Rue des Couteliers

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Rue des Couteliers
(oc) Carrièra dels Cotelièrs
Situation
Coordonnées 43° 35′ 56″ nord, 1° 26′ 30″ est
Pays  France
Ville Toulouse
Quartier(s) Carmes
Tenant n° 5 rue du Pont-de-Tounis et n° 1 rue Henri-de-Gorsse
Aboutissant n° 14 place du Pont-Neuf, n° 28 Descente de la Halle-aux-Poissons et n° 2 rue de Metz
Morphologie
Type Rue
Longueur 231 m
Largeur entre 7 et 10 m
Histoire
Anciens noms Rue des Couteliers (début du XIIIe siècle)
Protection Logo des sites naturels français Site inscrit (1944, quartier parlementaire de la Dalbade)

Géolocalisation sur la carte : Toulouse

Rue des Couteliers (oc) Carrièra dels Cotelièrs

La rue des Couteliers (en occitan ː carrièra dels Cotelièrs) est une rue du centre historique de Toulouse, en France.

Toponymie[modifier | modifier le code]

La rue des Couteliers a toujours porté ce nom ː les plus anciennes mentions remontent au premier quart du XIIIe siècle. Ce nom lui vient des nombreux artisans occupés à la fabrication d'instruments tranchants (couteaux, ciseaux, rasoirs...) ou d'armes blanches qui étaient établis dans cette rue au Moyen Âge. On trouvait des couteliers proprement dit (fabricants de couteaux), mais aussi des espasiers (fabricants d'épées), des taillandiers (fabricants d'objets tranchants), des éperonniers (fabricants d'éperons, mors et étriers) et des rasoriers (fabricants de rasoirs). À la Révolution française, en 1794, la rue des Couteliers fut rebaptisée rue Lepeletier, en hommage à Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau[1], député de l'Yonne à la Convention, proche des Montagnards, qui vota la mort de Louis XVI et mourut le 21 janvier 1793, assassiné par un monarchiste. Il fut considéré comme le « premier martyr de la Révolution » et inhumé au Panthéon.

Description[modifier | modifier le code]

La rue des Couteliers est une voie publique longue de 231 mètres, située dans le centre-ville de Toulouse. Cette rue à la largeur variable, entre 7 et 10 mètres, naît au carrefour de la rue de la Dalbade, qu'elle prolonge, et perpendiculairement à la rue du Pont-de-Tounis et à la rue Henri-de-Gorsse. Elle donne naissance à la rue de la Madeleine, à sa droite, puis reçoit à sa gauche la Descente de la Halle-aux-Poissons avant de se terminer sur la place du Pont-Neuf, à la naissance de la rue de Metz. Elle est prolongée au nord par la rue Peyrolières, puis par la rue Gambetta qui rejoint la place du Capitole.

Voies rencontrées[modifier | modifier le code]

La rue des Couteliers rencontre les voies suivantes, dans l'ordre des numéros croissants (« g » indique que la rue se situe à gauche, « d » à droite) :

  1. Rue du Pont-de-Tounis (g)
  2. Rue Henri-de-Gorsse (d)
  3. Rue de la Madeleine (d)
  4. Descente de la Halle-aux-Poissons (g)
  5. Place du Pont-Neuf
  6. Rue de Metz (d)

Histoire[modifier | modifier le code]

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Au Moyen Âge, la rue des Couteliers appartient, pour la partie sud et jusqu'à la rue de la Madeleine, au capitoulat de la Dalbade, et pour la partie nord, au capitoulat du Pont-Vieux[1]. Elle se situe sur un des principaux axes nord-sud de la cité médiévale, entre la porte du Château narbonnais et la Porterie. De plus, sa proximité avec les berges de la Garonne et de la Garonnette et les ports qui s'y sont établis renforce son attractivité et le développement des activités. Elle porte déjà, au début du XIIIe siècle, le nom des couteliers, artisans occupés à la fabrication d'instruments tranchants (couteaux, ciseaux, rasoirs...) et d'armes blanches. Ils se procurent le fer des mines de la région, en particulier du Couserans et du Vicdessos[2]. Leur puissante corporation est propriétaire, dans l'église de la Dalbade mais sans que le conseil de fabrique puisse s'ingérer, de sa propre chapelle placée sous l'invocation de Saint-Éloi[1].

À cause de la proximité du Pont vieux, qui permet de franchir la Garonne, on trouve également un hôpital, ouvert aux pauvres et aux voyageurs, connu comme l'hôpital du Saint-Esprit de la Cité (actuel no 49). Il est confié, dès le XIIIe siècle au moins, au couvent des religieuses de la Madeleine de l'ordre de Saint-Augustin. Leur église est alors connue comme l'église Sainte-Madeleine[3].

Au cours du XVe siècle, plusieurs familles de la noblesse toulousaine construisent leurs maisons et hôtels dans la rue. Les frères marchands Reste, Simon, capitoul en 1453, et Jean, capitoul en 1471, 1488 et 1503, ont leur hôtel et leur boutique (actuel no 26)[4]. Paul de Baxis, juge de Rieux et capitoul en 1460, construit un hôtel avec une tour la même année (actuel no 13)[5]. Les Raspaud, marchands ferratiers et seigneurs de Colomiers, possèdent également entre la rue des Couteliers (actuels no 22 et 24) et la rue de la Madeleine (actuel no 4) une maison couronnée d'une tour, connue comme la « tour de dame Raspaude »[6].

Une hôtellerie à l'enseigne de la Madeleine s'installe au début du XVe siècle à l'angle de la rue des Couteliers (actuel no 30) et de la rue de la Madeleine (actuel no 2).

Période moderne[modifier | modifier le code]

Les maisons de la rue sont toutefois durement touchées par l'incendie du 27 février 1442, puis par celui du 7 mai 1463 ː des bâtiments antérieurs, seuls subsistent ceux qui sont construits en brique, généralement les habitations des personnages les plus éminents de la rue ː la tour de dame Raspaude, l'hôtel du capitoul Paul de Baxis et la maison des capitouls Simon et Jean Reste. Progressivement, de nouvelles maisons sont construites, parfois encore en corondages, comme celle du maître chandelier Pierre Dupuy qui date de 1550 (actuel no 2)[7]. Au cours du XVIe siècle, le nombre des couteliers, cependant, commence à reculer, tandis que les hommes de loi et les parlementaires se font plus nombreux. En 1525, Guillaume de Tornié, président au Parlement, ordonne la construction d'un bel hôtel qui a son entrée principale rue de la Madeleine (actuel no 3), mais qui a une issue rue des Couteliers (actuel no 44). En 1570, le conseiller au Parlement Pierre Robin bâtit sa maison à l'emplacement de l'hôtellerie de la Madeleine (actuel no 30)[6]. En 1571, c'est le capitoul Jean d'Alliès fait construire son hôtel (actuel no 6)[8].

C'est également à cette époque que les boucheries de la ville, appelées boucheries du Pont-Vieux, sont établies dans cette rue (actuel no 52)[9]. Afin de dégager la rue de la Halle (actuelle Descente de la Halle-aux-Poissons), la municipalité rachète à Jean de Cavaigne, conseiller au Parlement qui avait été capitoul en 1540-1541[10], une partie de la maison à l'angle des deux rues (actuel n° 55) et en réaligne la façade[8].

En 1516, le couvent des religieuses augustines connaît une évolution notable. À la suite de la prédication d'un prêtre cordelier, Mathieu Menou, un certain nombre de prostituées de la Grande abbaye, une maison close instituée par les capitouls dans le quartier des Croses (aujourd'hui boulevard Lascrosses), rejoint la communauté religieuse. Le couvent dès lors connu comme celui des Repenties de la Madeleine, sur le modèle des Augustines de l'ordre de la pénitence de la Madeleine ou « Maglorines » de Paris. Huit religieuses de ce couvent parisien sont d'ailleurs appelées pour réformer le couvent toulousain. Au cours du XVIIe siècle, leur richesse s'accroît et les bâtiments sont agrandis (actuels n° 45 à 49)[11].

Époque contemporaine[modifier | modifier le code]

La Révolution française amène des changements. Les congrégations religieuses sont dispersées et le couvent des Repenties de la Madeleine est fermé, les bâtiments vendus comme biens nationaux[11].

En 1794, la rue est rebaptisée quelque temps rue Lepeletier[1], en l'honneur du révolutionnaire Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau. Pendant la Terreur, entre 1793 et 1794, plusieurs parlementaires toulousains sont inquiétés. En 1794, Clément-Jean-Auguste de Rey de Saint-Jory, conseiller au Parlement et résident de la rue des Couteliers (actuel no 22), est, comme son frère Jean-Augustin de Rey de Saint-Géry, qui habite l'hôtel Barravy, rue de la Madeleine (actuel no 4), arrêté et emprisonné dans la prison de la Visitation, puis emmené à Paris où il est jugé, condamné et guillotiné, place de la Révolution, le 7 juillet 1794[12].

L'hygiène connait aussi des évolutions et des établissements de bains publics, appelées alors « bains de santé » apparaissent. Il s'en implante plusieurs dans la rue des Couteliers, à cause de la proximité de la Garonnette, mais à la suite de l'ouverture de bains publics mixtes (anciens no 11 et 21), la rue devient un des hauts lieux de la prostitution toulousaine[13].

Lieux et bâtiments remarquables[modifier | modifier le code]

  • no  1 : ancienne école élémentaire de filles Fabre (1932, Jean Montariol).
    L'école élémentaire Fabre, devenue école de fille, établie rue du Pont-de-Tounis en 1897, est devenue trop étroite. Elle est agrandie en 1932 par l'achat d'immeubles contigus à l'école dans la rue des Couteliers (anciens no 1 à 11) qui sont démolis et remplacés par la construction d'un nouveau bâtiment par l'architecte de la Ville Jean Montariol. L'école devient par la suite une annexe du collège Clémence-Isaure. Des travaux sont réalisés entre 2007 et 2010 pour restructurer ces bâtiments qui sont attribués à Convergence occitane et à la Maison de l'Occitanie qui y ouvre un Conservatoire occitan, l'école Calandreta Sent Çubran et une salle polyvalente[14].
  • no  2 : maison du maître chandelier Pierre Dupuy (milieu du XVIe siècle).
    Cette maison en corondages, construite pour le maître chandelier Pierre Dupuy, conserve des boiseries sculptées (faunes, boucs, chevalier casqué). Elle a été rénovée en 1981.
  • no  6-8 : hôtel d'Alliès (1666-1669 et 1760).  Inscrit MH (1993, façade sur rue et toiture attenante)[15].
    Un premier hôtel particulier est édifié pour le capitoul Jean d'Alliès en 1571. En 1666, Marguerite de Cassaignau, veuve du conseiller au parlement Guillaume d'Alliès, commande la construction d'un nouvel hôtel, témoin bien conservé de l'architecture bourgeoise du XVIIe siècle. Il est constitué de trois corps de bâtiment bordant une cour centrale. L'élévation sur rue présente une ordonnance classique. Le rez-de-chaussée s'ouvrait sur la rue par de grandes arcades plein-cintre intégrant un entresol. Le grand portail en plein-cintre est orné d'une tête sculptée et de consoles sculptées feuillagées. La cour est bordée au nord et à l'est par deux corps de bâtiments percés de baies rectangulaires à petites crossettes et corniche.
    En 1760, la partie sud de la cour est fermée par un bâtiment à un étage surmonté d'un toit terrasse et l'aile nord est surélevée[16].

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  • no  26 : hôtel de Reste (milieu du XVe siècle et XVIe siècle).
    Un hôtel est bâti par deux frères marchands arrivés tous deux au capitoulat, Simon et Jean Reste, au milieu du XVe siècle). C'est de cette époque que datent le bâtiment en fond de cour et les fenêtres gothiques à accolade. Le bâtiment sur rue, en corondages, est plus récent, construit probablement au cours du XVIe siècle[17].
  • no  37 : immeuble Sicre (1934).
    Cet immeuble est une réalisation des deux frères architectes Jean-Louis et Joseph Gilet. Ils font bâtir en 1934 pour Sicre Aîné, fabricant de chaises et vannier toulousain, cet édifice simple, avec un oriel, dans le style Art déco[18].
  • no  46 : hôtel Dassier (début et fin du XVIIIe siècle et milieu du XIXe siècle). Logo monument historique Classé MH (1927, rampe d'escalier en fer forgé)[19].
    Un premier hôtel est construit au début du XVIIIe siècle et achevé à la fin de siècle pour la famille Tournier de Vaillac. Les aménagements de cette période ne sont pratiquement plus visibles aujourd'hui ː les seuls témoins en sont les fenêtres à crossettes larges et hautes et la grande corniche des élévations latérales sur la cour et, surtout, l'escalier d'honneur du ferronnier Joseph Bosc. L'édifice est réaménagé par Pierre-Marie Dassier à partir de 1830 dans le goût de l'époque ː la façade néoclassique avec ses fenêtres encadrées de pilastres, ses terres cuites et les ferronneries des balcons, les menuiseries et le décor intérieur en sont caractéristiques[20].

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  • no  47 et 49 : emplacement de l'ancien couvent des Repenties de la Madeleine.
    Un hôpital du Saint-Esprit de la Cité, confié, dès le XIIIe siècle à des religieuses de l'ordre de Saint-Augustin se trouvait à l'emplacement du no 49. En 1516, les religieuses augustines se rattache aux Augustines de l'ordre de la pénitence de la Madeleine de Paris. Au XVIIIe siècle, leur richesse s'accroît et c'est au cours de ce siècle que les immeubles actuels sont reconstruits ː le badigeon blanc du no 49 daterait peut-être de cette époque. La façade du no 47 a cependant été reprise au XIXe siècle[21],[22].
  • no  55 : immeuble (XVIIe siècle).
    Cet édifice original, construit au XVIIe siècle à l'angle de l'îlot, présente une élévation originale. Il possède deux entrées, une porte piétonne sur la rue des Couteliers et une autre sur la descente de la Halle-aux-Poissons. Une niche d'angle en brique est aujourd'hui vide. Le bâtiment est couronné d'une corniche à modillons[23].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d Jules Chalande, 1915, p. 139.
  2. Catherine Verna, 2001, p. 110.
  3. Jules Chalande, 1915, p. 146.
  4. Jules Chalande, 1915, p. 144.
  5. Jules Chalande, 1915, p. 141.
  6. a et b Jules Chalande, 1915, p. 136.
  7. Jules Chalande, 1915, p. 140.
  8. a et b Jules Chalande, 1915, p. 143.
  9. Jules Chalande, 1915, p. 140 et 146.
  10. Son fils, Guillaume de Cavaigne, fut pendu à Paris comme huguenot en 1572, à la suite de la Saint-Barthélémy.
  11. a et b Jules Chalande, 1915, p. 147.
  12. Jules Chalande, 1915, p. 137 et 144.
  13. Jules Chalande, 1915, p. 140-141.
  14. Louise-Emmanuelle Friquart et Laure Krispin, « Fiche d'information détaillée Patrimoine Architectural: IA31131681 », Inventaire général Région Midi-Pyrénées, Ville de Toulouse, sur le site Urban-Hist, Archives municipales de Toulouse, consulté le 2 mars 2016.
  15. Notice no PA00125577, base Mérimée, ministère français de la Culture
  16. Nathalie Prat et Karyn Zimmermann, « Fiche d'information détaillée Patrimoine Architectural: IA31116348 », Inventaire général Région Midi-Pyrénées, Ville de Toulouse, sur le site Urban-Hist, Archives municipales de Toulouse, consulté le 2 mars 2016.
  17. Dany Rullier, « Fiche d'information détaillée Patrimoine Architectural: IA31130556 », Inventaire général Région Midi-Pyrénées, Ville de Toulouse, sur le site Urban-Hist, Archives municipales de Toulouse, consulté le 2 mars 2016.
  18. Louise-Emmanuelle Friquart et Laure Krispin, « Fiche d'information détaillée Patrimoine Architectural: IA31131354 », Inventaire général Région Midi-Pyrénées, Ville de Toulouse, sur le site Urban-Hist, Archives municipales de Toulouse, consulté le 2 mars 2016.
  19. Notice no PA00094544, base Mérimée, ministère français de la Culture
  20. Louise-Emmanuelle Friquart, Laure Krispin, Nathalie Prat et Karyn Zimmermann, « Fiche d'information détaillée Patrimoine Architectural: IA31116363 », Inventaire général Région Midi-Pyrénées, Ville de Toulouse, sur le site Urban-Hist, Archives municipales de Toulouse, consulté le 3 mars 2016.
  21. Louise-Emmanuelle Friquart et Laure Krispin, « Fiche d'information détaillée Patrimoine Architectural: IA31131348 », Inventaire général Région Midi-Pyrénées, Ville de Toulouse, sur le site Urban-Hist, Archives municipales de Toulouse, consulté le 3 mars 2016.
  22. Louise-Emmanuelle Friquart et Laure Krispin, « Fiche d'information détaillée Patrimoine Architectural: IA31131349 », Inventaire général Région Midi-Pyrénées, Ville de Toulouse, sur le site Urban-Hist, Archives municipales de Toulouse, consulté le 3 mars 2016.
  23. Louise-Emmanuelle Friquart, Laure Krispin, Nathalie Prat et Karyn Zimmermann, « Fiche d'information détaillée Patrimoine Architectural: IA31131345 », Inventaire général Région Midi-Pyrénées, Ville de Toulouse, sur le site Urban-Hist, Archives municipales de Toulouse, consulté le 3 mars 2016.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jules Chalande, « Histoire des rues de Toulouse », Mémoires de l'Académie des Sciences et Belles-Lettres de Toulouse, 11e série, tome III, Toulouse, 1915, p. 139-147.
  • Pierre Salies, Dictionnaire des rues de Toulouse, 2 vol., éd. Milan, Toulouse, 1989 (ISBN 978-2867263545)
  • Catherine Verna, Le temps des moulines. Fer, technique et société dans les Pyrénées centrales (XIIIe-XVIe siècles), Publications de la Sorbonne, Paris, 2001 (ISBN 2-85944-443-2)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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