Encyclopédie méthodique/Physique/ACIDE

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ACIDE

ACIDE. Les acides ſont des ſubſtances dans leſquelles on remarque une ſaveur aigre, la propriété de changer en rouge les couleurs bleues & violettes des végétaux, & celle de faire efferveſcence avec les alkalis, voyez Alkali. Les acides font ſur la langue une impreſſion particulière qui excite une ſenſation, déſignée par le mot aigre, ou par celui d’acidité ; & cette acidité eſt ſuſceptible d’une intenſité plus ou moins grande, d’une intenſité qui puiſſe croître depuis le plus petit degré juſqu’à la cauſticité la plus forte, qui eſt ſon maximum. Les ſucs d’oſeille, d’orange, de citron, de verjus, de vinaigre, &c. ſont plus ou moins aigres, plus ou moins acides ; ſi on les étend dans de l’eau, on affoiblira d’autant plus leur acidité qu’on les mêlera avec une plus grande quantité de ce liquide : on augmentera, au contraire, cette aigreur ou acidité, ſi on les concentre plus ou moins. Il en ſera de même des acides minéraux qu’on peut ou affoiblir ſucceſſivement par l’eau, ou concentrer de plus en plus juſqu’au maximum. Dans ce dernier cas, on remarque la plus grande acidité, qu’on peut alors confondre avec la cauſticité qui, pour en donner une idée claire, eſt alors l’effet d’une puiſſante affinité, d’une forte tendance à la combinaiſon, effet de l’attraction, cette force qui, dans l’univers, eſt le principe de toute activité. Voyez Attraction, Adhérence, Cohérence, &c.

L’efferveſcence que font les acides avec les alkalis, qui eſt un caractère de l’acide, eſt encore un effet de l’attraction dont nous venons de parler ; car celle-ci eſt toujours le principe de l’union & de la combinaiſon. Lorſque les acides ſont foibles & que les alkalis ſont purs, l’efferveſcence eſt moins ſenſible, parce que la combinaiſon ſe fait paiſiblement, s’il eſt permis de s’exprimer ainſi ; le mouvement, la chaleur, le dégagement des fluides élaſtiques, ſont alors moins diſcernables, mais ils exiſtent toujours, comme je m’en ſuis convaincu par des expériences délicates, en plaçant des corps bien légers ſur la ſurface des liqueurs, en ſe ſervant de thermomètres extrêmement ſenſibles, & en recevant, dans des appareils particuliers, le produit des fluides élaſtiques. C’eſt, ſans doute, ce qui a fait diviſer par quelques-uns les acides en manifeſtes & en cachés.

Les acides peuvent exiſter ſous une forme concrète ou fluide : dans le premier cas, on les nomme concrets, & dans le ſecond fluors. Dans ces deux états les acides ſont eſſentiellement les mêmes, car cette diverſité n’eſt qu’accidentelle. L’état naturel d’un ſel acide eſt, ſans doute, d’être ſous forme concrète, c’eſt-à-dire, ſolide, comme l’eau eſt naturellement dans l’état de glace ; mais la grande affinité que les acides concrets ont avec l’eau, eſt cauſe qu’ils attirent, avec une grande énergie l’eau, qui eſt conſtamment répandue dans l’atmoſphère, & qu’ils deviennent alors fluides ou fluors. Ces effets dépendent ; ainſi que nous l’avons établi dans les articles attraction & cohérence, de la figure qui entre comme élément dans la diſtance.

Pluſieurs ſavans ont penſé qu’il n’y avoit qu’un acide dans la nature. Stahl, ſi long-temps ſuivi par le grand nombre des Chimiſtes, a prétendu que l’acide univerſellement répandu dans la nature, étoit l’acide vitriolique, & que les autres en tiroient leur origine. Mais les Pneumatiſtes ont tâché de prouver par pluſieurs expériences analytiques & ſynthétiques, que l’oxigène étoit la baſe de tous les acides, & que leurs différences ne réſultoient que de la nature des diverſes ſubſtances combinées avec cette baſe commune.

Les acides ſe diviſent en acides minéraux, végétaux & animaux, ſelon qu’ils ſont tirés des ſubſtances oryctologiques, ou de la terre, des plantes & des animaux.

Le règne minéral comprend dix ſortes d’acides bien diſtincts : l’acide carbonique, l’acide muriatique, l’acide fluorique, l’acide nitrique, l’acide ſulfurique, l’acide boracique, l’acide molybdique, l’acide tunſtique, l’acide arſénique, l’acide ſuccinique.

L’Acide Carbonique eſt le même que celui qui avoit été autrefois déſigné par les dénominations de Réaumur ; mais s’il eſt mêlé avec trois ou quatre parties d’eau ; il ne ſe gèle plus. L’expérience a encore prouvé que l’acide concentré qui s’eſt gelé, devient fluide, lorſqu’il eſt expoſé à l’air, quoique l’intenſité du froid ait augmenté. Ce dernier phénomène qui a l’air d’être un paradoxe, dépend de l’eau que l’acide abſorbe de l’atmoſphère, & avec laquelle il ſe combine, en produiſant une chaleur qui s’oppoſe à ſa congélation.

Cet acide n’agit point ſur la terre ſiliceuſe & ſur les pierres quartzeuſes. Il ſe combine avec l’alumine, la baryte ou ſpath peſant, &c., &c.

Si on chauffe un mélange d’acide ſulfurique concentré & de mercure, par exemple, dans une cornue de verre dont le bout du tube recourbé ſoit adapté à un récipient plein de mercure, on obtiendra, dès que l’ébullition aura lieu, un gaz permanent d’une odeur très-pénétrante, ſemblable à celle du ſoufre en combuſtion. On a donné à ce gaz le nom de Gaz acide sulfureux. Voyez l’article Gaz, où il eſt parlé de cette eſpèce. On lui a donné encore le nom de gaz ou d’air acide ſulfureux-volatil. Il eſt plus peſant que l’air ; il éteint les bougies, fait périr les animaux, rougit le ſyrop de violette, s’unit à l’eau, diſſout la craie, le camphre, le fer, eſt abſorbé par les charbons & par tous les corps poreux.

L’acide ſulfurique paroit aux modernes être un compoſé de ſoufre & d’oxigène.

Acide boracique. Le borax étant un ſel neutre, qui réſulte de la combinaiſon d’un acide particulier avec la ſoude, on a donné à cet acide le nom de boracique. On le trouve tout formé dans pluſieurs endroits, par exemple, dans les eaux de pluſieurs lacs de la Toſcane. Cet acide qui eſt le plus foible des acides, a une ſaveur fraîche & ſalée ; il teint en rouge les couleurs bleues végétales ; il ne reçoit aucune altération ſenſible, de la part de l’air ſec ou humide, chaud ou froid. Il ſe diſſout difficilement dans l’eau, &c.

Les quatre derniers acides minéraux étant moins utiles à connoître pour les phyſiciens ; nous renvoyons au dictionnaire de chimie de l’encyclopédie ceux qui ſeroient curieux d’en avoir une notice.

Les acides végétaux ſont ceux qu’on retire de diverſes manières des plantes ; ils ſont en grand nombre : tels ſont l’acide citrique, celui que l’on retire du citron ; l’acide gallique, qu’on extrait de la noix de galle ; l’acide malique, qu’on obtient principalement des pommes ; l’acide benzoïque, l’acide tartareux, l’acide oxalique, ſaccharin, l’acide acéteux, l’acide acétique, &c. Nous dirons un mot ſeulement des deux derniers.

L’acide acéteux, vulgairement appelé vinaigre, eſt compoſé d’une proportion non encore déterminée d’hydrogène & de carbone combinés enſemble, & portés à l’état d’acide par l’oxigène. On a conclu que le vinaigre contenoit de l’oxigène, d’après les raiſons ſuivantes. 1º. Le vin ne peut jamais ſe convertir en vinaigre, qu’autant qu’il a le contact de l’air, & qu’autant que cet air contient du gaz oxigène. 2º. Dans cette opération, le volume d’air qui eſt fur le vin qui ſe convertit en vinaigre, diminue à meſure que le gaz oxygène eſt abſorbé. 3º. De quelque manière qu’on oxygène le vin, on le tranſformera en vinaigre.

L’acide acétique, ou vinaigre radical, a été ainſi nommé dans la nouvelle nomenclature, parce qu’on l’a ſuppoſé plus chargé d’oxygène que le vinaigre ou acide acéteux, & qu’on l’a regardé comme le dernier degré d’oxygénation que puiſſe prendre le radical hydro-carboneux ; on attend que des expériences déciſives confirment cette ſuppoſition.

Les acides du règne animal ſont ceux qu’on obtient de diverſes parties animales. Les acides animaux ſont au nombre de ſix, ſavoir : l’acide lactique, l’acide ſaccho-lactique, l’acide bombique, l’acide formique, l’acide ſébacique, l’acide pruſſique. Le premier ſe tire du petit lait ; le ſecond, du ſucre du petit lait ; le troiſième, de la chryſalide du ver à ſoie ; le quatrième, d’une groſſe eſpèce de fourmi rouſſe qui habite les bois, &c. Nous ne nous étendrons pas davantage fur ces objets qui ſont étrangers à la phyſique, lorſqu’on les conſidère ſous certains rapports. Il nous a ſuffi de préſenter les pierres d’attente, ou les points de contact qui réuniſſent entr’elles la phyſique & la chimie.

On remarquera que le nombre des acides ne peut point être actuellement borné ; car, depuis peu d’années, on en a découvert beaucoup ; & les recherches continuelles des chimiſtes font eſpérer que le nombre s’en accroîtra encore conſidérablement.