George Sand, sa vie et ses œuvres/4/11

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Plon et Nourrit (4p. 320-409).
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CHAPITRE XI

1855-1862


Œuvres autobiographiques de George Sand. — Le plan primitif des Lettres d’un voyageur. — Le Journal de Piffoël. — La Lettre d’un oncle. — Un Voyage au Mont-Dore et l’Histoire de ma vie. — Existence à Nohant de 1849 à 1855. — Alexandre Manceau. — Nini Clésinger. — Terre et Ciel de Jean Reynaud et Evenor et Leucippe. — Voyage en Italie en 1855. — Impressions italiennes et la Daniella. — Charles Edmond et la PresseLes Beaux Messieurs de Bois-Doré, les Dames vertes. — Gargilesse et La Villa Algira. — Labeur sans trêve. — Entomologie, botanique et minéralogie. — Jean de la Roche. — Maladie et voyage à Tamaris en 1861. — Valvèdre, Flavie, Antonia et M. Rodrigues. — M. Francis Laur et Louis Maillard. — Le Marquis de Villemer. — Tamaris. Edmond Plauchut. — Autour de la table et Promenades autour d’un village. — La Famille de Germandre. — Alexandre Dumas.


Chacun sait que dans les graves et tragiques moments de la vie : face à face avec la mort, lors d’une maladie sérieuse, après la perte d’un être chéri ou après une rupture définitive avec un ami, involontairement on revit ses joies et ses peines, un examen de conscience s’impose, on se juge et parfois on se condamne. Si l’on est écrivain, ces moments sont la cause et la source première de Confidences et de Confessions. Maintes fois des tristesses, des événements tragiques éveillèrent chez George Sand le désir d’expliquer son être intime, de raconter les actes extérieurs qui le révélèrent. Plusieurs fois ce projet lui vint et presque toujours son génie créateur lui fit abandonner son plan primitif ; elle écrivit alors des œuvres qui n’étaient que mi-autobiographiques, des pages où à la Wahrheit (la vérité) se substituait la Dichtung (la fiction).

Si on laisse de côté les romans de Mme Sand contenant des détails autobiographiques (que nous avons notés chaque fois que nous les analysions) tels qu’Indiana, Valentine, Mattéa, Lélia, Elle et lui, le Toast, Lucrezia, Spiridion, Isidora, le Poëme de Myrza, le Diable aux champs, etc., etc., etc.), on doit considérer comme une tentative d’autobiographie les Lettres d’un voyageur. Voici ce que George Sand en dit elle-même :

Je viens de relire les Lettres d’un Voyageur de septembre 1834 et de janvier 1835 et j’y retrouve le plan d’un ouvrage que je m’étais promis de continuer toute ma vie. Voici quel était ce plan suivi au début de la série, mais dont je me suis écartée en continuant et que je semble avoir tout à fait perdu de vue à la fin. Cet abandon apparent veut surtout dire que j’ai réuni sous le même titre de Lettres d’un voyageur diverses lettres ou séries de lettres qui ne rentraient pas dans l’intention et la manière des premières[1]. Cette intention et cette manière consistaient dans ma pensée première à rendre compte des dispositions successives de mon esprit d’une façon naïve et arrangée en même temps… Je créai donc au hasard de la plume et me laissant aller à toute fantaisie un moi fantastique très vieux, très expérimenté et partant très désespéré. Ce troisième état de mon moi supposé, le désespoir, était le seul vrai, et je pouvais, en me laissant aller à mes idées noires, me placer dans la situation du vieil oncle[2], du vieux voyageur que je faisais parler… En un mot je voulais faire le propre roman de ma vie et n’en être pas le personnage réel, mais le personnage pensant et analysant…


Le Journal de Piffoël, dont nous avons plusieurs fois cité des extraits et qui ne fut jamais publié en entier, excepté le petit épisode intitulé la Fauvette du docteur[3], présente comme une suite de ces Lettres d’un voyageur, écrite de nouveau au nom d’un prétendu « vieux docteur », pessimiste et désabusé.

Cette histoire de sa vie était trop incomplète pour satisfaire George Sand, elle décida dès lors d’écrire ses mémoires.

Dans une note au bas d’un article de 1857 de Charles de Mazade sur l’Histoire de ma vie, Buloz dit que George Sand avait dès l’époque qui suivit sa rupture tragique avec Musset, vers 1835-36, l’intention sérieuse d’écrire ses mémoires, et qu’on peut en retrouver le plan et des détails dans les lettres de Mme Sand qu’il a gardées dans ses cartons :

… « Nous n’avons pas oublié non plus que dans l’hiver de 1835 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/339 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/340 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/341 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/342 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/343 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/344 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/345 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/346 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/347 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/348 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/349 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/350 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/351 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/352 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/353 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/354 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/355 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/356 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/357 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/358 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/359 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/360 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/361 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/362 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/363 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/364 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/365 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/366 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/367 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/368 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/369 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/370 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/371 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/372 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/373 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/374 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/375 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/376 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/377 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/378 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/379 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/380 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/381 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/382 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/383 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/384 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/385 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/386 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/387 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/388 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/389 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/390 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/391 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/392 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/393 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/394 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/395 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/396 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/397 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/398 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/399 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/400 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/401 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/402 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/403 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/404 elle abdique toute haine pour les sciences naturelles et « les gens qui se promènent sans gants ». Elle s’efforce même de tenter Émilius par l’offre de sa grande fortune. Cette fortune faciliterait ses recherches biologiques et physiologiques. Mais, hélas ! le savant reste fidèle à son unique passion : la science ! Il dit franchement à Flavie que ses charmes ne l’enchaîneraient pas longtemps, qu’elle a besoin d’un amour et d’une adoration non partagés, exclusifs ; s’il l’épousait il la rendrait malheureuse ; ne le voulant pas, il la repousse. Ce coup terrible devient néanmoins pour la jeune fille jusqu’alors dominée par un amour-propre excessif la cause d’un changement moral bienfaisant. Il lui révèle le prix des choses et lui fait comprendre quel est le vrai bonheur de la femme. Elle abandonne ses caprices, sa légèreté, ses flirts et finit par épouser, non pas le savant Émilius, mais M. Émile Vaureponne, décidée à devenir son épouse dévouée et fidèle. Quant à lord Malcolm, lui aussi guérit de son amour pour cette jeune personne inquiétante et trouve le bonheur en se mariant avec sa petite cousine Anna qui l’adore depuis son enfance.

Peu de nouvelles de George Sand sont écrites avec plus de grâce, de verve, d’esprit ; peu sont aussi remplies de fines observations que Flavie. Elle respire la fraîcheur comme si elle avait été écrite hier ; ni Mme Gyp, ni M. Marcel Prévost — qui reproduisent si incomparablement le jargon et toutes les allures des jeunes demoiselles contemporaines, sportives, pleines d’aplomb et d’amour-propre, — n’auraient pu rendre avec plus de précision et de drôlerie le style alerte, typique et personnel en même temps de Flavie dans ses lettres : le roman est écrit sous forme de lettres. Quant à l’idée générale du roman, c’est un des thèmes favoris de George Sand : le changement, l’élévation, la renaissance d’une âme sous la bienfaisante influence du véritable amour ; et en même temps la suprématie des hommes adonnés aux grandes idées, à l’étude, sur les gens qui ne sont occupés que de leur propre moi.

Nous trouvons la même idée dans Jean de la Roche. Dans la Préface même — qui est une réponse au livre indigne de Paul de Musset — Mme Sand dit que « ce pamphlet » lui remplaça son herbier oublié lorsqu’elle suivait la trace de ses héros dans les montagnes du Puy de Dôme et du Sancy et « les pages du livre infâme furent purifiées par le contact des fleurs, suaves choses de Dieu qui lui firent oublier les fanges de la civilisation ».

Dans ce roman qui se passe en Auvergne — le héros, absorbé par sa personnalité, analyse ses sentiments, ceux de sa fiancée, la jeune Anglaise Love Butler, et se trouve inférieur à cette jeune fille sans expérience, parce que celle-ci, dès son plus jeune âge, a travaillé sérieusement, étudié la nature, et que sa vie n’a été qu’un acte de dévouement : elle a acquis ainsi, pour lutter contre toutes les épreuves de la vie, une force morale que Jean, malgré son intelligence, son âge, sa sensibilité, ne possède pas, son amour n’étant qu’une passion égoïste. Love Butler, ainsi que son père et l’ami de la maison, le ridicule savant Junius Black, sont tous, bien entendu, épris de minéralogie, de botanique et collectionnent avec fureur.

De même dans Valvèdre (dédié à Maurice) Mme Sand dit dans sa Préface qu’elle a mis, dans ce roman, une idée savourée en commun : « la nécessité de sortir de soi » en étudiant la nature, au lieu de se complaire à l’éternelle analyse de ses sentiments ou de ses sensations. En effet, la coquette et nonchalante Alida de Valvèdre, et le poète dilettante Valigny, êtres futiles et égoïstes, se meurent d’ennui. Leur passion seule compte pour eux et ils se trouvent ainsi entraînés à commettre une foule de mensonges, de tromperies, de forfaits sans nombre et doivent finalement baisser pavillon devant le mari d’Alida — Valvèdre — un homme déjà âgé, entièrement voué à la science, devant Mlles Obernay, habituées, dès leur jeune âge, à s’intéresser aux choses sérieuses et devant le vieil Israélite Moserwald, qui, malgré tous ses travers, tout son prosaïsme bourgeois, est capable de sacrifice et de vrai amour, tandis que ces deux amants aptes à jouer uniquement la comédie de la passion, ont voué au malheur la famille des Valvèdre.

On dit souvent que Valvèdre est la contre-partie de Jacques, que c’est la défense des vieux maris trompés, que c’est le procès fait à la liberté d’aimer, tandis que Jacques en est le plaidoyer. Il y a là une erreur. Jacques est une apologie de l’amour tout-puissant ; Valvèdre est un jugement prononcé contre l’amour passe-temps, né du désœuvrement.

Ce Moserwald — soit dit par parenthèse — est un des très rares Israélites que l’on trouve dans les romans de George Sand. Mme Sand avait peu de sympathie pour la race d’Israël, la trouvant antisociale, empreinte d’esprit bourgeois. C’est ainsi que dans une lettre à Victor Borie (du 16 avril 1857) elle dit à propos du poème d’Edouard Grenier, le Juif errant :

…Son poème est très remarquable. Moi, je vois dans le Juif errant la personnification du peuple juif, toujours riche et banni au moyen âge, avec ses immortels cinq sous, qui ne s’épuisent jamais, son activité, sa dureté de cœur pour quiconque n’est pas de sa race, et en train de devenir le roi du monde et de tuer Jésus-Christ, c’est-à-dire l’idéal. Il en sera ainsi par le droit du savoir-faire, et, dans cinquante ans, la France sera juive. Certains docteurs israélites le prêchent déjà. Ils ne se trompent pas…

L’antipathie de Chopin pour les juifs a aussi un peu son écho dans les œuvres de Mme Sand. Dans les Sept cordes de la lyre on voit paraître un juif avide : c’est un usurier sordide.

Moserwald, lui, représente un autre type de juif, un bourgeois riche, un sac à or, croyant que tout s’achète. Mais sous l’influence de son amour malheureux pour Alida, il comprend, lui aussi, qu’avec de l’argent on peut, tout au plus, conjurer des désastres matériels, que l’argent est un instrument pour faire le bien, mais qu’il peut aussi faire le mal.

Le héros de Valvèdre s’appelle Francis. Ce roman parut en 1861. Or, au commencement de 1862, George Sand fit la connaissance d’un israélite, auquel elle soutint, d’une part, que la richesse, l’argent, gâtent les hommes ; qu’étant riche il fallait posséder une grande force d’âme pour rester bon, et d’autre part c’est à propos de cet israélite, venu si délicatement en aide à un certain Francis fort réel, que Mme Sand demandait àcDumas fils s’il avait remarqué… « qu’avec les juifs il n’y avait pas de milieu ; quand ils se mêlent d’être généreux et bons, ils le sont plus que les croyants du Nouveau Testament ». Nous dirons bientôt qui était ce représentant d’Israël.

En 1860, la même année où fut écrit Valvèdre, parut un roman, qui, s’il n’eut pas autant d’éclat que les premières œuvres de George Sand, lui attira néanmoins de nouveau les sympathies générales et devint l’un de ses livres les plus aimés et toujours relus. Ce fut le célèbre Marquis de Villemer.

Hélas ! au risque d’encourir l’anathème de tous les fidèles sandistes, nous devons confesser que nous ne partageons pas cet engouement ; sans parler des premiers romans de George Sand, nous trouvons même parmi ses toutes dernières créations des œuvres qui nous attirent infiniment plus par la profondeur de la pensée et la vivacité du récit. Nous qui n’étions pas nés lorsque Villemer éveilla cette admiration unanime, nous trouvons son exposition à la fois naïve et froide. Cette histoire d’une « pauvre mais noble » lectrice qui gagne le cœur du mélancolique fils cadet d’une vieille douairière nous parait peu intéressante, et son dénouement rappelle singulièrement les vertueuses et touchantes nouvelles anglaises des journaux pour adolescents.

Nous devons avouer pourtant que peu de romans se lisent avec autant de plaisir que la première partie de Villemer ; peu de types littéraires restent aussi nettement gravés dans la mémoire que celui de cette vieille marquise, du duc d’Aléria, de Mme d’Arglade, de la vieille duchesse de Dunières, de l’alerte et résolue Diane de Xaintrailles. Tous ces personnages sont des types tracés magistralement, avec vigueur et en même temps avec un fini merveilleux, avec cette science à saisir les détails caractéristiques qui est le propre des grands maîtres de l’art. Or, parmi tous les représentants de l’ancien faubourg Saint-Germain que l’auteur de la Marquise savait si bien portraiturer, il faut donner la palme à la marquise de Villemer. Quel curieux être humain que cette vieille dame qui sait avec tant de simplicité, par point d’honneur, payer les dettes de son fils, et accepter avec tant de philosophie sa ruine, tout en ne pouvant se résoudre à monter dans une voiture de louage ! Il n’y a qu’à lire une page des conversations entre la marquise et Caroline ou avec ses fils pour comprendre que c’est dans le salon de son aïeule, Marie-Aurore de Saxe, ou au château de son cousin René de Villeneuve, ou encore dans les familles de ses amies de couvent, Mlles de La Rochejaquelein, de Grammont, de Wismes, que la future George Sand entendit de semblables entretiens, et certainement pas dans l’appartement bourgeois de sa mère, ni chez ses amis politiques et littéraires de la dernière période de sa vie. Et ce langage, toutes les allures de la vieille dame sont rendus avec un art incomparable, ils lui donnent ce je ne sais quoi qui la distingue d’une quantité de personnages de romans. Malgré tous ses travers, ses façons d’être singulières, — sa personnalité humaine, son âme demeurent visibles, et nous ressentons pour cette curieuse représentante d’un monde suranné un sentiment de chaude sympathie, de même que toutes les sorties étranges et les brusqueries du vieux prince Bolkonsky dans la Guerre et la Paix de Tolstoï, ne peuvent nous cacher sa vraie âme, grande et belle, et ne nous empêchent pas de l’aimer avec passion. La vivacité, l’activité extrême de son esprit et même sa mondanité expliquent la préférence de la marquise pour son fils aîné, le duc d’Aléria, né d’un premier mariage. Celui-ci est le type du viveur charmant, du mauvais sujet adoré des femmes. Par contre, son frère Urbain, est le type de l’amoureux vertueux, morne et discoureur, souvent ennuyeux. Ces deux hommes se croient un moment rivaux : tous deux aiment Caroline, mais non du même amour, et cette passion est le point culminant de l’œuvre. Or, le duc d’Aléria, ce fils prodigue, est cher à sa mère comme au lecteur ; ce dernier comprend parfaitement que Diane de Xaintrailles préfère ce brillant et spirituel quadragénaire à son jeune frère vertueux. De plus, le duc trahit par maint trait ses ancêtres espagnols remontant au grand Cid, et sa vieille noblesse française. Ces doubles traits de race lui donnent beaucoup de relief.

Quant aux héros principaux, Urbain et Caroline, nous ne pouvons rien en dire : ils nous laissent indifférents et froids, malgré toutes leurs vertus, ou à cause de cet excès de vertus.

Par contre, la vive, décidée et un peu audacieuse Diane Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/410 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/411 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/412 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/413 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/414 jusqu’au mois de novembre, dans le volume Six mille lieues à toute vapeur, dont George Sand écrivit la préface, comme nous l’avons dit. Elle revint avec Manceau vers le 8 juin à Nohant, après un petit voyage en Savoie et dans le Dauphiné (où elle venait de placer l’action de Valvèdre, imprimé au printemps dans la Revue des Deux Mondes, et où elle fit une visite au directeur de ladite revue, Buloz). Puis, en continuant sa route, elle s’arrêta à Montluçon où elle revisita les usines et les mines, ayant pour guide un ingénieur de ses amis[4].

Dans Flavie, dans Valvèdre et dans Jean de la Roche, les lépidoptères, les couches « tertiaires » ou « dévoniennes », les « ombellifères » et les « labiées » n’apparaissent que comme les marottes des héros. Dans Antonia, c’est une fleur rare qui est pour ainsi dire l’héroïne du roman.

L’Antonia est un spécimen de liliacées merveilleux, à grand’peine obtenu par la culture et possédée par Antoine Thierry, vieux célibataire avare et maniaque, riche commerçant du dix-huitième siècle. La secrète passion de sa vie est la culture des fleurs rares. L’Antonia, cette merveilleuse fleur, devient donc le point de départ d’une série d’aventures compliquées. Antoine Thierry ne pardonne pas à sa belle-sœur, la veuve du célèbre peintre Thierry, d’avoir refusé de l’épouser. Il se venge sur elle et sur son fils, peintre aussi, en les faisant souffrir de leur indigence. Il les tient dans la dépendance de sa générosité, et, finalement, il les opprime tout à fait, lorsqu’il apprend que le jeune Thierry est aimé par la jeune marquise qui vient encore de le repousser. Or, par ce mariage il voulait la sauver des poursuites de sa méchante belle-mère et des créanciers de son mari défunt. Pour comble de malheur, voici que dans un accès d’enthousiasme, le jeune peintre brise l’Antonia qu’il venait de peindre pour son oncle. Cette peinture lui avait presque fait regagner le cœur de ce dernier.

Tout est perdu. Antoine Thierry chasse sa belle-sœur et son neveu de la maison qu’ils habitent. La marquise ne voulant pas être la cause de la ruine de celui qu’elle aime feint de le repousser et se retire au couvent. Un autre neveu, un jeune robin. Marcel Thierry, s’efforce en vain d’amadouer son oncle. Chacun fait assaut de désintéressement et de noblesse d’âme. Soudain tout est changé. Revenue à Paris, la marquise accorde à son amoureux un rendez-vous criminel, résolue à se noyer après. Son amant la sauve, le procureur déjoue les ruses de son oncle et arrange tout pour le bien général. L’Antonia a fleuri de nouveau. Antoine Thierry baptise la fleur du nom de la marquise, puis, en oncle de comédie, il consent au mariage de son neveu et lègue au jeune couple toute sa fortune.

Tout cela serait simplement ennuyeux, n’étaient les caractères des personnages secondaires, finement tracés et maintenus : par exemple Marcel Thierry, robin du dix-huitième siècle, sournois et peu enclin aux finesses sentimentales ; puis, quelques traits — assez caricaturés — de l’oncle ; mais surtout la peinture, pleine de détails typiques de ce que George Sand représentait avec un charme et une vérité de ton et de couleur incomparables : la vie et les hommes du grand monde de la fin du dix-huitième siècle. La marquise Antoinette, sa famille, son amie, sa soubrette, leurs propos, leurs manières, leurs attifages et falbalas, leurs propos, tout cela est frappant de pénétration dans l’esprit de l’époque et extraordinaire comme science et savoir. Si la vieille Mme Dupin de Francueil, née de Saxe, avait pu ressusciter et lire Antonia, elle aurait certes beaucoup reconnu de ce qui l’avait entourée jadis, ou de ce qu’elle avait raconté à sa petite-fille. La belle-mère de Casimir Dudevant, la méchante, sèche et revêche baronne Dudevant, aurait aussi pu — avec bien moins de plaisir ! — se reconnaître sous les traits de la belle-mère du feu mari de la marquise : à l’instar de la baronne _ Dudevant, celle-ci tâchait, par amour de l’art, de faire toutes les méchancetés et tous les désagréments possibles à sa belle-fille[5].

Ce roman est dédié à Edouard Rodrigues, ex-saint-simonien, très riche, mécène et amateur de musique qui fut l’aide de George Sand dans une quantité de bonnes œuvres, comme par exemple l’éducation d’enfants pauvres, le soutien de jeunes gens nécessiteux, la distribution de petites sommes à cette troupe de malheureux qui fourmillait toujours près de George Sand, vrais ou prétendus indigents qui exploitaient sa confiance.

George Sand écrivit en tête d’Antonia :

À monsieur Edouard Rodrigues.

À vous qui adoptez les orphelins et qui faites le bien tout simplement à deux mains et à livre ouvert, comme vous lisez Mozart et Beethoven.

Dans ces lettres à Rodrigues, Mme Sand écrit qu’elle aurait voulu lui « dédier non pas Antonia », mais un roman « qui exprime mieux une idée générale et personnelle en même temps »[6], c’était Mademoiselle La Quintinie, qu’elle écrivait alors, mais elle « n’a pas osé », ne voulant pas « mêler le nom de M. Rodrigues au torrent d’injures que certaine presse va vomir contre elle »[7], et aussi, paraît-il, pour ne pas dédier à Rodrigues un roman « à tendance », lui qui appréciait surtout en elle la consolatrice venant dissiper par son divin talent les tristesses et les dégoûts de notre existence, tandis qu’elle s’estimait surtout un soldat, un champion de la vérité.

Je suis soldat, lui écrit-elle un autre jour, et mon devoir est la guerre quand l’on envahit la patrie de mon idée[8]

George Sand fut néanmoins profondément émue en apprenant quelle influence bienfaisante elle avait exercée sur M. Rodrigues :

Mon cœur est tout pénétré, monsieur, de cette amitié si bonne et si vraie que vous me témoignez. En me la révélant, mon cher Alexandre Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/418 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/419 Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T4.djvu/420 George Sand et Dumas dont la partie la plus intéressante se rapporte à 1860-1863. Ces lettres nous renseignent complètement sur la ce véritable histoire du Marquis de Villemer », tant de fois racontée et commentée de toutes les manières, mais en réalité restée ignorée, inconnue ou — ce qui pis est — faussée. De plus, il y a parmi ces lettres des pages qui sont comme le résumé de la vie morale et intellectuelle de George Sand pendant ces douze dernières années ; elles sont importantes aussi comme l’expression de son opinion sur son « fidèle tête-à-tête » Manceau.

Quoique lié d’amitié avec Mme Sand dès 1851, Dumas fils n’est venu pour la première fois à Nohant que le 9 juillet 1861 et il y est resté jusqu’au 10 août. Il était à ce moment malade, nerveux, très abattu après l’échec de l’une de ses pièces, les complications de sa vie intime et les ennuis de sa vie d’écrivain, pourtant si « veinarde ». Mme Sand — qui lui avait déclaré, dès l’article qu’il écrivit sur Flaminio, en imitant le parler de miss Barbara[9] : « je adopte vous pour un fils de moâ, » — tâcha de remonter le moral à ce « cher grand fils lumineux », alors pessimiste et découragé, de lui rendre avant tout la confiance en ses propres forces. Elle s’efforça aussi à lui insuffler la foi à l’idéal et l’optimiste panthéisme auquel elle était arrivée. En septembre, Dumas revint encore une fois à Nohant, accompagné cette fois par Mme Narishkine et Mlle Olga Narishkine, ainsi que par le peintre Marchal. Ces dames étant parties, Dumas resta jusqu’au 9 octobre, en compagnie du peintre Véron, qu’on nommait V’ron et de Mlle Marie Lambert, du Gymnase, portant le sobriquet de Mlle Drac, en allusion à cette œuvre de Mme Sand, dédiée à Dumas.

Dumas s’était beaucoup plu à Nohant, cette vie simple, partagée entre le travail et les amusements naïfs, la bonne humeur qui régnait entre tous les habitués de la maison, l’amitié de Mme Sand et l’admiration enthousiaste de Manceau lui rendirent le calme moral, et finalement ce séjour lui fit le bien qu’il en attendait. Dès sa première venue, Dumas avait emporté avec lui le volume de Villemer, avec l’idée d’en tirer une pièce. Au bout de très peu de temps, il envoya, en effet, à Mme Sand un scénario de la pièce à faire et un premier acte tout fait[10].

Mme Sand fut étonnée et émerveillée à la fois de cette facilité et de ce savoir-faire dramatique. Et dès ce moment, pendant deux ans, de septembre 1861 à octobre 1863, presque toutes les lettres entre Dumas et George Sand contiennent des détails extrêmement curieux et précieux sur la genèse de cette pièce, sur le travail accompli par chacun des deux collaborateurs, et enfin sur les scrupules de Mme Sand à signer à elle seule cette pièce, faite par eux deux, et à en accepter tous les profits futurs, scrupules que Dumas finit par vaincre tous en avançant comme suprême argument le fait que Mme Sand avait fait toute la partie descriptive de l’Affaire Clemenceau, et que lui, Dumas, l’avait pourtant signée seul. Cette correspondance entre Dumas et Mme Sand réfute, à elle seule, d’une manière absolue, presque tous les « faits » se rapportant à Villemer, racontés dans les Mémoires récemment parus de M. Duquesnel, Mais nous allons encore démontrer dans le chapitre suivant que presque tout ce que cet auteur avance sur n’importe quel fait de cet épisode de la vie de Mme Sand n’est que… de « l’histoire telle qu’on l’écrit ».

À monsieur Alexandre Dumas fils.
Nohant, 26 août 1861.

Tant mieux et vive le fer, si vous vous en trouvez bien : moi, j’y crois, ayant vu de vrais miracles sortir de l’officine de mon vieux ami[11]. On vous embrasse et on vous aime. Continuez à faucher. Voilà un remède qui seconde diablement l’effet du fer ! Les bains d’arrosoir, c’est bon aussi. Le travail aussi, la campagne aussi. Tout est bon quand le jugement est sain et le cœur honnête. Avec ça et de la jeunesse, et du talent vrai, on surmonte tout. Je suis bien curieuse de ce qui va sortir de Villemer. Ça m’amuse un peu de penser que la moelle va se détacher sans que j’aie la peine de découper le morceau et qu’à mon réveil un de ces matins, je verrai se produire un nanan auquel je n’aurai pas mis la main.

Vous savez nos conventions auxquelles il ne faut pas revenir dire non. Nous partageons les profits, s’il y en a, et je crois qu’il y en aura. Je crois aussi que la chose faite et lancée, il faudra que je vous donne un petit écrit, parce que je suis vieille, et que je peux mourir, et que plus tard, ça fait des si et des mais ennuyeux. Ne riez pas de ma régularité, c’est une habitude que j’ai, surtout depuis ma maladie si subite et si bête, de tenir mes affaires en ordre comme si je devais partir le lendemain. Ne me répondez pas à ce projet-là. Comme Manceau naturellement dévore vos lettres avec moi et que mes idées de mort l’attristent toujours, il ne faut pas les lui remettre sous les yeux. Pour moi ce ne sont pas des idées tristes. J’ai, sur la mort, des croyances très douces et très riantes, et je m’imagine n’avoir mérité qu’un sort très gentil dans l’autre vie. Je ne demande pas à être dans le septième ciel avec les séraphins et à contempler à toute heure la face du Très-Haut D’abord je ne crois pas qu’il y ait ni face ni profil, et puis si c’est une grande jouissance d’être aux premières places, ce n’est pas pour moi une nécessité. Il y a tant de jolis petits mondes à habiter ! fût-ce même un autre coin de celui-ci, sous une autre forme ! que de bonheurs cachés peut-être dans l’inconnu des autres existences ! Et qui nous dit que la nôtre soit la meilleure ?

J’ai passé bien des heures de ma vie à regarder pousser l’herbe, ou à contempler la sérénité des grosses pierres au clair de lune. Je vous ai dit ça, je crois. Je m’identifiais tellement au mode d’existence de ces choses tranquilles, prétendues inertes, que j’arrivais à participer à leur calme béatitude. Et de cet hébétement sortait tout à coup de mon cœur un élan très enthousiaste et très passionné pour celui, quel qu’il soit, qui a fait ces deux grandes choses : la vie et le repos, l’activité et le sommeil. Ah ! nous voilà dans les nuages, moquez-vous de votre m’man, mais aimez-la tout de même, sa toccade n’a rien de mauvais.

Donnez de vos nouvelles, quand ça ne vous ennuie pas, et revenez sitôt que le cœur dira : allons.

Je ne vous charge de rien pour ceux qui vous entourent : mais vous savez que j’aime qui vous aime.

Manceau pionce, mais je ne jurerais pas qu’il ne pensât à vous quand même en rêve.

En voilà un que vous pouvez estimer sans crainte de déception. Quel être tout cœur et tout dévouement ! C’est bien probablement les douze ans que j’ai passés avec lui du matin au soir qui m’ont définitivement réconciliée avec la nature humaine. Il y a aussi Maurice marchant toujours droit et sagement dans son chemin tracé — et puis il y a moi qui suis capable de reconnaissance et d’appréciation. Alors, je me disais dans mes restes de vieux spleen : Eh bien, si nous sommes trois bous cœurs pas bêtes au fond, il y en a certainement d’autres, et probablement beaucoup d’autres, car nous ne pouvons pas avoir la prétention d’être des exceptions de tous points. Nous serions alors des monstres ! Suivez mon raisonnement ! Bonsoir.

… On veut que je sois un personnage. Moi, je ne veux être que votre maman. Vous avez du cœur, puisque vous m’aimez et je ne vous demande que ça. Je ne me suis jamais aperçue de ma supériorité en quoi que ce soit, puisque je n’ai jamais pu faire ce que j’ai conçu et rêvé que d’une manière très inférieure à mon idée. On ne me fera donc jamais croire, à moi, que j’en sais plus long que les autres. Restée enfant à tant d’égards, ce que j’aime le mieux dans les individualités de votre force c’est leur bonhomie et leur doute d’elles-mêmes. C’est, à mon sens, le principe de leur vitalité, car celui qui se couronne de ses propres mains a donné son dernier mot. S’il n’est pas fini, on peut du moins dire qu’il est achevé et qu’il se soutiendra peut-être, mais qu’il n’ira pas au delà. Tâchons donc de rester tout jeunes et tout tremblants jusqu’à la vieillesse et de nous imaginer, jusqu’à la veille de la mort, que nous ne faisons que commencer la vie ; c’est, je crois, le moyen d’acquérir toujours un peu, non pas seulement en talent, mais aussi en affection et en bonheur intime. Ce sentiment que le tout est plus grand, plus beau, plus fort et meilleur que nous, nous conseiTe dans ce beau rêve que vous appelez les illusions de la jeunesse, et que j’appelle, moi, l’idéal, c’est-à-dire la vue et le sens du vrai élevé par-dessus la vision du ciel rampant. Je suis optimiste en dépit de tout ce qui m’a déchirée, c’est ma seule qualité peut-être. Vous verrez qu’elle vous viendra. À votre âge j’étais aussi tourmentée et plus malade que vous au moral et au physique. Lasse de creuser les autres et moi-même, j’ai dit un beau matin : « Tout cela m’est égal. L’univers est grand et beau. Tout ce que nous croyons plein d’importance est si fugitif que ce n’est pas la peine d’y penser. Il n’y a dans la vie que deux ou trois choses vraies et sérieuses, et ces choses-là, si claires et si faciles, sont précisément celles que j’ai ignorées et dédaignées, mea culpa ! Mais j’ai été punie de ma bêtise, j’ai souffert autant qu’on peut souffrir ; je dois être pardonnée. Faisons la paix avec le bon Dieu !… »

  1. Nous avons déjà dit dans le chap. ix du vol. II de notre travail que le volume des Lettres d’un voyageur réunit : 1° les trois lettres, toutes lyriques, à Musset ; 2° des épanchements non moins lyriques et des réflexions élégiaques adressées à Néraud et Rollinat ; 3° une lettre politique à Everard (Michel de Bourges) ; 4° les impressions du voyage en Suisse et du jeu de Liszt racontées à Herbert (Charles Didier) ; 5° une lettre sur la phrénologie (à Liszt) ; 6° l’analyse critico-musicale des opéras de Meyerbeer et des œuvres de Berlioz (lettre à Meyerbeer) et enfin 7° un écrit polémique pro domo sua contre Nisard.
  2. Mme Sand indique plus loin, que la sixième Lettre d’un voyageur était intitulée Lettres d’un oncle. Cette indication n’est pas tout à fait exacte, de même qu’est inexacte l’indication, donnée plus haut, des lettres de « septembre 1834 et janvier 1835 ». Quoique nous l’ayons déjà dit dans le chap. x de notre deuxième volume, nous croyons indispensable de donner ici les dates, l’ordre et le numérotage des Lettres lors de leur première impression dans la Revue des Deux Mondes et les numéros sous lesquels elles sont réimprimées dans toutes les éditions des œuvres de George Sand depuis 1842 : 13 janvier 1835 : Lettres d’un Oncle.
    15 juin 1835, N° IV (à Everard)
    1er septembre 1835, N° V
    Revue des Deux Mondes Dans le volume Datées de :

    du 15 mai 1834, N° I
    15 juillet 1834, N° II à M***
    15 sept. 1834, N° III

    I
    II
    III
    Venise, 1er mai 1834.
    Sans date.
    Venise, juin 1834
    V (à Rollinat)
    VI à Everard (Michel)
    VII à Fr. Listz
    Janvier 1835.

    11, 15, 18, 20, 22, 23, 26, 29 avril 1835.
    Sur Lavater et une maison déserte.

    1er juin 1836, N° VI








    15 octobre 1836, Le Prince (M. de Talleyrand).

    nos IV et IX au Malgache et à Rollinat










    N° VIII

    Septembre 1835 :

    lundi soir
    mercredi soir
    jeudi
    vendredi, à Rollinat
    samedi
    au Malgache
    à Rollinat
    au Malgache, 15 mai 1836.
    introduction :
    minuit, six heures du matin dans ma chambre. Prière d’une matinée de printemps.

    15 novembre 1836, N° VII, à Charles Didier. X à Herbert Versailles, Auteuil, 2 sept. 1836,

    de Chalon à Lyon, Nantua, Genève, Fribourg.

    15 novembre 1836, N° VIII

    La Revue de Paris, de mai 1836, Lettre à M. Nisard.

    XI à Meyerbeer

    N° XII

    Genève, septembre 1836.

    Sans date.

    
    
  3. V. George Sand, sa vie et ses œuvres, vol. II, chap. xiii, p. 433-34.
  4. On lit en note à la lettre de George Sand du 14 février 1861 (dans laquelle elle décrit son excursion à Montluçon et dit que « cela rentre dans son métier d’écrivain ») : « Mme Sand préparait alors son roman la Ville noire. Or, ce roman avait déjà paru en 1860. Donc les explications de M. Brothier — ingénieur à Montluçon — et les visites aux usines ne purent lui servir que pour quelques corrections ou quelques vérifications pour une nouvelle édition de ce roman. Nous avons aussi dit dans le chap. iii de notre précédent volume que Mme Sand avait peint, sous les traits d’Audebert, le vieux poète prolétaire Magu, mort en 1859.
  5. Voir notre vol. I et l’Histoire de ma vie, vol. III.
  6. Lettre du 17 octobre 1862.
  7. Lettre du 23 octobre 1862.
  8. Lettre du 27 octobre 1862.
  9. L’Anglaise qui remplace, dans cette pièce tirée de Tévérino, le curé si comique et si sympathique du roman.
  10. Mme Sand écrit dans sa lettre du 20 novembre 1861 (ce passage manque dans le vol. IV de sa Correspondance imprimée, il doit être placé à la p. 298 à la suite des mots se rapportant à Marchai : « Il nous a fait à tous nos portraits merveilleux, charmants comme dessin, et d’une ressemblance que les portraits n’ont jamais eue. Il ne se doutait pas de ça, lui il est tout étonné d’avoir réussi. ») : « Le mien de portrait est un chef-d’œuvre ; de même ceux de Maurice et de Manceau, et ceux de Véron et de Lucien, qu’il avait essayés en s’amusant. Il veut faire aussi celui de ma grande Marie. J’espère qu’il paie assez son écot ! Il s’y obstine et comment refuser ? Il va faire photographier le portrait qu’il a fait de moi, et vous aurez enfin quelque chose qui est moi et pas une autre. J’espère que je vous aurai comme ça quelque jour, car toutes vos photographies vous font affreux, et décidément la photographie sur nature est ce qu’il y a de plus menteur au monde. Ledit Marchal [puis viennent les lignes imprimées dans la Correspondance : repart pour voir sa mère… » etc.] Et enfin nous lisons dans cette lettre du 20 novembre : « Et dans tout ça je n’ai pas trouvé le temps de recopier ce chef-d’œuvre d’acte de Villemer, et je m’en faisais pourtant une fête. Manceau, lui, n’a pas respiré une heure depuis votre départ. » (Ces trois lignes sont encore omises dans la Correspondance, puis viennent les lignes imprimées à la p. 299 : « On vous attend pour retrouver le sens commun littéraire… »)
  11. Le docteur Vergne (de Beauregard.)