne, et roi de Hongrie et de Bohème, était fils de l’empereur Charles IV, et frère de l’empereur Venceslas. Il épousa Marie, héritière de Hongrie, apaisa les troubles du royaume, et fut élu empereur en 1410. Voulant éteindre le schisme qui affligeait l’Église, il parcourut pendant trois ans toute l’Europe ; étant à Paris, il eut la curiosité de voir juger quelques procès au parlement. Il s’y rendit et prit la place qu’occupe ordinairement le roi lorsqu’il s’y trouve, ce qui fit murmurer tout bas les magistrats : on plaidait la cause d’un gentilhomme de mérite nommé Guillaume Signet, qui prétendait une charge qu’on lui disputait. Sa partie adverse objectait qu’il fallait être chevalier pour posséder cette charge, et que Signet ne l’était pas. Alors l’empereur, ayant appelé Signet, lui dit : « Puisqu’il n’y a que cet obstacle au gain de votre cause, je vous fais chevalier », en même temps il lui ceignit l’épée au côté, et lui chaussa ses éperons. Quoique tout le monde désapprouvât cette action, on ne crut pas devoir la relever, et Signet gagna sa cause. L’empereur Sigismond, de retour en Allemagne, fit tenir les conciles généraux de Constance et de Bâle. Il eut de grandes guerres à soutenir en Bohème contre les hussites, et mourut à Znain en Moravie le 8 décembre 1437, à 78 ans. C’était un prince bien fait, libéral, généreux, et ami des gens de lettres. On lui reproche néanmoins son incontinence, et de n’avoir pas réprimé les excès scandaleux de impératrice.

SIGISMOND, roi de Pologne, surnommé le Grand, était fils de Casimir IV, et frère de Jean-Albert et d’Alexandre. Il succéda à ce dernier à l’âge de 40 ans, battit les Moscovites et les chassa de la Lithuanie en 1541. Il étendit les bornes de ses états et mourut en 1548, à plus de 80 ans, après un règne glorieux de 41 ans.

SIGISMOND II, roi de Pologne, surnommé Auguste, était fils du précédent, auquel il succéda en 1548 ; il voulut faire rendre à sa maîtresse, qu’il avait épousée en secret, les honneurs de reine, et pour y engager les grands il leur promit d’envoyer leurs enfans étudier dans les universités d’Allemagne ; ce qui était défendu. C’est ainsi que l’hérésie pénétra en Pologne. Il acquit la Livonie à la couronne de Pologne, favorisa les savans, et mourut le 7 juillet 1572, après un règne de 24 ans y sans laisser de postérité. Ses lettres sont imprimées en latin avec celles du roi Étienne Battori, Leipsick, 1703, in-8°. Ce prince fut le dernier roi de la maison de Jagellon.

SIGISMOND III, fils de Jean III, roi de Suède, et de Catherine, fille de Sigismond Ier, roi de Pologne, naquit en 1566. Il fut couronné roi de Pologne en 1587, après la mort d’Étienne Battori, à l’exclusion de Maximilien d’Autriche, et prit possession du royaume de Suède le 19 février 1594. Ce prince étant zélé catholique, et ses sujets zélés luthériens, Charles, prince de Sudermanie, son oncle, profita de ces dispositions pour soulever les Suédois contre lui, et usurper le trône de Suède. Sigismond fit la guerre aux Tartares et aux Moscovites, qu’il chassa de Smolensko en 1611. Il mourut en 1632, après un règne de 45 ans.

SIGNET. Voyez Sigismond, empereur.

SIGNORELLI (Luca), célèbre peintre de Cortone, mort en 1521, à 82 ans. Il excellait surtout dans le dessin, et mettait beaucoup de feu et de génie dans ses compositions.

SIGONIUS (Charles), l’un des plus savans écrivains du 16e siècle, fut professeur en grec à Modène sa patrie, et enseigna ensuite les humanités à Padoue, où la république de Venise lui donna une pension. Il mourut à Modène en 1584, à 60 ans. On a de lui d’excellentes Notes sur Tite-Live, de savans Traités sur le droit romain, et un très-grand nombre d’autres ouvrages, dans la plupart desquels il a mieux expliqué les antiquités romaines que tous les écrivains qui l’avaient précédé. Les principaux sont un traité utile et méthodique De republicâ Hebræorum ; un autre très-savant De republicâ Atheniensium ; un ouvrage important pour connaître la formation des principautés d’Italie, intitulé Historia de Occidentali imperio ; une histoire exacte et judicieuse De regno Italiæ, depuis 565 jusqu’en 1286, etc. Tous ses ouvrages ont été recueillis et imprimés à Milan en 1732 et 1733, en 6 vol. in-fol. Ils méritent tous d’être lus. Outre ce recueil on a imprimé son Histoire ecclésiastique à Milan en 1734, en 2 vol. in-4°.

SIKE (Henri), savant allemand du 17e siècle, remplit les meilleures chaires de sa patrie pour les langues orientales ; il a donné l’Évangile de l’enfance de Jésus-Christ en arabe et en latin, Utrecht, 1697, in-8°.

SILÈNE, nourricier et compagnon de Bacchus, est représenté par les poètes comme un ivrogne monté sur un âne.

SILHON (Jean), conseiller d’état ordinaire, et l’un des premiers académiciens de l’académie Française, était de Sos en Gascogne. Il s’appliqua à l’étude de la religion et de la politique, et fut employé en des affaires importantes, sous le ministère du cardinal de Richelieu. Il eut plusieurs pensions de la cour, et mourut en 1607. On a de lui un traité de l’Immortalité de l’âme, Paris, 1634, in-4°, et plusieurs ouvrages de politique.

SILHOUETTE (Étienne de), fut un des commissaires pour les limites de l’Acadie, ministre d’état et contrôleur-général des finances de France. Il est mort dans son château de Bry-sur-Marne, le 20 janvier 1767, à 57 ans. Il a traduit l’Essai sur l’homme de Pope, in-12 ; l’Union de la religion et de la politique de Warburton, 1742, 2 vol. in-12 ; Idée du gouvernement chinois, 1729, in-4°, 1731, in-12 ; Réflexions politiques sur les plus grands princes de Gracian, 1730, in-4° et in-12 ; Mélanges de littérature et de philosophie de Pope, 1742, 2 vol. in-12 ; Traité mathématique sur le bonheur, 1741, in-12, etc.

SILINGES, peuple vandale qui s’empara de la Bétique en 408 ; mais il n’en jouit pas long-temps, ayant été exterminé, en 427, par Wallia, roi des Visigoths.

SILIUS-ITALICUS (Cayus), poète latin, fut consul de Rome, l’année de la mort de Néron, 68 de Jésus-Christ. Il eut d’abord une mauvaise réputation, parce qu’il faisait le métier de délateur ; mais il effaça cette tache dans la suite. Il était riche, et possédait une maison qui avait été à Cicéron, et une autre où était le tombeau de Virgile. Il se laissa mourir de faim, pour mettre fin au mal qui le tourmentait, à l’âge de 75 ans, l’an 100 de Jésus-Christ. Il nous reste de lui un Poème de la seconde guerre punique, contenant les expéditions d’Annibal en dix-sept livres. Ce poëme fut trouvé par le Pogge, dans une vieille tour du monastère de Saint-Gal, durant la tenue du concile de Constance. Il mérite d’être lu pour la pureté des expressions, la beauté du latin, et un grand nombre de particularités qu’on ne trouve point ailleurs ; mais on n’y remarque ni la nature, ni la matière, ni la forme d’un poëme, ni aucune des qualités qui caractérisent les bons poètes ; ce qui a fait dire à Pline que Silius-ltalicus a composé ses vers avec plus de travail que d’esprit et de génie. La première édition de ce poëme est de Rome, 1471, in-fol. Il y en a deux de cette date ; celle revue par Pomponius est plus estimée que celle revue par l’évêque d’Alérie. Il y en a une édition d'Alde, 1523, in-8°, et une d’Utrecht, 1717, in-4°.

SILLERI (Gabrielle-Françoise Brulart de), petite-fille du marquis de Puisieux, épousa, le 23 juin 1675, Louis de Tibergeau ; elle fit quelques vers agréables et conserva les grâces de son esprit jusque dans un âge fort avancé ; c’est pour elle que La Fontaine avait fait sa fable de Tircis et Amarante ; et c’est d’elle dont il dit : « Qui dit Silleri dit tout. Voy. Brulart.

SILLERI. Voy. Fargis

SILVA (Jean-Baptiste), célèbre médecin de la faculté de Paris et de Montpellier, naquit à Bordeaux le 13 janvier 1682 ; il pratiqua à Paris la médecine avec réputation, devint premier médecin de Louis-Henri de Bourbon, prince de Condé, puis médecin consultant de sa majesté, et mourut à Paris le 18 août 1742, à 61 ans. On a de lui un Traité de l’usage des différentes sortes de saignées, et principalement de celle du pied, 2 vol. in-12, et quelques autres écrits.

SILVA (François), né à Morbio-Disonto, dans le bailliage de Mendriz, célèbre peintre et statuaire, est mort en 1641. Son fils, Augustin, et son petit-fils François, dit le Jeune, furent aussi d’habiles statuaires. Ce dernier mourut à Bonn, dans l’électorat de Cologne, en 1737.

SILVA (Charles-François), mort à Milan en 1726, à 65 ans, fut un habile sculpteur et architecte.

SILVANI (Gérard), architecte et sculpteur florentin, né en 1579, bâtit le palais Ricardi à Florence et sculpta plusieurs statues qui ornent les édifices de cette ville. Il mourut en 1675. Son fils, Pierre-François Silvani, fut aussi un bon architecte ; l’église des pères de l’Oratoire de Florence est de sa construction.

SILVÈRE, Silverius, succéda au pape Agapet Ier en 536, par les soins du roi Théodat. Peu de temps après, ayant été accusé d’avoir des intelligences avec les Goths, il fut envoyé en exil à Patare en Lycie par Bélisaire, qui fit ordonner à sa place Vigile, le 22 novembre 537. L’empereur Justinien, ayant appris les outrages qu’on faisait à ce saint pape, ordonna qu’on le rétablit sur son siège ; mais par les intrigues de l’impératrice Théodora, il fut conduit dans l’ile Calmaria, où il mourut de faim en juin 538.

SILVESTRE Ier (Saint), pape, succéda à saint Miltiade le 31 janvier 314. Il envoya des députés au concile d’Arles, pour l’affaire des donatistes, et en tint lui-même plusieurs à Rome. Il envoya aussi Vitus et Vincent, prêtres de l’église de Rome, avec Osius, évéque de Cordoue, au concile général de Nicée en 325, pour y assister en son nom. Il mourut le 31 décembre 335.

SILVESTRE II, appelé auparavant Gerbert, né en Auvergne, de basse condition, fut élevé au monastère d’Aurillac, et devint abbé de Bobio. Il se retira ensuite à Reims, où il fut chargé de l’école de cette ville, et où il eut pour disciples le jeune Robert, fils de Hugues Capet. Gerbert fut fait archevêque de Reims en 992, après la déposition d’Arnoul. Mais celui-ci ayant été rétabli en 998, par Grégoire V, Gerbert se retira en Italie, où il obtint l’archevêché de Ravenne, par la faveur de l’empereur Othon III, qui avait été son disciple. Enfin, le pape Grégoire V étant mort, Gerbert lui succéda par la protection du même prince, le 19 février 999. C’était un des plus savans hommes de son siècle ; il était habile dans les mathématiques et dans les sciences les plus abstraites. Il mourut le 12 mai 1003. Il nous reste de lui 149 Épitres, et divers autres ouvrages dans la Bibliothèque des Pères, dans la collection de Duchesne, dans celle des conciles. Son Traité sur l’Eucharistie se trouve dans l’histoire de Goteschale, 1655, in-fol., et dans le Thesaurus novus monumentorum, du père Pez, 5 vol. in-fol. Le tome V est coté tome VI.

SILVESTRE DE PRIERIO. Voyez Mozoloni.

SILVESTRE (François), pieux et savant général des dominicains, naquit vers 1474, d’une noble et illustre famille de Ferrare ; ce qui l’a fait appeler Franciscus Ferrariensis. Après avoir professé la théologie avec distinction, et pris le bonnet de docteur à Bologne, il eut divers emplois dans son ordre ; il en devint général sous le pape Clément VII en 1525, et mourut à Rennes dans le cours de ses visites, le 19 septembre 1528, à 54 ans. On a de lui plusieurs ouvrages, dont les principaux sont 1° de bons Commentaires sur les livres de saint Thomas contre les gentils ; ils se trouvent dans le tome 9 des œuvres de saint Thomas ; 2° une Apologie pour prouver contre Luther que les instituts de l’Église romaine ne sont pas contraires à la liberté évangélique ; 3° la Vie de la bienheureuse Osanna de Mantoue, religieuse de l’ordre des frères prêcheurs, etc. Il ne faut pas le confondre avec François Silvestre, qui a traduit en français le Flambeau de la mer de Van-Loon, Amsterdam, 1687, 5 vol. in-fol.

SILVESTRE (Israël), célèbre graveur, naquit à Nancy le 15 août 1621, d’une bonne famille orignaire d’Écosse. Après la mort de son père, il vint à Paris, où Israël Henriet son oncle maternel et habile graveur le reçut avec joie et l’éleva comme son propre enfant. Il dessina toutes les vues de Paris et des environs, et les grava ensuite à l’eau forte avec un grand succès. Il fit depuis deux voyages à Rome, d’où il rapporta ce grand nombre de belles vues d’Italie que l’on a de lui. Enfin Louis XIV, instruit de sa rare capacité, l’employa à dessiner et à graver toutes les maisons royales, les places conquises, etc., et le fit maître à dessiner de monseigneur le dauphin. Il lui donna aussi des pensions considérables, et un logement au Louvre. Silvestre épousa Henriette Selincart, femme célèbre par son esprit et par sa beauté, laquelle étant morte le 1er septembre 1680, il lui fit élever un magnifique monument à l’église de Saint-Germain-l’Auxerrois. Il mourut le 11 octobre 1691, à 70 ans, laissant plusieurs enfans.

SILVESTRE (Louis), premier peintre du roi de Pologne, électeur de Saxe, mort le 14 avril 1760, à 85 ans, maniait le pinceau avec beaucoup de succès, et joignait les agrémens de l’esprit aux talens de la main.

SILVIA (Gianetta-Rosa Benozzi, dite), née à Toulouse, de parens italiens, vint fort jeune à Paris en 1716. Elle y épousa Joseph Baletti, dit Mario, qui jouait les rôles d’amoureux à la comédie Italienne. Elle fut également chargée des rôles d’amoureuses, qu’elle joua pendant quarante ans avec des applaudissemens et un succès soutenu. Elle est morte à Paris en 1758. Son mari est mort en 1762.

SILVIUS. Voyez Sylvius.

SIMÉON, chef de la tribu de même nom, et second fils de Jacob et de Lia, naquit 1749 ans avant J.-C. Il vengea avec Lévi l’enlèvement de sa sœur Dina, en égorgeant tous les hommes de la ville de Sichem. Dans la suite ayant été envoyé en Égypte pour y acheter du blé, Joseph le retint pour otage, jusqu’à ce que ses autres frères eussent amené Benjamin. Les interprètes de l’Écriture ne conviennent pas des motifs qui portèrent Joseph à en user de la sorte avec Siméon. Jacob, au lit de la mort, témoigna son indignation contre la violence que Siméon et Lévi avait exercée envers les Sichimites, et il leur prédit qu’en punition de leur crime Dieu les diviserait et les disperserait, c’est-à-dire que ces deux frères, si unis dans le crime, seraient séparés l’un de l’autre dans leurs demeures, et qu’en même temps ils seraient dispersés parmi les autres tribus. L’événement justifia la prédiction d’une manière frappante. Lévi n’eut jamais de lot ni de partage fixe dans Israël, et Siméon ne reçut pour partage qu’un canton que l’on démembra de la tribu de Juda, et quelques autres terres qu’ils allèrent conquérir dans les montagnes de Séir et dans la vallée de Gader. Fagius observe que les Siméonites, dénués des ressources communes à presque toutes les autres tribus, donnèrent des maîtres d’école à presque tout le pays, et se consacrèrent à l’éducation des enfans pour gagner leur pain. Si cette tradition, qui est appuyée sur l’autorité du Targum de Jérusalem, et de quelques rabbins, est bien fondée, il ne se peut guère de preuve plus parlante de l’humiliation des Siméonites. Le crime de Zamri attira aussi la malédiction sur la tribu de Siméon, et c’est la seule que Moïse ne bénit point en pourant. Quoique cette tribu fût composée de 59,000 combattans lors de la sortie d’Égypte, il n’en entra néanmoins que 22,000 dans la terre de Canaan. Siméon mourut vers 1637 avant J.-C., à 120 ans.

SIMÉON (Saint), appelé le frère du Seigneur, était fils de Cléophas, surnommé Alphée, frère de Salomé, femme de Zébédée, et de Marie, sœur de la sainte Vierge. Il fut élu évêque de Jérusalem, après saint Jacques, l’an 62 de Jésus-Christ, et fut crucifié pour la foi, la dixième année de Trajan, l’an 107 de Jésus-Christ, à 120 ans.

SIMÉON (Saint), Stylite, célèbre anachorète d’Antioche, naquit dans le petit bourg de Sisan, et se retira sur le haut d’une montagne de Syrie, où il demeura sur une colonne élevée de 36 coudées, dans les exercices d’une continuelle pénitence, et où il mourut en 461, à 69 ans. On a de lui une Lettre adressée à Basile, archevêque d’Antioche, et un Sermon dans la Bibliothèque des Pères. Théodoret, évêque de Cyr, l’un des plus judicieux écrivains ecclésiastiques, nous a donné l’abrégé de sa vie, qu’il a écrite [illisible] témoin occulaire. Il ne faut pas le con[illisible]fondre avec un autre Siméon Stylite[illisible] surnommé le Jeune, qui mourrut en[illisible] 595.

SIMÉON MÉTAPHRASTE, célè[illisible]bre compilateur des vies des saints[illisible] au 10e siècle, était natif de Constantinople. Il s’éleva, par sa naissance et[illisible] par son mérite, aux emplois les plus[illisible] considérables, fut secrétaire des empereurs Léon-le-Philosophe et Constantin-Porphyrogenète, et eut le département des affaires étrangères. Nous avons diverses traductions latines de ses Vies des saints. Il serait à souhaiter qu’on les imprimât en grec ; car quoique la plupart soient remplies de fa[illisible]bles, il y en a cependant plusieurs qui renferment des monumens anciens et authentiques. Cet écrivain fut nommé Métaphraste, parce qu’il avait écrit les vies des saints dans un style diff[illisible] et orné. Elles se trouvent dans les Vies de saints de Surius, et on trouve des[illisible] vers de lui dans Corpus poetarum græcorum, Genève, 1606, et 1614, 2 vol. in-fol.

SIMÉON, fameux rabbin du second siècle, est regardé par les juifs comme le prince des cabalistes. C’est à lui qu’on attribue le livre hébreu intitulé Zohar, c’est-à-dire la lumière. Crémone, 1560, 3 vol. in-fol.

SIMÉONI. Voyez Gaspard

SIMIANE, ancienne maison de Provence, qui remonte à la fin du 10e siècle, s’est fait connaître avantageusement en France. Bertrand Raimbaud, marquis de Gorde, se distingua dans les guerres contre les religionnaires en sa qualité de lieutenant-général du Dauphiné. Il mourut en 1578 ; ce fut dans un combat qu’il livra au fameux Dupuy Montbrun que ce dernier fut pris. Madame de Sévigné a rendu aussi ce nom fameux, parce que sa petite-fille avait épousé Louis, marquis de Simiane, mot en 1718. Cette dame, Pauline Adhémar de Grignan, n’eut que des filles. Il existe plusieurs branches de cette maison ; c’est d’une de ses branches qu’était Charles-Jean-Baptiste, dont l’article est ci-après.

SIMIANE (Charles-Jean-Baptiste de), marquis de Pianesse. [illisible] duc de Savoir, et [illisible] son infanterie [illisible] zèle dans son conseil et dans ses armées, et lui rendit les services les plus importans. Sur la fin de ses jours il quitta ses biens et la cour, et se retira à Turin, chez les prêtres de la Mission, où il ne s’occupa que de son salut. Il assistait néanmoins de temps en temps au conseil du duc de Savoie. Il mourut avec de grands sentimens de piété en 1677. On a de lui, en italien, un Traité de la vérité de la religion chrétienne, dont le père Bouhours a donné une belle traduction française, in-12 ; un Extrait des confessions de saint Augustin en latin, in 12. Il est auteur de quelques autres écrits.

SIMIERS ou SEYMER (Louise de l'Hôpital, épouse de Jean de, maître de la garderobe du duc d’Alençon), avait aimé le duc de Guise plus qu’elle n’en avait été aimée ; mais elle rencontra mieux en Humières. Voyez ce mot. Son mari, pour la soustraire a ses poursuites, la mena à Compiègne. Humières lui fit donner le gouvernement de Dieppe, où il alla avec sa femme. Sa retraite était plus à la disposition d’Humières, qui trouva le moyen de revoir sa maîtresse, mais avec une telle indiscrétion que son mari pensa la tuer, et la renferma. Elle mourut sans enfans ; elle était tante des maréchaux de Vitri et de l’Hôpital.

SIMLER (Josias), savant ministre de Zurich, naquit en Suisse le 6 novembre 1530, et mourut à Zurich le 2 juillet 1576, à 45 ans, laissant trois fils. On a de lui divers ouvrages de théologie, de mathématiques et d’histoire, et un Abrégé de la Bibliothèque de Conrad Gesner, Zurich, 1574, in-fol., augmentée dans l’édition de Frisius, 1583. Cet abrégé est estimé. De Helvetiorum republicâ, Elzévir, 1624, in-24, traduit en français, 1579, in-8° ; Vallesiæ descriptio, Elzévir, 1633, in-24, etc.

SIMLER (Jean), de Zurich, mort à Stein sur le Rhin en 1748, à 55 ans, a été un habile peintre de portraits et d’histoire.

SIMON MACHABÉE, fils de Mathatias, et frère de Judas Machabée et de Jonathas, succéda à ce dernier au gouvernement des Juifs l’an 143 avant J.-C. Il se distingua par son courage et par sa prudence, rendit libres les Juifs qui avaient presque toujours été tributaires ou des Perses ou des Grecs, depuis leur retour de la captivité de Babylone, et prit par famine la citadelle de Sion. Il renouvela alliance avec les Spartiates, battit les troupes d’Antiochus Soter, roi de Syrie, et fut assassiné par trahison avec deux de ses fils dans un festin, par son gendre Ptolémée, l’an 135 avant J.-C Jean Hyrcan lui succéda.

SIMON (Saint), apôtre de Jésus-Christ, fut surnommé Cananéen, c’est-à-dire zélé. On croit qu’il prêcha l’Évangile dans la Mésopotamie et dans la Perse ; mais on ne sait rien de certain sur l’année, le lieu ni le genre de sa mort.

SIMON-LE-MAGICIEN, chef des simoniaques, était du bourg de Gitron, dans le pays de Samarie, et fut baptisé par le diacre saint Philippe, vers l’an 34 de Jésus-Christ. Quelque temps après, voyant que par l’imposition des mains des apôtres, les fidèles parlaient plusieurs langues sans les avoir jamais apprises, et faisaient des miracles, il offrit de l’argent pour avoir la même puissance ; mais saint Pierre condamna ce commerce impie, par lequel Simon voulait rendre vénales les choses saintes ; et c’est de son action sacrilège que la simonie a pris son nom, et que ceux qui trafiquent des choses sacrées sont appelés simoniaques. Simon publia ensuite qu’il était la grande Vertu de Dieu, et répandit un grand nombre d’erreurs et d’impiétés, faisant passer sa concubine, nommée Hélène, ou Sélène, pour une personne divine. Étant allé a Rome, il se fit estimer de l’empereur Néron, et l’on assure qu’ayant promis à ce prince qu’à certain jour il monterait au ciel, tout le monde accourut à ce spectacle, et que déjà il prenait l’essor dans les nues, lorsqu’à la prière de saint Pierre il tomba à terre et se rompit les jambes. On ajoute que peu de jours après il mourut de sa blessure, l’an 66 ou 67 de Jésus-Christ. Il eut pour disciples Cerdon, Ménandre et Saturnin.

SIMON (Richard), né à Dieppe le 15 mai 1638, entra dans la congrégation de l’Oratoire, et en sortit peu de temps après. Il y rentra en 1662, et s’appliqua avec une ardeur extraordinaire à l’étude des langues orientales, pour lesquelles il eut, toute sa vie, beaucoup de goût et de facilité. Il professa ensuite la philosophie au collège de Juilly, au diocèse de Meaux ; mais s’étant attiré beaucoup d’ennemis par les opinions hardies et singulières répandues dans les livres qu’il donnait au public, il sortit de l’Oratoire en 1678, et se retira à Bolleville, village du pays de Caux, dont il était curé depuis 1676. Il quitta cette cure en 1682, et après un séjour assez court à Dieppe, il revint à Paris pour y faire imprimer quelques ouvrages. Il eut des démêlés littéraires assez vifs avec MM. de Veil, Spanheim, Le Clerc, Jurieu, Michel Le Vassor, et plusieurs autres savans de son temps. Il mourut à Dieppe le 11 avril 1712, à 74 ans. On a de lui un très-grand nombre d’ouvrages, dont les principaux sont 1° une édition des Opuscules de Gabriel de Philadelphie, avec une traduction latine des notes, 1686, in-4° ; 2° les Cérémonies et coutumes des Juifs, traduites de l’italien de Léon de Modène, avec un supplément touchant les sectes des caraïtes et des samaritains, 1681, in-12 ; 3° l’Histoire critique du Vieux Testament, dont la meilleure édition est celle de Rotterdam, chez Régnier Leers, en 1685, in-4° ; Histoire critique du texte du Nouveau Testament, Rotterdam, 1689, in-4°, qui fut suivie en 1690, d’une Histoire critique des versions du Nouveau Testament, in-4°, et en 1692, de l’Histoire critique des principaux commentateurs du Nouveau Testament, etc., avec une Dissertation critique sur les principaux actes manuscrits cités dans ces trois parties, in-4° ; Réponse au livre intitulé Sentimens de quelques théologiens de Hollande, 1686, in-4° ; Inspiration des livres sacrés, 1687, in—4° ; Nouvelles observations sur le texte et les versions du Nouveau Testament, Paris, 1695, in-4° ; 4° Lettres critiques dont la meilleure édition est celle d’Amsterdam, 1730, 4 vol. in-12 ; 5° une traduction française du Nouveau Testament, avec des remarques littéraires et critiques, 1702, 2 vol. in-8°. M. de Noailles, archevêque de Paris, et M. Bossuet condamnèrent cet ouvrage ; 6° Bibliothèque critique, sous le nom de saint Jorre, avec des notes, 1708 et 1710, 4 vol. in-12. Ce livre fut supprimé par arrêt du conseil ; 7° Bibliothèque choisie, 1714, 2 vol. in-12 ; 8° Critique de la Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques de M. Dupin, et des Prolégomènes sur la Bible du même, 1730, 4 vol. in-8°, avec des éclaircissemens et des remarques du père Souciet, jésuite, qui est l’éditeur de cet ouvrage ; 9° Histoire critique de la créance et des coutumes des nations du Levant, sous le nom de Moni, 1693, in-12 ; 10° Histoire des revenus ecclésiastiques, 1709, 2 vol. in—12 ; 11° Créance de l’église orientale sur la transsubstantation, 1687, in-12 ; 12° la Vie du père Morin, dans les Antiquitates ecclesiæ orientalis de cet auteur. C’est une satire de Morin et de toute la congrégation de l’Oratoire, etc. On remarque dans tous les ouvrages de Richard Simon beaucoup de critique et d’érudition, mais assez souvent peu d’exactitude dans les citations ; et presque toujours des opinions singulières et extraordinaires. Le séjour qu’il avait fait à l’Oratoire lui avait tellement déplu, que quand on lui parlait de communautés ou d’ordres religieux, il répétait sans cesse ce vers pentamètre :

Alterius ne sit, qui suus esse potest.

SIMON (Jean-François), né à Paris en 1654, d’un habile chirurgien, prit l’habit ecclésiastique, se fit recevoir docteur en droit canon, devint secrétaire de M. Peletier le père, contrôleur des fortifications, et associé de l’académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Il fut choisi en 1712 pour garde des médailles du cabinet du roi ; et mourut le 10 décembre 1719, dans sa 65e année. Il excellait surtout dans les devises et les inscriptions. On a de lui plusieurs savantes Dissertations dans les Mémoires de l’académie des Inscriptions.

SIMON (Denis), conseiller du présidial, et maire de la ville de Beauvais, est auteur d’une Bibliothèque des auteurs de droit, 1692 et 1695, 2 vol. in-12 ; d’un Supplément à l’Histoire de Beauvais, 1706, in-12, et de quelques autres ouvrages. Il mourut en 1731.

SIMON, moine d’Orient dans le 13e siècle, passa en Europe, où il se fit dominicain, et composa un Traité contre les Grecs, sur la procession du Saint-Esprit, qu’on trouve dans Allatius.

SIMON (Claude-François), habile imprimeur de Paris, y est mort en 1707, à 55 ans. Il a composé une Connaissance de la mythologie, in-12, et deux comédies, Minos ou l’Empire souterrain, Les Confidences réciproques, non représentées. On lui attribue les Mémoires de la comtesse d’Horneville, 2 vol. in-12.

SIMON (Jean-François), chirurgien, mort le 22 octobre 1770, a travaillé pour les jeunes chirurgiens dans son Abrégé de la maladie des os ; Abrégé de pathologie et de thérapeutique, in-12 ; Recherches sur l’opération césarienne.

SIMONEL (Dominique), avocat, mort en 1750, a donné un Traité estimé des droits du roi sur les bénéfices de ses états, 1752, 2 vol. in-4° ; Dissertation sur les pairs de France, 1753, in-12 ; Traité du refus de la communion à la sainte table, 1754, 2 vol. in— 12.

SIMONET (Edmond), né à Langres, en 1662, se fit jésuite en 1681, et enseigna la philosophie à Reims et à Pont-à-Mousson, où il enseigna aussi la théologie scolastique. Il mourut en cette ville en 1733. On a de lui Instititutiones theologicæ, Nanci, 1721 à 1728, 11 vol. in-12, et Venise, 1731, 3 vol. in-fol.

SIMONIDE (Simon), poète latin, né à Léopold en Pologne, fut secrétaire de Jean Zamoski, reçut la couronne poétique de Clément VIII, et mourut en 1629, âgé de 72 ans. Le recueil de ses poésies a été imprimé à Varsovie, 1772, in 4°.

SIMONIDES : l’un des plus excellens poètes grecs de l’antiquité, était de Ceos, aujourd’hui Zea, île de la mer Égée. Il florissait du temps de Darius, fils d’Hystaspe, vers 430 avant J.-C. Il s’exerça en plusieurs genres de poésie, et réussit surtout dans l’élégie. Quelques-uns ont dit qu’il ajouta quatre lettres à l’alphabet grec ; mais il y a apparence que ce fut un autre Simonides, poète iambique qui vivait longtemps avant lui. On assure aussi qu’il fut préservé deux fois d’un péril imminent d’une manière extraordinaire, et que ce fut une récompense de sa vertu. À l’âge de 80 ans, il disputa le prix de la poésie, et le remporta. Il avait une mémoire prodigieuse, et on lui attribue l’invention de la mémoire locale artificielle. Il alla, malgré son grand âge, à la cour d’Hiéron, roi de Syracuse, et s’en fit aimé. La réponse qu’il fit à ce prince, qui lui demandait la définition dé Dieu, est fort célèbre, et se trouve dans Cicéron, liv. 1er de la Nature des dieux. Simonides se fit aussi chérir de Pausanias, général des Lacédémoniens, lequel l’ayant un jour à sa table, lui ordonna de débiter quelques sentences. « Souvenez-vous, lui répondit Simonides, que vous êtes homme. » Cette réponse parut si froide à Pausanias, qu’il ne daigna pas y faire attention ; mais s’étant trouvé dans un asile où il combattait contre une faim insupportable, et dont il ne pouvait sortir sans s’exposer au dernier supplice, malheur que son ambition lui avait attiré, il se souvint des paroles de ce poète, et s’écria par trois fois : « O Simonides, qu’il y avait un grand sens dans l’exhortation que tu me fis ! » Simonides fit paraître de grandes qualités dans sa conduite et dans ses écrits, mais sa gloire fut obscurcie par son avarice et la vénalité de sa plume. Il mourut 460 avant J.-C., à l’âge de 89 ans. Il avait écrit en dialecte dorique les célèbres batailles de Marathon et de Salamine, et il avait composé des Odes, des Tragédies, des Épigrammes, des Élégies, des Lamentations, etc. ; mais il ne nous reste que des fragmens de ses poésies, dont Léon Allatius a donné les titres. Fulvius Ursinus les a recueillies avec des notes, Anvers, 1568, in-8°, et dans Corpus poetarum græcorum, Genève, 1606 et 1614, 2 vol. in-fol. Il avait un talent particulier pour exciter la compassion de ses lecteurs, et l’on prétend qu’en ce point il était préférable à Pindare. Phénix, général des Agrigentins, ayant pris la ville de Syracuse, y fit démolir le tombeau de Simonides. C’est à cette occasion que Callimaque composa une pièce contre Phénix, dans laquelle il introduisit Simonides, se plaignant de ce que ce général n’avait pas eu les mêmes égards pour lui que Castor et Pollux qui l’avaient sauvé d’une maison prête à tomber. Cette dernière circonstance de la vie de Simonides est parfaitement bien traitée dans les fables de Phèdre et de La Fontaine. On a imprimé comme de Simonides un Dialogue de l’origine et naturel feminini generis qui se trouve dans le livre intitulé Formulaire fort récréatif de tous contrats, etc., Lyon, 1594, in-16.

SIMONIUS (Simon), médecin de Lucques dans le 16e siècle, de catholique se fit calviniste, puis socinien. Il se retira en Pologne, où un certain Marcellus Squarcia Lupus le taxa d’athéisme dans un libelle de 23 pages, intitulé Simonis Simonii summa religio, Cracoviæ, 1588, in-4°. Simonius a fait quelques livres de médecine oubliés.

SIMONIUS (Pierre), éloquent et savant évêque d’Ypres, natif de Tiel, cet auteur de plusieurs bons ouvrages contre les calvinistes. Les principaux sont 1° De veritate ; 2° Apologia contra Calvinum pro veritate catholicâ ; 3° De hæreseos hæreticorumque naturâ ; 4° De Jesu-Christi in monte Thabor cum Moïse et Eliá colloquio ; 5° des Sermons et des Exhortations à son peuple réunies en un vol. in-fol., et imprimés à Anvers par les soins du jésuite Jean David, etc. Il mourut en 1605, à 66 ans.

SIMONNEAU (Charles), habile graveur, natif d’Orléans, fut élève de Noël Coypel et de Château, et s’abandonna ensuite à son génie. Il fut employé à graver les médailles de l’histoire métallique de Louis XIV, et le czar Pierre Alexiovitz l’occupa à divers sujets de batailles. Simonneau était de l’académie Royale de peinture et de sculpture, et mourut à Paris en 1728, âgé d’environ 86 ans. Louis Simonneau a gravé l’histoire de l’imprimerie et de la gravure en 1694 et l’histoire des autres arts et métiers, depuis 1694 jusqu’en 1710, 2 vol. in-fol., 168 planches.

SIMPLICEN (le Père Pierre-Lucas, augustin déchaussé, mort le 10 octobre 1759, à 76 ans, est auteur de la nouvelle édition de l’Histoire généalogique de la maison de France et des grands officiers de la couronne, 1726 à 1733, 9 vol. in-folio, à laquelle il avait travaillé avec le père Ange, et qu’il a achevée seul après la mort de son confrère. Il a aussi donné les éditions des États de la France, de 1737 et 1736.

SIMPLICIUS, natif de Tivoli, succéda au pape Hilaire le 25 février 468. Il gouverna avec beaucoup de sagesse et de prudence en des temps très difficiles, et fit tous ses efforts pour faire chasser Pierre Mongus du siège d’Alexandrie, et Pierre-le-Foulon de celui d’Antioche. Il sut démêler tous les artifices dont Acace de Constantinople se servit pour le surprendre, et mourut le 1er mars 483. Il nous reste de lui 18 Lettres, dont plusieurs sont très-importantes.

SIMPLICIUS, philosophe péripatéticien au 5e siècle, était Phrygien. Il nous reste de lui des Commentaires sur Épictète, Leyde, 1640, in-4°, avec des notes de Saumaise. Cet ouvrage est curieux et intéressant. Il est traduit dans l’Épictète de madame Dacier.

SIMPSON (Thomas), professeur de mathématiques en Angleterre, et des académies des Sciences de Londres et de Paris, a donné des Élémens de géométrie, traduits en français, 1755, in-8°.

SIMSON (Edouard), savant théologien anglais, publia en 1652 une Chronique universelle depuis le commencement du monde jusqu’à Jésus-Christ. Il y marque avec soin les années du monde, les olympiades et les années de la fondation de Rome. On y trouve dans un bon ordre tout ce qui concerne l’histoire sacrée et profane. Sa vie est à la tête avec la liste de ses ouvrages. Les éditions de Leyde, 1739, et d’Amsterdam, 1752, in-fol., sont les plus belles. Il ne faut pas le confondre avec Archibaut Simson, théologien écossais, qui a fait entre autres ouvrages un Traité des hiéroglyphes des animaux, dont il est parlé dans l’Écriture, Edimbourg, 1622, in-4, et un Commentaire anglais sur la seconde épître de saint Pierre, imprimé à Londres en 1632, in-4°.

SIMSON (Robert), professeur de mathématiques dans l’université de Glascou, mourut le 1er octobre 1768, à 81 ans. Le comte de Stanhope a fait la dépense d’une magnifique édition de ses œuvres postumes en latin, à Glascou, 1776, in-4°. Jacques Clowe, autre professeur de Glascou, en a été l’éditeur. Ces ouvrages ont pour but principal de faire connaître et d’éclaircir la doctrine des anciens en mathématiques.

SINCRÉTIQUES. Voyez Calixte.

SINGLIN (Antoine), fameux docteur et confesseur des religieuses de Port-Royal, était natif de Paris, et fils d’un marchand de vin. Ayant renoncé au commerce par le conseil de saint Vincent de Paul, il apprit le latin et embrassa l’état ecclésiastiques. Saint Vincent le mit ensuite dans l’hôpital de la Pitié, pour faire le catéchisme aux enfans. Quelque temps après, M. Singlin s’attacha à l’abbé de Saint-Cyran, qui lui fit recevoir la prêtrise, et l’engagea à se charger de la direction des religieuses de Port Royal. M. Singlin fut confesseur de ces religieuses pendant 26 ans, et leur supérieur pendant huit. On dit que M. Pascal lui trouvait le jugement si solide, qu’il lui lisait tous ses ouvrages avant que de les publier, et qu’il s’en rapportait à ses avis. On ajoute que c’était aussi pour l’ordinaire M. Le maître de Sacy qui dirigeait sa plume. M. Singlin lui disait le sujet qu’il voulait traiter, sur quelle vérité il avait dessein de prêcher, quel endroit de l’Évangile il se proposait d’expliquer, et M. de Sacy, ou quelquefois M. Amauld, remplissait ce plan, ou du moins l’ébauchait. M. Singlin eut beaucoup de part aux affaires de Port-Royal. Craignant d’être arrêté en 1661, il se retira dans une des terres de la duchesse de Longueville. Il mourut dans une autre retraite, le 17 avril 1664, et l’on porta son corps à Port-Royal de Paris. On a de lui 1° des Instructions chrétiennes sur les mystères de Notre Seigneur et les principales fêtes de l’année, Paris, 1671, en 5 vol. in-8°, réimprimées en 12 et en 6 vol. in-12 ; 2° quelques Lettres, dans les Mémoires de Port-Royal, 7 vol. in— 12.

SINHOLD (Jean-Nicolas), savant théologien allemand, et professeur d’éloquence à Erfurt, a continué l’Erfordia litterata du professeur Motschman, et a fait divers ouvrages allemands. Il mourut en 1748.

SINNICH (Jean), fameux docteur de Louvain, au 17e siècle, natif d’Irlande, dont on a un ouvrage in-fol. contre les théologiens de la confession d’Augsbourg, intitulé Confessionistarum Goliatismus profligatus, et plusieurs autres ouvrages, dont les titres sont bizarres et singuliers. Il était grand défenseur des écrits de Jansénius, et fut professeur dans l’université de Louvain, qui l’envoya à Rome avec d’autres députés vers Urbain VIII, pour demander à ce pape des éclaircissemens au sujet de sa bulle contre Jansénius. Il mourut en 1666.

SINNIS, fameux brigand, qui désolait les environs de Corinthe ; il attachait ceux qui tombaient entre ses mains aux branches de deux gros arbres qu’il avait pliés et abaissés jusqu’à terre, lesquels se redressant tout d’un coup déchiraient ces malheureux. Thésée le fit mourir du même supplice.

SINON, fils de Sisyphe, se laissa prendre par les Troyens, et par ses fourberies leur persuada de faire entrer le cheval de bois dans leur ville. Ce fut lui qui ouvrit la porte du cheval aux gens armés qui étaient enfermés dedans.

SIONITE. Voy. Gabrielle.

SIRÈNES, monstres marins, moitié femmes et moitié poissons, étaient filles de l’Océan et d’Amphitrite ; elles attiraient les passans par leurs chants et les dévoraient. Ulysse les évita en faisant boucher les oreilles de ses compagnons, et se faisant attacher au mât.

SIRI (Vittorio), historiographe du roi et ancien abbé de Vallemagne, était Italien. Il se rendit fameux par son Mercure, ouvrage curieux qui contient l’histoire du temps depuis 1635 jusqu’en 1655, en 13 vol. in-4°, et dont M. Requier en a commencé une traduction française. On a encore de lui Memorie recondite en 8 vol. in-4°. Il y en a aussi une partie traduite par M. Requier. Il mourut à Paris le 5 octobre 1685, à 77 ans. Il ne faut pas toujours compter sur la vérité des faits rapportés par cet historien.

SIRICE, Romain, succéda au pape Damase le 1er janvier 385, à l’exclusion d’Ursicin. La lettre qu’il écrivit à Himère, évêque de Taragone, dans laquelle il répond à plusieurs questions importantes de ce prélat, passe parmi les savans pour la première épitre décrétale qui soit véritable. Il condamna Jovinien et ses sectateurs, et n’eut ni pour saint Jérôme ni pour saint Paulin les égards que ces deux grands hommes méritaient. Il mourut le 19 septembre 399. On a de lui plusieurs Épîtres importantes, dans Épist. Rom. Pont. de Coustant, in-fol.

SIRIGUE Voy. Mélèce.

SIRLET (Guillaume), célèbre cardinal du 16e siècle, était de Stilli, autrement Squillace, dans la’Calabre. Il se rendit habile dans les langues latine, grecque et hébraïque, et se fit estimer de Marcel II. Il fut fait cardinal et bibliothécaire du Vatican par Pie IV, à la sollicitation de saint Charles Borromée, et mourut en 1585, à 71 ans.

SIRLET (Flavius), excellent graveur en pierres fines, s’est rendu à Rome très-célèbre par ses talens, et passe avec raison pour l’un de ceux qui ont le plus approché des graveurs anciens. Le fameux groupe de Laocoon, qu’il a gravé sur une améthyste, est regardé comme son chef-d’œuvre. Il mourut en 1737.

SIRMOND (Jacques), très-célèbre jésuite, naquit à Riom le 12 octobre 1559, d’un père qui était prévôt, juge et magistrat de cette ville. Il se rendit très-habile dans les antiquités ecclésiastiques, et s’acquit une grande réputation dans toute l’Europe par sa profonde érudition et par ses ouvrages. Il fut appelé à Rome en 1590 par le père Aquaviva, auquel il servit de secrétaire pendant plus de 16 ans. Les cardinaux Baronius, d’Ossat et Barberin eurent pour lui une estime particulière, et il ne fut pas inutile au premier pour la composition de ses Annales. Il revint à Paris en 1608, et depuis ce temps il ne laissa passer presque aucune année sans publier quelques ouvrages. Il devint ensuite confesseur du roi Louis XIII, et remplit long-temps cette place avec l’estime de ce prince et des seigneurs de la cour. Le père Sirmond était lié d’une étroite amitié avec Jérôme Bignon, Pierre Pithou et plusieurs autres grands hommes de son temps. Il mourut à Paris le 7 octobre 1651, à 92 ans. On a de lui un très-grand nombre d’ouvrages dont les principaux sont 1° d’excellentes Notes sur les conciles de France, dans l’édition qu’il en a donnée, Paris, 1629, 3 vol. in-fol., dont il y a un Supplément du père de Lalande, 1666, in-fol., et Concilia novissima Galliæ, d’Odespun, Paris, 1646, in-fol. ; sur les Capitulaires de Charles-le-Chauve et sur le Code Théodosien ; 2° de bonnes éditions des œuvres de Théodoret et d’Hincmar de Reims ; 3° un grand nombre d’excellens Opuscules sur différentes matières, imprimés à Paris en 1696, en 5 vol. in-fol. Tous les ouvrages du père Sirmond sont très-bien écrits en latin, et ses Opuscules peuvent servir de modèle pour le style théologique. Ce fut lui qui publia le premier l’ouvrage curieux de Facundus, évéque d’Hermiane, et un livre intitulé Prædestinatus, qui fit grand bruit et qui n’est qu’une rapsodie informe. Ses écrits contre le fameux docteur Richer ne font point d’honneur à sa capacité dans la théologie ; mais il a mieux réussi contre Godefroi, Saumaise et le père Petau.

SIRMOND (Antoine), jésuite, mort en 1643, et Jean Sirmond de l’académie Française, mort en 1649, neveu du précédent, sont aussi auteurs de plusieurs ouvrages. Ce dernier était, au jugement du cardinal de Richelieu, un des meilleurs écrivains de son temps ; et cette éminence se servit souvent de sa plume. Il est auteur de la Vie du cardinal d’Amboise, qui parut en 1631, in-8°, sous le nom du sieur des Montagnes, et qui n’est pas estimée. On a aussi de lui des Poésies latines, 1654. Le plus fameux ouvrage du père Antoine Sirmond son frère est intitulé Défense de la vertu, et imprimé en 1641, in-4°. Ce qu’il osa avancer dans ce livre « qu’il ne nous est pas tant commandé d’aimer Dieu que de ne le pas haïr, et qu’on ne peut marquer aucun temps de la vie où on soit tenu de faire un acte d’amour de Dieu, » parut avec raison si révoltant à ses confrères mêmes, qu’ils en désavouèrent l’auteur. M. Nicole, dans ses Notes de Wendrock sur la dixième Lettre provinciale, a réfuté avec force ces scandaleuses propositions du père Antoine Sirmond.

SISARA, général de l’armée de Jabin, roi de Chanaan, ayant été vaincu par Barach, juge d’Israël, fut reçu en s’enfuyant dans la tente de Jahel, laquelle, le voyant endormi, lui enfonça un clou dans les tempes, 1285 avant J.-C.

SISGAU. Voy. Authier.

SISINNIUS, Syrien de nation, succéda au pape Jean VII le 18 janvier 708, et mourut subitement le 6 février suivant.

SISYPHE, fils d’Éole, qui désolait les rivages de l’Attique, fut tué par Thésée. Il est condamné dans les enfers à rouler au haut d’une montagne une grosse pierre qui retombe quand elle est prête d’arriver.

SISYPHE, natif de l’île de Cos, écrivit, si l’on en croit Malesa, cité par Jean Tzetzès, l’histoire du siège de Troie, où il avait accompagné Teucer. On ajoute qu’Homère s’était beaucoup servi de cet ouvrage ; mais ces faits, étant destitués de preuves, doivent passer pour fabuleux, ou du moins pour très-incertains.

SITONS, habitaient la Norwége et avaient des femmes pour leur commander. Sans doute qu’ils redoutaient moins leurs projets ambitieux que ceux des hommes.

SIXTE Ier, Romain, succéda au pape Alexandre Ier en 117, et mourut en 127.

SIXTE II, Athénien, fut élu pape après Étienne en 257 et souffrit le martyre par la foi de J.-C. trois jours avant son fidèle disciple saint Laurent, le 6 août 259, durant la persécution de Valerien.

SIXTE II, prêtre de l’Église romaine, succéda au pape Célestin en 432. Il travailla à éteindre les hérésies de Pélage et de Nestorius, et à concilier saint Cyrile et Jean d’Antioche. Il mourut le 18 août 440. On a de lui trois Épîtres et quelques pièces de poésie sur le péché originel contre Pelage, dans la Bibliothèque des Pères, et dans Epist. Rom. Pont. Coust., in-fol.

SIXTE IV, appelé auparavant François Albisola de la Rovère, était selon quelques-uns fils d’un pêcheur du village de Celle, à cinq lieues de Savone, dans l’état de Gènes. Il entra dans l’ordre des cordeliers, fut reçu docteur à Padoue, et enseigna avec réputation dans les universités de Bologne, de Pavie, de Sienne, de Florence et de Perouse. Il devint ensuite général des cordeliers, puis cardinal, à la recommandation du cardinal Bessarion ; et enfin pape le 9 août 1471, après la mort de Paul II. Il arma aussitôt une flotte contre les Turcs, et fit paraître beaucoup de magnificence et de libéralité pendant tout son pontificat. Sixte IV enrichit la bibliothèque du Vatican dont il confia l’intendance au docte Platine. Il donna le 1er mars 1476 une bulle par laquelle il accorde des indulgences à ceux qui célébreront la fête de l’immaculée Conception de la sainte Vierge ; c’est le premier décret de l’Église romaine touchant cette fête. On lui attribue aussi l’établissement de la fête de saint Joseph en 1481, pour laquelle Gerson s’était donné beaucoup de mouvement. Les historiens lui reprochent d’avoir souffert les déréglemens de ses neveux, d’avoir montré trop de passion contre la maison de Médicis, et contre les Vénitiens, et d’être entré dans la conspiration des Pazzi à Florence. Il mourut le 13 août 1484, à 71 ans. Il avait composé, avant son pontificat, les traités De Sanguine Christi, Rome, 1473, in-fol., rare ; De futuris contingentibus ; De potentiâ Dei ; De Conceptione beatæ Virginis, etc. On lui attribue Regulæ Cancellariæ, 1471, in-4°, très-rare, traduit en français par Dupinet, 1564, in-8°, et réimprimé sous le titre de la Banque romaine, 1700, in-12.

SIXTE V, pape célèbre, et l’un des plus grands hommes qui aient régné en Europe, était fils de François Peretti, vigneron du village appelé les Grottes, près du château de Montalte. Il naquit en ce village le 13 décembre 1521, et fut nommé Félix Peretti. À l’âge de 9 ans il fut donné par son père, qui était très-pauvre, à un habitant du village pour garder ses pourceaux. Dans cet état, ayant aperçu un cordelier conventuel qui était en peine du chemin qu’il devait prendre pour aller à Ascoli, il le suivit jusqu’au couvent. Il témoigna une si grande passion pour l’étude qu’on l’instruisit, et qu’ensuite il prit l’habit. Le frère Félix devint en peu de temps bon grammairien et habile philosophe. Il fut fait prêtre en 1545, et élevé au degré de bachelier, après quoi il prit le nom de Montalte. Ayant reçu quelque temps après le bonnet de docteur, il obtint une chaire de théologie à Sienne. Il s’acquit ensuite une si grande réputation par ses sermons à Rome, à Gènes, à Pérouse et ailleurs, qu’il fut nommé commissaire-général à Bologne, et inquisiteur à Venise ; mais s’étant brouillé avec le sénat et avec les religieux de son ordre, il fut contraint de s’enfuir de cette ville. Comme on le raillait sur son évasion précipitée, il répondit qu’ayant fait vœu d’être pape à Rome, il n’avait pas cru devoir se faire pendre à Venise. À peine fut-il arrivé à Rome qu’il devint l’un des consulteurs de la congrégation, puis procureur-général de son ordre, par la protection des cardinaux Carpi, Alexandrin et Marc-Antoine Colonne, auquel il avait enseigné la philosophie. Il accompagna en Espagne le cardinal Buon Compagno, en qualité de théologien du légat et du consulteur du Saint-Office. C’est alors qu’il changea tout à coup son humeur sévère et qu’il devint si complaisant que tous ceux qui le voyaient étaient charmés de la beauté de son esprit et de la douceur de son caractère. Cependant le cardinal Alexandrin, étant devenu pape sous le nom de Pie V, se souvint de Montalte et lui envoya en Piémont un bref de général de son ordre. Il voulut aussi l’avoir pour son confesseur extraordinaire, et lui donna l’évêché de Sainte-Agathe en 1568, puis le chapeau de cardinal. Le cardinal Buon Compagno ayant succédé à Pie V en 1672, sous le nom de Grégoire XIII, Montalte ne songea plus qu’à parvenir à la même dignité. Dans cette vue il renonça volontairement à toutes sortes de brigues et d’affaires, se plaignit des infirmités de sa vieillesse, et vécut dans la retraite, comme s’il n’eût travaillé qu’à son salut. Grégoire XIII étant mort les cardinaux se divisèrent en cinq factions. Montalte se faisait alors plus vieux qu’il n’était, ne paraissait que la tête penchée sur l’épaule, appuyé sur un bâton comme s’il n’eût pas eu la force de se soutenir, et ne parlait plus qu’avec une voix interrompue d’une toux qui semblait à tous momens le menacer de sa fin dernière. Quand on l’avertit que l’élection pourrait bien le regarder, il répondit avec humilité qu’il était indigne d’un si grand honneur, qu’il n’avait pas assez d’esprit pour se charger seul du gouvernement de l’Église ; que sa vie devait moins durer que le conclave, et parut être résolu si on l’élisait de ne tenir que le nom de pape, et d’en laisser l’autorité. Il n’en fallut pas davantage pour déterminer les cardinaux à l’élire, le 24 avril 1585. À peine fut-il élu qu’étant sorti de sa place il jeta le bâton sur lequel il s’appuyait, leva la tête droite et entonna le Te Deum d’une voix si forte que la voûte de la chapelle en retentit. Il prit le nom de Sixte V, en mémoire de Sixte IV qui comme lui avait été cordélier. On ne vit jamais un homme ni plus exact ni plus appliqué à remplir ses devoirs. La sévérité avec laquelle il fit rendre la justice apporta la sûreté et l’abondance dans Rome et dans l’État ecclésiastique. Il n’épargna ni les juges que les prières, l’argent ou les brigues avaient corrompus, ni ceux qui, en faveur de leurs amis ou de leurs parens, étaient convaincus d’avoir commis quelques injustices. Les Français peuvent lui reprocher sa partialité pour la ligue, mais une ligue faite en apparence pour soutenir la religion catholique pouvait elle n’être pas favorisée du pape ? Sa bulle contre Henri III et le prince de Condé a occasionné des réponses estimées : Brutum Fulmen, 1585, in-8° ; La Fulminante pour Henri II, in-8° ; Moyens d’abus du rescrit et bulle de Sixte V, 1586, in-8° ; Aviso piacevole sopra la mentita data dal re di Navarra a papa Sixto V, Monaco, 1586, in-4°. Si Sixte V s’est fait honneur dans l’administration politique, il ne s’en est pas moins fait par sa magnificence. Il fit des dépenses incroyables pour l’ornement non-seulement de la ville de Rome, mais encore de toutes celles de l’État ecclésiastique. Il fit tirer de terre ce prodigieux obélisque de 72 pieds de haut, et le fit élever dans la place du Vatican, où il dressa la bibliothèque, qui est un de ses chefs-d’œuvre. Il fit bâtir dans l’église de Sainte-Marie-Majeure une chapelle revêtue de marbre blanc, enrichie de festons et de feuillages ; et voyant que le mont Quirinal avait besoin d’eau, il y en fit couler d’une source vive et abondante, par un aqueduc qui lui coûta près d’un million. À côté de la galerie qu’il fit faire sur le portail de l’église de Saint-Jean-de-Latran, il fit bâtir un superbe palais dont la face qui regarde l’obélisque est large de 340 pieds. Il était ennemi des vices, protecteur de la vertu et des sciences, judicieux, magnifique, et toujours occupé de la grandeur de l’Église romaine et de la gloire de la religion. Il passait une partie de nuit à étudier, après avoir employé la journée à donner audience. Enfin, soit que l’on considère Sixte V par rapport à la manière dont il s’éleva, soit qu’on envisage la conduite qu’il tint dans les différentes affaires qu’il eut à démêler avec les princes dans le gouvernement de l’État ecclésiastique, dans le règlement de sa maison et dans ce qu’il exécuta pour l’ornement de la ville de Rome et pour la gloire de l’Église, on ne peut douter qu’il n’ait été un des plus excellens génies et des plus grands hommes qui aient paru dans le monde. Il mourut le 27 août 1590, à 69 ans, détesté des Romains qui gémissaient sous le poids des impositions. Malgré les grandes dépenses qu’il avait faites pendant les cinq années de son pontificat, il laissa dans le château Saint-Ange plus de cinq millions d’or qu’il destinait pour les nécessités pressantes de l’Église. On a de lui des Sermons et quelques autres ouvrages. On lui a reproché ses ruses pour parvenir au souverain pontificat, et son extrême sévérité, qu’il poussa, dit-on, jusqu’à la cruauté, lorsqu’il y fut parvenu ; mais on ne l’a jamais accusé d’avoir fait mourir quelqu’un injustement, et l’on ne prouve pas que sa fermeté et sa grande sévérité ne fussent pas nécessaires pour réprimer efficacement les abus horribles et les crimes énormes qui régnaient alors. On travailla, par son ordre, à la nouvelle version latine de la Bible, qui parut en 1590, 3 parties en 1 vol. in-fol. Les fautes qui s’y étaient glissées firent murmurer si fort que Clément VIII la fit corriger, et en donna une nouvelle édition en 1592. Chacun de ces papes a mis une bulle à la tête de son édition. Cette diversité a produit le Bellum papale in-4°. Voyez James. De cette Bible il y a l’édition qu’on appelle des Évêques, qui est rare ; elle est de Cologne, 1630, in-12. On la distingue de sa réimpression, parce que cette dernière a des sommaires aux chapitres. L’édition du Louvre, 1642, 8 vol. in-fol. ; celle de Paris, 1656, in-12, connue sous le nom de Bible de Richelieu, etc. Grégorio Léti, auteur de sa vie, 2 vol. in-12, et 3 en italien, n’est ni assez fidèle ni assez judicieux pour qu’on doive s’en rapporter à ce qu’il en dit.

SIXTE DE SIENNE, Sixtus Senensis, savant dominicain du 16e siècle, natif de Sienne, fut converti du judaïsme à la religion chrétienne, et se fit cordelier ; mais ayant été convaincu d’avoir enseigné des hérésies, et refusant avec opiniâtreté de les abjurer, il fut condamné au feu. La sentence allait être exécutée, lorsque le pape Pie V, qui était alors cardinal et inquisiteur de la foi, vainquit son obstination, et le fit passer de l’ordre de saint François dans celui de saint Dominique. Sixte de Sienne prêcha ensuite avec applaudissement, et fut chéri de Pie V, à cause de sa piété et de son érudition dans la langue hébraïque. Il mourut à Gènes en 1569, à 49 ans. Son principal ouvrage est sa Bibliothèque sainte, dans laquelle il fait la critique des livres de l’Ancien Testament, et donne les moyens de les expliquer. Le savant Hortinger fait grand cas de cet ouvrage, dont la meilleure édition est celle de Naples, 1742, en 2 vol. in-fol., avec des remarques. Les autres écrits de Sixte de Sienne sont des Notes sur différens endroits de l’Écriture sainte, des Questions astronomiques, géographiques, etc. ; des Homélies sur les Évangiles, etc.

SIXTE DE HEMMINGA, savant écrivain du 16e siècle, né dans la Frise occidentale en 1533, d’une famille noble et ancienne, est auteur d’un excellent livre contre l’astrologie judiciaire, imprimé à Anvers chez Plantin en 1583, in-4°. Il mourut vert 1586.

SKINNER (Etienne), antiquaire de Londres, voyagea en France, en Italie, en Espagne et en Allemagne. Il prit les degrés de docteur en médecine à Heidelberg, et mourut d’une fièvre maligne en 1667. On a de lui Etymologium linguæ anglicanæ, Londres, 1671, in-fol.

SLEIDAN (Jean), fameux historien du 16e siècle, naquit dans le village de Sleide près de Cologne en 1506, de parens obscurs. Il passa en France en 1517, s’y lia avec les trois illustres frères de la maison du Bellay, et se mit à leur service. Il les quitta dans la suite à cause de la faiblesse de sa santé, et se retira à Strasbourg, où son ami Sturmius lui procura un établissement avantageux. Sleidan fut député en 1545 par les protestans vers le roi d’Angleterre, puis envoyé au concile de Trente. Il s’acquit une grande réputation dans son parti. Il avait embrassé la secte de Zuingle en arrivant à Strasbourg ; mais il la quitta dans la suite, et mourut luthérien en 1556, un an après sa femme. On a de lui, 1° une Histoire in-fol., qu’il a intitulée De statu religionis et reipublicæ Germanorum sub Carolo V. Elle est bien écrite en latin, mais il y fait paraître trop de partialité en faveur des protestans. La première édition est celle de 1555. Le père Courayer a traduit et fait des notes sur ce livre, Leyde, 1767, 3 vol. in-4° ; 2° une Traduction latine de l’histoire de Philippe de Commines ; 3° De quatuor summis imperiis Babylonico, etc., in-8° ; 4° une Traduction latine de la république des Français, de Claude Seyssel, etc. Opuscula, 1608, in-8°.

SLICHTING. Voyez Schlichting.

SLINGELAND (Jean-Pierre), excellent peintre hollandais, naquit à Leyde en 1640, et fut disciple de Gérard Dou. Il travaillait long-temps ses tableaux, et ils sont tous d’un fini admirable, et par cette raison un peu roides. Il mourut en 1691.

SLOANE (le chevalier Hans), naquit à Killileah aans le comté de Down en Irlande, le 16 avril 1660, de parens écossais. Dès l’âge de 16 ans il avait déjà fait des progrès considérables dans l’histoire naturelle et dans la physique. M. Hans Sloane reçut le bonnet de docteur, et deux ans après il fut élu membre du collège royal des médecins de Londres. Le duc d’Albemarle ayant été nommé en 1687 vice-roi de la Jamaïque, M. Hans Sloane l’y suivit en qualité de son médecin. Il visita la plupart des îles Caraïbes, et fit une recherche exacte de plantes, des poissons, des oiseaux, des insectes et des autres objets de l’histoire naturelle qui se trouvent dans ces îles et dans celle de la Jamaïque. Après la mort du duc d’Albemarle, il revint à Londres en 1688, rapportant avec lui environ 800 plantes curieuses. Peu de temps après on lui donna l’importante place de médecin de l’hôpital de Christ, qu’il remplit avec un désintéressement et une générosité qui ont peu d’exemples. Il recevait ses appointemens, en donnait quittance, et les rendait sur le-champ pour être employés au besoin des pauvres. Environ un an après il fut élu secrétaire de l’académie Royale, et il établit le Dispensatoire de Londres, où les pauvres, en achetant toutes sortes de remèdes, ne paient que la valeur intrinsèque des drogues qui y entrent. Il publia en 1696, in-8°, le Catalogue latin des plantes de la Jamaïque, et fut nommé en 1708 associé étranger à l’académie des Sciences de Paris. Le roi Georges Ier le nomma en 1716 chevalier baronnet et médecin de ses armées. La même année il fut créé président du collège des médecins, auquel il fit des présens considérables. La compagnie des apothicaires dut aussi à sa générosité le terrain du beau jardin de Chelsea, dont il facilita l’établissement par ses dons. Le roi Georges II le choisit en 1727 pour son premier médecin, et la société Royale pour son président à la place de M. Newton. Il remplit ces postes avec une réputation extraordinaire, jusqu’en 1740, qu'étant âgé de 80 ans il prit le parti de se retirer dans sa terre de Chelsea, où il s’occupait à répondre à ceux qui venaient le consulter, et à publier des remèdes utiles. C’est à lui qu’on doit une recette très-efficace contre les maladies des yeux, qu’il rendit publique en 1745, et la poudre contre la rage, connue sous le nom de Pulvis Anti-Lyssus. Il mourut dans cette terre le 11 janvier 1753, à 92 ans. On a de lui, outre l’ouvrage dont nous avons parlé, 1° une Histoire excellente et très-curieuse de la Jamaïque, en 2 vol. in-fol., en anglais, dont le premier parut en 1707, avec 156 figures, et le second en 1725, figures, n°157 jusqu’au n°274 ; 2° plusieurs pièces dans les Transactions philosophiques et dans les mémoires de l’académie des Sciences de Paris. Sa bibliothèque était d’environ 50000 vol. dont 347 d’estampes coloriées avec soin, 3516 manuscrits, et un grand nombre de livres rares et curieux. Le catalogue de son cabinet de curiosités, qui est en 38 vol. in-fol. et 8 vol. in-4°, contient 69352 articles, avec une courte description de chaque pièce ; il le laissa par son testament au public, en exigeant qu’on en payerait 20000 livres sterling à sa famille ; ce qui ne fait qu’une petite partie de la valeur de son cabinet. Le parlement d’Angleterre a accepté le legs, et en a rempli les conditions. M. Hans Sloane avait épousé la fille de Jean Langloy, alderman de Londres, dont il a laissé deux filles mariées avantageusement.

SLOOTZ (René-Michel), habile sculpteur, né à Paris en 1705, et originaire de Flandre, fut reçu de l’académie de Peinture, et nommé en 1758 dessinateur de la chambre du roi. Le roi de Prusse voulut l’attirer chez lui, mais il préféra de rester dans sa patrie où il mourut le 26 octobre 1764. Il modelait et sculptait le marbre avec un goût délicat et une netteté séduisante. Les principaux de ses ouvrages sont un saint Bruno refusant la mitre de Saint-Pierre de Rome, le tombeau du marquis de Capponi dans l’église de Saint-Jean des Florentins, celui du cardinal d’Auvergne, à Vienne en Dauphiné, celui de M. Languet, curé de Saint-Sulpice, à Paris, dans cette paroisse, etc. Son frère, Paul Ambroise, sculpteur comme lui, est mort en 1758, ainsi que leur frère Sébastien, mort en 1726.

SLUSE, Slusius (René-François Walter, baron de), habile mathématicien, et l’un des plus savans hommes des Pays-Bas, était natif de Visé, petite ville du pays de Liège, et frère du cardinal de Sluse, et du baron de ce nom, conseiller d’état de l’évêque de Liège. Il devint abbé d’Amas, chanoine, conseiller et chancelier de Liège, et mourut en cette ville le 19 mars 1685, à 63 ans. On a de lui de savantes Lettres, et un ouvrage intitulé Mesolabum et problemata solida, Leodii, 1668, in-4°. Ce livre est estimé.

SMALRIDGE (Georges), né à Lichtfield en 1666, posséda différens bénéfices, et mourut le 27 septembre 1719. Il a publié à Oxford en 1687 des Remarques sur le gouvernement de l’Église ; et, en 1689, un poëme latin intitulé Auctio Devisiana ; des Sermons, 1717, in-8° ; et d’autres qui ont paru depuis sa mort, en 1726, in f°. Il est enterré dans Christ-Church, à Oxford.

SMERDIS, fils de Cyrus, ayant été tué par ordre de Cambyse son frère, celui-ci mourut quelque temps après, vers 523 avant J.-C. Alors un mage de Perse prit le nom de Smerdis ; et faisant accroire qu’il était frère de Cambyse, parce qu’il lui ressemblait beaucoup, il se mit sur le trône ; mais sa tromperie ayant été découverte, il fut mis à mort, environ sept mois après son usurpation, par sept des principaux seigneurs de Perse, du nombre desquels était Darius, fils d’Hystaspes, qui régna après la mort de Smerdis.

SMITH (Thomas), savant écrivain anglais, naquit en 1512 dans la province d’Essex. Il fut élevé dans l’université de Cambridge, où il fut fait professeur royal en droit civil. Dans la suite, il devint secrétaire d’état sous le règne d’Edouard VI et sous celui de la reine Elisabeth. Il fut employé en diverses ambassades et négociations importantes, et mourut en 1577. Il passait pour l’un des plus savans hommes de son siècle. On a de lui 1° un Traité touchant la république d’Angleterre, in-4°, qui est estimé ; 2° Inscriptiones græcæ Palmyrenorum, in-8° ; 3° Syntagma de druidum moribus, in-8°, rare et curieux, etc.

SMITH (Richard), pieux et savant théologien anglais, fut élevé à l’épiscopat par le pape Urbain VIII, sous le titre d’évêque de Chalcédoine, et envoyé en Angleterre en 1626, avec les pouvoirs d’ordinaire et de vicaire apostolique. Il y fut d’abord reçu avec beaucoup de joie et de respect ; mais ayant voulu mettre en exécution le décret de Pie V, qui défend aux réguliers d’entendre les confessions sans être approuvés de leur évêque, quelques réguliers se retirèrent de son obéissance, et soulevèrent contré lui un grand nombre de catholiques d’Angleterre ; ce qui l’obligea en 1628 de se retirer en France, où il fut très-bien reçu du cardinal de Richelieu. Le docteur Kellison, recteur du collège des Anglais à Douai, prit la défense de Richard Smith dans un Traité anglais sur la hiérarchie. Le père Edouard Knot, jésuite (d’autres gisait le père Mathias Wilson, aussi jésuite), le réfuta par un livre intitulé Modeste et courte discussion, etc., et le père Floïd, jésuite anglais et professeur à Saint-Omer, attaqua aussi le livre de Kellison, par un outrage intitulé Apologie de la conduite du saint Siège, imprimé sous le nom de Daniel à Jésu. Ces deux derniers livres furent censurés par M. de Gondi, archevêque de Paris, par la Sorbonne et par le clergé de France, qui manda les jésuites et les obligea de les désapprouver. Nonobstant ce désaveu, le père Floïd opposa deux autres ouvrages à ces censures, lesquelles furent aussi attaquées par d’autres écrits. C’est à cette occasion que parut la Défense de la hiérarchie ecclésiastique, et que M. de Saint-Cyran fit avec l’abbé de Barcos son neveu le gros livre intitulé Petrus Aurelius, et que Paul Harisse publia à Paris en 1631, en faveur des évêques, son Arctomastix, ou Edmond Ursulan chassé du tribunal. Richard Smith mourut à Paris en 1655. Il ne faut pas le confondre avec un autre Richard Smith, qui publia en 1550 contre Pierre Martyr un écrit intitulé Diatriba de hominis justificatione, in-8o.

SMITH, l’un des premiers et des plus excellens graveurs en manière noire, était Anglais, et mourut au commencement de ce siècle, dans un âge très-avancé. Scalken était son peintre favori.

SMITH (Thomas), théologien anglais, naquit à Londres le 3 juin 1638, après avoir été chapelain de quelques seigneurs, avec l’un desquels il était allé à Constantinople ; il devint curé de Stanlake ; il mourut à Londres le 11 mai 1710, et fut enterré dans l’église Sainte-Anne. Ses ouvrages sont une Relation de l’église grecque, 1680, in-8o ; la même, en latin ; Inscripiiones græco Palmyrenorum, Utrecht, 1698, in-8o ; De moribus Turcarum, Oxford, 1672, in-12, qu’il a aussi mis en anglais ; De Druidum moribus, Londres, 1664, in-8o rare et curieux ; Vitæ quorumdam eruditissimorum, 1707, in-4o, etc.

SMITH (Jean), docteur en théologie, né au mois de novembre 1659, fut chanoine de Durham, et curé de Bishop’s Weymout. Il mourut le 30 juillet 1715, et fut enterré dans la chapelle du collège de Saint-Jean à Oxford ; on y voit son épitaphe. Outre ses Sermons, son fils a publié l’Histoire ecclésiastique de Bède, avec tous les ouvrages historiques de son père, 1722, in-fol.

SMITH (Jean), savant théologien anglais, né en 1618 à Achurch, dans le comté de Northampton, fut élevé dans l’université de Cambridge, où il est mort dans le collège de la reine, le 7 août 1652, et fut enterré dans la chapelle du collège. On a publié ses Discours choisis, Cambridge, 1673, in-4o, sur la superstition, sur l’athéisme, sur l’immortalité de l’âme, l’existence de Dieu, la Prophétie, etc. M. Le Clerc a traduit en latin son Discours sur la prophétie, et l’a mis à la tête de son Commentaire sur les prophètes.

SMITH (Edmond), né en 1668, auteur anglais de la célèbre tragédie de Phèdre et Hippolyte, jouée en 1707, est mort en 1710, à Gartham, où il est enterré. La beauté, l’harmonie de la versification, la pureté et l’élégance de la diction, jointe au pathétique, a fait la fortune de cette pièce. Elle compose ses œuvres, puliées en 1719, avec un poëme, à la mémoire de Jean Philips son ami ; des Odes, et un Discours latin à la louange de Thomas Bodlei.

SMITH (Robert), curé de Woodson, mort le 15 septembre 1761, à 62 ans, a fait un Recueil des shériffs d’Angleterre, des abbés, prieurs, ou chefs des maisons religieuses. Voyez Schmidt.

SMOLLETT (Thomas), médecin anglais, né à Caméron en Ecosse en 1720, a peu exercé la médecine, et n’a fait sur ce sujet qu’un Traité sur les eaux de Bath, en 1752 ; mais il a beaucoup écrit en histoire, en romans et en littérature. Il est mort en Italie le 21 octobre 1771. Ses amis lui ont fait élever un monument avec une épitaphe, près de Leghorn. Il s’était trouvé au siège de Carthagène, dont il a publié la relation dans un Abrégé de l’Histoire des voyages, rangés par ordre chronologique, 7 volumes in-12 ; et dans son Roman de Roderic Randon, qui parut en 1748, 2 vol. in-12. Il a été traduit en français ; en 3 vol. Williams Pickle le suivit en 1751, 4 vol. Il est également traduit. Ferdinand, comte Fathon, parut en 1754 ; Lancelot Greaves en 1762, 2 vol. in-12 ; Humphrey Clinker en 1771, 3 vol. Il a traduit Gilblas, Don Quichotte, Télémaque. En 1757 parut son Histoire d’Angleterre, 4 vol. in-4o, traduite en français par Targe, 19 vol. in-12. La marche uniforme de toutes les histoires d’Angleterre, comme de celles des autres nations, fit naître l’idée à M. Henri, ministre d’Edimbourg, de prendre une autre route. Indépendamment de l’histoire civile, militaire et de la religion où les historiens se bornent ordinairement, il y joignit celle du gouvernement, des lois et des tribunaux ; celle des savans, des sciences et des arts ; du commerce, de la marine, des monnaies, du prix des denrées ; enfin des mœurs, des vertus et des vices propres à chaque siècle ; des variations de la langue, du régime et des amusemens des particuliers. Voltaire a exécuté ce projet, en grande partie, dans son Histoire universelle ; mais il a tout gâté par le faux qui y règne. M. Boulard a fait passer cet excellent ouvrage dans notre langue. Il en avait déjà paru le premier vol. in-4o en 1788. Les ouvrages de Smollett sont pleins d’érudition, ses caractères forcés, et sa partialité pour ses compatriotes trop marquée. Il a fait aussi des Satyres ; la tragédie du Régicide (Charles Ier), la comédie des Représailles, les Recherches critiques, espèce de Journal depuis 1755 jusqu’en 1763.

SNELL DE ROYEN (Rodolphe), célèbre philosophe hollandais, né à Oudewater en 1546, fut professeur en hébreu et en mathématiques à Leyde, où il mourut en 1613. Il est auteur de plusieurs ouvrages sur la géométrie, et sur toutes les parties de la philosophie.

SNELL DE ROYEN, Snellius (Willebrod), fils du précédent, et très-célèbre mathématicien, né à Leyde en 1591, succéda à son père en 1613 dans la chaire de mathematiques, et mourut à Leyde le 13 octobre 1626, à 35 ans. C’est lui qui a découvert le premier la vraie loi de la réfraction, découverte qu’il avait faite avant Descartes, comme M. Huygens nous l’assure. Il entreprit aussi de mesurer la terre, et il l’exécuta par une suite de triangles, semblable à celle qu’ont employée depuis MM. Picard et Cassini. Il est auteur d’un grand nombre de savans ouvrages de mathématiques, dont les plus connus sont l’Eratostenes Batavus, et le Cyclometrium, in-4o.

SNORRO (Sturlesonius), illustre Islandais, d’une noble et ancienne famille, fut ministre d’état du roi de Suède et de trois rois de Norwége. Une sédition l’obligea de se retirer en Islande, dont il fut gouverneur ; mais en 1241 Gyssurus son ennemi le força dans son château, et le fit mourir. On a de lui 1o Chronicon regum Norvegorum ; 2o une histoire de la philosophie des Islandais, qu’il a intitulée Edda Islandica, dont Resenius a donné une bonne édition à Hanau en 1665, in-4o, et que M. Mallet a traduite en français à la tête de son Histoire de Danemarck, 1766, 3 vol. in-4o ou 6 vol. in-12.

SNOY (Reinier), habile Hollandais, natif de Goude, mort en 1537, à 60 ans, est auteur d’une Histoire de Hollande, d’une Paraphrase sur les Psaumes, et de quelques autres ouvrages.

SNYDERS (François), excellent peintre et graveur, né à Anvers en 1587, ne peignit d’abord que des fleurs ; mais son goût le porta ensuite à peindre des chasses, des paysages, des cuisines, et surtout des animaux. Personne ne l’a surpassé en ce dernier genre. Il était ami de Rubens, et ces deux excellens peintres s’aidaient mutuellement dans leurs tableaux. Snyders a gravé un livre d’animaux, qui est très-estimé. Il mourut à Anvers en 1667.

SOANEN (Jean), fils de Mathieu Soanen, procureur au présidial de Riom en Auvergne, et de Gilberte Sirmond, nièce du savant Jacques Sirmond, jésuite, naquit à Riom le 5 janvier 1647 ; il entra en 1661 dans la congrégation de l’Oratoire à Paris, où il prit le père Quesne pour son confesseur. Au sortir de l’institution, il enseigna les humanités et la rhétorique en plusieurs villes de province, et se livra ensuite au ministère de la chaire, pour lequel il avait beaucoup de talens ; ayant prêché à Lyon, à Orléans et à Paris avec applaudissement, il fut souhaité à la cour ; il y prêcha les carêmes de 1686 et de 1688. Quelque temps après il fut nommé évêque de Senez ; où il s’acquit une grande vénération par sa charité envers les pauvres, par la régularité de ses mœurs et par l’austérité de sa vie. Dans la suite, ayant appelé de la bulle Unigenitus au futur concile, et n’ayant voulu entendre à aucun accommodement à ce sujet, il publia une Instruction pastorale, où il rendait compte à ses diocésains de la conduite qu’il avait tenue par rapport à cette bulle. Ce fut à l’occasion de cette instruction pastorale qui fit grand bruit, que se tint en 1727 le fameux concile d’Embrun, où M. de Tencin la fit condamner comme téméraire, scandaleuse, etc., et fit suspendre M. l’évêque de Senez de toute juridiction épiscopale et de toute fonction sacerdotale. Après la tenue du concile, M. Soanen fut exilé à la Chaise-Dieu où il mourut le 25 décembre 1740. On a de lui des Instructions pastorales, des Mandemens et des Lettres. Ces lettres ont été imprimées avec sa vie en 6 vol. in-12, 1750 ; ses Sermons en 1767, 2 vol. in— 12.

SOARE on SUAREZ (Cyprien), habile jésuite espagnol, mort a Placentia en 1591, à 70 ans, est auteur d’une excellente Rhétorique en latin à l’usage des collèges.

SOARÉS. Voyez Suarez

SOAREZ (Jean), savant théologien portugais, évêque de Coimbre et comte d’Aganol, était de l’ordre des augustins. Il parut avec éclat au concile de Trente, et mourut en 1580. On a de lui de grands Commentaires sur les Évangiles de saint Mathieu, de saint Marc et de saint Luc.

SOBIESKI. Voyez Jean Sobieski.

SOBRINO (François), est auteur d’un Dictionaire français et espagnol, imprimé à Bruxelles en 1705, 2 vol. in-4o, et depuis en 3. Il a fait aussi une Grammaire espagnole, in-12.

SOCIN (Marianus), né à Sienne le 7 septembre 1401, enseigna le droit canon a Padoue, puis à Sienne, et fut en grande estime auprès du pape Pie II. Il mourut le 30 septembre 1467, laissant, entre autres enfans, Barthélemi Socin, qui fut aussi un très-habile jurisconsulte, et enseigna le droit avec réputation dans plusieurs universités d’Italie. Il mourut en 1507, à 70 ans. Ses Consultations et celles de son père ont été imprimées à Venise en 1579, en 4 vol.

SOCIN (Lélie), premier auteur de la secte socinienne, était arrière-petit-fils de Marianus Socin, dont il est parlé dans l’article précédent. Il naquit à Sienne en 1525, et fut destiné au droit, dans lequel ses parens s’étaient acquis une grande réputation. Il apprit aussi le grec, l’hébreu et même l’arabe. Il quitta sa patrie en 1547, pour aller converser avec les protestans, et employa 4 années à voyager en France, en Angleterre, dans les Pays-Bas, en Allemagne et en Pologne, et se fixa ensuite à Zurich. Lélie Socin, voulant user de la liberté que Luther, Calvin, et les autres réformateurs se donnaient d’interpréter l’Écriture sainte selon leurs lumières particulières, alla beaucoup plus loin qu’eux, et rejeta la divinité de Jésus-Christ, avec tous les mystères de notre sainte religion, pour ne suivre que des principes qui puissent être adoptés par la raison humaine. Il s’acquit l’estime des plus savans hommes de ce temps-là par sa grande érudition ; mais il se rendit bientôt suspect à Calvin, qui lui donna de bons conseils à ce sujet en 1552. Lélie Socin profita du conseil de Calvin, et plus encore du supplice de Servet, et ne découvrit ses erreurs qu’avec beaucoup d’artifices et de précautions. Il eut quelques disciples, et n’oublia rien pour faire embrasser ses opinions à ses parens. Il fit un voyage en Pologne vers 1558, et mourut à Zurich le 26 mars 1562. On a de lui quelques ouvrages.

SOCIN (Fauste), neveu du précédent, et le principal fondateur de la secte qui porte son nom, naquit à Sienne le 5 décembre 1539. Les lettres que son oncle Lélie écrivait à ses parens firent impression sur lui ; et craignant l’inquisition, il prit la fuite. Il était à Lyon quand il apprit la mort de son oncle. Il alla promptement à Zurich, et se mit en possession de tous les écrits du défunt. La lecture de ces pernicieux écrits acheva de le pervertir, et lui fournit les matériaux nécessaires pour achever le système de théologie que son oncle avait ébauché. Fauste Socin repassa ensuite en Italie et se rendit agréable au grand-duc, qui lui donna des charges et des emplois honorables. Douze ans après, la liberté de dogmatiser lui paraissant préférable aux délices de la cour, il s’exila volontairement, et s’en alla en Allemagne en 1574. Il s’arrêta trois ans à Bâle, où il s’appliqua uniquement à la théologie. Peu de temps après, voulant répandre son système, il composa un ouvrage intitulé De Jesu-Christo servatore. Socin se retira en Pologne en 1579, et ne put se faire admettre dans la communion des unitaires. Son livre De magistratu, qu’il composa contre Jacques Paléologue, lui attira des affaires ; ce qui l’obligea de sortir de Cracovie après quatre ans de séjour, et de se réfugier chez un seigneur polonais. Il vécut près de trois ans sous la protection de plusieurs seigneurs du royaume, et il épousa une fille de bonne maison, dont la mort, arrivée en 1587, l’affligea beaucoup. Pour comble d’affliction, il se vit privé de revenus de son patrimoine par la mort de François de Médicis, grand-duc de Florence. Il reçut mille insultes à Cracovie en 1698, et l’on eut bien de la peine à le sauver des mains de la populace. Il perdit en cette émeute ses meubles et quelques-uns de ses écrits en manuscrit, qu’il aurait voulu racheter au prix de son sang, surtout celui qu’il avait composé contre les athées. Pour se délivrer de tels périls, il se retira à Luclavie, village éloigné d’environ neuf milles de Cracovie, et passa tout le reste de ses jours chez Abraham Blanski, gentilhomme polonais, où il mourut le 3 mars 1604. La secte des sociniens, bien loin de mourir avec lui, s’augmenta considérablement dans la suite ; mais depuis qu’elle a été chassée de Pologne en 1658, elle est fort déchue ou pour mieux dire elle est fort multipliée sous le nom de déistes, qui croient l’existence de Dieu, et rien de ce qui ne se peut croire que parce qu’il a été divinement révélé. Tous les ouvrages de Fauste Socin composent les deux premiers volumes de la Bibliothèque des Frères polonais ; nom que l’on donnait en Pologne aux sociniens, 1656 et suivantes, 9 vol. in-fol., savoir : 2 pour Socin, 4 tomes en 3 pour Crellius, 3 tomes en 2 pour Wolzogenius, 2 tomes en un pour Schlichting, un pour Brenius. Il parait dans tous les ouvrages de Fauste Socin beaucoup plus de subtilité et de raffinement que de jugement et de solidité.

SOCOLOVE (Stanislas), savant théologien polonais, chanoine de Cracovie et prédicateur du roi Étienne, a fait des Commentaires sur les trois premiers évangélistes, et d’autres ouvrages de controverse et de morale. Il a été l’éditeur de Hieremiæ patriarchæ Constantinopolis censura ecclesiæ orientalis, grœcè et latinè Cracoviæ, 1580, in-fol. ; De præcipuis nostri sæculi hæreticorum dogmatibus. Il mourut en 1619.

SOCRATE, très-célèbre philosophe grec, et l’un des plus grands hommes qui aient paru dans le monde, était Athénien, de la tribu Alopécide, et fils de Sophronisque, sculpteur, et de Phænarète, sage-femme. Il naquit à Athènes, l’an 469 avant J.-C. Il exerça d’abord la profession de son père, et l’histoire fait mention de trois de ses statues, représentant les grâces, qui étaient d’une grande beauté ; mais il quitta bientôt cette profession pour s’appliquer à la philosophie. Il étudia sous Anaxagoras et tons Archélaüs. Il combattit avec courage pour la défense de sa patrie en diverses occasions, et il aurait pu, par ses talens et par ses vertus, s’élever aux premières dignités de la république d’Athènes ; mais il renonça volontairement aux charges et aux honneurs, pour s’appliquer uniquement à la philosophie, surtout à la morale, qu’il cultiva avec soin. Il était si éloquent qu’il persuadait ce qu’il voulait ; mais il n’usa jamais de ce talent que pour porter ses concitoyens à la vertu. Socrate était modéré, sobre, chaste, modeste, patient, et possédait toutes les vertus morales qu’il s’était rendues comme naturelles ; ce qui le fit déclarer, par l’oracle, le plus sage de tous les Grecs. Il disait que « l’ignorance était un mal, et que les richesses et les grandeurs, bien loin d’être des biens, étaient des sources de toutes sortes de maux. » Il recommandait trois choses à ses disciples, la sagesse, la pudeur et le silence ; et il disait « qu’il n’y avait point de meilleur héritage qu’un bon ami. » Parlant d’un prince qui avait beaucoup dépensé à faire un superbe palais, et n’avait rien employé pour se rendre honnête homme, il faisait remarquer « qu’on courait de tous côtés pour voir sa maison, mais que personne ne s’empressait pour le voir. » Lors du massacre que faisaient les trente tyrans qui gouvernaient la ville d’Athènes, il dit à un philosophe : « Consolons-nous de n’être pas, comme les grands, le sujet des tragédies ». Un physionomiste ayant dit de lui qu’il était brutal, impudique et ivrogne, ses disciples en firent des risées, et voulaient le maltraiter ; mais Socrate les en empêcha, en avouant qu’il avait eu du penchant pour tous ces vices ; mais qu’il s’en était corrigé par la raison. Il disait ordinairement « qu’on avait grand soin de faire un portrait qui ressemblât, et qu’on n’en avait point de ressembler à la divinité dont on est le portrait ; qu’on se parait, au miroir, qu’on ne se parait point de la vertu. » Il ajoutait « qu’il en est d’une mauvaise femme comme d’un cheval vicieux, auquel, lorsqu’on est accoutumé, tous les autres semblent bons. » Socrate par ces paroles faisait allusion à sa femme Xantippe, qui exerçait sans cesse sa patience par son humeur bizarre, emportée et violente. Il avait aussi épousé Myrto, petite-fille du juste Aristide. Il avait coutume de dire « que la seule chose qu’il savait, c’est qu’il ne savait rien ». Il attaqua surtout dans ses leçons les sophistes, et ces raisonneurs impitoyables qui, par un vain étalage de mots étudiés et de phrases arrangées avec art, séduisaient sans rien apprendre. Il enseignait gratuitement, en haut lieu et dans toutes les occasions, sans avoir d’école ouverte, ni d’heures marquées par ses leçons. C’est principalement à ce grand philosophe que la Grèce fut redevable de sa gloire et de sa splendeur. Il eut pour disciples et forma les hommes les plus célèbres de la Grèce, en tous les genres, tels que Alcibiade, Xénophon, Platon, etc. Mais ses services et ses grandes qualités ne le mirent point à l’abri de l’envie, de la persécution et de la calomnie. Aristophane le joua dans sa comédie des Nuées ? Les trente tyrans lui défendirent d’enseigner la jeunesse ; et comme il se moquait de la pluralité des dieux du paganisme, et n’amettait qu’une seule divinité, il fut accusé d’impiété par Anyte et par Mélite, et condamné à boire du jus de ciguë, dont il mourut 400 avant J.-C., âgé de 70 ans. Lorsqu’on lui rapporta qu’il avait été condamné à mort par les Athéniens : « Et eux, dit-il, le sont par la nature. » Comme sa femme s’écriait « qu’il avait été condamné injustement. — Voudrais-tu, reprit-il, que ce fût justement. » Le jour qu’il devait boire le poison, un de ses amis lui ayant envoyé une belle robe, il la refusa, en disant : « Est-ce que celle qui m’a servi pendant ma vie ne me suffira pas à la mort ? » À peine était-il mort, que les Athéniens reconnurent leur erreur ; Mélite fut condamné à mort, les autres furent bannis : ils firent placer la statue de Socrate en bronze dans le lieu le plus apparent de la ville. Socrate ne laissa aucun écrit. Il avait seulement mis en vers, pendant sa prison, les fables d’Ésope. Mais ces vers ne sont point parvenus jusqu’à nous. « C’est le premier des philosophes, dit Cicéron dans ses Tusculanes, liv. 3, qui fit descendre du ciel la philosophie, pour l’introduire dans les villes, et même dans les maisons, et qui apprit aux particuliers à raisonner sur la conduite de la vie, sur le juste et l’injuste, etc. » Ceux qui voudront s’instruire plus particulièrement de ce qui concerne ce grand philosophe, peuvent lire sa Vie, écrite par Charpentier, et surtout les œuvres de Platon et de Xénophon. L’abbé Fraguier l’a parfaitemcnt bien justifié sur la pureté de ses mœurs envers Alcibiade. Allatius à donné ses Lettres avec celles d’autres philosophes socratiques, Paris, 1637, in-4o.

SOCRATE-LE-SCOLASTIQUE, écrivain grec du cinquième siècle, dont nous avons une Histoire ecclésiastique en sept livres, qui est une continuation d’Eusèbe, et qui comprend ce qui s’est passé dans l’Église depuis Constantin jusqu’au règne de l’empereur Théodose-le-Jeune, c’est-à-dire depuis 306 jusqu’en 439. On le blâme de n’être point toujours exact dans les faits qu il rapporte, ni dans l’exposition des dogmes ecclésiastiques, et on l’accuse, avec raison, d’avoir favorisé les novatiens. On la trouve avec Eusèbe et dans la Bibliothèque des Pères.

SŒURS-GRISES. Voy. Gra.

SOGDIEN, Secundianus, huitième roi de Perse, assassina Xerxès II son frère, et s’empara du trône.

SOISSONS. Voyez Bourbon, Louis, Savoie (Thomas)

SOLANDER, Suédois, célèbre naturaliste, résidant à Londres, élève de Linné, et l’un des bibliothécaires du Muséum britannique, institution publique toute nouvelle, fut du premier voyage du capitaine Cook dans la mer du Sud, depuis 1768 jusqu’en 1771. Il est mort à Londres en juillet 1782. Ses observations se trouvent dans la Relation des Voyages autour du monde, par ordre de Sa Majesté britannique Georges III, Paris, 1774, 4 volumes in-4o

SOLANO, né en 1685, à Montilla dans l’Andalousie, étudia la médecine à Grenade, et se fixa à Antequerra, où il est mort en 1738, le 31 mars ; il s’était marié à 27 ans, et avait eu quinze enfans, dont sept garçons. Par les observations qu’il avait faites sur le pouls, il était parvenu à prédire les crises et leur espèce. Elles sont consignées dans son ouvrage intitulé Apollinis lapis Lydius, in-folio. C’est la connaissance de cette méthode, découverte par M. Kiel, et divulguée par lui, qui a produit tous les ouvrages modernes sur le pouls, que nous avons de MM. Bordeu, Cox, Flemminges et Fouquet.

SOLE (Joseph del), peintre d’histoire et de portrait, naquit à Bologne en 1654, et y mourut en 1719. Ce peintre aimait à finir ses ouvrages, et se contentait plus difficilement qu’il ne contentait les autres.

SOLEISEL (Jacques de), gentilhomme de la province de Forez, né en 1617, suivit l’inclination qu’il avait pour le manège, et forma une célèbre académie. Il mourut le 31 janvier 1680, à 63 ans. On a de lui quelques ouvrages, dont le plus connu et le plus estimé est intitule Le parfait Maréchal, 1754, in-4o. Il y traite de tout ce qui concerne les chevaux, surtout de leurs maladies et les remèdes qu’on y peut apporter. Il a aussi augmenté et perfectionné le livre du Manège du duc de Newcastle. Il était capable d’élever un prince, et l’on a dit de lui « qu’il aurait encore mieux fait le livre du parfait honnête homme, que, le livre du Parfait Maréchal

SOLIGNAC (Pierre-Joseph de la Pimpie de), né à Montpellier en 1687, ayant été chargé d’une commission honorable en Pologne, eut l’occasion de se faire connaître du roi Stanislas, qui se l’attacha. Il est mort à Nancy en 1773. On a de lui une Histoire de Pologne, 5 vol. in-12, qui devait avoir une suite ; mais l’ouvrage n’a pas eu assez de succès, soit par le ton oratoire qui y règne, soit par l’indifférence des français sur les faits qui se passent en Pologne ; l’Éloge du roi de Pologne, d’autres Éloges et Mémoires, dans ceux de l’académie de Nancy, dont il était membre, ainsi que beaucoup d’autres ; les Amours d’Horace, 1728, in-12 ; Récréations littéraires, 1723, in-12 ; Amusemens des eaux de Séhwalbach, 1738, in-8o ; Quatrains, ou Maximes sur l’éducation, 1728 et 1738, in-12. Il a désavoué la Saxe galante, 1732, in-12 ; c’est cependant de tout ses ouvrages celui qui a eu le plus de cours.

SOLIMAN Ier, empereur des Turcs, succéda à Bajazet Ier son père en 1402. Il releva l’empire ottoman, dont il reconquit une partie du vivant même de Tamerlan. Son amour pour l’ivrognerie causa sa perte. Il fut détrôné en 1410, par son frère Musa, et tué dans un village, entre Andrinople et Constantinople.

SOLIMAN II, le plus célèbre conquérant de son temps, et le plus grand empereur qu’aient eu les Turcs, était fils unique de Selim Ier, auquel il succéda en 1520 ; Après avoir achevé de détruire les restes des mammelus en Égypte, et fait une trêve avec Ismaël, sophi de Perse, il tourna ses armes contre les chrétiens. Il assiégea et prit Belgrade en 1521, et se rendit maître, au mois de décembre 1522, de l’île de Rhodes, qui avait été environ 212 ans au pouvoir des chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem. Soliman remporta, le 29 août 1526, la fameuse bataille de Mohats sur les Hongrois, où Louis II, leur roi, périt dans un marais. Il prit Bude en 1529, et alla ensuite attaquer Vienne ; mais il fut obligé d’en lever le siège. Son armée eut le même sort devant l’île de Malte en 1565 ; mais il se rendit maître en 1565 de l’île de Chio, possédée par les Génois depuis 1346. Il mourut en Hongrie, au siège de Zigeth, le 4 septembre 1566, à 76 ans, trois jours avant la prise de cette place par les Turcs. Ce prince était fidèle à sa parole, ami de la justice, et d’une activité sans égale. Sa fierté et sa cruauté ternirent ses belles qualités. Il fit mourir ses enfans sur de légers soupçons, et fit décapiter 1500 prisonniers nobles, après la bataille de Mohats, à la vue de l’armée victorieuse. Sélim II son fils lui succéda.

SOLIMAN III, succéda à son frère Mahomet IV en 1687. C’était un prince pieux, peu propre à gouverner un grand empire. Il mourut en 1691. Son frère Achmet II lui succéda.

SOLIMÈNE (François), célèbre peintre italien, naquit dans une petite ville de Naples en 1657. Il fit paraître de bonne heure un génie et des talens extraordinaires pour tous les arts et pour toutes les sciences. Le droit, le dessin et les belles-lettres furent d’abord son occupation principale, ensuite il se livra presque tout entier à la peinture, et embellit la ville de Naples de ses tableaux. Sa maison était une espèce d’académie, où les beaux esprits, les grands artistes et les gens de lettres s’assemblaient. Solimène était l’âme de ces assemblées : il fut comblé de biens et d’honneurs dans sa patrie, s’habilla en abbé, et posséda un bénéfice. Il mourut en 1747, dans une de ses maisons de campagne. On a de lui quelques beaux sonnets.

SOLIN (Caïus Julius Solinus), grammairien latin, qui vivait sur la fin du premier siècle ou au commencement du second, dont il nous reste un livre intitulé Polyhistor, Venise, 1475, in-fol., Leyde, 1646, in-12, sur lequel Saumaise a fait de savans commentaires en 2 vol. in-fol., Paris, 1729, réimprimés à Utrecht en 1689, 2 vol. in-fol. C’est un recueil des choses les plus mémorables de divers pays. Solin y parle souvent de Rome, comme de sa patrie. On l’a surnommé le Singe de Pline, parce qu’il ne fait presque que copier ce célèbre naturaliste.

SOLIS (Antoine de), naquit à Alcala de Henares, le 18 juillet 1610. Il fut secrétaire du roi Philippe IV, puis historiographe des Indes, et reçut l’ordre de prêtrise à l’âge de 56 ans. Il mena une vie très-réguliére, et mourut le 19 avril 1686. On a de lui plusieurs comédies, Madrid, 1681, in-4o ; des poésies, 1716, in-4o, et l’Histoire de la conquête du Mexique, Bruxelles, 1704, in-fol., qui est généralement estimée, et très-bien écrite en espagnol. Elle a été traduite en français par M. Citri de la Guette, 2 vol. in-12. Cette traduction est estimée.

SOLON, l’un des sept sages de la Grèce et législateur des Athéniens, était fils d’Execestides, et naquit à Athènes vers 639 avant J.-C. Son courage et sa sagesse lui ayant procuré le gouvernement de sa patrie, il abolit les lois sévères de Dracon, et en publia de plus douces, vers 594 avant J.-C. Il modéra le luxe, et permit aux Athéniens d’instituer tel héritier qu’ils voudraient, pourvu qu’ils n’eussent point d’enfans. Comme on lui demandait pourquoi il n’avait point fait de loi contre les parricides : « C’est, répondit-il, parce que je ne croyais pas qu’il y en pût avoir. Il contrefit l’insensé pour engager les Athéniens à soumettre l’île de Salamine ; ce qu’ils entreprirent avec succès. Quelque temps après Pisistrate se rendit souverain d’Athènes. Solon, ne pouvant résister à sa tyrannie, se retira en Égypte, où un piètre lui dit que les Grecs n’étaient que des enfans. Il alla ensuite dans la Lydie. C’est là que dans un entretien qu’il eut avec le roi Crésus il dit à ce prince qu’il ne fallait donner à personne le nom d’heureux avant sa mort. Il mourut 559 avant J.-C., à 80 ans. Il avait composé un Traité des lois, et plusieurs autres écrits qui ne sont point parvenus jusqu’à nous. Il était bon poète, grand politique, habile philosophe et excellent orateur. Il avait coutume de dire que les lois ressemblaient aux toiles d’araignées, qui n’arrêtent que les mouches, parce qu’on ne punit que les petits et que les grands se sauvent par leur crédit.

SOMAISE (Antoine-Baudeau, sieur de), s’est fait connaître en voulant critiquer Molière dans sa comédie des Précieuses, qu’il mit cependant en vers, en avouant que cette pièce lui avait assez plu pour se donner cette peine, et contre laquelle il fit Les véritables Précieuses, Le Procès des Précieuses, chacune en un acte, la première en prose, la seconde en vers ; enfin le Dictionnaire des Précieuses, Paris, 1661, 2 vol. in-8o.

SOMERS (Jean), grand chancelier d’Angleterre, naquit à Worcester en 1652. Il se distingua par son éloquence dans le parlement d’Angleterre, eut plusieurs charges considérables, et devint grand-chancelier du royaume en 1697. Il perdit cette place en 1700, et fut élu président de la société Royale de Londres. On le mit à la tête du conseil en 1708, mais on lui ôta encore cette place en 1710, après le changement du ministère. Il mourut en 1716, après être tombé en enfance, et avoir été le plus grand protecteur des savans en Angleterre. On a de lui quelques ouvrages en anglais, qui sont estimés.

SOMMIER (Jean-Claude), Franc-Comtois, curé de Champs, conseiller d’état de Lorraine, archevêque de Césarée, et grand-prévôt de l’église collégiale de Saint-Diez, où il mourut en 1737, à 76 ans, a donné l’Histoire dogmatique de la religion, 6 vol. in-4o ; celle du saint Siège, 7 vol. in-8o, qui a été mal reçue en France.

SOMNER (Guillaume), habile antiquaire anglais au 17e siècle, naquit à Cantorbéry en 1606. Il fut très-attaché au roi Charles Ier, et publia en 1648 un poëme sur les souffrances et sur la mort de ce prince. Il se rendit très-habile dans le saxon et dans toutes les langues de l’Europe, anciennes et modernes, et mourut en 1699. Ses principaux ouvrages sont 1o un excellent Dictionnaire saxon, imprimé à Oxford en 1659, in-fol. ; 2o les Antiquités de Cantorbéry, Londres, 1640, in-4o ; 3o une Dissertation sur le Portus Iccius, in-8o, etc.

SONNES (Léonard), naquit en 1692, dans le diocèse d’Auch, et prit l’ordre de prêtrise à Rouen, ou son père s’était établi. Son attachement au parti contraire à la bulle Unigenitus nuisit à son avancement. Il mourut en 1757. C’est de lui que sont les Anecdotes jésuitiques et ecclésiastiques, 1760, in-12.

SONNIUS (François), l’un des plus doctes théologiens de l’université de Louvain, était natif d’un petit village de Brabant, nommé Son, d’où il prit le nom de Sonnius. Il fut envoyé à Rome par Philippe II, roi d’Espagne, pour l’érection des nouveaux évêchés dans les Pays-Bas, qu’il obtint. À son retour, il fut nommé évêque de Bois-le-Duc, puis d’Anvers. Il conféra avec Mélanchton et avec Mathias Flaccus Illyricus, assista au concile de Trente, et mourut le 30 juin 1576. On a de lui quatre livres de la Démonstration de la religion chrétienne par la parole de Dieu, Anvers, 1557, in-4o, et d’autres ouvrages.

SOPHOCLE, très-célèbre poète grec, surnommé l’Abeille et la Syrène attique, à cause de l’excellence de ses tragédies et de la douceur de ses vers, naquit à Athènes, 495 avant J.-C. Il signala son courage en diverses occasions, et fut général de l’armée athénienne avec Périclès. Il suivit en même temps le goût qu’il avait pour la poésie dramatique, et porta la tragédie grecque au plus haut degré de perfection. Cicéron l’appelle un poète divin, et raconte que les enfans de Sophocle l’ayant voulu faire interdire, à cause de son grand âge, comme s’il eût été en enfance, il présenta à ses juges son Œdipe à Colonne, tragédie qu’il venait d’achever, afin de leur prouver par cette pièce qu’il avait toute sa présence d’esprit. Les juges, l’ayant lue, le renvoyèrent absous avec de grands éloges pour une si belle tragédie. On dit qu’ayant remporté le prix aux jeux olympiques, malgré son grand âge, il en mourut de joie, 406 avant J.-C., à 85 ans ; mais Sotade, cité par Stobes, dit qu’il fut étranglé par un grain de raisin. Il avait composé 120 tragédies, dont il ne nous reste que sept, qui sont des chefs-d’œuvre. La coutume des anciens était de parer leurs tombeaux de ce qu’ils affectionnaient le plus. Sophocle voulut que l’on mit sur le sien Antigone pour marquer le prix qu’il donnait à celle de ses pièces qui en porte le nom, Cependant Aristote lui préfère l’Œdipe tyran, et il parle toujours de cette dernière comme du modèle le plus achevé de la tragédie. Les meilleures éditions de Sophocle sont de Rome, 1518, in-4o, grec ; Bâle, 1558, in-8o, grec-latin ; Cambridge, 1673, in-8o ; Oxford, 1705 et 1708, 2 vol. in-8o ; Glascow, 1745, 2 vol. in-8o. Madame Dacier en a traduit l’Œdipe et l’Électre, les autres se trouvent traduites ou analysées dans le théâtre des Grecs du père Brumoi, et dans la suite qu’en a donnée M. Dupuy, in-4o ou deux vol in-12. Voy. Euripide.

SOPHONIE, le neuvième des petits prophètes, était fils de Chusi, arrière-petit-fils d’Ézéchias, que quelques-uns confondent avec le roi de ce nom, ce qui leur a fait croire que ce prophète était du sang royal ; mais ce fait n’est point certain. Sophonie commença à prophétiser sous le règne de Josias, vers 624 avant J.-C. Ses prophéties sont en hébreu, et contiennent trois chapitres. Il y exhorte les Juifs à la pénitence, prédit leur ruine et celle de l’idolâtrie, et parle ensuite de la résurrection de J.-C. et du bonheur de l’Église. Son style est assez semblable à celui de Jérémie.

SOPHONISBE DE CRÉMONE, dame célèbre par ses talens pour la peinture, fut attirée à la cour d’Espagne par le roi Philippe II, et eut rang parmi les dames de la reine. Elle excellait surtout dans le portrait. Lucie et Europe ses sœurs avaient le même genre de talent. Elles étaient filles d’un gentilhomme crémonais, nommé Amilcar Anquisciola, et elles avaient appris la peinture sous Jules Campo.

SOPHONISBE. Voy. Syphax et Massinissa.

SOPHRONE, célèbre évêque de Jérusalem en 623, était natif de Damas en Syrie. Il fut l’un des plus illustres défenseurs de la foi catholique contre les monothélites, et mourut le 11 mars 636. Il composa la vie de sainte Marie Égyptienne. On lui attribue quelques autres ouvrages qui se trouvent dans la Bibliothèque des Pères.

SOPRANI (Raphaël), écrivain du 17e siècle, dont on a un ouvrage estimé, qui contient les éloges des peintres, sculpteurs et architectes de la ville de Gènes, Gènes, 1674, in-4o.

SORABES, peuple sclavon, qui habitait la Misnie, en 631, sous Louis-le-Débonnaire : ils furent réduits à l’obéissance par les Français.

SORANUS. Voy. Valbrius Soranus.

SORBIÈRE (Samuel), né à Saint-Ambroix, diocèse d’Usez, le 7 septembre 1615, de parens protestans, étudia la théologie et la médecine. Il passa ensuite en Hollande en 1642, et s’y maria en 1646. De retour en France, il fut fait principal du collège de la ville d’Orange en 1650, et se fit catholique à Vaison en 1653. L’année suivante, étant venu à Paris, il y publia un discours touchant sa conversion. Les papes Alexandre VII et Clément IX, Louis XIV, le cardinal Mazarin et le clergé de France, lui donnèrent des marques publiques de leur estime, et lui accordèrent des pensions avec des bénéfices. On dit qu’il finit sa vie un peu trop en philosophe, et qu’il prit du laudanum pour s’étourdir et pour ne pas souffrir l’agonie. Il mourut le 9 avril 1670. On a de lui une traduction française de l’Utopie de Thomas Morus, Amsterdam, 1643, in-12 ; une autre de la Politique de Hobbes, Amsterdam, 1649, in-12 ; des Lettres et des Discours sur diverses matières curieuses, Paris, 1660, in-4o ; une Relation d’un de ses voyages en Angleterre, Paris, 1664, in-12, qui fut supprimée par arrêt du conseil, à cause de ce qui y était dit de milord Clarendon, et divers autres écrits en latin et en français. Le livre intitulé Sorberiana, Toulouse, 1691, in-12, est un recueil de bons mots tiré de ses conversations. Sorbière cherchait à paraître plus savant qu’il n’était. Il envoyait à Gassendi les lettres qu’il recevait de Hobbes, comme si elles étaient de lui, et ce que Gassendi répondait lui servait pour répondre aux lettres de Hobbes, qui croyait Sorbière grand philosophe. Mais à la fin le jeu fut découvert.

SORBONNE ou SORBON (Robert de), naquit à Sorbonne, autrement Sorbon, petit village du Réthelois, dans le diocèse de Reims, le 9 octobre 1201, et c’est de ce village qu’il porta le nom de Sorbon ou de Sorbonne. Il était d’une famille pauvre et obscure, et non point de la maison royale, comme l’a cru Dupleix. Il fit ses études à Paris avec distinction ; et après avoir été reçu docteur, il se livra tout entier à la prédication et aux conférences de piété. Il s’y acquit en peu de temps une si grande réputation, que le roi saint Louis voulut l’entendre. Ce prince conçut aussitôt pour Robert de Sorbonne la plus haute estime. Il voulait l’avoir souvent à sa cour, le faisait manger à sa table, et prenait un plaisir extrême à s’entretenir avec lui. Enfin, pour se l’attacher d’une manière plus particulière, il le fit son chapelain, et le choisit pour son confesseur. Robert de Sorbonne étant devenu chanoine de Cambrai vers 1251, réfléchit sur les peines qu’il avait eues pour parvenir à être docteur, et résolut de faciliter les études aux pauvres écoliers. Il crut que le moyen le plus convenable et le plus avantageux était de former une société d’ecclésiastiques séculiers, qui, vivant en commun, et ayant les choses nécessaires à la vie, ne fussent plus occupés que de l’étude, et enseignassent gratuitement. Tous ses amis approuvèrent son dessein, et offrirent de l’aider de leurs biens et de leurs conseils. Ceux d’entre eux qui contribuèrent le plus à l’établissement projeté furent Guillaume de Brai, doyen et official de Laon, archidiacre de Reims, puis cardinal ; Robert de Douai, chanoine de Senlis, et médecin de la reine Marguerite de Provence, femme de saint Louis ; Geoffroi de Bar, doyen de l’église de Paris, puis cardinal ; et Guillaume de Chartres, chapelain du roi saint Louis, et chanoine de Saint-Quentin. Robert de Sorbonne, aidé de leurs secours, fonda, en 1253, le célèbre collège qui porte son nom. Il rassembla alors d’habiles professeurs ; choisit, entre les écoliers, ceux qui lui parurent avoir le plus de piété et de dispositions, et logea sa communauté dans la rue des Deux-Portes, vis-à-vis le palais des Thermes. Telle est l’origine du fameux collège de Sorbonne, qui a servi de modèle à tous les autres collèges ; car avant ce temps-là il n’y avait en Europe aucune communauté où les séculiers vécussent et enseignassent en commun. Son établissement avait deux objets, la théologie ou l’étude de la religion, et les arts. Il commença par la théologie, et voulut que son collège fût principalement destiné à la gloire de la religion. Il le composa de docteurs et de bacheliers en théologie. Ceux qui ont dit, d’après du Boulai, que la maison de Sorbonne ne fut d’abord fondée que pour seize pauvres boursiers, se sont trompés. On voit, par les réglemens du fondateur, qu’il y avait, dès le commencement de la fondation, des docteurs, des bacheliers boursiers, et de pauvres étudians, tels qu’il y en a encore aujourd’hui. Il est constant d’ailleurs que le nombre de boursiers n’a jamais été fixé et déterminé, mais qu’il était plus ou moins grand, à proportion des revenus du collège. Les réglemens supposent aussi, en plusieurs articles, que les premiers Sorbonistes étaient plus de trente. Le registre de procureur, du temps de Robert de Sorbon, met trente-six couverts d’argent pour le service journalier des repas ; et dans une lettre datée de l’an 1258, cinq ans après la fondation, un Sorboniste mande à un autre Sorboniste de ses amis, que l’on a fait en Sorbonne une demeure charmante, et que, sans compter les appartemens d’en bas, il y aura vingt chambres très-belles. « Facta est in domo nostrâ habitatio pulcherrima, in qua absque inferioribus habitaculis erunt viginti cameræ valde bonæ, quarum unam libenter haberetis, si morari Parisiis constanti animo proponeretis. » Tous les autres anciens monumens que l’on conservait en Sorbonne renversent entièrement cette imagination de du Boulai. Mais ce n’est pas ici le lieu d’entrer dans un plus long détail. Robert de Sorbonne ordonna que l’on ne recevrait, pour être membre de son collège, que des hôtes et des associés, socii et hospites, permettant d’en recevoir de quelque pays et de quelque nation que l’on fût. Pour être hôte, hospes, il fallait 1o être bachelier ; 2o soutenir une thèse, appelée, de son nom, Robertine, et être reçu à la pluralité des suffrages dans trois scrutins différens. Ces hospes ont subsisté jusqu’à la fin. Ils étaient nourris et logés dans la maison, comme les autres docteurs et bacheliers, avaient droit d’étudier dans la bibliothèque, sans cependant en avoir la clef, et jouissaient de tous les autres droits et prérogatives, excepté qu’ils n’ont point de voix dans les assemblées, et qu’ils sont obligés de sortir de la maison lorsqu’ils sont docteurs. Pour être associé, socius, il fallait, outre la Robertine, et les trois scrutins des hospes, professer encore gratuitement un cours de philosophie, et être reçu dans deux autres scrutins. C’est une erreur de croire que l’on pouvait suppléer au cours de philosophie, en prêchant un carême ou en composant un livre. Le cours de philosophie a toujours été nécessaire peut être reçu socius, et il n’y a aucun exemple du contraire, excepté quelques personnes des plus grandes maisons du royaume, que l’on recevait de la société, en même temps qu’elles étaient reçues de la maison. En 1764, les petits collèges ayant été réunis dans celui de Louis-le-Grand, on supprima le cours de philosophie ; on y a substitué une thèse sur l’Écriture sainte, qu’on appelle seconde Robertine. Les bourses n’étaient accordées qu’à des socius, qui n’avaient pas 40 livres parisis de revenu annuel, soit en bénéfices ou en patrimoine. Lorsqu’ils acquéraient ce revenu, ils cessaient d’être boursiers. Une bourse valait cinq sous et demi parisis par semaine, c’est-à-dire un peu plus de six francs de notre monnaie. Elle durait dix ans. Au bout de sept ans, on examinait avec soin ceux qui en étaient pourvus ; et quiconque était trouvé incapable d’enseigner ou de prêcher, on d’être utile au public en quelque autre manière importante, en était privé. Depuis le décret du concile de Trente, qui oblige les clercs d’avoir un titre pour être promus aux ordres sacrés, les socius boursiers se sont insensiblement abolis, et il y avait plus d’un siècle qu’il n’y en avait plus, le titre que les clercs étaient obligés d’avoir étant à peu près d’une valeur légale à celle d’une place de boursier. Robert de Sorbonne ne crut pas devoir exclure les riches de son collège. Il voulait au contraire leur inspirer le goût de l’étude, et rétablir les sciences dans le clergé ; c’est ce qui lui fit recevoir des associés non boursiers, socii non bursales. Ils étaient obligés aux mêmes examens et aux mêmes exercices que les socius boursiers, avec cette seule différence qu’ils payaient à la maison cinq sols et demi par semaine, somme égale à celle que l’on donnait aux boursiers. Tous les socius portaient le titre de docteurs ou de bacheliers de la maison et société de Sorbonne, au lieu que les hospes n’avaient que la qualité de docteurs ou de bacheliers de la maison de Sorbonne. Robert de Sorbonne voulut que tout se gérât et se réglât par les socius, et qu’il n’y eût entre eux ni supérieur, ni principal. Ainsi il défendit aux docteurs de traiter les bacheliers de disciples, et aux bacheliers de traiter les docteurs de maîtres ; ce qui donna lieu aux anciens Sorbonistes de dire : « Nous ne sommes pas entre nous comme des docteurs et des bacheliers, ni comme des maîtres et des disciples ; mais nous sommes comme des associés et des égaux. » Sed omnes sumus sicut socii et æquales. Par une suite de cette égalité, on n’a jamais reçu aucun religieux, de quelque ordre qu’il fût, socius de Sorbonne ; et depuis le commencement du 17e siècle, celui qui était mis en possession de la société prônait sur l’Évangile le serment suivant : « Qu’il n’a point intention d’aller dans une autre société ou congrégation séculière, où l’on vive en commun sous la direction d’un seul supérieur ; et que si après avoir été reçu de la société dé Sorbonne il lui arrive de changer de sentiment et de passer dans une telle autre communauté, il se reconnaît dès lors, et par le seul fait, déchu de tous les droits de la société, tant actifs que passifs, et qu’il ne fera ni entreprendra rien contre le présent règlement. » Robert de Sorbonne permit aux docteurs et aux bacheliers d’avoir chez eux de pauvres écoliers, auxquels il voulut que la maison fît quelque avantage. Cet usage a toujours subsisté, et un très-grand nombre de ces pauvres étudians sont devenus des sujets très-distingués. Les premiers professeurs de Sorbonne furent Guillaume de Saint-Amour, Odon de Douai, Gérard de Reims, Laurent l’Anglais, Gérard d’Abbeville, etc. Ils enseignaient la théologie gratuitement, selon l’intention du fondateur ; et depuis 1253, il y à toujours eu au moins six professeurs, qui ont enseigné les différentes parties de la théologie gratuitement, même avant que les chaires de théologie fussent fondées. On donnait des bourses à ceux des professeurs qui étaient pauvres, c’est-à-dire qui n’avaient pas 40 livres parisis de revenu. Mois il paraît, par les registres de Sorbonne, que les premiers professeurs que nous venons de nommer étaient très-riches, et que par conséquent ils n’étaient pas boursiers. Robert de Sorbonne voulut aussi qu’il y eût toujours dans son collège des docteurs qui s’appliquassent particulièrement à la morale et à résoudre les cas de conscience ; ce qui a fait que depuis son temps la maison de Sorbonne a été consultée de toutes les parties du royaume, et elle n’a rien négligé pour répondre à la confiance du public. Robert de Sorbonne établit différentes places pour l’administration de son collège. La première était celle de proviseur, lequel était toujours élu entre les personnes les plus éminentes. La seconde personne après le proviseur était le prieur. Il était toujours élu entre les socius bacheliers. Il présidait aux assemblées de la société, aux actes des Robertines, à la lecture de l’Écriture sainte, qui se faisait à table, et aux Sorboniques de la licence, auxquelles il assignait le jour. Il faisait deux harangues publiques, l’une à la première, et l’autre à la dernière de ces thèses. C’est à lui aussi que l’on remettait tous les soirs les clefs de la porte de la maison, et il signait le premier tous les actes. Les autres places étaient celles de senieur, de conscripteur, de professeurs, de bibliothécaire, de procureurs, etc. Il y a tout lieu de croire qu’il y avait en Sorbonne, dès le temps du fondateur, trente-six appartemens ; et c’est sans doute conformément à ce premier plan que l’on n’en fit que ce nombre quand le cardinal de Richelieu rebâtit la Sorbonne dans l’état magnifique où on l’a vue. Depuis, on en ajouta un, et leur nombre s’arrêta à trente-sept. Ils ont toujours été occupés par trente-sept tant docteurs que bacheliers. Robert de Sorbonne, après avoir fondé son collège de théologie, en obtint la confirmation du saint Siège et fit autoriser sa fondation par les lettres-patentes du roi saint Louis, qui lui avait déjà donné ou échangé en 1256 et 1258 quelques maisons nécessaires à cet établissement. Il s’appliqua ensuite à faire fleurir la science et la piété dans son collège, et il y réussit. On en vit sortir en peu de temps d’excellens docteurs, qui en répandirent la réputation dans toute l’Europe. Les legs et les donations vinrent alors de toutes parts ; ce qui mit les Sorbonistes en état d’étudier sans inquiétude. Robert de Sorbonne eut toujours une prédilection particulière pour ceux qui étaient pauvres ; car, quoiqu’il y eût dans sa société des docteurs très-riches, comme on le voit par les registres et par les autres monumens qui subsistent dans les archives de Sorbonne, néanmoins son établissement avait principalement les pauvres en vue. La plus grande partie des revenus était employée à leurs études et à leur subsistance. Et le fondateur voulut que l’on appelât la Sorbonne La maison des pauvres, ce qui a donné lieu à la formule que prononçaient les bacheliers de Sorbonne quand ils répondaient, ou qu’ils argumentaient aux thèses en qualité d’Antique. C’est aussi ce qui fait qu’on lit sur un grand nombre de manuscrits, « qu’ils appartiennent aux pauvres maîtres de Sorbonne. » Robert de Sorbonne ne se contenta pas de pourvoir son collège de revenus suffisans, il eut en même temps un grand soin d’y rassembler tous les livres nécessaires à des théologiens, et d’y établir un bibliothécaire. On voit par l’ancien catalogue de la bibliothèque de Sorbonne, dressé en 1289 et en 1290, qu’il y avait déjà plus de mille volumes, et qu’ils valaient plus de 30,000 livres de notre monnaie. La bibliothèque s’accrut tellement, qu’il fallut dresser un nouveau catalogue deux ans après, c’est-à-dire en 1292 ; et depuis cette année jusqu’en 1338, la maison de Sorbonne acquit des livres pour 3812 livres 10 sols 8 deniers, somme très-considérable en ce temps-là. C’est ce que porte expressément le catalogue des livres fait en 1338. Summa valoris omnium librorum hujus domûs præter libros intitulatos anno Domini 1292, tria millia, octingentæ duodecim libræ, decem solidi, octo denarii. On voit par là que la bibliothèque de Sorbonne était peut-être alors la plus belle bibliothèque qui fût en France. Tous les livres de quelque prix étaient enchaînés dans des tablettes, et très-bien rangés par ordre des matières, en commençant par la grammaire, les belles-lettres, etc. Les catalogues étaient disposés de même, et marquaient à chaque livre sa valeur. Robert de Sorbonne, bien différent des autres fondateurs, qui font d’abord des réglemens, et mettent ensuite toute leur application à les faire observer, ne pensa à dresser ses statuts qu’après avoir gouverné son collège pendant plus de dix-huit ans, et n’y prescrivit que les usages qu’il y avait établis, et dont une longue expérience lui avait fait connaître l’utilité et la sagesse. De là vint qu’il n’a jamais été question de réforme et de changement en Sorbonne. Tout s’y est toujours fait selon les anciens usages et les anciens réglemens ; et l’expérience de cinq siècles a fait voir que la constitution de la maison de Sorbonne est peut-être ce que l’on peut imaginer de plus parfait en ce genre. En effet, aucun des collèges fondés depuis ne s’est soutenu avec autant de régularité et de splendeur, quoiqu’on ait cru y devoir mettre des supérieurs et des principaux pour y maintenir les réglemens, et que l’on n’ait pu concevoir comment une société dont tous les associés sont égaux entre eux, et n’ont, dans leur maison, aucun supérieur ni principal, pourrait se maintenir dans un état florissant pendant plusieurs siècles. Robert de Sorbonne, après avoir solidement établi sa société pour la théologie, y ajouta un autre collège pour les humanités et la philosophie. Il acheta, à cet effet, de Guillaume de Cambrai, chanoine de Saint-Jean-de-Maurienne, une maison proche de Sorbonne, et y fonda, en 1271, le collège de Calvi. Ce collège, appelé aussi la Petite Sorbonne, devint très-célèbre par les grands hommes qui y furent formés. Il subsista jusqu’en 1636, que le cardinal de Richelieu le fit démolir pour y bâtir la chapelle de Sorbonne. Il s’était obligé d’en bâtir un autre, qui appartiendrait également à la maison, et qui lui serait contigu ; mais sa mort en empêcha l’exécution ; et ce fut pour suppléer en partie à son engagement que la maison de Richelieu fit réunir le collège du Plessis à la Sorbonne en 1648. Robert de Sorbonne devint chanoine de Paris dès l’an 1258. Il s’acquit une si grande réputation, que les princes mêmes le consultaient souvent, et qu’ils le prirent pour arbitre en quelques occasions importantes. Il légua tous ses biens, qui étaient très-considérables, à la société de Sorbonne, et mourut saintement à Paris, le 15 août 1274, à 73 ans. On a de lui plusieurs ouvrages en latin. Les principaux sont 1o un Trité de la conscience, un autre de la Confession, et un livre intitulé Le chemin du Paradis. Ces livres sont imprimés dans la Bibliothèque des Pères ; 2o de petites Notes sur toute l’Écriture sainte, imprimées dans l’édition de Ménochius, par le père Tournemine ; 3o Les statuts de la maison et société de Sorbonne, en 38 articles ; un livre Du mariage ; un autre Des trois moyens d’aller en Paradis ; un grand nombre de Sermons, etc. Ils se trouvaient en manuscrits dans la bibliothèque de Sorbonne, et l’on remarque dans tous beaucoup d’onction, de piété et de jugement. La maison et société de Sorbonne était une des quatre parties de la faculté de théologie de Paris. Elle avait ses revenus, ses statuts, ses assemblées et ses prérogatives particulières. Quoiqu’elle ait été, depuis son établissement jusqu’à la fin, la partie la moins nombreuse de la faculté, elle a toujours produit un si grand nombre d’habiles théologiens et de personnes de mérite, qu’elle a donné en quelque sorte son nom à toute la faculté de théologie de Paris, et que depuis le concile de Bâle les docteurs, et les bacheliers de Paris prirent souvent le titre de docteurs et de bacheliers de Sorbonne, quoiqu’ils ne fussent pas membres de cette maison. Nous nous sommes un peu plus étendus sur cet article que sur les autres, parce qu’il n’y a jusqu’ici aucun livre imprimé où l’on donne une idée juste et exacte de la Sorbonne et de son établissement.

SOREL, SOREAU ou SUREL (Agnès), l’une des plus belles personnes de son temps, était native et dame de Fromenteau, village de la Touraine, près de Loches, dans le diocèse de Bourges. Le roi Charles VII, ayant eu la curiosité de la voir, ne put s empêcher de l’aimer, et lui donna le château de Beauté-sur-Marnee, dont on voit encore les restes dans le parc de Vincennes, et plusieurs autres terres. Ce prince en vint même jusqu’à quitter, pour l’amour d’elle, le soin de son royaume et les affaires publiques ; mais la belle Agnès (car c’est ainsi qu’on la nommait à cause de sa beauté) lui reprocha cette indolence, et sut si bien l’animer contre les Anglais, qu’il prit des mesures efficaces pour les chasser de la France. Elle mourut le 9 février 1450, au château du Mesnil, à un quart de lieue de Jumièges. Son corps fut porté au château de Loches, où il fut enterré au milieu du chœur de l’église collégiale, à laquelle elle avait fait de grands biens. On y voit son tombeau, qui est de marbre blanc. On trouve dans les œuvres de Melin de Saint-Gelais le quatrain suivant sur Agnès Sorel, que l’on attribue au roi François Ier.

Plus de louange et d’honneur tu mérite,
La cause étant de France recouvrer,
Que ce que peut dedans un cloître ouvrer,
Close nonain, ou bien dévot ermite.

SOREL, sieur de Souvigny (Charles), historiographe de France, était fils d’un procureur de Paris, et naquit en cette ville en 1599. Il fut élevé par Charles Bernard son oncle, premier historiographe de France, auquel il succéda dans cet emploi en 1635. Il mourut le 9 mars 1674. On a de lui un très-grand nombre d’ouvrages, dont le plus connu et le plus important est sa Bibliothèque française, in-12. On estime principalement la seconde partie de cet ouvrage, parce qu’il y donne des jugemens exacts sur plusieurs de nos historiens ; Nouvelles françaises, 1623, in-8o ; Le Berger extravagant, 3 vol. in-8o ; Francion, 2 vol. in-12, fig.

SOSIGÈNES, habile astronome égyptien, que César fit venir à Rome pour réformer le calendrier, et qui inventa l’année Julienne, qui commence l’an 45 avant J.-C.

SOSTRATE DE GNIDE, célèbre architecte et ingénieur grec, fut en grande estime auprès de Ptolomée Philadelphe, roi d’Égypte, vers 273 avant J.-C. Il bâtit, par ordre de ce prince, le fanal de l’île de Pharos, proche d’Alexandrie. Ce superbe édifice fut regardé comme l’une des merveilles du monde. Sostrate y avait mis une inscription qui portait son nom, afin de faire connaître à la postérité qu’il en avait été l’architecte.

SOTADE, ancien poète grec, natif de Maronée, ville de Thrace, inventa une sorte de vers ïambiques irréguliers et rétrogrades, qu’on appela, de son nom, vers Sotadiques. Ses poésies étaient lascives, et remplies de médisance et de satires mordantes contre les personnes les plus respectables ; mais son impudence ne demeura pas impunie, car Ptolomée Philadelphe, roi d’Égypte, contre lequel il avait osé écrire, le fit enfermer dans un coffre de plomb, et jeter dans la mer. Les écrits de ce poète ne sont point parvenus jusqu’à nous.

SOTELO (Louis), zélé missionnaire de l’ordre de saint François, alla faire des missions au Japon, d’où il fut envoyé en qualité d’ambassadeur du roi Oxus, catéchumène, vers Paul V. Ce pape le reçut très-bien, le nomma évêque au Japon et l’y renvoya ; mais, en y arrivant, il fut mis en prison à Omura, ville du Japon, et souffrit peu après le martyre en 1624. On a de lui une lettre qu’il écrivit de sa prison à Urbain VIII, et qui fut remise à ce pontife par le père Collado, dominicain. Le père Wading assure l’authenticité de cette lettre.

SOTER (Saint), natif de Fondi, succéda au pape Anicet le 1er janvier 162 de J.-C. Il fit paraître une grande charité envers les pauvres, et souffrit le martyre le 22 avril 171, durant la persécution de Marc-Antonin-le-Philosophe. C’est sous son pontificat que commença l’hérésie de Montan, en 171.

SOTO (Dominique, célèbre dominicain espagnol, et l’un des plus savans théologiens scolastiques du 16e siècle, naquit à Ségovie en 1494, d’un père qui était jardinier. Il devint professeur de philosophie à Burgos, puis confesseur de l’empereur Charles V. Il parut avec éclat au concile de Trente, et dédia aux pères de ce concile, en 1547, ses deux livres De Naturâ et Gratiâ, Paris, 1549, in-4o. Il refusa l’évêché de Ségovie, et mourut à Salamanque le 15 novembre 1560, à 66 ans. On a de lui des Commentaires sur l’Épître aux Romains, 1550, in-fol., et sur le Maître des sentences, in-fol. ; des traités De Justitiâ et Jure, in-fol. ; De tegendis secretis, in-8o.

SOTO (Fernand de), gentilhomme portugais, et général de la Floride en Amérique, accompagna François Pizaro dans la conquête du Pérou, et eut grande part aux trésors de ce pays en 1532. Quelques années après, l’empereur Charles V lui ayant donné le gouvernement de l’île de Cuba, avec la qualité de général de la Floride, et le titre de marquis des terres qu’il pourrait conquérir, il partit pour l’Amérique avec une bonne flotte en 1538 ; mais il mourut dans ses courses, le 21 mai 1542.

SOTO (Pierre de), pieux et savant dominicain espagnol, natif de Cordoue, d’une famille noble, fut confesseur de l’empereur Charles V, et quitta ensuite la cour de ce prince pour aller rétablir les études dans l’université de Dillingen. Il professa dans cette université jusqu’en 1553, qu’il alla en Angleterre pour y rétablir la catholicité dans les universités d’Oxford et de Cambridge. Après la mort de la reine Marie, arrivée en 1558, il retourna à Dillingen, et y demeura jusqu’en 1561. Il se rendit, cette année, par ordre du pape, au concile de Trente, où il mourut le 20 avril 1563. Ses principaux ouvrages sont 1o Institutiones christianæ ; 2o Methodus confessionis ; 3o Doctrinæ christianæ compendium ; 4o Tractatus de institutione sacerdotum, qui sub episcopis animarum curam gerunt, Lugd., 1587, in-8o. Ce dernier ouvrage est très-estimé. Le père Duchesne, jésuite, dans son histoire du Baïanisme, a cru trouver des erreurs dans les ouvrages de Pierre Soto ; mais il a été solidement réfuté sur ce point dans un livre imprimé à Paris, sous le nom d’Avignon, en 1738, et intitulé Apologie du révérend père Pierre Soto, dominicain, etc.

SOTWEL (Nathanael), jésuite du 17e siècle, a donné une suite de l’ouvrage intitulé Bibliothèque des écrivains de la société de Jésus, commencée par Ribadeneira, et continuée par Philippe Alegambe. L’ouvrage de Sotwel en est une seconde suite en latin, depuis 1642 jusqu’en 1675, Rome, 1676, in-fol. Il mourut le 2 décembre 1676. Voy. Oudin.

SOUBISE (Jean de Parthenai, seigneur de), l’un des plus grands capitaines des calvinistes de France, dans le 16e siècle, se pervertit à la cour du duc de Ferrare, où Renée de France, fille de Louis XII, et femme de ce duc, avait introduit les erreurs des protestans. De retour en France, il soutint avec ardeur le parti qu’il avait embrassé, et fut l’un des plus considérables associés du prince de Condé, qui le choisit pour commander dans Lyon. Le seigneur de Soubise conserva cette place avec soin, et la défendit avec valeur, contre le duc de Nemours, auquel il en fit lever le siège ; ce fut aussi en vain que la reine mère voulut le surprendre par des négociations. Il avait commandé l’armée de Henri II en Toscane. Il mourut en 1566, à 54 ans, ne laissant qu’une fille, Catherine de Parthenai. Voy. Parthenai, Rohan.

SOUCHAY (Jean-Baptiste), natif de Saint-Amand près de Vendôme, fut reçu de l’académie des Inscriptions et Belles-Lettres en 1716, et devint censeur royal des livres, et professeur d’éloquence au collège Royal en 1732. Il obtint deux ans après un canonicat de la cathédrale de Rhodes, et mourut à Paris le 15 août 1746, à 59 ans. On a de lui 1o une édition d’Ausone, 1730, in-4o ; 2o une traduction française de la Pseudodoxia epidemica, du savant Thomas Brown, médecin, en 1738, 2 vol. in-12, sous le titre d’Essai sur les erreurs populaires ; 3o une édition des Œuvres diverses de M. Pélisson, en 3 vol. in-12 ; 4o des Remarques sur la traduction de Joseph, par M. d’Andilly, dans l’édition de cet historien, Paris, 1744, 6 vol. in-12 ; 5o une édition des Œuvres de Boileau, en 1740, 2 vol. in-4o ; 6o une édition de l’Astrée d’Honoré d’Urfée, en 1733, en 10 vol. in-12 ; 7o plusieurs Dissertations dans les mémoires de l’académie des Belles-Lettres.

SOUCIET (Étienne), habile jésuite, était fils d’un avocat de Paris, et naquit à Bourges le 12 octobre 1671. Il enseigna la rhétorique et la théologie dans sa société, et devint ensuite bibliothécaire du collège de Louis-le-Grand à Paris, où il mourut le 14 janvier 1744, à 73 ans. On a de lui plusieurs ouvrages, dont les principaux sont 1o Recueil de dissertations critiques sur les endroits difficiles de l’Écriture sainte, etc., in-4o, ouvrage savant, mais qui roule sur des questions fort peu importantes ; 2o Recueil des dissertations, contenant un abrégé chronologique, cinq dissertations contre la chronologie de Newton, in-4o, savantes et estimées ; 3o Observations astronomiques faites à la Chine et aux Indes, Paris, 1729 et 1732, 3 vol. in-4o. Étienne-Augustin Souciet son frère, aussi jésuite, mort deux jours après lui dans le collège de Louis-le-Grand, où il professait la théologie, a fait un poëme sur les comètes, Caen, 1710, in-8o, et un autre sur l’agriculture, avec des notes, Moulins, 1712, in-8o.

SOUFFLOT (Jacques-Germain), fils du lieutenant-général d’Irancy près d’Auxerre, y naquit en 1714 ; son père, qui le destinait à lui succéder, l’envoya étudier à Paris ; mais son goût l’entraîna au dessin et à l’architecture, qui lui doit beaucoup. Après être allé étudier les chefs-d’œuvre de ce genre qui sont en Italie, en qualité de pensionnaire du roi, il fut appelé à Lyon, où il a fait construire l’Hôtel-Dieu, aussi simple que noble et salubre ; il est regardé comme un chef-d’œuvre en ce genre ; la bourse, la salle du concert et celle de la comédie ont aussi été élevées par lui ; mais cette dernière n’est pas sans défauts ; il semble que ces sortes d’édifices soient l’écueil des artistes. De retour à Paris, M. le marquis de Marigny le choisit pour l’accompagner dans son voyage d’Italie, et lui donna la place de contrôleur des bâtimens. Il fut nommé pour élever un temple en l’honneur de sainte Geneviève, patronne de Paris. Cet édifice si justement admiré n’a pas pu être fini de son vivant, de sorte qu’on ne sait aujourd’hui si les sujets de reproches qu on a faits à sa construction auraient disparu, s’il l’avait terminé. Il était de l’académie d’architecture à Rome et à Paris, chevalier de Saint-Michel, et intendant général des bâtimens du roi. Il est mort le 30 août 1780, et déposé une nuit seulement à Saint-Germain-l’Auxerrois, d’où il fut transporté le lendemain à Sainte-Geneviève.

SOULIER (Pierre), prêtre du diocèse de Viviers, rempli de protestans, avait le zèle des conversions. C’est ce motif qui lui a fait composer une Histoire des édits de pacification, 1682, in-12, dont le but est de faire voir le droit qu’avait le roi de les révoquer, parce qu’ils avaient été obtenus par force, pour pacifier le royaume. Avec un pareil système, il ne faudrait jamais faire de quartier, si celui à qui on l’accorde peut secouer le joug qu’on lui impose, quand la force lui sera revenue. Son Histoire du calvinisme, 1676, in-4o, a le même but. Quand une histoire a l’objet d’un factum elle s’oublie après le jugement de l’affaire.

SOURDIS. Voy. Escoubleau.

SOUTH (Robert), théologien anglais, prébendaire de Westminster, et chanoine de l’église de Christ à Osford, naquit à Londres en 1631. Il se distingua par sa science et par sa probité, et refusa plusieurs évêchés. Il mourut en 1716. On a de lui six vol. de Sermons en anglais qui sont estimés, des Harangues latines, des Poésies, etc.

SOUTHERN (Thomas), poète dramatique anglais, né en 1662, publia sa première tragédie, Le Frère loyal, ou le Prince persan, en 1682. C’était une allusion à Charles II et au duc d’Yorck, qui plut beaucoup aux torys. Il entra dans le parti du roi contre le prince d’Orange ; mais, ce dernier ayant prévalu, il se renferma dans ses occupations de littérature, qui lui fournissaient le moyen de vivre. Il est mort le 26 avril 1745. Ses poésies dramatiques ont 3 vol. in-12. On y distingue L’Innocent adultère, Oroonocko, d’après le roman de madame Behn.

SOUVERAIN, ministre protestant en Poitou, fut déposé du ministère trois ans avant la révocation de l’édit de Nantes, à cause de son attachement a l’arminianisme ; les Hollandais lui refusèrent de l’emploi pour la même raison ; mais il fut bien reçu en Angleterre, où il embrassa la religion épiscopale, et où il mourut a la fin du 17e siècle. On a donné depuis sa mort un ouvrage de lui, intitulé Le Platonisme dévoilé, Cologne, 1700, in-8o : il y taxe les pères d’avoir pris l’idée de la trinité dans Platon ; ce qui a été réfuté par le père Baltus, dans sa Défense des pères accises de platonisme, Paris, 1711, in-4o.

SOUVRÉ (Gilles de), marquis de Courtenvaux, et maréchal de France, était fils de Jean de Souvré, seigneur de Courtenvaux, d’une maison ancienne et considérable originaire du Perche. Il s’attacha au duc d’Anjou, et suivit ce prince en Pologne en 1573. De retour en France, le duc d’Anjon, qui était parvenu à la couronne sous le nom de Henri III, le fit grand-maître de sa garde-robe, et capitaine du château de Vincennes. Souvré se trouva à la bataille de Coutras en 1587. Il rendit des services considérables au roi Henri IV, qui le fit gouverneur de Louis XIII, dont il fut premier gentilhomme de la chambre. Il devint maréchal de France en 1615, et mourut en 1626, à 84 ans. Jacques de Souvré son fils se signala par sa valeur en plusieurs occasions, et devint grand-prieur de France. Il mourut le 22 mai 1670, à 70 ans. C’est lui qui fit bâtir l’hôtel du Temple à Paris, pour être la demeure ordinaire des grands-prieurs de France. Cette maison finit par Anne, morte en 1715, qui avait épousé le marquis de Louvois.

SOUZA (Louis de), fit profession chez les dominicains en 1614, et mourut en 1633. C’est un des meilleurs historiens portugais, dont on a une Vie de dom Barthélemi-des-Martyrs, Paris, 1760, 2 vol. in-8o. C’est celle qui est traduite en français, 1664, in-8o ou in-4o ; Histoire de saint Dominique, 3 vol in-fol.

SOZIGÈNES. Voy. Sosigènes.

SOZOMÈNE (Hermias), fameux historien ecclésiastique du 5e siècle, surnommé le Scolastique, était natif de Salamine dans l’île de Chypre. Il fréquenta long-temps le barreau à Constantinople, et mourut vers 450. Il noua reste de lui une Histoire ecclésiastique en grec, depuis l’an 324 jusqu’à l’an 439, dans laquelle il décrit l’usage et les particularités de la pénitence publique. Il y donne de grands éloges à Théodore du Mopsueste, et paraît favoriser les erreurs des novatiens. Cette Histoire a été traduite en français par le président Cousin. L’original se trouve avec Eusèbe, et dans la Bibliothèque des Pères.

SPAGNOLI (Baptiste), général de l’ordre des carmes, et poète latin, surnommé Mantuan, parce qu’il était natif de Mantoue, s’acquit de la réputation par ses ouvrages et par sa capacité dans les grandes affaires. Il avait une grande faciliter à faire des vers ; mais il en abusa, et en fit un trop grand nombre, ce qui les rend moins parfaits. Il mourut le 20 mars 1516, à 68 ans. Ses ouvrages ont été recueillis et imprimés à Venise, 1499, in-4o ; à Paris, 1502, in-fol. ; 1513, 3 vol. in-fol., et Anvers, 1576, en 4 vol. in-8o. Il ne ressemble à Virgile que par son surnom. On lui reproche avec raison ses satires, le mélange du sacré et du profane, et ses invectives indécentes contre les ecclésiastiques et contre l’Église de Rome. Voici comme il en parle dans son poëme de la Calamité des temps, qui a été traduit en français :

Vivere qui sanctè cupitis, discedite Româ,
Omnia cùm liceant, non licet esse bonum. Venalia nobis
Templa, sacerdotes, altaria, sacra, coronæ,
Ignis, thura, preces, cœlum est venale, Deusque.

SPANHEIM (Frédéric), naquit à Amberg, dans le haut Palatinat, le 1er janvier 1600, de Wigand Spanheim, homme docte et conseiller ecclésiastique de l’électeur palatin. Spanheim disputa, en 1626, une chaire de philosophie à Genève, et l’emporta. L’année suivante, il s’y maria avec Charlotte du Port, demoiselle de condition du Bas-Poitou, qui descendait en droite ligne, du côté maternel, de Guillaume Budé. Il succéda, en 1631, à une chaire de théologie que Benoit Turetin laissait vacante, et remplit cette chaire avec tant de distinction, qu’il fut appelé à Leyde, en 1642, pour y remplir la même place. Il y soutint et y augmenta même sa réputation. Mais ses grands travaux lui causèrent une maladie dont il mourut au mois de mai 1649, à 49 ans. Ses principaux ouvrages sont 1o le Soldat suédois, in-8o ; 2o le Mercure suisse, in-8o ; 3o Commentaires historiques de la vie et de la mort de messire Christophe, vicomte de Dhona, in-4o ; 4° Dubia evangelica, 1700, 2 tom. in-4o ; 5o Exercitationes de gratiâ universali ; 6o Vie de l’électrice Palatine, in-4o ; 7o des Harangues, etc. Il laissa sept enfans, dont les deux aînés devinrent très-illustres. Voy. les articles suivans.

SPANHEIM (Frédéric), second fils du précédent, fut professeur de théologie à Leyde, où il s’acquit une grande réputation, et où il mourut le 18 mai 1701, à 69 ans, laissant un fils. On a de lui une Histoire ecclésiastique, et plusieurs autres savans ouvrages, recueillis et imprimés à Leyde, 1701 et 1703, en 3 vol. in-fol. en latin.

SPANHEIM (Ézéchiel), frère aîné du précédent, naquit à Genève en 1629. Charles-Louis, électeur palatin, l’appela à sa cour, quoiqu’il n’eût que vingt-cinq ans, pour être gouverneur du prince électoral Charles son fils unique. Spanheim remplit cette place avec beaucoup de succès, de prudence et de capacité. Il employa en même temps ses heures de loisir à se perfectionner dans la connaissance du grec et du latin, et à lire avec soin tous les ouvrages qui pouvaient le rendre habile dans le droit public d’Allemagne. Il fut ensuite envoyé dans les cours des princes d’Italie pour observer les intrigues des électeurs catholiques en ces cours. Il profita de ces divers voyages pour acquérir la connaissance des médailles et des antiquités. De retour à Heidelberg en 1665, l’électeur palatin l’employa en diverses négociations importantes dans les cours étrangères. Il passa au service de l’électeur de Brandebourg, du consentement de l’électeur palatin, en 1679, et fut envoyé en France l’année suivante en qualité d’envoyé extraordinaire. Il retourna à Berlin en 1689, et il y tint la place d’un des ministres d’état. Après la paix de Riswickh en 1697, il fut renvoyé en France où il demeura jusqu’en 1701. De là il passa en Hollande, puis en Angleterre, en qualité d’ambassadeur auprès de la reine Anne. C’est vers ce temps-là que l’électeur de Brandebourg, qui avait pris le titre de roi de Prusse, lui donna la qualité de baron. Il mourut à Londres le 25 novembre 1710, à 81 ans, laissant une fille. On a de lui plusieurs savans ouvrages qui sont très-estimés, et dont les principaux sont : 1o De præstantiâ et usu numismatum antiquorum, Leyde, 1706, et Amsterdam, 1717, 2 vol. in-fol. ; 2o plusieurs Lettres et Dissertations sur diverses médailles rares et curieuses ; 3o une Préface et des Notes savantes dans l’édition des œuvres de l’empereur Julien, à Leipsick, en 1696, in-fol. ; 4o la traduction des Césars, avec des notes, Amsterdam, 1718, in-4o, etc. Sa capacité et son exactitude dans les négociations importantes dont il fut chargé, et la science profonde qu’il fait paraître dans tous ses ouvrages, ont fait dire de lui qu’il s’est acquitté de ses négociations comme une personne qui ne pensait qu’aux affaires, et qu’il a écrit comme un homme qui employait tout son temps à l’étude.

SPARRE, baron et sénateur de Suède, dans le XVIe siècle, avait sur la politique des vues particulières, qu’il détailla dans son livre De lege, rege et grege, in-fol., qui déplut au gouvernement suédois.

SPARTACUS. Voy. Crassus (M. Licinius).

SPARTIEN (Ælius), historien latin, dont nous avons les vies d’Adrien, de Caracalla, et de quatre autres empereurs romains ; elles se trouvent dans Historiæ Augustæ scriptores, Leyde, 1670 et 1671, 2 vol. in-8o. Il vivait sous le règne de Diodétien, vers l’an 290 de Jésus-Christ.

SPEED (Jean), habile écrivain anglais, natif de Farington, dans le comté de Chester, est auteur d’une Histoire de la Grande-Bretagne, en anglais, qui est estimée, et qui a été traduite en latin, Amsterdam, 1646, in-fol. Il mourut à Londres en 1629.

SPELMAN (Henri), chevalier anglais, mort en 1641, était habile dans les antiquités de son pays, dans l’histoire des derniers siècles, et dans la basse latinité. On a de lui 1o une Collection des conciles d’Angleterre, 1639 et 1664, 2 vol. in-fol., qui a été donnée par Wilkins en 1737, 4 vol. in-fol. ; 2o un Dictionnaire de la basse latinité, intitulé Glossarium Archæologicum, Londres, 1664, in-fol. On préfère l’édition de 1687 ; 3o une Description alphabétique des villes, bourgs et villages d’Angleterre, sous le titre de Villare Anglicum, in-8o ; 4o Reliquiæ Spelmanicæ, in-fol., anglais ; Codex Legum Angliaæ, que Wilkins a inséré dans Leges Anglo-Saxonicæ, Londres, 1721, in-fol., etc.

SPENCE (Joseph), l’ornement de la littérature anglaise, prit le degré de maître-ès-arts, le 2 novembre 1727, au collège Neuf d’Oxford. Il publia, la même année, Essai sur l’Odyssée d’Homère de Pope, deux parties in-12 ; ce qui le fit nommer professeur en poésie le 11 juillet 1728. La société de son collège, pour récompenser son mérite, le nomma recteur du grand Horwood en 1742. Il publia en 1747, in-folio, Polymetis, ou Recherches sur les beautés des poètes latins et autres anciens écrivains. La troisième édition a été faite en 1774, et l’abrégé a été souvent réimprimé. Criton, ou Dialogue sur la beauté, a paru en 1752, in-8o ; Remarques sur Virgile, en 1767, in-4o. Le 20 août 1768, M. Spence se noya dans le canal du jardin de Byfleet, en Surrey.

SPENCER (Edmon), poète anglais, natif de Londres, fut élevé à Cambridge, et devint très-savant. La reine Elisabeth fut si charmée d’une pièce qu’il lui présenta, qu’elle lui fit donner 100 livres sterling en présent. Spencer fut ensuite secrétaire du lord Grey, député en Irlande ; mais quoique cette place fût très-lucrative, il ne s’y enrichit pas. Il mourut en 1598. Celle de ses pièces qu’on estime le plus est intitulée La reine des fées.

SPENCER (Jean), savant théologien anglais, naquit en 1630. Il devint maître du collège du corps de Christ, et doyen d’Ely, et mourut le 27 mai 1693, à 63 ans. On a de lui un Discours en anglais sur les prodiges et la vanité des songes ; un Traité sur les prophéties vulgaires, et un savant ouvrage sur les lois des Hébreux et les raisons de ces lois, et plusieurs autres écrits, imprimés à Cambridge en 1727, en 2 vol. in-fol. Il ne faut pas le confondre avec Guillaume Spencer, natif de Cambridge, et membre du collége de la Trinité, dont on a une bonne édition grecque et latine de l’ouvrage d’Origène contre Celse, et de la Philocalie, avec des notes, etc.

SPÉRATUS (Paul), savant théologien luthérien, né le 13 décembre 1484, d’une noble et ancienne famille de Souabe, prêcha le luthéranisme à Saltzbourg, à Vienne en Autriche et en plusieurs autres villes d’Allemagne. Ayant voulu faire la même chose en Moravie, il fut mis en prison par l’évêque d’Olmutz, d’où s’étant échappé en 1524, il se retira à Wittemberg chez Luther. Cet hérésiaraue l’envoya en Prusse, où il fut élevé a l’épiscopat de Poméranie, et où il mourut le 17 septembre 1554, à 70 ans. On a de lui plusieurs ouvrages, entre autres des Cantiques très-estimés, que l’on chante dans les églises luthériennes. Parmi ces cantiques celui qui roule sur la justification du pécheur est regardé comme un chef-d’œuvre par les protestans.

SPERLING (Jean), habile philosophe du 17e siècle, né à Zeuchfeld en Thuringe le 12 juillet 1603, enseigna la physique avec beaucoup de réputation à Wittemberg, où il mourut en 1658. On a de lui plusieurs bons ouvrages, dont les principaux sont 1o Institutiones physicæ ; 2o Anthropologia physica, etc. Il y a eu plusieurs autres savans nommés Sperling.

SPERON, SPERONI, célèbre écrivain italien, naquit à Padoue en 1500, et y enseigna la philosophie à l’âge de 24 ans. Il se fit estimer du public par sa vertu, par la beauté de son génie, par son éloquence et par son érudition. Il mourut en 1588, à 88 ans. Ses principaux ouvrages sont ses Dialogues, en italien, Venise, 1596, in-8o, en français, par Cl. Gruget, 1551, in-8o ; sa tragédie intitulée Canace, 1597, in-4o ; ses Discours, 1596, in-4o ; celui de la préséance des princes, en italien, 1698, in-4o ; des Lettres, 1606, in-12. On dit qu’étant à Rome, et quelques cardinaux lui ayant demandé quel était le sens de ces lettres, gravées sur la porte du palais du pape, M. CCC. LX. Il répondit : Multi cæci cardinales creârunt Leonem decimum, parce que Léon était encore jeune lorsqu’il fut élevé sur le saint Siège ; mais cette plaisanterie a l’air d’une fable.

SPEUSIPPE, fameux philosophe grec, natif d’Athènes, était neveu de Platon, du côté maternel, et lui succéda. Il vivait vers 347 avant J.-C. Il déshonora le titre de philosophe par son avarice, ses emportemens et ses débauches.

SPIELMAN (Jacques Reinhold), né à Strasbourg en avril 1722, d’un apothicaire, fut apothicaire lui-même. Sa célébrité lui mérita la confiance et l’estime de ses concitoyens, qui, cherchant à reconnaître les services qu’il leur rendait, lui donnèrent la chaire de poésie en attendant qu’ils pussent lui donner celle de chimie qu’il eut en effet trois ans après, en 1759. Il s’était fait recevoir docteur en médecine ; l’académie des Sciences l’avait choisi pour correspondant, la société de Médecine pour associé, et différentes académies d’Allemagne lui avaient donné place dans leur corps. En septembre 1783, M. Cadet de Vaux a donné une traduction française des Instituts de chimie, que Spielman avait donnés en latin, 1770, 2 vol. in-12.

SPIERRE (François), dessinateur et graveur, natif de la Lorraine, dont les ouvrages sont rares et estimés. La Vierge qu’il a gravée d’après le Corrège passe pour son chef-d’œuvre. Il vivait à la fin du 17e siècle.

SPIFAME (Jacques-Paul), natif de Paris, descendait d’une noble et ancienne famille originaire de la ville de Lucques en Italie. Il était fils de Jean Spifame, seigneur de Passy, et devint successivement conseiller au parlement, président aux enquêtes, maître des requêtes et conseiller d’état. Dans la suite, ayant embrassé l’état ecclésiastique, il fut fait chanoine de Paris, chancelier de l’université, abbé de Saint-Paul de Sens, grand-vicaire de Charles, cardinal de Lorraine, archevêque de Reims, enfin évêque de Nevers en 1547. Il assista à l’assemblée des états tenus à Paris en 1557 ; puis, se laissant entraîner par les erreurs de Calvin, et par l’amour d’une femme veuve d’un procureur nommé Legrèle, qu’il entretenait du vivant de son mari, il se retira à Genève en 1559. Spifame s’y fit estimer de Calvin, et rendit de grands services aux protestans, qui l’envoyèrent à Francfort demander du secours à l’empereur, mais ayant été soupçonné de négocier sous main pour rentrer dans l’église catholique, et ayant été accusé d’avoir fait un faux contrat de mariage avec la femme qu’il avait (il était daté du 2 août 1539, et il lui fut prouvé qu’il n’y avait que deux ans qu’il l’avait fabriqué), il fut condamné à avoir la tête tranchée, ce qui fut exécuté à Genève le 23 mars 1566. On a de lui quelques écrits et la Harangue qu’il prononça à Francfort, dans les mémoires de Castelnau et de Condé.

SPIFAME (Raoul), frère du précédent, avocat au parlement de Paris, ne manquait pas de bon sens ni d’imagination, ni même de connaissances ; mais il avait un caractère d’originalité, une trempe de bizarrerie, une sorte d’aliénation d’esprit qui le firent interdire. Il mourut en novembre 1563. Nous avons de lui un livre rare et recherché des curieux, intitulé : Dicearchiæ Henrici regis christianissimi progymnasmata, in-8o, sans date ni lieu d’impression. Ce volume contient 309 arrêts de sa composition, qu’il suppose avoir été rendus par Henri II en 1556. Il devait y en avoir 600, mais il n’y a eu que ces 309 imprimés. Il y en a beaucoup qui ne sont que la production d’une imagination échauffée contre sa famille qui l’avait fait interdire, et contre les juges qui l’avaient interdit. Il y en a un entre autres qui casse l’arrêt du parlement qui lui défendait de faire imprimer ses ouvrages de droit et de poésies ; un autre qui condamne Gaillard Spifame son frère aîné comme concussionnaire, qui par des rapines soutenues des falsifications les plus criminelles a fait périr M. de Lautrec, et perdre à la France le royaume de Naples. Mais au milieu de ces productions bizarres, il s’en trouve de très-sensées, et qui ont eu déjà leur exécution, telles que le commencement de l’année au 1er janvier, l’abolition des justices seigneuriales dans les grandes villes. Il y en a pour la police et l’embellissement de Paris, qui ont eu leur exécution, telles que la jonction des îles du palais, le pont de la Tournelle, le port Saint-Bernard, le projet d’augmenter la bibliothèque du Roi, en lui donnant un de tous les livres qui s’impriment, et d’autres qu’il serait bon d’exécuter. M. Auffray a extrait les arrêts de cette espèce dans un livre qu’il a publié sous ce titre : Vues d’un politique du 16e siècle, Paris, 1775, in-8o. Il y a eu un Martin Spifame, gentilhomme, qui a fait imprimer ses poésies en 1583, in-16, dédiées à Henri III. Enfin cette famille a fini par Jean Spifame, chevalier, sieur des Granges, mort en 1643.

SPIGELIUS (Adrien), célèbre anatomiste, né à Bruxelles en 1578, fut professeur en anatomie et en chirurgie à Padoue, et mourut en 1605. Ses ouvrages anatomiques en latin sont imprimés à Amsterdam, 1545, in-fol.

SPILBERG (Georges), amiral hollandais, avait déjà conduit une flotte aux Indes orientales, lorsqu’il fut chargé par la compagnie d’aller faire la guerre aux Espagnols dans la mer du Sud. Il partit de Zélande le 8 août 1614, avec six navires chargés pour les Moluques. En entrant dans le détroit, ses équipages voulaient retourner en Hollande ; mais il tint ferme à remplir ses instructions. Un petit vaisseau s’échappa ; il en avait perdu un près de Rio de la Plata, de sorte qu’il ne sortit du détroit qu’avec quatre vaisseaux, au mois de mai 1615. Il rencontra six galions de guerre espagnols sur les côtes du Pérou, il leur livra un sanglant combat, et en coula bas les trois principaux. Il arriva le 10 mars 1616 à Ternate, fit arrêter à Java le vaisseau de Le Maire, et rentra dans les ports de Hollande le 1er juillet 1617. Son Voyage se trouve dans le Recueil de ceux de la compagnie des Indes hollandaise.

SPINA (Alexandre), religieux dominicain du couvent de Sainte-Catherine de Pise. Ayant entendu dire qu’un particulier, ayant inventé les lunettes vers l’an 1295, ne voulait pas en découvrir le secret, trouva le moyen d’en faire de son invention en 1298, et le publia. Il mourut en 1313.

SPINA (Barthélémi), habile dominicain, natif de Pise, fut maître du sacré Palais, et l’un de ceux que le pape choisit pour assister à la congrégation destinée à examiner les matières que l’on devait proposer au concile de Trente. Il mourut en 1546, à 72 ans. On a de lui divers ouvrages en 3 vol. in-fol. Il ne faut pas le confondre avec un autre religieux, nommé Alfonse Spina, qui, de juif qu’il était, se fit religieux de l’ordre de saint François, à Valladolid. C’est ce dernier qui est l’auteur du livre intitulé Fortalitium fidei, composé vers 1439, et imprimé plusieurs fois in-fol.

SPINA (Jean de l’Épine, ou), fameux ministre calviniste, avait été religieux augustin ; il fut perverti par Jean Rabec en le voulant convertir, assista au colloque de Poissy, et eut en 1566, avec du Rosier, une célèbre conférence contre deux docteurs catholiques. Il échappa au massacre de la Samt-Barthélemi, et mourut à Saumur en 1594. On a de lui plusieurs livres de morale et de controverse, imprimés à Lyon, in-8o, en différentes années.

SPINCKES (Nathanael), fut successivement chapelain de divers seigneurs, curé de différentes paroisses, et prébendier de diverses collégiales. En 1690, il perdit tous ses bénéfices pour n’avoir pas voulu prêter serment au roi Guillaume. Ceux de son parti l’élurent évêque sans évêché ; mais comme son troupeau n’était pas nombreux il employa son loisir à la composition de différens livres. Il mourut le 28 juillet 1727, et fut enterré à Saint-Paul de Londres, où l’on voit une inscription à sa louange. Ses ouvrages sont des livres de piété, comme De la confiance en Dieu, Dévotions journalières, etc. ; ou des livres relatifs à l’église d’Angleterre, comme Plan d’une communion catholique, De la nouvelle liturgie, etc.

SPINELLO, fameux peintre, natif d’Arezzo, s’acquit, sur la fin du 14e siècle, une grande réputation par ses tableaux. On dit que dans sa chute des mauvais anges il représenta Lucifer sous la forme d’un monstre si hideux, qu’il en fut lui même effrayé, et que dans un songe il crut voir le diable, tel qu’il était dans son tableau qui lui demandait pourquoi il l’avait peint d’une manière si effroyable. On ajoute que depuis ce songe le pauvre Spinello eut toujours la vue égarée et l’esprit troublé.

SPINOLA (Ambroise), l’un des plus grands généraux du 17e siècle, était de l’illustre maison de Spinola, qui est divisée aujourd’hui en plusieurs branches dont les unes sont établies en Italie et les autres en Espagne. Il se mit à la tête de 9000 Italiens, et alla servir dans les Pays-Bas, où il se signala par son courage et par ses belles actions. Le siège d’Ostende traînant en longueur, l’archiduc d’Autriche le chargea du commandement, et il emporta cette place célèbre en 1604, par composition. Il fut ensuite nommé général des armées d’Espagne dans les Pays-Bas, et s’y soutint, quoiqu’il eût en tête le comte Maurice de Nassau, le plus habile capitaine de son temps. Il rendit plusieurs autres grands services à l’empereur dans le Palatinat, et prit Breda en 1625. Ayant été rappelé des Pays-Bas en 1629, les affaires d’Espagne y allèrent depuis en décadence. Il prit Casal et le château de cette ville en 1630, et mourut peu de temps après, d’une maladie causée par le chagrin d’avoir été gêné dans ses opérations.

SPINOLA (Charles), célèbre jésuite de la même maison que le précédent, fut envoyé en mission au Japon, et fut brûlé vif à Nangasaqui, pour la foi de Jésus-Christ, le 10 septembre 1622. Le père d’Orléans, jésuite, a publié sa vie en français.

SPINOSA (Bénit ou Bénédict), et non pas Benoit, pour éviter l’équivoque du nom de saint Benoît que les juifs ne respectent pas assez pour le donner à leurs enfans, naquit à Amsterdam le 24 novembre 1632, d’un juif portugais, marchand, d’une fortune médiocre. S’étant livré tout entier à la philosophie, il connut bientôt du mépris pour les opinions des rabbins et pour le judaïsme. Il déclara hautement ses doutes et sa croyance, et s’éloigna peu à peu de leur synagogue. Cette conduite souleva tellement les juifs contre lui, qu’un d’eux lui donna un coup de couteau en sortant de la comédie. Spinosa rompit alors entièrement avec les juifs, ce qui les porta à l’excommunier. Il composa en espagnol une Apologie de sa sortie de la synagogue ; mais cet écrit n’a point été imprimé. Depuis qu’il eut renoncé au judaïsme, il professa ouvertement l’Évangile, et fréquenta les assemblées des mennonites, ou celle des arminiens d’Amsterdam. Il approuva même une confession de foi qu’un de ses amis intimes lui communiqua. Spinosa préféra la philosophie de Descartes à toutes les autres, et renonça en quelque sorte au monde, afin de philosopher avec plus de liberté. Il se débarrassa de toutes sortes d’affaires, abandonna Amsterdam, et se retira à la campagne, où il médita à son aise, travailla à des microscopes et à des télescopes, et s’égara tellement dans ses pensées, qu’il tomba dans l’athéisme. Il continua ce genre de vie, lorsque dans la suite il alla s’établir à la Haye, laissant quelquefois passer trois mois entiers sans sortir de son logis. Cette vie cachée n’empêchait pas qu’on ne parlât de lui de toutes parts, et les esprits forts de l’un et de l’autre sexe lui rendaient de fréquentes visites. La cour palatine lui fit même offrir une chaire de philosophie à Heidelberg ; mais il la refusa, comme un emploi peu compatible avec le désir qu’il avait de philosopher avec liberté et sans interruption. Il mourut de phthisie à la Haye le 21 février 1677, à 45 ans. On assure qu’il était petit, jaunâtre, qu’il avait quelque chose de noir dans la physionomie, et qu’il portait sur son visage un caractère de réprobation. On ajoute néanmoins que Spinosa était d’un bon commerce, affable, honnête, officieux, et fort réglé dans ses mœurs ; ce qui est étrange dans un homme qui a rédigé le premier l’athéisme en système, et en un système si déraisonnable et si absurde, que Bayle lui-même, qui a si souvent abusé de ses talens pour donner un air de probabilité et de vraisemblance aux erreurs les plus monstrueuses, n’a trouvé dans le Spinosisme que des contraditions et des hypothèses absolument insoutenables. Les deux ouvrages de Spinosa qui ont fait le plus de bruit, et qui contiennent son système impie et abominable, sont 1o son traité intitulé Tractatus theologico-politicus, Hamburgi, 1670, in-4o, lequel a été traduit et publié en français sous différens titres. Voyez Glain (N. S.) ; 2o ses Opera posthuma, 1677, in-4o. C’est dans ce dernier ouvrage qu’il développe et qu’il entreprend de prouver ses erreurs. Il y soutient qu’il n’y a qu’une substance dans la nature, et que cette substance unique est douée d’une infinité d’attributs, et entre autres, de l’étendue et de la pensée. Il assure ensuite que tous les corps qui se trouvent dans l’univers sont des modes et des modifications de cette substance en tant qu’étendue ; et que les autres êtres, par exemple les âmes des hommes, sont des modes de cette substance en tant que pensée. Il ose donner à cette substance le nom de Dieu, et il soutient qu’il n’est point libre, et que tout se passe nécessairement dans la nature. En un mot, Spinosa assure qu’il n’y a qu’une substance et qu’une nature, et que tout ce que nous appelons créatures ne sont que des modifications de cette substance ou de ce Dieu. Il ôte même la liberté à Dieu et aux créatures, et veut que tout se fasse nécessairement. Système monstrueux et le plus extravagant qui puisse jamais entrer dans l’esprit de l’homme ! C’est attribuer à la Divinité tout ce que les poètes païens ont osé chanter de plus infâme contre leurs dieux profanes ; c’est le rendre le sujet de tous les crimes qui se commettent dans l’univers et de toutes les infirmités mondaines, puisque, selon Spinosa, il n’y a point d’autre agent et d’autre patient que Dieu, par rapport au mal physique et au mal moral. Les absurdités du spinosisme ont été parfaitement bien réfutées par un très-grand nombre d’auteurs, et surtout par Jean Bredembourg, bourgeois de Roterdam, Roterdam, 1675, in-4o ; par Cuper dans ses Arcana atheismi revelata, Roterdam, 1676, in-4o ; par dom François Lami, bénédictin ; par Jacquelot, dans son Traité de l’existence de Dieu ; par Le Vassor, dans son Traité de la véritable religion, imprimé à Paris en 1688, etc. L’abbé Lenglet a publié la réfutation de Spinosa par Fénélon, Lami, et le comte de Boulainvilliers, avec la vie de Spinosa par Colerus, Bruxelles, 1731, in-12, qui a été supprimée, et qui est plus rare que la Clef du sanctuaire ; elle est du même format. Il y a une autre Vie de Spinosa par un de ses sectateurs, 1712, in-8o rare. Il y a encore de Spinosa, R. Descartes, Principiorum phiiosophiæ partes Ia et IIa more geometrico demonstratæ, Amsterdam, 1667, in-4o ; De jure ecclesiasticorum, 1665, in-12. Au reste, Spinosa avait un tel désir d’immortaliser son nom, qu’il eût sacrifié très-volontiers à cette gloire la vie présente, eût-il fallu être mis en pièces par un peuple mutiné ; autre vanité ridicule dans un athée.

SPINOSA (Jean), auteur espagnol du 16e siècle, natif dé Belovado, fut secrétaire de dom Pedro de Gonzales de Mendoza, capitaine général de l’empereur dans la Sicile. Il rendit de grands services à l’État, et composa, entre autres livres, un Traité à la louange des femmes, en espagnol, Milan, 1580, in-4o.

SPIRIDION (Saint), évêque de Trimithunte dans l’île de Chypre, assista au concile général de Nicée en 325. Il est illustre par ses miracles.

SPIZÉLIUS (Théophile), laborieux écrivain protestant du 17e siècle, né le 11 septembre 1639, est auteur de plusieurs ouvrages, dont les plus connus sont deux traités, l’un intitulé Felix litteratus, 2 vol. in-8o, et l’autre Infelix litteratus, 2 vol. in-8o. Il prétend faire voir, dans ces deux ouvrages, les vices des gens de lettres, et les malheurs qui leur arrivent quand ils étudient par de mauvais motifs, et plutôt pour eux-mêmes, que pour Dieu et le prochain. Sacra bibliothecarum illustrium arcana detecta, 1668, in-8o. Il mourut le 7 janvier 1691, laissant une fille.

SPON (Charles), médecin et poète latin du 17® siècle, mort à Lyon sa patrie le 21 février 1684, pratiqua la médecine à Lyon avec réputation, et publia la Pharmacopée de Lyon, plusieurs ouvrages de sa composition et d’autres habiles écrivains.

SPON (Jacob), fils du précédent, et savant antiquaire, naquit à Lyon en 1647, et fut élevé dans la religion prétendue reformée. Il se fit recevoir docteur en médecine à Montpellier, alla en Italie avec M. Vaillant, antiquaire du roi, et voyagea ensuite en Dalmatie, dans la Grèce et dans le Levant. Il sortit de France un peu avant la révocation de l’édit de Nantes, pour aller s’établir à Zurich où son père avait eu droit de bourgeoisie ; mais il mourut en chemin, à Vevay, ville située sur le lac Léman, le 25 décembre 1685. On a de lui un grand nombre d’ouvrages. Les principaux sont 1o Voyages d’Italie, de Dalmatie, de Grèce et du Levant, faits en 1675 et 1676, par Jacob Spon et Georges Wheler, imprimés à Lyon en 1677, 3 vol. in-12, et réimprimés à la Haye en 1680 et en 1689, en 2 vol. in-12. Ce voyage est curieux, savant et utile pour la connaissance des antiquités ; 2o Réponse à la critique publiée par M. Guillet contre ses voyages, in-12 ; 3o Recherches curieuses d’antiquité, 1683, in-4o, estimées ; 4o Histoire de Genève, dont la plus ample édition est en 2 vol. in-4o, avec des notes savantes et estimées ; 5o Miscellanea eruditæ antiquitatis, in-fol., bon ouvrage pour la connaissance des inscriptions et des médailles ; 6o Recherches des antiquités de Lyon, in-8o. Bevenda Asiatica seu de caffe, Lipsiæ, 1705, in-4o, etc.

SPONDE (Henri de), naquit à Mauléon-de-Soule, bourg de Gascogne, le 6 janvier 1568. Il eut pour parrain Henri de Bourbon (depuis roi sous le nom de Henri IV), et fut élevé dans le calvinisme par son père qui était secrétaire de Jeanne, reine de Navarre. Il se rendit habile dans les langues grecque et latine et dans le droit canon et civil, et devint maître des requêtes. Dans la suite, le lecture des livres de controverse du cardinal du Perron et de Bellarmin lui ayant fait ouvrir les yeux, il abjura le calvinisme en 1595. Il accompagna à Rome le cardinal de Sourdis ; puis, ayant embrassé l’état ecclésiastique, il fut nommé évêque de Pamiers en 1626. Il fit de grands biens dans son diocèse, et mourut à Toulouse, le 18 mai 1643, à 75 ans. Son principal ouvrage est l’Abrégé des annales de Baronius, 2 vol. in-fol., et la continuation qu’il a faite de ces Annales, jusqu’à l’an 1640, 3 vol. in-fol. Pour rendre cet ouvrage plus parfait, il y ajouta les Annales sacrées de l’Ancien Testament, jusqu’à Jésus-Christ, in-fol. Cette addition n’est proprement qu’un abrégé des Annales de Torniel. On a encore de Sponde un livre De Cemæteriis sacris, 1638, in-4o, et des Ordonnances synodales. La meilleure édition des œuvres de Sponde est celle de La Noue, à Paris, 1639, en 6 vol. in-fol. Pierre Frizon, docteur de Sorbonne, a écrit sa Vie.

SPONDE (Jean de), frère du précédent, abjura aussi le calvinisme, et mourut le 18 mars 1595. C’est ce dernier qui a fait d’assez mauvais Commentaires sur Homère, 1606, in-fol, et une Réponse au Traité de Bèze sur les marques de l’Église, Bordeaux, 1595, in-8o.

SPOTSWOOD (Jean), célèbre archevêque de Saint-André en Écosse, naquit en 1565, d’une noble et ancienne famille, qui avait rang et séance parmi les pairs du royaume. Il fit ses études à Glascow, et suivit, en qualité de chapelain, Louis, duc de Lenox, dans son ambassade auprès de Henri IV, roi de France. Jacques Ier, roi d’Angleterre, eut une estime particulière pour Spotswood. Il le nomma archevêque de Glascow, et lui donna une place dans son conseil privé d’Écosse. Il fut ensuite aumônier de la reine, archevêque de Saint-André, et primat de toute l’Écosse. Il couronna Charles Ier en 1633, fut son lord chancelier, et mourut en Angleterre en 1639, à 74 ans. On a de lui une Histoire ecclésiastique d’Écosse, depuis l’an 203 de Jésus-Christ jusqu’en 1624, en anglais, Londres, 1655, in-fol.

SPRANGER (Barthélemi), célèbre peintre du 16e siècle, natif d’Anvers, se fit admirer à Rome, et fut en grande estime à la cour des empereurs Maximilien II et Rodolphe II. Il mourut dans un âge très-avancé, après l’an 1582. Il avait une légèreté de main singulière. Sa touche est hardie et gracieuse. Son défaut est de n’avoir pas toujours consulté la nature.

SPRAT (Thomas), évêque de Rochester, et célèbre écrivain et poète anglais, était fils d’un ministre de la province de Devon, et naquit en 1636. Il fut élevé à Oxford, devint l’un des premiers membres de la société Royale de Londres, chapelain du Georges de Buckingham, puis chapelain au roi Charles II, prébendaire de Westminster, et enfin évêque de Rochester en 1684. Il s’acquit une grande réputation par ses écrits tant en prose qu’en vers, et par sa capacité dans les affaires, et mourut d’apoplexie le 31 mai 1713. Tous ses ouvrages sont très-bien écrits en anglais. On estime surtout son Histoire de la société royale de Londres, dont on a une mauvaise traduction française, imprimée à Genève en 1669, in-8o. Il était ami intime du poète Gowley ; et il eut pour successeur François Atterbury, dont nous avons parlé à l’article Atterbury.

SQUARCIALUPUS. Voyez Simonius (Simon).

SQUIRE (Samuel), théologien anglais, fils d’un apothicaire, était né à Warminster en 1714. Après avoir possédé plusieurs bénéfices, il devint évêque de Saint-David, associé des Antiquaires, et mourut le 7 mai 1766, laissant deux enfans et une veuve. Ses ouvrages sont : Recherches sur la constitution d’Angleterre ; Défense de l’histoire des anciens Hébreux ; Essais sur la chronologie et la langue des anciens Grecs ; Plutarchus de Iside, grec et latin, Cantabrigiæ, 1744, in-8o ; l’Indifférence en fait de religion inexcusable, 1748, in-12 ; Principes de religion, 1763.

STAAL (Madame de), connue d’abord sous le nom de mademoiselle de Launai, était née à Paris d’un père qui était peintre, et qui, ayant été obligé de sortir du royaume, la laissa dans la misère, encore enfant. Le hasard la fit élever avec distinction au prieuré de Saint-Louis de Rouen ; mais la supérieure de ce monastère, à laquelle elle devait son éducation, étant morte, mademoiselle de Launai retomba dans une extrême indigence, et se voyant sans ressource, elle fut obligée d’entrer en qualité de femme de chambre chez madame la duchesse du Maine. Comme elle n’était nullement propre à remplir les devoirs qu’exige ce service, elle vécut dans l’obscurité et dans la tristesse jusqu’au temps où une aventure singulière, et à laquelle il ne semblait pas qu’elle dût prendre aucune part, l’en tira d’une manière très-glorieuse. Une jeune demoiselle de Paris d’une grande beauté, nommée Têtard, contrefit la possédée par le conseil de sa mère. Tout Paris, la cour même, accourut pour voir cette prétendue merveille, et comme on ne parlait d’autre chose, mademoiselle de Launai s’avisa alors d’écrire à cette occasion une lettre pleine d’esprit à M. de Fontenelle. Cette lettre fut admirée de tout le monde, et madame la duchesse du Maine en ayant su l’auteur, reconnut dans sa femme de chambre des talens qu’elle n’y avait pas même soupçonnés. Depuis ce moment, elle employa mademoiselle de Launai dans toutes les fêtes qui se donnaient à Sceaux. Celle-ci faisait des vers pour quelques-unes des pièces que l’on y jouait, dressait les plans de quelques autres, et était consultée dans toutes. Elle s’acquit bientôt l’estime et la confiance de la princesse, et l’amitié de MM. de Fontenelle, de Tourreil, de Valincourt, de Chaulieu, de Malezieu, et des autres personnes de mérite qui fréquentaient sa cour. Elle fut enveloppée, sous la régence de M. le duc d’Orléans, dans la disgrâce de madame la duchesse du Maine, et renfermée pendant près de deux ans à la Bastille, d’où étant sortie, cette princesse, par reconnaissance, lui fit épouser M. de Staal, lieutenant aux gardes suisses, et depuis capitaine et maréchal-de-camp. Elle avait refusé d’épouser le célèbre M. Dacier. Madame de Staal mourut en 1760. On a imprimé depuis sa mort les Mémoires de sa vie en 3 vol. in-12, composés par elle-même. La matière n’en est pas fort importante, mais ils sont très-bien écrits. Le style en est pur, clair et élégant. On y a ajouté depuis un quatrième vol. qui contient deux jolies comédies, dont l’une est intitulée L’Engouement, et l’autre La Mode. Elles ont été jouées à Sceaux.

STACE (Publius Papinius Statius), célèbre poète latin du 1er siècle, était natif de Naples, et fils de Stace, lequel étant né en Épire, alla à Rome enseigner la poésie et l’éloquence, et eut pour disciple Domitien. Stace, le poète, s’acquit les bonne grâces de ce prince, et lui dédia ses poèmes de la Thébaïde et de l’Achilléide. Il mourut à Naples, vers l’an 100 de Jésus-Christ. Outre sa Thébaïde, en 12 livres, et son Achilléide, en 2 livres, nous avons encore de lui ses Sylves, en 5 livres, dont le style est plus pur, plus agréable et plus naturel que celui de la Thébaïde et de l’Achilléide ; mais quoique ce poète ait été très-estimé de plusieurs savans, il n’approche en aucune sorte de Virgile ni des autres excellens poètes du siècle d’Auguste. Les éditions les plus recherchées sont la première de Rome, 1475, in-fol. ; celle de Barthius, 1664, 3 vol. in-4o ; celle cum notis variorum, Leyde, 1671, et celle ad usum Delphini, 1685, 2 vol. in-4o. Cette dernière édition est très-rare.

STACKHOUSE (Thomas), célèbre théologien anglais, s’est acquis beaucoup de réputation par ses écrits contre Tyndal, Collins et Woolston. Il est mort en 1752. Ses principaux ouvrages sont 1o le Sens littéral de l’Écriture, etc., qui a été traduit en français, 3 vol. in-12 ; 2o un Corps complet de théologie, dont on a aussi une traduction française ; 3o une Histoire générale de la Bible. Tous ces ouvrages sont très-estimés.

STADIUS (Jean), célèbre mathématicien du 16e siècle, né à Loenhout dans le Brabant en 1527, et mort à Paris en 1579, a composé des Éphémérides, Cologne, 1560, in-4o, et plusieurs ouvrages sur l’astrologie judiciaire, dans lesquels on voit qu’il était infatué de cette vaine science.

STAFFORT (Arundel, vicomte de), fut accusé par Oates d’avoir voulu attenter à la vie du roi. Deux témoins jurèrent qu’il avait voulu les engager à le tuer. Quelque absurde et peu vraisemblable que fut cette accusation, Staffort était catholique ; et, avec la déposition de deux témoins, les lois d’Angleterre, si célébrées en France, autorisaient à le condamner ; il le fut le 3 novembre 1680, et décapité à la Tour le 29 décembre suivant, à 68 ans, protestant de son innocence dont les spectateurs étaient persuadés. Voyez Oates.

STAHL (Georges-Ernest), né en Franconie en 1660, fut le premier professeur de médecine de l’université de Hall, lors de sa fondation en 1694. Il fut appelé à Berlin en 1716, et il fut médecin du roi jusqu’à sa mort, arrivée en 1734, à 75 ans. Stahl est un de ceux qui ont le plus contribué à perfectionner la chimie. Il a écrit sur presque toutes les parties de cette science ; et tous ses ouvrages, dont les uns sont en allemand, et les autres en latin, sont généralement estimés. Son principal ouvrage est Theoria medica vera. Hall, 1708, in-4o. Il a donné depuis Opusculum chimico-physico-medicum, 1715, in-4o ; des Observations chimiques, Berlin, 1731, in-8o.

STAMPART (François), peintre, né à Anvers en 1675, s’adonna au portrait y comme plus lucratif que les autres genres. Il fut peintre du cabinet des empereurs Charles VI et François Ier, et mourut à Vienne en 1750.

STANDONHC (Jean), pieux et célèbre docteur de la maison et société de Sorbonne, naquit à Malines en 1443, de parens pauvres. Après avoir étudié à Goude, il vint achever ses études à Paris, où il devint maître d’étude, ensuite régent dans le collège de Sainte-Barbe, puis principal du collège de Montaigu, dont il fut regardé comme le second fondateur ; il y introduisit des réglemens, et un genre de vie très-austère ; ce qui n’a pas empêché qu’ils n’aient été observés jusqu’ici en grande partie. Standonhc fut dans la suite recteur de l’université de Paris, et se rendit célèbre par ses prédications ; mais ayant parlé avec trop de liberté sur la répudiation de la reine Jeanne, femme du roi Louis XII, il fut exilé du royaume pour deux ans. Il se retira alors à Cambrai, où l’évêque, allant partir pour l’Espagne, le fit son vicaire spécial pour tout le diocèse. Standonhc revint à Paris, après le temps de son exil, par la protection de l’amiral. Il continua de faire fleurir la piété et l’étude dans le collège de Montaigu, et y mourut le 5 février 1604. Standonhc avait formé un projet digne de son amour pour le bien public et de son zèle pour la religion ; c’était d’instituer une société ou congrégation pour aller dans toutes les parties du monde instruire la jeunesse, et annoncer les vérités de la religion et la morale de l’Évangile. Il forma son plan sur celui que Jésus-Christ avait formé lui-même pour l’établissement de l’Église. Chaque maison de sa congrégation devait être composée d’un ministre, de douze maîtres, et de soixante-douze disciples. Les disciples ne faisaient que des vœux simples, mais les maîtres faisaient des vœux plus étendus, et le père, c’est-à-dire le général de cette congrégation, devait avoir une autorité absolue. Il fit approuver cette congrégation à Rome le 23 février 1501, et par Étienne Poncher le 13 janvier 1502. Il se livra ensuite tout entier au gouvernement de cette congrégation dont il fut le premier général, et le collège de Montaigu la première maison. Il établit une seconde maison de son institut à Malines, lieu de sa naissance, une troisième à Valenciennes, et une quatrième à Louvain. Il soumit ces quatre maisons à celle de Montaigu. Sa congrégation devint de plus en plus florissante tant qu’il vécut ; mais Noël Béda qui lui succéda, et Tempête qui succéda à Béda, étant des esprits turbulens, brouillons et factieux, la troublèrent de telle sorte, qu’en 1528 quelques-uns de ceux qui s’étaient soumis à sa congrégation prirent la résolution de quitter Montaigu, et de tenter de soutenir ailleurs un institut auquel ils s’étaient dévoues. Ils firent part de leur dessein à neuf ou dix jeunes théologiens de la faculté, dont la piété leur était connue, et ils les déterminèrent à y entrer ; mais pour ne pas s’écarter de l’institut de Standonch, et pour s’engager à en suivre la régie et le plan, ils firent un vœu dans l’église de Montmartre, et prirent le nom de la Société de Jésus. Telle fut, à ce que l’on croit, l’origine de l’établissement des jésuites, dont la société n’est au fond que l’exécution du plan et des projets de Standonhc, avec quelques légers changemens.

STANHOPE (Jacques, comte de), descendait d’une noble et ancienne famille du comté de Nottingham. Il naquit en 1678, et suivit en Espagne Alexandre Stanhope son père, qui fut envoyé extraordinaire en cette cour, au commencement du règne du roi Guillaume. Il voyagea ensuite en Italie, en France et en d’autres pays, ce qui lui donna occasion de s’instruire dans les lois, les coutumes et les langues de ces pays, et dans ce qui concerne les intérêts des princes. Quelque temps après il servit ou Flandre, puis il devint lieutenant-général, et commandant en chef des troupes anglaises en Espagne, où il gagna la bataille d’Almanara le 17 juillet 1710, et celle de Saragosse le 20 août suivant. Il s’était emparé auparavant du Port-Mahon et de l’île de Minorque ; mais il fut fait prisonnier par le duc de Vendôme à Brihuega. Stanhope ne se distingua pas moins dans le parlement d’Angleterre, et dans les négociations importantes dont il fut chargé à l’avènement du roi Georges à la couronne. Il devint premier secrétaire d’état, et eut diverses autres chargea. Il était nommé premier plénipotentiaire au congrès de Cambrai, lorsqu’il mourut à Londres le 16 février 1721, à 50 ans.

STANISLAS (Saint), évêque de Cracovie, naquit en 1030, de parens illustres par leur naissance et par leur piété. Ayant fait ses études à Gnesne et à Paris, il retourna en Pologne en 1059. Il fut élu évêque de Cracovie en 1071 ; mais ayant repris vivement Boleslas II, roi de Pologne, qui avait enlevé la femme d’un seigneur polonais, ce prince le tua, dans la chapelle de Saint-Michel, le 8 mai 1077.

STANISLAS LECZINSKI, naquit à Léopold le 20 octobre 1677. Il fut député en 1704 par l’assemblée de Varsovie vers Charles XII, qui venait de conquérir la Pologne. Il était alors palatin de Posnanie, général de la grande Pologne, et avait été ambassadeur à Constantinople. Il venait pour réconcilier le roi Auguste avec Charles XII ; mais le roi de Suède voulut qu’il acceptât la couronne de Pologne, et le fit couronner en 1705. Après la défaite de Charles XII à Pultawa, il défendit ses droits quelque temps, par déférence pour Charles XII son bienfaiteur. Enfin il se dépouilla lui-même de sa grandeur, et se retira en 1714 à Deux-Ponts, que Charles XII lui avait assigné. À la mort de ce prince en 1718, il fut obligé de quitter cet asile, et vint en France. En 1725, Louis XV épousa la fille de Stanislas. À la mort du roi Auguste en 1733, Stanislas fut de nouveau élu roi de Pologne y mais son parti n’ayant pas prévalu, il eut beaucoup de peine à se sauver de Dantzick où il s’était retiré. En 1736, il renonça au royaume de Pologne, mais il garda le titre de roi, et eut la jouissance des duchés de Lorraine et de Bar, qui furent cédés à la France après sa mort. Tranquille en Lorraine, il n’eut d’autre occupation qu’à se rendre le bienfaiteur de l’humanité. Il embellit Nancy et Lunéville, fonda des hôpitaux, des collèges, dota de pauvres filles. Le feu ayant pris à sa robe de chambre, il fut brûlé en quelques endroits ; ses plaies lui donnèrent une fièvre qui l’emporta le 23 février 1766. Jamais prince ne fut plus regretté. Il a laissé quelques ouvrages de philosophie, de politique et de morale, recueillis sous le titre d’Œuvres du philosophe bienfaisant, 1765, 4 vol. in-8o ou in-12.

STANLEY (Thomas), savant écrivain anglais au 17e siècle, était natif de Cumberlow en Hertfodshire. Il fit divers voyages, et se retira ensuite à Londres, où il continua d’étudier jusqu’à sa mort, arrivée le 12 avril 1678. On a de lui divers ouvrages en verset en prose. Les principaux sont 1o une belle édition d’Eschyle avec la traduction latine et des notes, 1663, in-fol. ; 2o l’Histoire de la philosophie, en anglais. Cette histoire a été traduite en partie en latin par Le Clerc, et tout entière par Godefroi Oléarius, Leipsick, 1712, 2 tomes en 1 vol. in-4o

STANYHURST (Richard), né à Dublin en 1552, étant devenu veuf, se fit prêtre, et devint chapelain de l’archiduc Albert. Il mourut en 1618. Il a donné De rebus in Hyberniâ gestis, Antuerpiæ, 1584, in-4° ; Vita sancti Patricii, 1587, in-8o, etc.

STAPHYLIUS, célèbre professeur de rhétorique à Auch sa patrie, au 4e siècle, était un génie rare, et d’une si grande érudition qu’Ausone le compare au célèbre Varron.

STAPLETON (Thomas), célèbre controversiste catholique anglais, descendait d’une noble et ancienne famille du comté de Sussex. Il naquit à Ilenfield en 1535, et fut chanoine de Chicester. Il sortit d’Angleterre, pour éviter la persécution que l’on faisait aux catholiques, et se retira en Flandre. Il y enseigna l’Écriture sainte à Douai, et fut ensuite professeur royal de théologie à Louvain, et chanoine de Saint-Pierre. Il s’acquit une grande réputation par son savoir et par sa probité, et mourut à Louvain le 12 octobre 1598, à 63 ans. Ses ouvrages ont été recueillis et imprimés à Paris, 1620, en 4 tom. in-fol. Ils sont fort estimés.

STATIO (Achille), savant portugais, au 16e siècle, naquit à Vidigueira en 1525, d’une famille illustre. Il voyagea en Espagne, en France, dans les Pays-Bas et en Italie. Il s’arrêta ensuite à Rome, où il fut bibliothécaire du cardinal Caraffe. Il se fit estimer des papes et des savans de son temps, et mourut à Rome le 16 octobre 1581, à 57 ans. On a de lui des Oraisons, des Lettres et des Remarques sur les endroits difficiles des anciens auteurs, 1604, in-8o.

STATIRA, fille de Darius Codoman, fut prise avec sa mère par Alexandre-le-Grand, après la bataille d’Issus, 332 avant J.-C. Ce prince, qui l’avait refusée lorsque Darius la lui offrit en mariage, l’épousa ensuite, lorsqu’elle fut devenue son esclave. Les noces se firent avec une magnificence extraordinaire. Elle fut tuée par ordre de Roxane, après la mort d’Alexandre, 324 avant J.-C. La femme de Darius s’appelait aussi Statira ; elle fut faite prisonnière, et mourut de chagrin dans une fausse couche.

STATIUS. Voyez Stace.

STAUPITIUS (Jean), fameux vicaire, général de l’ordre des augustins, dans le 16e siècle, était né en Misnie, d’une famille noble. Il fut le premier doyen de la faculté de théologie de l’université de Wittemberg, établie en 1502 par Frédéric, électeur de Saxe. Staupitz y appela d’Erfurt en 1508 le fameux Luther, pour y être professeur en théologie ; mais lorsque cet hérésiarque répandit ses erreurs, Staupitz se retira à Saltzbourg, où il fut abbé de Saint-Pierre, et où il mourut vers 1527. On a de lui un Traité de l’amour de Dieu ; un autre de la Foi chrétienne, traduit de l’allemand en latin, Cologne, 1524, in-8o ; un Traité de l’imitation de la mort de J.-C. Luther fait de grands éloges de ce dernier ouvrage aussi bien que de Staupitz, mais il le blâmait seulement de n’avoir pas (selon lui) assez de courage.

STAVELEY (Thomas), écuyer, est un savant chéri des Anglais ; car, lorsqu’il vit la cour favoriser les catholiques romains et l’héritier présomptif de la couronne retourner à la religion de ses ancêtres, il osa publier la Sangsue romaine en 1664, contre les prétendues exactions de la cour de Rome, Il s’occupa ensuite de l’étude de l’histoire jusqu’à sa mort, arrivée en 1683, à Belgrave, près Leicester, où il s’était retiré. Son Histoire des églises a paru en 1712.

STAZIO (Abbondio), bâtard de la maison de Stazio, qui jouit des prérogatives de la noblesse à Venise, était né dans le bailliage de Lugano. Il fut un ouvrier en stuc très-renommé, et mourut à Venise en 1757, à 72 ans.

STEELE (Richard), naquit à Dublin en Irlande, de parens anglais. Il fut élevé à Londres avec M. Addisson, dont il fut toujours l’ami intime, et embrassa ensuite le parti des armes. Il devint capitaine par la protection du lord Cutts, auquel il dédia son livre intitulé Le héros chrétien. Milord Marlborough eut pour lui beaucoup d’estime. M. Steele quitta le parti des armes pour le livrer à l’étude avec plus de liberté, et publia un grand nombre d’ouvrages en vers et en prose qui lui ont acquis une réputation immortelle. Il composa, avec M. Addisson, Le Spectateur, Londres, 1733, 8 vol. in-12, traduit en français, 9 vol. in-12 ou 3 in-4o ; puis Le gardien, Londres, 1734, 2 vol. in-12, et eut divers emplois honorables en Angleterre. Il mourut paralytique à Langunner, près de Caermathen, en 1729. C’est lui qui est auteur du Tatler, Londres, 1733, 4 vol. in-12 ; de la Bibliothèque des dames, et de plusieurs comédies, 1736, in-12.

STEEN (Jean), né à Leyde en 1656, prit du goût pour la peinture ; mais son père, qui était brasseur, n’osant pas se fier à son art, lui donna une brasserie dont il eut bientôt dissipé les fonds par la plus basse crapule. Il prit ensuite un cabaret dont il buvait plus de vin qu’il n’en vendait ; et quand il n’en avait plus il se mettait à peindre des tabagies. Son génie lui tint lieu d’instruction ; peu de peintres ont mieux caractérisé leurs compositions. Il peignit aussi des sujets d’histoire, qui ne manquent pas de noblesse. La fille de son maître Van-Goyen, qu’il avait épousée, lui laissa six enfans ; il épousa une veuve qui en avait deux, surcroit de misère dans laquelle il mourut en 1689.

STEENWICK (Henri), excellent peintre, surtout dans la perspective et dans l’architecture, naquit à Steenwick en Flandre vers 1550. Il avait une parfaite intelligence du clair-obscur, et il se plaisait à représenter des nuits et des lieux dont l’obscurité était interrompue par des feux. Ses effets de lumière sont admirables, et ses tableaux sont très-finis. Il mourut en 1603. Il eut un fils, nommé Nicolas, qui hérita de son goût et de ses talens, et deux célèbres élèves, savoir : Peter Neef père et fils. Sa veuve réussissait aussi a peindre des perspectives.

STEINBOCK (Magnus), né à Stockholm en 1664, se distingua dans les guerres de Charles XII ; mais quand son maître fut passé en Turquie, il devint l’unique espérance de son pays. Il réussit assez bien à apaiser les dissensions qui s’élèvent si facilement dans un pays dont le maître est absent. Il réussit même à repousser les Danois, qui, profitant de l’absence du roi, étaient entrés en Suède avec des troupes nombreuses et aguerries, et les défit à Gadenbusch en 1712, avec une armée de 13000 hommes ramassés à la hâte. C’était assez d’en imposer aux ennemis par cette défaite. Il voulut les attaquer à son tour, brûla Altena, força Tonningen, sous le canon de laquelle il perdit son armée, en 1713. À son retour en 1715, le roi de Suède le fit mettre en prison à Friderichstadt, où il mourut le 23 février 1717.

STEINGEL (Charles), bénédictin allemand du 17e siècle, a donné une histoire de son ordre en Allemagne, 1619 et 1638, 2 vol. in-fol. ; une Histoire de saint Joseph, Monaci, 1616, in-8o, recherchée à cause des singularités qu’elle renferme, et les jolies figures dont elle est ornée.

STELLA (Jacques), peintre célèbre du 17e siècle, naquit à Lyon en 1596. Après avoir étudié le dessin, il alla en Italie, où il fit des ouvrages de peinture, de gravure et de dessin très estimés. De retour en France, le cardinal de Richelieu le présenta au roi. Sa majesté lui donna une pension de 1000 livres, avec un logement dans les galeries du Louvre, et l’employa. Son goût le portait à représenter des jeux d’enfans et des pastorales. Il réussit également dans les grands sujets. Stella mourut en 1647, à 51 ans. Antoine Boussonet Stella, son neveu et son élève, était natif de Lyon, et imita beaucoup son oncle. Il mourut en 1682, dans un âge fort avancé. Jacques Stella avait aussi une nièce, qui a excellé dans la gravure, et dont les estampes sont comparables à celles des plus grands maîtres.

STELLA (Jules-César), poète latin du 16e siècle, natif de Rome, dont on a les deux premiers livres d’un poëme intitulé La Colombéide, ou les Expéditions de Christophe Colomb dans le Nouveau-Monde, Londres, 1585, in-4o. Ce poëme fut admiré de Muret et des autres savans ; quoique Stella n’eût que 20 ans lorsqu’il le composa, il ne le finit pas.

STELLART (Prosper), savant religieux de l’ordre des augustins, était Flamand, et mourut en 1626, à 39 ans, en allant à Rome pour les affaires de son ordre. On a de lui un Traité des tonsures et des couronnes, Douai, 1625, in-8o, et d’autres ouvrages.

STENON II, roi de Suède, succéda à Suenton son père en 1512. Ayant voulu établir une monarchie absolue dans la Suède, il souleva contre lui une grande partie de ses sujets qui appelèrent à leur secours Christiern II, roi de Danemarck. Après divers succès, Stenon fut blessé dans un combat, et mourut de sa blessure trois jours après en 1520. Après sa mort Christiern se rendit maître de la Suède.

STENON (Nicolas), naquit à Compenhague le 10 janvier 1638, d’un père luthérien, qui était orfèvre de Christiern IV, roi de Danemarck. Il devint médecin de Ferdinand II, grand-duc de Toscane, puis précepteur du fils de Cosme III. Ayant lu alors les livres catholiques, il abjura l’hérésie luthérienne en 1669. Il embrassa l’état ecclésiastique en 1677, et Innocent XI le sacra évêque de Titiopolis dans l’Isaurie, sous le patriarchat d’Antioche. Peu de temps après, Jean Frédéric, duc d’Hanovre, prince de Brunswick, ayant abjuré le luthéranisme, appela auprès de lui M. Stenon, auquel le pape donna le titre de vicaire apostolique dans tout le nord. Ce prince étant mort, son successeur, qui était luthérien, obligea l’évêque de Titiopolis de sortir de ses états. Il continua de faire des missions en Allemagne, et mourut à Schwerin, capitale du Meckelbourg, le 25 novembre 1686, à 48 ans. On a de lui un excellent Discours sur l’anatomie du cerveau, Leyde, 1683, in-12, et d’autres savans ouvrages. M. Winslow, son petit-neveu, et célèbre anatomiste, a soutenu avec gloire la réputation de ce savant homme.

STENTOR, capitaine grec, qui se trouva au fameux siège de Troie, et qui, selon Homère, avait une voix aussi forte que celles de cinquante hommes, d’où est venu le proverbe : Il a une voix de Stentor.

STÉPHANO, fameux peintre du 14e siècle, était de Florence. Il fut disciple du Giotto, et le surpassa, surtout dans la perspective. Il travailla à Florence, à Pise et à Assise, et mourut vers 1350, à 49 ans.

STÉPHANUS. Voyez Étienne.

STÉPHONiUS (Bernardin), jésuite italien, et bon poète latin, mort le 8 décembre 1620, à 94 ans, dont on estime surtout trois tragédies, savoir : Crispe, Symphorose, et Flavie, in-12 ; Orationes, in-16.

STEPNEY (Georges), poète anglais, homme d’état, naquit à Londres en 1663. D’abord il fut attaché aux torys et à l’intérêt de Jacques II ; mais après la révolution il suivit un autre parti. Le roi Guillaume le chargea de différentes commissions en qualité d’envoyé auprès de plusieurs princes d’Allemagne et dans les Pays-Bas. Il est mort à Chelsea en 1707 et est enterré à Westminster. On trouve ses poésies dans la collection des petits poètes, 2 vol. in-12. Parmi ses œuvres politiques on distingue Essai sur l’intérét présent d’Angleterre, 1701, etc. Les uns et les autres sont l’ouvrage d’un homme qui sequitur fortunam semper et odit damnatos.

STERN (Laurent), né à Clomwel, dans l’Irlande méridionale, le 24 novembre 1713, d’un officier, et arrière-petit-fils d’un archevêque, avait un oncle prébendier dans la cathédrale de Dublin. Ces circonstances lui procurèrent des relations parmi le clergé, et on le destina à l’état ecclésiastique. Quoiqu’il eût déployé des talens a l’université de Cambridge, où il étudiait ; quoique la gaité de son caractère, la vivacité de son génie, les saillies de son esprit, la tournure de ses idées annonçassent de quoi il était capable, il vécut assez long-temps ignoré à Sutton, dans la forêt de Gastres, avec le simple revenu de son vicariat. Un pamphlet qu’il fit contre un simoniaque, qui avait assuré les revenus de son bénéfice à sa femme et à son fils, en fit craindre d’autres au bénéficier ; et pour faire taire Stern, le bénéficier résigna son bénéfice à un ami de Stern ; ce qui lui valut une prébende à Yorck. Lorsqu’il voulut faire imprimer les deux premiers volumes de son Tristram Shandy, personne ne voulut s’en charger ; enfin un libraire d’Yorck lui en donna à peine ce que le papier et la transcription lui avait coûté : mais l’ouvrage fut enlevé avec une telle rapidité qu’on lui offrit mille guinées pour avoir la permission d’en faire une seconde édition. Stern, nourri pendant 40 ans de la lecture de Rabelais, de Swift, de Montagne, de Cervantes, en a fait une cacophonie et un galimatias dans son roman, qui le rendrait insoutenable à la lecture, sans les accessoires ; mais quelques épisodes, les caractères, les descriptions, le dramatique de ses narrations, les réflexions qui déparent souvent les autres ouvrages, font tout le mérite de celui-ci. C’est aussi en l’abrégeant, en substituant des choses étrangères à Stern que M. Prenais et son continuateur sont venus à bout d’en faire quatre volumes supportables pour les Français. Son, Voyage Sentimental, qui a été aussi traduit en français, n’a pas eu d’abord un grand succès ; mais, à force de répéter que Stern est Anglais, que c’est un homme à sentimens qui a une manière de voir et d’observer qui lui est particulière, qui a renouvelé de nos jours, dans ses Lettres à Elisa, l’amour platonique que plusieurs regardent comme une chimère, on s’est cru intéressé à trouver Stern admirable. On nous a donné la traduction de quelques-un de ses sermons ; si les sentimens les ont dictés, ils peuvent intéresser, malgré les digressions et les pensées ingénieuses déplacées ; mais tous les sentimens de Stern ne sont pas bons à développer. Obligé de se séparer de sa femme avec qui il ne pouvait vivre, ne devait-il pas craindre qu’on ne regardât pas comme platonique cet élan de cœur qu’il fait à Elisa Drapper, femme d’un employé dans l’Inde : « Si jamais vous devenez veuve……… je désire vous épouser. Ma femme ne peut vivre long-temps ; elle a déjà parcouru en vain toutes les provinces de la France, et je ne connais pas de femme que j’aimasse mieux que vous pour la remplacer. » Stern est mort en mars 1768, ne laissant d’autre succession à sa femme et à sa fille que ses ouvrages et sa réputation qui n’était pas petite en Angleterre ; car c’était un homme sans mœurs, qui n’observait pas même la décence convenable à son état, sans ordre, ne suivant que ses caprices, indépendant jusqu’au cynisme, qui est le grand titre parmi ses compatriotes, et que quelques-uns des nôtres ont la bonhomie d’admirer.

STERNHOLD (Thomas), poète anglais, prit ses degrés dans l’université d’Oxford. Comme Marot il fut valet de chambre des rois Henri VIII et Édouard VI. Comme lui il débuta par des poésies profanes et des chansons obscènes ; mais quand il eut embrassé le protestantisme, il changea de mœurs et traduisit les Psaumes qu’il mit en musique. Il est mort à Londres en 1549.

STÉSICHORE, très-célèbre poète lyrique grec, natif d’Himère, ville de Sicile, fut, dit-on, surnommé Stésichore, parce qu’il arrêta et fixa la manière de la danse aux înstrumens, ou du chœur sur le théâtre. Il mourut vers 556 avant J.-C Tous les anciens font des œuvres de ce poète les plus magnifiques éloges, mais il ne nous en reste que quelques fragmens avec Alcée.

STÉSICRATE est ce fameux sculpteur et architecte grec, qui offrit à Alexandre-le-Grand de tailler le mont Athos pour en former la statue de ce prince ; de laisser dans chaque main un espace pour y bâtir une ville, et de faire passer la mer entre ses jambes. Les uns disent qu’Alexandre rejeta ce projet ; mais d’autres assurent qu’il l’accepta, et que Stésicrate mourut, son ouvrage n’étant encore qu’ébauché. Ce dernier sentiment nous parait le moins vraisemblable.

STETTLER (Guillaume), élu du grand conseil de Berne en 1680, mort en cette ville en 1708, fut un excellent dessinateur et un habile peintre, surtout en miniature. Il a aussi excellé dans la gravure. On a de lui un excellent Traité de peinture en allemand, Berne, 1707, in-12.

STEUBER (Jean-Engelhard), savant professeur de théologie à Reintelen, et surintendant des églises du comté de Schaumbourg ; était né à Marpurg en 1693. Il a fait de savans traités sur les jubilés des Juifs et sur les premiers-nés, et un grand nombre de dissertations académiques, la plupart sur des textes difficiles de l’Écriture sainte. Il mourut en 1747.

STEUCUS EUGUBINUS (Augustinus), habile écrivain du 16e siècle, surnommé Eugubinus parce qu’il était natif d’Eugubio, dans le duché d’Urbin. Il était savant dans les langues orientales, se fit chanoine régulier de la congrégation du Sauveur, et devint garde de la bibliothèque apostolique, puis évêque de Chisamo dans l’île de Candie. Il mourut en 1550. On a de lui des Notes sur le Pentateuque, des Commentaires sur 47 psaumes, et d’autres ouvrages imprimés à Venise, 1591, en 3 vol. in-fol.

STEVART (Pierre), savant et laborieux professeur à Ingolstadt, ensuite chanoine de Saint-Lambert à Liège, dont il était natif, mourut en 1621, à 71 ans. Il a commenté la plupart des Épîtres de saint Paul, en 10 vol. in-4o, et fait l’Apologie des jésuites, 1593, in-4o.

STÉVIN (Simon), célèbre mathématicien, natif de Bruges, fut maître de mathématiques du prince Maurice de Nassau, et intendant des digues de Hollande. On dit qu’il fut l’inventeur des chariots à voiles, dont on s’est quelquefois servi en Hollande. Il s’appliqua surtout à la mécanique et à l’hydraulique, et fit plusieurs découvertes utiles. Il mourut en 1633. On a de lui un Traité de statique curieux et estimé, des Problèmes géométriques, des mémoires mathématiques, un traité De portuum investigandorum ratione, et un grand nombre d’autres ouvrages en flamand, qui ont été traduits en latin par Snellius, et imprimés en 2 vol. in-fol.

STEYAERT (Martin), célèbre docteur de Louvain, se rendit habile dans les langues et dans les sciences, et surtout dans la théologie. Il fut député à Rome par la faculté de Louvain en 1675, et y contribua beaucoup à faire censurer par le pape Innocent XI 65 propositions de morale relâchée. Il devint ensuite recteur de l’université de Louvain, président du collège de Baius, puis du grand collége, censeur des livres, chanoine et doyen de Saint-Pierre de Louvain, professeur royal en théologie, vicaire apostolique de Bois-le-Duc, commissaire apostolique et official de tout le diocèse de Louvain, et conservateur de l’université. Tous ces emplois ne l’empêchèrent pas de donner au public plusieurs écrits de morale et de controverse, dont les principaux sont 1o Theologia moralis reformata ; 2o des Position sur l’infaillibilité du pape, en latin, point estimées ; 3o Avis à M. l’archevêque de Cambrai, etc. 4o Aphorismes théologiques. C’est contre ces deux derniers ouvrages que M. Arnauld a fait les Steyardes, sous le titre de Difficultés proposées à M. Steyaert ; 5o un petit écrit contre Jansenius, réfuté par M. Nicole, dans son écrit qui a pour titre Disquisitio, etc. Il mourut le 17 avril 1701, à 54 ans.

STIFELS, Stifelius (Michel), ministre protestant et habile mathématicien, natif d’Eslingen, est auteur d’une Arithmétique, où l’algèbre est expliquée d’une manière claire et par une méthode facile. Il voulut aussi faire le prophète, et prédit que la fin du monde arriverait le 3 octobre 1533, à 10 heures du matin ; mais il vécut assez pour être témoin lui-même de la vanité de sa prédiction, car il ne mourut qu’en 1567, à Iène, à 80 ans.

STIGÉLIUS (Jean), poète latin du 16e siècle, natif de Gotha en Thuringe, dont on a plusieurs pièces de poésie, et dont on estime surtout les élégies, 1604, in-8o ; ses Églogues, 1546, in-8o. Il mourut le 21 février 1562, à 47 ans.

STIGLIANI (Thomas), poète italien et chevalier de Malte, natif de Matera dans la Basilicate, est auteur du Chansonnier, Venise, 1601 et 1605 ; d’un poëme du Nouveau-Monde, Rome, 1628 ; de Polyphème, pastorale, et de divers autres ouvrages en vers. Il mourut sous le pontificat d’Urbain VIII.

STILICON, Vandale, et général de l’empereur Théodose-le-Grand, épousa Serène, nièce de ce prince, fille de son frère. Quelque temps après, Théodose le fit tuteur de son fils Honorius. Comme Stilicon avait beaucoup de courage et d’expérience, tout prospéra entre ses mains, jusqu’à ce que l’ambition le perdit. Il défit les Goths dans la Ligurie, vers 402, et Alaric, qui depuis 30 ans avait ravagé la Thrace, la Grèce et les provinces de l’Illyrie, fut contraint de fuir ; mais Stilicon, pouvant empêcher Alaric de se sauver en le tenant assiégé de toutes parts, fit une secrète alliance avec lui et le laissa échapper, jugeant la guerre nécessaire pour conserver son crédit et son autorité. Quelque temps après il défit Radagaise, autre chef des barbares, et entretint des intrigues secrètes afin d’élever son fils Euchérius à l’empire ; Rufin pouvait encore déconcerter ses projets ; il le fit massacrer par ordre d’Honorius en 408. Son fils Euchérius et Serène sa femme, qui étaient complices de ses intrigues, furent étranglés en même temps. Son nom fut rayé et ses statues abattues.

STILLINGFLEET (Édouard), naquit à Cranburn dans le comté de Dorset en 1635. Ses ouvrages l’ayant fait connaître, l’évêque de Londres lui donna la cure de Saint-André en 1665. Peu de temps après, il devint chapelain ordinaire du roi Charles II, puis chanoine de la cathédrale de Saint Paul, ensuite doyen de Cantorbéry, et peu après archidiacre, puis doyen de la cathédrale de Londres, et enfin évêque de Worcester en 1689. Stillingfleet remplit toutes ces places avec applaudissement, dans des temps très diffiles. Il fut pendant plusieurs années orateur de la chambre-basse ecclésiastique, et chargé par le roi Guillaume III de revoir la Liturgie anglicane. Il mourut le 27 mars 1699. On a de lui un très-grand nombre d’ouvrages imprimés en 6 vol. in-fol. On estime surtout ses Origines sacræ, ses Origines britannicæ, son Discours contre la réponse de Crellius à Grotius, ses autres Écrits contre les sociniens et contre Locke, et ses Sermons. On a une traduction française du traité intitulé : Si un protestant laissant la religion protestante pour embrasser celle de Rome, peut se sauver dans la communion romaine ?

STILLINGFLEET (Édouard), fils du premier lit de l’évêque de Worcester, était de la société du collège de Saint-Jean de Cambridge, et professeur de médecine à Gresham, lorsque, s’étant marié en 1692, il perdit la faveur de son père et ses places lucratives ; ce qui le réduisit à l’indigence. Il devint cependant recteur de Newington, qu’il changea aussitôt avec la cure de Wood-Norton en Norfolck. Il est mort en 1708, laissant Benjamin, qui s’appliqua à l’histoire naturelle et à la poésie. Il voyagea en Italie et ailleurs, fit sa résidence à Londres, et mourut le 15 décembre 1771, âgé de 69 ans ; il est enterré à Saint-Jacques, avec une épitaphe. On a de lui Observations botaniques, dont la troisième édition est de 1775 ; Pensées sur les tremblemens de terre, 1750 ; le Paradis perdu, Oratorio, 1760, in-4o, mis en musique par Stanley ; l’Honneur et le déshonneur de l’agriculture, traduit de l’espagnol, 1760, in-8o ; Principes et pouvoir de l’harmonie, 1771, in-4o, etc.

STILPON, célèbre philosophe grec, natif de Mégare, était si éloquent, et s’insinuait si facilement dans l’esprit de ses auditeurs, que tous les jeunes philosophes quittaient leurs maîtres pour le venir entendre. On dit que reprochant un jour à la courtisane Glycère qu’elle corrompait la jeunesse : « Qu’importe, lui répondit-elle, par qui votre jeunesse se dérange, par une courtisane ou par un sophiste. » et que cette réponse fut cause que Stilpon réforma l’école de Mégare, et en bannit les sophismes, les subtilités inutiles, les propositions générales, les argumens captieux, et tout cet étalage de mots vides de sens, qui a si long-temps gâté les écoles. Démétrius Polyorcète, roi de Macédoine, ayant pris Mégare, fit défense de toucher à la maison de notre philosophe ; mais elle fut pillée malgré ses ordres. Ce prince, qui n’en était pas informé, lui demanda si dans la prise de Mégare il n’avait rien perdu du sien : « Non, lui répondit Stilpon, car la guerre ne saurait piller la vertu, le savoir ni l’éloquence. » Il donna en même temps des instructions par écrits à ce prince pour lui inspirer l’humanité et la noble envie de faire du bien aux hommes. Démétrius en fut si touché qu’il suivit depuis ses conseils. On dit que Stilpon avait des sentimens fort équivoques sur la Divinité. Il fut néanmoins regardé comme un des chefs des stoïques : plusieurs républiques de la Grèce eurent recours à ses lumières, et se soumirent à ses décisions. Cicéron remarque, De Fato, cap. 5, que ce philosophe était naturellement porté à l’ivrognerie et à la débauche, qu’il s’en corrigea tellement par la raison et par la philosophie, que personne ne le vit jamais ivre, et qu’il ne parut jamais en lui le moindre vestige d’intempérance. Stilpon vivait vers l’an 306 avant Jésus-Christ.

STIMMER (Tobie), peintre et graveur du 16e siècle, natif de Schaffhouse, dont on estime les tableaux et les estampes. Rubens faisait grand cas d’une suite d’estampes en bois, où Stimmer a gravé les figures de la Bible. Stimmer eut deux frères, dont l’un s’appliqua uniquement à la peinture, et l’autre à la gravure.

STOBÉE (Jean), Stobæus, laborieux écrivain grec de la fin du 4e siècle et du commencement du 5e, avait composé un grand nombre d’écrits, dont il ne nous reste que ses Recueils, que nous n’avons pas même tels qu’il les a composés, des auteurs plus récens y ayant ajouté plusieurs choses. Le Recueil de Stobée, Lyon, 1608, in-fol. ; Genève, 1609, in-fol., contient plusieurs sentences importantes de morale, des poètes et des philosophes anciens.

STOCK (Simon), fameux général de l’ordre des carmes, était Anglais, et mourut à Bordeaux en 1265, après avoir composé quelques ouvrages de piété. On dit que dans une vision la Sainte-Vierge lui donna le scapulaire, comme une marque de sa protection spéciale envers tous ceux qui le porteraient. L’office et la fête du scapulaire ont été approuvés depuis ce temps-là par le saint Siège. Cependant M. de Launoy a fait un volume pour montrer que la vision de Simon Stock est une fable, et que la bulle appelée Sabbatine, qui approuve le scapulaire, est supposée.

STOCK (Christian), célèbre littérateur et humaniste allemand, né à Camburg en 1672, fut fait professeur à Iène en 1717, et mourut en 1733. On a de lui un grand nombre d’ouvrages tous fort estimés. Les principaux sont 1o Interpres græcus ; 2o Disputationes de pænis Hebræorum capitalibus ; 3o Institutiones homileticæ ; 4o Litterator græcus ; 5o Historia passionis Christi ; 6o Lexicon homileticum reale ; 7o Clavis linguæ sanctæ Veteris Testamenti : c’est un excellent dictionnaire hébreu ; 8o Clavis linguæ sanctæ Novi Testamenti : c’est un bon dictionnaire grec. Stock était très-habile dans les langues savantes.

STOERCKLIN (Jean-Henri), de Cari, au canton de Zoug, habile graveur, s’établit à Augsbourg, où il mourut en 1736, à 52 ans. Son fils Jean Rodolphe, encore plus habile, mourut en 1752, à 33 ans, laissant deux fils, Joseph et N…, qui se distinguèrent aussi dans la gravure.

STOFLER (Jean), naquit à Justingen dans la Souabe en 1452. Il enseigna les mathématiques à Tubinge, et s’acquit une grande réputation par ses leçons ; mais il ternit sa gloire par la démangeaison de prédire l’avenir. Il annonça un grand déluge pour l’année 1524, et fit trembler toute l’Allemagne par cette prédiction. Il vécut assez long-temps pour en reconnaître lui-même la vanité : quelques-uns ont dit qu’il avait aussi annoncé la fin du monde pour l’année 1686 ; mais il était sûr de ne se voir pas démenti par l’événement. Il mourut le 16 février 1531. On a de lui plusieurs ouvrages de mathématiques et d’astrologie.

STOLBERG (Balthasar), savant luthérien natif de Misnie, et professeur de langue grecque à Wittemberg, est auteur de plusieurs dissertations fort estimées sur divers passages difficiles de l’Écriture sainte, il a fait aussi d’autres ouvrages. II mourut en 1684.

STONE (Jean), peintre anglais, mort à Londres le 24 août 1653, réussissait à copier, et a fait passer chez les Anglais les copies des meilleurs tableaux, avant que le goût de la nation lui eût fait faire l’acquisition d’originaux.

STORCK (Ambroise), de l’ordre de Saint-Dominique, appelé en latin Pelargus, combattit avec zèle les hérétiques, par ses sermons et par ses écrits. Il assista au concile de Trente, en qualité de théologien de l’archevêque de Trêves, en 1546 et en 1552, et mourut à Trêves en 1557. On a de lui un Traité du sacrifice de la messe, contre Œcolampade; un Recueil de ses lettres à Érasme, avec celles que ce savant lui avait écrites, et d’autres ouvrages, Fribourg, 1534, in-fol.

STOSCH (Guillaume), fameux écrivain, né à Berlin en 1646, est auteur d’un livre intitulé Concordia rationis et fidei, imprimé à Guben sous le nom d’Amsterdam en 1692. Ce livre, rempli de socinianisme et même d’athéisme, fut examiné et censuré par de savans théologiens et jurisconsultes qui obligèrent Stosch à se rétracter. Il le fit, mais il ne changea pas de sentiment, comme un exemplaire de son livre le prouve. Il mourut à Berlin en 1707.

STOSCH (Philippe), fit des explications latines aux pierres gravées que Bernard Picard avait mises au jour. Limiers les traduisit en français, et le tout a été imprimé à Amsterdam, 1724, in-fol.

STOUFFACHER (Wernier), Suisse du canton de Schwitz, s’est rendu célèbre parmi ceux de sa nation, par la résolution qu’il prit, et qu’il exécuta, de mettre en liberté sa patrie opprimée par les vexations de Grisler qui en était gouverneur pour l’empereur Albert Ier. Ce gouverneur, après avoir usurpé sur Stouffacher une belle maison, le menaça, s’il osait se plaindre de cette injustice : celui-ci, indigné, communiqua son dessein à Gautier Furst, du canton d’Ury, et à Arnould de Melchtal, de celui d’Underwald. Après s’être associé quelques-uns de leurs amis, entre autres le fameux Guillaume Tell, qui tua Grisler, ils s’emparèrent des citadelles qu’Albert avait fait construire pour les contenir, secouèrent le joug, et firent une ligue qui fut l’origine de la liberté de la république des cantons suisses. Ceci se passa en 1306. La mort de l’empereur Albert, tué l’année suivante par Jean, duc de Souabe, son neveu, fut très-favorable à cette révolution.

STOUP. Voyer Stuppa.

STOW (Jean), natif de Londres, où il mourut le 5 avril 1605, est auteur d’une Chronique d’Angleterre, in-fol. qui est fort estimée, et d’une Description de Londres, in-4o, en anglais.

STRABON, très-célèbre géographe, philosophe et historien grec, natif d’Amasie, et originaire de Gnosse, ville de Crète, fut disciple de Xénarchus, philosophe péripatéticien, et s’attacha ensuite à la secte des stoïciens. Il était lié d’une étroite amitié avec Cornélius Gallus, gouverneur d’Égypte, et voyagea en divers pays pour y observer la situation des lieux et les coutumes des peuples. Il florissait sous Auguste, et mourut sous Tibère, vers l’an 25 de Jésus-Christ, dans un âge fort avancé. Il avait composé plusieurs ouvrages dont il ne nous reste que sa Géographie, en 17 livres. Il y fait paraître tant d’érudition, de jugement et d’exactitude, que son ouvrage passe avec raison pour le plus excellent livre qui nous reste des anciens sur la géographie. Les meilleures éditions de Strabon sont celles de Paris, en grec et eu latin, 1620, in-fol., et d’Amsterdam, 1707, 2 vol. in-fol. La première édition latine est de 1472, in-fol. Il y en a une d’Amsterdam, 1652, 2 vol. in-12.

STRABON. Voyez Walafride.

STRADA (Famien), célèbre jésuite du 17e siècle, natif de Rome, est auteur de l’Histoire des guerres des Pays-Bas. Cette histoire est écrite en beau latin, mais elle est trop partiale en faveur des Espagnols ; elle est divisée en deux décades, dont la première parut à Rome en 1640, la seconde en 1647, in-fol. ; c’est la meilleure édition : il y en a une traduction française, Bruxelles, 4 vol. in-12. Strada mourut en 1649. On a de lui d’autres ouvrages. Jacques Strada, natif de Mantoue, s’acquit de la réputation dans le 16e siècle par son habileté à dessiner les médailles anciennes. Octave Strada son fils publia les Vies des empereurs, avec leurs médaillons, en 1615, in-fol.

STRADAN (Jean), peintre flamand, né à Bruges en 1530, alla se perfectionner en Italie, et excella surtout dans les tableaux d’histoire, d’animaux et de chasses : il a peint à l’huile et à fresque. Il mourut à Florence en 1604.

STRAFFORT (Thomas Wentvorth, comte de), parut à Charles Ier un sujet qui lui pourrait être utile ; il l’avait vu dans le parlement combattre l’autorité royale d’une manière si efficace, qu’il espérait s’en faire un rempart contre l’autorité des parlements. Le roi, dans cette vue, le créa comte de Straffort, et ne se trompa pas ; il devint vice-roi d’Irlande, et se mit à dos toute la nation. Les murmures dégénérèrent en séditions. Le comte de Straffort n’y trouva d’autre remède que de conseiller à Charles de le sacrifier au ressentiment de la nation, qui le fit périr sur un échafaud le 12 mai 1641. Charles s’en repentit dans la suite, et regarda sa mort cruelle comme une punition de la mort du comte de Straffort, à laquelle il avait consenti injustement. Sa mémoire fut rétablie sous Guillaume III.

STRAIGHT (Jean), recteur de Findon en Sussex, est auteur de différentes poésies qui se trouvent dans la collection de Dodsley. Il était marié, et a laissé une veuve avec six enfans, en 1732. On a imprimé à leur profit deux volumes de ses discours sur différens sujets.

STRAPAROLE (Jean François), auteur italien du 16e siècle, a donné un recueil de contes sous le titre de Piacevoli Notti, Venise, 1557, ou 1558, ou 1560, ou 1563, in-8o, et 1599, in-4o. Il y en a une traduction française, Paris, 1596, in-16, réimprimée en 1726, 2 vol. in-12.

STRATON, philosophe péripatéticien, auquel Sénèque reproche d’avoir fait un Dieu sans âme, était de Lampsaque, et fils d’Arcésilaüs. Il fut disciple de Théophraste, à l’école duquel il succéda, 248 avant J.-C. On le surnomma le Physicien, à cause de son application à la recherche des secrets de la nature. Il fut choisi pour être précepteur de Ptolomée Philadelphe, qui le combla de bienfaits. Il avait fait des Traités de la royauté, de la justice, du bien, et plusieurs autres ouvrages qui ne sont point parvenus jusqu’à nous. C’est une grande question de savoir s’il était véritablement athée. Jacques Brucker le justifie dans une savante Dissertation insérée dans le 13e tome des Amænitates litterariæ de Schelhorn.

STREATER (Robert), peintre anglais, qui excellait dans l’histoire, l’architecture et la perspective, et qui est mort en 1680. Ses principaux ouvrages sont au théâtre d’Oxford et à Witehall.

STREBÉE, Strebæus (Jacques-Louis), excellent traducteur du 16e siècle, natif de Reims, se rendit habile dans le grec et dans le latin, et mourut vers 1550. Sa Version des Morales, des Économiques et des Politiques d’Aristote, 1556, in-8o, est très-fidèle et en beau latin.

STREECK (Juriam Van-), peintre, né en 1652, avait le talent de peindre les choses inanimées. Presque tous ses ouvrages sont marqués des emblèmes de la mort. Quoique tristes, ses tableaux sont d’une si grande vérité qu’ils sont recherchés.

STREIN, Strinius (Richard), baron de Schwarzenaw, et savant écrivain protestant, était d’Autriche, et conseiller de l’empereur, surintendant des finances et son bibliothécaire. Il s’acquit l’estime des savans de son temps, et mourut en 1601. On a de lui 1o un traité De gentibus et familiis Romanorum, Paris, 1559, in-fol., où il a beaucoup éclairci les antiquités romaines ; 1o des Discours pour défendre la liberté des Pays-Bas : il n’y a pas mis son nom, de peur de déplaire à la maison d’Autriche, dont il était sujet ; 3o quelques Traités de théologie ; 4o Commonitorium de Roberti Bellarmini scriptis atque libris.

STREITAGEN, Stræithagius (André de), poète, musicien, algébriste, et littérateur au commencement du 17e siècle, était de Mertzenhauss, près de Juliers. Il eut la direction de l’école et de l’orgue du collège des chanoines d’Heinsberg. On a de lui des Poésies et d’autres ouvrages. Pierre de Streitagen son fils, savant théologien de la religion prétendue réformée, naquit en 1595. Il fut pasteur à Heidelberg, prédicateurr aulique, et conseiller de l’électeur palatin Charles-Louis. Il mourut en 1654. Il est auteur de divers ouvrages dont les plus connus sont 1o Florus christianus, sive historiarum de rebus christianæ religionis libri iv, in-8o ; 2o Novus homo, sive de regeneratione tractatus, etc.

STRIGELIUS (Victorinus), né à Kaufbéir dans la Souabe le 25 décembre 1524, étudia à Wittemberg sous Luther et sous Mélanchthon, et fit ensuite des leçons particulières. Il se trouva à la conférence d’Eisenach en 1556, sur la nécessité des bonnes œuvres. L’année suivante, il fut attaqué par Illyricus, et disputa avec lui de vive voix à Weimar. Depuis ce temps-là il ne cessa d’être persécuté par des théologiens protestans. Ils le firent mettre en prison en 1559, d’où étant sorti trois ans après, il alla à Leipsick, où il enseigna la théologie, la logique et la morale ; mais dans la suite on lui défendit de continuer ses leçons, ce qui l’obligea de se retirer dans le Palatinat. On l’y fit professeur de morale à Heidelberg, où il mourut le 26 juin 1569, à 45 ans ; il avait été marié deux fois. On a de lui des Notes sur l’Ancien et le Nouveau Testament, et d’autres ouvrages.

STROZZI (Tite et Hercule), deux poètes latins, père et fils, natifs de Ferrare, et tribuns de cette ville, l’un après l’autre, ont laissé des Élégies, et d’autres poésie latines, d’un style pur, tendre et agréable. Tite mourut vers 1502, à 80 ans. Hercule son fils fut tué par un rival en 1508. Les meilleures éditions de ces deux poètes sont celles d’Alde Manuce, 1513, in-8o, et de Simon de Colines.

STROZZI (Philippe), issu d’une ancienne et riche maison de Florence, fut l’un de ceux qui, après la mort du pape Clément VII, entreprirent de chasser de Florence Alexandre de Médicis, et d’y rétablir la liberté. Ayant vu que leurs sollicitations à la cour de Charles V n’avaient aucun effet, ils eurent recours au plus détestable et au plus criminel de tous les moyens, qui fut d’assassiner le prétendu usurpateur, Alexandre de Médicis. Après sa mort, Côme, son successeur, gagna sur les conjurés la bataille de Maronne, chassa les mécontens, et fit mettre en prison Philippe Strozzi. Celui-ci, prêt à subir la question une seconde fois, saisit l’épée d’un soldat et se tua lui-même en 1538. Il avait écrit sur le manteau de la cheminée de la chambre où il était renfermé ce vers de Virgile :

Exoriare aliquis nostris ex ossibus ultor.
C’était un citoyen sans faste qui voulait bien des égaux, mais point de maîtres. De son épouse, Clarice de Médicis, nièce du pape Léon X, il eut Laurent Strozzi, cardinal et archevêque d’Aix, mort à Avignon le 4 décembre 1571 ; Robert, mari de Madeleine de Médicis ; Léon, chevalier de Malte et prieur de Capoue, renommé pour ses exploits de mer, et tué au siège du château de Piombino en 1554 ; et Pierre, maréchal de France en 1554, mort le 20 juin 1558, d’une blessure qu’il avait reçue au siége de Thionville. Philippe Strozzi, fils de ce dernier, se distingua au service de la France, en plusieurs sièges et combats. Il fut fait colonel-général de l’infanterie française, et lieutenant-général de l’armée navale destinée pour les îles Açores ; mais ayant été défait près de l’île de Saint-Michel dans un combat naval, le 28 juillet 1583, il tomba entre les mains du marquis de Sainte-Croix, général de l’armée d’Espagne, qui le tua de sang-froid, contre les lois de la guerre et de l’honneur, et le fit jeter dans la mer.

STROZZI (Quiric, Cirico ou Kiriac, Cyriacus), né à Florence le 22 avril 1504, d’une famille noble, professa le grec et la philosophie avec beaucoup de réputation à Florence, à Bologne et à Pise, où il mourut en 1565, à 63 ans. On a de lui un 9e et un 10e livre en grec et en latin, ajoutés aux huit livres qu’Aristote a composés de la Répuhlique, qui méritent d’être lus des savans. Il était frère de Laurence Strozzi, célèbre et savante religieuse de l’ordre de saint Dominique, qui se rendit habile dans les langues grecque et latine, et dont en a des Hymnes et des Odes latines sur toutes les fêtes célébrées dans l’église, Paris, 1601, in-8o. Elle mourut le 10 septembre 1591, à 77 ans.

STROZZI (Thomas), célèbre jésuite italien, né à Naples en 1631, s’est distingué par ses Poésies, par son éloquence et par ses ouvrages théologiques. Il a composé un Poëme latin sur la manière de faire le chocolat ; un excellent Discours sur la liberté dont les républiques sont si jalouses ; dix Discours italiens, pour prouver que Jésus-Christ est le Messie, contre les juifs et un grand nombre de Panégyriques, qui lui ont mérité la réputation d’un des plus grands orateurs de l’Italie. On a encore de lui d’autres ouvrages.

STROZZI (Jules et Nicolas), excellens poètes italiens, qu’il ne faut pas confondre avec les précédens. Jules mourut au plus tard sous Urbain VIII, avant 1637. On a de lui Venetia ædificata, 1624, in-fol., ou 1626, in-12, ou de l’origine de la ville de Venise, qui est un très-beau poëme italien ; Barbarigo, o vero l’amico sollevato, poema eroico, Venetia, 1625, in-4o. Nicolas naquit à Florence le 3 novembre 1590, et mourut le 17 janvier 1654. On a de lui des Sylves, des Idylles, des Sonnets, deux Tragédies, et d’autres poésies italiennes très-recherchées.

STRUTT (Joseph), Anglais, mort en 1787, a donné les Antiquités royales et ecclésiastiques d’Angleterre, et un Dictionnaire des graveur. On lui doit aussi un ouvrage précieux sur les antiquités d’Angleterre, intitulé Tableau complet des mœurs, armes, usages, habillemens des anciens habitans de l’Angleterre, dont M. Boulard, déjà connu par différentes traductions de l’anglais, en va publier une qui contribuera à nous faire connaître cette intéressante nation.

STRUVE (Georges Adam), né à Magdebourg le 27 septembre 1619, se rendit très-habile dans le droit, le professa à Iène avec réputation, fut conseiller aulique et de la chambre à Weimar, et eut plusieurs autres charges importantes. Il mourut le 15 décembre 1692, à 73 ans. On a de lui Syntagma juris civilis, et plusieurs autres ouvrages estimés. Gotheff Burchard ou Gotthlieb son fils a écrit sa vie. Ce dernier fut professeur en droit, et mourut à Iène le 25 mai 1738. On a aussi de lui plusieurs ouvrages, dont les principaux sont 1o Antiquitatum romanarum syntagma, Ienæ, 1701, in.4o ; 2o Syntagma juris publici, 1711, in-4o. Ces deux ouvrages sont curieux et fort estimés ; 3o Syntagma historiæ germanicæ, 1730, 2 vol. in-fol. ; 4o Historia Misnensis, 1720, in-8o ; 5o une Histoire complète de l’Allemagne, en allemand, etc.

STRUYS (Jean), fameux voyageur hollandais, dont on a donné la relation de ses trois voyages ; l’un par Madagascar jusqu’au Japon, le second par l’Italie dans l’Archipel, et le troisième par la Moscovie en Perse. Il commença son premier voyage le 26 décembre 1647, et finit le troisième le 7 octobre 1673. Glanius, qui les a mis en ordre, les a fait paraître à Amsterdam, 1681, in-4o, réimprimés à Rouen, 1730, 3 vol. in-12. Ils sont fort curieux.

STRYKIUS ou STRYCKIUS (Samuel), naquit à Lenzen, petit lieu du marquisat de Brandebourg, le 25 novembre 1640. Il fut fait professeur de jurisprudence à Francfort-sur-l’Oder, puis président de la cour de justice, et conseiller de l’électeur de Brandebourg Frédéric-Guillaume. Jean-Georges III, électeur de Saxe, le fit assesseur du tribunal souverain des appellations à Dresde en 1690. Il devint ensuite conseiller aulique et professeur en droit dans l’université de Hall. Il s’acquit dans tous ses emplois une grande réputation, et mourut le 1er août 1710. On a de lui divers ouvrages.

STRYPE (Jean), né à Londres, de parens allemands, vicaire de Low-Leyton en 1670, est mort le 13 décembre 1737. Il est auteur de la Vie de plusieurs Anglais célèbres dont il a publié les ouvrages, des Annales de la réformation, 4 vol. 8o ; de la Description de Londres, 1720, 2 vol. in-fol. Il a laissé en manuscrit le Journal de sa vie, dans lequel il y a bien des faits curieux pour la littérature, et six volumes de Lettres reçues de différens savans, ou qu’il leur avait écrites.

STUART (Jean), comte de Boucan, petit-fils de Robert II, roi d’Écosse, amena 6000 bons soldats à Charles VII, qui n’était encore que dauphin. Il défit les Anglais à Baugé en 1421, fut défait à Crévant en 1423, et enfin tué devant Verneuil en 1424. Il n’y avait guère plus de trois mois qu’il avait reçu l’épée de connétable, le 24 août même année. Il ne laissa que des filles.

STUART (Robert), comte de Beaumont-le Roger, seigneur d’Aubigny, et maréchal de France, plus connu sous le nom de maréchal d’Aubigny, était second fils de Jean Stuart III, comte de Lenox, de la maison royale d’Écosse. Il rendit de grands services à la France dans les guerres d’Italie, et mourut sans postérité en 1543 ; mais son frère aîné continua la postérité, dont vint Jacques Ier, roi d’Angleterre. Voyez Marie.

STUART (Gauthier), comte d’Athol, fils de Robert II, roi d’Écosse ; fut convaincu, en 1436, d’avoir conspiré contre Jacques Ier. Il fut mis à mort, après avoir subi pendant trois jours les plus rigoureux supplices. Ils furent terminés par jeter ses entrailles dans le feu lui vivant encore, et avoir la tête tranchée.

STUART (Gilbert), né à Édimbourg en 1744, quitta l’étude de la jurisprudence pour les belles-lettres. Ses excès à boire de la bière lui donnèrent une jaunisse et une hydropisie, dont il mourut le 13 août 1786, à Musselburg, village près d’Édimbourg. On a de lui, en anglais, Vue de la société en Europe, ou Recherches sur les lois, le gouvernement et les mœurs ; une Dissertation sur l’ancienneté de la constitution anglaise, dont M. Boulard a publié une traduction, ainsi que du précédent ouvrage ; Histoire de la religion réformée en Écosse ; Histoire de Marie Stuart, qu’il a vengée des inculpations criminelles dont on l’a noircie.

STUBBE (Henri), né à Spilsbye en Lincolnshire le 28 février 1631, exerça la médecine à la Jamaïque et en Angleterre, où il eut le titre de médecin du roi. Il se noya en passant une rivière à Bath, le 12 juillet 1679. On voit son épitaphe dans la grande église de Bath. Stubbe était aussi savant en histoire et en mathématiques, et a écrit dans plusieurs contestations qu’il a eues sur ces sciences, entre autres contre l’Histoire de la Société royale en 1670 : il était quaker.

STUBBS (Georges), recteur de Gunville en Dorsetshire, a publié les Nouvelles aventures de Télémaque, 1724, in-8o ; Dialogue sur la beauté, 1736 ; la Statue athénienne, poëme allégorique ; la traduction en anglais des Lettres de Sévigné, 2 vol. Il a été marié deux fois.

STUCKIUS (Jean-Guillaume), célèbre écrivain de la fin du 16e siècle, natif de Zurich, s’est acquis une grande réputation par ses ouvrages, et surtout par son Traité des festins des anciens, qui est très-curieux, et qui se trouve avec les ouvrages sur l’antiquité, Leyde, 1695, 2 vol. in-fol. Il mourut en 1607. Il a fait encore de bons Commentaires sur Arrien, et le parallèle de Charlemagne avec Henri IV, sous le titre de Carolus Magnus redivivus, in-4o.

STUKELEY (Guillaume), antiquaire célèbre, né à Holbech en Lincolnshire le 7 novembre 1687, fut élevé à Cambridge ; il s’appliqua à la botanique et fournit à M. Ray un grand nombre de plantes qu’il avait découvertes dans ses excursions autour de Cambridge. Il apprit l’anatomie de M. Rolfe, la chimie de Vigani, et la médecine du docteur Méad, dans l’hôpital Saint-Thomas. Il fut admis dans la société Royale et dans celle des Antiquaires en 1718. La goutte, qui l’affligea de bonne heure, le forçait de rester souvent à la maison. Pour faire diversion à la douleur, il s’occupait des expéditions de César dans la Grande Bretagne, qu’il fit imprimer dans ses Curiosités de la Grande Bretagne, à Londres, en 1624, in-fol., réimprimées en 1776. Il publia aussi dans le même genre Palæographia sacra, ou Antiquités relatives à l’Histoire sacrée, in-4o ; Palæographia britannica, 1744, 3 numéros. Il est mort le 3 mars 1765, et est enterré à Eastham en Essex, où on lui a érigé un monument. Outre les ouvrages d’antiquités ci-dessus, il en a publié d’autres sur les druides, sur Carausius, etc. Il a aussi composé en médecine la Description de la rate, 1723, in-folio.

STUNICA (Jacques Lopez), docteur espagnol, de l’université d’Alcala, a écrit contre Érasme et contre les notes de Jacques Le Fèvre d’Étaples ; sur les Épîtres de saint Paul. On a aussi de lui un livre curieux, intitulé Itinerarium dum Compluto Romam proficisceretur. Il mourut à Naples en 1530. Il ne faut pas le confondre avec Diego Stunica, docteur de Tolède, et religieux augustin au 16e siècle, dont nous avons un Commentaire sur Job, et d’autres ouvrages.

STUPPA (Pierre), natif de Chiavenne au pays des Grisons, parvint, par son mérite, jusqu’au grade de colonel du régiment des gardes suisses en 1685. Le roi l’employa en diverses négociations en Suisse, et lui confia l’exercice de la charge de colonel-général des Suisses, excepté les droits honorifiques, pendant la minorité de M. le duc du Maine. Stuppa la remplit avec honneur jusqu’à sa mort, arrivée le 6 janvier 1701, dans la 81e année de son âge. Comme il sollicitait un jour auprès de Louis XIV les appointemens des officiers suisses qui n’avaient pas été payés depuis long-temps, M. de Louvois, piqué de ses sollicitations, dit au roi : « Sire, on est toujours pressé par les Suisses ; si votre majesté avait tout l’argent qu’elle et les rois ses prédécesseurs ont donné aux Suisses, on pourrait paver d’argent une chaussée de Paris à Bâle. — Cela peut être, répliqua sur-le-champ Stuppa ; mais aussi si votre majesté avait tout le sang que les Suisses ont répandu pour le service de la France, on pourrait faite un fleuve de sang de Paris à la ville de Bâle. » Le roi, frappé de cette réponse, ordonna à M. de Louvois de faire payer les Suisses. Il ne faut pas le confondre avec Stoup ou Stuppa, son compatriote ou son frère, selon quelques autres. Lorsque celui-ci était pasteur de l’église de la Savoie à Londres, Cromwel se reposait beaucoup sur lui dans les affaires étrangères, difficiles et délicates. Il prit ensuite le parti des armes, devint brigadier dans les troupes de France, et fut tué à la journée de Steinkerke en 1692. Il est auteur du fameux livre intitulé La religion des Hollandais, 1673, in-12. Jean Braun ou Braunius, professeur en théologie à Nimègue, puis à Groningue, l’a réfuté par un ouvrage intitulé La véritable religion des Hollandais, en 1675, in-12.

STURE, famille illustre de Suède, qui devint la victime de la fureur soupçonneuse d’Éric XIV. Sur de fausses délations par des témoins apostés, le père et les deux fils, Éric et Nicolas, furent arrêtés et mis prisonniers dans le palais d’Upsal. Pendant qu’on instruisait leur procès, le roi se fit ouvrir la prison de Nicolas et lui enfonça un poignard dans le bras. Nicolas se jeta à ses pieds, retira le poignard de la blessure, et le présenta au roi, qui, devenu plus furieux par cette soumission, qui devait le désarmer, le fit assassiner par ses gardes. Le roi va aussitôt dans la prison du père, se jette à ses pieds, et s’écrie dans son désespoir : « Je vous conjure, au nom de Dieu, de me pardonner ce que j’ai fait contre vous. » Volontiers, dit Sture, mais si la vie de mon fils est en danger vous en répondrez devant Dieu. « J’étais bien sûr, s’écria le roi furieux, que vous ne me pardonneriez pas. » Son précepteur se jette à ses pieds et le prie de ne point attenter à la vie de ses illustres prisonniers ; victime de sa bonne action, le roi le fit tuer à l’instant, et il envoya exécuter les autres prisonniers. Ces ordres d’un prince en démence ne furent que trop exactement suivis, et détruisirent jusqu’au dernier rejeton de l’ancienne famille des Sture. Ces assassinats furent cruellement vengés sur leur auteur. Voyez Éric.

STURM, Sturmius (Jean-Christophe), savant mathématicien, né à Hippolstein le 3 novembre 1635, fut pendant cinq ans ministre d’une église en Allemagne, et devint ensuite professeur de philosophie et de mathématiques à Altorf, où il mourut le 26 décembre 1703, à 68 ans. On a de lui plusieurs ouvrages de mathématiques dont les plus estimés sont 1o Mathesis enucleata, en 1 vol. in-8o ; 2o Mathesis juvenilis, en 2 gros vol. in-8o. Son dessein dans ce dernier ouvrage est d’introduire les mathématiques dans les collèges. C’est dommage que ses livres soient si mal imprimés.

STURM, que d’autres nomment mal Sturni (Léonard Christophe), très-célèbre mathématicien, qui excellait dans toutes les parties de l’architecture civile et militaire, naquit à Altorf le 5 novembre 1669. Il s’est acquis une réputation immortelle, par son Cours complet d’architecture, imprimé à Augsbourg en 16 vol. ; et par la traduction latine de l’Architecture curieuse de G. A. Bockler, Nuremberg, 1664, in-fol. Il mourut le 9 juin 1719.

STURMIUS (Jean), savant philologue et médecin du 16e siècle, naquit à Sleida dans l’Eifel près de Cologne le 1er octobre 1507. Il vint à Paris en 1529, y fit des leçons publiques sur les auteurs grecs et latins, et sur la logique, et s’acquit l’estime d’un grand nombre de savans ; mais ayant fait paraître du penchant pour les nouvelles hérésies, il courut de grands dangers, et se retira à Strasbourg en 1537, pour y occuper la charge que les magistrats lui avaient offerte. Il y ouvrit l’année suivante une école qui devint célèbre, et qui, par ses soins, obtint de l’empereur Maximilien II le titre d’académie en 1566. Sturmius entendait bien les humanités, écrivait purement en latin, et enseignait avec beaucoup de méthode ; ce qui fit que le collège de Strasbourg, dont il était recteur, devint le plus florissant de l’Allemagne. Il fut chargé de diverses députations importantes, dont il s’acquitta avec honneur. Cependant les ministres luthériens s’aigrirent contre lui, et lui firent ôter sa charge. Il mourut le 3 mars 1599, à 83 ans, sans laisser d’enfans de trois mariages. On a de lui un grand nombre d’ouvrages. Les principaux sont Partitiones dialeclicæ ; Linguæ latinæ resolvendæ ratio, in-8o ; d’excellentes Notes sur la rhétorique d’Aristote et sur Hermogène, etc. Il ne faut pas le confondre avec Jacques Sturmius, l’un des principaux magistrats de Strasbourg, mort le 30 octobre 1555, ni avec Jean Sturmius, natif de Malines, médecin et professeur de mathématiques à Louvain. On a aussi de ce dernier divers ouvrages, tels que De institutione principum ; De nobilitate litterata, etc., réunis en 1 vol. sous le titre de Institutio litterata, Torunii, 1586, in-4o. Il y a deux autres volumes à ce recueil qui ne sont pas de Sturmius, De rosâ Hierichuntinâ, Lovanii, 1607, in-8o.

SUANEFELD (Herman), peintre et graveur flamand, né vers 1620, fut surnommé Herman d’Italie, à cause de son long séjour en ce pays, et Herman l’Hermite, à cause de son amour pour la solitude et pour le travail. Il reçut les leçons de Gérard Dou et de Claude le Lorrain, et lia avec eux une étroite amitié. Il était surtout excellent paysagiste, moins parfait que le Lorrain pour la touche des arbres, mais plus vrai pour celle des animaux.

SUARÈS (François), très-célèbre théologien scolastique, naquit à Grenade le 5 janvier 1548, et se fit jésuite en 1564. Il enseigna la théologie avec réputation à Alcala, à Salamanque, à Rome et à Coimbre, et mourut à Lisbonne en 1617. Il ressentit si peu les douleurs de la mort, qu’il dit, ce qu’on assure, ces paroles un peu avant que d’expirer : Non putabam tam dulce, tam suave esse mori, c’est-à-dire : « Je ne pensais pas qu’il fut si doux et si suave de mourir. » On a de lui un grand nombre d’ouvrages imprimés en 23 vol. in-fol. à Mayence et à Lyon en différentes années, et à Venise, 1748. En voici les titres : Metaphysica ; De Trinitate ; De angelis ; De opere sex dierum ; De anima, ad primam secundæ et in tertiam partem sancti Thomæ ; De gratiâ ; De statu religionis ; De concursu ; De fide, spe et charitate ; De religione ; De gratiâ efficaci et libero arbitrio, et ceux nommés ci-dessous. Ils roulent presque tous sur la théologie et sur la morale. Son Traité des lois est si estimé, qu’il a été réimprimé en Angleterre. Il n’en est pas de même de son livre intitulé Défense de la foi catholique contre les erreurs de la secte d’Angleterre. Il fut condamné à être brûlé par la main du bourreau par arrêt du parlement de Paris, comme contenant des maximes séditieuses, tendant à la subversion des états et à porter les sujets des souverains à attenter à leur personne sacrée. L’arrêt du parlement du 6 mars 1762 le supprime de nouveau, ainsi que le tome 4, in tertiam partem sancti Thomæ ; De fide, spe et charitate ; et De statu religionis. L’une des qualités les plus estimables des ouvrages de Suarès, c’est qu’il y rapporte et qu’il y expose presque toujours très-fidèlement et très-clairement les diverses opinions des théologiens sur les matières dont il traite. Les jésuites le regardent avec raison comme le plus grand et le plus excellent théologien scolastique qu’ils aient eu, et ils en font les plus magnifiques éloges. C’est lui qui est le principal auteur du système du Congruisme, qui n’est dans le fond que celui de Molina, mieux assorti à la mode et au langage des théologiens, et habillé d’une manière moins choquante. Le père Noel, jésuite, a fait un Abrégé de Suarès, imprimé à Genève en 1732, en 2 vol. in-fol.

SUARÈS (Joseph-Marie), savant évêque de Vaison, était d’un commerce aisé, et avait beaucoup d’érudition. Il se retira à Rome chez le cardinal Barberin son ami, où il mourut en 1677. Ses principaux ouvrages sont 1o une traduction latine des Opuscules de saint Nil, qu’il publia à Rome en grec et en latin, avec des notes, en 1673, in-fol. ; 2o une Description latine d’Avignon et du comtat Venaissin, in-4o, etc.

SUBLET (François), seigneur des Noyers, baron de Dangu, intendant des finances et secrétaire d’état, était fils de Jean Sublet, seigneur des Noyers, maître des comptes à Paris, et intendant de la maison du cardinal de Joyeuse. Ses belles qualités lui acquirent les bonnes grâces du cardinal de Richelieu, qui l’employa dans les affaires les plus importantes. M. des Noyers aimait les sciences et les beaux arts. Il établit l’imprimerie royale dans les galeries du Louvre, et fit bâtir, à ses dépens, l’église du noviciat des jésuites à Paris. Après avoir servi l’État avec zèle jusqu’en 1643, il obtint du roi la permission de se retirer en sa maison de Dangu, où il mourut le 20 octobre 1645.

SUBLEYRAS (Pierre), peintre et graveur, né à Uzés en 1699, vint à Paris ; il y remporta le prix de l’académie et fut envoyé à Rome, où il prit un établissement dans la suite, et y mourut en 1749. Ses tableaux d’histoire sont très-estimés par l’ordonnance, la délicatesse du pinceau et le ton de couleur. Il a gravé, d’après sa composition, le Serpent d’airain, la Madeleine chez le pharisien, le Martyre de saint Pierre, et des sujets des contes de La Fontaine.

SUBLIGNY (N.), avocat au parlement de Paris, s’est distingué dans le 17e siècle, par quelques ouvrages, dont les plus connus sont 1o La fausse Clélie, in-12, roman estimé ; 2o une traduction des fameuses Lettres portugaises, dont M. le maréchal de Chamilly, revenant de Portugal, lui donna les originaux, qu’il traduisit et augmenta à sa manière ; 3o La folle cruelle : c’est une comédie en prose contre l’Andromaque de Racine. Elle fut représentée sur le théâtre du Palais-Royal en 1668 ; 4o quelques Écrits en faveur de Racine, dont il devint le panégyriste après en avoir fait la critique, etc. Sa fille fut une des premières danseuses de l’Opéra, quand Lully y introduisit des femmes.

SUCKLING (Jean), poète dramatique anglais, né à Witham en Essex en 1613, voyagea en Allemagne, où il eut l’honneur de faire sa cour à Gustave-Adolphe, et mourut dans sa patrie à 28 ans. Ses œuvres contiennent quelques poésies, La Religion prouvée par la raison, et quatre pièces dramatiques ; la meilleure édition est celle donnée par Davies, en 2 vol. in-8o.

SUEDE. Quoique les Suédois se vantent d’avoir eu des rois plusieurs siècles avant J.-C., il suffira, pour l’utilité de l’histoire, d’en faire commencer la succession à

* Jean, qui mourut en 
 1222
* Éric-le-Bègue 
 1256
* Valdemar 
 1276
* Magnus II 
 1289
* Birger II 
 1326
* Magnus III 
 1363
* Albert 
 1388
* Marguerite, reine de Danemarck et de Norvège 
 1412
* Éric XIII 
 1438
* Christophe II, jusqu’en 
 1448
* Jean, jusqu’en 
 1513
* Christien II, jusqu’en 
 1521
La Suède se soustrait au Danemarck.
* Gustave Vasa 
 1560
* Éric XIV 
 1568
* Jean III 
 1592
* Sigismond, roi de Pologne 
 1599
* Charles IX 
 1611
* Gustave-Adolphe 
 1632
* Christine, jusqu’en 
 1654
* Charles-Gustave 
 1660
* Charles XI 
 1697
* Charles XII 
 1718
* Ulrique-Eléonore et Frédéric de Hesse 
 1751
* Adolphe-Frédéric de Holstein 
 1771
* Gustave III 
. Voyez Puppendorf, son Histoire de de Suède.

SUÉTONE (Caïus Suetonius Paulinus), gouverneur de Numidie, l’an 40 de Jésus-Christ, vainquit les Maures, et conquit leur pays jusqu’au-delà du mont Atlas, ce qu’aucun autre général romain n’avait fait avant lui. Il écrivit une Relation de cette guerre, et commanda 20 ans après dans la Grande-Bretagne ; où il se signala par ses grands exploits. Il devint consul, vers l’an 63 de Jésus-Christ, et fut dans la suite l’un des généraux de l’empereur Othon ; mais il ternit alors la gloire qu’il s’était acquise, car il prit honteusement la fuite, le jour du combat décisif, et s’en fit même un mérite auprès de Vitellius. Ceux qui ont dit qu’il était père de Suétone l’historien, et qu’il avait écrit la vie d’Othon, se sont trompés.

SUÉTONE {Caïus Suetonius Tranquillus), fameux historien latin, était secrétaire d’état de l’empereur Adrien, vers l’an 118 de Jésus-Christ ; mais cette charge lui fut ôtée environ trois ans après, lors de la disgrâce de plusieurs personnes qui n’avaient pas eu pour l’impératrice Sabine les égards que cette princesse méritait. Il composa, pendant sa disgrâce, un grand nombre d’ouvrages qui sont presque tous perdus. Il ne nous reste que son Histoire des douze premiers empereurs, et une partie de son Traité des illustres grammairiens et rhétoriciens. Pline-le-Jeune était son intime ami, et l’exhortait à publier ses livres. L’Histoire des douze empereurs de Suétone est très-louée par nos plus savans humanistes. Il y décrit, dans un grand détail, les actions des empereurs, même celles qui sont les plus impures et les plus horribles ; ce qui a fait dire que, « Suétone avait écrit la vie des empereurs avec la même liberté qu’ils avaient vécu. » On estime beaucoup la première édition, Rome, 1470,. in-fol ; celle cum notis variorum, 1690, 2 vol. in-8o ; Leuvarde, 1714, 2 vol. in-4o ; Amsterdam, 1736, 2 vol. in-4o ; Leyde, 1751, 2 vol. in-8o ; celle ad usum Delphini, 1684, in-4o ; celle du Louvre, 1644, in-12. Il en a paru deux traductions françaises à Paris en 1771 ; l’une par M. de La Harpe, 2 vol. in-8o ; l’autre par M. Ophellot de la Pause, 4 vol. in-8o, qui ont fait oublier les précédentes.

SUEUR (Eustache Le), très-excellent peintre français, étudia sous Vouet avec Le Brun, et fut de l’académie de Peinture et de Sculpture dès son établissement. Il avait un goût exquis. Il prit dans l’étude des figures et des bas-reliefs antiques ce qu’ils ont de grand, de noble et de majestueux ; et dans les ouvrages modernes, ce qu’ils ont de gracieux, de naturel et d’aisé. Le premier ouvrage de conséquence qu’il entreprit fut la vie de saint Bruno, qu’il peignit dans le cloître des Chartreux de Paris, en vingt-deux tableaux d’une beauté admirable, et dont quelques-uns ont été gâtés par une malice détestable. Tous les autres tableaux de ce grand peintre sont aussi d’une beauté extraordinaire ; on y admire dans tous l’idée du beau et de la belle nature. Il mourut à Paris le 30 avril 1655, à 38 ans, sans avoir jamais été en Italie.

SUEUR (Jean Le), célèbre ministre de l’église prétendue réformée, au 17e siècle, fut pasteur de la Ferté-sous-Jouarre en Brie, et composa un Traité de la divinité de l’Écriture sainte, et une Histoire de l’église et de l’empire, Amsterdam, 1730, en 7 vol. in-4o et en 8 in-8o. Cette histoire a été continuée par le ministre Pictet. Elle est estimée.

SUEUR (Nicolas Le), fut reçu conseiller au parlement le 2 mars 1564 ; il eut la satisfaction d’apprendre la réception du roi à Paris ; mais il n’eut pas celle de l’y voir, car il fut assassiné en venant dans cette ville à la fin d’avril 1594. La traduction en vers latins de Pindare, qui est dans l’édition d’Oxford, in-fol., est de lui. Sa poésie est belle, et ne nuit pas à l’explication littérale. Il l’avait fait imprimer en 1582, in-8o. On trouve dans cette édition d’autres poésies du même auteur, qui ne déparent pas sa traduction.

SUÈVES était un nom général sous lequel on comprenait tous les peuples germains qui habitaient depuis les sources du Rhin et du Danube jusqu’à celle de l’Elbe. Au-delà de l’Elbe étaient les grands Suèves ; ils liaient leurs cheveux au lieu de les laisser épars comme les autres Germains. Les Romains les soumirent à différentes fois. Tibère en transféra une partie sur les bords de la mer ; ce qui ne les empêcha pas de se joindre, en 406, à d’autres peuples saxons, et d’envahir la Gaule et l’Espagne mais leur domination y fut éteinte en Espagne par Leuvigilde en 588 ; les autres avaient été soumis par les Français. Leur ancien pays devint même une dépendance de leur empire.

SUFFREN (Jean), né à Salon, diocèse d’Arles, en 1571, se rendit célèbre chez les jésuites, dans la compagnie desquels il entra de bonne heure, par ses talens pour la chaire, pour la conduite des âmes, et surtout par la sainteté de sa vie. Il était confesseur de Marie de Médicis, qui le donna à Louis XIII ; mais au bout de six ans des intrigues de cour le firent renvoyer. Il resta toujours attaché à la reine, et mourut à Flessingue en 1641, en revenant avec elle d’Angleterre pour aller chercher une retraite qui se termina à Cologne. Par le conseil de saint François de Sales il fit une Année chrétienne, 4 vol. in-4o, qu’il a abrégée, sous le titre d’Avis et exercices spirituels. Le père Frizon en a fait un autre Ahrégé, Nanci, 1728, 2 vol. in-12.

SUFFÉTIUS. Voyez Métius.

SUGER, né en 1082, fut mis à l’âge de dix ans dans l’abbaye de Saint-Denis, où Louis, fils de France (depuis Louis-le-Gros), était élevé. Lorsque ce prince fut de retour à la cour, il y appela Suger, qui s’acquit l’estime de tous les honnêtes gens, et fut employé en des affaires importantes. Il devint ensuite prieur de Touri en Beauce, et abbé de Saint-Denis, et fut envoyé à Borne, en Allemagne et en Guienne. Le roi Louis-le-Jeune ayant succédé à Louis-le-Gros son père, et voulant entreprendre le voyage de la Terre-Sainte, déclara Suger régent du royaume. Ce ministre s’était opposé à ce voyage, mais il n’en gouverna pas moins l’État avec zèle, avec sagesse, et avec une probité extraordinaire ; sans charger les peuples, il trouva moyen d’envoyer de l’argent au roi, quand il lui en demandait. Il mourut en 1192, à 70 ans. Tous les historiens le regardent avec raison comme l’un des plus grands et des plus vertueux ministres d’état qu’il y ait eu dans le monde. On a de lui des Lettres, et quelques autres écrits, une Vie de Louis-le-Gros, dans les Recueils de Duchesne et de dom Martenne. Dom Gervais a écrit sa vie en 3 volumes in-12.

SUICER (Jean-Gaspard), habile philologue et théologien protestant du milieu du 17e siècle, naquit à Zurich le 26 juin 1620. Il y fut professeur public en hébreu et en grec, et s’y acquit une grande réputation. Il mourut le 8 novembre 1688. On a de lui un savant Lexicon, ou Trésor ecclésiastique des pères grecs, et d’autres ouvrages remplis d’érudition. La meilleure édition de son Trésor ecclésiastique est celle d’Amsterdam en 1728, en 2 vol. in-fol. Henri Suicer son fils, professeur en grec à Zurich, puis à Heidelberg, mourut en cette dernière ville le 28 septembre 1705^. On a aussi dé loi plusieurs ouvrages, entre autres une Chronologie helvétique en latin.

SUIDAS, écrivain grec du 11e siècle, sous l’empire d’Alexis Comnène, ou plutôt avant le 10e siècle, est auteur d’un Dictionnaire ou Lexicon grec, historique et géographique. Quoique cet ouvrage ne soit pas toujours exact, il ne laisse pas d’être très-important, parce qu’il renferme beaucoup de choses prises des anciens, lesquelles ne se trouvent point ailleurs. La meilleure édition du Lexicon de Suidas est celle du Kuster, Cambridge, 1705, 3 vol. in-fol. en grec et en latin, avec des notes.

SUIONS est l’ancien nom des Suédois. Comme leurs monarques aimaient les richesses, ils étaient absolus : ils tenaient toutes les armes renfermées de peur de révolte ; ils étaient même quelque chose de plus que monarques, car les affranchis, les valets et autres gens de basse naissance y gouvernaient sous leur autorité.

SUISSES. Voyez Melchtal, Stouffacher, Tell

SULLY (Maurice de), célèbre évêque de Paris, natif de Sully, petite ville sur la Loire, d’une famille obscure, fut élu évêque de Paris après Pierre Lombard, à cause de sa science et de sa vertu. Il était libéral et magnifique, et fonda les abbayes de Hérivaux et de Hermières. Ayant vu quelques personnes douter de la résurrection des corps, il défendit avec zèle cet article de notre foi, et il ordonna que l’on graverait sur son tombeau ces paroles de l’office des morts : Credo quod redemptor meus vivit, et in novissimo die de terrá surrecturus sum, etc. Il mourut le 11 septembre 1196, et fut enterré dans l’abbaye de Saint-Victor, où l’on voit son épitaphe. C’est lui qui jeta les fondemens de l’église de Notre-Dame de Paris, l’un des plus grands bàtimens qui se voient en France.

SULLY (le duc de). Voyez Béthune, et ajoutez qu’en 1776 a paru une nouvelle édition de ses Économies, 12 vol. in-8o, avec de longs raisonnemens de l’abbé Baudeau, pour prouver que le duc de Sully est le fondateur des économistes, sans doute, parce qu’il a donné le titre d’Économie à son livre ; car il n’y a que cela de commun entre eux.

SULLY (Henri), excellent artiste anglais, et l’un de ceux qui ont le plus travaillé à perfectionner l’horlogerie en France. Le duc d’Arembert lui fit une pension, et le duc d’Orléans, régent, lui accorda une gratification de 1500 livres, pour l’engager à s’établir en France. Il mourut à Paris le 13 octobre 1728, après avoir abjuré la religion anglicane. On a de lui un traité intitulé Description d’une horloge pour mesurer le temps sur mer, Paris, 1726, in-4o ; Règle artificielle du temps, 1737, in-12.

SULPICE APOLLINAIRE. Voyez Apollinaire.

SULPICE-SÉVÈRE, célèbre historien ecclésiastique, était natif d’Agen. D’abord il suivit les sentimens des pélagiens, mais il reconnut sa faute. Après la mort de sa femme, il vécut dans la retraite, sous la discipline de saint Phébade, et ensuite sous celle de saint Martin, évêque de Tours. Il demeura quelque temps à Toulouse, puis auprès de Barcelone, afin de se procurer la facilité de voir quelquefois saint Paulin de Nole son intime ami. Ceux qui ont dit qu’il fut élevé à l’épiscopat se sont trompés, car il n’eut que l’ordre de prêtrise. Il mourut en 420. On a de lui un abrégé de l’Histoire sacrée, depuis la création du monde jusqu’à l’an 400 de Jésus-Christ ; la vie de saint Martin ; trois Dialogues sur les vertus des moines, dans la Bibliothèque des Pères. Il y en a une édition d’Elzévir, 1635, in-12, cum notis variorum, Leyde, 1665, in-8o ; Leipsick, 1709, in-8o ; Vérone, 1741, et 1754, 2 vol. in-4o. Il y en a une édition de 1556, in-8o, rare ; il y en a une traduction française de 1659, in-12, etc. C’est, de tous les anciens auteurs latins ecclésiastiques, celui qui a écrit avec le plus de pureté et d’élégance, si l’on en excepte peut-être Lactance. Il ne faut pas le confondre avec saint Sulpice-Sévère, évêque de Bourges, mort en 591 ; ni avec saint Sulpice-le-Débonnaire, ou le Pieux, aussi évêque de Bourges, mort en 647, dont nous avons quelques Lettres dans la Bibliothèque des Pères.

SULPICIA, dame romaine, dont il nous reste un Poëme latin contre Domitien, sur l’expulsion des philosophes, qui se trouve avec le Pétrone d’Amsterdam, 1677, in-24, dans les Poetæ latini minores, Leyde, 1731, 2 vol. in-4o ; et dans Corpus poetarum de Maittaire. Elle avait aussi composé un poëme sur l’amour conjugal. Elle était femme de Calanus, et vivait sous le règne de Domitien, 90 de Jésus-Christ.

SULPlCIUS (Gallus), de l’illustre famille romaine des Sulpiciens, qui remontait jusqu’au temps de Romulus, qui donna à la république un grand nombre de consuls, et qui lui rendit de grands services, fut le premier astronome, parmi les Romains, qui donna des raisons naturelles des éclipses du soleil et de la lune. Étant tribun militaire dans l’armée de Paul Émile, 168 avant J.-C., et sachant que la nuit précédent le jour qu’on allait donner bataille à Persée, il arriverait une éclipse de lune, il eut peur que les soldats n’en tirassent un mauvais augure, les fit assembler avec la permission du consul, leur expliqua l’éclipse, et les avertit qu’elle arriverait la nuit suivante, depuis deux heures jusqu’à quatre, et qu’on n’en devait tirer aucun présage. L’éclipse arriva en effet, la nuit du 3 au 4, et les soldats, admirant la sagesse de Sulpicius, le regardèrent comme un homme divin. Persée fut défait de lendemain. Sulpicius devint consul deux ans après avec Marcellus, l’an 166 avant J.-C. Il ne faut pas le confondre avec Servius Sulpicius Rufus, excellent jurisconsulte de la même famille, du temps de Cicéron ; ce dernier Sulpicius fut aussi consul, et se distingua par sa vertu et par ses autres belles qualités.

SULZER (Jean-Georges), né à Winterthour, dans le canton de Zurich en 1721, membre de l’académie de Berlin, où il est mort le 25 février 1779, a donné plusieurs ouvrages en allemand, sur les antiquités, l’astronomie et l’histoire naturelle.

SUMOROKOF, fils d’un gentilhomme russe, était né à Moscou le 14 novembre 1727 ; il fut élevé à Pétersbourg, dans la maison des Cadets, et y donna des preuves de son génie poétique par des chansons qui étaient admirées, parce qu’il s’était nourri l’esprit de la lecture des bons auteurs latins et français. Le comte Shuvalof le produisit à la cour d’Élisabeth, qui l’honora de sa protection. À l’âge de 39 ans son enthousiasme pour Racine le fit tourner absolument du côté de la tragédie. La première, intitulée Koref, est en quelque sorte la première pièce russe ; il fit paraître successivement Hamlet, Aristone, Sinaf et Truvor, Zemira, Dimisa, Vitzelaf, le Faux Dcmetrius et Micislaf. Il a fait aussi plusieurs comédies et opéras, des odes, des idylles, des fables. Sa poésie est élégante et harmonieuse, mais manque de force. Élisabeth l’éleva au rang de brigadier, et le fit directeur de son théâtre, avec une pension de six mille livres ; Catherine II le fit conseiller d’état et lui donna l’ordre de Sainte-Anne. Il est mort à Moscou en 1777. La bonne opinion qu’il avait de lui-même a troublé le bonheur dont il aurait dû jouir : il croyait qu’on n’avait jamais assez d’égard pour son mérite.

SUPERVILLE (Daniel de), né en 1657, à Saumur, passa en Hollande à la révocation de l’édit de Nantes en 1685, devint ministre à Roterdam, et y mourut en 1728. On a de lui 4 vol. in-8o de Sermons, un Cathéchisme, Le vrai communiant, in-12 ; Les devoirs de l’Église affligée, 1691, in-8o. Son fils, nommé comme lui, a donné un vol. in-8o de Sermons.

SURBECK (Eugène-Pierre de), de de la ville de Soleure, servit avec distinction en France, en qualité de brigadier des armées du roi, et de capitaine commandant la compagnie générale des Suisses, au régiment des gardes. Il se distingua aussi par son amour pour les lettres, et fut reçu honoraire étranger de l’académie royale des Inscriptions et Belles— Lettres. Il mourut à Bagneux près Paris le 1er septembre 1741, à 65 ans. On a de lui en manuscrit une Histoire métallique des empereurs, depuis Jules-César jusqu’à l’empire de Constantin-le-Grand.

SURÉNA, général des Parthes dans la guerre contre les Romains commatidés par Crassus, l’an 53 avant J.-C., était le second après le roi, en noblesse, en richesses et en réputation ; mais en valeur, en capacité et en expérience, il était le premier personnage qui fut de son temps parmi les Parthes. Il remit sur le trône le roi Orodes, qui en avait été chassé, et lui conquit la ville de Séleucie, ayant été le premier qui dans l’assaut monta sur les murailles, et qui renversa de sa propre main ceux qui les défendaient. Suréna fit paraître beaucoup d’habileté, de prudence et de valeur dans la guerre contre les Romains. Il se servit d’une infinité de stratagèmes et défit Crassus ; mais il trahit la gloire de ce glorieux succès par sa perfidie ; car ayant demandé à s’aboucher avec Crassus, pour la conclusion d’un traité de paix, et le général romain s’étant avancé sur sa parole jusqu’à la rivière, Suréna lui fit couper la tête, et entra en triomphe dans Séleucie. Son crime ne demeura pas long-temps impuni ; car s’étant rendu suspect à Orodes, ce prince le fit mourir peu de temps après.

SURENHUSIUS (Guillaume), Allemand du 17e siècle, savant dans la langue hébraïque, a donné la Mischne, 1698, 6 tomes in fol. : c’est un recueil important pour connaître la jurisprudence, les cérémonies et les lois des juifs, transmises par la tradition.

SURGERÈS. Voyez Rochefoucault.

SURIAN (Jean-Baptiste), ne dut son élévation qu’à ses talens pour la prédication. Il entra de bonne heure dans la congrégation de l’oratoire, et fut choisi pour prêcher à la cour deux avents et deux carêmes. Son éloquence, toujours subordonnée à la solidité de ses raisonnemens, le fit marcher presque d’un pas égal avec son confrère Massillon. Sa modestie, son humilité le rendaient satisfait de son état, lorsque, sans sollicitations, sans même le désirer, il fut nommé à un de ces évêchés heureux par la modicité de leurs revenus, parce qu’ils ne sont presque jamais donnés qu’au mérite. Le 13 juin 1728 il fut sacré évêque de Vence. Cette élévation ne changea pas ses mœurs ; il s’était occupé à enseigner les chrétiens en général quand il n’était attaché à aucun troupeau ; quand il fut évêque, ses diocésains eurent tous ses momens ; il sortit rarement de son diocèse, seulement lorsqu’il était nommé membre de l’assemblée du clergé. Il mourut en 1754. La plupart de ses Sermons avaient été imprimes à Liège sous le titre de Sermons choisis, en 1738, 2 vol. in-12. mais ils ne l’avaient été que sur les manuscrits qu’en avaient faits des copistes qui les écrivaient pendant qu’il les prononçait. En 1778 on a fait paraître son Petit carême, prêché en 1719, 1 vol. in-12. On y trouve le Sermon sur le petit nombre des élus, qui se trouve aussi dans les Sermons choisis.

SURITA (Jérome), savant espagnol, natif de Saragosse, fut secrétaire de l’inquisition, et mourut en 1580, à 67 ans, après avoir composé en espagnol l’Histoire d’Aragon jusqu’à la mort de Ferdinand-le-Catholique, imprimée plusieurs fois en 7 vol. in-fol., et fait des Notes sur Fitinéraire d’Antonin, sur César et sur Claudien.

SURIUS (Laurent), natif de Lubeck, se fit religieux dans la Chartreuse de cette ville. Il s’acquit une grande réputation par sa vertu et par sa science, et mourut à Cologne le 25 mai 1578, à 56 ans. On a de lui un grand nombre d’ouvrages, dont les principaux sont un Recueil des conciles, 1567, 4 vol. in-fol., et les Vies des saints, Cologne, 1618, 7 tomes in-fol. ; une Histoire de son temps, depuis 1500 jusqu’à 1566, 1575, in-8o, traduite en français, 1573, in-8o. Surius avait de l’érudition, mais il donnait tête baissée dans les fables, et manquait de critique.

SURUGUE (Louis), graveur, né à Paris en 1686, fut de l’académie de Peinture, et mourut dans la même ville en 1762. On distingue de lui Vénus allaitant les Amours, d’après Rubens ; le Sacrifice d’Abraham, d’après André del Sarto ; sainte Marguerite, d’après Raphael, pour le recueil de Crozat. Son fils Pierre-Louis, né en 1717, fut reçu de l’académie en 1745, et mourut en 1772. On a de lui une Nativité d’après le Corrége, pour la galerie de Dresde ; le Jugement de Paris, d’après Goltzius ; le portrait du père de Rembrant, etc.

SUSANNE, femme illustre et célèbre par sa chasteté, était fille d’Helcias et femme de Joakim. Ayant été accusée d’adultère par deux vieillards impudiques, Daniel fit reconnaître son innocence, vers 607 avant J.-C.

SUSON (Henri), pieux dominicain, qu’on devrait plutôt appeler Henri de Souabe, où il naquit vers 1300, d’une famille noble et illustre, composa divers livres de piété, entre autres des Méditations sur la passion de Notre Seigneur ; divers Sermons, etc., que Surius traduisit en latin, et qui ont été souvent imprimés in-8o. On en a aussi une traduction française, par un chartreux de Gaillon, nommé Le Cerf. L’ouvrage de Suson qui porte le titre d’Horloge de la sagesse a été traduit en latin par Surius, sur un manuscrit allemand fort imparfait, et la traduction française qu’en donna en 1684 M. de Vienne, chanoine de la Sainte-Chapelle de Viviers en Brie, est également vicieuse. Cet ouvrage tel qu’il est sorti des mains de l’auteur, fut imprimé dès l’an 1470, et on en a un exemplaire dans la bibliothèque du roi. Il a été traduit en français dès l’an 1389, par un religieux franciscain, natif de Neuf-Château en Lorraine, et cette traduction française fut imprimée à Paris en 1493, in-fol, après avoir été retouchée, pour le style, par les chartreux de Paris. Suson mourut le 25 janvier 1366.

SUTCLIFFE, Sutclivius ou Sutlivius (Mathieu), fameux théologien protestant anglais, sur la fin du 16e siècle, et au commencement du 17e, publia plusieurs livres de controverse, les uns latins, les autres en anglais, et s’attacha principalement à réfuter le cardinal Bellarmin, contre lequel il a écrit De verâ Christi ecclesiâ, Londini, 1600, in-4o ; De Purgatorio, Hanoviæ, 1603, in-8o ; De missâ papisticâ, Londini, 1603, in-8o. Il écrivit aussi contre les presbytériens, mais il fait paraître tant de fureur et d’emportement dans ses ouvrages et surtout dans son livre anonyme, qui traite de la prétendue conformité du papisme et du turcisme, Londres, 1604, en réponse à un ouvrage de J. Rainold, intitulé Calvino-turcismus, qu’on voit bien que ce n’est point l’amour de la vérité, mais l’esprit de parti qui le faisait écrire.

SUTOR. Voyez Cousturier.

SUTTON (Thomas), né à Knaith en Lincolnshire en 1532, était capitaine d’ordonnance de Serwick ; il servit en Écosse et contre les Espagnols, sur mer, par ordre d’Elisabeth. Riche par lui-même et par une riche veuve qu’il avait épousée, il dépensait son bien à secourir les pauvres ; et désirant perpétuer ses bienfaits, il acheta treize mille livres la Chartreuse, près de Smithfield, du comte de Suffolck, et la convertit en un hôpital pour les pauvres hommes et les pauvres enfans, qui subsiste sous le nom de Charter House. Il est mort le 11 décembre 1611, et est enterré dans l’église de son hôpital.

SUYDERŒF (Jonas), graveur hollandais, dont on estime surtout l’estampe de la paix de Munster, où il a saisi admirablement le goût de Terburg, auteur du tableau original. Il excellait dans le portrait.

SUZE (Henriette de Coligny, comtesse de la), était fille de Gaspard de Coligny, maréchal de France, et colonel-général de l’infanterie. Elle fut mariée très-jeune à Thomas Hamilton, comte de Hadington, lequel étant mort peu de temps après, elle épousa, en secondes noces, le comte de la Suze, de la maison des comtes de Champagne. Ils étaient l’un et l’autre protestans. La jalousie du comte et leur désunion firent prendre à madame de la Suze la résolution d’abjurer le calvinisme, et ensuite de faire casser son mariage par arrêt du parlement ; ce qui fit dire à Christine, reine de Suède, que « la comtesse de la Suze s’était faite catholique pour ne voir son mari ni en ce monde ni en l’autre. » Elle donna 25 mille écus au comte pour le faire consentir à la cassation de son mariage, sur quoi quelqu’un dit plaisamment « qu’elle avait perdu 50 mille écus dans cette affaire, parce que, si elle avait encore attendu quelque temps, son mari lui aurait donné 25 mille écus pour se débarrasser d’elle. » Après cet accord, le parlement rendit un arrêt qui déclara le mariage nul. Quand elle se vit en liberté, elle ne s’occupa plus qu’à faire des vers, et elle y réussit. Ses poésies sont tendres et délicates, et remplies d’esprit. Elle excelle surtout dans l’élégie. Madame de la Suze mourut à Pans le 10 mars 1673. Ses œuvres parurent en 1684, en 2 vol. in-12. On les réimprima avec plusieurs pièces de M. Pélisson et quelques autres, en 1695 et en 1725, en 4 vol. in-12. On y en joint un cinquieme, qui contient le Voyage de Rachaumont, les Visionnaires, etc. Les beaux esprits de son temps firent des vers à sa louange. On estime surtout les suivans, qu’on attribue à M. de Fieubert on au père Boubours, dans lesquels on lui donne la noblesse de Junon, l’esprit de Minerve, et la beauté de Vénus.

Quæ dea sublimi vehitur per inanis curru
An Juno, an Pallas, an Venus ipsa venit ?
Si genus inspicias, Juno, si scripta, Minerva ;
Si spectes oculos, mater Ameris erit.

SWAMMERDAM (Jean), célèbre et savant médecin d’Amsterdam au 17e siècle, dont on a un Traité sur la respiration et l’usage des poumons, Leyde, 1738, in-8o ; un autre De fabricâ uteri muliebris, 1679, in-4o ; une Histoire générale des insectes, et plusieurs autres ouvrages généralement estimés. M. Boerrhaave a écrit sa Vie à la tête de son Histoire des insectes, Leyde, 1737, 2 vol. in-fol., figures.

SWEDENBORG (Emmanuel), naquit à Stockholm le 29 janvier 1688, de Jesper Swedberg, évêque de Skara. À l’âge de 28 ans il fut nommé assesseur extraordinaire au collège royal des mines, place qu’il préféra à celle de professeur d’Upsal qu’on lui offrait également. Les mathématiques et surtout la mécanique firent ses premières occupations. Il en servit même utilement Charles XII au siège de Fridérichshall ; mais pour se mettre en état de remplir sa charge il parcourut les pays étrangers, en visita les mines, et publia ses observations sous le titre de Prodromus rerum naturalium, Amsterdam, 1721, in-4o, réimprimé en 1727. Il publia encore trois parties de ses Miscellanea circa res minerales à Leipsick ; et une quatrième à Hambourg en 1722. Ces productions n’étaient qu’un essai de son grand ouvrage intitulé Opera philosophica et mineralia, 1734, 3 vol. in-fol., imprimé partie à Dresde, partie à Leipsick. L’académie d’Upsal le mit au nombre de ses membres en 1729, celle de Saint-Pétersbourg en 1734, celle de Berlin, lors de son établissement, se l’attacha comme un de ses premiers membres. La précision qu’il avait portée dans les sciences mathématiques, son esprit ardent la transporta sur l’Être suprême, sur la construction de l’univers, sur la fin de l’homme. Il s’en occupa tellement que, pour n’être pas détourné de ses études favorites, il se démit de son emploi en 1747 ; mais ses profondes méditations lui exaltèrent tellement la tête qu’il croyait ne plus rien dire que par révélation, et de l’ordre du Très-Haut. Il mourut sans avoir été marié, pendant son dernier voyage à Londres, le 29 mars 1772, à 85 ans. Des ouvrages qu’il a faits sur les nouveaux objets de ses recherches, on a traduit en français le traité De cœlo et inferno, sous le titre de Merveilles du ciel et de l’enfer, Berlin, 1782, 2 vol. in-8o. On a continué de traduire quelques-uns de ses traités pour leur singularité.

SWERT, Swertius (François), savant écrivain du 17e siècle, né a Anvers en 1567, et mort marié dans la même ville en 1629, est auteur d’un grand nombre d’ouvrages, dont les plus estimés sont 1o Rerum belgicarum annales, 1628, in-fol. ; 2o Athenæ belgicæ, 1628, in-fol.

SWIFT (Jonathan), surnommé le Rabelais d’Angleterre, naquit à Dublin le 30 décembre 1667, de Jonatham Swift, procureur célèbre, et d’Abigail Erick. Il s’appliqua volontiers à l’étude des belles-lettres, mais il méprisait souverainement la philosophie, ce qui fut cause qu’il eut bien de la peine à être reçu maître-ès-arts dans l’université de Dublin, et qu’on ne l’admit que par faveur, speciali gratiâ. Indigné du mauvais traitement qu’il prétendait y avoir essuyé, il alla continuer ses études à Oxford, où il obtint le degré de maître-ès-arts en 1691, et celui de docteur en 1701. Il ne sortait que rarement, pour aller voir sa mère qui était alors à Leicester sa patrie, et qui était parente de la femme du chevalier Temple. Swift s’étant décidé pour l’état ecclésiastique, il eut un bénéfice de 2000 livres de revenu en Irlande, qu’il quitta bientôt pour revenir auprès du chevalier Temple, qui lui fit un legs en argent, et le chargea de mettre au jour ses Ouvrages posthumes. Swift épousa en 1716 mademoiselle Jonshon, fille de l’intendant du chevalier Temple, demoiselle douée des plus grandes qualités ; mais quoique notre auteur l’ait souvent célébrée sous le nom de Stella, il voulut néanmoins que ce mariage fût toujours tenu secret, et eut la bizarrerie de ne voir sa femme qu’en présence de témoins ; ce qui lui causa tant de chagrin, qu’elle en mourut en 1727. Swift la regretta beaucoup, et n’en parlait jamais qu’il ne lui échappât quelques larmes. Après la mort du chevalier Temple, il obtint le bénéfice de Laracot en Irlande, d’environ 4000 livres de rente, et celui de Rathbegan, d’environ 1200 livres. Enfin il devint doyen de Saint-Patrice en 1713, bénéfice considérable. Il eut un grand crédit auprès des ministres d’état de la reine Anne ; mais il ne s’en enorgueillit pas, et ne s’en servit que pour la tranquillité et la prospérité de sa patrie, qui était le vrai but de sa politique. Cette princesse étant morte, Swift n’eut plus ni crédit ni espérance à la cour d’Angleterre, et s’en retourna en Irlande, où ses Lettres contre Wood pour la défense desr manufactures lui acquirent une réputation immortelle et l’amour du peuple. Depuis ce temps, il en devint comme l’arbitre et l’idole, et rien d’important ne se faisait sans lui. Swift lia aussi une étroite amitié avec Esther Vanhomrigh, fille d’un riche marchand hollandais, qui s’était retiré en Irlande. C’est cette dame qu’il célèbre dans ses vers, sous le nom de Vanessa. Il fut ami intime de Pope, Prior, Gay, Delany, Yong, Arbuthnot, Sheridan, etc., avec lesquels il entretenait commerce de lettres. Il perdit peu à peu l’usage de la raison et de la mémoire en 1735, tomba dans un délire extrême en 1742, et totalement en enfance quelque temps avant sa mort, arrivée le 19 octobre 1745. Il avait néanmoins quelques intervalles de raison. En mourant il laissa un legs particulier de 24,000 livres et le reste de son bien pour la fondation d’un hôpital de fous de toute espèce, maladies fréquentes dans la Grande-Bretagne. Il nous reste de lui un grand nombre d’ouvrages en anglais, en vers et en prose, dont la meilleure édition est celle de Faulkener en 8 vol. Ils consistent en Satires, Épîtres, Lettres, etc. Il règne dans tous un esprit d’enjouement, de raillerie et de fine critique, qui charme les Anglais. Ses Lettres, sous le nom de Draper, en faveur des manufactures d’Irdande, passent pour des chefs-d’œuvre. Son roman philosophique et historique de Guliver, traduit en français par l’abbé des Fontaines, est connu de tout le monde. Son Conte du Tonneau a été traduit en français par M. Van Effen : c’est une histoire allégorique et satirique, où sous le nom de Pierre, qui désigue le pape, de Martin, qui représente Luther, et de Jean, qui signifie Calvin, il déchire la cour de Rome, le luthéranisme et le calvinisme. Cet ouvrage, écrit avec chaleur et énergie, renferme des idées neuves et singulières, mais il y a trop d’obscurité, de détails bas et grossiers, de choses contraires à la décence, aux bonnes mœurs et au christianbme. On a encore traduit en français quelques opuscules de Swift, qui se trouvent a la fin du Conte du Tonneau : Le grand mystère, ou l’Art de méditer sur la garde-robe, avec des pensées hasardées sur les études, la grammaire, la rhétorique et la poétique, par G. L. Le Sage, à la Haie, 1729, in 8o. Enfin, on a traduit en français plusieurs écrits de Swift sous le titre de Productions d’esprit, contenant tout ce que les arts et les sciences ont de rare et de merveilleux, à Paris, 1736, en 1 vol. in-12, avec des notes. Ses vers sont moins parfaits que sa prose ; en général, le style de Swift est nerveux, clair et précis. Il égale en élégance et en exactitude les meilleurs écrivains en prose de sa nation, et il les surpasse presque toujours en variété et en feu ; mais comme dans ses voyages il mangeait avec les valets d’écurie, les voituriers, et qu’il prenait plaisir à converser avec le peuple, ses écrite sont assez souvent parsemés d’expressions sales, grossières et indécentes, qui déplaisent aux honnêtes gens. Il y peint néanmoins toujours la vertu sous une image agréable, en lui opposant un tableau hideux du vice. Son grand principe en matière de politique était celui de Cicéron, que « l’intérêt et le bonheur du peuple est la première de toutes les lois. » Il répétait souvent cette belle maxime : « Tout sage qui refuse des conseils, tout grand qui ne protège point les arts et les talens, tout riche qui n’est pas charitable et libéral, tout pauvre qui fuit le travail, sont des membres inutiles et dangereux à la société. » Le docteur Swift jouissait de plus de trente mille livres de rente. Sa manière de vivre simple, modeste, frugale, lui laissait beaucoup de superflu. Sensible à la misère des pauvres, il imagina de faire un fonds, et d’établir pour leur soulagement une banque, où sans caution, sans gages, sans sûreté, sans intérêts quelconques, on prêtait à tout homme ou femme du bas peuple, ayant quelque métier ou quelque talent, jusqu’à la concurrence de 10 livres sterling, c’est-à-dire plus de 200 livres monnaie de France. Le temps de la restitution du prêt était fixé, et toujours proportionné à la situation de l’emprunteur, et à la nature de la somme. Par là il faisait vivre des milliers de personnes, animait l’industrie, encourageait les talens, détruisait la fainéantise, et jamais on ne lui manquait de parole. Au jour marqué les sommes prêtées rentraient dans la banque, pour circuler en d’autres mains, et servir à de nouvelles libéralités. Ceux qui souhaiteront connaitre plus en détail la vie et les ouvrages de ce célèbre écrivain, peuvent consulter l’ouvrage intitulé Lettres… du comte d’Orreri sur la vie et les ouvrages de Swift, imprimé à Paris en 1753, in-12. Ce comte était ami intime de Swift, et ses Lettres sont curieuses et intéressantes ; mais la traduction française en est très-fautive.

SWIFT (Drane), petit-fils de Godwin-Swift, oncle du doyen de Saint-Patrice, a publié en 1735 la Vie de Jonathan Swift ; en 1765, 4 vol. des Œuvres du doyen ; en 1768, 2 vol. de Lettres. Il est mort le 12 juillet 1783, à Worcester.

SWINDEN (Jérémie), théologien anglais, a fait différens ouvrages, dont M. Bion a traduit en français celui qui traite de la nature du feu de l’enfer, 1728, in-8o. Il est mort vers 1740.

SYBRECHT (Jean), peintre d’Anvers, né en 1630, était un fidèle imitateur de la nature, et bon coloriste. Le duc de Buckingham l’engagea à venir en Angleterre, où il est mort à Londres en 1703, et fut enterré à Saint-Jacques.

SYDENHAM (Thomas), né dans le comté de Dorset en 1624, se fit recevoir docteur en médecine dans l’université de Cambridge. Il se distingua surtout par les remèdes qu’il donnait dans la petite-vérole, par l’usage du quinquina après l’accès dans les fiévres aiguës, et par son Laudanum. II mourut en 1689. On a de lui un grand nombre d’ouvrages en latin, qui sont estimés. Praxis medica, Lipsiæ, 1695, 2 vol. in-8o ; Opera medica, Genevæ, 1716, 2 vol, in-4o. Sa médecine pratique a été traduite en français par M. Jault, Paris, 1774, in-8o.

SYDER (Daniel), peintre, né à Vienne en Autriche en 1647, fit ses principales études à Venise et à Rome. Le duc de Savoie l’engagea de venir travailler à Turin, en lui envoyant des lettres de noblesse et le collier de son ordre. Il retourna cependant à Rome peindre les deux tableaux si justement admirés qu’on voit dans l’église de Saint-Philippe de Néri ; l’un représente la manne dans le désert, et l’autre la Cène. On croit qu’il est mort à Rome, où il résidait, en 1699.

SYGALLE (Lanfranc), gentilhomme génois au 13e siècle, écrivit beaucoup en langue provençale, et l’on cite de lui diverses poésies à l’honneur de Bertrande Cibo sa maîtresse ; un poëme adressé à plusieurs princes pour les exhorter au recouvrement de la Terre-Sainte ; plusieurs ouvrages à l’honneur de la Vierge ; un Éloge de Thomas, comte de Savoie ; une Satire contre Boniface, marquis de Montferrat, qui vendit à prix d’argent ses états aux Milanais, etc. Sygalle crut s’enrichir, au rapport de Saint-Césary, en défendant les lois et les constitutions impériales ; mais il fut mal récompensé de son zèle, et fut massacré par des brigands en s’en retournant à Gènes.

SYLBURG (Frédéric), savant humaniste, né près de Marpurg, dans le landgraviat de Hesse, enseigna la jeunesse avec succès, et s’attacha à revoir et à corriger les anciens auteurs grecs et latins, que Wechel et Commelin imprimaient. Toutes les éditions auxquelles il a travaillé sont correctes et très-estimées. Il eut grande part au Trésor de la langue grecque de Henri Étienne, et mourut à Heidelberg en 1569, à la fleur de son âge. Sa grammaire grecque est excellente. On a aussi de lui des poésies grecques, et quelques autres ouvrages dans lesquels on remarque beaucoup d’érudition et de jugement.

SYLLA (Lucius Cornelius), fameux consul et dictateur romain, était d’une maison illustre, et le sixième descendant de Cornélius Rufus, l’un des principaux chefs de l’armée romaine contre Pyrrhus. Il naquit pauvre, mais il s’éleva par la faveur de Nicopolis, riche courtisane, qui le fit héritier de ses biens. Sa belle-mère lui laissa aussi de grandes richesses. Il servit sous Marius en Afrique, avec lequel il se brouilla, et devint ensuite consul. La province d’Asie lui étant échue, Marius, son ennemi, engagea le tribun Sulpitius de faire ôter à Sylla le commandement de cette province ; ce qui ayant été déclaré dans une assemblée du peuple, on y ordonna en même temps que ce serait Marius qui irait en Asie pour faire la guerre à Mithridate. Sylla, irrité, alla à Rome, s’en rendit maître, fit mourir Sulpitius, et contraignit Marius de prendre la fuite. Il marcha ensaite contre Mithridate, prit Athènes, et après plusieurs victoires, obligea ce prince à demander la paix, qu’il lui accorda. Sylla retourna ensuite à Rome contre ses ennemis, qui s’y étaient fortifiés, et ils s’avancèrent pour s’opposer à son retour ; mais ce fut inutilement. Sylla défit Norbanus, près de Canuse, 83 avant Jésus-Christ ; vainquit le jeune Marius au siège de Preneste, aujourd’hui Palestrine, et entra dans Rome en combattant à la porte Colline ; puis s’étant fait donner le nom d'Heureux, et déclarer dictateur, il proscrivit un grand nombre de sénateurs, et exerça des cruautés incroyables. Il fit massacrer dans le cirque six à sept mille prisonniers à qui il avait promis la vie. Les proscrits furent au nombre de 5000. Il ne fallait que lui avoir déplu, ou posséder quelque chose qui lui fît envie, pour être sur la liste. Enfin, après avoir abdiqué la dictature, et donné à Pompée le titre de Grand, il se retira près de Cumes, et mourut d’une maladie pédiculaire, 78 ans avant Jésus-Christ, à 60 ans. C’était un homme doué des plus belles qualités ; il aimait les sciences et les gens de lettres, était courageux, grand politique, et prenait plaisir à lire les meilleurs auteurs de l’antiquité ; mais il flétrit, par ses cruautés et par sa barbarie, la gloire que ses belles qualités pouvaient lui procurer. C’est lui qui, à la prise d’Athènes, recouvra les livres d’Aristote. Sylla voulut être brûlé après sa mort, de peur qu’on ne le déterrât pour outrager son cadavre, comme il avait fait déterrer Marius.

SYLVA (Béatrix de), fondatrice des religieuses de la Conception, était fille de Jacques de Sylva, premier comte de Portalègre, et fut élevée en Portugal, sa patrie, auprès de l’infante Elisabeth. Cette princesse ayant épousé, en 1447, Jean II, roi de Castille, mena avec elle Béatrix de Sylva. La beauté de cette dame la fit rechercher en mariage par un grand nombre de seigneurs ; ce qui ayant donné de la jalousie aux autres dames de la cour, elles la calomnièrent auprès de la reine, qui la fit mettre en prison. Son innocence ayant été reconnue, on la mit en liberté, et on lui fit à la cour des offres très-avantageuses ; mais elle les refusa, et se retira chez les religieuses de Saint-Dominique de Tolède. Elle fonda l’ordre de la Conception en 1484, et mourut peu de temps après.

SYLVEIRA (Jean de), célèbre religieux carme, natif de Lisbonne, d’une familLe noble, eut des emplois considérables dans son ordre, et s’acquit une grande réputation dans le Portugal par sa science et par ses ouvrages. Il mourut à Lisbonne le 17 juillet 1687, à 82 ans. On a de lui des Opuscules et de longs Commentaires sur les évangiles, Venise, 1751, 10 vol., et sur l’Apocalypse, Lyon, 1 vol.

SYLVESTRE (François), est le traducteur du Flambeau de la mer. Voy. Silvestre, Vanheulen).

SYLVIA ou RHÉA SYLVIA, fille de Numitor, roi d’Albe. Son oncle Amulius la fit vestale, afin de jouir de son trône sans concurrens ; mais un jour qu’elle était allée puiser de l’eau au Tibre, elle s’endormit au bord de la rivière, et rêva qu’elle était avec le dieu Mars ; Elle devint mère de Rémus et Romulus.

SYLVIUS ou DUBOIS (François), né à Brenne-le-Comte dans le Hainaut en 1581, devint chanoine de Douai, et professa, pendant plus de 30 ans, la théologie dans cette ville avec une réputation extraordinaire. Il y mourut le 22 février 1649. On a de lui d’excellens Commentaires sur la Somme de saint Thomas, et d’autres savans ouvrages imprimés à Anvers, 1698, 6 vol. in-fol.

SYLVIUS (François), professeur d’éloquence, et principal au collège de Tournai à Paris, était du village de Lævilli près d’Amiens. Il travailla avec zèle à banir des collèges la barbarie, et à y introduire les belles-lettres et l’usage du beau latin. Il publia divers Commentaires sur Cicéron, etc., et mourut au commencement du 16e siècle.

SYLVIUS (Jacques), frère et disciple du précédent, et l’un des plus célèbre médecins du 16e siècle, se rendit habile dans les langues grecque et latine, dans les mathématiques et dans la médecine, surtout dans l’anatomie. Il mourut en 1555, à 77 ans, sans avoir été marié. On a de lui divers ouvrages de médecine, Genève, 1630, in-fol. Voy. Bois.

SYMMAQUE, diacre de l’église de Rome, natif de Sardaigne, succéda au pape Anastase II, le 22 novembre 498. Le patrice Festus fit élire quelque temps après l’archiprêtre Laurent, qui s’opposa à Symmaque ; ce qui causa un grand schisme. Théodoric, roi des Goths, prononça en faveur de Symmaque, lequel fut aussi reconnu par les évêques pour pape légitime, et déclaré innocent, dans plusieurs conciles, des crimes dont il était accusé. Il excommunia l’empereur Anastase qui s’était déclaré contre le concile de Calcédoine, fit bâtir plusieurs églises avec une magnificence extraordinaire, et mourut le 19 juillet 514. Il nous reste de lui 11 Épîtres et divers Décrets. On dit que c’est lui qui ordonna de chanter à la messe, les dimanches et les fêtes des martyrs, le Gloria in excelsis.

SYMMAQUE, fameux écrivain du 2e siècle, très-connu par une version en grec qu’il fit de la Bible, était Samaritain. Il se fit juif, puis chrétien, et tomba ensuite dans les erreurs des ébionites. Il ne nous reste que des fragmens de sa version grecque de la Bible.

SYMMAQUE (Quintus Aurelius), préfet de Rome, était illustre par sa naissance, par sa probité et par son éloquence ; mais il se déshonora dans la suite par la passion qu’il fit paraître pour le rétablissement du paganisme et de l’autel de la victoire. Il trouva un puissant adversaire dans saint Ambroise, et fut banni de Rome par l’empereur Théodose-le-Grand. S’étant réconcilié avec ce prince, il fut fait consul en 391. Il nous reste de lui des Épîtres en 10 livres, qui ne contiennent rien d’important, Leyde, 1653, in-12.

SYMPOSIUS, nom sur lequel on trouve des énigmes latines dans Corpus poetarum de Maittaire, et dans d’autres recueils. Quelques-uns croient que ce nom, qui, en grec, signifie banquet, est le titre du recueil d’énigmes qui, suivant la préface, ont été proposées dans un banquet, et ils pensent que c’est le livre que Tertullien avait composé sous ce titre dans sa jeunesse.

SYNCELLE (George), célèbre moine de Constantinople au 8e siècle, est moins connu sous le nom de Georges que sous celui de Syncelle, quoique ce dernier mot soit un nom d’office, qu’on donnait au moine ou à l’ecclésiastique qui demeurait continuellement avec le patriarche, pour être témoin de ses actions, ce qui le faisait appeler l’œil du patriarche. Pour en revenir au moine Georges, qui fait le sujet de cet article, il était syncelle de Taraise, patriarche de Constantinople vers l’an 792. On a de lui une Chronographie, que le père Goar a publiée en grec et en latin, 1652, in-fol. Cette Chronographie, ou Chronologie de Syncelle, est très-importante pour la connaissance des dynasties d’Égypte. Il a suivi Jules Africain et Eusèbe, mais avec des différences.

SYNESIUS, nom d’un philosophe platonicien, dont on trouve un traité De somniis, avec Iamblique, Venise ; 1497, in-fol. ; trois Traités singuliers de philosophie naturelle, avec les fig. de Nicolas Flamel, Paris, 1612, in-4o.

SYNESIUS, éloquent disciple de la fameuse Hypacie d’Alexandrie, se fit chrétien à la sollicitation des fidèles, touchés de la régularité de ses mœurs. Il était marié et avait quatre filles, qu’il éleva avec soin. Il fut député à Constantinople en 400, et présenta son livre de la royauté à l’empereur Arcadius. Peu de temps après on l’ordonna prêtre, et l’évéque de Ptolémaïde étant mort en 410, il fut élu pour lui succéder. Synesius n’accepta cette dignité qu’avec beaucoup de répugnance, et en protestant, dans la lettre 105 qu’il écrivit à son frère à ce sujet, qu’il était incapable de ce rang ; qu’il aimait le jeu et la chasse ; qu’il ne voulait pas quitter sa femme, et qu’il ne renoncerait jamais à ses opinions, lesquelles n’étaient point conformes à la foi. Il fut néanmoins ordonné nonobstant ces protestations, dans l’espérance qu’étant évêque il se conformerait aux sentimens de l’Église. L’année suivante il célébra un concile, et l’on ne sait pas au juste le temps de sa mort. Il nous reste de lui, dans la Bibliothèque des Pères, de beaux Discours philosophiques, 155 Épîtres, des Homélies, et plusieurs autres ouvrages, dont la meilleure édition est celle du père Petau, en grec et en latin, avec des notes, 1633, in-fol. Ils méritent tous d’être lus, quoiqu’ils ne soient pas entièrement exempts des erreurs de la philosophie païenne, dont il était imbu avant sa conversion. Son frère Evoptius lui succéda.

SYNGE (Édouard), pieux et savant archevêque de Twam en Irlande, était second fils d’Édouard Synge, évêque de Corck, et était né le 6 avril 1659, à Inishonane, où son père était vicaire. Il eut aussi différens bénéfices avant que d’être élevé sur le siège de Raphoe en 1714, d’où il passa, en 1716, à Twam ; c’était une récompense de son zèle pour la maison d’Hanovre, dont deux de ses fils se ressentirent. Édouard, l’un d’eux, fut évêque d’Elphin ; l’autre, Nicolas, le fut de Killaloe. L’archevêque de Twam mourut dans son palais épiscopal en 1741, et est enterré dans sa cathédrale. Il a composé plusieurs ouvrages de morale souvent réimprimés.

SYPHAX, roi d’une partie de la Numidie, s’attacha d’abord aux Romains, et les quitta ensuite pour suivre le parti des Carthaginois ; mais ayant été vaincu et fait prisonnier près de Cyrtha, avec Sophonisbe sa femme, fille d’Asdrubal, 203 avant J.-C, les Romains donnèrent à Massinissa une partie de ses états. Ce malheureux prince mourut de chagrin quelque temps après.

SYRIE (le royaume de), fut fondé après la mort d’Alexandre,

par 
 avant J.-C.
* Séleucus-Nicanor, en 
 312
* Antiochus Soter 
 282
* Antiochus Deus 
 261
* Séleucus II, Callinicus 
 246
* Séleucus III, Ceraunus 
 227
* Antiochus III, le Grand 
 223
* Séleucus IV, Philopator 
 187
* Antiochus IV, Epiphanes 
 175
* Antiochus V, Eupator 
 164
* Démétrius Soter 
 162
* Alexandre Balas 
 151
* Démétrius II, Nicanor 
 145
* Antiochus, fils de Balas 
 145
* Diodore Tryphon 
 143
* Antiochus VII, Sidetes 
 139
* Démétrius Nicanor, rétabli 
 131
* Alexandre Zebina, tyran 
 129
* Séleucus V 
 127
* Antiochus VIII, Gripus 
 126
* Antiochus IX, Cyzicenus 
 114
* Seleucus VI, fils de Cripus 
 97
* Antiochus X, fils du Cyzique 
 95
* Antiochus XI 
 94
* Philippe, Démétrius III, Antiochus XII, en guerre 
 93
* Tygranes 
 84
* Antiochus XII 
 69
* Tygranes soumis aux Romains, et la Syrie province romaine, en 
 63

Voyez comme à Argos.

SYRIEN, Syrianus, sophiste et philosophe d’Alexandrie vers 470, eut pour successeur Proclus. Il composa quatre livres sur la République de Platon, sept livres sur la république d’Athènes, et des Commentaires sur tout Homère ; mais ces ouvrages, qui étaient estimés, ne sont point parvenus jusqu’à nous.

SYROT (Claude du Touf), baron de), né le 12 juillet 1600, descendait d’une maison napolitaine, del Tufo, attachée aux Français dans le temps des Vêpres siciliennes, et établie en Bourgogne. Il était lieutenant-général, et se distingua au siège d’Arras et à la bataille de Rocroi. Dans les guerres de la Fronde, il suivit le parti des princes contre le cardinal Mazarin ; il en commandait les troupes lorsqu’il fut blessé au pont de Gergeau, d’une mousquetade dont il mourut le 8 avril 1652. On lui avait mis une épitaphe dans l’église de Saint-Pierre du Martroi, à Orléans. Il a laissé des Mémoires, 1683, 2 vol. in-12. C’est la comtesse de Pradines sa fille qui en a procuré l’édition ; ils sont peu intéressans.

SYRUS (Publius), poète latin. Voyez Publius.

SYSIGAMBIS, mère de Darius, survécut à la mort de son fils, mais ne put survivre à celle d’Alexandre ; tant la vertu a de force sur les belles âmes.