Description du royaume Thai ou Siam/Tome 1/Chapitre 14

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La mission de Siam (1p. 369-415).
CHAPITRE QUINZIÈME  ►


CHAPITRE QUATORZIÈME.

LANGUE ET LITTÉRATURE.




ORIGINE ET COMPOSITION DE LA LANGUE THAI.



On peut affirmer que la langue Thai tire son origine des brames qui sont venus de la partie orientale de l’Inde. En effet, dans les annales de Siam il est dit qu’au commencement de l’ère de Phra-Khôdom, deux brames, habitants des forêts, vinrent fonder la ville de Sángkhalôk qui est la plus ancienne du royaume. La langue des Siamois s’appelait autre fois sajám-phasá, et lorsque les Sajám ou Siamois eurent pris le nom de Thai, leur langue s’est appelée phasá-thai (la langue des libres). C’est une langue en grande partie monosyllabique, et presque tous ses mots polysyllabiques tirent leur origine de langues étrangères. Elle est une des trois langues chantantes qui soient connues dans l’univers, lesquelles sont le chinois, l’annamite et le thai. On pourrait dire que la langue thai en renferme trois, à savoir la langue vulgaire, la langue relevée et la langue sacrée. Plusieurs mots des nations voisines sont passés dans la langue vulgaire mais les langues relevée et sacrée sont presque entièrement composées de mots sanscrits et balis, un peu altérés et accommodés au génie et au langage des Thai.


DES LETTRES ET DE L’ALPHABET DE LA LANGUE THAI.


Cette langue compte vingt voyelles, diphthongues ou demi-voyelles, et quarante consonnes.

Les vingt voyelles, demi-voyelles et diphthongues sont :

a o
bref.
อา
a
long.

อิ
i
bref.
อี
i
long.
อึ
û
bref.
อื
û
long.
อุ
u
bref.
อู
u
long.
demi-voyelle brève.
ฤา
demi-voyelle longue.
demi-voyelle brève.
ฦา
demi-voyelle longue.
เอ
e
long.
แอ
ë
double e long.
ไอ
ai
diphthongue brève.
ใอ
ai
diphthongue brève.
โอ
o
long.
โอๅ
ao
diphthongue brève.
อํๅ
am
demi-voyelle brève.
อะ
a:
très-bref.

Les quarante-quatre lettres se divisent en six classes, savoir :

Première classe, gutturales :
ko khó khó kho kho kho ngo
Deuxième classe, palatales :
cho xo so xo jo
Troisième classe, linguales :
do to thó tho tho no
Quatrième classe, dentales :
do to thó tho tho no
Cinquième classe, labiales :
bo po phó pho fo pho mo
Sixième classe, demi-voyelles, sifflantes, aspirées :
jo ro lo vo lo o ho
ALPHABET.

L’alphabet thai est très-ingénieux en ce que, récité au complet, il forme un gros volume et comprend à peu près tous les mots de la langue, de sorte que l’alphabet est comme un dictionnaire. Je ne donnerai ici que ce qu’ils appellent më-nángsû ou modèles des huit séries de l’alphabet.

Première série.
กา กิ กี กึ กื กุ กู เก แก ไก ใก โก เกา กํา กะ
ko ka ki ki ku ku ku ku ke kai kai kao kam ka:
Deuxième série.
กน กัน กาน กิน นีน กึน กืน กุน กูน
kon kan kan kin kin kûn kûn kun kun
เกน แกน โกน กอน กวน เกิยน เกือน เกิน
ken kën kôn kon ku-en ki-en kû-en kôn
Troisième série.
กบ กับ กาบ กิบ กีบ กึบ กืบ กุบ กูบ
kob kab kab kib kib kûb kûb kub kub
เกบ แบบ โกบ กอบ กวบ เกียบ เกีือก เกิก
keb këb kôb kob ku-eb ki-eb kû-eb kôb
Quatrième série.
กก กัก กาก กิก กีก กึก กืก กุก กูก
kok kak kak kik kik kûk kûk kuk kuk
เกก แกก โกก กอก กวก เกียก เกีีอก เกิก
kek këk kôk kok ku-ek ki-ek kû-ek kôk
Cinquième série.
กง กัง กาง กิง กีง กึง กืง กุง กูง
kong kang kang king king kûng kûng kung kung
เกง แกง โกง กอง กวง เกียง เกือง เกิง
keng këng kông kong ku-ang ki-eng kû-ang kông
Sixième série.
กต กัต กาต กิต กีต กึต กืต กุต กูต เกต
kot kat kat kit kit kût kût kut kut ket
แกต โกต กอต กวต เกียต เกืยต เกิต
kët kôt kot ku-et ki-et kû-et kôt

Septième série.
กม กัม กาม กิม กีม กึม กืม กุม กูม
kom kam kam kim kim kum kum kum kum
เกม แกม โกม กอม กวม เกียม เกือม เกิม
kem këm kôm kom ku-em ki-em ku-em kôm
Huitième série.
เกย ไก กัย กาย กาว กิว กีว กึว กืย กุย
kôi kai kai kai ka-o ki-u ki-u kû-i kû-i ku-i
กูย เกว แกว โกย กอย กวย เกียว
ku-i ke-u kë-o ko-ei ou kôi koi ku-ei kiau
เกือย เกีย เกืยะ เกือ เกือะ เกอ เกอะ กัว
kûei ki-a ki-a: kû-a kû-a kô: ku-a
กวะ เกะ แกะ โกะ เกาะ กอ กือ กุํ กรร กรรม
ku-a ke: kë: kô: ko: ko kung kan kam.


DES TONS DE LA LANGUE THAI.

Il y a cinq tons dans la langue thai, savoir : le ton droit ou recto tono, le circonflexe, le bas, le grave et le haut. Les cinq tons s’expriment dans l’écriture par les lettres qui se divisent en lettres hautes, basses et moyennes, aussi bien que par le secours de quatre accents lesquels servent à modifier le ton. Pour se faire une légère idée des tons, supposons que le recto tono soit représenté par la note musicale sol, le ton haut montera au la ou au si et même jusqu’au , selon qu’il s’agira de prose ou de poésie ; le ton bas descendra au fa et même jusqu’au d’en bas. Quant au grave et au circonflexe, il est très-difficile de les faire comprendre au moyen des notes.

L’observation exacte des tons est ce qu’il y a de plus difficile dans la langue thai, et quiconque n’a pas l’oreille juste ne parviendra jamais à les bien distinguer ; et, comme il y a toujours quantité de mots presque semblables qui ne diffèrent que par les tons, il s’ensuit que celui qui est encore novice dans l’étude de cette langue est exposé à faire des contre-sens absurdes et ridicules. Par exemple, au lieu de dire huá-phet qui signifie diamant, il dira huá-pet (tête de canard) ; au lieu de dire ao fai ma, apporte-moi du feu, il dira ao fai ma, apporte-moi du coton ; ou bien au lieu de khà rak khai, j’aime les œufs, il dira khà ras chai j’aime la fièvre. On s’est amusé à composer certaines phrases assez longues où presque tous les mots se ressemblent, par exemple celle-ci : kháo bok Khao và klái Krung Kao mi kháo pen rùn kháo mi khào kháo mén khao klún mài khào, on dit que près de l’ancienne capitale il y a une montagne qui a la forme d’une corne où se trouve du riz blanc qui a une mauvaise odeur au point qu’on ne peut pas le manger.

Ce que je viens de dire pourrait faire supposer que la langue thai est bien pauvre ; mais il faut considérer d’abord que tous ces mots qui nous paraissent semblables sont cependant bien différents et ne s’écrivent pas de la même manière ; en second lieu, cette prétendue pauvreté est bien compensée par l’abondance des mots pour exprimer une seule et même chose ; par exemple, il y a une douzaine de mots pour dire la tête, à savoir : húa, sisa, sién, sirôt, utamang, kesá, kramom, kaban, sieraklào, ket, kesi, chom. Il y a une infinité de choses qui s’expriment ainsi par plusieurs termes différents ; ce sont comme autant de synonymes, qui cependant ne pourraient pas s’employer indistinctement les uns pour les autres ; car telle expression convient au style vulgaire, et telle autre au style élevé. Les termes employés dans la poésie sont différents de ceux qu’on emploie en religion, et il faut avoir une grande connaissance de la langue pour savoir choisir les mots qui conviennent aux dinerents styles,


DES NOMS.


Il y a une certaine catégorie de noms composés qui sont fort curieux ; par exemple, pour dire fleuve, on dit la mère des eaux ; le lait, c’est l’eau de la mamelle ; l’horizon, c’est le pied des cieux ; la volonté, c’est l’eau du cœur ; un fruit, c’est le fils de l’arbre le cuisinier, c’est le père de la cuisine ; le gouvernail, c’est la queue du tigre ; les échelons sont les enfants de l’échelle ; le compas, c’est le bec de corbeau ; la charrue, c’est !a tête de cochon ; les nœuds sont les yeux des arbres ; les larmes sont l’eau des yeux, etc., etc.


DES VERBES.


Dans la langue thai !e même mot peut servir de nom, d’adjectif, de verbe et d’adverbe, en lui adjoignant des mots qui en modifient le sens. Les verbes n’ont pas de comugaisons, les modes et les temps s’expriment par trois mots auxiliaires qui donnent le sens du présent, du passé et du futur ; au moyen d’une particule, d’un verbe actif on en fait un verbe passif.


DU STYLE DE LA CONVERSATION.


Les Thai sont d’une grande politesse dans la conversation ; au point que si l’on adresse la parole à quelqu’un sans lui donner le titre qui lui convient, on serait censé lui faire injure. En parlant à un enfant de basse condition on l’appelle rat ; aux enfants d’un bourgeois on dit monsieur rat, mademoiselle souris ; si on exprime le nom propre, on dit simplement monsieur, mademoiselle, en ajoutant le nom, par exemple, monsieur perroquet, mademoiselle abeille. On appelle père et mère les enfants des mandarins ; par exemple, père rouge, mère argent, ou bien père rat, mère souris, quand on ne les appelle pas par leur nom propre. Les hommes et les femmes du peuple s’appellent monsieur, madame, mon chef, ma mère. En s’adressant à un homme, s’il est plus jeune, on lui dit : mon frère cadet, et s’il est plus âgé, mon frère aîné, ou bien mon père, mon oncle, mon aïeul, s’il est beaucoup plus vieux. Si la femme à qui l’on parle est plus jeune, il faut dire ma sœur cadette, et ma sœur aînée quand elle est plus âgée, ou bien ma tante, ma grand’mère quand elle est déjà vieille. En parlant à ceux qui sont constitués en dignité, on les appelle bienfaiteur, père bienfaiteur, monsieur le, bienfaiteur. Quand on parle aux princes, il faut leur dire puissant seigneur ; et en leur parlant de soi moi qui suis la poussière de vos pieds, moi qui suis sous la plante de vos pieds. Quand on adresse la parole au roi, on dit grand et auguste seigneur, divine miséricorde, je suis un grain de poussière de vos pieds, vous dominez sur ma tête. En répondant à un grand on doit dire : ô mon père, ou bien je demande à recevoir vos ordres. Si l’on répond à un prince ou au roi, à la fin de la phrase on ajoute : mon auguste seigneur ! je demande à recevoir vos ordres. Les laïques appellent les talapoins para : qui signifie grand, bienfaiteur, seigneur, vous qui êtes le seigneur. En parlant du roi, il faut l’appeler le maître de la vie, le maître de la terre, le chef suprême, le grand roi, le grand et auguste Seigneur qui est à la tête.

Les petits dialogues suivants que j’extrais de ma grammaire ont été composés par un talapoin fort instruit ; j’ai jugé à propos de les omettre ici pour donner une idée de la conversation dans les différentes classes de la société. D’ailleurs chacun de ces dialogues est comme un petit drame qui servira à faire connaître certaines particularités concernant les mœurs et usages des Siamois.




DIALOGUES.




I. UN PRINCE AVEC SON ESCLAVE.


Il y a un ordre du prince pour le page de service, nommé Sing, portant : Sing, va nous chercher le nommé Phuk. M. Sing, après avoir reçu l’ordre, va pour prendre M. Phuk en lui disant : J’ai l’ordre de vous amener vers le prince. M. Phuk et M. Sing arrivent ensemble dans le vestibule du palais. Le prince interroge M. Sing : As-tu amené le nommé Phuk ? M. Sing prosterné dit : Oui, auguste seigneur, je l’ai amené. — Où est donc ce Phuk ? M. Sing entre en rampant dans le vestibule. Ensuite le prince lui demande : Où es-tu donc allé ? je n’ai pas vu ton visage ni tes yeux depuis longtemps. M. Phuk prosterné dit : Ô mon auguste seigneur ! j’ai été malade, et c’est pour cela que je ne suis pas venu ; vous ferez de moi ce que vous voudrez selon votre miséricorde. — Tu es un coquin ; comment as-tu été malade ? — Mon auguste seigneur ! j’ai eu mal au ventre. — Soigne-toi pour te guérir, ensuite tu dois venir vers moi de temps en temps. — Auguste seigneur ! je reçois vos ordres. — Allons, va-t’en. — Auguste seigneur, je reçois vos ordres.


II. UN GRAND AVEC UN INFÉRIEUR.


Le premier mandarin Kra : lahôm ordonna à M. Sanit qui était de service en lui disant : Monsieur Sanit, il y a maintenant un ordre du roi qui nous enjoint sur notre tête de lever une armée, et de placer notre camp dans la ville du Camboge. Monsieur Sanit, il faut porter l’ordre du roi aux généraux, à leurs lieutenants et aux secrétaires qui ont des clients et le peuple du roi sous leurs ordres. Lorsque les généraux, leurs lieutenants, les chefs des compagnies furent rassemblés, le grand mandarin leur demanda : Vous tous, combien avez-vous d’esclaves du roi, combien en avez-vous de disponibles ? Les généraux et leurs lieutenants prosternés répondirent : Nous, esclaves sous vos pieds, nous prions le prince miséricordieux d’avoir de l’inndulgence pour nous ; nous n’avons pas eu le temps de rassembler les clients et les esclaves du roi. Préparez-les donc vite, vite. — Nous recevons vos ordres, ô prince miséricordieux ! nous les préparerons à temps. — Bien, rassemblez les troupes pour le temps fixé. — Oui, prince miséricordieux, nous tous ensemble, chefs des compagnies, nous rassemblerons cinquante-cinq mille hommes armés ; nous recevons vos ordres.

III. UN CLIENT À L’AUDIENCE DU PRINCE.


Sous le prince Kromaluáng, il y avait un homme nommé . Ce M. étant couché, réfléchissait en lui-même en disant : Il y a déjà longtemps que je suis esclave, et je n’ai encore pu obtenir ni pierres précieuses ni gain quelconque ; quoique je ne ne sois pas riche, je ne me plains pas ; encore un peu de temps, et je n’aurai pas même un langouti pour cacher mon derrière. Nous irons à l’audience du prince, nous lui demanderons la permission de sortir d’esclavage et de cultiver les champs comme font les pauvres. Ayant médité cela, M. alla vers le prince. Le prince lui demanda : , pourquoi viens-tu ? M. s’étant prosterné, dit : Mon auguste seigneur, je vous adore et je demande la permission de cultiver un peu les champs. — Bien va faire des champs et cherche-nou des poissons et des légumes, n’est-ce pas ? M. répondit : Oui, mon auguste seigneur ! et il adora en demandant la permission de se retirer. Alors le prince dit : Ne t’en va pas si vite. — Mon auguste seigneur ! je reçois vos ordres. — Écoute ; lorsque tu auras cultivé les champs, reviens quelquefois nous voir. M. répondit : Oui, mon auguste seigneur, et il adora en demandant la permission de se retirer.


IV. ENTRETIEN DU ROI AVEC UN PAGE.


L’ordre du roi miséricordieux fut sur les cheveux et sur la tête de M. Saraphet-phakdi disant : Monsieur Saraphet, équipe-moi un navire ; prends des marchandises dans les magasins royaux, et charge-le tout à fait. M. Saraphet reçut l’ordre en disant : Mon auguste seigneur ! je recois vos ordres sur mes cheveux et sur ma tête. Il adora et sortit en rampant du palais, il examina le navire, l’équipa et le chargea de marchandises ; ensuite il vint à la cour, adora et dit : Je demande par la puissance de la poussière de vos pieds qui couvrent ma tête, l’esclave du seigneur a chargé ce navire. Le roi lui demanda : De quoi l’as-tu chargé ? — Mon auguste seigneur ! je reçois vos ordres ; je l’ai chargé de trois cents~quintaux de cardamome. — N’as-tu chargé que cela ? — Mon auguste seigneur ! je reçois vos ordres. — Qu’as-tu mis de plus ? — Auguste Seigneur ! moi cheveu de votre tête, je l’ai chargé de trente mille quintaux de poivre. — As-tu mis du bois de sapan ? Mon auguste seigneur ! j’en ai mis. — Quand donneras-tu des ordres pour que ce navire mette à la voile ? — Mon auguste seigneur je reçois vos ordres ; il partira le treizième jour de la lune. — Règle et inspecte tout comme il faut. — Mon auguste seigneur ! je reçois vos ordres.


V. LA REINE AVEC UNE ESCLAVE.


Un jour la reine In désirait beaucoup des fruits de dourion et de mangoustan alors elle appela la jeune fille Mi : Fille Mi, fille Mi ! Mais la jeune Mi était assise au loin alors la vieille Suk l’appela : Ô fille Mi ! la mère reine t’appelle. Alors la jeune Mi s’approcha en rampant. La reine In lui dit alors : Fille Mi, je voudrais bien manger des dourions et des mangoustans. — Ô mon auguste maîtresse ! Ayant dit cela, elle donna un tical à la jeune Mi qui, ayant reçu l’argent, alla au marché situé derrière le palais des concubines du roi, et après avoir acheté des dourions et des mangoustans, elle les apporta à la reine. La reine lui demanda : Combien as-tu acheté ces dourions ? La jeune Mi l’en instruisit en disant : J’ai acheté ces dourions un slang pièce. — Ô ma mère, les fruits de dourion de cette espèce coûtent-ils un salûng ? À la boutique de qui les as-tu achetés ? — Je les ai achetés à la boutique de ma mère Ket, Madame. Or, ma mère Ket et moi nous nous connaissons. — As-tu dit à ma mère Ket pour qui tu les achetais ? — Oui, Madame, je l’en ai prévenue en lui disant : Ma mère reine m’a envoyée pour en acheter. Alors ma mère Ket a pris seulement le prix des dourions et a offert à ma mère reine vingt mangoustans, ô Madame ! — Bien ; ma mère Ket est une excellente femme. La reine ouvrant un dourion et regardant la chair, dit a la jeune Mi : La chair de ce dourion est jaune et excellente. — Ô Madame, ma mère Ket a dit que la chair en était très-bonne ; si c’eût été pour une autre, elle ne les eût pas vendus ; elle m’a dit qu’elle les vendait à bas prix à cause que c’était pour ma mère reine. — C’est vrai, certainement, elle a dit vrai ; ces dourions ont vraiment la chair excellente ; il est difficile d’en trouver de pareils. — Ô Madame !, ils sont très-bons.


VI. UN MANDARIN AVEC LE ROI.


L’ordre du roi fut qu’on appelât le mandarin Kamphëng, qui était à la tête des éléphants. Lorsqu’il fut arrivé dans le vestibule du palais, le roi lui dit : Le roi de Xieng-Sën nous a offert un éléphant ; Phaja-Kamphëng, il faut aller le voir. — Mon auguste seigneur ! je reçois vos ordres, moi cheveu. — Voyez s’il est véritablement blanc ou rouge ou cuivré ? — Mon auguste seigneur ! je reçois vos ordres, moi cheveu. Le mandarin Kamphëng adora et remonta le fleuve pour s’assurer de la chose. Mais lorsqu’il fut de retour, il adora en disant : Je prie par la puissance de la poussière de vos pieds qui protègent ma tête, votre miséricorde m’a envoyé pour reconnaître un éléphant mâle, d’excellente race ; la chose est comme le roi de Xieng-Sën l’a déclaré à Votre Majesté. — Bien, mandarin Kamphëng ; sa couleur peut-elle être comparée à la couleur d’une marmite de terre neuve ? — Mon auguste seigneur ! je reçois vos ordres, il en est ainsi. — Quelle est sa hauteur ? — Auguste seigneur ! il a la hauteur de trois coudées trois pouces. — A-t-il belle mine ? — Mon auguste seigneur ! je reçois vos ordres, il est beau. — Quand arrivera-t-il ? — Auguste seigneur ! je reçois vos ordres, moi cheveu ; le troisième de la lune il parviendra ici. — Hâtez-vous de l’amener vite, vite. — Auguste seigneur ! moi cheveu, je reçois vos ordres, je me suis hâté.


VII. LE ROI AVEC UN CHEF DES TALAPOINS.


Il y avait un chef des talapoins que le roi aimait plus que tous les autres. Quand il eut mangé, le-roi lui demanda : Phra-thèphamôli, après la saison de la pluie, où irez-vous vous promener ? Phra-thèphamôli offrit la bénédiction au roi en disant : Ma personne ira à Sing-Khaburi pour servir mon maître qui m’a conféré ses ordres. — Combien de mois resterez-vous là ? — Je demande à offrir ma bénédiction au grand roi, ma personne y restera un mois. — Celui qui vous a ordonné vit donc encore ? — Je demande a offrir ma bénédiction au grand roi, il vit encore. — N’est-il pas bien vieux ? — J’offre ma bénédiction au grand roi, il est vieux d’environ soixante-dix ans. — Ses yeux et ses oreilles sont encore en bon état ? — Je demande à offrir ma bénédiction, ils sont en bon état. — Tâchez de le servir, car il est bien vieux. Lorsque les talapoins demandent au roi la permission de se retirer, ils le bénissent ainsi : Ma personne désire que la féticité, la gloire, l’âge heureux de toute espèce continuent pour le roi excellent, suprême et parfait ; pour le gouverneur, pour le prince doué de mérites précieux. C’est l’heure favorable pour nous tous prêtres d’offrir la bénédiction avant que nous quittions notre roi très-excellent, parfait ; nous offrons donc notre bénédiction en demandant la permission de sortir du vestibule du palais.


VIII. UN TALAPOIN AVEC UN LAÏQUE.


Il y avait un talapoin premier lieutenant qui faisait le plancher de sa maison ; mais il lui manquait environ deux planches. Alors inquiet, il disait Où pourrons-nous trouver au moins deux planches ? Un laïque, son domestique, l’avertit en disant J’ai vu quelque part plusieurs planches, je reçois vos ordres. — Bien ! où Monsieur les a-t-il vues ? — Je reçois vos ordres, c’est dans la maison du mandarin Si ; je reçois vos ordres ; si vous allez les demander en aumône, il me semble qu’on vous les offrira, je reçois vos ordres. Le premier talapoin lieutenant alla à la maison du mandarin Si, qui, l’apercevant, s’écria : J’invite le maître bienfaiteur, je reçois vos ordres. Le talapoin s’assit ; le mandarin Si lui demanda : Monsieur le bienfaiteur vient, a-t-il besoin de quelque chose ? — Persévérez dans ma bénédiction, grand mandarin ; ma personne vient pour mendier deux planches du grand mandarin. — Monsieur bienfaiteur, pourquoi me demandez-vous deux planches ? Persévérez dans ma bénédiction ; ma personne les emportera pour faire le plancher de ma chambre. — Or deux planches suffiront-elles, monsieur bienfaiteur ? — Persévérez dans ma bénédiction ; ma personne a déjà fait une partie du plancher. — Monsieur bienfaiteur ! vous en avez déjà fait une partie ? Moi cheveu, je pensais que vous ne l’aviez pas encore commencé. —Restez dans ma bénédiction ; j’en ai déjà fait une partie, Alors il appela : Ô Ma ! allez et choisissez de bonnes planches, offrez-les au bienfaiteur premier lieutenant, Le premier lieutenant le bénit et s’en alla avec l’esclave Ma pour voir les planches dans le magasin des scieurs, Quand il eut les planches, il retourna à la pagode,


IX. UNE FEMME AVEC UN TALAPOIN.


Il y avait une femme qui depuis longtemps connaissait un talapoin. Il arriva un jour que cette femme pensa en elle- même : M. Nu-Dëng, notre fils, est déjà capable d’apprendre les livres thai ; il nous faut le confier au bienfaiteur pour qu’il apprenne les livres. Ayant pensé cela, elle roula du bétel, chercha de l’arec, les plaça sur un plat de verre et mena M. Nu-Dëng jusqu’à la cellule du talapoin. Le talapoin lui demande : Femme, ma sœur, pourquoi venez-vous ? La dame répond : J’amène M. Nu-Dëng pour le confier au bienfaiteur afin qu’il étudie les livres ; je ne puis le garder à la maison, il va de côté et d’autre pour jouer ; bienfaiteur, faites-moi la faveur de ne pas le laisser courir ; seigneur, faites-le écrire ; s’il est négligent, que le bienfaiteur le frappe fortement du rotin ; bienfaiteur, ne craignez pas mon cœur, je demande seulement que vous ne lui brisiez pas les os et qu’il ne perde pas les yeux, cela me suffit. Le talapoin dit : Nu-Dëng, ta mère consent à ce que je te frappe, prends garde ; de ce moment ne fais plus le vagabond. — Oui, bienfaiteur. — Si tu vas courir, je te frapperai bien fort. La femme demande la permission de se retirer s’étant retournée, elle fait ses recommandations à son fils en lui disant : Monsieur Nu, ne courez plus ça et là. Alors la mère retourne à la maison.


X. UNE MARCHANDE AVEC UNE MARCHANDE.


Il y avait deux marchandes, l’une s’appelait Chëm, l’autre Chan. La marchande Chëm était dans le marché de la ville, madame Chan dans le marché sur le fleuve. De grand matin madame Chëm descendit dans sa barque, alla au marché qui se tient sur le fleuve, vit madame Chan qui vendait des bananes et des attes et elle les examinait. Madame Chan, sachant certainement qu’elle voulait acheter des bananes et des attes, lui adressa alors ces paroles flatteuses et douces : Ô ma mère ! mère qui viens en conduisant cette barque avec les rames, j’invite ma mère à s’arrêter ici et à acheter une partie de mes bananes et de mes attes ; ô madame, mère bienfaitrice, mes fruits sont beaux et invitent à les manger, ô madame ! La marchande Chëm s’arrête et demande le prix : Or je dis, les bananes odorantes de ma mère, combien pour un fûang ? — Mes bananes, quarante pour un fûang, ô madame ! Les attes de ma mère, combien pour un fûang, madame ? — Trente pour un fûang, Madame. La mère Chëm répondit : Si ma mère n’a pas ce prix, vendra-t-elle ou non ? La marchande Chan dit : Comme il plaît à ma mère, marchandez, madame. — Je dirai une seule parole, Madame. — Que ma mère dise cinq paroles comme il lui plaira. — Des bananes, donnez-m’en cinquante pour un fûang, Madame, et des attes, donnez-m’en quarante, Madame. — Je ne puis, Madame. — Or, il ne me plaît de donner que cela, Madame. — Si ma mère achète, je lui donnerai quarante-cinq bananes et trente-cinq attes. — S’il en est ainsi, je demande la permission de me retirer, Madame. Et elle s’en allait en ramant. Bientôt la mère qui vendait les bananes et les attes l’appelle : J’invite ma mère à revenir, Madame, prenez, Madame ; ma mère veut acheter à ce prix, je vendrai, mais je perds beaucoup, je n’ai absolument aucun bénéfice.


XI. DES FEMMES QUI SE DISPUTENT.


Madame Suk alla pour demander à madame Thong de lui prêter un fûang, en disant : Ma mère Thong, Madame, ma mère Thong ! je viens ouvrant la bouche à ma mère Thong, je prie ma mère Thong, prêtez-moi au moins un fûang, j’en ai grand besoin ; je ne retiendrai pas le bien de ma mère Thong jusqu’à dix jours, ô Madame, je l’apporterai à ma mère Thong certainement, Madame. Madame Thong donna l’argent à madame Suk ; au bout de dix jours madame Suk ne paya pas. Madame Thong va pour le redemander en disant : Pouvez-vous me rendre mon argent ou non ? Je demande à différer jusqu’à cinq jours. Les cinq jours étant passés, madame Thong redemande de nouveau son argent ; celle-là demandait un délai de deux jours. Alors madame Thong se fâche : Ô dame Suk, en voyant ta figure, nous pensions que tu étais juste et fidèle ; mais maintenant je vois que tu es une menteuse ; quoi que tu dises, il n’y a absolument rien devrai. Ô femme effrontée ! ô trompeuse ô déhontée ! tu as emprunté pour dix jours, et maintenant il y a plus de dix jours écoulés. Comment n’as-tu pas de honte pour les paroles que tu as prononcées ? ô fourbe ! ô impudente Madame Suk répond : Ô madame Thong, madame Thong, combien vous me dites d’injures ! Un fûang certainement n’a pas la grosseur du genou. — Oh tu t’obstines encore à disputer ! S’il n’a pas la grosseur du genou, pourquoi ne le cherches-tu pas pour me payer ? — Ô ma mère je n’ai pas encore pu le trouver. — Tu cours après ton galant, c’est pour cela que tu ne l’as pas cherché. — Ô ma mère, femme Thong, vous m’injuriez beaucoup, vous me coupez en morceaux par vos paroles. — C’est ainsi que je t’accablerai d’outrages ; pourquoi ne me paies-tu pas ce que tu me dois ? — Ai-je dit que je ne vous paierais pas ? je vous paierai certainement. — Pourquoi donc ne me paies-tu pas, ô voleuse ! à l’instant même, ta mère, je te souffletterai. — Très-bien ! viens me souffleter, viens, viens donc. Femme Suk viens jouer ensemble. Madame Suk accourt pour se donner mutuellement des soufflets ; les assistants les arrêtent ; les deux femmes ne purent pas se souffleter mutuellement.


XII. UN MÉDECIN AVEC SON MALADE.


Il y avait un médecin nommé Khong, habile à guérir toutes les maladies. Un jour un homme vint pour l’inviter en disant : Mon père médecin ! je vous invite à voir la maladie de mon épouse au moins une fois. Le médecin lui demande : L’épouse de Monsieur, quelle maladie a-t-elle ? L’homme répond : Mon épouse est malade par suite d’une couche. — S’il en est ainsi, allons, L’homme avec le médecin viennent à la maison de la malade ; la malade dit : En voyant mon père médecin, j’ai beaucoup de joie ; je ne sais déjà à qui avoir recours ; je vois seulement le visage de mon père médecin et de mon mari ; ma maladie est très-grave ; je pense que peut-être je ne pourrai pas en réchapper. Le médecin lui demande : Ô ma mère, éprouvez-vous une oppression sur la poitrine et sur le cœur ? Je suis à l’extrémité, mon père médecin ! Je sens dans ma poitrine comme si elle était déjà brisée ; elle est oppressée, et cette oppression remonte de manière à fermer les mâchoires ; je ne puis prendre les remèdes ; depuis trois jours je n’ai pas pris de nourriture ; si mon père médecin ne peut pas guérir cette raideur des mâchoires, je vois que je ne vivrai pas plus de deux jours, parce que je n’ai pas un instant de repos. Le médecin répond : Ma mère, n’ayez pas l’esprit si faible ; ce n’est rien ; le sang a trop de force ; c’est ce qui cause l’oppression et la raideur des mâchoires par la faute du sang ; si je puis guérir pour le sang, ce ne sera rien certainement ; ma mère ne vous inquiétez pas. — Mon père médecin a dit, je crois. Le médecin prépare un pot de remède chaud, il l’offre à boirey aussitôt l’oppression disparaît. Le mari élève les mains, salue Le remède de mon père médecin est vraiment excellent.


OBSERVATIONS DIVERSES SUR LA LANGUE THAI.


Cette langue, à proprement parler, n’a pas de dialecte, d’un bout du royaume à l’autre c’est toujours le même langage ; excepté Ligor et Xaláng où l’on n’observe pas les cinq tons dont nous avons parlé. La langue thai est très-difficile à apprendre pour plusieurs causes, savoir quelques lettres qui lui sont particulières et dont la prononciation est très-difficile, les cinq tons qu’il n’est pas aisé de saisir, le choix des mots lorsqu’il y en a plusieurs pour désigner une même chose, les nombreux idiotismes et enfin le manque de bons maîtres.

Le thai à proprement parler n’a ni déclinaisons, ni conjugaisons, ; ni genres, ni nombres ; il a une quantité de verbes auxiliaires ou verbes composés. Très-souvent on se sert de deux mots au lieu d’un, c’est ce qu’on appelle des couples ; ce sont des espèces de synonymes qui s’aident mutuellement à mieux exprimer la chose ou qui forment une sorte d’harmonie imitative.

Les Siamois écrivent comme nous de gauche à droite ; ils se servent de crayons de craie pour écrire sur le papier noir, et d’un crayon noir pour écrire sur le papier blanc ; mais pour les livres de bibliothèque, ils écrivent avec de l’encre de Chine ou avec une dissolution jaune de la gomme de Camboge et par le moyen d’un style fait de bambou. Leurs livres sont une espèce de carton plié en zig-zag comme les marchands plient leurs pièces de drap. Quant aux livres de religion, ils sont composés de trente à quarante feuilles de palmier, dorées sur tranche, et enfilées dans un cordon de soie. Comme je l’ai déjà dit ailleurs, on trace les caractères sur ces feuilles avec un stylet de fer, puis on y passe de l’encre faite avec du noir de fumée et de l’huile de bois ; en essuyant bien la feuille qui est très-lisse, il ne reste de l’encre que dans les traces du stylet.


LITTÉRATURE.


La collection des livres sacrés des Thai s’appelle Trai pidok, qui signifie les trois véhicules qui servent à nous faire traverser la grande mer de ce monde. Elle se divise en trois séries, à savoir phra-vinai (règles), phra-sut (sermons et histoires), phra-baramat (philosophie). Elle forme un total de quatre cent deux ouvrages et trois mille six cent quatre-vingt-trois volumes. Tous ces ouvragessont composés en langue bali ; mais un grand nombre ont été traduits en langue thai ; soit les originaux, soit les traductions, sont écrits en caractères cambogiens, et l’on regarderait comme un manque de respect et une sorte de profanation de les écrire avec les caractères communs et vulgaires. Les livres sacrés sont très-répandus, puisque la plupart des pagodes en ont la collection plus ou moins complète.

Quant aux ouvrages de littérature profane, il y en a environ deux cent cinquante dont plusieurs sont d’une haute importance, tels que

Annales des royaumes du nord 
 3 vol.
Annales des rois Sajam 
 40 vol.
Différents codes des lois 
 38 vol.
Ouvrages de médecine 
 50 vol.
Ouvrages d’astronomie et d’astrologie 
 25 vol.
Annales chinoises 
 12 vol.
Ouvrages philosophiques 
 80 vol.
Annales des Pégouans 
 9 vol.
Lois et coutumes du palais 
 5 vol.

Les autres ouvrages sont des histoires, contes, romans, comédies, tragédies, poëmes épiques, chansons, etc. Les romans sont presque toujours en vers ; un seul forme quelquefois de dix à vingt volumes ; je ne crois pas exagérer en disant que leur littérature profane, tant prose que poésie, comprend plus de deux mille volumes. Il est probable qu’à l’époque de la ruine de Juthia, où tout le pays a été bouleversé et saccagé, il s’est perdu grand nombre d’ouvrages dont les anciens se rappellent les noms et qu’on ne peut retrouver nulle~part.

Je vais donner quelques spécimens de prose et de poésie avec le Pater en langue thai, accompagné d’une traduction interlinéaire, afin de donner une légère idée du style siamois.




SPÉCIMEN DE PROSE.




I. PROVERBES POPULAIRES.


Quand vous irez dans les bois, n’oubliez pas votre couteau.

Ne mettez pas votre barque en travers du courant du fleuve.

L’éléphant, quoiqu’il ait quatre pieds, peut encore faire un faux pas ; ainsi un docteur peut aussi se tromper.

Celui qui donne à manger à l’éléphant se nourrit de la fiente de l’éléphant.

Si vous montez à terre, vous rencontrez le tigre ; si vous descendez dans une barque, vous rencontrez le crocodile.

La noblesse dénote l’origine, les mœurs dénotent la personne.

Si un chien vous mord, ne mordez pas le chien.

Celui qui est sous le ciel, comment peut-il craindre la pluie ?


II. FABLE.


La fortune s’évanouit par une trop grande avidité, et l’avidité conduit à la mort. Il y avait un chasseur qui se promenait tous les jours et tuait à coups de flèches les éléphants pour nourrir sa femme et ses enfants. Un jour, qu’il parcourait les forêts, il lança une flèche sur un éléphant qui, percé par le trait et excité par la douleur, se précipita sur le chasseur pour le tuer. Mais le chasseur s’enfuit et monta sur un nid de fourmis blanches sur lequel restait une vipère qui mordit le chasseur. Celui-ci irrité tua la vipère. L’éléphant, qui le poursuivait (parce que le venin de la flèche avait pénétré jusqu’au cœur), tomba et mourut près du nid de fourmis. Le chasseur mourut aussi du venin de la vipère mais son arc était encore tendu dans ce lieu. Alors un loup qui cherchait de la nourriture arriva dans cet endroit ; en voyant cela il se réjouit beaucoup : Cette fois, dit-il, me voilà très-riche, il m’arrive une très-grande fortune. Je mangerai cet éléphant au moins pendant trois mois, je me nourrirai de l’homme pendant sept jours, je mangerai le serpent en deux fois ; mais pourquoi laisser la corde de l’arc pour qu’elle se perde en vain ? il vaut mieux la manger maintenant pour apaiser d’abord ma faim. Ayant ainsi médité, il mordit la corde celle-ci étant rompue, l’arc se détendit, frappa et brisa la tête du loup qui périt sur-le-champ.


III. PÉTITION ADRESSÉE AU ROI.


Moi, monsieur Si j’ai composé ce placet pour battre le tambour et le présenter au mandarin du roi ; je demande qu’il l’offre et qu’il le fasse connaître à la miséricorde du roi sous ses pieds. Parce que j’ai emprunté autrefois cinq livres d’argent de M. Màk, demandant à payer les intérêts selon la coutume. Mais le dimanche du cinquième mois de la neuvième lune de l’année du Singe du dernier cycle, j’ai apporté le capital et les intérêts et j’ai donné le tout à M. Màk ; mais M. Màk ne m’a pas rendu mon billet ; seulement il m’a fait un reçu signé de sa main. Mais le vingtième jour de la lune du sixième mois, M. Màk m’a apporté mon billet en exigeant l’argent ; il m’a mis aux fers et j’ai enduré de grands tourments ; je suis très-indigné. Est-ce juste ou non ? Il en sera comme Sa Majesté décidera dans sa miséricorde.


IV. ACTE D’ACCUSATION.


Moi, monsieur To, je viens au tribunal portant une accusation en présence des magistrats 'si-tham maràt cha sán pha : na : huá chào thàn assemblés. Auparavant j’ai attaché cinquante buffles dans mon étable. Mais le mardi, la seconde lune du septième mois de la dernière année du Singe, à la septième heure de la nuit, quinze voleurs (j’ai reconnu la figure de quelques-uns, quelques-uns me sont inconnus ; mais je connais très-certainement M. Ju seul) brisèrent mon étable et enlevèrent les buffles. Il y a vingt témoins, hommes et femmes ; je demande que vous appeliez M. Ju pour qu’il amène les voleurs au jugement selon la coutume.


V. ÉCRIT D’EMPRUNT.


Le mercredi, sixième mois, vingt-cinquième lune de la petite ère 1211, la première année du Coq, moi, monsieur Këo mari, madame Ket, sa femme, avons affaire, venons emprunter de l’argent à M. Mon Si ; le capital est de dix livres d’argent marqué. Je demande à payer les intérêts selon la coutume. Quand monsieur redemandera le capital et les intérêts, je le paierai alors. Si monsieur n’a pas le capital et les intérêts, qu’il exige et qu’il réclame selon les lois du royaume de notre roi. En foi de quoi j’ai apposé ma signature.


STYLE ÉPISTOLAIRE.


VI. D’UN PARTICULIERA UN PARTICULIER.


Lettre de M. That, qui demeure dans le village de Lamphu, à M. Sáng, dans le village de Khlong-sa : bua. Parce que j’ai besoin de vingt mille tuiles, je prie M. Sáng de se les procurer, de les acheter et de me les amener dans une barque. Ensuite je donnerai le prix et la récompense des ouvriers. Quand M. Sáng sera averti de cela, qu’il ne néglige pas ; il doit faire attention à notre ancienne amitié. La lettre vient le jour du soleil, sixième mois, vingt-cinquième lune de la première année du Coq.


VII. D’UN GRAND AU PRÉFET DE LA PROVINCE.


Lettre scellée du grand A : phai phiri pra Krom phahu Samu phra : Ka : lahôm, envoyée au mandarin préfet et aux autres officiers de la ville de Kanburi. Parce que nous avons besoin de deux mille pieux pour les abords d’une pagode, longueur et épaisseur déterminées. Arrangez-vous pour qu’on nous les amène le onzième ou douzième mois. La lettre scellée vient le lundi, sixième mois, vingt-sixième lune de la première année du Coq.

SPÉCIMEN DES LOIS.


VIII. CHAPITRE DES ESCLAVES.


Si quelqu’un a vendu à un autre un homme, ses fils, sa femme ou quelqu’autre chose que ce soit, et s’il lui a fait un billet, l’acheteur a donné de confiance l’argent au vendeur ; mais le vendeur, après avoir reçu l’argent, n’a pas livré la chose vendue le législateur dit c’est tromper son prochain. Si après examen il est constant qu’il en est ainsi, que le vendeur paie deux fois le prix de la chose ; que le prix soit rendu au maître, et que le reste soit partie pour l’amende, partie pour le trésor public.


IX. DU CHAPITRE DES VOLEURS.


Le gardien de la prison a envoyé pour prendre des coupables et ensuite il les a relâchés ; le législateur ordonne que le gardien de la prison les cherche jusqu’à ce qu’il les trouve ; s’il ne les ramène pas, qu’il soit puni lui-même du même châtiment auquel ils étaient condamnés. Si le roi lui accorde la vie, qu’il soit battu avec une lanière de cuir ou avec un rotin, selon la gravité de la faute.


X. FRAGMENT HISTORIQUE.


La reine Surijôthai meurt pour son mari.


Dans ce temps-là le roi de Hôngsávadi ordonna à ses troupes de se précipiter sur l’armée du roi de Juthia. Mais le roi de Juthia fit ranger son armée en deux ailes. Les soldats des deux côtés, poussant des cris, s’attaquèrent avec un grand tumulte, se frappant mutuellement, perçant, combattant, tirant des coups de canon et de fusil ; tout l’air est obscurci par la fumée. Des deux côtés une partie des soldats sont tués, une partie sont blessés et roulent en grand nombre dans la plaine. Le roi de Juthia excite son éléphant qui attaque l’éléphant au front de l’armée du roi de Hôngsávadi ; l’éléphant du roi ayant manqué son but, tourna le dos aux ennemis. Le roi de Mûang-Prè excite son éléphant et poursuit le fuyard. Mais la reine Surijôthai', voyant le roi son mari vaincu et prévoyant qu’il tomberait entre les mains des ennemis, poussée par l’amour conjugal, elle excite son éléphant à combattre contre l’éléphant du roi de Mûang-Prè. L’éléphant de la reine tomba à la renverse le roi de Mûang-Prè fit avec sa lance une grande blessure à l’épaule de la reine Surijôthai, en effet son épaule fut coupée et arrachée jusqu’à la mamelle. Les deux fils de la reine, savoir : Ramesuén et Mahintharathiràt, accoururent pour délivrer leur mère ; mais elle avait déjà cessé de vivre ; les deux frères soutinrent le choc des ennemis pendant qu’on transportait dans la ville le corps de la reine.


XI. FRAGMENT DE PRÉDICATION HISTORIQUE.


(Tiré de Mahá-xàt.)


Xuxokvieux, décrépit, au lever de l’aurore descendit avec courage du sommet de la montagne. II se hâta d’arriver au lieu où restait le grand Vètsándon. Dès qu’il fut arrivé, il l’adora, ensuite il parla de ses malheurs et de sa maladie. Mais quand il trouva l’occasion de demander les deux fils du roi, il employa la comparaison des cinq grands fleuves : Ô grand bienfaiteur ! de la même manière que sont ces cinq fleuves, de la même manière est le cœur de mon seigneur. Un mendiant est arrivé ; mon seigneur ne regarde à la personne de qui que soit. Moi vieux, chancelant, je demande en aumône les deux fils, de mon seigneur Kanhá et Xali à l’instant même pour moi brame décrépit. Lorsque le saint roi eut entendu le discours du brame qui demandait ses fils, il fut très-réjoui, parce qu’il avait fort à cœur de faire l’aumône ; il les livra donc au vieillard décrépit qui, après avoir adoré le roi, attacha avec du lierre les mains des enfants, et, tout en les frappant de sa baguette, il les menait à son gré.


XII. FRAGMENT DE PRÉDICATION MORALE.


Panô pana : sánjita vata chittang upakkamo : Tena : maranang (texte bali). La question du meurtre des animaux embrasse cinq manières. La première, quand il s’agit des animaux doués de vie et de sens. La seconde, quand celui qui tue sait certainement que c’est un animal. La troisième, s’il a l’intention de tuer. La quatrième, tuer avec quelque peine. La cinquième, prendre pour soi l’animal tué avec quelque peine. Celui qui tue un animal de ces cinq manières réunies ensemble est dit avoir véritablement tué et avoir violé le précepte. Si l’animal est gros, le péché est plus grand ; si l’animal est petit, la faute est plus légère. Quoique l’animal soit petit, s’il est utile, la faute devient plus grave. En outre, si l’animal est petit, et si la peine pour le tuer est grande et l’intention de le tuer bien ferme et arrêtée, la faute est grande. Celui qui tue tombera après sa mort dans l’enfer sanxiph, où il sera tourmenté pendant cinq mille ans. Mais lorsqu’il sera sorti de l’enfer et qu’il aura repris naissance parmi les hommes, il naîtra difforme et privé de quelque membre ; sa vie sera courte il y aura quelqu’un qui le tuera de la même manière qu’il aura tué lui-même l’animal, pendant cinq cents générations, par l’effet du péché que l’on commet en tuant les animaux. Celui qui connaît cela, qu’il s’abstienne de ce grand péché.




SPÉCIMEN DE POÉSIE.


I. TIRÉ DU LIVRE APPELÉ Phra : paramat.


Les tourments chez les hommes sont cent mille, fois au dessous des tourments des enfers. Le damné est tourmenté cruellement par le roi des enfers.

Son péché fait qu’il est enfermé dans une prison, retenu par un cangue et des fers, à cause du péché qu’il a commis lorsqu’il a jeté sans pitié les autres dans les fers.

On le couche sur du fer rouge, on le perce, son sang coule, il meurt et renaît sept fois dans un jour.

Avide de présents, il n’a pas craint le mensonge sa langue sera arrachée parce qu’il a jugé injustement.

Quand il était juge, il faisait des menaces pour extorquer de l’argent et, après l’avoir reçu, il a donné gain de cause au coupable, faisant passer le faux pour le vrai.

Certainement quand il mourra, il n’évitera pas la vengeance ; il n’a pas parlé selon la vérité, c’est pourquoi il tombera en enfer pour longtemps.

Il n’a pas vu son crime, il a méprisé les règles des ancêtres ; c’est pourquoi des chiens de la taille d’un éléphant, des vautours et des corbeaux dévoreront ses chairs.


II. TIRÉ DU LIVRE APPELÉ Phra : paramat.


Que pourrons-nous comparer aux mérites de la mère ? Que pourrons-nouspeser dans le plateau de la balance pour connaître entièrement les mérites de la mère qui sont sur nos têtes ?

Le globe même de la terre ne peut porter les mérites de la mère. Ces mérites brillent-ils comme le ver luisant ? point du tout, mais comme le soleil lui-même, n’en doutez pas.

Le firmament lui-même et l’air, si vous les pesez avec les mérites de la mère, ces mérites seront plus lourds, et le firmament paraîtra plus léger.

Si vous pesez d’un côté toutes les eaux, les eaux n’atteindront pas la moitié du poids des mérites de la mère ; ces mérites sont cent mille fois plus lourds.

Si vous prenez le mont Meru dont la hauteur égale les astres, qui est grand, immense, si vous le pesez, vous le trouverez beaucoup plus léger que les mérites de la mère.

Si vous pesez ensemble le firmament, le globe de la terre et le mont Meru, ils seront encore plus légers que les mérites de la mère.


LE PATER AVEC TRADUCTION INTERLINÉAIRE.


Khà te phra : phuthi bida häng khà phra :
Ô grand auguste Père, de nous tous vos

chao thang lái, thàn ju saván; Khó prôt
viteurs, Seigneur qui êtes au ciel, accordez que

hài phra: nam rùng rùang pai; Mûang
votre grand nom soit glorifié, le royaume que notre

phra : phuthi bida khròb khrong nan, khó
grand auguste père gouverne, nous demandons qu’il

hài ma thûng; hài sámret lëo tam phra:
arrive ; que tout se fasse selon votre divin cœur sur

hûrrûthai na: phën din samô na: saván
la terre comme au ciel ; les aliments pour nous

ahán lieng khà phra: chào thuk van,
nourrir chaque jour, nous en demandons l’aumône

khó prathan na: kala van ni; khó
aujourd’hui ; nous demandons de votre grande mi-

phra : mahá karuna prôt jok ni khà phra:
séricorde de remettre les dettes de vos serviteurs

chào mûén khà phra; chào prôt kë
comme vos serviteurs les remettent à autrui ; nous

kháo; khó phra: ong ja la: vang khà
vous demandons, ô Seigneur ! de ne pas aban-

phra: chào nai prachon lò luang prakan
donner vos serviteurs dans les tentations et trom-


dai : Të và hài khà phra: chào thanglái
peries quelconques ; mais que tous vos serviteurs

ṕhon chak annarai. Amen
échappent aux malheurs. Amen.