Grand dictionnaire universel du XIXe siècle/France

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Sommaire

FRANCE (autrefois Gallia), Etat de l’Europe occidentale, que son heureuse conformation géographique, son histoire, sa littérature, ses arts et son industrie ont placé au premier rang des Etats civilisés. Cet article a été écrit avant les événements de 1870 et avant le traité de Francfort, qui en a été la conséquence. A défaut de toute autre considération, notre patriotisme nous fait un devoir de n’y rien changer. Que la revanche s’opère par les armes ou que la république universelle confonde les diverses nations de l’Europe dans une confédération d’Etats, les Etats-Unis d’Europe, la France, aujourd’hui mutilée, doit recouvrer, dans un avenir plus ou moins prochain, les deux provinces quelle a perdues.

Considérations générales. Sous le rapport de la beauté physique, la France n’a rien a envier à aucun autre Etat de l’Europe. Si, dans la description de notre belle patrie, nous devons éviter tout reproche de chauvinisme, il nous sera du moins permis de citer le témoignage d’étrangers, d’ennemis. Le chevalier Temple écrivait : « La France, noble et fertile Etat, le plus favorisé par la nature de tous ceux qui sont au monde. » De Maistre, reprenant pour son compte les paroles de Grotius, appelait la France de plus beau royaume après celui des cieux. » La France se distingue entre toutes les contrées de l’Europe par l’élégance et l’équilibre de ses formes. Nous empruntons les lignes suivantes à un des géographes les plus distingués de notre époque, à M. Elisée Reclus : « Les contours souples et mouvementés de la France s’harmonisent de la manière la plus heureuse avec la solide majesté de l’ensemble, et se développent régulièrement en une série d’ondulations rhytnmiques. Un méridien, que l’on peut considérer comme un axe idéal, réunit les deux extrémités saillantes du territoire national, en passant exactement à travers la capitale et le centre de figure, et partage la France tout entière en deux moitiés d’une symétrie parfaite, De chaque côté de cet axe, les quatre faces du grand octogone qui constitue le pourtour du territoire français se disposent suivant les lois d’une véritable polarité. Au N.-O., c’est le rivage de la Manche qui correspond à la frontière de Belgique, exposée au N.-E. ; à l’O., ce sont les côtes de la Bretagne méridionale et du Poitou qui forment, avec les plages rectilignes des Landes, un angle concave tourné vers la haute mer, tandis qu’à l’E. les limites de la France décrivent un autre angle concave vigoureusement accusé par les chaînes du Jura et le massif des Alpes. Enfin, au S.-O., l’arête des Pyrénées contraste avec les rivages méridionaux du Languedoc et de la Provence, dont la direction générale est perpendiculaire au S.-E. Ainsi la disposition symétrique des huit côtés de la périphérie est complète. Une diagonale, menée du N.-E. au S.-O à travers le centre de la France, réunit deux frontières terrestres, celles de la Belgique et de l’Espagne, tandis que la diagonale du N.-O. au S.-E. rejoint les deux mers, l’Atlantique et la Méditerranée. Pour comble de régularité, la France est parfaitement orientée dans le sens de l’équateur et du méridien. Le territoire français, si régulier dans sa forme, offre dans son relief une disposition des plus heureuses qui rappelle celle des corps organisés. Au centre, s’élève un plateau granitique, autour duquel rayonnent les fleuves et se sont déposées les alluvions des plaines, de même que dans les êtres vivants le sang circule et les chairs se forment autour de la solide charpente osseuse. A ce plateau central se rattache une série de chaînes de montagnes qui traversent diagonalement la France dans presque toute son étendue, des bords de la Garonne à la vallée du Rhin, et qui remplissent dans l’économie géographique de la contrée un rôle analogue à celui que joue l’épine dorsale dans le corps des animaux vertébrés. La France rappelle également les organismes supérieurs par là position excentrique de la capitale qui lui sert de foyer intellectuel. De même que le cerveau de l’homme se trouve situé dans la partie supérieure du corps, bien en dehors du tronc, de même la région de la France vers laquelle la pente générale des bassins et la nature géologique du sol font converger toutes les forces vives de la nation occupe la partie septentrionale du territoire et contraste par sa position avec le point culminant de l’intérieur, qui se dresse sur le rebord méridional du grand plateau central. » MM. Élie de Beaumont et Dufrénoy donnent à ces deux régions si distinctes de la France les noms de pôle attractif et de pôle répulsif. Ajoutons à ces traits généraux que la France, grâce à sa forme compacte et à l’heureuse disposition de ses bassins, constitue une individualité géographique parfaitement limitée, qu’elle n’est pas moins favorisée par la forme de son relief que par son heureuse position relativement à la masse continentale de l’Europe, et que son climat est un des plus agréables de la zone tempérée. « Enfin, dit encore M. Elisée Reclus, tous les avantages semblent s’être réunis sous la forme la plus compacte dans cette terre privilégiée, dont Strabon, saisi d’une admiration prophétique, célébrait déjà du temps des Gaulois barbares le magnifiqué avenir. »

Situation. Frontières continentales et maritimes. La France continentale est comprise entre 5°55’ de long. E. et 7°7’ de long. O., et entre 42°20’ et 51°5’ de lat. N.

La France politique a pour limites : au N. et au N.-O., depuis un point du littoral de la mer du Nord, situé entre Dunkerque et Ostende, jusqu’au cap Saint-Matthieu, la mer du Nord, le pas de Calais et la Manche ; à l’O., depuis le cap Saint-Matthieu jusqu’à l’embouchure de la Bidassoa, le golfe de Gascogne ou mer de France ; au S., depuis l’embouchure de la Bidassoa jusqu’au cap Cervera, les Pyrénées ; en partant de l’O., la frontière remonte pendant quelques kilomètres la Bidassoa, coupe le contre-fort entre la Bidassoa et la Nivelle, atteint les Aldudes entre la vallée de Bastan (Espagne) et celle de Boigorry (France), remonte le contre-fort jusqu’au col d’Orisson ; la, elle suit la crête de la grande chaîne jusqu’à la source de la Pique, et n’accorde à la France, dans ce trajet, que la forêt d’Iratie ; depuis la source de la Pique, la frontière court vers le N., pour laisser à l’Espagne le val d’Aran ou vallée supérieure de la Garonne, franchit ce fleuve à 48 kilom. de sa source, remonte vers le S. et atteint le bief de partage de la grande chaîne, qu’elle Quitte un instant pour donner à l’Espagne les sources de l’Ariége ; puis, franchissant brusquement la ligne de partage des eaux, elle donne à la France les sources de la Sègre et de ses premiers affluents ; elle reprend la grande chaîne, jusqu’au col de Pertus, où elle court directement au cap Cervera, abandonnant à l’Espagne le littoral compris entre les caps Cervera et Creus ; au S.-Ë., du cap Cervera à Menton, près de l’embouchure de la Roïa, la frontière est déterminée par la Méditerranée ; à l’E., depuis Menton, la frontière remonte au N. pour suivre l’arête des Alpes Maritimes, Cottiennes, Grées et Pennines, jusqu’au grand Saint-Bernard ; de là elle se dirige vers le N. jusqu’au lac de Genève, dont elle prend une partie de la rive gauche ; tourne ensuite autour de Genève, coupe l’Orbe près de sa source, laisse à la France les deux pentes jurassiques, atteint le mont Rixon, suit le faîte du Jura central, va joindre le Doubs au-dessus de la cascade appelée le Saut du Doubs, descend cette rivière jusqu’au-dessous du coude qu’elle fait à Sainte-Ursanne, passe entre le mont Terrible, qu’elle laisse à la Suisse, et les sources de l’Ill, qu’elle donne à la France, court parallèlement aux montagnes Bleues et arrive au Rhin un peu au S. d’Huningue ; enfin, elle descend le Rhin jusqu’à son confluent avec la Lauter ; au N., la frontière, depuis la mer du Nord jusqu’au Rhin, présente une ligne de pure convention ; elle part d’un point de la mer du Nord, qui est à 6 kilom E.-N.-E. de Dunkerque, longe d’abord le département du Nord, franchit le canal de Dunkerque à Fumes, passe les marais de la grande Moëre, traverse la Colme à Hondschoote (France) et l’Yser près de Rousbrudgge (Belgique), suit la Lys depuis Armetitières (France) jusqu’à Menin (Belgique), traverse le canal de Roubaix près de la ville de même nom, franchit l’Escaut à son confluent avec la Scarpe, puis la Haine, qui se jette dans l’Escaut à Condé (France), coupe le chemin de fer de Valenciennes à Bruxelles, entre Blanc-Misseron (France) et Quiévrain (Belgique) ; franchit la Sambre au-dessous de Maubeuge (France), coupe l’Helpe au-dessus d’Avesnes (France) et laisse à la Belgique une des sources de l’Oise ; elle fait ensuite un coude en rentrant en Belgique et se dirige parallèlement à la Meuse (rive gauche) jusqu’au-dessous de Givet (France), ou elle la franchit et la remonte (rive droite), pour couper la Semoy un peu au-dessus de son confluent, et le Chiers au-dessus de Longwy (France) ; continuant sa direction vers l’E., elle coupe l’Alzette près de sa source et au S. de Luxembourg (Hollande) ; passe la Moselle au-dessous de Sierck (France), longe la Prusse Rhénane, franchit la Nied, affluent de la Sarre, passe près de Sarrelouis (Prusse), arrive à la Blise, affluent de la Sarre, et la suit pendant quelques lieues ; traverse les Vosges au N. de Bitche (France), coupe le Schwolk et atteint la Lauter, qu’elle suit jusqu’à son crfnfluent avec le Rhin, au-dessous de Lauterbourg (France).

La France, entre Dunkerque et Bayonne, est baignée, au N. et à l’O., par les mers du Nord et de la Manche et le golfe de Gascogne ou mer de France. La côte française de la mer du Nord court de l’E. à l’O, jusqu’au cap Gris-Nez, en inclinant un peu au S, La côte de la Manche se dirige au S -S.-O., depuis le cap Gris-Nez jusqu’à la Seine, où elle court généralement à l’O. jusqu’au cap Saint-Matthieu. La côte du golfe de Gascogne court de l’O. à l’E, .un quart S., depuis le cap Saint-Matthieu jusqu’à l’embouchure de la Loire, et, depuis ce point jusqu’à la Bidassoa, elle a une direction générale vers le S. La côte française de la mer du Nord est basse, sablonneuse et peu découpée ; celle de la Manche, depuis le cap Gris-Nez jusqu’à l’embouchure de la Somme, se couvre de dunes. La côte de la Manche, depuis la Somme jusqu’à la Seine, présente alternativement des falaises, des dunes et des plages en pente douce. De hautes falaises régnent entre l’embouchure de la Seine et le golfe de Saint-Malo, sur tout le long de la presqu’île du Cotentin. La côte de la presqu’île de Bretagne, depuis la Sélune et le Couesnon jusquà la Loire, est découpée et déchirée ; elle se compose généralement de grands rochers granitiques très-escarpés. Entre la Loire et la Gironde, la côte est basse et marécageuse, quoiqu’elle continue à présenter quelques dentelures. De la Garonne à la Bidassoa, la côte est droite et remplie de dunes,

La France est baignée au S. par la mer Méditerranée. La côte française de la Méditerranée, depuis le cap Cervera jusqu’à Menton, près de l’embouchure de la Roïa, court du S. au N., du cap Cervera à l’embouchure de l’Aude ; le restant de la côte se dirige à l’E. La côte de France sur la Méditerranée est formée de rochers, depuis le cap Cervera jusqu’à l’embouchure du Tech ; elle est basse, marécageuse et coupée d’étangs, depuis le Tech jusqu’au cap Couronne. Du cap Couronne jusqu’à l’embouchure de la Roïa, elle est escarpée, élevée et dentelée.

« Une des grandes curiosités de la France, dit M. Michelet, c’est que sur toutes ses frontières elle ait des provinces qui mêlent au génie continental quelque chose du génie étranger : à l’Allemagne, elle oppose une France allemande ; à l’Espagne, une France espagnole ; à l’Italie, une France italienne ; entre ces provinces et les pays voisins il y a analogie et néanmoins opposition : ainsi, la Gascogne ibérienne n’aime pas l’ibérienne Espagne. Ces provinces analogues et différentes en même temps, que la France présente à l’étranger, offrent tour à tour à ses attaques une force résistante et neutralisante. Elle jette à la dure Angleterre la dure Bretagne, la tenace Normandie ; à la grave et solennelle Espagne, elle oppose la dérision gasconne ; à l’Italie, la fougue provençale ; au massif empire germanique, les solides et profonds bataillons de l’Alsace et do la Lorraine ; à l’enflure, à la colère belge, la sèche et sanguine colère de la Picardie, la sobriété, la réflexion, l’esprit indisciplinable et civilisable des Ardennes et de la Champagne. La France est le pays du monde où la nationalité se rapproche le plus de la personnalité individuelle. Les provinces diverses de climat se sont comprises, se sont aimées : toutes se sont senties solidaires. Le Gascon s’est inquiété de la Flandre ; le Bourguignon a joui ou souffert de ce qui se faisait aux Pyrénées ; le Breton, assis aux rivages de l’Océan, a senti les coups qui se donnaient sur le Rhin ; l’esprit local a disparu chaque jour ; l’influence du sol, du climat, de la race, a cédé à l’action sociale et politique. Le Français du Nord a goûté le Midi, s’est animé à son soleil ; le méridional a pris quelque chose de la ténacité, du sérieux, de la réflexion du Nord. La société, la liberté ont dompté la nature ; l’histoire a effacé la géographie. »

Orographie. La France forme une vaste pleine baignée par quatre mers. Des collines à pentes douces la parcourent dans tous les sens. Des montagnes de troisième et quatrième ordre, se dirigeant du S.-O. au N.-E., forment l’origine des pentes de ses deux grands versants. D’autres montagnes de premier et de second ordre la limitent au S.-O. et au S.-E. Toutes ces hauteurs donnent naissance aux nombreux fleuves qui l’arrosent, la fertilisent, et en font la plus belle et la plus riche contrée de l’Europe. La ligne de partage des eaux de la France est formée, en commençant par le S., par les Pyrénées jusqu’au pic de Corlitte ; par les Corbières occidentales, depuis le pic de Corlitte jusqu’au col de Narouze ; par les Cévennes, depuis le col de Narouze jusqu’au canal du Centre ; par la Côte-d’Or, par le haut plateau de Langres, par les monts Faucilles, par le talon méridional des Vosges, par le col de Valdieu, par le Jura, par le Jorat, par les Alpes bernoises et par le Saint-Gothard. Cette série de hauteurs détermine par son arête les deux grands versants de la France : l’un, tourné vers le N.-O. et l’O., est tributaire de l’Océan ; l’autre, tourné vers le S., est tributaire de la Méditerranée.

Notre but, dans cet article, étant seulement de faire l’orographie générale de la France, nous allons donner simplement la nomenclature et les dispositions des montagnes ou hauteurs qui composent la ligne générale de partage des eaux, ainsi que celle des rameaux ou contre-forts qui s’en détachent, et nous renvoyons, pour la description détaillée de toutes ces montagnes, aux articles qui leur sont consacrés dans le Grand Dictionnaire.

La chaîne des Pyrénées françaises court sur une longueur d’environ 380 kilom. et se divise en trois sections : les Pyrénées occidentales, du col de Goritty au mont Cylindre ; les Pyrénées centrales, du mont Cylindre au pic de Corlitte ; les Pyrénées orientales, du pic de Corlitte au cap Creus. La hauteur moyenne du massif des Pyrénées est de 2,000 mètres environ. Les monts principaux et les cols ou ports remarquables qui appartiennent à cette grande chaîne sont, en allant de l’E. à l’O. ; le pic de Corlitte ; le col de Puymoreins ; le pic de la Serrère, au fond de la vallée de l’Ariége ; le col de Rat, au fond de la vallée de Vicdessos ; le Montcalm, dans la vallée précédente ; le pic de Montvallier, au fond de la vallée de Salat ; le pic de Rions, dans la vallée d’Aran ; le col de Viella, dans la vallée précédente ; le col de la Picade, au fond de la vallée de Luchon ; le mont Crabioules, dans la vallée de Lys ; le mont Pique-Fourcanade, dans le même vallon ; le port d’Oo, au fond de la vallée de Sarboust ; le port de Clarabide, au fond de la vallée de Louron ; le port de Plan, au fond du vallon de Rioumajou ; la montagne de Troumousé, dans la vallée d’Aure ; le pic de la Cascade et la tour de Marboré, entre la vallée de la Cinca et celle de l’Estaubé ; la brèche de Rolland, le mont Taillon et le port de Gavarnie, dans les vallées de la Cinca et de l’Estaubé ; le mont Vignemale, dans la vallée de Cauterets ; le pic du Badescure, au fond de la vallée de Bun ; le Som de Soube, le port de Canfranc, dans le val d’Azun ; le pic d’Anic, à l’origine des vallées d’Aspe et de Baretous ; la montagne d’Hory, au fond de la vallée de Soule ; le sommet d’Abady, à la source de la Nive ; le port de Roncevaux, dans la vallée de la Nive. Les principaux rameaux français des Pyrénées sont, en allant de l’E. à l’O. : le Tech-Tet, qui comprend le Canigou et toutes ses branches ; le Tet-Aude, qui se détache du pic da Corlitte, court vers le S. sous le nom de Corbières orientales, tourne ensuite vers l’E. et expire dans la plaine de Narbonne ; l’Aude-Ariége (même origine que le précédent), qui court vers la N. sous le nom de Corbières occidentales, fait partie de la dorsale de l’Europe et se rattache aux Cévennes (point culminant, 2,333 mètres) ; l’Ariége-Salat, branche qui longe la rive gauche de l’Ariége et comprend toutes les hauteurs qui talutent les vallées d’Erce, de Vicdessos et de Rabat ; le Salat-Guronne, qui longe quelque temps la Garonne et couvre les anciens pays de Cominges et de Conserans ; la Garonne-Neste, contre-forts qui se détachent du faîte, depuis les sources de la Garonne et le Port-Vieux jusqu’à l’extrémité de la vallée d’Aure, et dont les points remarquables sont : l’étang du port de Venasque, le pic Quairal, le pic de Hermittans, le lac glacé du port d’Oo, le lac de Séculéjo, le pic d’Arré supérieur et le pic d’Arré inférieur ; le Neste-Baréges, connu aussi sous le nom de montagnes de Bigorre ou monts de l’Adour, rameau qui naît sur la limite des Pyrénées centrales et occidentales, court vers ie N., sépare le bassin de la Garonne de celui de l’Adour, jette un grand nombre de branches dans ces deux bassins et va se terminer par les collines du Médoc, à l’extrémité de la Gironde (points remarquables : cirques de Troumouse et d’Estaubé, col de Pimené, pic Long, pic Niéouvieille, pic de Cambielle, col du Tourmalet-Baréges, cascade et cirque de Gavarnie, vallée de Baréges ou du gave de Pau) ; le Baréges-Ossau, rameau qui se dirige ordinairement au N. et comprend les vallées de Cauterets, d’Azun et d’Ossau (points remarquables : lac de Gaube, cascade du Pont d’Espagne, pic de Gabisos, etc.) ; l’Ossau-Aspe, contre-fort qui se lie au faîte par le pic du Midi d’Ossau et court au N. jusqu’au confluent des deux gaves d’Oloron (points culminants : pic d’Aule, pic du Midi, vallée d’Ossau) ; l’Aspe-Céson, qui forme la vallée de Lordios, celle de Baretous, une partie du pays de Soule et court au N. jusqu à Navarreins et Sauveterre ; la Nivelle-Nivelle, qui commence à l’O. du port de Roncevaux, se prolonge jusqu’à Saint-Jean-de-Luz et contient le pays do Labourla Nivelle-Bidassoa, qui se détache du col de Belate, court au N.-O., sépare pendant quelques kilomètres la France de l’Espagne, constitue les montagnes des Aldudes, entre en France et expire à l’embouchure de la Bidassoa.

Les Cévennes appartiennent entièrement à la dorsale européenne. Elles commencent au col de Narouze, point de partage des eaux du canal du Midi, courent au N.-E. jusqu’au mont Pilate, l’un des sommets les plus remarquables du Lyonnais ; mais, à partir de ce point, elles se dirigent au N. : le canal du Centre les sépare de la Côte-d Or. Leur développement est d’environ 500 kilom. On appelle Cévennes méridionales la partie qui est au S. des sources de l’Allier, et Cévennes septentrionales la partie qui est au N. des sources de cette rivière. Les Cévennes méridionales forment cinq sections, savoir : 1º les montagnes Noires, qui commencent au N. de Castelnaudary et s’étendent vers l’E. jusqu’à la source du Jaur ; leur longueur est de 60 kilom. et leur élévation moyenne de 5 à 600 mètres ; 2º les montagnes de l’Espinous, qui continuent le tronc des Cévennes, en suivant la même direction que les précédentes pendant 40 kilom. ; la hauteur moyenne de ces montagnes est de 6 à 700 mètres ; 3º les montagnes de l’Orb, qui sont ainsi nommées parce qu’elles donnent naissance à l’Orb de Béziers ; elles suivent la même direction jusqu’aux sources de la Sorgue, sur une longueur de 25 kilom. ; la hauteur moyenne est de 7 à 800 mètres ; 4º les monts Garrigues, qui succèdent aux montagnes de l’Orb et se prolongent, sur une longueur d’environ 50 kilom., jusqu’au mont Laigonal, avec une hauteur moyenne de 8 à 900 mètres, et ont pour point culminant le pic de Montant (1,040 m.) ; 5º les monts du Gévaudan, qui courent du mont Laigonal aux sources de l’Allier, pendant 50 kilom. ; leur direction est du S.-O. au N.-E. Cette section a une hauteur moyenne de 1,200 mètres, et pour point culminant le mont Lozère (1,490 m.).

Les Cévennes septentrionales forment quatre sections, savoir : 1º les monts du Vivarais, commençant les Cévennes septentrionales, et courant pendant 80 kilom., depuis les sources de l’Allier jusqu’au mont Pilate ; leur direction est du S.-O. au N.-E., et leur élévation moyenne de 1,400 à 1,500 mètres ; les points culminants sont le Gerbier-des-Joncs (1,562 m.) et le Mezenc (1,774 m.) ; 2º les monts du Lyonnais, qui se dirigent au N., depuis le mont Pilate, point culminant (1,072 m.), jusqu’au mont de Tarare ; leur étendue est de 80 kilom., et l’élévation moyenne du massif d’environ 800 mètres ; 3º les monts du Beaujolais, qui succèdent aux précédents et courent au N. pendant 40 kilom., depuis le mont de Tarare, point culminant (1,450 m.), jusqu’à la source du Sornin ; l’élévation moyenne du massif est de 600 mètres ; 4º les monts du Charolais, qui partent de la source du Sornin, affluent de la Loire, courent au N. pendant 60 kilom. et terminent au grand canal du Centre le grand tronc des Cévennes. Leur élévation moyenne est de 400 mètres. La Haute-Joux (994 m.) forme le point culminant.

Parmi les rameaux orientaux qui se détachent des Cévennes méridionales, les plus importants sont : 1º les monts Coiron, que projettent les monts du Vivarais pour former la paroi du Nord de l’Ardèche jusqu’à son confluent avec le Rhône ; 2º le mont d Or, qui, en se détachant des monts du Lyonnais, se partage en deux branches : l’une se dirigeant vers le N.-E. et se terminant sur les bords de la Saône ; l’autre inclinée un peu plus vers le S. et expirant au confluent du Rhône et de la Saône ; 3º les monts du Màconnais, qui naissent au S. des monts du Charolais et qui bordent la Saône depuis le confluent de la Brévanne jusqu’à celui de la Grône.

Les rameaux occidentaux des Cévennes sont très-remarquables par leur étendue et leur élévation. Ces rameaux sont, en allant du S. au N. : 1º le rameau qui se détache des monts Espinous pour courir à l’O., sous le nom de Lacaune, entre l’Agout et l’Adou ; 2º le contre-fort entre le Lot et le Tarn, qui prend naissance au massif des monts Lozère, court vers le S.-O., forme le plateau de Lévezon, et se partage en deux branches, qui courent, l’une au N. entre le Lot et l’Aveyron, l’autre au S. entre l’Aveyron et le Tarn, jusqu’au confluent des deux rivières ; 3º le contre-fort entre la Loire et la Garonne, le plus remarquable des Cévennes, qui sépare le bassin de la Loire de celui de la Garonne, les couvre de ses nombreuses branches et forme les ceintures des bassins de la Charente et de la Sevré. Ce grand rameau se détache des monts du Gévaudan, entre la source du Lot et celle de l’Allier, et se dirige vers le N.-O., sous le nom de Margeride. Cette première section a une élévation moyenne de 1,200 mètres. Pierre-sur-Haute (1,634 m.) est son point culminant. Elle envoie vers l’O., entre le Lot et la Truyère,les monts d’Aubrac ou de Saint-Urcize. Les montagnes d’Auvergne, qui succèdent aux monts de la Margeride, se dirigent vers l’O. jusqu’au Plomb-du-Cantal, puis, vers le N., jusqu’au mont Dore, puis enfin, vers le N.-O., jusqu’au mont Odouze. Elles forment le plateau le plus élevé de l’intérieur de la France, et culminent par le Plomb-du-Cantal (1,85S m.) et le Puy-de-Sancy (l,897 m.), la plus haute sommité du mont Dore. Le mont Dore au N., entre l’Allier et la Sioule, donne un rameau fort important, que la forme particulière de ses sommets a fait appeler la chaîne des dômes. Son point culminant, le Puy-de-Dôme, a une hauteur absolue de 1,468 mètres et dépasse de 630 mètres le plateau qui lui sert de base. D’autres branches fort étendues, mais peu importantes par leur élévation, se détachent de la pente septentrionale des monts d’Auvergne pour séparer la Sioule, l’Allier et la Loire du Cher, le Cher de l’Indre, l’Indre de la Creuse. Sur le versant méridional des mêmes monts, nous signalerons le contre-fort qui se détache du massif du Cantal pour courir, à l’O., entre le Lot et la Dordogne. Le mont Bosat (1,517 m.) est le point culminant de ce rameau, dont une partie forme les montagnes du Quercy. Les monts du Limousin succèdent à ceux d’Auvergne et s’étendent du mont Odouze aux sources de la Charente. Leur partie orientale longe et talute le plateau de Millevaches. Le mont Odouze (1,304 m.) est le point culminant de ces montagnes, qui forment la limite occidentale, du plateau central de la France. Le mont Odouze envoie dans le bassin de la Loire un contre-fort qui, sous le nom de monts de la Marche, court au N., à l’O., puis encore au N., pour séparer la Vienne de la Gartempe et de la Creuse. Un autre rameau se détache de la partie occidentale des monts du Limousin, court au S.-O., sous le nom de collines du Limousin, puis, au N.-O., sous celui de collines de Saintonge, et se termine à l’embouchure de la Gironde par la pointe de la Coubre. Les monts du Poitou commencent à la source de la Charente, se prolongent jusqu’à celle du Thouetet Sont continués par les hauteurs du plateau de Gatine, qui expirent à l’embouchure de la Loire ; 4º le contre-fort entre la Loire et l’Allier, qui se détache des monts du Vivarais, et court vers le N., en prenant successivement le nom de monts du Velay, du Forez, de la Madeleine. Le puy de Montorcelle (1,652 m.) est le point culminant de ce contre-fort.

La chaîne des Vosges court du S.-S.-O. au N.-N.-E., entre le Rhin et la Moselle. Le revers oriental de ces montagnes domine les plaines de l’Alsace et de la Bavière Rhénane. Le revers occidental s’abaisse graduellement pour s’effacer dans les plateaux et les plaines de la Prusse Rhénane, de la Lorraine et de la Franche-Comté. Cette chaîne qui présente une longueur de 2S0 kilom., depuis le ballon d’Alsace jusqu’au confluent de la Moselle, peut se diviser en Vosges méridionales ou françaises et en Vosges septentrionales ou allemandes. Les Vosges françaises courent du S.-S.-O. ou N.-N.-E., depuis le ballon d’Alsace jusqu’à la source de la Lauter, et diminuent d élévation à mesure qu’elles s’avancent vers le N. Les montagnes les plus remarquables sont : le ballon de Servance (1,210 m.), le ballon d’Alsace (1,250 m.), le ballon de Guebwiller (1,426 m.), point culminant des Vosges ; les Chaumes (1,275 m.), le Bressoir (1,220 m.), le Champ-de-Feu (1,030 m.), le Donon (1,000 m.). La plus grande longueur des Vosges méridionales est de 80 kilom., à Remiremont ; à Saverne, elle n’est que de 8 kilom. La chaîne des Vosges n’appartient à la dorsale de l’Europe que par le ballon d’Alsace, son extrémité méridionale.

Les ramifications des Vosges renferment quatre sections de la dorsale européenne, savoir : les collines de Belfort jusqu’au col de Valdieu, les monts Faucilles, le plateau de Langres et la Côte-d’Or. 1º Les collines de Belfort se détachent des Vosges méridionales et se dirigent au S.-E. du ballon d’Alsace, vers le col de Valdieu, par où passe le canal de l’Est ou du Rhône au Rhin. On appelle trouée de Belfort la dépression que forment les collines qui relient les Vosges au Jura. 2º Les monts Faucilles prennent naissance au ballon d’Alsace et courent du S.-E. au N.-O., jusqu’aux sources de la Meuse. Ils ont pour point culminant les Fourches (190 m.), et leur hauteur moyenne est de 400 mètres. 3º Le plateau de Langres court des sources de la Meuse au mont Tasselot, en se dirigeant du N.-E. au S.-O. Sa longueur est de 80 kilom. et sa hauteur moyenne de 430 mètres. 4º La Côte-d’Or, qui succède au plateau de Langres, se dirige vers le S., depuis le mont Tasselot jusqu’au canal du Centre. Des monts Faucilles se détache un contre-fort qui commence vers la source du Madon, affluent de la Moselle, court vers le N., sépare le bassin de la Meuse de celui du Rhin, et comprend toutes les montagnes situées entre la Meuse et la Moselle. Son élévation moyenne est de 300 mètres. Il porte le nom d’Argonne orientale jusque vers le N. de la source de l’Ornes ; cette première partie présente une longueur de 130 kilom. Ce contre-fort s’écarte ensuite de la Meuse en faisant vers l’E. un détour pour prendre le nom d’Ardennes orientales. Du plateau de Langres se détache, depuis la source du Rognon, affluent de la Marne, un contre-fort qui sépare le versant de la Manche de celui de la mer du Nord et le bassin de la Seine de celui de la Meuse. Il prend successivement les noms de monts de Meuse, d’Argonne occidentale et d’Ardennes occidentales, jusqu’aux sources de la Somme et de l’Escaut, où il se divise en plusieurs séries de collines dont les principales sont celles de l’Artois, de la Picardie et de la Belgique. De la Côte-d’Or une longue branche s’étend de l’E. À l’O. sur une longueur de 600 kilom., sépare le versant de la Manche de celui du golfe de Gascogne, et le bassin de la Loire de celui de la Seine. Elle commence au mont Moresol. vers la source de l’Arroux, prend le nom de chaîne du Morvan jusqu’à la source du Loing et culmine par le Beuvron. Ce contre-fort se continue par un dos de terrain qui renferme la forêt d’Orléans, par le plateau d’Orléans, par les plateaux de Courville, par les collines du Perche, par les monts de la Normandie, qui poussent au N.-O. les montagnes du Cotentin pour former l’arête de cette presqu’île, depuis la source de la Vire jusqu au cap de la Hogue. Depuis la Vire, les monts de Normandie tournent brusquement vers le S., prennent le nom de montagnes du Maine et rencontrent, près des sources de la Vilaine, les montagnes de la Bretagne, qui continuent le long rameau de la Côte-d’Or. Les montagnes de Bretagne constituent la charpente de la presqu’île de ce nom, et commencent à la source de la Vilaine par des collines qui courent entre la Vire et le Couesnon ; puis elles se relèvent et conservent leur nom de monts de Bretagne et celui de Menez, jusqu’à la source du Blavet. Là, elles se bifurquent : la principale branche, sous le nom de monts d’Arrèe, conserve la direction E.-O, et va se terminer à la pointe Saint-Matthieu ; l’autre branche, sous le nom de montagnes Noires, court d’abord vers le S. puis vers l’O., et forme la ceinture orientale et méridionale du bassin de l’Aulne.

La chaîne du Jura français, située entre le Rhône et le Rhin, se dirige du N.-E. au S.-O.,sur une longueur de 300 kilom. et une largeur de 60. On divise le Jura : 1º en Jura méridional, depuis le Grand-Credo, sur les bords du Rhône, jusqu’au col de Saint-Cergues ; 2º en Jura central, depuis le col de Saint-Cergues jusqu’au mont Rixon, vers les sources du Doubs ; 3º en Jura septentrional, jusqu’au Rhin. Les principales montagnes du Jura sont : le Reculet (1,720 m.), le mont Tendre (1,699 m), le mont Dôle (1,681 m.). Le Jorat joint le Jura aux Alpes.

Les montagnes du système alpique français se composent d’une partie du versant septentrional des Alpes Pennines, du versant occidental des Alpes Grées, Cottiennes et Maritimes, et de tous les contre-forts de ces sections alpiques qui couvrent une partie du bassin du Rhône. Les Alpes Pennines commencent au groupe du Saint-Gothard et se terminent au mont Blanc. Les points culminants sont : le mont Rose (4,618 m.), le mont Cervin (4,522 m.), le mont Blanc (4,795 m.) ; c’est le point le plus élevé d’Europe. Les Alpes Grées se dirigent du N. au S., sur une longueur de 100 kilom. ; elles ont pour points culminants : le mont Iseran (4,045 m.) et le mont Cenis (3,300 m.). Les Alpes Cottiennes courent du N. au S-, pendant 100 kilom. Les points culminants sont : le mont Tabor (3,172 m.), le mont Genèvre (3,692 m.) et le mont Viso (3,836 m.). Les Alpes Maritimes commencent au mont Viso et se prolongent pendant 200 kilom., jusqu’au col de Cadibone. Elles forment un arc de cercle dont la convexité est tournée du côté de la France. Le point culminant de cette section est le mont Longet (3,153 m.).

Les rameaux que les Alpes françaises envoient dans le bassin du Rhône sont : 1º le rameau qui se détache des Alpes Pennines, au grand Saint-Bernard, court, au N.-O., entre le Rhône et l’Arve, et forme deux tranches entre lesquelles coule la Dranse ; 2º un contre-fort qui se détache du massif du mont Blanc en se bifurquant : une branche court entre l’Arve et le Fier et se termine sur les bords du Rhône par le mont Vouache, l’autre couvre de ses rameaux tout le pays situé entre le Rhône et l’Isère et porte le nom de Bauges ; 3º un contre-fort qui se détache du mont Iseran pour courir entre l’Isère et l’Arc ; 4º un rameau qui se détache du mont Tabor et se divise en deux branches : l’une qui court entre l’Arc, la Romanche et le Drac, et dont le point culminant, la montagne des Trois-Ellions, atteint 3,888 mètres ; l’autre, qui court au S.-O., longe la Durance et la sépare du Drac, de la Drôme et de l’Aigues, et se termine vers le confluent de la Durance, sous le nom de Lébéron ; 5º un contrefort qui part des Alpes Maritimes, entre la source du Var et celle de l’Ubaye, et se divise, dès l’origine, en deux rameaux : l’un, au N., suit la rive droite du Verdon jusqu’à son confluent avec la Durance ; l’autre rameau suit la rive gauche de la rivière et se termino dans la presqu’île de Giens, après avoir projeté plusieurs petites chaînes.

Hydrographie. Nous venons d’énumérer la série de montagnes et de collines qui forment, pour ainsi dire, la partie osseuse de la France ; nous allons donner la nomenclature de ce que l’on pourrait appeler sa partie artérielle, c’est-à-dire de ses cours d’eau. « Grâce, dit M. Elisée Reclus, à l’abondance et à la répartition assez égale des pluies qui tombent sur le territoire français, gràce aussi à la déclivité générale du sol, qui fait descendre rapidement les eaux des Alpes, des Pyrénées et du plateau central, et les empèche de séjourner dans les bas-fonds, la France est une des régions terrestres arrosées avec le plus de régularité et sur la plus grande surface. En moyenne, le territoire entier reçoit chaque année au moins 37 milliards de mètres cubes d’eau de pluie, total considérable qui, ramené à la seconde, donne encore 11,689 mètres cubes pour la précipitation de l’humidité pendant ce court espace. Or, la masse d’eau que tous les tributaires de l’Océan et de la Méditerranée leur apportent, en moyenne, semble devoir être, après les divers jaugeages partiels, de 3,500 mètres cubes d’eau au plus, soit d’un quart à un tiers de la quantité d’eau de pluie tombée dans leurs bassins. La Seine, la Loire, la Garonne, le Rhône roulent la plus grande partie de ces eaux et sont, avec le Rhin, les fleuves les plus importants du pays. En outre, deux cents rivières offrent aux bateliers un développement de plus de 7,000 kilom. de cours plus ou moins flottables ou navigables ; mais, de jour en jour, cette navigation devient relativement moins utile aux habitants, à cause de la concurrence que font aux voies naturelles les voies artificielles, canaux, routes, lignes de fer. »

Les hauteurs qui appartiennent à la dorsale de l’Europe, depuis les Pyrénées occidentales jusqu au Saint-Gothard, divisent la France en deux versants : l’un tourne vers le N.-N.-O., tributaire de l’océan Atlantique ; l’autre tourné vers le S.-E., tributaire de la mer Méditerranée. Le versant de l’océan Atlantique, qui occupe plus des trois quarts de la surface de la France, se subdivise en trois versants particuliers : 1º le versant français de la mer du Nord ; 2º le versant de la mer de la Manche ; 3º le versant de la mer de France ou golfe de Gascogne. Le versant français de la mer du Nord ne forme qu’une partie du versant continental de cette mer, et a pour ceinture le contre-fort qui parcourt le plateau de Langres jusqu’au cap Gris-nez, et la dorsale de l’Europe depuis les monts Faucilles jusqu’au Saint-Gothard. Le versant de la Manche embrasse la partie dos côtes comprise entre le cap Gris-Nez et la pointe Saint-Matthieu, et a pour ceinture le rameau qui s’étend du plateau de Langres et de la Côte-d’Or jusqu’au mont Moresol, et le rameau qui s étend du mont Moresol à la pointe Saint-Matthieu. Le versant de la mer de France ou golfe de Gascogne embrasse les côtes situées entre le.cap Saint-Matthieu et la Bidassoa ; il a pour ceinture le rameau du mont Moresol à la pointe Saint-Matthieu, la Côte-d’Or, depuis le mont Moresol jusqu’au canal du Centre, les Cévennes septentrionales et méridionales et les Corbières occidentales, les Pyrénées centrales et occidentales. Le versant de la mer Méditerranée embrasse les côtes de France comprises entre le cap Cervera et l’embouchure de la Roïa, et a pour ceinture les Pyrénées orientales, qui le séparent du versant hispanique de la Méditerranée ; la dorsale de l’Europe, depuis le pic de Corlitte jusqu’au Saint-Gothard ; les Alpes occidentales, qui le séparent du versant de l’Adriatique.

La ligne générale de partage des eaux est formée par plusieurs chaînes de montagnes, qui forment comme une arête centrale. Les ramifications que projette cette ligne de partage forment six bassins principaux, dont cinq sur le versant de l’O. et du N., et un sur le versant du S. Au fond de ces bassins coulent les fleuves de France et leurs affluents. Co sont : le bassin de la Garonne, le bassin de la Loire, le bassin de la Seine, le bassin de la Meuse, le bassin du Rhin et le bassin du Rhône.

Le bassin de la Garonne ou de la Dordogne et de la Garonne réunies est borné, à l’O., par le golfe de Gascogne ; au S., par les Pyrénées occidentales et centrales ; à l’E., par les Corbières occidentales et les Gévennes méridionales, au N., par les monts de la Margeride, d’Auvergne, du Limousin, du Poitou, ramifications des Cévennes. Les principaux cours d’eau compris dans le bassin de la Garonne, et dans les deux, bassins secondaires de la Charente et de l’Adour qui s’y rattachent, sont : la Cère, la Vézère, l’Isle, la Dronne, affluents de la Dordogne ; la Neste, l’Arize, l’Ariége, le Tarn, le Lot, la Truyère, le Gers, la Bayse, le Dropt et l’Aveyron, affluents de la Garonne ; la Gironde, la Leyre, l’Adour, le Gave de Pau, le Gave d’Oloron, la Têt, l’Aude, l’Hérault, etc.

Le bassin de la Loire est borné à l’O. par l’océan Atlantique ; au S., par les montagnes qui formant la limite N. du bassin de la Garonne ; à l’E, par les Cévennes septentrionales et une partie de la Côte-d’Or ; au N., par la ramification de cette chaîne qui porte les noms de collines du Morvan et du Nivernais, de plateau d’Orléans, de collines du Perche, de Normandie, du Maine, et de monts Arrée. Les principaux cours d’eau du bassin de la Loire sont : l’Arroux, la Nièvre, le Thouet, la Dive, l’Authion, la Mayenne, l’Oudon, la Sarthe, le Loir, l’Erdre, le Brivé, affluents de la rive droite de la Loire ; l’Allier, le Loiret, le Cher, l’Indre, la Vienne, qui reçoit le Clain ; la Creuse, le Layon, la Sevré Nantaise et l’Achenau, qui reçoit la Boulogne ; l’Ognon et le Tenu, affluents de la rive gauche du fleuve. Les affluents secondaires de ce bassin et directs de l’Océan sont : l’Aune, le Scorp, le Blavet et la Vilaine avec ses affluents de droite, le Meu et l’Oust, qui reçoit l’Aff et l’Arz, et ses affluents de gauche, le Cher, le Don, l’Isac.

Le bassin de la Seine est borné au N. par la Manche ; au S., par les montagnes qui forment la limite N. du bassin de la Loire ; à l’E., par une portion de la Côte-d’Or et le plateau de Langres ; au N.-E. et au N., par le contre-fort de ce plateau, qui porte le nom de monts de la Meuse, Argonne occidentale, Ardennes occidentales, collines de Picardie et du pays de Caux. A ce bassin principal il faut rattacher les bassins secondaires de la Somme au N., de l’Orne et de la Vire au S. Parmi les cours d’eau compris dans le bassin de la Seine, nous signalerons : la Seine avec ses affluents, dont les principaux sont : l’Aube, la Marne, qui reçoit l’Ourcq et le Grand Morin ; l’Oise, qui reçoit l’Aisne et l’Andelle à droite, l’Yonne, le Loing, l’Eure et la Rille à gauche ; la Canche, la Somme et ses affluents, l’Avre à gauche, la Luce à droite ; la Toucques, la Dive, qui reçoit la Vie ; l’Orne, la Vire, la Douve, qui reçoit la Sève et la Tante : la Sienne, la Sée, la Sélune, le Couesnon, l’Arguenon, le Gouet, le Trieux, le Tréguier, le Guier, qui portent directement leurs eaux dans la Manche.

Le bassin de la Meuse est borné au N. par la mer du Nord ; au N.-O. et à l’O., par les montagnes qui forment la limite N. du bassin de la Seine ; au S., par les monts Faucilles ; à l’E., par le contre-fort de l’Argonne orientale et des Ardennes orientales. A ce bassin il faut ajouter le bassin secondaire de l’Escaut, la partie septentrionale des bassins de la Meuse et de l’Escaut se trouvant en dehors des limites politiques de la France. Le bassin principal est formé de la Meuse et de ses affluents, la Sambre et le Chiers.

Le bassin du Rhin (la partie O. et S. du cours du Rhin appartient seule aux bassins formés par le système orographique de la France) est borné à l’O. par les montagnes qui forment la limite E. du bassin de la Meuse ; au S.-O. et au S., par les monts Faucilles et les collines de Belfort. Parmi les affluents du Rhin qui prennent leur source en France, nous citerons : l’Ill, la Moder, la Lauter et la Moselle.

Le bassin du Rhône est borné à l’O. par les Pyrénées orientales, les Corbières occidentales et les Cévennes ; au N., par la Côte d’Or, le plateau de Langres, les Faucilles, les collines de Belfort ; à l’E., par le Jura, le Jorat, les Alpes Bernoises, Pennines, Grées, Cottiennes et Maritimes. Les cours d’eau les plus importants de ce bassin sont : le Furens, l’Ain, grossi de la Bienne ; la Saône, qui reçoit le Doubs, la Saille et la Reyssousse ; l’Ardèche, le Gard, affluents de la rive droite du Rhône ; l’Isère, la Drôme, la Durance, grossie de la Bléonne et du Verdon, affluents de la rive gauche du fleuve. Dans ce bassin, les affluents directs de la Méditerranée sont : l’Aude, l’Orb, l’Hérault, l’Argens et lé Var.

Hydrographie des côtes (caps, golfes, havres, ports, îles, etc.). D’après les récents travaux hydrographiques de M. Baude, le pourtour du littoral français, en suivant les sinuosités, est de 2,693 kilom., dont 619 sur la Méditerranée, 985 sur le golfe de Gascogne et 1,089 sur la Manche et Ta mer du Nord, jusqu’à Dunkerque ; mais ces côtes ont des aspects bien différents. Là où les montagnes arrivent jusque sur le littoral et plongent dans la mer leurs dernières collines, la côte est ferme, chargée de caps et de pointes rocheuses qui laissent entre leurs extrémités de grandes rades et des ports naturels. Lorsque, au contraire, les montagnes sont loin et qu’une vaste plaine sépare leur pied des bords de la mer, la côte est basse, unie, couverte de vase ou de dunes de sable, souvent aussi de marais salants et de lagunes pestilentielles. De la frontière de Belgique jusqu’au delà de Calais, le rivage, presque rectiligne, comme le sont en général les côtes basses, est rendu assez dangereux par les bancs de sable parallèles qu’ont déposés devant lui les eaux de la mer du Nord. Ses ports : Dunkerque, Gravelines, Calais, sont plutôt artificiels que naturels, et doivent être défendus à grands frais contre l’envahissement des alluvions. Une chaîne de dunes, qui a donné son nom à Dunkerque, borde la rive et dresse quelques-uns de ses tertres mobiles à 50 mètres de hauteur. À l’O. de Calais seulement, la côte, formée par les derniers escarpements des collines de l’Artois, offre une ligne de falaises qui flanquent les deux promontoires de Blanc-Nez et de Gris-Nez. C’est entre ces deux pointes que se trouve le port de Wissant, considéré par la plupart des archéologues comme le Portus Jtius où César s’embarqua pour l’Angleterre. Le cap Gris-Nez est le point de la côte de France le plus rapproché de la Grande-Bretagne. A partir de ce cap, la côte change brusquement de direction et court presque en ligne droite vers le S. jusqu’à l’entrée de la baie de la Somme. D’abord assez élevée, elle s’abaisse bientôt et les falaises sont remplacées par des chaînes de dunes que le vent poussait autrefois devant lui, et que l’on a fixées au moyen de plantations de joncs maritimes. Cette partie du rivage, battue fréquemment par de terribles vsnts d’ouest, est une des plus dangereuses du littoral français. Ses ports sont d’une entrée difficile et seraient promptement ensablés s’ils n’étaient entretenus à grands frais. La région comprise entre la mer et la base des collines de l’Artois, depuis l’embranchement de la Canche jusqu’à celui de la Somme, est de formation récente. Au S. de la baie de la Somme, la côte, commençant à prendre la direction du S.-O. qu’elle doit garder jusqu’au cap d’Antifer, offre quelques terres basses jadis parcourues par un bras de la Somme ; mais.elle se relève peu à peu pour former une falaise de 60 à 100 mètres de hauteur, coupée seulement de distance en distance par les embouchures des petites rivières du pays de Caux. Le Tréport, Dieppe, Saint-Valery-en-Caux, Fécamp, groupent leurs maisons dans une brèche de la falaise. Le grand courant de l’Atlantique, qui parcourt la Manche pour se rendre dans les mers du Nord, vient se heurter au cap d’Antifer et se divise en deux bras, dont l’un continue le courant principal jusqu’aux bouches de l’Escaut, tandis que l’autre reflué en arrière et se dirige au S., vers l’embouchure de la Seine. A l’O. de Honfleur et de la baie de Seine, la côte de Normandie, d’abord, infléchie vers le S., prend ensuite sa direction vers l’Occident jusqu’au golfe d’Isigny et de Carentan, obstrué de bancs de sable. Cette partie du littoral, beaucoup plus basse que le rivage du pays de Caux, est longée comme lui par un courant qui se porte de l’O. à l’E., en rongeant les rochers. A l’O. de l’embouchure de l’Orne, la côte, sauvage et inhospitalière, est, sur presque toute sa longueur, bordée de formidables écueils, dont le principal est celui du Calvados. Au golfe marécageux de Carentan commence la presqu’île du Cotentin, qui développe sa côte élevée dans la direction du N., en formant la belle rade de la Hougue. A la pointe de Barfleur, la côte se reploie vers l’O., et décrit en arc de cercle une gracieuse baie, dont Cherbourg occupe la partie centrale. Le promontoire de la Hogue limite, à l’O., la presqu’île du Cotentin et domine l’entrée du golfe des îles normandes. Le Raz-Bianchard, détroit qui sépare le cap de la Hogue de l’île anglaise d’Aurigny, le passage de la Déroute, les écueils des Grunes, les bancs Fêlés, les bas-fonds de la Chaussée-des-Bœufs, enfin les îlots rocheux de l’archipel Chausey, tels sont les principaux points redoutables que l’on rencontre du cap de la Hogue à la baie Saint-Michel. Sur tout ce parcours, qui est de 130 kilom., on ne rencontre que le port de Granville. La baie Saint-Michel, qui forme l’extrémité S.-E. du golfe des îles Normandes, est l’un des parages les plus curieux des mers françaises. À l’O. de la rade de Cancale, qui forme l’extrémité occidentale de la baie Saint-Michel, commence cette âpre côte granitique de Bretagne, hérissée de promontoires, frangée d’écueils, déchiquetée par de profondes découpures. Les premières indentations de la côte offrent encore, à l’heure du reflux, de très-vastes plages : telles sont les grèves qui s’étendent à 1 entrée de l’estuaire gardé par la ville de Saint-Malo, et qui ont remplacé une ancienne péninsule, dont l’île Sésambre est aujourd’hui le seul débris ; tels sont aussi les sables de Ploubalay, de la Frenay, et surtout ceux de la grande baie de Saint- Brieuc ; mais, plus à l’O., au delà de PaimpoL la cote, défendue par des archipels d’îlots rocheux, n’offre plus que rarement des plages sablonneuses. « La plupart de ces criques, dit M. Elisée Reclus, sont remplies de galets que le flot arrache aux rochers voisins et froisse incessamment avec un bruit sinistre. » Cette partie du littoral offre un grand nombre de ports : ceux qui sont situés aux embouchures des rivières de Lannion et de Morlaix, le détroit de Roscoff, l’Aber-Vrachi, l’Aber-Benoît, l’Aber-Ildut. Entre ces deux derniers havres, la côte tourne brusquement au S. ; on est rivé à l’extrémité occidentale de la péninsule de Bretagne, à cette limite qui a valu à la contrée le nom de Finistère. A 18 kilom. à l’O., apparaît l’île d’Ouessant, au S. de laquelle on trouve un archipel d’écueils et d’îlots noirâtres. Quand on a doublé le cap Saint-Matthieu, en se dirigeant à l’E., on rencontre le goulet qui donne accès dans la magnifique rade de Brest. À droite, c’est la presqu’île de Crozon, qui projette d’un côté la péninsule de Quélen pour former la rade de Brest, et, de l’autre, le cap de la Chèvre, qui protège la baie de Douarnenez, formée au S. par la pointe du Raz, en face de laquelle s’étend l’île de Sein. Immédiatement au S. de la pointe du Raz commence le revers méridional de la côte de Bretagne. Elle forme d’abord la baie d’Audierne, terminée par la pointe de Penmarch, ensuite l’anse de Benodet, la baie de la Forest, enfin l’important bras de mer qui donne accès à Port-Louis et à Lorient. Des récifs, des Ilots, l’île de Glenan, l’île de Groix, disposés parallèlement à la côte, indiquent en cet endroit l’existence d’une chaîne sous-marine, dont les cimes seulement apparaissent au-dessus des flots. Au delà de Lorient, la plage, basse et sablonneuse, est bordée d’un cordon littoral que les vagues ont percé, pour former dans l’intérieur des terres l’estuaire marécageux connu sous le nom de rivière d’Etel ; puis on rencontre la presqu’île de Quiberon, au S. de laquelle on voit Belle-Isle. La baie de Quiberon, protégée à l’O. par la presqu’île du même nom, s’arrondit en demi-cercle pour baigner les plages de Carnao et de Locmariaker, au delà desquelles s’ouvre le chenal qui mène dans le golfe intérieur du Morbihan. Puis vient l’estuaire de la Vilaine ; la côte change de direction et développe vers le S. ses baies et ses promontoires peu élevés. Le port du Croisic est le dernier qui s’ouvre sur cette partie, du littoral, au N. de l’embouchure de la Loire.

Au S. de la pointe Saint-Gildas, qui garde l’entrée méridionale de la Loire, la grande baie de Bourgneuf pénètre au loin dans les terres ; vers le S.-E., elle est presque fermée par l’île de Noirmoutier, séparée du continent par un détroit qui, à marée basse, livre passage aux voitures et aux charrettes. Une autre île se dresse à 15 kilom. en mer ; c’est l’île d’Yeu ou Dieu. À partir du détroit de Fromentine, la côte, à peu près rectiligne, bordée de hautes dunes et frangée d’un petit nombre de récifs, se dirige vers le S.-E. Au delà des Sables-d’Olonne, la côte se reploie graduellement vers l’E. et arrondit ses plages sablonneuses en une vaste circonférence, que remplissent les eaux de l’anse d’Aiguillon. Au S. de la presqu’île d’Arivert s’ouvre l’estuaire de la Gironde. Le point le plus remarquable du littoral Voisin est la pointe de Grave, au N. de laquelle se voit l’écueil de Cordouan. Ici encore la mer ronge et détruit les points les plus saillants. A la pointe de la Négade, située au S. d’un petit village de bains qui a remplacé l’ancienne ville de Soulac, ensevelie par les sables, commence cette remarquable côte des Landes, qui, sur une longueur de 200 kilom., est presque aussi régulière qu’un degré du méridien.

Les côtes de la Méditerranée, à l’extrémité orientale de la chaîne pyrénéenne, offrent quelque ressemblance avec celles de l’Océan entre Biarritz et l’embouchure de la Bidassoa ; mais elles sont plus.abruptes, plus déchiquetées et baignées par une mer plus profonde. La limite méridionale du golfe du Lion est marquée par la limite méridionale du cap Creus, mais c’est plus au N., au cap Cerbère, que commence la côte française. Elle s’infléchit d’abord à la petite anse de Banyuls ; puis, au delà du cap Béarn et de ses contre-forts, elle se resserre vers l’intérieur des terres, pour embrasser le mouillage de Port-Vendres. Viennent ensuite le port de Collioure et le promontoire d’Argelès. Alors la plage, basse et sablonneuse, se prolonge en ligne droite dans la direction du N. Le grand courant de la Méditerranée occidentale se dirige de l’E. à l’O., de Gênes sur Marseille, de Marseille sur Port-Vendres, en longeant la côte. Au delà de Marseille, il rencontre l’amas énorme de matières terreuses que le Rhône jette dans ses grandes crues. Il les emporte et les dépose le long de la côte du Languedoc et du Roussillon. Cette vase et les sables de la mer ont formé un immense bourrelet qui arrête les eaux de l’intérieur et les force à s’étendre en vastes lagunes salées, qui sont celles de Leucate, de Sigean, de Thau, de Mauguio, d’Aigues-Mortes. Presque tous les ports de cette partie de la côte ont été ensablés ; l’atterrage de Cette est lui-même menacé. Au S.-E. d’Aigues-Mortes, les bouches du Rhône forment l’île de la Camargue, au delà de laquelle s’étend la plaine de la Crau ; puis viennent le golfe de Fos et l’étang de Berre, à l’entrée duquel se trouve le port de Martigues. C’est immédiatement à l’E. du golfe de Fos que commence cette côte rocheuse et profondément découpée de la Provence, qui forme un si remarquable contraste avec les plages basses et uniformes du golfe du Lion. La première échancrure de ce golfe est celle dont Marseille occupe l’extrémité orientale. Plus loin, la côte, aux rochers blanchâtres coupés çà et là par des gorges pittoresques, forme une succession de promontoires et de golfes, au fond desquels se trouvent de petits ports : Cassis, La Ciotat, Bandol, etc. Puis, au delà du cap Sicié, ou voit bientôt les deux rades de Toulon dérouler harmonieusement leurs courbes vers le N.-O. La presqu’île de Giens est le cap le plus avancé de la Provence. Cette péninsule protège la rade d’Hyères. Au delà, le littoral français commence à prendre sa direction définitive vers le N.-E. Il forme successivement les rades et les baies de Bonnes, de Cavalerie, de Saint-Tropez, do Fréjus, de la Napoule, de Jouan. En face de la pointe qui sépare ces deux derniers golfes, se trouvent les deux petites îles de Lérins. Au N. d’Antibes, naguère encore la dernière ville française sur ce rivage, la côte s’abaisse et des plaines marécageuses s’étendent à la base des collines. Ces plaines sont formées par les alluvions du Var. Au delà de Nice, les collines se rapprochent de nouveau de la côte, qui présente de distance en distance de hardis promontoires. Entre Nice et la frontière, éloignée de 20 kilom. environ, se succèdent sans interruption les charmants paysages qui bordent la célèbre route de la Corniche. C’est d’abord la rade de Villefranche, les caps de Saint-Jean et de Saint-Hospice, la ville de Monaco, les caps Martin et Menton ; au delà, un simple petit ruisseau, appelé la Roya, indique les limite du territoire français.

Météorologie. La température moyenne de l’année diffère dans toutes les parties de la France, suivant la latitude, le relief des terres, l’éloignement de la mer, la direction des vents, l’inclinaison des versants, la nature géologique du sol ; chaque localité a, pour ainsi dire, son climat spécial. Nous nous bornerons à indiquer entre quelles limites thermométriques se trouve compris l’ensemble du territoire fronçais. Ces limites, suivant M. Elisée Reclus, sont : au N. la ligne isotherme ou d’égale température moyenne de 10° centigr., et au S. la ligue de 15°. A l’exception dos plateaux élevés et des hautes montagnes qui se dressent dans les régions froides de l’atmosphère jusqu’au-dessus des neiges éternelles, toutes les contrées de la France ont une température annuelle comprise entre ces deux lignes extrêmes. La vallée de la Loire est celle qui peut être considérée comme jouissant du climat moyen de la France. Quant au parcours total de la colonne thermométrique, on peut l’évaluer à 70° (de -30° à +40°) environ. Les plus fortes chaleurs égalent donc celles de la zone torride, et les froids les plus intenses sont à peine dépassés par ceux de la zone glaciale. La France est partagée en deux zones climatériques distinctes et pleines de contrastes par les montagnes du Limousin, de l’Auvergne et des Cévennes. La température moyenne est de 10° à 12° au N. de cette barrière, tandis qu’au S. elle varie de 13° à 15°. La région occidentale et la région orientale de la France présentent aussi un contraste remarquable. M. Charles Martins, en tenant compte de tous les phénomènes météorologiques, croit pouvoir diviser la France en cinq climats, qu’il désigne sous les noms suivants :

1º Le climat vosgien ou du N.-E. ;

2º Le climat séquanien ou du N.-O. ;

3º Le climat girondin ou du S.-O. ;

4º Le climat rhodanien ou du S.-E. ;

5º Le climat méditerranéen ou provençal.

D’après M. Vallès, la mesure annuelle de la pluie en France devrait être représentée par une tranche de 699 millimètres de hauteur pour le versant Océanique, et de 801 millimètres pour le versant de la Méditerranée ; d’où résulterait pour le pays une moyenne de 719 millimètres.

Constitution géologique du sol. Divisions naturelles. D’après la carte géologique de la France, publiée par MM. Dufrénoy et Élie de Beaumont, la France possède, à très-peu de chose près, la succession complète de tous les terrains stratifiés et non stratifiés ; mais l’étendue occupée par chacun d’eux varie beaucoup : ils couvrent approximativement la superficie ci-dessous indiquée, et sont à peu près répartis de la manière suivante :

Terrains d’alluuion (520,000 hectares) : dans toutes les vallées et surtout en Alsace, dans la Flandre maritime, la Vendée, sur le littoral entre Marseille et Port-Vendres.

Terrains volcaniques (520,000 hectares) : sur le plateau central, dans la Lorraine, la Provence, les Maures, le Languedoc et les Causses.

Porphyres et terrains carbonifères (comprenant 520,000 hectares) : sur le plateau central, au N.-E. et dans les Maures ; ils apparaissent, en outre, sur une foule de points à travers les terrains primitifs et de transition. Les terrains carbonifères se montrent dans les Corbières, le plateau central, la Bretagne, les Vosges, les Maures, au N.-E. des Ardennes, etc.

Terrains triasiques et pénéens (comprenant 2,700,000 hectares) : dans la partie E. de la Lorraine, à l’E. des Vosges, sur le plateau central N. et S.-O., dans les Pyrénées occidentales (le terrain pénéen apparaît surtout dans les Vosges).

Terrains de transition (5,400,000 hectares) : dans toute la longueur des Pyrénées, le centre de la Bretagne, du Cotentin et de l’Ardenne, les Vosges, les parties E. et S.-E. du plateau central.

Terrains crétacés (7,340,000 hectares) : dans la Champagne, le bassin de Paris, l’Aquitaine N., sur les deux revers des Pyrénées, dans le Languedoc, partie qui touche au plateau central, la Provence, au N.-E. des Maures ; quelques lambeaux dans les Alpes et le Jura.

Terrains jurassiques (10,600,000 hectares) : ils dessinent un huit ouvert au N. et au S., autour du plateau central et du bassin de Paris. Appendice au N.-E., vers Boulogne, et à l’E. par le Jura, qui envoie un rameau en Alsace.

Terrains primitifs (10,600,000 hectares) : ils forment le plateau central presque exclusivement, la Vendée, le littoral S.-O. de la Bretagne et des amas juxtaposés sur le littoral N., les Pyrénées orientales, les Maures, les Vosges méridionales et un massif des Alpes septentrionales. Ils forment ainsi cinq régions disposées circulairement autour du plateau central.

Terrains tertiaires (15,800,000 hectares): ils occupent presque le tiers de la France ; tout le bassin de Paris, moins la bande orientale ; la Limogne, l’Aquitaine, moins le N. ; la Bresse, une partie du Languedoc et de la Provence. On en trouve des parcelles éparses en Languedoc, en Vendée, en Alsace, dans la Bretagne E. ; en un mot, ils forment presque toutes les plaines de la France, et comblent les intervalles entre les plateaux et les chaînes de montagnes.

Ainsi qu’on le voit, les terrains les plus abondants en France sont d’abord les terrains tertiaires, ensuite les terrains primitifs et les terrains jurassiques. Les premiers forment principalement le bassin de Paris, tandis que les autres constituent surtout le massif du plateau central.

Nous extrayons les renseignements suivants sur les divisions naturelles du territoire français de l’excellent Dictionnaire des communes de France, de M. A. Jeanne. Les divisions naturelles du sol français ne sont nullement déterminées par les limites plus ou moins conventionnelles et souvent modifiées des provinces administratives ou politiques. Elles ne correspondent pas non plus aux divisions par bassins, car la constitution géologique du sol, l’élévation des lieux, la nature des produits peuvent varier dans ces mêmes bassins et présenter une ressemblance parfaite sur les confins de ces bassins limitrophes. De même les grands cours d’eau ne forment point les lignes de divisions géographiques ; car, en général, il unissent plutôt qu’ils ne séparent. Les divisions naturelles, spontanément reconnues par les habitants eux-mêmes, sont déterminées à la fois par la formation géologique et la configuration du sol, par la nature et la qualité des récoltes, la proximité de la mer et des montagnes, tous les phénomènes de la terre et du climat, enfin par l’origine de la race qui les habite. On a souvent reconnu que les contours des anciens pagi gaulois correspondaient assez exactement aux limites des formations géologiques. De nos jours, ces pagi se reconstitueraient encore d’eux-mêmes, si la centralisation administrative ne brisait assez souvent les affinités naturelles. Sans nous arrêter aux grandes divisions provinciales de l’ancien régime, donnons ici, en suivant la classification d’Omalius d’Halloy, la liste des principales régions naturelles de la France, en commençant par le Nord.


région du nord et du bassin de paris.
Flandre française, contrée basse et d’une fertilité extrême, habitée par une population, de souche germanique.
Cambrésis, plateau élevé qui se rattache au Hainaut de la Belgique.
Artois, contrée doucement Ondulée et d’une grande fertilité.
Boulonnais, collines entourées de terres basses.
Ponthieu, terres marécageuses situées près de l’embouchure de la Somme et jadis envahies par la mer.
Picardie (Amiénois, Santerre, Vermandois, Beauvaisis, Soissonnais, etc.), pays de collines crayeuses.
Pays de Caux, collines crayeuses de la haute Normandie, séparées par des vallons de prairies et de bois.
Ile-de-France, bassin de Paris, pris dans un sens plus restreint que le sens ordinaire.
Beauce, plateau uniforme, situé entre la Loire et la Seine, la meilleure terre à blé de la France.
Brie, pays plus accidenté que la Beauce, à l’E. de Paris.
Champagne pouilleuse, aride plaine de craie.
Sénonais, pays de formation crétacée, produisant des céréales et des vins, plus fertile que la Champagne pouilleuse.
Argonne, bande étroite de collines boisées.
Montagne de Reims, pays de vignobles.
Rethelois et Ardennes, pays de collines et de plateaux en partie boisés.


région orientale de la france.
Lorraine, région très-accidentée, formant plateau à 1 O. des Vosges.
Bassigny, district renfermant le plateau uniforme de Langres.
Alsace, plaine d’une extrême fertilité, située entre le Rhin et les Vosges.
Franche-Comté, vallées longitudinales du Jura français, plateau qui porte la base des montagnes et clos plaines avoisinantes.
Bresse, plateau qui s’étend au S.-O. du Jura, dans la direction de la Saône.
Dombes, continuation de la Bresse, plateau insalubre, parsemé d’étangs.
Bugey, chaînes parallèles du Jura, dans le département de l’Ain.
Gex, enclave française, située à l’E. de la grande chaîne du Jura.


région centrale de la france.
Rouergue, contrée montueuse où. les plateaux calcaires alternent avec les massifs granitiques.
Gévaudan, pays de montagnes, de plateaux, de gorges et de forêts.
Vivarais, pays traversé par de hautes chaînes en partie volcaniques.
Velay, contrée montueuse, comprise entre la chaîne du Vivarais et les monts de la Margeride.
Forez, chaîne de montagnes séparant deux riches vallées.
Lyonnais, Beaujolais, massif de montagnes, à l’O. de Lyon.
Charolais, pays montueux et monotone, entre la Saône et la Loire.
Auxois, Duesmois, Châlillonnnis et Auxerrois, pays appartenant au plateau de la Côte-d’Or, boisés en partie et produisant d’excellents vins.
Morvan, groupe isolé de montagnes porphyriques et granitiques.
Haute Auvergne, massif du Cantal.
Basse Auvergne, chaîne des monts Dore et des monts Dômes.
Limagne, fertiles plaines du haut Allier.
Limousin, plateau et collines granitiques, aux longues pentes nues ou plantées de chênes et de châtaigniers.
Bourbonnais, collines et vallées qui correspondent au département de l’Allier.
Nivernais, pays accidenté entre la Loire et le Morvan.
Berry, plateau fertile et peu élevé, au N. du Limousin.
Brenne, région marécageuse du Berry.
Sologne, plaine aride et insalubre, semblable à la Brenne, dont elle est séparée par les vallées du Cher et de l’Indre.
Gâtinais, pays infertile et cependant cultivé, qui s’étend au N.-E. de la Sologne.


région nord-ouest de la france.
Normandie, pays célèbre par ses riches pâturages.
Cotentin, presqu’île de la Manche.
Perche, pays de collines, très-fertile.
Maine, pays montueux.
Bretagne, pays de landes, de marais, de rochers et de montagnes.
Anjou, vallées de la Loire et de ses affluents.
Touraine, pays dont le plateau aride contraste avec les riches vallées.
Poitou, contrée de plateaux rougeâtres, coupés par de profondes vallées.
Gâtine et Bocage, pays montueux et en partie boisés.
Marais, terrains qui s’étendent autour du Poitou.


région sud-ouest de la france.
Aunis, région coupée de canaux d’écoulement, contiguë aux marais du Poitou.
Saintonge, pays de collines en partie couvertes de vignobles, mais offrant aussi quelques landes et des marais.
Angoumois, pays de coteaux plantés de vignes et n’offrant qu’une mince couche de terre végétale.
Périgord, ensemble de régions diverses, dont quelques-unes sont accidentées et très-boisées.
Bordelais (Fronsadais, Entre-Deux-Mers, Médoc et Bazadais), pays de. vignobles, arrosé par la Garonne, la Gironde et la Dordogne.
Agenais, pays de collines calcaires, dominant une des vallées les plus riches de la France.
Haut Quercy, plateaux accidentés et peu fertiles.
Bas Quercy, plaines de la Garonne, du Tarn et de l’Aveyron.
Armagnac, longue chaîne de collines monotones, rayonnant en divers sens autour du plateau de Lannemezan.
Landes, désert coupé de sable, de forêts, de bruyères, d’étangs.
Chalosse, pays accidenté et assez fertile, situé dans le bassin de l’Adour, sur les confins des Landes.
Béarn, contrée sillonnée par les ramifications des basses Pyrénées.
Basse Navarre, pays basque, situé sur le versant méridional des Pyrénées.
Bigorre, plaine de Tarbes et vallées environnantes.


région sud-est et du midi de la france.
Savoie, pays divisé en un grand nombre de vallées par les ramifications dos grandes Alpes ; les vallées principales sont celles du Faucigny, de la Tarentaise et de la Maurienne.
Dauphiné, autre pays de montagnes s’unissant à la Savoie par de nombreuses chaînes. Les massifs distincts et les vallées ont un nom qui est en même temps celui des districts adjacents. Les principales subdivisions sont : le Viennois, le Royannais, le Vercors, le Trièves, le Devoluy, l’Oisans. le Graisivaudan, la Chartreuse, le Queyras, le Valgodemar, le Champsaur.
Provence, contrée où les plaines fertiles sont dominées par des rochers et des montagnes nues. On y remarque la vaste plaine de cailloux roulés appelée la Crau.
Camargue, delta marécageux du Rhône.
Languedoc proprement dit, zone de plaines, située entre le pied des Cévennes et le bord de la mer.
Roussition, pays compris entre les massifs des Corbières et la chaîne des Albères.
Albigeois, pays accidenté et assez fertile.
Toulousain, plaines arrosées par la Garonne et l’Ariége.
Comminges, hautes vallées pyrénéennes du bassin de la Garonne.


Dimensions. Superficie. La France mesure du S. au N., sous le méridien de Paris, 956 kilom. ; de l’E. à l’O., entre le quarante-huitième et le quarante-neuvième parallèle, environ 926 kilom. ; du N.-O. au S.-E., depuis la côte du Finistère et l’embouchure de la Roya, 1,094 kilom. ; du N.-E. au S.-O., depuis le confluent de la Lauter et du Rhin jusqu’à l’embouchure de la Bidassoa, 988 kilom. Le contour total de la France est de 4,937 kilom., dont 2,693 pour les côtes et 2,244 pour les frontières continentales. La superficie actuelle est de 53,028, 894 hectares. Sous ce rapport, elle est, d’après M. Block, le troisième Etat de l’Europe : la Russie et l’Autriche passent avant elle. D’après le tableau publié par la statistique officielle de la France, cette superficie se divise de la manière suivante :

hectares.
Terres arables
25,628,313
Vignes
2,101,696
Prairies naturelles
5,160,780
Pâtures et patis
9,209,069
Forêts
8,985,970
Sol non agricole, routes et rivières
1,943,066
――――――
53,023,894

A ce total il faut ajouter la superficie de la Savoie et des Alpes-Maritimes, qui est de 1,211,788 hectares. « Les 130,000 hectares portés comme improductifs au cadastre des territoires nouvellement annexés représentent, dit M. Elisée Reclus, les sommités couronnées de neiges permanentes. Les espaces en pâturages occupent presque le tiers de la superficie productive, environ 300,000 hectares. Les forêts occupent une étendue d’environ 194,000 hectares. La surface annuellement ensemencée en céréales et en légumineuses est d’environ 200,000 hectares, qui rendent 2 millions d’hectolitres. La vigne s’étend sur une superficie de 14,000 hectares. »


Population. La population de la France paraît avoir été considérable de tout temps, mais on n’a pas de documents statistiques précis avant le commencement du xviiie siècle. Voici quelle a été la progression suivie par la population depuis 1700 jusqu’à nos jours :

hab.
1700 (d’après le rapport des intendants)
19,669,320
1772 (d’après d’Expilly)
21,000,000
1789 (d’après Necker)
24,800,000
1801 d’après le recensement
30,461,875
1821
32,569,000
1841
34,230,000
1851
35,783,170
1861
37,476,732
1866
38,067,094

non compris les 125,000 hommes de troupes qui, au 15 mai 1866, date du dernier recensement, étaient employés à Rome, en Algérie, au Mexique, dans les colonies d’outremer et les stations navales. Ce dernier chiffre, ajouté à celui de la population sédentaire, donne un total de 35,192,094 hab. Dans ce nombre, les territoires nouvellement annexés à la France, c’est-à-dire : la Savoie, la Haute-Savoie et une partie des Alpes-Maritimes, entrent pour 676,195 hab.

En France, les départements où la population est le plus dense sont ceux de la Seine, du Rhône, du Nord, du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et du Pas-de-Calais. Les départements où la population est le plus clair-semée sont ceux de l’Indre, des Landes, de la Corse, de la Lozère, des Hautes-Alpes et des Basses-Alpes. Le nombre moyen des habitants, par kilom. carré, s’est élevé de la manière suivante, par périodes décennales, depuis 1801 : 51,2 ; 55,7 ; 60,9 ; 64,8 ; 67,5 ; 68,93 ; 70,3. Les départements industriels où se trouvent les plus grandes villes sont en proportion dix, cent et deux cents fois plus peuplés que les hauts départements des montagnes. Le total de 37,500 communes pour 38,000,000 d’hab. donne une moyenne d’un peu plus de 1,000 hab. par commune ; mais cette moyenne est sensiblement diminuée par les communes de plus de 10,000 hab., et enfin par l’immense population de la ville de Paris. Ces vastes agglomérations réduisent d’autant les petites communes, dont quelques-unes ne sont peuplées que d’une quarantaine d’habitants. Plus d’un tiers des Français habitent des communes de moins de 1,000 hab. On comptait en France, en 1859, suivant M. Elisée Reclus, 8,066,808 constructions, dont 141,706 usines et 7,925,102 maisons ou châteaux. En 1851, il y avait 7,384,789 maisons et 9,022,911 ménages, d’où il suit qu’à cette époque une maison contenait en moyenne 4,8 personnes ; un ménage comptait seulement 3,84 individus pour une famille.

Depuis le commencement du siècle jusqu en 1835, le nombre des mariages en France a suivi un mouvement ascensionnel soumis à de fortes oscillations. De 1835 à 1839, on peut évaluer à 79 le chiffre annuel moyeu des mariages par 1,000 hab. Les mariages diminuent sensiblement aux époques de cherté et de mortalité ; ils reprennent ensuite et regagnent à peu près tout ce qu’ils avaient perdu dans les mauvaises années. Sur 1,000 mariages, on en compte 930 entre garçons et filles ; 37 entre garçons et veuves ; 37 entre veufs et veuves. La fécondité des mariages est beaucoup moindre en France que dans tous les autres pays de l’Europe.

Le nombre de naissances par mariage et par habitant a sensiblement diminué en France depuis le commencement du siècle. En 1805, on comptait une naissance sur 30 hab, ; en 1851, on n’en comptait plus qu’une sur 37. La France voit naître chaque année environ 70,000 enfants naturels, parmi lesquels plus de 30,000 sont abandonnés par le père et la mère.

La vie moyenne est représentée par le quotient que l’on obtient en additionnant l’âge de tous les individus décèdés pendant une certaine période et en divisant ce total par le nombre des décèdés. D’après l’ensemble des décès de 1864, la durée de la vie moyenne en France serait de 37 ans et 6 mois. Avant la Révolution, elle n’était que de 29 ans. En Angleterre, la vie moyenne est sensiblement supérieure à celle de la France.

divisions administratives.

Avant la Révolution de 1789, la France était divisée en 32 gouvernements généraux, ou provinces, administrés par des intendants, et que séparaient les uns des autres des lignes de douanes intérieures. Ces provinces différaient par l’étendue, la population et l’importance. Mais la plus choquante inégalité entre elles était celle du droit. Les unes étaient affranchies de la gabelle ; d’autres payaient des impôts écrasants ; les unes avaient complètement perdu leur autonomie ; les autres avaient le droit de former des assemblées pour le prélèvement et la répartition des impôts. Aujourd’hui, la France est divisée en 89 départements.

tableau des anciennes provinces et départements qui y correspondent

provinces.
départements.
chefs-lieux.
Alsace
Haut-Rhin Colmar.
Bas-Rhin Strasbourg.
Angoumois Charente Angoulême.
Anjou Maine-et-Loire Angers.
Artois Pas-de-Calais Arras.
Aunis et Saintonge Charente-Inférieure La Rochelle.
Auvergne
Puy-de-Dôme Clermont-Ferrand.
Cantal Aurillac.
Béarn et Navarre Basses-Pyrénées Pau.
Berry
Cher Bourges.
Indre Châteauroux.
Bourbonnais Allier Moulins.
Bourgogne
Yonne Auxerre.
Côte-d’Or Dijon.
Saône-et-Loire Mâcon.
Ain Bourg.
Bretagne
Ille-et-Vilaine Rennes.
Côtes-du-Nord Saint-Brieuc.
Finistère Quimper.
Morbihan Vannes.
Loire-Inférieure Nantes.
Champagne
Ardennes Mézières.
Haute-Marne Chaumont.
Aube Troyes.
Marne Châlons-sur-Marne.
Dauphiné
Isère Grenoble.
Drôme Valence.
Hautes-Alpes Gap.
Flandre Nord Lille.
Foix Ariège Foix.
provinces.
départements.
chefs-lieux.
Franche-Comté
Doubs Besançon.
Jura Lons-le-Saunier.
Haute-Saône Vesoul.
Guyenne,
Gascogne et Quercy
Dordogne Périgueux.
Gironde Bordeaux.
Landes Mont-de-Marsan.
Hautes-Pyrénées Tarbes.
Gers Auch.
Lot-et-Garonne Agen.
Tarn-et-Garonne Montauban.
Aveyron Rodez.
Lot Cahors.
Ile-de-France
Aisne Laon.
Oise Beauvais.
Seine-et-Marne Melun.
Seine Paris.
Seine-et-Oise Versailles.
Languedoc
Haute-Garonne Toulouse.
Tarn Albi.
Aude Carcassonne.
Hérault Montpellier.
Gard Nîmes.
Lozère Mende.
Ardèche Privas.
Haute-Loire Le Puy.
Limousin
Haute-Vienne Limoges.
Corrèze Tulle.
Lorraine
Meuse Bar-le-Duc.
Moselle Metz.
Meurthe Nancy.
Vosges Epinal.
Lyonnais
Rhône Lyon.
Loire Saint-Etienne.
Maine
Mayenne Laval.
Sarthe Le Mans.
Marche Creuse Guéret.
Nivernais Nièvre Nevers.
Normandie
Eure Evreux.
Seine-Inférieure Rouen.
Orne Alençon.
Calvados Caen.
Manche Saint-Lô.
Orléanais
Eure-et-Loir Chartres.
Loiret Orléans.
Loir-et-Cher Blois.
Picardie Somme Amiens.
Poitou
Vendée Napoléon-Vendée.
Deux-Sèvres Niort.
Vienne Poitiers.
Provence
Basses-Alpes Digne.
Bouches-du-Rhône Marseille.
Var Draguignan.
Touraine Indre-et-Loire Tours.
Roussillon Pyrénées-Orientales Perpignan.
Corse Corse Ajaccio.
Territoires annexés
depuis 1789.
Alpes-Maritimes Nice.
Haute-Savoie Annecy.
Savoie Chambéry.
Vaucluse Avignon.


divisions religieuses.
Culte catholique.

La France religieuse est divisée en 89 diocèses, administrés, pour les affaires spirituelles, par 18 archevêques et 71 évêques. A chaque diocèse est attaché un grand séminaire ; chaque chef-lieu de canton a son curé, chaque paroisse son desservant

archevêchés et diocèses.
évêchés suffragants et diocèses.
Paris (Seine).
Chartres (Eure-et-Loir).
Meaux (Seine-et-Marne).
Orléans (Loiret).
Blois (Loir—et-Cher).
Versailles (Seine-et-Oise).
Cambrai (Nord). Arras (Pas-de-Calais).
Lyon et Vienne
(Rhône et Loire).
Autun (Saône-et-Loire).
Langres (Haute-Marne).
Dijon (Côte-d’Or).
Saint-Claude (Jura).
Grenoble (Isère).
Rouen (Seine-Inférieure).
Bayeux (Calvados).
Evreux (Eure).
Séez (Orne).
Coutances (Manche).
Sens et Auxerre
(Yonne).
Troyes (Aube).
Nevers (Nièvre).
Moulins (Allier).
Reims (arr. de Reims
et Ardennes).
Soissons (Aisne).
Châlons-sur-Marne (Marne, excepté l’arr. de Reims).
Beauvais (Oise).
Amiens (Somme).
Tours (Indre-et-Loire).
Le Mans (Sarthe).
Angers (Maine-et-Loire).
Nantes (Loire-Inférieure).
Laval (Mayenne).
Rennes (Ille-et-Vilaine).
Vannes (Morbihan).
Quimper (Finistère).
Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord).
Bourges
(Cher et Indre).
Clermont (Puy-de-Dôme).
Limoges (Haute-Vienne et Creuse).
Le Puy (Haute-Loire).
Tulle (Corrèze).
Saint-Flour (Cantal).
Avignon (Vaucluse).
Viviers (Ardèche).
Valence (Drôme).
Nîmes (Gard).
Montpellier (Hérault).
Albi (Tarn)
Rodez (Aveyron).
Cahors (Lot).
Mende (Lozère).
Perpignan (Pyrénées-Orientales).
Agen (Lot-et-Garonne).
Angoulême (Charente).
Poitiers (Vienne et Deux-Sèvres).
Périgueux (Dordogne).
La Rochelle (Charente-Inférieure).
Luçon (Vendée).
Bordeaux (Gironde).
Saint-Denis (Réunion).
Saint-Pierre et
Fort-de-France (Martinique).
Basse-Terre (Guadeloupe).
Auch (Gers).
Aire (Landes).
Tarbes (Hautes-Pyrénées).
Bayonne (Basses-Pyrénées).
Toulouse-Narbonne (Haute-Garonne).
Montauban (Tarn.et-Garonne).
Pamiers (Ariége).
Carcassonne (Aude).
Aix-Arles-Embrun
(Bouches-du-Rhône, excepté l’arr. de
Marseille).
Marseille (arr. de Marseille).
Fréjus et Toulon (Var).
Digne (Basses-Alpes).
Gap (Hautes-Alpes).
Nice (Alpes-Maritimes).
Ajaccio (Corse).
Chambéry (Savoie et Haute-Savoie).
Annecy (Haute-Savoie).
Tarentaise (Savoie).
Maurienne (Savoie).
Besançon (Doubs
et Hte-Saône).
Strasbourg (Bas-Rhin et Haut-Rhin).
Metz (Moselle).
Verdun (Meuse).
Belley (Ain).
Saint-Dié (Vosges).
Nancy (Meurthe).
Alger (province d’Alger).
Constantine (province de
Constantine).
Oran (province d’Oran).


Culte réformé.

60 départements possèdent des églises consistoriales, administrées par des pasteurs et des conseils ou consistoires. Ceux-ci élisent les pasteurs, qui sont ensuite confirmés par le gouvernement. Le conseil central des églises réformées siège à Paris.

Eglises consistoriales

Ain Ferney.
Aisne Saint-Quentin.
Alpes (Hautes-) Orpierre.
Ardèche La Mastre, la Voulte, les Ollières, Saint-Peray, Saint-Pierre-ville, Vallon, Vernoux.
Ardennes Sedan.
Ariège Le Mas-d’Azil, Saverdun.
Aube Troyes.
Aveyron Saint-Affrique.
Bouches-du-Rhône Marseille.
Calvados Caen.
Charente Jarnac.
Charente-Inférieure La Rochelle, la Tremblade, Marennes, Pons, Royan.
Cher Bourges, Sancerre.
Côte-d’Or Dijon.
Dordogne Bergerac, Montcarret
Doubs Besançon.
Drôme Crest, Dié, Dieulelit, la Motte, Chalançon, Valence.
Eure-et-Loir Marsauceux.
Finistère Brest.
Gard Aigues-Vives, Alais, Anduze, Calvisson, Lasalle, Nîmes, St-Arabroise, St-Chaptes, St-Hippolyte, St-Jean-du-Gard, St-Mamert, Sauve, Sommières, Uzès, Vaileraugue, Vauvert, Vézenobres, le Vigan.
Garonne (Haute-) Toulouse.
Gers Mauvezin.
Gironde Bordeaux, Gensac, Sainte-Foy.
Hérault Bédarieux, Ganges, Marsillargues, Montagnac, Montpellier.
Indre-et-Loire Tours.
Isère Mens.
Loire Saint-Etienne.
Loire (Haute-) Sainte-Voy.
Loire-Inférieure Nantes.
Loiret Orléans.
Loir-et-Cher Aunay, Josnes.
Lot-et-Garonne Castelmoron, Clairac, Lafitte, Nérac, Tonneins.
Lozère Barre, Florac, Meyrueis, St-Germain-de-Calberte, Vialas.
Maine-et-Loire Angers, Saumur.
Manche Cherbourg, Chefresne
Marne Reims.
Meurthe Nancy.
Meuse Bar-le-Duc.
Moselle Metz, Courcelles, Chauny.
Nord Lille.
Oise Les Ajeux.
Orne Athis, Montilly.
Pas-de-Calais Arras, Wancquetin.
Puy-de-Dôme Clermond-Farrand.
Pyrénées (Basses-) Orthez.
Rhin (Bas-) Bischwiller, Strasbourg.
Rhin (Haut-) Mulhouse, Sainte-Marie-aux-Mines.
Rhône Lyon.
Seine-et-Marne Meaux.
Seine-et-Oise Saint-Germain, Versailles.
Seine-Inférieure Bolbec, Dieppe, le Havre, Rouen.
Sèvres (Deux-) La Mothe-Saint-Héraye, Lezay, Melle, Niort, St-Maixent.
Somme Amiens, Templeux-le-Guérard, Contay.
Tarn Castres, Mazamet, Vabre, Viane.
Tarn-et-Garonne Montauban, Nègrepelisse.
Var Toulon.
Vaucluse Lourmarin.
Vendée Pouzauges.
Vienne Lusignan.
Vosges Saint-Dié.


Culte luthérien.

Les luthériens ou protestants de la confession d’Augsbourg se trouvent principalement au N.-E. de la France, notamment en Alsace. Leurs pasteurs sont nommés par le directoire. Le consistoire supérieur siège à Strasbourg, de même que le directoire, nommé par le consistoire et le gouvernement.

Eglises consistoriales

Alpes-Maritimes Nice.
Doubs Audincourt, Blamont, Monlbéliard, St-Julien.
Meurthe Fénétrange, Vibersviller.
Moselle Bœrenthal, Sarreguemines.
Rhin (Bas-) Barre, Bischwiller, Bouxwiller, Brumath, Dettwiller, Diemeringen, Dorlisheim, Drulingem, Gersheim, Hatten, Hingwiller, Ittenheim, la Petite-Pierre, Niederbronn, Oberbronn, Pfaffenhoffen, Saar-Union, St-Pierre-le-Jeune, St-Pierre-le-Vieux, St-Guillaume, Ste-Aurélie, St-Thomas, St-Nicolas, Vendenheim, Wasselonne, Wissembourg.
Rhin (Haut-) Andolsheim, Colmar, Munster, Riquewihr, Ste-Marie-aux-Mines.
Rhône Lyon.
Saône (Haute-) Héricourt, Trémoins, Champey.
Vosges Rothau.


Culte israélite.

Les israélite ont un consistoire central siégeant à Paris, et des synagogues consistoriales à Paris, Strasbourg, Metz, Nancy, Bordeaux, Marseille, Bayonne, Lyon.


divisions judiciaires.
Tribunaux de justice.

C’est la cour d’assises qui juge les affaires criminelles. Les affaires civiles et correctionnelles sont, dans certains cas déterminés, jugées par un tribunal de 1er instance, qui siège dans chaque arrondissement. Les cours d’appel peuvent réformer les jugements des tribunaux de 1er instance. La cour do cassation, qui siège à Paris, a pour mission de maintenir d’une manière absolue l’intégrité des lois françaises. Toutes les décisions des tribunaux de 1er instance et des cours d’appel peuvent être portées devant la cour de cassation.

cours d’appel.
départements du ressort.
tribunaux de 1er instance.
Paris
Seine Paris (le tribunal est divisé en plusieurs chambres).
Aube
Arcis-sur-Aube, Bar-sur-Aube, Bar-sur-Seine, Nogent-sur-Seine, Troyes.
Eure-et-Loir
Chartres, Châteaudun, Dreux, Nogent-le-Rotrou.
Marne
Châlons, Epernay, Reims, Sainte-Menehould, Vitry-le-François.
Seine-et-Marne
Coulommiers, Fontainebleau, Meaux, Melun, Provins.
Seine-et-Oise
Corbeil, Etampes, Mantes, Pontoise, Rambouillet, Versailles.
Yonne
Auxerre, Avallon, Joigny, Sens, Tonnerre.
Agen
Gers
Auch, Condom, Lectoure, Lombez, Mirande.
Lot Cahors, Figeac, Gourdon.
Lot-et-Garonne
Agen, Mannande, Nérac, Villeneuve-sur-Lot.
Aix
Basses-Alpes
Barcelonnette, Castellane, Digne, Forcalquier, Sisteron.
Alpes-Maritimes Grasse, Nice.
Bouch.-du-Rhône Aix, Marseille, Tarascon.
Var Brignoles, Draguignan, Toulon.
Amiens
Aisne
Château-Thierry, Laon, Saint-Quentin, Soissons, Vervins.
Oise
Beauvais, Clermont, Compiègne, Senlis.
Somme
Abbeville, Amiens, Doullens, Montdidier, Péronne.
Angers
Maine-et-Loire
Angers, Baugé, Chotet, Saumur, Segré.
Mayenne Château-Gontier, Laval, Mayenne.
Sarthe
La Flèche, Le Mans, Mamers, Saint-Calais.
Bastia
Corse
Ajaccio, Bastia, Calvi, Corte, Sartène.
Besançon
Doubs
Baume, Besançon, Montbéliard, Pontarlier.
Jura
Arbois, Dole, Lons-le-Saunier, Saint-Claude.
Haute-Saône Gray, Lure, Vesoul.
Bordeaux
Charente
Angoulême, Barbezieux, Cognac, Confolens, Ruffec.
Dordogne
Bergerac, Nontron, Périgueux, Ribérac, Sarlat.
Gironde
Bazas, Blaye, Bordeaux, La Réole, Lesparre, Libourne.
Bourges
Cher Bourges, Saint-Amand, Sancerre.
Indre
Châteauroux, Issoudun, La Châtre, Le Blanc.
Nièvre
Château-Chinon, Clamecy, Cosne, Nevers,
Caen
Calvados
Baveux, Caen, Falaise, Lisieux, Pont-l’Evêque.
Manche
Avranches, Cherbourg, Coutances, Mortain, Saint-Lô, Valognes.
Orne
Alençon, Argentan, Domfront, Mortagne.
Chambéry
Savoie
Albertville, Chambéry, Moutiers, Saint-Jean-de-Maurienne.
Haute-Savoie
Annecy, Bonneville, Saint-Julien, Thonon.
Colmar
Haut-Rhin Belfort, Cotmar, Mulhouse.
Bas-Rhin
Saverne, Sehlestadt, Strasbourg, Wissembourg.
Dijon
Côte-d’Or Beaune, Chàtillon, Dijon, Semur.
Haute-Marne Chaumont, Langres, Vassy.
Saône-et-Loire
Auttun, Chalon-sur-Saône, Charolles, Louhans, Màcon.
Douai
Nord
Avesnes, Cambrai, Douai, Dunkerque, Hazebrouck, Lille, Valenciennes.
Pas-de-Calais
Arras, Béthune, Boulogne, Montreuil, Saint-Omer, Saint-Pol.
Grenoble
Hautes-Alpes Briançon, Embrun, Gap.
Drôme Die, Montélimar, Nyons, Valence.
Isère
Bourgoin, Grenoble, Saint-Marcellin, Vienne.
Limoges
Corrèze Brives, Tulle, Ussel.
Creuse
Aubusson, Bourganeuf, Chambon, Guéret.
Haute-Vienne
Bellac, Limoges, Rochechouart, Saint-Yrieix.
Lyon
Ain
Belley, Bourg, Gex, Nantua, Trévoux.
Loire
Montbrison, Roanne, Saint-Étienne.
Rhône Lyon, Villefranche.
Metz
Ardennes
Charleville, Rethel, Rocroi, Sedan, Vouziers.
Moselle
Briey, Metz, Sarreguemines, Thionville.
Montpellier
Aude
Carcassonne, Castelnaudary, Limoux, Narbonne.
Aveyron
Espalion, Millau, Rodez, Saint-Affrique, Villefranche.
Hérault
Béziers, Lodève, Montpellier, Saint-Pons.
Pyrénées-Orient. Céret, Perpignan, Prades.
Nancy
Meurthe
Lunéville, Nancy, Sarrebourg, Toul, Vic.
Meuse
Bar-le-Duc, Montmédy, Saint-Mihiel, Verdun.
Vosges
Epinal, Mirecourt, Neufchâteau, Remiremont, Saint-Dié.
Nîmes
Ardèche Largentière, Privas, Tournon.
Gard Alais, Mimes, Uzès, le Vigan.
Lozère Florac, Marvejols, Mende.
Vaucluse
Apt, Avignon, Carpentras, Orange.
Orléans
Indre-et-Loire Chinon, Loches, Tours.
Loir-et-Cher Blois, Romorantin, Vendôme.
Loiret
Gien, Monargis, Orléans, Pithiviers.
Pau
Landes
Dax, Mont-de-Marsan, Saint-Sever.
Basses-Pyrénées
Bayonne, Oloron, Orthez, Pau, Saint-Palais.
Hautes-Pyrénées Bagnères, Lourdes, Tarbes.
Poitiers
Charente-Inférieure
Jonzac, La Rochelle, Marennes, Rochefort, Saintes, Saint-Jean-d’Angely.
Deux-Sèvres
Bressuire, Melle, Niort, Parthenay.
Vendée
Fontenay-le-Comte, Napoléon-Vendée, Sables-d’Olonne.
Vienne
Châtellerault, Civray, Loudun, Montmorillon, Poitiers.
Rennes
Côte-du-Nord
Dinan, Guingamp, Lannion, Loudéae, Saint-Brieuc.
Finistère
Brest, Châteaulin, Morlaix, Quimper, Quimperlé.
Ille-et-Vilaine
Fougères, Montfort, Redon, Rennes, Saint-Malo, Vitré.
Loire-Inférieure
Ancenis, Châteaubriant, Nantes, Paimbœuf, Saint-Nazaire.
Morbihan
Lorient, Napoléonville, Ploërmel, Vannes.
Riom
Allier
Cusset, Gannat, Montluçon, Moulins.
Cantal
Aurillac, Mauriac, Murat, Saint-Flour.
Haute-Loire Brioude, Le Puy, Yssingeaux.
Puy-de-Dôme
Ambert, Clermont-Ferrand, Issoire, Riom, Thiers.
Rouen
Eure
Les Andelys, Bernay, Evreux, Louviers, Pont-Audemer.
Seine-Inférieure
Dieppe, Le Havre, Neufchâtel, Rouen, Yvetot.
Toulouse
Ariége Foix, Pamiers, Saint-Girons.
Haute-Garonne
Muret, Saint-Gaudens, Toulouse, Villefranche.
Tarn Albi, Castres, Gaillac, Lavaur.
Tarn-et-Garonne
Castelsarrasin, Moissac, Montauban.


Tribunaux du commerce et de l’industrie.

Les villes commerciales et manufacturières les plus importantes possèdent des tribunaux de commerce. Les membres de ces tribunaux sont élus par les notables commerçants. Leurs décisions peuvent être réformées par les cours d’appel et de cassation. Voici, par ordre alphabétique, le nom des villes où siègent des tribunaux de commerce :

Abbeville, Agde, Agen, Aix, Ajaccio, Alais, Albi, Alençon, Ambert, Amiens, Anduze, Angers, Angoulême, Annonay, Antibes, Argentan, Arles, Arras, Aubenas, Auch, Aurillac, Autun, Auxerre, Auxonne, Avallon, Avignon.
Bagnères-de-Bigorre, Bar-le-Duc, Bastia, Bayeux, Bayonne, Beaune, Beauvais, Belfort, Bergerac, Bernay, Besançon, Béziers, Billom, Blaye, Blois, Bordeaux, Boulognesur-Mer, Bourges, Brest, Brignoles, Brioude, Brive.
Caen, Cahors, Calais, Cambrai, Carcassonne, Castelnaudary, Castres, Cette, Chalon-sur-Saône, Châlons-sur-Marne, Chambéry, Charleville, Charolles, Chartres, Châteauroux, Châtellerault, Châtillon-sur-Seine, Chaumont, Chauny, Cherbourg, Clamecy, Clermont (Hérault), Clermont-Ferrand, Cognac, Colmar, Compiègne, Condé-sur-Noireau, Coutances.
Dieppe, Dijon, Dôle, Draguignan, Dreux, Dunkerque.
Elbeuf, Epernay, Eu, Evreux.
Falaise, Fécamp, Fréjus.
Gournay, Granville, Grasse, Gray, Grenoble.
Havre (le), Honfleur.
Isigny, Isle-Rousse, Issoire, Issoudun.
Joigny.
Laigle, Langres, Laval, Libourne, Lille, Limoges, Limoux, Lisieux, Lodève, Lons-le-Saunier, Lorient, Louhans, Louviers, Lyon.
Mâcon, Mamers, Manosque, Mans (le), Marennes. Marmande, Marseille, Mayenne, Meaux, Metz, Millau, Mirecourt, Moissac, Montargis, Montauban, Montereau, Montpellier, Morlaix, Moulins, Mulhouse.
Nancy, Nantes, Narbonne, Neufchâtel, Nevers, Nice, Nîmes, Niort, Nuits.
Oloron, Orléan.
Paimpol, Paris, Pau, Périgueux, Perpignan, Pézenas, Poitiers, Pont-Audemer, Provins, Puy (le).
Quimper, Quintin.
Reims, Rennes, Riom, Roanne, Rochefort, Rochelle (la), Rodez, Romorantin, Rouen.
Saint-Alfrique, Saint-Brieuc, Saint-Dizier, Saint-Etienne, Saint-Flour, Saint-Gaudens, Saint-Geniès, Saint-Hippolyte, Saint-Jean-d’Angély, Saint-Jean-de-Losne, Saint-Lô, Saint-Malo, Saint-Martin (île de Ré), Saint-Omer, Saint-Pierre (île d’Oléron), Saint-Quentin, Saint-Tropez, Saint-Valery (Somme), Saint-Valery-en-Caux, Saintes, Salins, Sarlat, Saulieu, Semur, Sedan, Sens, Soissons, Souillac, Strasbourg.
Tarascon, Tarbes, Thiers, Tinchebrai, Toulon, Toulouse, Tournus, Tours, Troyes, Tulle.
Valenciennes, Vannes, Verdun, Versailles, Vervins, Vienne, Villefranche (Rhône), Villefranche-sur-Lot, Vimoutiers, Vire.
Yvetot.


divisions universitaires.

L’Université de France, au sommet de laquelle siège le conseil de l’instruction publique, comprend dix-sept académies (celle d’Alger non comprise), dont chacune est administrée par un recteur, assisté d’un conseil académique et d’inspecteurs pour chaque département de la circonscription. L’enseignement des Facultés embrasse la théologie, le droit, les lettres, les sciences et la médecine. Les établissements d’enseignement secondaire comprennent les lycées de l’Etat, les collèges entretenus aux frais des communes et un grand nombre d’écoles libres.

académies.
départements du ressort.
lycées.
colléges communaux.
Aix
B.-du-Rhône Marseille Aix, Arles, Tarascon.
Basses-Alpes
»
Barcelonnette, Digne, Manosque, Sisteron.
Alpes-Maritim.
Nice
Grasse, Antibes, Menton.
Corse Bastia Ajaccio, Calvi, Corte.
Var Toulon Draguignan.
Vaucluse
Avignon
Apt, Carpentras, Orange, Pertuis.
Besançon
Doubs
Besançon
Baume-les-Dames, Montbéliard, Pontarlier.
Jura
Lons-le-Saunier
Arbois, Dôle, Poligny, Saint-Amour, Saint-Claude, Salins.
Haute-Saône Vesoul Gray, Lure, Luxeuil.
Bordeaux
Gironde
Bordeaux
Libourne, La Réole, Blaye.
Dordogne Périgueux Bergerac, Sarlat.
Landes Mont-de-Marsan Saint-Sever.
Lot-et-Garonne Agen Marmande, Mezin.
Basses-Pyrén. Pau
Caen
Calvados
Caen
Bayeux, Falaise, Honfleur, Lisieux, Vire.
Eure Evreux Bernay.
Manche
Coutances
Avranches, Cherbourg, Mortain, Saint-Hilaire-du-Harcouët.
Orne
Alençon
Argentan, Domfront, Séez.
Sarthe Le Mans Courdemanche, Sablé.
Chambéry
Savoie Chambéry
Haute-Savoie » Annecy, Bonneville.
Clermont- Ferrand
Puy-de-Dôme
Clermont- Ferrand
Ambert, Issoire, Thiers.
Allier Moulins Cusset, Montluçon.
Cantal
»
Aurillac, Mauriac, Saint-Flour.
Corrèze » Tulle, Brives, Treignac.
Creuse » Guéret, Aubusson.
Haute-Loire Le Puy Brioude.
Dijon
Côte-d’Or
Dijon
Arnay-le-Duc, Auxonne, Beaune, Châtillon-sur-Seine, Saulieu, Semur.
Aube Troyes Bar-sur-Aube.
Haute-Marne Chaumont Langres, Vassy.
Nièvre Nevors Clamecy, Cosne.
Yonne
Sens
Auxerre, Avallon, Joigny, Tonnerre.
Douai
Nord
Douai, Lille
Armentières, Avesnes, Bailleul, Cambrai, Cassel, Cateau (le), Condé, Dunkerque, Estaires, Hazebrouck, Quesnoy (le), Saint-Amand-les-Eaux, Tourcoing, Maubeuge, Valenciennes.
Aisne
Saint-Quentin
Laon, Château-Thierry, Soissons.
Ardennes » Charleville, Sedan.
Pas-de-Calais
Saint-Omer
Arras, Béthune, Boulogne, Saint-Pol.
Somme Amiens Abbeville, Péronne.
Grenoble
Isère
Grenoble
Vienne, Saint-Marcellin, Bourgoin.
Hautes-Alpes
»
Gap, Briançon, Embrun.
Ardèche Tournon
Drôme
»
Valence, Romans, Montélimar.
Lyon
Rhône Lyon
Ain Bourg Nantua.
Loire Saint-Etienne
Saône-et-Loire
Mâcon
Autun, Chalon-sur-Saône, Charolles, Cluny, Louhans, Tournus.
Nîmes
Hérault
Montpellier
Agde, Bédarieux, Béziers, Cette, Clermont-de-l’Hérault, Lodève, Lunel, Pézénas.
Aude Carcassonne Castelnaudary.
Gard
Nîmes
Alais, Bagnols, le Vigan, Uzès.
Lozère » Marvejols, Mende.
Pyr.-Orient. Perpignan
Nancy
Meurthe
Nancy
Dieuze, Lunéville, Toul, Phalsbourg, Pont-à-Mousson.
Meuse
Bar-le-Duc
Commercy, Etain, Saint-Mihiel, Verdun.
Moselle
Metz
Sarrègnemines, Thionville, Forbach.
Vosges
»
Epinal, Mirecourt, Neufchâteau, Remiremont, Saint-Dié, Bruyères.
Seine
Seine 6 lycées et 2 collèges.
Cher
Bourges
Saint-Amand, Sancerre.
Eure-et-Loir
»
Chartres, Châteaudun, Nogent-le-Rotrou.
Loir-et-Cher Vendôme Blois, Romorantin.
Loiret Orléans Montargis.
Marne Reims Châlons-sur-Marne.
Oise
»
Beauvais, Clermont, Compiègne.
Seine-et-Marne
»
Melun, Meaux, Provins.
Seine-et-Oise Versailles Etampes, Pontoise.
Poitiers
Vienne
Poitiers
Châtellerault, Loudun, Civray.
Charente
Angoulême
Confolens, La Rochefoucault.
Charente-Infér. La Rochelle Rochefort, Saintes.
Indre Châteauroux Issoudun, La Châtre.
Indre-et-Loire Tours Chinon.
Deux-Sèvres Niort Melle, Parthenay.
Vendée Napoléon-Vend. Fontenay-le-Comte.
Haute-Vienne
Limoges
Eymoutiers, Magnac-Laval, Saint-Junien, Saint-Yrieix.
Rennes
Ille-et-Vilaine
Rennes
Dol, Fougères, Saint-Servan.
Côtes-du-Nord Saint-Brieuc Dinan, Lamballe.
Finistère Brest Quimper, Landerneau.
Loire-Infér. Nantes Paimbœuf.
Maine-et-Loire Angers Cholet, Saumur.
Mayenne Laval Ernée, Evron.
Morbihan
Lorient
Napoléonville
Auray, Vannes.
Strasbourg
Bas-Rhin
Strasbourg
Bouxwiller, Haguenau, Saverne, Sehlestadt.
Haut-Rhin
Colmar
Belfort, Sainte-Marie-aux-Mines, Mulhouse, Rouflach.
Toulouse
Haute-Garonne Toulouse Revel.
Ariége
»
Pamiers, Saint-Girons.
Aveyron Rodez Millau, Villefranche.
Gers Auch Condom, Lectoure.
Lot Cahors Figeac.
Hautes-Pyrén. Tarbes Vic-de-Bigorre.
Tarn Albi Castres, Gaillac.
Tarn-et-Garon.
»
Montauban, Moissac, Castelsarrasin.

Agriculture. Richesses végétales. Grâce à la nature de son sol, dont la qualité productive est très-grande, et grâce aussi à sa situation géographique qui lui permet d’écouler facilement ses produits, la France est un pays essentiellement agricole et qui se prête à presque toutes les cultures. La science agronomique y a fait de sensibles progrès depuis une cinquantaine d’années, mais elle n’est pas également avancée dans toute l’étendue du territoire, et plusieurs parties sont, sous ce rapport, très-arriérées. « On a fait beaucoup de découvertes applicables à l’agriculture, dit M. Michel-Chevalier, et la mise en œuvre de ces découvertes a été poursuivie par des hommes persévérants. Cependant, sur le continent européen, et en France au moins autant qu’ailleurs, le perfectionnement de l’agriculture a eu le caractère d’efforts éparpillés, plutôt que celui d’une marche majestueuse et en masse. Il y a eu beaucoup de progrès locaux, il n’y a pas eu de progrès général. On pourrait citer beaucoup de départements où l’on cultive la majeure partie du sol à peu près comme du temps de Columelle et de Caton. On y a conservé le même araire, et les Géorgiques y sont encore l’idéal du genre. »

De même que la France peut être partagée en plusieurs climats sous le rapport météorologique, de même elle peut être divisée sous le rapport des productions en plusieurs zones bien distinctes. Certains végétaux, l’olivier, le maïs et la vigne, offrent des bases certaines pour effectuer cette division. Ces limites sont généralement obliques aux parallèles ou aux méridiens, et sont.déterminées par les mouvements du terrain. La première zone, ou des oliviers, est limitée au N. par la ligne qui part des sources de la Garonne, et se dirige par Die jusque vers Embrun ; elle occupe donc tout le pays compris entre le littoral de la Méditerranée, le revers oriental des Pyrénées et le revers méridional des Cévennes inférieures et des Basses-Alpes. La deuxième zone, ou du maïs, s’étend au-dessus de la région précédente, jusqu’à une ligne qui, partant de l’embouchure de la Gironde, passe au N. de Nevers et se prolonge presque jusque sur le Rhin, vers son confluent avec la Lauter. La troisième zone est circonscrite par une ligne qui, partant de l’embouchure de la Loire, passerait au-dessus des sources de l’Eure, longerait la rive droite de l’Oise, et qui, laissant au S. l’Aisne et Verdun sur la Meuse, se dirigerait vers le Rhin au N.-E. Au delà de cette ligne, la vigne n’est plus cultivée ; elle est remplacée par le pommier, dont la culture caractérise la quatrième zone. Ajoutons que ces limites comportent de nombreuses exceptions.

Les quatre cinquièmes du sol français sont productifs. L’ensemble des propriétés agricoles représente une valeur approximative de 45 milliards répartis entre 7,846,000 propriétaires. Le dénombrement de 1866 accuse une population agricole de 19,598,000 hab.

Le vin, on peut le dire, est un produit français par excellence. La vingtième partie de la surface de la France est couverte de vignobles. « Nos 2 millions d’hectares de vignes, dit M. de Lavergne, produisent ou devraient produire, bon an mal an, au moins 20 hectolitres par hectare, soit 40 millions d’hectolitres par an. » La limite septentrionale de la viticulture commence près de Saint-Nazaire, à l’embouchure de la Loire, et se relève graduellement vers le N.-E. Dans le bassin de la Seine, c’est à Vernon et à Beauvais que se trouvent les derniers vignobles ; dans le bassin de la Meuse, c’est à Mézières. Le produit des vignobles français varie fort d’année en année. La production annuelle moyenne a été en :

1847-1851, de 43,000,000 d’hectolitres.
1852-1856 20,000,000
1854 10,500,000
1857-1861 34,000,000
1865 68,393,000
1867-1868 55,000,000

La vigne est cultivée dans 75 de nos départements, mais les trois quarts de la production se concentrent dans une trentaine. « Autrefois, dit M. de Lavergne, on transformait annuellement en eau-de-vie 8 à 10 millions d’hectolitres de vin. Depuis la grande hausse sur les vins, cette fabrication a fort diminué, et les distillateurs de betterave en ont prolité… Quand on entre dans le détail de la production par département, on trouve que la récolte a diminué de plus de moitié depuis dix ans dans la partie nord de la France. La Bourgogne seule a peu perdu ; mais les vignobles de la Lorraine et de la Champagne, ceux des bords de la Loire et de la Saintonge, si productifs jusqu’ici, ont été rudement éprouvés. Dans la partie S. du territoire, il y a eu perte aussi, mais moins forte ; la Gironde, le Gers, la Haute-Garonne, etc., évaluent à un quart environ le déficit moyen de leur récolte ; le Gard, le Var et Vaucluse sont restés stationnaires ; l’Aude et l’Hérault ont doublé leur production ; l’Hérault, qui occupait le troisième rang parmi nos départements viticoles, a passé brusquement au premier. Le prix des vins y a doublé comme la quantité. » En 1808, on y évaluait à 154 millions la valeur de la récolte, qui ne dépassait pas 25 millions en 1850. Quant à la superficie des vignes, les départements se classaient dans l’ordre suivant en 1862 : 1º Hérault ; 2º Charente-Inférieure ; 3º Charente ; 4º Gard ; 5º Gers ; 6º Rhône ; 7º Pyrénées-Orientales ; 8º Var ; 9º Aude ; 10º Gironde, etc. Quant à la valeur totale, qui était, en 1862, de 1,380,750,278 fr., l’Hérault est encore à la tête avec 154 millions. Viennent ensuite : Charente-Inférieure, 115 millions ; Gironde, 89 millions. Mais quant au prix de l’hectolitre la Gironde (48 fr. 44) et la Marne (48 fr. 18) sont les premiers. La valeur moyenne du produit par hectare est de 597 fr. 53. La valeur brute atteint 2,024 fr. dans le département de la Seine.

La culture de la pomme de terre est très-répandue en France, notamment dans l’Est et dans le Nord. Le nombre d’hectares ensemencés est de plus de 1 million, et la récolte annuelle de 96 millions d’hectolitres, donnant une valeur de 300 millions de francs. Le département du Bas-Rhin donne la récolte maximum : 7,250,000 hectolitres. Le fin et le chanvre forment une des plus riches cultures du pays. Le lin. en graines donne 740,000 hectolitres, et en filasse 37 millions de kilogr., le tout produisant 58 millions de francs. Le rouissage et le teillage, pour le filage et le tissage, quadruplent la valeur totale du produit. La culture du lin, en France, se fait dans le Nord, principalement dans les départements du Nord, du Pas-de-Calais, des Côtes-du-Nord, du Finistère, de la Somme, etc. La culture du chanvre est répandue dans tous les départements ; c’est dans celui de l’Isère que la récolte atteint son maximum. Les graines oléagineuses sont, outre le lin, le colza, la navette, le pavot ; leur culture n’est pratiquée en grand que dans le Nord. Les 175,000 hectares qu’occupe cette culture donnent un produit de 300,000 hectolitres, valant 50 millions de francs. Mais ce résultat est insuffisant et l’on introduit en France annuellement plus de 70 millions de kilogr. de graines grasses. Les plantes tinctoriales, c’est-à-dire la garance, le pastel, le safran, etc., ne sont cultivées que dans les départements du centre et du Midi. La culture de la betterave, répandue surtout dans le Nord, a donné, dans ces dernières années, des résultats trop variés pour que nous puissions en indiquer ici le chiffre. Quant au tabac, il n’est cultivé, par suite du monopole, que dans les 9 départements suivants : Nord, Pas-de-Calais, Haut-Rhin, Bas-Rhin, Haute-Saône, Lot, Lot-et-Garonne, Ille-et-Vilaine et Finistère.

Les fruits forment une des principales richesses de la France. Parmi les arbres fruitiers, il faut citer : le pommier, dont les fruits servent à la fabrication du cidre dans les provinces septentrionales, principalement en Normandie ; le châtaignier, qui, dans les pays pauvres du centre (Limousin, Cévennes, Auvergne, Périgord, Vivarais), fournit un aliment qui remplace les céréales ; et le mûrier qui, dans 8 ou 10 départements du S.-E. de la France, donne un produit de 100 millions. Le département le plus riche sous ca rapport est celui du Gard ; celui de l’Ardèche occupe le second rang. L’olivier, répandu à peu près dans les mêmes départements que le mûrier, occupe en France environ 120,000 hectares et donne un produit de 170,000 hectolitres d’huile d’une valeur de 30 millions de francs. La récolte maximum de ce produit se fait dans le département du Var. Après ces quatre grandes espèces d’arbres, il faut compter : le poirier, le prunier, le cerisier, l’abricotier, le pêcher, l’oranger, le citronnier, le figuier, l’amandier, etc. Il ne faut pas oublier les raisins de table, très-estimés, surtout ceux que l’on récolte aux environs de Fontainebleau et dont il se fait une grande exportation. Nous ne ferons qu’énoncer le produit des jardins potagers, qui occupent dans le Nord 135,000 hectares, donnant une valeur de 85 millions, et, dans le Midi, 125,000 hectares donnant une valeur de 40,000 millions.

Avant 1789, les forêts occupaient sur le sol de la France environ 12 millions d’hectares. Une grande partie fut défrichée pendant la Révolution, de telle sorte que l’étendue du sol forestier est à peu près aujourd’hui de 9 millions d’hectares, dont 5 millions au Nord et 4 au Midi. Voici les renseignements que donne M. Legoyt sur les forêts de la France en 1866 :

désignation.
contenance en hectares.
production en francs.
Bois de l’État
991,062
40,011,401
Bois de la couronne
67,332
2,997,400
Bois des communes et
des particuliers
7,976,982
214,500,000
――――――
――――――
Totaux
9,035,376
257,508,801

Les départements qui possèdent la plus grande étendue de forêts sont les suivants : Landes, Var, Vosges, Haut-Rhin, Gironde, Côtes-du-Nord, Finistère, Vendée, Manche, Seine. Les essences d’arbres des forêts françaises sont : le chêne, le charme, l’orme, le trène, le hêtre, le bouleau, le sapin, le pin, le chène-Hége, le mélèze. « L’étendue du sol forestier, dit M. Jules Clavée, serait plus que suffisante pour satisfaire à nos besoins, si l’exploitation en était réglée en vue de la plus grande production. Mais il s’en faut de beaucoup qu’il en soit ainsi, puisque nous en importons chaque année pour 70 millions de plus que nous n’en exportons. La production annuelle de nos forêts, qui n’atteint pas 38 millions de mètres cubes, pourrait, par un traitement plus rationnel, être portée à 51 millions, dont moitié au moins ropre à l’industrie. Ce serait un revenu annuel de 678 millions de francs. 300 millions, telle est donc la plus value annuelle que nous donnerait la simple substitution du régime de la futaie à celui du taillis. Nos chemins de fer seuls exigent annuellement 200,000 mètres cubes de bois pour leur entretien ; la marine militaire en emploie à peu près 80,000 mètres cubes chaque année ; la marine marchande au moins autant ; les constructions civiles en consomment 160,000, et nos établissements métallurgiques environ 7 millions. Joignez à cela la consommation pour les besoins domestiques, et vous aurez une idée de l’immense quantité de bois qu’exige la France. D’après le procès-verbal de l’enquête sur l’industrie parisienne faite en 1847 par les soins de la chambre de commerce, la valeur des produits créés par les industries qui employaient le bois s’élevait à 101,516,026 fr. à Paris seulement. Dans cet immense atelier, la charpenterie occupait le vingtième rang, l’industrie du bâtiment le neuvième, l’ébénisterie le huitième. Le nombre des patrons et ouvriers employés à la manipulation du bois dépassait 35,000 ; il a plus que triplé depuis cette époque. Pour faire face à cette consommation prodigieuse et toujours croissante, il faudrait que la plus grande partie de nos forêts fût traitée en futaie, et, cependant c’est à peine si le quart de leur étendue totale est soumis à ce régime. »

La question du reboisement est des plus importantes ; néanmoins, elle est encore à résoudre. Suivant M. Lavergne, de 1830 à 1865, il a été défriché 447,231 hectares, et, dans la même période, 530,801 hectares ont été plantés. C’est à partir dft 1859 seulement que les plantations sont devenues supérieures aux défrichements. Depuis 1860, la superficie totale des terrains reboisés ou regazonnés a dû atteindre 70,000 hectares à la fin de 1865. C’est une moyenne de 10,000 hectares par an. L’étendue des terrains à reboiser dépassant 1 million d’hectares, on en, aurait pour un siècle.

Pour terminer cet aperçu des richesses végétales, il nous reste à dire quelques mots des prairies et des pâturages. En 1842, il existait 4,198,198 hectares de prairies naturelles, et 1,576,567 hectares de prairies artificielles. En 1862, les prairies naturelles occupaient 5,021,246, et les prairies artificielles 2,772, 660 hectares. D’après la statistiquede 1862, le rendement moyen des prairies naturelles serait, dit le Dictionnaire des communes de France, de 28,42 quintaux métriques, et celui des prairies irriguées, de 37,91 quintaux métr. à l’hectare. 1,803,113 hectares de prairies sur 5,021,246 étaient irrigués, soit un peu plus du tiers. Au point de vue des superficies, ce sont les landes, les pâtis et les bruyères, les terrains vagues et ne donnant à peu près aucun produit, qui occupent le premier rang. Prés, prairies artificielles, pâturages et fourrages verts occupaient ensemble, en 1862, 14,726,610 hectares, ayant produit 1,889,444,000 francs. La superficie consacrée aux fourrages et aux pâturages est donc presque égale à celle des céréales ; mais la valeur produite n’est que des 2 cinquièmes. Les pays de la France les plus abondants en prairies naturelles sont : la Normandie, si renommée pour ses gras pâturages ; l’Auvergne et la Lorraine, où les étages inférieurs des montagnes se tapissent de verdure ; -la Vendée et le Limousin, la Flandre et la Picardie. À ces prairies naturelles et artificielles il faut ajouter les pâtures et pâtis, c’est-à-dire les terrains vagues, les landes, les bruyères, etc., où l’on fait paître les troupeaux et qui ne peuvent être cultivés. Ces terrains n’occupent pas moins de 8 millions d’hectares et appartiennent tous au Midi, et à ses parties les plus montagneuses.

Richesses minérales. Le sol de la France étant formé, comme nous l’avons vu, de presque tous les terrains géologiques, renferme dans son sein une grande variété de minéraux ; mais les métaux précieux y sont peu abondants. La houille et le fer s’y trouvent, au contraire, en grande quantité. « Quand on jette, dit M. Simonin (Revue nationale, 1865), un coup d’œil sur la carte géologique de France, cet admirable monument élevé par nos ingénieurs des mines à l’industrie nationale, on remarque au Nord, au centre et au Midi, et surtout disséminées autour d’une ligne méridienne qui passe à environ 100 kilom. à droite de celle de Paris, une série de taches noires irrégulièrement délimitées. Ces taches, à la teinte conventionnelle, sont l’exacte représentation graphique de nos bassins houillers. Si nous lisons les noms gravés en regard, nous y trouvons plus d’une localité connue et depuis longtemps parmi nous populaire. Ce sont : dans le Midi, Alais, la Grand’Combe et Bessége ; au centre, Saint-Étienne et Rive-de-Gier, les plus productives de nos houillères ; puis le Creuzot, Blanzy et Epinac ; au Nord, enfin, Valenciennes, où se rencontrent les mines de Denain et d’Anzin, marchant de pair avec celles de la Loire, et formant le prolongement du riche bassin de Mons et de Charleroi, qui fait la fortune de la Belgique. » À gauche des bassins précités s’en trouvent d’autres presque aussi importants : Aubin, dans l’Aveyron ; Commentry, dans l’Allier ; puis, çà et là, des gîtes qui tiennent encore une assez large place dans notre production houillère : les bassins d’Aix, dans les Bouches-du-Rhône ; de Carmaux, dans le Tarn ; de Decize, dans la Nièvre ; de Graissessac, dans l’Hérault ; de Ronchamp, dans la Haute-Saône ; du Drac, dans l’Isère. N’oublions pas non plus les bassins du Maine et de la basse Loire ; enfin, celui de la Sarre, dans la Moselle, où vient finir souterrainement le fertile terrain de Sarrebruck. La quantité totale de la houille produite par toutes nos mines était, en 1864, de 111 millions de quintaux métriques. Cette quantité est allée toujours en augmentant, et l’on s’est assuré, par la comparaison d’états statistiques soigneusement dressés depuis 1811, qu’elle a doublé presque tous les quinze ans. Malgré cette étonnante ascension, le chiffre de notre production est bien loin d’égaler celui de notre consommation, qui marche dans une progression encore plus rapide. Nous tirons chaque année de l’étranger près de 50 millions de quintaux de houille ; c’est près de la moitié de notre production actuelle ou du tiers de notre consommation totale. La Belgique, la Grande-Bretagne et les provinces rhénanes suppléent à notre déficit, la première pour les trois cinquièmes, les deux autres chacune pour un cinquième à peu près. Le prix moyen de vente du charbon français, sur le carreau même des mines, oscille entre 11 et 12 francs la tonne de 1,000 kilogr., soit 1 fr. 10 à 1 fr. 20 le quintal. Sur la plupart des lieux de consommation, il est souvent triple et quadruple, tant le prix du transport vient augmenter la valeur du combustible. Le nombre des ouvriers employés dans les mines de houille atteint près de 100,000, et le salaire moyen de la journée de travail est de plus de 3 francs.

Les mines de fer occupent par leur nombre, leur étendue et le chiffre de leur production, le second rang parmi les mines françaises. Elles sont très-disséminées sur la surface du territoire. Encore plus que dans les houillères, les gîtes sont épars et ne semblent suivre aucune loi dans leur dispersion ; mais, en tenant compte de la composition chimique des minerais et de l’allure géologique des gîtes, ces mines peuvent se diviser en trois classes : les mines d’alluvion, les mines en couches ou stratifiées et les mines en filons. En reportant sur une carte de France tous ces gîtes ferrifères, on trouve quéles mines d’alluvion sont surtout répandues dans les Landes, le Périgord, le Berry, le Nivernais, la Champagne, la Franche-Comté ; les mines en couches dans la Lorraine, la Bourgogne, le Languedoc ; enfin, les mines en filons en Alsace, en Bretagne, dans le Dauphiné, la long des Alpes et sur tout le versant des Pyrénées. La plupart de ces gîtes sont connus de toute antiquité ; ils ont été fouillés par les premiers habitants dé la Gaule, les Celtes, nos pères, qui savaient travailler le fer. « La quantité de fer produite peut donner, comme celle de houille extraite, une idée de l’importance politique du pays ; aujourd’hui surtout que le fer, plus encore que la houille, concourt à la défense des États. » En 1859, nous extrayions de notre sol plus de 35 millions da quintaux de minerais de fer de toute nature, et nous produisions 10,000 quintaux de fonte. En dix ans, de 1851 à 1861, le chiffre annuel de notre fabrication avait doublé. De ce chef donc, comme de celui de nos houillères, la prospérité de nos établissements est allée en croissant. En 1864, la quantité totale de fonte produite était de 12,121,000 quintaux, d’une valeur de 139,400,000 francs. Le cinquième du chiffre de la production représente la quantité de fonte fabriquée au charbon de bois ; les deux tiers, la quantité fabriquée au combustible minéral et végétal. En 1864, la fabrication totale du fer obtenu avec la fonte produite par nos usines, déduction faite de la fonte de moulage, a atteint en nombre rond le chiffre de 8 millions de quintaux, dont les sept huitièmes en fer à la houille. On peut estimer à 60,000 au moins le nombre des ouvriers attachés en France aux mines et aux fonderies de fer (hauts fourneaux, forges, aciéries). Le salaire journalier moyen des ouvriers des mines de fer est de 2 fr. 50 à 3 fr. Le safaire des ouvriers des usines est beaucoup plus élevé.

Outre les mines de fer, la France posséde des gisements de galène argentifère, de cuivre, de manganèse et d’étain. En 1852, 24 mines diverses étaient exploitées par 2,103 ouvriers qui recevaient un salaire annuel total de 685,505 fr., soit 386 fr. en moyenne ; 18 de ces mines produisaient des galènes argentifères ; 2 de rantimoine, 2 du manganèse, 1 du cuivre et 1 de l’étain. En 1864, 50 mines diverses, exploitées par 4,228 ouvriers, moyennant un salaire de 1,800,000 francs, donnaient pour 3,600,000 francs de produits. La France est également riche en substances pierreuses. Lea carrières souterraines ou à ciel ouvert s’élevaient, en 1860, à 24,000, sur lesquelles 22,000 en exploitation ; elles occupaient une population de 87,500 ouvriers, dont la production moyenne était évaluée à 41,047,519 fr. Les pierres taillées ou polies pour les arts ou l’ornement, les matériaux de construction, les ardoises, le kaolin, l’argile commune, les pierres à chaux et à plâtre, la marne, le sable, etc., sont les principaux produits de cette industrie. Parmi les autres substances minérales non métalliques que l’on trouve en France, nous devons encore mentionner : le lignite, la tourbe, le pétrole, le bitume, l’asphalte et le sel. Les salines des bords de l’Océan et de la Méditerranée, les mines de sel gemme, dites de l’Est, occupent environ 25,000 ouvriers et produisent 3 millions et demi de quintaux métriques de sel.

Les eaux minérales doivent être comptées parmi les produits minéralogiques du sol, à cause des substances qu’elles contiennent et qui leur communiquent des vertus d’une si haute importance pour la guérison ou l’adoucissement des maladies. On peut répartir les sources minérales de France en six principaux groupes ou systèmes, non compris celui de la Corse. Le système de sources le plus important est celui des Pyrénées. En Europe, aucune chaîne do montagnes ne peut rivaliser avec la chaîne pyrénéenne pour le nombre et l’efficacité des eaux thermales et minérales de toute nature, sulfurées sodiques, sulfurées calciques, salines, ferrugineuses. En 1860, on comptait 554 sources minérales, dont 187 utilisées, jaillissant sur le versant français des Pyrénées. Ces eaux alimentent 83 thermes dans 53 stations thermales, à la tète desquelles se trouvent Bagnères-de-Bigorre, Bagnères-de-Luchon, les Eaux-Bonnes, Cauterets, Baréges, Amélie-les-Bains, etc. Less ources du plateau central et de l’Auvergne, au nombre de 200 environ, sont remarquables par leur uniformité de composition : le carbonate de soude associé au chlorure de sodium prédomine dans toutes les eaux chaudes de cette région, tandis que les eaux froides sont, presque sans exception, fortement chargées d’acide carbonique.(Dr Herpin.) Les eaux les plus fréquentées de ce groupe de sources minérales sont celles du mont Dore, de Vichy, de Néris et de Saint-Galmier, et, plus au nord, celles de Pougues. Le troisième groupe comprend les eaux qui jaillissent dans les régions accidentées du N.-O., la Bretagne, la Vendée, la Normandie, et se compose, en général, de sources ferrugineuses présentant dans leur composition des variations assez notables. Le groupe du N.-E., dans lequel on peut comprendre les Ardennes, les Vosges, les monts Faucilles, se distingue par des eaux renfermant pour la plupart une forte proporportion de sulfure de sodium : les sources sont, presque sans exception, ferrugineuses, salines ou sulfurées salines. Les eaux les plus fréquentées de ce groupe ou système des Alpes sont sulfureuses ou acidulées salines (Aix-les-Bains). Enfin, les sources qui jaillissent dans les plaines, loin des montagnes primitives ou volcaniques, sont relativement assez rares et ne jouissent que d’une faible vertu minéralisante.

Richesses animales. Les animaux domestiques sont : d’une part, les chevaux, les ânes, les mulets ; d’autre part, les bêtes à cornes, les moutons, les chèvres, les porcs. D’après M. Block, en comptant 1 bœuf, 1 cheval ; 10 moutons ou 4 porcs pour une tête de gros bétail, la répartition du bétail pour la France est de 34 par hectare et de 494 par 100 habitants.

Le nombre de têtes de gros bétail a presque doublé en France, de 1812 à 1866. D’après le recensement de 1858, il naît en France, année moyenne, 4 millions de veaux ; sur ce nombre, le dixième est emporté par les accidents ou la maladie. Dans le cours de la première année, 1,800,000 environ sont livrés à la boucherie, et 2,400,000 réservés à l’élevage. En 1840, on comptait, en France, 2,818,000 chevaux ; en 1850, 2,984,000 ; en 18G8, plus de 3 millions. On évalue à 1,500,000 environ le nombre des chevaux appliqués aux divers travaux agricoles. En 1860, il a été importé 7,180 chevaux et il en a été exporté 13,750. « Le mouvement du commerce des chevaux éprouve en France, dit M. Villermé, une tendance prononcée à. se diriger du nord vers le midi. C est par les frontières belges que se fait l’importation la plus active ; c’est vers l’Espagne et l’Italie que se dirige la plus grande partie de nos exportations. » On compte en France et en Angleterre 6 chevaux par 100 hectares de superficie totale, et 10 en Belgique ou 15 chevaux et 19 bêtes propres au travail par 100 hectares labourables. En 1839, on comptait en France 373,841 mulets, et 413,519 ânes ou ânesses. De 1827 à 1857, la France a exporté 29,330 ânes, 476,230 mulets ; elle a importé 40,860 ânes et 20,450 mulets.

Quant à l’espèce ovine, on comptait en France :

29,130,000 têtes en 1829.
32,151,000 têtes en 1839.
38,541,080 têtes en 1852.
30,386,233 têtes en 1866.

Il s’est donc opéré une assez forte diminution dans le nombre de ces animaux. Les bêtes ovines représentent un capital de 360 millions. La tonte donne par an une valeur de 220 millions. Les meilleurs moutons sont ceux des coteaux secs, dont l’herbe, fine et courte, est entremêlée de plantes aromatiques, et ceux du bord de la mer, connus sous le nom de prés salés, parce qu’ils s’imprègnent d’exhalaisons salines. On trouve les premiers dans le Berry, la Sologne, les Ardennes, l’Auvergne, le Languedoc, le Roussillon, etc. ; les autres, dans la Normandie, la Flandre, la Vendée, etc. Les races ovines ont été singulièrement améliorées depuis un siècle, sous le rapport de la laine, par l’introduction des mérinos d’Espagne. Les laines indigènes ne suffisent pas, néanmoins, à l’activité des fabriques françaises, et l’on importe annuellement plus de 24 millions de kilogr. de laines étrangères. L’Ile-de-France, l’Orléanais, le Rouergue, la Champagne, le Berri, l’Artois, la Picardie, nourrissent beaucoup de moutons.

On comptait en France :

4,910,721 porcs en 1839.
5,082,141 porcs en 1852.
5,203,000 pores en 1802.
5,789,624 porcs en 1860.

Le département ou l’on élève le plus de porcs est celui de la Dordogne. Les meilleurs jambons sont peut-être ceux de Bayonne, préparés avec le sel de Salies. On compte en France euviron 1,300,000 chèvres, qui sont principalerqent répandues en Corse, dans les Landes et dans la Provence, c’est-à-dire dans les districts pauvres et montagneux. La race a été améliorée par la croisement des chèvres du Thibet.

Aux produits donnés par tous ces animaux, il convient d’ajouter ceux qui provienent de la volaille ; leur valeur est estimée à plus de 150 millions. Les meilleures volailles sont celles du Maine, de la Bresse, du Périgord et de la Normandie. Dans le Languedoc et l’Alsace, on engraisse principalement des oies ; dans le Périgord, des dindes, etc. Il ne nous reste plus qu’à dire un mot des abeilles. En 1800, on évaluait à 2,200,000 le nombre des ruches ; elles produisaient, en miel, 6,670,000 kilogr., évalués à 5,550,000 fr. ; en cire, 1,620,000 kilogr, évalués à 2,870,000 fr. Pour compléter ce qu’il est utile de dire à propos de la faune de la France, nous devons nommer les animaux sauvages, nuisibles ou utiles qui l’habitent : l’ours (Alpes, Pyrénées), le lynx (Alpes), le loup, le sanglier, le renard, confinés dans les vieilles forêts de nos montagnes, sont à peu près les seuls mammifères sauvages qui restent dans notre pays ; parmi les petits, on compte : le putois, la belette, la fouine, le blaireau, la taupe, le hérisson, le rat, le loir, etc. On trouve encore l’écureuil dans les forêts des Vosges, la marmotte dans les Alpes et les Pyrénées, l’hermine dans les Vosges ; la loutre habite les bords de plusieurs rivières.

Le gibier est très-abondant ; on rencontre partout les lièvres, les lapins ; les chevreuils, es daims et les cerfs sont plus rares ; c’est seulement dans les plus hautes montagnes que l’on trouve l’isard et le chamois. On estime la valeur vénale des animaux sauvages tués chaque année, en France, à 30 ou 40 millions de francs. La France possède à peu près toutes les espèces d’oiseaux qui vivent en Europe. Outre les volatiles de basse-cour, on trouve la perdrix dans les plaines et les bois ; la gelinotte, dans les montagnes ; la bécasse, dans les étangs ; dans les vergers, le bouvreuil, la fauvette ; partout les moineaux, les pinsons, les merles, etc. On ne rencontre guère le becfigue et le flamant rouge que dans le Midi, Parmi les oiseaux malfaisants, on trouve partout les pies, les corneilles, les corbeaux, les milans, les éperviers ; on ne voit guère que dans les Alpes et les Pyrénées l’aigle et le vautour. Parmi les oiseaux voyageurs, il faut citer l’hirondelle, l’alouette, la tourterelle, la grive, l’ortolan et la caille ; sur les bords des étangs, les vanneaux, les pluviers, les outardes, etc. Les reptiles sont en petit nombre ; l’aspic et la vipère sont dangereux. La couleuvre et le lézard sont assez communs, ainsi que les grenouilles, le crapaud de diverses espèces, la salamandre et même les tortues. Les poissons d’eau douce sont innombrables, et il serait trop long de citer ici le nom de toutes les espèces qui habitent nos rivières. Quant aux produits de la pèche maritime, nous mentionnerons seulement la raie, le turbot, le saumon, la sole, le maquereau, et surtout le merlan et la sardine. La pèche de ce dernier poisson rapporte plus de 2 millions aux pêcheurs bretons.

Industrie. « L’industrie française, dit M. Lavallée, déjà, si florissante dans le xviie et le xviiie siècle, a pris depuis cinquante années un prodigieux développement, et la France est aujourd’hui une des trois grandes nations manufacturières du monde. Si elle le cède à l’Angleterre pour la fabrication des machines, le nombre et le bon marché de certains produits, les faciles débouchés que ces produits trouvent dans d’immenses possessions coloniales ; si elle accepte la concurrence de l’Allemagne pour la fabrication des tissus, des poteries, des instruments de fer, elle n’a pas d’égale pour toutes les industries qui exigent de la grâce, de l’élégance, pour tout ce qui est affaire d’art plutôt que de métier, et tous les peuples du monde achètent, imitent ou envient ses produits, où le prix de la matière est centuplé par l’habileté et le goût de l.’ouvrier. » Au premier rang de l’industrie française, il faut placer les articles de Paris, c’est-à-dire la fabrication des bronzes et des plaqués, la bijouterie, l’orfèvrerie, l’horlogerie, l’ébénisterie, la tabletterie, la librairie, les instruments de musique, de chirurgie, de mathématiques, la quincaillerie, la coutellerie, les modes, les fleurs artificielles, la carrosserie, l’ameublement, la passementerie, etc. Viennent ensuite les tissus de soie et de coton, de lin, de laine. La production de la soie et sa transformation en étoffes constituent l’une de nos principales richesses industrielles et agricoles. On peut évaluer à plus d’un milliard et demi le mouvement des valeurs auxquelles la soie donne lieu en France.


Voici la distribution de la population industrielle entre les divers groupes de produits, d’après le recensement de 1866.

désignation des industries. ouvriers avec leurs familles. patrons, ouvriers et leurs familles.
hommes.
femmes.
Industrie des bâtiments
500,555
300,376
2,120,369
           textile
531,621
689,911
1,946,680
           de l’habillement
279,153
529,127
1,930,633
           de l’alimentation
138,723
77,030
1,664,246
           des transports
183,563
117,560
1,197,348
           des objets de métal
150,368
100,933
457,499
           métallurgique
60,116
48,965
136,894
           des mines et carrières
126,062
98,701
369,266
           du bois
49,953
29,468
263,808
           céramique
69,502
53,079
205,573
           de luxe
48,899
39,402
140,297
           de l’ameublement
42,265
31,739
125,997
           relative aux sciences et arts
44,595
37,556
119,717
           du cuir
37,470
26,808
102,982
           des produits chimiques
21,991
16,284
59,249
           de guerre
15,372
13,254
54,653
           de l’éclairage
14,130
10,312
48,397
Industries diverses
16,083
14,558
54,319
Totaux
2,331,121
2,235,061
10,997,927


En 1860, M. Block (Statistique de la France) évaluait ainsi qu’il suit la production de l’industrie française :

produits minéraux, chimiques, etc.
Millions de fr.
Mines et carrières
265
1,077
Industrie des fers
292
Bijouterie, orfèvrerie
200
Métaux et ouvrages divers
154
Produits chimiques
80
Arts céramiques
86
produits végétaux.
Chanvre et lin
250
3,506
Coton
630
Industrie de l’alimentation (sucres, boissons, vins, alcools, cidre, vinaigre)
2591
Bois
35
produits animaux.
Soie
1200
2,614
Laines
921
Peaux, cuirs
400
Os, ivoire, colle forte
30
Pêche
63
industries diverses.
Bâtiment
870
5,493
Ameublement
548
Habillement
1369
Tissus mélangés
330
Dentelles et broderies
90
Industries des matières grasses
156
Papeterie, imprimerie
60
Autres industries
500
――――――
Total général
12,692


L’industrie houillère s’est considérablement développée depuis le commencement du siècle. La progression a été surtout remarquable dans ces dernières années :

1858
6,600,000
francs.
1862
9,000,000
1864
11,200,000
1867
12,360,000
1868
12,804,100


La production de 1857 s’est ainsi répartie dans les principaux bassins (pour 1,000) :

Loire
0,280
Valenciennes
0,242
Alais
0,096
Creuzot et Blanzy
0,070
Aubin
0,046
Commentry
0,056
Divers
0,201


Il existe en France près de 40 concessions d’asphalte, comprenant une superficie de 28,287 hectares. L’extraction des tourbières occupe de 50,000 à 55,000 ouvriers. La production des mines de fer a été, en 1859, de 3,500,000 tonnes, d’une valeur de 12,000,100 fr. Les carrières faisaient vivre 165,804 individus en 1861. A la même époque, les mines de sel gemme occupaient 2,090 individus, et la prouction du sel marin 12,820 personnes. Les mines de sel gemme existent surtout dans les départements de l’Est. Les sources salées se rencontrent principalement dans l’Ariége, les Basses-Pyrénées, le Doubs, la Meurthe et la Moselle. La plus grande partie du sel provient des marais salants qui couvrent nos côtes.

L’industrie cotonnière, qui comprend la fabrication des calicots, percales, rouenneries, mousselines, tulles, velours de coton, etc., est presque entièrement de création moderne. La Normandie, la Flandre, l’Alsace sont les principaux centres de cette industrie, dont les produits étaient évalués, en 1860, à près de 400 millions de francs. La fabrication des toiles est ancienne en France. Elle a principalement pour centres la Flandre, la Normandie, la Bretagne. Les toiles fines, les batistes sortent de Valenciennes, de Saint-Quentin, de Cambrai ; les toiles ordinaires de Lisieux, de Guingamp, de Cholet, de Fécamp, etc. ; les coutils et le linge de table, de la Flandre ; les dentelles, de Valenciennes, de Lille, d’Alençon. L’ensemble représente une valeur de près de 400 millions de francs.

« La manufacture de laine, dit Porter, est depuis longtemps pour la France l’une des branches les plus importantes de son industrie : sur toutes les places du globe, la draperie française occupe le premier rang. » Cette industrie, qui date principalement de Colbert, mais qui n’a pris d’extension que depuis l’introduction des mérinos d’Espagne, consomme plus de 70 millions de kilogrammes de laine, dont la moitié est importée de l’étranger, et donne une valeur de plus de 930 millions de francs. La filature se fait principalement à Reims, à Tourcoing, à Amiens, à Rethel, etc. Cette industrie comprend, non-seulement les draps qui se fabriquent à Sedan, à Elbeuf, à Louviers, à Lodève, à Carcassonne, etc., mais les mérinos, les flanelles, les mousselines et les satins de laine qui sortent des fabriques de la Flandre et de la Picardie ; les tapis se fabriquent à Aubusson, à Abbeville, à Amiens, à Tourcoing ; les châles à Paris et à Lyon ; la bonneterie dans la Picardie, etc. À la suite de l’industrie si multiple et si active des tissus, il faut nommer celle des cuirs et des peaux, qui donne des produits ayant, d’après le rapport de l’Exposition de Londres, une valeur de 300 millions de francs ; ce chiffre est aujourd’hui dépassé ; on l’évalue à près de 400 millions. Nous avons précédemment parlé de l’industrie métallurgique en France ; nous devons ajouter ici la construction des machines, qui se fait à Paris, au Creuzot, à Mulhouse, à Lille ; la fabrication des armes, dont le siège principal est à Saint-Étienne, à Tulle, à Mutzig : les porcelaines (Sèvres, Chantilly, Limoges) ; les verreries (Rive-de-Gier, Alais, Choisy-le-Roi, etc.) ; les cristaux (Baccarat et Saint-Louis) ; les glaces (Saint-Gobain). Il faut nommer enfin la fabrication des produits chimiques, dont la valeur est évaluée à près de 55 millions de francs, et dont les centres sont les départements de la Seine, des Bouches-du-Rhône, du Nord ; celle des papiers, qui sortent principalement des fabriques de Seine-et-Marne, de Seine-et-Oise, de la Charente, de l’Ardèche, etc. Pour compléter ce rapide aperçu de l’état de l’industrie en France, nous dirons que l’ensemble des valeurs créées par l’industrie française représente plus de 5 milliards, et que le nombre des machines à vapeur s’est élevé, en 25 ans, de 7,000 à 25,000.

Commerce intérieur et extérieur. Navigation. Paris de commerce. Banques et compagnies financières. Le commerce de la France est très-considérable, et il n’y a rien là qui étonne, quand on songe qu’elle possède une immense étendue de terrain et que son sol est essentiellement agricole. « Ce commerce, dit M. Block, embrasse dans sa sphère l’ensemble des transactions de toute nature qui interviennent entre les individus d’une même nation. Ces opérations dépassent de beaucoup celles du commerce extérieur, et l’on peut dire, sans exagération, qu’en France les premières sont au moins décuples des secondes. En effet, le commerce extérieur ne sert qu’à compléter les approvisionnements du pays ou à écouler le superflu de la production. Que l’on songe à l’énorme mouvement d’affaires qui a lieu chaque année entre les 39 millions d’habitants de la France ; que l’on considère qu’il n’est pas pour ainsi dire d’objet qui, avant d’arriver à la consommation, ne passe par trois ou quatre intermédiaires et ne donne ainsi lieu à plusieurs opérations commerciales ; que l’on ajoute à ces achats et à ces ventes effectives les opérations de banque et les institutions de crédit, qui sont les auxiliaires du commerce, et l’on reconnaîtra qu’il n’y a rien d’excessif à attribuer une valeur approximative de 30 ou 40 milliards au mouvement du commerce intérieur. »

Le tableau suivant indique le mouvement du commerce d’importation et d’exportation pendant l’année 1866.

nature des marchandises. importation. exportation.
Objets de consommation.
Millions.
Millions.
Céréales
49     
178     
Riz
10     
۰     
Œufs, gibier
۰     
38     
Viandes salées et viandes fraîches
5     
7     
Poissons de mer
22     
21     
Fruits de table
21     
23     
Fromages et beurres
20     
72     
Légumes secs et farines
2     
۰     
Huile d’olive
26     
4     
Sels de marais ou de salines
۰     
۰     
Sucre raffiné
۰     
70     
      des colonies françaises
54     
۰     
      de l’étranger
40     
۰     
Poivre et piment
۰     
۰     
Girofle
۰     
۰     
Café
79     
۰     
Cacao
12     
۰     
Vins
4     
258     
Eaux-de-vie, esprits et liqueurs
6     
81     
Tabac en feuilles
20     
۰     
Médicaments
۰     
12     
Objets d’usage domestique.
Linge, habillements et confection
۰     
119     
Tissus de soie et de fleuret
13     
467     
Tissus de laine
42     
301     
Tissus de coton
23     
86     
Tissus de lin, de chanvre, de poil
20     
31     
Modes, fleurs artificielles, articles de Paris et plumes
2     
41     
Chapeaux de paille, d’écorce, de feutre
8     
9     
Nattes
8     
۰     
Savons et parfumerie
۰     
23     
Poterie, verres et cristaux
۰     
36     
Papier et ses applications
۰     
35     
Tabletterie, bimbeloterie, mercerie, parapluies, meubles divers et instruments de musique
۰     
210     
Horlogerie
2     
8     
Orfèvrerie et bijouterie
۰     
16     
Armes et coutellerie
۰     
3     
Produits agricoles.
Graines à ensemencer
25     
27     
Bestiaux
80     
۰     
Chevaux, mules et mulets
12     
81     
Instruments aratoires, limes, râpes et scies
۰     
۰     
Guano et autres engrais
20     
۰     
Œufs de vers à soie
8     
۰     
Houblon
6     
۰     
Matières premières.
Suif brut, saindoux
22     
8     
Peaux ouvrées, tannées, corroyées, maroquinées
۰     
162     
Peaux brutes, pelleteries et poils de toute sorte
133     
33     
Soies et bourres de soie
307     
107     
Coton en balles
426     
68     
Laines en masse
245     
33     
Chanvre, jutes et lin
80     
۰     
Fils de coton, de laine
26     
25     
Fils de lin ou de chanvre
9     
8     
Bois communs
180     
32     
Bois exotiques
11     
۰     
Arachides, noix, graines oléagineuses, tourteaux, huiles volatiles
68     
155     
Couleurs, indigo, cochenille, safran, garance, garancin
23     
40     
Fers, fonte brute, aciers
11     
1     
Machines et mécaniques
15     
8     
Outils et ouvrages en métaux
7     
39     
Or battu, tiré, laminé, filé, cendres et regrets
2     
3     
Cuivre
48     
7     
Plomb
16     
۰     
Zinc
19     
۰     
Etain brut
19     
۰     
Soufre
9     
۰     
Nitrates de potasse et da soude
5     
۰     
Potasses
5     
۰     
Stéarines, produits chimiques
Minerais de toute sorte
18     
8     
Houille crue
146     
۰     
Divers
302     
227     
Totaux
2,793     
3,180     
Moyenne quinquennale
2,517     
2,815     

On voit par ce tableau que les importations exercent une grande influence sur nos exportations ; car la plupart des marchandises importées servent d’aliment au travail national.

Le commerce intérieur et extérieur est favorisé par de nombreuses institutions de crédit, par une grande quantité de voies de communication et par une navigation très-active. Au 1er janvier 1869, l’effectif de la marine marchande était de 15,002 navires, jaugeant 983,996 tonneaux. D’après leur tonnage, les navires à voiles et à vapeur se classaient ainsi :

noms des ports. nombre de navires. tonnage.
Dunkerque
297
33,984
Le Havre
441
112,032
Nantes
679
112,046
Bordeaux
428
123,672
Marseille
850
155,625
Autres ports
12,370
446,637
Totaux
15,065
983,996

La navigation côtière d’un port français à un autre port français se nomme cabotage. Le cabotage français a transporté, en 1866, 2,141,000 tonnes.

Nous ne ferons qu’énuméner ici les principales institutions de crédit (banques et compagnies financières) auxquelles le Grand Dictionnaire consacre des articles spéciaux. Il y a trois catégories d’établissements financiers : 1º ceux de la haute banque ; 2º les maisons d’escompte et de recouvrement ; 3º les maisons de simple spéculation. La Bourse est une des grandes forces de l’État et du monde entier. La plupart des grandes villes de France possèdent un marché de valeurs mobilières ; La Banque de France a pour mission de remplacer, dans le mouvement des échanges, l’étalon métal par l’étalon papier. Elle a des succursales dans la plupart des villes un peu importantes de la province.

Parmi les diverses sociétés financières qui abondent à Paris, nous citerons : le Crédit foncier, la Société des dépôts et comptes courants, la Société pour le développement du commerce et de l’industrie, etc. Signalons aussi les caisses d’épargne, la Caisse des retraites pour la vieillesse et de nombreuses sociétés d’assurances contre l’incendie, la grêle, les assurances maritimes, etc.,

Colonies. Les possessions coloniales de la France étaient autrefois plus considérables que de nos jours. Elles comprenaient : dans l’Amérique septentrionale, la Nouvelle-France, qui se composait de la plus grande partie du bassin du fleuve Saint-Laurent et se divisait ainsi : 1º Acadie ou Nouvelle-Écosse et île de Terre-Neuve, cédées à l’Angleterre, en 1713, par la paix d’Utrecht, avec la réserve du droit de pêche, dont la France jouit encore sur les bancs de Terre-Neuve ; 2º Canada, cédé à l’Angleterre par le traité de Paris, en 1763. La Louisiane, qui comprend la plus grande partie du bassin du Mississipi, fut cédée à l’Espagne en 1763, rétrocédée à la France en 1801 et définitivement vendue aux États-Unis en 1803. Aux Antilles, la France possédait, en 1789, la partie occidentale d’Haïti ou Saint-Domingue ; l’est lui fut cédé par l’Espagne à la paix de Bàle, en 1795 ; mais déjà la révolte des noirs avait réduit à néant l’autorité de la métropole ; l’expédition que Bonaparte y envoya, en 1802, échoua, et, en 1825, Charles X reconnut l’indépendance d’Haïti.. Sainte-Lucie a été cédée à l’Angleterre en 1814 ; la Dominique, Saint-Vincent, Tabago furent cédés par la paix de Paris à la même puissance, en 1763 ; Saint-Barthélémy fut abandonné à la Suède en 1784. En Asie, Dupleix avait étendu la domination de la France dans l’Indoustan, depuis les rives de la Krishna au N. jusqu’au cap Comorin au S., c’est-à-dire sur 800 kilom. environ du littoral de la côte de Coromandel et 250 kilom. dans l’intérieur. La paix de Paris, en 1763, sacrifia ces magnifiques conquêtes. En Afrique, dans l’océan Indien, l’île de France ou île Maurice a été cédée à l’Apgleterre en 1814. A Madagascar, la France avait formé divers établissements : Fort-Dauphin, Louisbourg, Foulpoint, Tamatave, Tintingue, abandonnés aujourd’hui.

Actuellement, les colonies françaises sont : 1º en Afrique, au N., l’Algérie ; à l’O., sur le fleuve du Sénégal, l’île Saint-Louis et les îles voisines ; les postes militaires de Lampsar, de Richard-Tol, de Merinaghen et de Dragoua ; enfin les postes de Podor, de Bakel, de Makana et de Senou-Debou ; sur la côte, l’île de Gorée- ; dans la Gambie, le comptoir de Sedhiou ; sur la côte de Guinée, les comptoirs d’Assinie, du Dabou et du Grand-Bassam ; les escales des Darmoukours, du Désert du Coq ; à l’E., dans l’océan Indien, les îles de la Réunion, Sainte-Marie, Madagascar, et, dans le groupe des Comores, les îles Mayotte, Nossi-Bé, Nossi-Cumba, Nossi-Tassi et Nossi-Mitsiou ; 2º en Asie, dans l’Indoustan, le territoire de Pondichéry, de Karikal, d’Yanaou, de Chandernagor, de Mahé ; 3º dans l’Amérique septentrionale, les îles Saint-Pierre et Miquelon ; 4º aux Antilles, la Martinique, la Guadeloupe et ses dépendances, Marie-Galante, les Saintes, la Désirade, la moitié de l’île Saint-Martin (l’autre partie appartient aux Hollandais) ; 5º dans l’Amérique méridionale, la Guyane ; 6º en Océanie, les îles Marquises, la Nouvelle-Calédonie, l’île de Chappertow et deux archipels placés seulement sous la protection de la France ; les îles Taïti, ou archipel de la Société, et les îles Gambier, dans l’archipel Dangereux. Les colonies françaises, non compris l’Algérie, comptent environ 820,000 habitants, dont 120,000 Européens.

Histoire. Indiquer les points culminants, citer les dates principales des fastes de la France, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, mentionner les personnages importants, exposer aussi brièvement que possible les faits saillants qui ont concouru à la formation de l’unité française, tel est le but que nous nous proposons ici. Cette manière de procéder ressort du cadre même de notre ouvrage, où chacun des grands faits et des personnages de notre histoire fait l’objet d’un article spécial.

Lorsque Jules César fit la conquête de la Gaule, ce pays n’était point plongé dans la barbarie, comme le prétendent quelques auteurs. Les cités importantes que les Romains trouvèrent dans cette contrée, sa situation agricole et manufacturière, son organisation religieuse et politique, prouvent qu’une civilisation assez avancée régnait au milieu de la grande fédération gauloise. Pour tout ce qui concerne la France jusqu’au règne de Clovis, nous renverrons le lecteur au mot Gaule. Pharamond, le premier roi de nos annales, est peut-être un personnage fabuleux. Ce qui est certain, c’est que Mérovée donne son nom à la première dynastie des rois francs (448). Childéric, son successeur (458), est le père de Clovis ou Clodovech. A l’avènement de Clovis, la Gaule était divisée en plusieurs Etats. Ce prince, à la tête des guerriers de sa tribu, résolut de faire la conquête de toute la contrée. Avec l’aide d’un autre chef franc, il défit Syagrius à Soissons (486) et mit fin à la domination romaine, qui avait duré six siècles dans la Gaule. Il soumit ensuite divers peuples belges et s’unit aux Bourguignons en épousant Clotilde, nièce de leur roi (493). Des bandes d’Alamans ravageaient sans trêve la rive gauche du Rhin ; Clovis marcha contre ces hordes, et, après les avoir complètement défaites à Tolbiac, il s’empara de leur territoire. A la suite de cette victoire, où il avait cru voir l’intervention divine, cédant aux pressantes sollicitations de Clotilde, qui était chrétienne, il se fit baptiser en grande pompe à Reims, avec 3,000 de ses guerriers. Clovis, quelque temps après, soumit les Bretons, mais il leur laissa leurs rois ou comtes particuliers, rendit tributaires les Bourguignons et défit les Visigoths près de Poitiers. Après avoir ravagé plutôt que conquis toute l’Aquitaine, Clovis massacre les chefs francs, saliens ou ripuaires, étend son autorité du Rhin au Rhône, aux Pyrénées et à l’Océan, substitue la France à la Gaule et établit sa résidence à Paris. A sa mort (511), ses quatre fils se partagèrent ses États : Thierry eut la France orientale (Austrasie), entre la Meuse et le Rhin, sans compter les provinces d’Allemagne ; il résidait à Metz. Clotaire obtint la France occidentale (Neustrie) ; Soissons était sa résidence. Childebert fut élu roi de Paris, avec les provinces occidentales, depuis Amiens, y compris la Bretagne, Poitiers, Bordeaux, jusqu’aux Pyrénées. A Clodomir, roi d’Orléans, échurent les provinces de la Loire (le Maine, l’Anjou, la Touraine, le Berry). Ce partage est des plus bizarres. Pour obéir aux sollicitations de Clotilde, leur mère, qui avait à cœur de venger d’anciens malheurs, les quatre fils de Clovis attaquèrent les Bourguignons et les vainquirent à Vézéronce, près de Vienne. Clodomir succomba dans cette guerre, et la Bourgogne fut conquise ou rendue tributaire (534). La Provence fut aussi enlevée aux Ostrogoths. La mort de ses frères laissa Clotaire seul roi de France (558). Son autorité s’étendait sur toute l’ancienne Gaule et une grande partie de l’Allemagne occidentale. Ses quatre fils se partagèrent ses États ; mais, dans ce partage, les divisions géographiques ne furent pas plus respectées qu’elles na l’avaient été à la mort de Clovis ; chacun voulut demeurer au nord de la Loire, et pourtant avoir sa part des riches villes romaines du Midi. Caribert, roi de Paris, posséda Tours, Chartres et la plus grande partie de l’Aquitaine, plusieurs villes de Provence, notamment Marseille. Gontran, roi d’Orléans, commanda principalement à la Bourgogne et à la moitié de la Provence. Le roi de Neustrie, Chilpéric, avait aussi sa part de l’Aquitaine et de la Provence, ainsi que Sigebert, roi d’Austrasie. « Caribert, dit M. Artaud, après un règne de six années, n’a laissé dans l’histoire que le souvenir de son incestueuse polygamie. Il est inutile de raconter ici la querelle de Sigebert et de Chilpéric, les luttes acharnées de Brunehaut et de Frédégonde, guerres sanglantes, causées autant par la jalousie des nations cis et trans-rhénanes que par l’antipathie des frères et la haine de leurs épouses. La mort de Sigebert (575) et de Chilpéric (584) transmit leurs couronnes à deux enfants mineurs, Childebert et Clotaire, sous la protection de leur oncle Gontran. Mais autant Frédégonde inspirait d’aversion au Bourguignon, autant il sentait d’affection pour le fils de Brunehaut ; privé d’enfants, il s’accoutume à voir en lui son successeur. Cependant, comme Gontran est l’ennemi prononcé de cette haute aristocratie terrienne qu’il voyait déjà tendre à une entière indépendance, les barons d’Austrasie lui suscitent un rival : c’est Gondovald, fils naturel du vieux Clotaire ; Gontran renouvelle son alliance avec Childebert II. Il présente son neveu aux comices de Bourgogne et le proclame son successeur. Gondovald se retire vers les Pyrénées, afin de s’appuyer sur l’Espagne ; il se renferme dans Comminges ; mais la trahison l’en arrache, et tous les outrages sont prodigués à son cadavre. » Sous l’influence de Frédégonde et de Brunehaut, la Neustrie ou France romaine et l’Austrasie ou France barbare engagèrent une lutte où la victoire resta à la barbarie. Aidés des hordes germaniques, les Austrasiens de Brunehaut ravagèrent la Neustrie ; ils allaient triompher quand Frédégonde fit assassiner Sigebert (575) dans son camp, près de Vitry (Pas-de-Calais) ; Brunehaut fut même un instant sa prisonnière. Plus tard, elle envoya assassiner son propre époux, Chilpéric, à Chelles, et lutta heureusement contre es Austrasiens, sur lesquels elle gagna la grande victoire de Leucofao (597). Elle mourut tranquille et glorieuse, jouissant du fruit de ses crimes et de ses victoires. Plus tard, avec Brunehaut, succomba la civilisation romaine. Cette femme supérieure, respectée des empereurs, des évêques, qui voyaient en elle la protectrice éclairée des arts et de la civilisation, fut livrée par les leudes austrasiens à Clotaire II, fils de Frédégonde, qui la condamna à une mort horrible (613). On sait que cette reine infortunée fut attachée par les cheveux à la queue d’un cheval indompté.

Dans la lutte de l’Austrasie et de la Neustrie, l’assassinat des deux rois avait laissé l’empire mérovingien à de jeunes enfants ; les leudes leur avaient choisi pour tuteurs des chefs puissants qui, sous le nom de maires du palais, s’élevèrent plus tard à la royauté. Clotaire II, l’assassin de Brunehaut, était devenu maître de l’héritage de Clovis. Mais là, rien n’était homogène : dans le Nord, la vieille race gauloise n’aimait pas les Francs ; dans le Midi, au delà de la Loire, la population, toute romaine, avait en horreur le joug des Francs demi-sauvages ; les Bretons étaient toujours en révolte ; les Gascons quittaient sans cesse les Pyrénées et ravageaient les possessions franques ; les Visigoths d’Espagne possédaient toujours la Septimanie ; les Lombards d’Italie avaient attaqué la Provence ; les Bourguignons étaient toujours tributaires ; enfin, dans la Neustrie et l’Austrasie, toujours rivales, les maires du palais annulaient de plus en plus la faible autorité des descendants de Clovis. De plus, les leudes, qui avaient créé les maires du palais, avaient obtenu l’hérédité de leurs gouvernements et des biens qu’ils avaient envahis. Telle fut l’origine de la féodalité ou indépendance des grands de toute autorité royale.

Dagobert 1er avait pris le titre de roi des Francs et du peuple romain ; il apaisa les Gascons et les Bretons, rétablit l’ordre dans ses vastes États, grâce surtout au concours de ses deux illustres ministres, Eloi et Ouen, et fonda pour y placer son tombeau la célèbre abbaye de Saint-Denis. Ce prince mourut en 938, à l’âge de trente-six ans, laissant le trône mérovingien à des fantômes de rois, appelés rois fainéants, qui abandonnèrent toute leur autorité aux maires du palais. Pour se soustraire à la domination tyrannique des maires du palais, les leudes d’Austrasie se constituèrent en république aristocratique et prirent pour chef Pépin d’Héristal, duc d’Austrasie. Ebroïn marche aussitôt contre les grands de l’Austrasie et de la Neustrie réunis, et taille leur armée en pièces à Leucofao (680), peut-être Loixi, sur le territoire de Laon, suivant M. Artaud. Mais, sept ans plus tard, Pépin finit la grande lutte de l’Austrasie contre la Neustrie par la victoire de Testry, près de Saint-Quentin (687). Devenu maître absolu, Pépin laissa le titre de roi à Thierry III et régna de fait sous le nom de duc et pair des Francs. « Pépin, dit M. Artaud, distribua aux grands qui avaient combattu à ses côtés des titres de duc, de patrice, de comte ; il rétablit les anciennes assemblées nationales et donna aux évêques et abbés le droit d’y prendre place. Il retourna en Germanie, oùl’appelaient des victoires à remporter sur les Frisons, et laissa au roi Thierry son fils aîné Grimoald pour maire du palais. » Pépin mourut en 714, après avoir vu ses deux fils légitimes le précéder dans la tombe. Son fils naturel, Chartes Martel, hérita de sa haute dignité. Cet illustre guerrier est d’abord vaincu par les Frisons ; mais c’est là le seul échec qu’il doive subir dans sa carrière héroïque. En effet, après avoir surpris l’armée neustrienne à Stevolo, il remporte sur Chilpéric II une victoire complète dans les plaines de Cambrai (717), puis il triomphe à Soissons des Aquitains qui, sous leur duc mérovingien Eudes, étaient venus au secours de la Neustrie. Cette suprématie austrasienne replaça le siège de l’empire des Francs entre la Meuse et le Rhin, vrai centre de la germanique Austrasie. « C’est, dit un historien, du sein de la vieille forêt des Ardennes, dont la majesté et la profondeur lassèrent la hache de César, que Charles Martel s’élança contre les Frisons, les Germains, les Bretons, les Aquitains toujours armés. Mais un terrible ennemi se présenta bientôt : les Arabes, vainqueurs des Visigoths, envahirent la Septimanie ; Narbonne tomba en leur pouvoir (721) ; ils triomphèrent d’Eudes, duc d’Aquitaine, et se répandirent avec d’autant plus de rapidité que les peuples du Midi préféraient leur élégante domination à la barbarie des Francs. » En 752, sous la conduite d’Abdérame, ils avaient pénétré jusqu’à la Somme et à la Loire, pris Poitiers ; ils marchaient sur Tours. Charles Martel accourut à la tète d’une puissante armée. Une sanglante bataille s’engagea entre Tours et Poitiers. Le chef ennemi fut tué avec plus de 30,000 de ses guerriers. Pour se venger de l’antipathie des provinces méridionales, Charles Martel y promena le fer et la destruction, et, lorsque l’armée franque évacua enfin le Midi horriblement saccagé, elle emporta un butin immense. Toutefois, les Arabes gardèrent la Septimanie ; l’Aquitaine, que les Francs appelaient territoire des Romains, et les provinces du Sud furent tributaires, mais restèrent ennemies. Charles Martel mourut en 741. Carloman et Pépin se partagèrent le royaume. Les Saxons, les Allemands et les Bavarois s’unirent contre les fils de Charles Martel, mais ils furent vaincus sur les bords de la Lech (743). Sur ces entrefaites, Carloman, au comble de la gloire et de la puissance, dit tout à coup adieu au monde. Dès lors, tous les obstacles étant aplanis, le trône attendait le second fils de Charles Martel, Resté seul au pouvoir, Pépin convoque les comices à Soissons. Déjà le pape Zacharie a prononcé entre le roi de nom et le roi de fait. Saint Boniface donne à Pépin l’onction royale, tandis que le stupide Childéric III est envoyé dans le monastère de Sithium (752). Ainsi, dit M. Artaud, finit l’histoire de ces rois fainéants, enfermés comme des femmes dans leur château de Maumagne ou promenés une fois par année aux comices nationaux dans une molle basterne. »

Cédant aux pressantes sollicitations du pape Etienne, qui était venu d’Italie implorer son secours contre les Lombards, Pépin force les cluses lombardes, assiège Astolphe, roi des Lombards, dans Pavie et le force à capituler. Il dépose ensuite sur le tombeau de saint Pierre les clefs des villes conquises, au lieu de les rendre à l’empereur, et jette ainsi les premiers fondements de la puissance temporelle des papes (755). Puis, aidé des débris des Visigoths irrités contre les Arabes, il s’empare de la Septimanie et laisse une sorte d’indépendance à cette province encore toute romaine, et qui s’appela Gothie jusqu’au xiiie siècle. Pépin attaqua l’Aquitaine, fit pendant neuf ans une guerre d’extermination, changea le pays en désert et ruina le duc mérovingien Waïffre (768), sans pouvoir néanmoins soumettre entièrement ce pays aux hommes du Nord. Peu après, la mort enlevait Pépin, qui fut enterré dans la basilique de Saint-Denis, sur le seuil, et le front contre terre, par humilité, dit M. Artaud. Plus tard, quand la gloire eut sacré son fils, on écrivit sur sa tombe : Ci-gît Pépin, père be Charlemagne. La puissance de Pépin passa à son fils Charlemagne, qui donna à sa dynastie le nom de carlovingiens. Charlemagne fut sans contredit le plus grand homme du moyen âge. « Ce grand prince, dit un écrivain, sentit le premier combien la civilisation devait l’emporter sur la barbarie, et il voulut s’élever au niveau de ces Romains que le reste des Francs avait méprisés comme des vaincus et des esclaves. Il fit d’abord son éducation à lui-même et ensuite celle de son peuple. Il réagit sur ces Austrasiens, sur ces barbares d’outre-Rhin qui avaient fait la grandeur de sa famille, et il voulut les élever tout au moins au niveau des autres Francs. Ce fut par la propagation de la religion chrétienne et par la fondation d’évêchés puissants qu’il y procéda. Chaque année presque il fut obligé de combattre ou les Saxons ou quelque autre peuple du Nord, et chacune de ses victoires fut suivie de conversions en masse et de colonies religieuses fondées dans les forêts. Ses moyens furent souvent injustes, souvent cruels, mais le succès les couronna. La civilisation fit, sous son règne, plus de conquêtes sur la barbarie qu’elle n’en avait fait depuis des siècles. Lorsqu’en subjuguant l’Italie il vit de près les merveilles des grands peuples de l’antiquité, il voulut faire participer à leur gloire l’Austrasie, sa patrie, et Aix-la-Chapelle, sa capitale ; il y ranima donc les études ; il renouvela les arts ; il enseigna à ses sujets à honorer toutes les distinctions de l’intelligence. Enfin, dans la dernière année du siècle, il changea sa couronne de roi contre celle d’empereur ou d’Auguste, se proclamant ainsi le monarque des vaincus plutôt que des vainqueurs, et le représentant des progrès plutôt que celui de la barbarie. On peut dire que la vie de Charlemagne fut absorbée tout entière dans ses luttes contre les Saxons, toujours indomptés, contre les Slaves, les Arabes, les Avares, etc. Couronné empereur à Rome (800) par le pape Léon III, il put se considérer comme le successeur des empereurs romains d’Occident. Craint et respecté par les empereurs de Constantinople, il reçut d’Haroun-al-Raschid, calife de Bagdad, les clefs du saint sépulcre de Jérusalem. Bourguignons, Bretons, Aquitains, Romains, tous s’honoraient d’être les sujets d’un chef si illustre. Par le capitulaire de Thionville (806), l’empereur partagea son empire en trois royaumes : 1º Aquitaine ; 2º Italie ; 3º Germanie. Ce dernier royaume comprenait l’Austrasie, la Neustrie et une partie de la Bourgogne. L’Aquitaine comprenait le reste de la Bourgogne, la Gascogne, la Provence, la Septimanie, la Marche d’Espagne, etc. Charlemagne mourut à Aix-la-Chapelle en 814, après avoir fait reconnaître pour son successeur Louis le Débonnaire, qui était roi d’Aquitaine. Grâce au génie de Charlemagne, l’unité avait régné dans ses vastes Etats, que la faiblesse de son successeur va laisser se fractionner entre les petits-fils du conquérant ; Lothaire fut associé à l’empire ; Pépin eut l’Aquitaine, Louis la Bavière, Bernard l’Italie, Charles le royaume d’Allemagne. Dès lors commence la décomposition de cet immense empire. Tout se soulève : sur le Rhin, la vieille Austrasie, toujours barbare ; le long de l’Océan, la Neustrie ; enfin, dans le Sud, l’Aquitaine. La Neustrie, où le clergé, si docile sous Chariemagne, a ressaisi toute son autorité, se venge sur l’Austrasie par les évêques, qui dégradent la majesté impériale dans la pénitence publique qu’ils font subir à l’empereur à Attigny-sur-Aisne (822) ; car il ne faut pas oublier que les mérovingiens étaient Neustriens, tandis que les carlovingiens étaient Austrasiens. C’est en vain que, pour mieux imprimer dans l’esprit de son fils l’idée de son indépendance, Charlemagne avait voulu qu’il prit la couronne sur l’autel et se la mît lui-même sur la tète. Louis, dès le début de son règne, avait eu hâte de soumettre son diadème à la tiare ; de là ses humiliations et ses revers. Peu de temps après le triste spectacle d’Attigny, les Neustriens, sous l’influence d’un abbé de Corbie, du nom de Wala, déposent l’empereur dans une assemblée tenue à Verberie, près de Senlis, et l’enferment dans un cloître. L’Austrasie se soulève aussitôt contre les prétentions de la Neustrie, et la diète de Nimègue (830) rend l’empire à Louis le Débonnaire. Peu après, les Austrasiens et les Neustriens réunis se jettent sur l’Aquitaine révoltée, la ravagent horriblement, puis se séparent dans les champs du Mensonge (entre Bàle et Strasbourg), où l’empereur, indignement abandonné par ses soldats, est entraîné en Neustrie et dégradé de la majesté impériale à l’assemblée de Compiègne par Ebbon, archevêque de Reims (833). Mais l’Austrasie vint encore arrêter ces vieilles vengeances de la Neustrie, et rendit de nouveau l’empire à Louis, dans la seconde assemblée de Nimègue. De nouveaux partages, de nouvelles révoltes de ses fils ingrats soulevèrent l’Allemagne et l’Aquitaine. Enfin, le vieil et infortuné empereur mourut en Austrasie, à Ingelheim, sur le Rhin (840). Cette mort fut le signal de luttes épouvantables. La Neustrie et l’Austrasie, États du Nord, gouvernés par Charles le Chauve et Louis le Germanique, s’unirent contre l’Aquitaine et l’Italie, Etats du Sud, qui obéissaient à Lothaire, fils aîné du Débonnaire. (Aussitôt après la mort de son père, Lothaire avait revendiqué les droits attachés à la dignité impériale.) Les deux armées comptaient 150,000 hommes chacune. Un choc épouvantable eut lieu à Fontenay ou Fontenailles, près d’Auxerre (841). Le combat ne dura que six heures, mais il fut si meurtrier que 80,000 hommes trouvèrent la mort dans la mêlée. L’épouvantable effusion de sang qui se fit dans cette journée eut un double résultat : d’abord, de livrer la France sans défense aux incursions des Normands, ensuite de faire prédominer la langue romane et de servir ainsi à la transformation de la nation franque en peuple français. Lothaire, vaincu, rassemblait une nouvelle armée pour résister aux vainqueurs qui voulaient se partager entre eux l’empire. Mais les trois frères se rapprochèrent et conclurent la paix à Verdun (843), où fut signé le célèbre traité de partage de l’empire : la France occidentale, jusqu à la Meuse, à la Saône et au Rhône, fut assignée à Charles ; la Germanie, jusqu’au Rhin, à Louis ; l’Italie, avec la Provence, à Lothaire. Celui-ci étendit son pouvoir jusqu’aux bouches du Rhin, à travers cette langue de terre qui, séparant Louis et Charles, fut appelée Lotharingia, c’est-à-dire la part de Lothaire, et plus tard, quand le nom se fut altéré, la Lorraine. Charles le Chauve n’eut d’autorité réelle qu’en Neustrie. La Bretagne s’était érigée en royaume indépendant ; le Septimanie et l’Aquitaine luttaient toujours contre les Francs oppresseurs ; les Sarrasins d’Espagne infestaient les côtes de la Méditerranée. Mais ces ravages n’étaient rien, si on les compare à ceux des Normands. A dater de l’année même de la mort de Charlemagne, ces terribles pirates s’enhardirent tous les jours davantage dans leurs expéditions de brigandage : ils arrivaient avec des flottes toujours plus nombreuses ; ils remontaient les rivières aussi loin qu’elles portaient bateau, et ils étendaient leurs déprédations sans rencontrer jamais de résistance. Ils prennent, saccagent, incendient Bordeaux, Nantes, Tours, Rouen, Amiens, des villes même plus reculées, Limoges, Clermont, Bourges. Ils trouvent Paris vide de. ses habitants, et leurs barques suffisent à peine au butin qu’ils emportent. Robert le Fort, duc de Neustrie, fut le plus rude adversaire des Normands. Ce héros neustrien est le premier des ancêtres connus de la troisième dynastie ou dynastie capétienne. Il succomba près de la Loire, dans sa lutte contre les pirates, tandis que Charles le Chauve achetait la retraite de ces mêmes pirates à prix d’or, ce qui ne réussit qu’à exciter davantage leur cupidité. À cette époque de désordre, les anciennes flottes de Charlemagne avaient été détruites, et rien ne protégeait plus les côtes. Les grands se faisaient aussi les complices des Normands dans leur œuvre de destruction, quand cela était utile à leur puissance. A la mort de Lothaire (855), ses trois fils se partagèrent ses Etats. Louis obtint l’Italie et le titre d’empereur ; le jeune Lothaire, le royaume de Lorraine. La Provence échut au troisième. Mais la mort du roi de Provence suivit de près ce partage, et ses frères s’emparèrent de son héritage. Peu d’années après mourut le roi de Lorraine, frappé, ont dit les uns, par le jugement de Dieu ; empoisonné dans l’eucharistie, suivant une opinion plus vraisemblable. L’empereur Louis II ne tarda pas à suivre ses deux frères dans la tombe, et le pape Jean VIII, dont Charles avait su capter l’affection, s’empressa de lui décerner la couronne impériale. « C’est ainsi, dit Sismondi, que le pape se substituait à toute cette nation décorée de la toge, dont il se disait le représentant, et au nom de laquelle il invoquait les anciennes coutumes pour donner un nouveau maître à la terre. » Par le fameux traité de Kiersy, près de Laon, les grands arrachèrent à la faiblesse de Charles l’hérédité de leurs duchés, comtés, seigneuries. C’est ce traité qui ouvre la grande ère féodale des fiefs (877). Cette même année, Charles meurt à Brios, dans les montagnes de Savoie, empoisonné par le juif Sédécias, son médecin, que pousse on ne sait quel mobile. Louis II, le nouveau roi, tente en vain, à son avènement, de se concilier des partisans en prodiguant les fiefs et les abbayes. Il viole l’édit de Kiersy, et aussitôt tous ceux qui ont des fiefs à recueillir ou à transmettre s’arment contre lui. Les mécontents, grâce à l’intervention d’Hincmar, archevêque de Reims, consentent à remettre l’épée dans le fourreau, et Louis, surnommé le Bègue, reçoit l’onction royale du pape Jean VIII (878). Louis meurt à Compiègne en 879. L’assemblée de Meaux couronne ses deux fils, Louis et Carloman ; l’un obtient l’Aquitaine et l’autre la Neustrie. Les deux frères remportent de très-grands avantages sur les Normands, qui avaient recommencé leurs incursions dévastatrices ; puis Carloman meurt (884) d’une blessure profonde reçue dans une chasse au sanglier. Sous Charles le Gros, l’empire de Charlemagne fut à peu près reconstitué ; mais la nullité de ce prince le fit déposer, et ce vaste empire, démembré à jamais, se fractionna en six royaumes : France, Allemagne, avec la dignité impériale, Italie, Lorraine, Bourgogne, Navarre. Comme première atteinte aux droits de la race austrasienne des carlovingiens, la France ou Neustrie se donna pour roi Eudes, comte de Paris et duc de France, fils de Robert le Fort, et comme lui redoutable adversaire des Normands, qui continuaient leurs ravages, tandis que les Sarrasins détruisaient Antibes. Saint-Tropez, attaquaient Arles, Fréjus et Marseille, s’établissaient dans l’île de la Camargue, formaient une place d’armes à Fraxinet, près de Nice, créaient une ligne de postes fortifiés depuis Fréjus jusqu’à Saint-Maurice en Valais, d’où ils infestaient tout le pays (888). Cependant Charles le Simple réclama contre l’élévation du Neustrien Eudes. Par transaction, il régna au nord de la Seine et Eudes jusqu’à la Loire, au delà de laquelle les grands d’Aquitaine affectaient l’indépendance. La mort d’Eudes laissa Charles le Simple seul roi (898).

Le fait le plus saillant de cette époque est l’établissement légal des pirates Scandinaves dans le nord de la France. En 911, Roll ou,Rollon, cet illustre chef des Normands de la Seine, avait ramené ses bandes d’Angleterre ; il ravageait les rives de l’Yonne et de la Saône. Repoussé de Chartres par le duc de Bourgogne et le comte de Paris, il n’en traita que plus durement encore le reste du pays. Pour mettre un terme aux déprédations des Normands, qui couvraient le pays tout entier de désolation et de deuil, Charles offrit à Rollon un territoire pour s’établir avec ses guerriers. Il conclut avec ce terrible chef, à Saint-Clair-sur-Epte, en 912, un traité qui donna à Rollon la partie de la Neustrie qui s’étend des rivières d’Andelle et d’Aure jusqu’à l’Océan ; il y ajouta le pays entre les rivières d’Andelle et d’Epte et le domaine de la Bretagne, dans le but de maintenir les Bretons presque toujours en révolte ouverte. 20,000 Normands et une foule d’aventuriers s’unirent à Rollon, qui donna le nom de Normandie à sa conquête. Tous les Normands furent nobles ; les Neustriens furent serfs. Rollon exigea, en outre, pour épouse, Gisèle, la fille du roi. Charles mit pour condition à ce mariage la conversion du chef normand au christianisme. L’éloignement de leur pays avait affaibli chez ces barbares la croyance aux dieux nationaux, et cette condition, posée par le roi do France, ne fut pas une difficulté. Ajoutons que le pays prospéra sous la domination normande.

Cependant la royauté carlovingienne allait s’affaissant de jour en jour. Charles le Simple n’eut bientôt plus que les villes de Laon, de Reims, de Compiègne et quelques châteaux, tandis que les tout-puissants ducs de France et d’autres grands vassaux l’effaçaient en grandeur et en autorité. Enfin, le dernier flot des peuples barbares arriva ; c’étaient les Hongrois, qui s’avancèrent en Aquitaine jusqu’à Toulouse, dévastant tout sur leur passage et ne laissant derrière eux qu’un affreux désert. Leurs hordes, battues par les Aquitains, se jetèrent sur la Champagne et pénétrèrent jusqu’en Vermandois (954). Hugues Capet succéda à son père, Hugues le Grand, comme duc de France (956). Quand les seigneurs de la France septentrionale ou Neustrie élurent à Noyon et firent sacrer à Reims (987) Hugues Capet, arrière-petit-fils de Robert le Fort, la France méridionale resta étrangère à cette révolution, se contentant de l’indépendance de ses grands seigneurs. Hugues possédait le comté de Paris, l’Orléanais et une partie de la Picardie ; il réunit ces possessions à celles des derniers carlovingiens et en forma le domaine de la couronne, qu’il rendit héréditaire dans sa famille, de même qu’il permit aux grands de transmettre leurs duchés et comités à leurs descendants, sous sa suzeraineté. Les concessions au clergé furent immenses. C’est de ce duché de France que les capétiens sauront soumettre de gré ou de force les vingt peuples différents qui couvrent le sol. On comptait alors 70,000 fiefs, 1 million de nobles, 100,000 guerriers, 100 petits Etats souverains, parmi lesquels 8 supérieurs ou grands feudataires, possesseurs de grands fiefs ou pairies féodales : 1º le comté de Flandre, entre l’Escaut et la Sommes ; 2º le comté de Vermandois, sur les rives de la Somme ; 3º le duché de Normandie, fondé par Rollon et ayant sous sa suzeraineté la Bretagne ; 4º le duché de Bourgogne ; 5º le duché de Gascogne ; 6º le duché de Toulouse, entre les Cévennes et la haute Garonne ; 7º le comté de Barcelone, entre les Pyrénées et l’Ebre ; 8º le duché de Guyenne. Outre ces huit grands feudataires laïques, il y eut six pairs ecclésiastiques : l’archevêque de Reims, les évêques de Laon et de Langres, nommés aussi ducs, et les trois évêques de Beauvais, de Châlons et de Noyon, nommés aussi comtes. En dehors de cette hiérarchie féodale étaient la Lorraine et le royaume de Bourgogne. Hugues Capet n’eut aucune autorité sur les vassaux du Nord et du Midi ; mais il traça à ses successeurs la marche qu’ils avaient à suivre pour les dominer (996). Lorsque Louis d’Outremer mourut, laissant la couronne à son fils Lothaire, les grands s’aperçurent à peine que le trône avait changé de maître, et la France du sud ne connut pas probablement le nom du nouveau roi. Hugues le Grand avait été roi de fait, bien qu’il n’eût pas jugé à propos de se faire décerner ce titre. En mourant, il laissait la Bourgogne à son deuxième fils, Henri, et le duché de France, avec le comté de Paris, à l’aîné, Hugues, surnommé Capet. Louis V mourut en 987, empoisonné, dit-on, par la reine, son épouse. Il ne laissait pas de fils. Hugues Capet se fit proclamer roi (v. ci dessus). Avec Louis V se termina la dynastie carlovingienne, qui avait duré 235 ans et donné treize rois à la France.

Hugues Capet eut pour successeur son fils Robert, qu’il avait fait sacrer de son vivant. On était alors aux approches de l’an 1000, et c’était une croyance générale, que le monde devait finir avec cette année fatale. L’an 1000 s’écoula sans autre fait digne de remarque qu’une fertilité extraordinaire. On s’étonna beaucoup de vivre encore ; ce fut une sorte de résurrection ; on eût dit, suivant un historien, que chacun dépouillait le vieil homme et que le monde allait commencer une vie nouvelle. Robert, que les chroniques du temps appellont le bon roi Robert, fut, malgré sa piété, excommunié pour avoir épousé Berthe de Bourgogne, sa parente à un degré prohibé. Après avoir résisté pendant quelque temps aux lois canoniques, il se décida a renvoyer la reine et épousa Constance, fille de Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, qui fit affluer en France (Neustrie) les enfants d’Aquitaine. Ce mariage eut donc une grande importance au point de vue du rapprochement de la race du Nord et de celle du Midi. Le duc de Bourgogne, Henri, étant mort sans enfants, son fief, qui devait revenir au roi, fut réclamé par un fils que la duchesse de Bourgogne avait eu d’un premier mariage, et il s’ensuivit une guerre de quatorze ans, à laquelle mit fin un traité assurant le duché de Bourgogne à Robert, et laissant le comté de Dijon avec la Franche-Comté au prétendant. Robert mourut à Melun en 1031, à l’âge de soixante-dix ans, après avoir vu ses dernières années attristées par les intrigues ambitieuses de la reine Constance. Henri Ier, qui lui succéda, eut tout d’abord à combattre sa mère et le parti puissant qui soutenait son frère cadet, Robert. Ce dernier fut vaincu à Villeneuve-Saint-Georges ; mais, pour assurer la paix, Henri lui céda le duché de Bourgogne. Cependant, aux horreurs de la guerre civile se joignirent celles de la faim, et d’un mal terrible, connu sous le nom de mal des ardents, et des guerres privées que les seigneurs se faisaient sans cesse entre eux. Grâce à son influence, le clergé fit établir la Trêve de Dieu, qui défendait d’exercer le droit de guerre privée depuis le mercredi soir de chaque semaine jusqu’au lundi matin. C’est aussi à cette époque que commença à paraître la chevalerie, espèce d’institution militaire qui prit un si grand développement au temps des croisades.

Henri Ier, après avoir assuré la paix entre lui et son frère cadet, eut aussi quelques démêlés avec le duc de Normandie, Guillaume le Bâtard, fils et successeur de Robert le Diable. La guerre se termina à l’avantage de Guillaume, à qui le traité de Rouen assura la libre possession de son duché de Normandie (1055). Philippe n’avait que sept ans quand il succéda à son père (1060). La régence du royaume fut confiée à Baudouin V, comte de Flandre. Pendant cette minorité, deux grands événements s’accomplirent : la conquête des Deux-Siciles par les Normands, et celle de l’Angleterre par Guillaume le Bâtard (1060). Devenu roi, Philippe, ayant voulu enlever la Flandre à Robert le Frison, se fit battre à Cassel (1071), et il irrita Guillaume le Bâtard, qui marchait sur Paris avec 10,000 lances en guise de cierges, lorsque la mort l’arrêta à Mantes (1087). Mais ce n’étaient pas seulement les comtes ou ducs de Flandre et de Normandie qui devenaient aussi puissants que le roi de France. Le Vermandois grandissait sous Hugues, frère du roi ; dans le Midi, l’Aquitaine et la Gascogne se réunissaient sous la main d’une même famille, qui possédait ainsi la moitié de la France méridionale. De plus, quelques villes du Midi, Avignon, Marseille, Toulouse, se gouvernaient elles-mêmes et faisaient la paix et la guerre à leur gré. Des seigneurs aquitains allèrent guerroyer en Espagne contre les Maures ; ce fut comme l’avant-garde des croisades.

« Sur le sommet volcanique de l’Auvergne, cette vieille patrie gauloise des Arvemes, dont le chef Vercingétorix fit pâlir un instant César, retentit alors, dit un historien, le cri de la guerre sainte, qui émut le monde chrétien : Déjà un Arverne pur sang, Gerbert, obscur paysan gaulois, que la science éleva à la papauté sous le nom de Sylvestre II, avait jeté sur le monde chrétien le cri des croisades. Ce fut en 1095 qu’un autre Gaulois, Urbain II, réunit dans Clermont, la ville arverne, cinq cents évêques et abbés, plusieurs milliers de grands seigneurs, de barons, et une foule de peuple qui se répandit partout en criant : Dieu le veut ! Austrasie, Neustrie, Aquitaine, tout s’émeut à ce cri puissant. » Des croix d’étoffe rouge furent distribuées à chaque guerrier, qui fit serment de partir : de là le nom de croisés et celui de croisades. Le départ fut fixé au 15 août 1096 ; mais les plus pauvres ou les plus enthousiastes se mirent en route avant cette époque, sous la conduite de Pierre l’Ermite et d’un certain Gauthier surnommé sans Avoir ; ces bandes indisciplinées, après avoir tout saccagé et pillé sur leur passage, furent massacrées sur plusieurs points des pays qu’elles traversaient, notamment en Hongrie. L’armée régulière partit à l’époque fixée. Elle était forte de 600,000 guerriers. Ses principaux chefs étaient Godefroy de Bouillon, duc de la basse Lorraine ; Robert Courte-Heuse, duc de Normandie ; le comte de Flandre, le comte de Toulouse, etc. Les croisés, parvenus à Constantinople, passèrent le Bosphore, s’emparèrent de Nicée et d’Antioche, et arrivèrent enfin sous les murs de Jérusalem, mais réduits à 25,000 combattants. Ils entrèrent dans la cité le 15 juillet 1099, après un siège de quarante jours. Godefroy de Bouillon fut proclamé roi de Jérusalem. Philippe Ier resta étranger à tout ce mouvement, qui, en épuisant la noblesse, devait augmenter la puissance du roi et amener le prestige qui environna la royauté sous saint Louis. Les croisades, produisirent aussi l’émancipation des communes, qui, soutenues par les rois dans leur lutte contre les vassaux oppresseurs, appuyèrent à leur tour l’indépendance de la royauté contre les seigneurs féodaux. Cette émancipation, qui aura pour résultat la fondation de l’unité par la royauté, commença sous Louis VI, dit le Gros (1120). Ce monarque eut à lutter d’abord contre les intrigues de sa propre belle-mère, Bertrade, qui avait excité ses grands vassaux à la révolte, et, pendant dix ans, il guerroya sans relâche contre les rebelles, dont il fit raser les donjons féodaux. Mais le plus redoutable de ces grands vassaux fut sans contredit le roi d’Angleterre, Henri Ier, troisième fils de Guillaume le Bâtard, qui fit à son suzerain une guerre longue et acharnée. Ce fut le premier début de cette lutte de sept siècles, qui a ensanglanté et dévasté tant de contrées. Louis tourna ensuite ses regards vers le Sud, où il voulut faire reconnaître son autorité. Les rois de France ne possédaient, en effet, au delà de la Loire, que la vicomté de Bourges, achetée par Philippe Ier (1100), mais plusieurs fois aliénée. Il fut bien inspiré quand il unit son fils, Louis VII le Jeune, à Eléonore d’Aquitaine, qui lui apportait en dot presque tout le midi de la France. Dans une guerre contre le comte de Champagne, Thibaut IV, le roi, ayant ordonné de mettre le feu à l’église de Vitry (Marne), 1,300 personnes qui s’y étaient réfugiées périrent. Dévoré de remords, ce prince crut expier ce meurtre en partant, malgré son sage ministre Suger, pour la terre sainte, où le sultan Nour-Eddin avait fait Un épouvantable massacre de chrétiens. La seconde croisade fut prêchée par saint Bernard (1147), ce moine célèbre, fondateur de l’abbaye de Clairvaux. Cette expédition eut une issue fatale. Trahis par les empereurs grecs, harcelés par les musulmans, tourmentés par la famine en Asie Mineure, les croisés attaquèrent vainement Damas et revinrent en Europe sans gloire et sans armée, après deux années de revers et de malheurs (1149). Mais une chose plus funeste à la France fut le divorce de Louis VII et de la reine Eléonore, qui avait accompagné le roi en Palestine et lui avait donné de nombreux sujets de plainte par sa conduite. Eléonore reprit sa dot et porta ce riche héritage à la maison d’Anjou, en épousant Henri Plantagenet, duc de Normandie, comte d’Anjou, du Maine et de Touraine, qui devint l’année suivante roi d’Angleterre sous le nom de Henri II, et qui fut la tige de cette redoutable maison des Plantagenets, l’ennemie acharnée de la maison de France. Ainsi la royauté retombait dans sa faiblesse primitive ; elle avait à peine en souveraineté un quinzième du royaume, tandis que Henri Plantagenet en avait près du tiers. La partie qu’il possédait s’étendait depuis l’embouchure de la Somme jusqu’à celle de l’Adour, sauf la Bretagne, son arrière-fief, dont il fit la réunion par alliance (1171). Il était impossible que Louis VII vît sans inquiétude une telle puissance entre les mains d’un de ses vassaux. La lutte commença entre le roi d’Angleterre et le roi de France, son suzerain, qui triompha. Henri II, à la paix de Montmirail (1169), cédait à ses enfants ses possessions sur le continent, à la condition de rendre hommage au roi de France. Il est vrai que ces conditions furent éludées. Les souverains d’Angleterre, rois purement français, regardaient l’Angleterre comme une terre étrangère, qu’ils possédaient à titre de conquête, et ils préféraient le séjour de Rouen ou de Bordeaux à celui de Londres. Philippe-Auguste, quoique fort jeune quand il succéda à son père, montra tout d’abord beaucoup d’énergie, et prouva qu’il était bien l’homme qu’il fallait pour augmenter le domaine royal et porter de nouveaux coups à la féodalité. Il réunit d’abord à son domaine les comtés de Vermandois, de Valais, d’Amiens, d’Artois, puis il fit cause commune avec les fils de Henri II, révoltés contre leur père, et imposa au vieux Plantagenet le traité d’Azay-sur-Cher (Indre-et-Loire). Le mariage de Philippe-Auguste avec Isabelle de Hainaut, dernier rejeton du sang carlovingien, confondit les droits des deux dynasties. La prise de Jérusalem par Saladin appela sur ces entrefaites Philippe-Auguste à la troisième croisade. Les trois plus grands princes de la chrétienté, le roi de France, l’empereur d’Allemagne, Frédéric Barberousse, et le roi d’Angleterre, Richard Cœur de Lion, prirent la croix. L’empereur partit le premier et périt en Asie Mineure, dans les eaux du petit fleuve Sélef ; Philippe-Auguste, après avoir confié la régence de son royaume à l’archevêque de Reims, son oncle, eut avec Richard une entrevue dans laquelle les deux rois se jurèrent une amitié éternelle, appelant l’anathème sur celui qui violerait le premier ses serments. Ils s’embarquèrent, l’un à Gênes, l’autre à Marseille, et allèrent passer l’hiver en Sicile. Au printemps, Philippe fit voile pour Saint-Jean-d’Acre, tandis que Richard allait soumettre l’île de Chypre et la donnait à Gui de Lusignan (1191). Après la prise de Saint-Jean-d’Acre, Philippe revint dans ses Etats, et, malgré.la foi jurée, tenta de profiter de l’absence de Richard pour lui reprendre quelques-unes des provinces qu’il possédait en France. A cette nouvelle, Richard reprit la route de ses Etats ; mais, retenu prisonnier par l’empereur d’Allemagne, il dut payer une rançon pour obtenir sa liberté. Une partie de la Normandie était déjà réunie au domaine royal de France quand Richard reparut. Son frère, Jean sans Terre, qui avait fait alliance avec Philippe-Auguste, effrayé de son retour, massacra la garnison française d’Evreux pour obtenir son pardon. Le roi de France, affaibli par cette défection, fut battu à Fréteval, près de Vendôme, et cet événement mit fin aux hostilités. Richard succomba au siège de Chalus (1199), dans une guerre contre le vicomte de Limoges, son vassal.

Jean sans Terre, s’étant emparé du trône d’Angleterre, au détriment de son neveu, fut cité par le roi de France à comparaître devant la cour des pairs, qui prononça la confiscation de toutes les terres qu’il tenait comme fiefs de la couronne de France. Philippe se chargea d’exécuter lui-même la sentence, et recouvra, dans une courte et heureuse guerre, la Normandie, l’Anjou, la Touraine, le Maine et le Poitou (1204). Cependant l’empereur Othon IV, le comte de Flandre, Ferrand, les peuples d’Aquitaine et ceux de l’Anjou, du Maine et de la Normandie se liguèrent avec Jean sans Terre contre le roi de France. L’armée ennemie envahit la France par le nord-est et rencontra l’armée de Philippe près du pont de Bouvines, entre Lille et Tournai, le 27 juillet 1214. La victoire se déclara pour le roi de France.

Pendant que ces événements se passaient dans l’Occident, une quatrième croisade avait lieu en Orient. L’enthousiasme religieux s’exalta sous l’éloquence de Foulques, curé de Neuilly-sur-Marne. Cette fois, ce sera la Neustrie qui en aura toute la gloire, en envoyant le comte de Flandre Baudouin monter sur le trône de Constantinople (1204). Le ducs de Bourgogne, les comtes de Champagne l’avaient suivi et étaient allés s’embarquer sur les flottes de Venise. Pendant ces merveilleuses expéditions, la Lorraine, la Bourgogne, la Provence étaient toujours étrangères à la France. Metz était la capitale de la Lorraine inférieure ; Toul, Verdun, Strasbourg en étaient les cités importantes. Besançon recevait quelquefois la visite de son suzerain, l’empereur d’Allemagne. Lyon, Vienne, etc., étaient florissantes. Arles, séjour brillant des comtes de Provence, contrastait fortement avec la rudesse demi-barbare des villes du Nord.

Une croisade d’un nouveau genre fut entreprise à cette époque contre des hérétiques que l’on désignait sous le nom d’Albigeois, parce qu’ils étaient répandus autour d’Albi, dans le Languedoc et dans la Provence. Cette horrible croisade fut prêchée par le pape Innocent III. La guerre ne fut qu’une longue suite de massacres. Le comte de Toulouse, qui soutenait les hérétiques, fut dépouillé de ses Etats, et le pape les donna au comte Simon de Montfort, qui commandait l’armée des croisés. Philippe-Auguste mourut en 1223, avant la fin de la croisade, mais après un règne fécond en événements importants, qui contribuèrent beaucoup à l’agrandissement du domaine royal. Louis VIII continua d’abord l’œuvre de son père contre les Anglais, auxquels il enleva l’Aunis, la Saintonge, le Limousin, le Périgord et presque tout le pays jusqu’à la Garonne. Il reprit ensuite la guerre contre les Albigeois et s’empara d’Avignon, conquête qui amena la réunion à la couronne de quelques provinces voisines ; mais il mourut bientôt en Auvergne, à Montpensier, en 1226. La minorité de son fils Louis IX vit se terminer la guerre contre les Albigeois par le traité de Meaux, qui ajouta au domaine royal les comtés de Carcassonne, de Béziers, de Nîmes, de Narbonne, d’Agde, de Maguelonne, etc. Ce traité préparait, en outre, la réunion du comté de Toulouse, par le mariage de Jeanne, fille de Raymond VII, avec Alphonse de Poitiers, frère du jeune roi. Les grands vassaux du royaume voulurent profiter de la minorité de Louis IX pour relever leur puissance ; mais Blanche de Castille, régente du royaume, déjoua tous leurs projets. Bientôt même Thibaut, comte de Champagne et l’un des chefs des révoltés, acheta la protection du roi en lui cédant les comtés de Blois, de Chartres et de Châteaudun. Devenu majeur, Louis IX songea d’abord à régler ses rapports avec l’Angleterre. Une nouvelle révolte des seigneurs avait éclaté, et Henri III était venu lui-même à leur secours. Saint Louis marcha contre les étrangers et les vainquit à Taillebourg et à Saintes (1242). Le traité d’Abbeville, conclu en 1359, régla les droits respectifs de la France et de l’Angleterre. Henri III renonça à toute prétention sur la Normandie, le Maine, la Touraine, le Poitou, et prêta hommage au roi de France comme duc d’Aquitaine ou de Guyenne. Louis IX, de son côté, lui abandonna la Saintonge et l’Aunis. Pour accomplir un vœu fait pendant une maladie qui avait mis ses jours en danger, le roi dévot entreprit la septième croisade. Il s’embarqua à Aiguës-Mortes (1248), accompagné des ducs de Bourgogne, de Bretagne, de Brabant, et d’une foule d’évêques et de seigneurs qui auraient pu troubler la royaume pendant son absence. Les désastres de cette expédition accablèrent la France de douleur. De retour en France, après avoir acheté sa liberté par la restitution de Damiette, dont il s’était emparé au début de l’expédition, saint Louis trouva la paix rétablie dans son royaume et la consolida pur un repos de quinze années. C’est dans cet intervalle qu’il conclut le traité d’Abbeville (v. ci-dessus). Une seconde et dernière croisade l’enleva malheureusement à la France. Il s’embarqua à Aigues-Mortes avec ses trois fils (1270) et fit voile vers Tunis. A peine était-il arrivé dans cette ville qu’une maladie pestilentielle décima l’armée chrétienne. Attaqué lui-même de la peste, saint Louis se fit étendre sur un lit de cendres, où il mourut après avoir langui vingt-deux jours. Il eut pour successeur Philippe III le Hardi. Les conquêtes dans le Midi amenaient les rois da France à porter leurs armes au delà des Pyrénées. Philippe soumit la Navarre révoltée contre Jeanne, qui épousa plus tard Philippe le Bel, et réunit ainsi à la couronna la Navarre et la Champagne. Le Comtat-Venaissin fut donné au pape par la France (1273). Philippe le Bel sut réunir à son domaine la Marche et l’Angoumois : il fit épouser à l’un de ses fils l’héritière du comté de Bourgogne, enlevé ainsi à l’empire germanique ; puis il menaça les Anglais en Gascogne et en Guyenne. Mais ceux-ci avaient alors pour roi l’habile Edouard Ier, qui pourtant ne put empêcher le roi de France d’envahir la Flandre, la plus riche conquête qu’eût encore faite un roi capétien. Cependant la sanglante défaite que les Flamands firent éprouver aux Français à Courtrai (1302), où périt Robert d’Artois avec trois cents des plus illustres chevaliers, et que ne répara point la victoire de Mons-en-Puelle (1304), fut cause que la France ne posséda la Flandre que jusqu’à la Lys. Mais, tandis que Philippe le Bel guerroyait si rudement contre les Flamands et les Anglais, il triomphait dans la grande lutte qu’il avait engagée contre la papauté. Délivré du redoutable Boniface VIII, il élevait au pontificat Clément V, qui se fit couronner à Lyon, transporta à Avignon le siège pontifical, et signa, dit-on, au concile de Vienne, la suppression de l’ordre des Templiers, mesure qui eut des conséquences déplorables (1212). A son retour du concile, Philippe s’empara de Lyon, ville du royaume d’Arles, libre da l’autorité allemande et gouvernée par son archevêque. Elle voulut résister ; mais une armée soumit à la France cette antique capitale de la Gaule romaine (1314). L’évêque de Strasbourg, prince de l’empire germanique, conquit le landgraviat de la basse Alsace. Ce fut à cette époque que la loi saligue, qui ne concernait que les terres féodales, fut appliquée à la couronne de France par l’exclusion des femmes (1317). Les trois fils de Philippe le Bel régnèrent successivement après lui sur la France et la Navarre. Louis X, l’aîné, surnommé le Hutin, favorisa les progrès des villes en leur vendant des privilèges, et, par un édit publié en 1315, il affranchit tous les serfs de ses domaines ; mais il leur fit payer cet affranchissement, qu’il ne leur fut pas permis de refuser. Une cruelle famine et une inutile expédition en Flandre sont les seuls faits importants du reste de ce règne. Philippe le Long succéda à Louis X (1316). Ce prince, auquel on doit de sages règlements sur l’administration des finances et de la justice, mourut en 1322, et, comme il ne laissait que des filles, Charles IV, troisième fils de Philippe le Bel, fut appelé au trône. Quelques hostilités contre les Anglais en Guyenne amenèrent la conquête de l’Agenais, qui fut suivie d’un traité de paix.

Avec Charles le Bel s’éteignit la famille des capétiens directs (1328). Elle fut remplacée par la famille des Valois, que l’on partage en trois branches : la première, celle des Valois directs, a donné sept rois à la France (1328-1498) ; la seconde, celle des Valois-Orléans, ne compte qu’un seul roi (1498-1515) ; la troisième, celle des Valois-Angoulème, a fourni cinq rois (1515-1589).

A la mort de Charles le Bel, trois prétendants réclamèrent la couronne : Philippe, comte de Valois, neveu de Philippe le Bel par son père ; Édouard III, roi d’Angleterre, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère ; enfin, Philippe, comte d’Evreux, qui avait épousé Jeanne, fille de Louis X. L’assemblée des pairs et des grands barons de France porta son choix sur Philippe de Valois. Ce prince céda la Navarre à Philippe d’Evreux. Édouard III vint d’abord prêter hommage au roi de France pour le duché de Guyenne ; mais il ne tarda pas à renouveler ses prétentions à la couronne. Alors éclata entre la France et l’Angleterre cette longue guerre que l’on appelle la guerre de Cent ans. Commencée en 1348 par la révolte de la Flandre, elle ne fut terminée qu’en 1453 par la prise de Bordeaux. Pendant qu’Édouard III comprimait un soulèvement des Écossais, les cités flamandes s’insurgeaient contre le comte de Flandre. Philippe alla lui-même au secours de son vassal, gagna une bataille sous les murs de Cassel et s’empara de cette ville, que les Flamands regardaient comme imprenable. Le pays, soumis pour quelque temps, se révolta de nouveau, à la voix du brasseur Jacques d’Artevelde, et les Français perdirent la bataille navale de l’Ecluse. Une trêve d’un an fut conclue ; mais, avant l’expiration de cette trêve, la guerre recommença au sujet de la succession de Bretagne. Les deux maisons de Montfort et de Penthièvre se disputaient le duché, devenu vacant. Philippe se déclara pour Charles de Blois, représentant la maison de Penthièvre, et Edouard III prit parti pour Jean de Montfort. La guerre, qui dura vingt-trois ans, se termina par le traité de Guerande. En 1345, Edouard III débarqua près de Barfleur, à la tète d’une immense armée, prit Caen et marcha sur Paris ; mais, effrayé par la bonne contenance des troupes qui protégeaient la capitale, il se hâta de repasser la Seine. Philippe de Valois le poursuivit, et, le 26 août 1346, eut lieu la désastreuse bataille de Crécy, dans laquelle il fut fait usage de canons pour la première fois. 30,000 Français furent tués ou faits prisonniers. A la suite de cette bataille, Edouard III marcha sur Calais, qui se rendit après un siège immortalisé par le dévouement légendaire d’Eustache de Saint-Pierre. A tous ces désastres se joignirent une horrible peste, connue sous le nom de peste de Florence, la famine, le massacre des juifs, les folies des flagellants et l’établissement de la la gabelle ou impôt du sel. Philippe de Valois mourut en 1350. Malgré tous les malheurs qu’éprouva la France sous son règne, le domaine royal s’agrandit par la réunion de plusieurs provinces ou duchés, notamment du Valois, de l’Anjou, du Maine, de la Champagne, de la Brie, du comté de Montpellier, du Dauphiné, etc. Cependant Edouard avait envahi l’Artois, tandis que son fils, le fameux prince Noir, ravageait tout le Languedoc, puis venait gagner la fameuse bataille de Poitiers (1356), où le roi Jean, qui avait succédé à Philippe de Valois, perdit la liberté. Là périt toute la fleur de la chevalerie qui avait survécu à Crécy. La France consternée se sentit plongée dans un abîme de malheurs. Paris devint un foyer de troubles sous la funeste influence de Charles de Navarre. Les paysans se soulevèrent contre les nobles et formèrent la redoutable ligue qui fut appelée Jacquérie. Le roi Jean, prisonnier à Londres, n’hésitait pas à rendre, pour obtenir sa liberté, toutes les conquêtes de ses ancêtres sur les Plantagenets et à payer 4 millions d’écus d’or. Ainsi les Valois anéantissaient l’œuvre des capétiens. La France refusa de semblables conditions ; la guerre recommença avec fureur, et Edouard dicta la paix de Brétigny (1360). Le duc d’Anjou, fils de Jean le Bon, qui devait rester en otage en Angleterre jusqu’à ce qu’on eût fourni la somme stipulée, s’étant enfui de Londres, Jean alla se constituer de nouveau prisonnier et mourut en captivité. Le Dauphin succéda à son père sous le nom de Charles V. Les commencements de son règne furent marqués par deux traités importants. La victoire de Cocherel, remportée par Du Guesclin sur les troupes du roi de Navarre, et la bataille d’Auray décidèrent, en 1365, la conclusion des traités de Saint-Denis et de Guerande. Du reste, la sagesse de Charles V et la vaillante épée de Du Guesclin. réparèrent les malheurs qui avaient accablé la France sous les règnes précédents. Le héros breton fit si bien en Aquitaine, en Guyenne, en Poitou, en Normandie, que le vieux Edouard, en mourant, ne possédait plus en France que Bayonne, Bordeaux et Calais (1377). L’Angleterre se révolta contre son roi à la nouvelle de la reddition de Brest et de Cherbourg. Cependant des révoltes en Languedoc, en Bretagne, une guerre sanglante en Flandre, etc., balancèrent tant de succès ; puis la démence du roi Charles VI vint mettre le feu aux quatre coins de la France et la replongea dans un nouvel abîme de malheurs. Sous la fatale influence d’isabeau de Bavière, femme de l’infortuné roi, deux factions puissantes se partagèrent le royaume : l’une obéit à Jean sans Peur, duc de Bourgogne, l’autre au duc d’Orléans, qui, assassiné par son rival, eut pour successeur son fils. Celui-ci épousa la fille du comte d’Armagnac et appela à lui toute la noblesse de Gascogne, appuyée des ducs de Bretagne, de Bourbon et de Berry (1410). Dans cette sanglante guerre civile, les Armagnacs représentent le midi, les Bourguignons le nord de la France. Ces deux factions sollicitèrent l’appui de l’Angleterre, qui vint profiter de nos discordes civiles. Henri V, débarqué près du Havre, recula devant une armée française commandée par le Dauphin, marcha en hâte vers Calais, ville alors anglaise, et gagna la bataille d’Azincourt (1415). Cette grande bataille fut aussi funeste à la France que l’avaient été celles de Crécy et de Poitiers. 8,000 gentilshommes perdirent la vie à la journée d’Azincourt, et le jeune duc d’Orléans fut au nombre des prisonniers. Le vainqueur ne profita point de sa victoire et retourna en Angleterre. Alors les Bourguignons et les Armagnacs inondèrent Paris de sang. Les Bourguignons égorgèrent dans les prisons le comte d’Armagnac et tous ses partisans. Mais, l’année suivante, le duc de Bourgogne ayant accepté une entrevue au pont de Montereau avec le dauphin Charles, sous prétexte d’une réconciliation solennelle, y fut traîtreusement assassiné par Tanneguy Duchâtel. Ce nouveau crime jeta dans le parti des Anglais son fils et successeur Philippe le Bon. Le duc de Bourgogne et Isabeau de Bavière firent signer au pauvre insensé qui portait le titre de roi de France le honteux traité de Troyes, par lequel il déshéritait son propre fils et donnait au roi d’Angleterre, avec la main de sa fille, Catherine de France, le titre de régent du royaume et d’héritier de la couronne. A la mort de Charles VI, le fils de Henri V fut proclamé roi de France à Paris et à Londres, sous le nom de Henri VI. Mais le Dauphin se fit couronner à Poitiers sous le nom de Charles VII. Le règne de ce dernier prince commença par une longue suite de revers ; la France sembla tout à fait perdue dans ces luttes terribles. Les Anglais étaient partout vainqueurs, à Crevant-sur-Yonne, à Verneuil, près d’Evreux, et leurs succès avaient presque réduit Charles VII au territoire de Bourges. Orléans, la seule place qui se défendît encore, était assiégé. Alors apparut Jeanne Darc ; son courage, ses victoires, son martyre sauvèrent la France en répandant partout l’horreur du nom anglais (1431). Le tout-puissant duc de Bourgogne, dont les riches possessions entouraient le royaume à l’est et au nord, abandonna le parti anglais, qui dès lors faiblit chaque jour. Toutes les provinces que possédaient les Anglais furent successivement enlevées, et bientôt l’Angleterre ne posséda plus en France que Calais, qu’elle perdit bientôt, et les îles normandes de Guernesey et de Jersey, qu’elle a toujours conservées (1453). Ce règne, si glorieux pour nos armes, avait été un instant agité par la faction de l’aristocratie, dite la Praguerie, contre le roi Charles VII, sous l’influence tracassière du Dauphin, le futur roi Louis XI. A ces désordres s’étaient mêlés en même temps ceux des bandes errantes de soldats mercenaires habitués au pillage. Pour s’en débarrasser, le roi les envoya en partie faire une expédition contre les Suisses (1444), tandis que d’autres bandes allaient dans la Lorraine révoltée contre René d’Anjou ; là, les grandes cités s’étaient rendues indépendantes de l’empire. Charles prit un grand nombre de villes, assiégea Metz, l’une de ces républiques puissantes, odieuses à la haute aristocratie française ; elle se racheta. Toul et Verdun en firent autant. Charles VII posait ainsi les bases de l’unité territoriale. Il avait préparé ses victoires par l’établissement d’une armée régulière. Une taille perpétuelle ou impôt permanent était destinée a fournir la solde de cette armée. C’est encore au règne de Charles VII qu’il faut rapporter les premiers développements du commerce national. Ce roi songea surtout à abaisser la grande puissance de la maison de Bourgogne ; l’accomplissement de ce projet, si utile à la monarchie, occupa tout le règne de Louis XI, prince fourbe et cruel, mais d’une prudence et d’une habileté consommées. Louis XI avait compris que, tant que la royauté n’aurait pas abattu l’orgueil des grands vassaux, le royaume, affaili par le morcellement féodal, ne pourrait lutter avec avantage contre les ennemis extérieurs et serait mal administré au dedans. Les premiers actes de ce prince ne laissèrent aucun doute sur ses intentions ; aussi les seigneurs s’unirent-ils contre lui sous prétexte d’assurer le bien général ; leur ligue fut, pour cette raison, appelée Ligue du bien public. Les principaux membres étaient le duc Charles le Téméraire, le comte de Charolais et le duc de Berry, frère du roi. La bataille indécise de Montlhéry fut suivie des traités de Conflans et de Saint-Maur, qui assuraient des conditions avantageuses aux princes confédérés ; mais le roi n’avait signé la paix que pour affaiblir ses ennemis en les divisant. Une seconde ligue s’étant formée deux ans après, Louis XI reprit la Normandie à son frère, contraignit le duc de Bretagne à se séparer de la ligue et voulut traiter lui-même avec Charles le Téméraire, qui le retint prisonnier à Péronne et lui arracha un traité assurant Amiens, Abbeville, Saint-Quentin, Péronne, etc., au duc de Bourgogne, et promettant la Champagne au duc de Berry. Mais à peine libre, le roi s’empressa d’éluder le traité. La mort de Charles le Téméraire devant Nancy (1477) mit fin à la redoutable puissance des ducs de Bourgogne. Louis XI avait voulu s’assurer cet immense héritage ; mais Marie, fille du duc, épousa Maximilien, archiduc d’Autriche, auquel elle apporta la plus grande partie de ses riches domaines. Le traité d’Arras (1482) fut l’un des derniers grands actes de la féodalité souveraine ; il consomma le démembrement de la maison de Bourgogne. La France y gagna la Franche-Comté, l’Artois et la Picardie. De plus, la Flandre fit hommage au roi de France. Le reste des provinces bourguignonnes qui formèrent la magnifique dot de Marie empêchait la France d’occuper jusqu’au Rhin le cadre naturel de l’ancienne Gaule. Ces provinces rhénanes seront lougtemps le champ de bataille où la France disputera ses limites naturelles. Louis XI obtint, en outre, du roi d’Aragon le Roussillon et la Cerdagne ; par droit de succession, l’Anjou et le Maine lui revinrent, ainsi que la Provence ; mais cette principale partie de l’ancien royaume d’Arles regardait la France comme étrangère, voulant conserver ses droits et sa législation, et exigea que les rois de France portassent le titre de comtes de Provence. Louis XI mourut plein d’inquiétudes, après avoir traîné pendant quelque temps une existence misérable dans son château de Plessis-lès-Tours et, essayé en vain de prolonger son existence par les plus ridicules pratiques superstitieuses. Charles VIII succéda à Louis XI en 1483 ; son mariage (1491) avec l’héritière de Bretagne lui donna pour toujours cette province si longtemps rebelle, si longtemps l’alliée de l’Angleterre. Les circonstances le forcèrent à rendre à l’Autrtche l’Artois et la Franche-Comté, à l’Espagne la Cerdagne et le Roussillon, affaiblissant ainsi l’œuvre de Louis XI. Il crut réparer ces pertes en allant faire la conquête du royaume de Naples, héritage de la seconde maison d’Anjou. Il avait conçu, dit-on, un projet gigantesque. Il ne s’agissait de rien moins que de se diriger vers la Grèce, d’enlever Constantinople aux Turcs et de rétablir un empire chrétien d’Orient. Mais ce grand projet n’eut aucune suite ; la conquête de Naples (1495) fut éphémère, et, pendant ce temps, un orage formidable se formait contre le roi de France dans le nord de l’Italie. Venise, Milan, Florence et le pape, ligués avec Maximilien, Ferdinand le Catholique et Henri VII, avaient résolu d’enfermer Charles VIII dans le royaume de Naples ; mais ce prince remporta sur les confédérés la brillante victoire de Fornoue, qui lui ouvrit un libre passage à travers l’Italie. Charles VIII mourut en 1498, à l’âge de vingt-sept ans, regretté du peuple, qui aimait jusqu’à ses défauts. Charles ne laissait pas d’enfants. La couronne revint au premier prince du sang, Louis, duc d’Orléans, qui reprit les projets de son successeur. Outre les prétentions que lui avait liguées Charles VIII sur le royaume de Naples, il réclamait encore le Milanais, comme petit-fils de Valentine Visconti. Ces guerres de vanité et d’amour-propre, en concentrant toutes les forces de la France en Italie, l’empêchèrent de prendre part aux grandes entreprises dont le génie de Christophe Colomb avait donné le signal.

A Louis XII succéda (1515) le duc d’Angoulême, François Ier, qui continua les expéditions d’Italie, auxquelles vint encore se mêler la désastreuse querelle entre ce nouveau roi de France et Charles-Quint, au sujet de la couronne impériale. Comme arrière-petit-fils de Charles le Téméraire, Charles-Quint réclamait la Bourgogne, et, comme empereur germanique, le Milanais. François Ier revendiquait le royaume de Naples et la Navarre. Vaincu dans cette lutte, François Ier alla, prisonnier à Madrid, signer un traité honteux et funeste qu’il n’exécuta point (1526) ; mais il exécuta celui de Cambrai, par lequel il renonçait à Naples, à Milan, à la souveraineté de la Flandre et de l’Artois. « Ce règne de galanterie, d’art, de fêtes, fut ruineux pour la France, dit un historien. François Ier, vrai héros du moyen âge, paralysa par ses imprudences la valeur des Lautrec, des Nemours, des Bayard. » La politique sans franchise de Charles-Quint ralluma la guerre en 1542. Cette fois, l’Angleterre s’était unie à l’Autriche et voulait partager la France. Le roi déploya toutes ses forces, envoya cinq armées sur toutes les frontières envahies ; il avait, au grand scandale de la chrétienté, réclamé le secours de Soliman, sultan des Turcs, qui lui envoya sa flotte. Affaibli par des défaites, des désastres imprévus, Charles-Quint évacua la France, signa le traité de Crespy-en-Laonnais (1544), renonçant à la Bourgogne comme François Ier renonçait à Naples. Le Milanais devait être donné au fils de celui-ci, le duc d’Orléans. Les Anglais firent aussi la paix, moyennant une indemnité de 2 millions d écus d’or (près de 20 millions de francs), et la possession temporaire de Boulogne, que reprit bientôt Henri II. Les dernières années du règne de François Ier furent troublées par des discordes religieuses qui aboutirent au sanglant massacre des Vaudois (1545). François Ier mourut en 1547, à l’âge de cinquante-trois ans. C’est surtout comme protecteur des lettres, des sciences et des arts, que François Ier a bien mérité de la France et de l’Europe entière. Son nom est inséparable du nom de la Renaissance. Henri II, appelé au secours de l’Allemagne protestante, alla s’emparer des Trois-Evéchés (Metz, Toul, Verdun), s’assura de la Lorraine, menaça Strasbourg, puissante ville impériale, et s’empara d’une partie du Luxembourg. Charles-Quint vint attnquer Metz avec une armée de 100,000 hommes. Le duc de Guise repoussa l’ennemi et lui fit éprouver des pertes considérables. La guerre se faisait en même temps en Italie et en Piémont, et le maréchal de Brissae s’y montrait prudent général et habile tacticien. En 1557, la France perdit la fameuse bataille de Saint-Quentin contre les Espagnols de Philippe II, maître des Pays-Bas ; mais elle répara ce désastre par la prise de plusieurs villes, entre autres de Calais (1558). Ainsi échappa à l’Angleterre sa dernière possession sur le sol français. Enfin, le traité de Cateau-Cambrésis mit fin à la guerre. La France garda les Trois-Evêchés et la ville de Calais ; Philibert-Emmanuel fut remis en possession de son duché de Savoie, dont il avait été dépouillé, et Henri II renonça à toute espèce de droit sur le royaume de Naples. Un double mariage scella ce traité : la fille du rqi de France épousa Philippe II, et sa sœur, Philibert-Emmanuel. Le règne de Henri II se termina, comme celui de son père, par des troubles religieux. Le protestantisme avait fait de grands progrès en France. « Dès 1547, il y avait, dit M. Magin, dix-sept provinces et trente-trois villes dans lesquelles avaient pénétré les idées nouvelles. Henri II avait voulu en arrêter le développement par des édits qui ne firent qu’échauffer le zèle des protestants. » La Rochelle, Poitiers, Bourges, Orléans, devinrent les foyers de la Réforme. En 1551, il y avait en France plus de 2,000 Eglises réformées. Les protestants d’Allemagne et d’Angleterre soutinrent ceux de France ; des batailles avaient été perdues par les catholiques et les protestants, quand l’horrible massacre de la Saint-Barthélémy (24 août 1572) vint épouvanter la Réforme sans l’abattre. Cet affreux crime fut commis sous la fatale influence de Catherine de Médicis, des Guises et des cruelles agitations de la Ligue. Les réformés se battirent en désespérés. Henri de Bourbon, héritier présomptif de la couronne, chef du parti protestant, vit la puissance catholique faiblir par le massacre des Guises à Blois, et l’assassinat de Henri III, dernier des Valois (1589). Plusieurs fois vainqueur des fanatiques catholiques de la Ligue, qui faisaient de Paris affamé le centre de leurs fureurs, Henri IV eut à lutter contre le duc de Parme, au service de l’Espagne. Vainqueur à Arques et à Ivry, Henri IV triompha de tous les obstacles, abjura la Réforme à Saint-Denis, fut couronné à Chartres et entra solennellement à Paris, accordant une amnistie générale (1594). Ce ne fut pourtant qu’à force d’or que Henri arracha les belles provinces que les ambitieux avaient prises, sous la protection de Philippe II, dont les armées étaient toujours menaçantes. Pour assurer la paix intérieure, le roi de France signa l’édit de Nantes (1593), qui assurait aux protestants la liberté religieuse, et leur abandonnait un certain nombre de places de sûreté, notamment La Rochelle et Montauban. Avec Henri IV commence la dynastie des Bourbons. La première partie du règne de ce prince est signalée par des guerres et des conquêtes ; la seconde est remarquable par les réformes et les améliorations administratives que ce grand roi, aidé du sage Sully, son ministre et son ami, réalisa dans le royaume. En 1600, la France n’offrait qu’un déplorable chaos d’anarchie et de misère. Henri IV s’efforça de réparer tant de maux. Il échangea avec la Savoie le marquisat de Saluces contre la Bresse et le Bugey, et obtint ainsi le Rhône pour limite jusqu’à Genève. Il rétablit les finances, diminua les impôts, protégea l’agriculture et l’industrie, apaisa la sédition, déjoua les complots. Après avoir rendu à la France sa prospérité, et s’être élevé lui-même au comble de la gloire et de la puissance, Henri IV voulait étendre en Europe son influence et abaisser la maison d’Autriche, quand il tomba sous le poignard de l’infâme Ravaillac (14 mai 1610). La mort de ce grand roi laissa le trône à un enfant de neuf ans, Louis XIII, et la régence à une faible femme, Marie de Médicis, qui abandonna toute l’autorité au Florentin Concini. A la faveur des troubles, les protestants s’agitèrent ; leur assemblée à La Rochelle publia (1621) une déclaration d’indépendance, partagea en huit cercles les Eglises réformées, régla les levées d’argent et d’hommes, en un mot organisa la république protestante. En 1623, Richelieu entra au conseil du roi ; il sut prendre avec fermeté la direction des affaires, et y déploya aussitôt toutes les ressources et toute la vigueur de son génie. Les plans de Henri IV furent repris et complétés. Richelieu se proposa un double but : affermir le pouvoir de la royauté, afin de maintenir l’unité de la monarchie ; placer la France au premier rang parmi les puissances européennes. Pour atteindre ce double but, il fallait, au dedans, abattre le parti protestant et la noblesse ; au dehors, abaisser la maison d’Autriche : ce à quoi tendirent tous les efforts de ce grand ministre. La Rochelle était le boulevard protestant ; cette ville tomba, malgré le secours de l’Angleterre, grâce aux gigantesques travaux de siége exécutés par ordre du cardinal, qui réussit en peu de temps à imposer sa volonté à l’Europe entière et à abmsser la haute aristocratie française, dont il déjoua les intrigues et les dangereux desseins. Le parti protestant ruiné et la noblesse humiliée, Richelieu s’occupa de l’abaissement de la maison d’Autriche, et alors commença la fumeuse guerre de Trente ans. La guerre se fit à la fois en Allemagne, dans les Pays-Bas, en Italie, en Espagne, avec des succès divers ; mais, durant les dernières années de la première période de la guerre ou guerre de Sept ans, la France triompha : l’Alsace, la Cerdagne, le Roussillon, la Catalogne, Arras, Turin, Sedan, Perpignan, etc., succombèrent sous les coups des années françaises. Ainsi les frontières éLaient protégées, la maison d’Autriche abaissée, la France puissante, quand Richelieu mourut (1642). Le roi le suivit de près dans la tombe.

Louis XIV n’avait pas encore cinq ans lorsqu’il fut appelé au trône par la mort de son père. Le parlement de Paris déclara régente la reine mère Anne d’Autriche. Mazarin fut bientôt appelé au ministère, et il est juste de reconnaître que cet Italien a fait de grandes choses pour la France. Son premier titre de gloire fut l’heureuse et brillante conclusion de la guerre de Trente ans. L’Espagne avait cru pouvoir se relever de ses humiliations ; mais le prince de Condé inaugura le règne de Louis XIV en remportant sur elle la célèbre victoire de Rocroy (1043) ; il prit Thionville, Philippsbourg, Mayence et plusieurs autres places sur la rive droite du Rhin. L’année suivante, il remporta sur les impériaux la fameuse bataille de Nordlingen, prit Dunkerque, tandis que Turenne faisait déposer les armes à la Bavière. Enfin la victoire de Lens (1648), gagnée par Condé, et d’autre victoires de Turenne amenèrent la glorieuse et célèbre paix de Westphalie. La France obtint la possession définitive des Trois-Evêchés (Metz, Toul, Verdun), les landgraviats de haute et basse Alsace, Belfort, Huningue, les villes impériales de Haguenau, Landau, Wissembourg, etc., excepté la ville impériale de Strasbourg, la république de Mulhouse ; le droit de garnison dans Philipsbourg, le boulevard de l’empire, et Pignerol, clef de l’Italie. Mais, tandis que la France se couvrait ainsi de gloire au dehors, l’intérieur était compromis par les troubles de la Fronde, entre le parti de la cour et le parti de la noblesse appuyé du parlement (1648-1653). « La cour, dit M. Artaud, s’enfuit à Saint-Germain… Elle appela Condé contre les frondeurs. Les hostilités commencèrent, et, après une guerre dont les bons mots, les épigrammes et les chansons des deux partis semblaient faire une guerre pour rire, la cour rentra à Paris. Mais un nouveau parti ne tarda pas à se former : c’était celui des petits-maîtres, à la tête duquel se trouvaient Condé et le prince de Conti. La reine fit arrêter les princes ; un an après, les frondeurs la forcèrent à les délivrer et à chasser son premier ministre. Cependant Mazarin rentra en France l’année suivante, escorté par 6,000 hommes, et reprit sa place dans le conseil du roi. Condé se plaça à la tête de ses ennemis, tandis que Turenne, un moment dans les rangs des Espagnols qui essayaient de profiter des troubles de la France pour s’agrandir à ses dépens, commandait les troupes royales. Les deux armées arrivèrent aux environs de Paris, et y livrèrent la bataille du faubourg Saint-Antoine, durant laquelle Mlle de Montpensier, fille du duc d’Orléans, fit tirer le canon de la Bastille sur les soldats du roi. Enfin, la cour accorda une amnistie générale, et rentra de nouveau à Paris. Cette amnistie n’empêcha point l’arrestation du cardinal de Retz et le retour de l’objet des haines populaires, de ce Mazarin, auquel la cour avait insensiblement préparé les esprits. Le parlement, oubliant les opinions qu’il avait professées, condamna à mort le prince de Condé, qui alla offrir son épée aux Espagnols. » Les troubles civils apaisés, la. lutte éclata ou plutôt fut reprise entre la France et l’Espagne, et Turenne défit, à la bataille des Dunes, don Juan d’Autriche et Condé, qui avait compromis sa glorieuse réputation en s’unissant aux ennemis de sa patrie. En 1560, la paix des Pyrénées mit fin à la guerre. Cette paix, signée dans l’île des Faisans, sur la Bidassoa, confirma à la France la possession du comté d’Artois, moins Arras et Saint-Omer, d’une partie des comtés de Flandre et du Hainaut, du duché de Luxembourg et des comtés de Roussillon et de Conflans. Ce traité, qui est certainement l’œuvre capitale de Mazarin, stipula également le mariage de Louis XIV avec la fille aînée de Philippe IV, roi d’Espagne, ainsi que le retour et la réintégration du prince de Condé dans ses emplois et dignités. A la mort de Mazarin (1661), Louis XIV, révélant tout à coup une énergie que ses courtisans ne lui soupçonnaient pas, déclara que c’était à lui seul qu’appartenait désormais l’administration des affaires. « Ce prince, dit un historien, avait en lui-même l’étoffe de quatre rois. Il soumit tout à l’ascendant de sa volonté absolue ; car il vit tout, fit tout, gouverna tout par lui-même. Il donna à la France une administration sage et énergique à l’intérieur, et une attitude imposante à l’extérieur. Louvois organisa l’armée, tandis que Colbert rétablit les finances, releva le commerce, créa une marine imposante. Le canal du Languedoc fut commencé ; des colons français allèrent peupler Cayenne et le Canada. Le duc de Beaufort, chargé d’une expédition contre les corsaires barbaresques, les mit pour quelque temps dans l’impossibilité de tenir la mer, pendant que le pape était obligé de donner satisfaction à la France pour des insultes faites à Rome à l’ambassadeur français. Louis XIV acheta Dunkerque aux Anglais, auxquels Turenne l’avait remis après l’avoir enlevé aux Espagnols. Il fournit des secours à l’empereur, attaqué par les Turcs, à la Hollande contre l’Angleterre, et au Portugal. Le château de Versailles, la colonnade du Louvre, l’établissement d’un grand nombre de manufactures, attestèrent la sollicitude de Colbert pour les beaux-arts et le commerce (1667). » A la mort de Philippe IV, Louis XIV, faisant valoir les droits acquis sur les Pays-Bas à Marie-Thérèse, fille de ce monarque, qu’il avait épousée, fit la conquête de la Flandre en trois mois. La Franche-Comté tomba aussi en son pouvoir ; mais la paix d’Aix-la-Chapelle, en rendant cette province à l’Espagne, conserva à la France les nouvelles possessions qu’elle venait de conquérir en Flandre. Pour faire repentir la Hollande de la coalition qu’elle avait formée afin de forcer la France à la paix, Louis XIV, après avoir réussi à l’isoler des autres puissances de l’Europe, lui déclara la guerre en 1672, En peu de temps, la majeure partie de la Hollande se trouve au pouvoir des Français, et cet État ne doit son salut qu’à la ligue formée contre Louis XIV par l’empereur, l’électeur de Brandebourg, l’électeur palatin, l’Espagne et l’Angleterre. Néanmoins, le roi de France continue la guerre avec succès. Le Palatinat est mis à feu et à sang ; Turenne remporte victoires sur victoires en Alsace, mais la mort de ce grand capitaine est suivie de revers..Cependant la victoire sourit de nouveau à la France, et la paix de Nimègue (1678) lui assure la Franche-Comté, Valenciennes, Bouchain, Condé, Cambrai, Aire, Saint-Omer, Ypres, Warvich, Varneton, Poperingue, Bailleul, Cassel, Bavay et Maubeuge. Les événements qui suivirent cette paix glorieuse sont : la prise de Strasbourg, le bombardement d’Alger, la soumission de Gênes et l’impolitique révocation de l’édit de Nantes, qui force plus de 200,000 protestants à quitter le sol français. La guerre recommence de nouveau, en 1688, contre l’empereur d’Allemagne et les principaux États de l’empire, l’Espagne, la Suède, la Hollande et la Savoie. Les maréchaux de Luxembourg et Catinat remportent les victoires de Fleurus, de Staffarde, de Nerwinde et de la Marsaille. Quant à l’Angleterre, quoique victorieuse à La Hogue, elle a le dessous en plusieurs rencontres. La paix de Ryswick (1697) met fin à cette guerre désastreuse pour l’Europe entière.

Charles II, roi d’Espagne, ayant institué en mourant Philippe, duc d’Anjou, second fils du Dauphin, héritier de toute la monarchie espagnole, Louis XIV accepta ce testament en s’écriant, dit-on : « Il n’y a plus de Pyrénées. » L’empereur, la Hollande, l’Angleterre, etc., mécontentes de voir un Bourbon ceindre son front de la couronne d’Espagne, se liguèrent de nouveau contre la France (1702), et alors commença cette désastreuse guerre de la Succession, qui ne se termina qu’en 1713. Quelques victoires entremêlées de quelques revers, la conquête de la Savoie, le projet de marcher sur Vienne, tel fut le début ; mais là s’arrêtèrent les succès de l’armée française, En 1704, l’Angleterre, par son grand général Marlborough, et l’Autriche, par le prince Eugène, remportèrent à Hochstædt une sanglante victoire sur la France. Villars, qui termina la guerre civile contre les protestants des Cévennes, appelés Camisards, empêcha les alliés vainqueurs d’envahir la France. En 1706, Marlborough gagna sur Villeroy la sanglante bataille de Ramillies qui entraîna la perte des Pays-Bas espagnols, tandis que le prince Eugène nous forçait d’évacuer l’Italie. Louis XIV voulut protéger de toutes ses forces les Pays-Bas. Le prince Eugène et Marlborough réunirent leurs armées, et battirent à Oudenarde notre armée de Flandre, dernier espoir de la France. Ce désastre, un hiver rigoureux, la famine, une affreuse misère, obligèrent Louis XIV à demander la paix. Les conditions parurent si humiliantes que la France se décida à continuer la guerre. La sanglante journée de Malplaquet, gagnée par Eugène et Marlborough (1709), vint accabler tous les courages. Louis XIV, ce roi soleil, s’humilia jusqu’à offrir de l’argent pour détrôner son petit-fils, le roi fugitif d’Espagne ; mais il s’indigna de la nécessité d’aller le détrôner lui-même. Le grand roi avait résolu d’aller mourir au champ d’honneur, à la tête de sa noblesse, quand la victoire de Villars à Denain sauva la France et amena la paix d’Utrecht (1713), qui, pour première clause, défendait que les couronnes de France et d’Espagne fussent jamais réunies sur la même tête. Par différents traités, Louis XIV reconnut Anne pour reine d’Angleterre, consentit à la démolition des fortifications de Dunkerque et à ce que la Grande-Bretagne conservât Gibraltar et les ports qu’elle avait dans la Méditerranée ; il restitua au duc de Savoie Exilles, Fénestrelles, la vallée de Pragelas en échange de la vallée de Barcelonnette et de ses dépendances ; la Hollande obtint plusieurs villes de Flandre pour lui servir de barrière, et restitua Lille, Aire, Béthune et Saint-Venant. L’empereur voulut continuer la guerre ; mais les succès du maréchal de Villars le forcèrent de signer le traité de Rastadt. Accablé d’une si longue humiliation et de chagrins domestiques, Louis XIV mourut le 1er septembre 1715, après un règne de soixante-douze ans, le plus long de notre histoire. Le peuple, oubliant de longues années de gloire, alluma des feux de joie sur le passage de son cercueil. Louis XV, arrière-petit-fils de Louis XIV, n’avait que cinq ans à la mort du grand roi. La régence, confiée au duc d’Orléans, se présenta d abord sous l’aspect le plus paisible. La conspiration de Cellamare, ambassadeur d’Espagne, fut déjouée aussitôt que formée ; mais bientôt le ruineux système de finances de Law, l’administration équivoque du Régent et l’immoralité profonde du cardinal Dubois précipitèrent la France dans un abîme de malheurs. La chute du système du célèbre financier fut le signal du bouleversement universel des fortunes. Louis XV commença à régner par lui-même sous l’influence du duc de Bourbon, qui lui fit épouser Marie Leczinska, fille de Stanislas, ex-roi de Pologne. Le cardinal Fleury, devenu premier ministre, fit face, malgré son grand âge, aux nombreuses difficultés des affaires politiques et rétablit un peu d’ordre dans les finances. Résolu de garder la paix à tout prix, il aida faiblement Stanislas à remonter sur le trône de Pologne, et, après quelques campagnes sur le Rhin et en Italie, signa le traité de Vienne, qui rétablit la paix. Par ce traité, Stanislas abdiquait ses droits au trône de Pologne : on lui accordait en dédommagement la Lorraine et le Barrois, pour être annexés à la France après sa mort. Le duc de Lorraine reçut en échange la Toscane (1738).

Bientôt commença la guerre de la Succession d’Autriche (1740)., dont la France voulait obtenir une partie, entreprise contre laquelle le cardinal Fleury avait protesté avant de mourir. Louis XV, à la tête d’une nombreuse armée, pénétra dans les Pays-Bas autrichiens. Le maréchal de Saxe, au service de la France, gagna sur les armées anglaise et hollandaise la bataille de Fontenoy, et conquit toute la Flandre (1745), tandis qu’une autre armée envahissait l’Italie, Enfin, les victoires de Raucoux et de Lawfeld (1747) firent trembler la Hollande. Tous ces succès furent balancés par des désastres dans nos colonies ; de plus, l’approche d’une armée russe détermina la France à signer la paix d’Aix-la-Chapelle, qui ne lui donnait aucune compensation de ses énormes sacrifices (1748). « À partir de cette époque, dit un historien, Louis XV disparut honteusement des affaires, se renfermant, comme les princes de l’Orient, au fond de son palais, laissant toute l’autorité à Mme de Pompadour, qui précipita la France dans la désastreuse guerre de Sept ans (1756), tandis que la ruine de nos colonies dans l’Inde et l’Amérique était suivie de l’anéantissement de notre marine. Le ministère du duc de Choiseul fit conclure le pacte de famille entre les diverses branches de la maison de Bourbon (1761). La paix de Paris, qui mit fin à la guerre de Sept ans (1763), décida de l’abandon presque total de nos colonies à l’Angleterre, qui dès lors ne rencontra plus d’obstacle à l’empire des mers. En 1766, la mort de Stanislas fit réunir la Lorraine à la France, qui acheta encore la Corse aux Génois. Humiliée et affaiblie sous le despotisme de Louis XV, la France ne put empêcher le démembrement de la Pologne. »

Les premières mesures de Louis XVI, dont l’avènement sembla ramoner le calme et la tranquillité dans le royaume, furent de rétablir les anciens parlements et de rendre plusieurs édits favorables au peuple. Lorsque ce prince infortuné monta sur le trône, la France semblait ruinée ; les finances se trouvaient dans un tel désordre que l’économie n’était plus un remède suffisant. Le roi épousa Marie-Antoinette, de la maison d’Autriche (1770). Il secourut les Américains dans leur guerre d’indépendance contre la tyrannique métropole, puis attaqua sur mer les Anglais, auxquels il opposa une marine qui se releva de ses anciens désastres ; la paix de Versailles (1783) nous rendit quelques colonies. L’ouverture des états généraux (1789) commença la grande Révolution. Les états se formèrent bientôt en Assemblée nationale constituante. Les biens du clergé et les domaines du roi, devenus biens nationaux, furent vendus pour rétablir les finances. En 1790, l’ancienne division par provinces fut abolie, et la France divisée en quatre-vingt-trois départements. Alors on ne tint compte ni des coutumes ni des souvenirs ; on abolit les privilèges ; il n’y eut plus ni Provence ni Bretagne, mais seulement la France, unité nationale poursuivie avec tant de constance depuis Hugues Capet. Avignon et le Comtat-Venaissin furent enlevés au pape et incorporés à la France. Tout cela s’accomplit au milieu d’une grande fermentation des esprits. L’Europe émue prit les armes. Les Prussiens et les Allemands attaquèrent la France par le nord. Dumouriez les repoussa ; il gagna la victoire de Valmy sur les Prussiens et celle de Jemmapes sur les Autrichiens (1792). Alors la Constituante, puis la Législative, dont nous n’avons point à retracer ici la marche et les travaux, furent remplacées par la Convention, qui abolit la royauté, proclama la République et concentra en elle seule tous les pouvoirs. Louis XVI monta sur l’échafaud (21 janvier 1703). Dumouriez, maître de la Belgique, alla faire quelques conquêtes en Hollande, tandis que d’autres généraux attaquaient l’Allemagne et que Bonaparte, alors simple officier d’artillerie, arrachait Toulon aux mains des Anglais. La Vendée soulevée lutta contre les troupes de la République avec une grande énergie. En même temps, le général Bonaparte accomplit sa célèbre campagne d’Italie. Par le traité de Campo-Formio, Bonaparte assura à la France la rive gauche du Rhin ; peu après (1798), il partit pour la funeste campagne d’Égypte. Pendant son absence, les Autrichiens et les. Russes enlevèrent à la France les provinces conquises en Allemagne et en Italie. Masséna, par sa victoire de Zurich, sauva la France d’une invasion. Bonaparte accourut d’Égypte, débarqua à Fréjus. Il fut nommé premier consul, après avoir, le 18 brumaire an VIII (19 novembre 1799), renversé le Directoire qui avait succédé à la Convention. Bonaparte commença alors cette gigantesque épopée, qui aboutit la paix de Lunéville (9 février 1801). La paix d’Amiens, signée l’année suivante avec l’Angleterre, obligea celle-ci à rendre toutes ses conquêtes dans les colonies ; mais la Grande-Bretagne ne tarda pas à reprendre les armes, et Bonaparte réunit à Boulogne une flotte immense pour transporter son armée en Angleterre. Ces préparatifs demeurèrent inutiles. Le pape Pie VII, qui avait conclu avec Bonaparte le concordat de 1801, vint couronner Napoléon empereur héréditaire des Français (1804), titre auquel l’ambitieux conquérant ajouta bientôt celui de roi d’Italie. Parvenu au but de ses ardents désirs, Bonaparte rêva la suprématie européenne. L’Angleterre, la Russie et l’Autriche s’unirent contre la France. Bonaparte, devenu Napoléon, répondit à cette redoutable alliance en se mettant en campagne avec la grande armée. Après avoir complètement détruit l’armée austro-russe dans une brillante série de victoires couronnée par la bataille d’Austerlitz, il signa, le 20 décembre, la paix de Presbourg, qui dépouillait l’Autriche de l’État de Venise, de la Dalmatie. de l’Albanie, etc., et donnait un nouvel accroissement au territoire français. L’année suivante, Napoléon, conquit le royaume de Naples et remporta les victoires d’Iéna et d’Auerstædt sur la Prusse, qui, malgré ses assurances de paix, était entrée dans une nouvelle coalition. En 1807, les batailles d’Eylau et de Friadland achevèrent la destruction des armées russes et amenèrent la paix de Tilsitt. Tant de puissance enivra Napoléon ; il envoya ses légions victorieuses asservir le Portugal et l’Espagne. Cette guerre injusted êvora ses armées et prépara sa chute. Cependant l’Autriche voulut recommencer la lutte avec le géant qui faisait encore trembler le monde. La guerre s’ouvre donc de nouveau en Allemagne, et les batailles d’Abensberg, d’Eckmühl, d’Ebersberg, d’Essling et de Wagram ont bientôt forcé l’empereur François à demander de nouveau une paix humiliante. Napoléon, se voyant sans postérité, divorça avec Joséphine Beauharnais pour épouser l’archiduchesse Marie-Louise, fille de l’empereur d’Autriche (1810). Cependant, partout en Europe les esprits fermentaient contre Napoléon ; la Russie enfin osa lui résister, et, en retirant ses armées jusque dans les steppes glacées de la Moscovie, amena le désastre de 1812. L’année suivante, les batailles de Dresde et de Leipzig ouvrirent aux alliés le chemin de la France, épuisée et fatiguée de tant de gloire si chèrement acquise. Malgré la glorieuse et brillante campagne de France, Napoléon dut abdiquer et se retirer à l’Ile d’Elbe (11 avril 1814). Louis XVIII monta sur le trône de France ; il y était à peine assis que Napoléon débarqua à Cannes (1er mars 1815) et arriva à Paris en triomphateur. Bientôt 300,000 hommes l’entourent, tandis que Louis XVIII se retire à Gand. Mais l’Europe lance ses dernières armées contre la France. Napoléon envahit la Belgique, remporte sur les Prussiens la victoire de Fleurus (16 juin) et va succomber à Waterloo. La France dut subir les fameux traités de 1815.

Le règne de Louis XVIII prouva que ce souverain n’avait rien appris, rien oublié. Le milliard des émigrés mit à deux doigts de la banqueroute la France, déjà ruinée par les guerres de l’Empire et par l’invasion. Mais si grande était la lassitude que, malgré la triste expédition d’Espagne, Louis XVIII put mourir dans son lit. Charles X, qui lui succéda, n’eut pas cette bonne fortune. Un réveil s’était produit dans les esprits. L’assassinat du duc de Berry, qui seul avait troublé le règne du père de Gand, avait lancé le gouvernement dans une voie funeste. Charles X voulut s’appuyer sur la réaction. Il fut brisé en 1830, malgré cette alliance du trône et de l’autel sur laquelle il avait cru pouvoir se reposer. La prise d’Alger fut le seul événement remarquable de ce règne sans gloire. Louis-Philippe, d’abord nommé lieutenant général du royaume, fut appelé au trône. Avec ce prince commence le despotisme de la bourgeoisie. Pour satisfaire aux exigences de cette classe à idées étroites et uniquement préoccupée de spéculations, le nouveau roi, qui ne se souvenait plus du duc d’Orléans, rompit avec son passé libéral et sacrifia constamment les intérêts des prolétaires. De nombreuses émeutes se produisirent sous son règne, qui s’épuisa dans des luttes stériles de parlement. Guizot, Thiers ; Thiers, Guizot, tel fut le jeu de bascule auquel la France assista pendant dix-huit ans. Guizot l’emporta et avec lui son système, qui nous débarrassa du dernier roi. Le 24 février, la République fut proclamée. Elle dura quelques mois. Le peuple, fatigué des intrigues d’une Assemblée réactionnaire et d’une faction bien connue sous le nom de Comité de la rue de Poitiers, se jeta dans les bras du prince Louis-Napoléon, neveu de l’empereur. L’ancien conspirateur de Strasbourg et de Boulogne fut d’abord nommé président de la République pour quatre ans ; puis, dans une nuit à jamais néfaste, il égorgea celle qui lui avait rendu une patrie, et l’Empire sortit, au matin du 3 décembre, d’un ruisseau de sang. Que dire de ce règne qui ne fut qu’une suite de rapines ? Rien, si ce n’est qu’il s’effondra le 4 septembre 1870 dans un ruisseau de boue. V. Napoléon III, Guerre de 1870 et Quatre septembre.

Tableau chronologique des souverains de la France.

première race.  mérovingiens.
Pharamond (douteux) 420
Clodion 428
Mérovée 447
Childéric 1er 458
Clovis 481-511
Premier partage.
austrasie.
Thierry Ier 511
Théodebert Ier 534
Théodebald 548-555
orléans.
Clodomir 511-524
paris.
Childebert Ier 511-558
neustrie.
Clotaire Ier
(Seul roi de 558 à 561.)
511
Deuxième partage.
paris.
Caribert 561-567
orléans et bourgogne.
Gontran 561-593
neustrie.
Chilpéric Ier 561
Clotaire II
(Seul roi depuis 613.)
584
Dagobert Ier 628-638
austrasie.
Sigebert 561
Childebert II
(roi de Bourgogne depuis 593.)
575
Théodebert II 595-612
bourgogne.
Thierry II 595-613
austrasie.
Sigebert II 638-656
Childéric II
(Seul roi depuis 670.)
660-673
Dagobert II 673-679

L’Austrasie, depuis 679, n’est plus gouvernée que par des ducs, qui, en 687, deviennent maires héréditaires de Neustrie et de Bourgogne :

Pépin d’Héristal, mort en  714
Charles-Martel, mort en  741
Pépin le Bref avec Carloman jusqu’en 747 ; seul de 747 à 768.
neustrie et bourgogne.
Clovis II
(Seul roi la dernière année.)
 638-656
Clotaire III  660
Thierry III  670
Clovis III  691
Childebert III  693
Dagobert III  711
Chilpéric II, désigné par les Neustriens  715
Clotaire IV, désigné par Charles-Martel  717
Interrègne  737
Childéric III  742
deuxième race.  carlovingiens.
Pépin le Bref  752
Charlemagne (avec Carloman jusqu’en 771)  768
Louis Ier, le Débonnaire  814
Charles II, le Chauve  840
Louis II, le Bègue  877
Louis III et Carloman  879
Carloman seul  882
Charles le Gros  884
Eudes (famille capétienne)  887
Charles III, le Simple, opposé à Eudes dès
893 ; seul roi à partir de

 898
Robert (famille capétienne), opposé à
Charles le Simple

 922
Louis IV, d’Outre-mer  936
Lothaire  954
Louis V  986
troisème race.  capétiens.
Capétiens directs.
Hugues Capet  987
Robert  996
Henri Ier 1031
Philippe Ier 1060
Louis VI, le Gros 1108
Louis VII, le Jeune 1137
Philippe II (Auguste) 1180
Louis VIII 1223
Louis IX (saint Louis) 1226
Philippe III, le Hardi 1270
Philippe IV, le Bel 1285
Louis X, le Hutin 1314
Jean Ier (posthume) 1316
Philippe V, le Long 1316
Charles IV, le Bel 1322
Valois (issus de Charles de Valois, frère de Philippe le Bel).
Philippe VI, de Valois 1328
Jean II, le Bon 1350
Charles V, le Sage 1364
Charles VI 1380
Charles VII 1422
Louis XI 1461
Charles VIII 1483
Valois-Orléans (issus de Louis d’Orléans, frère de Charles VI).
Première branche issue du premier fils de Louis d’Orléans.
Louis XII 1498
Seconde branche (Orléans-Angoulème, issue du troisième fils de Louis d’Orléans.
François Ier 1515
Henri II 1547
François II 1559
Charles IX 1560
Henri III 1574
Bourbons (issus de Robert, comte de Clermont, sixième fils de saint Louis).
Henri IV 1580
Louis XIII 1610
Louis XIV 1643
Louis XV 1715
Louis XVI
(Décapité en 1793.)
1774
République proclamée en 1792
1º Convention
1792
2º Directoire
1795
3º Consulat
1799
Napoléon Ier, empereur 1804
Louis XVIII 1814
Les Cent-Jours 1815
Louis XVIII 1815-1824
Charles X 1824-1830
Louis-Philippe Ier 1830-1848
République 1848-1852
Napoléon III, empereur 1852-1870
République (4 septembre) 1870

Litt. Langue et littérature française. V. français.

Beaux-arts. I. Architecture. L’histoire de l’architecture, en France, embrasse sept époques ou périodes principales : 1º l’époque antéhistorique, à laquelle se rapportent les monuments celtiques ou druidiques, de date et d’origine incertaines, et quelques monuments grecs et phéniciens, élevés dans le Midi, sur les bords de la Méditerranée, par les colons venus d’Orient ; 2º l’époque romaine ou gallo- romaine, qui date de la conquête des Gaules par César et prend fin au moment où les Francs assoient leur domination sur les rives de la Seine ; 3º l’époque latine, dont les monuments ne furent, à vrai dire, ’que des altérations de la construction romaine ; 4º l’époque romane, durant laquelle le style de la période précédente s’épure et finit par revêtir un caractère véritablement local ; 5º l’époque ogivale, improprement appelée l’ère gothique ; 6º l’époque de la Renaissance, pendant laquelle l’art de bâtir revient aux modèles de l’antiquité, sans toutefois se borner en France, comme dans d’autres pays, à des pastiches, à des réminiscences, mais finit par dégénérer, sous Louis XV, dans des conceptions d’un goût bizarre et quelque peu extravagant ; 7º l’époque contemporaine, dont le début est marqué par la réaction exagérée du classicisme gréco-romain, et qui, à travers la révolution romantique, aboutit à l’éclectisme actuellement en vigueur. Les articles spéciaux que le Grand Dictionnaire consacre à ces diverses formes de l’architecture nous dispensent d’entrer ici dans de longs développements. V. gothique, romano-celtique, gallo-romain, renaissance, ogival, classique.

Les constructions en pierres brutes, menhirs, dolmens, tumulus, allées couvertes, etc., que les Gaulois ont élevées sur divers points de leur territoire, principalement en Bretagne, attestent, par leurs dimensions colossales, des moyens mécaniques dont nous sommes justement étonnés ; mais il n’est guère permis de donner le nom d’architecture à l’art qui a consisté à transporter, à mettre debout, à équilibrer ces blocs énormes ou à en former de grossiers assemblages. Les Gaulois, comme la plupart des peuples de la race des Aryas, ont eu le goût du gigantesque ; ils n’ont pas possédé le sentiment du beau. Quant aux monuments d’origine grecque ou phénicienne, que quelques archéologues ont cru reconnaître dans le midi.de la France, ils n’ont aucune importance et sont, d’ailleurs, d’une authenticité douteuse ; il nous suffira de dire que Marseille, l’antique Massilia, fondée par les Phocéens, n’a conservé aucun vestige de la prospérité et de la puissance dont elle jouit avant l’arrivée des soldats de César.

En revanche, les monuments de l’époque romaine sont très-nombreux en France, bien que plusieurs des villes les plus florissantes de cette période, Autun et Lyon, entre autres, en aient été presque entièrement dépouillées par les ravages de l’invasion et les outrages du temps. Autun, la Bibracte gauloise, l’Augustodunum des Romains, possédait, au dire d’Eumène, des temples d’une rare magnificence, des théâtres et des cirques spacieux, des écoles célèbres, une vaste enceinte fortifiée ; il n’en reste que des débris peu considérables, entre autres, deux portes assez élégantes, les substructions d’un amphithéâtre, les restes d’un temple de Janus et un curieux monument funéraire appelé la pierre de Couhard. Lyon, dont Agrippa fit le point de jonction des quatre grandes voies qui sillonnaient les Gaules, où Auguste séjourna trois ans, où soixante tribus gauloises fondèrent, en l’honneur de ce prince, un temple magnifique, inauguré, l’an 744 de Rome, par Drusus ; Lyon, que Claude, Néron, Trajan, Adrien et Antonin le Pieux se plurent à embellir, n’a conservé, en fait d’antiquités, que les ruines des vastes aqueducs qui y amenaient les eaux du Mont-d’Or, du mont Pilât et des montagnes de Montromont. Incendiée par Septime Sévère, après la victoire de ce prince sur Albin (197), la capitale de la Lyonnaise tomba et demeura au rang de simple municipe jusqu’à la fin de la domination romaine. Tandis que Lyon s’éclipsait ainsi, Arles parvenait à l’apogée de la prospérité, et l’on peut dire de la puissance. Constantin y résida, y éleva de nombreux édifices, et pensa mémo, un instant, dit-on, à en faire la capitale de son immense empire. Malgré les ravages commis, dans la suite, par les barbares, et malgré le zèle iconoclas

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