Prestidigitation

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Jérôme Bosch (ou suiveur) : L'Escamoteur, 1475-1480, huile sur bois, Saint-Germain-en-Laye, musée municipal.

Le mot prestidigitation (de presto digiti qui signifie agilité des doigts) a été créé par Jules de Rovère[1], qui ne voulait pas indiquer sur son affiche le mot d'escamoteur ou de physicien. Il est utilisé pour désigner l'art du spectacle réalisant des tours consistant à créer des illusions.

Sommaire

Le mot

Le Bateleur, du jeu de Jean Dodal (début XVIIIe siècle)

Avant d'être appelée prestidigitation, cette discipline était appelée tantôt « physique amusante », tantôt escamotage. Le mot « prestigiateur » (il est issu du latin et survit en italien dans le « prestigiatore »), qui a existé en français jusqu'à la fin du siècle des Lumières, a été supplanté par le pompeux barbarisme de « prestidigitateur » qui - outre l'alourdissement syntaxique - a fait perdre à la discipline sa référence au « prestige » antique pour ne laisser qu'une référence appauvrie à l'agilité des doigts. Praestigiator, au XII° s., chez Jean de Salisbury, désignait un prestidigitateur, un faiseur de tours, et il ajoute que l'on soupçonnait le diable d'être l'auxiliaire de ces baladins : de là, plus tard, le glissement de prestidigitateur à magicien[2]. Mais, en 1583, le concile provincial de Tours l'utilise comme synonyme de magus (magicien).

Le nom d'escamotage pourrait venir de l'arabe escamote qui désigne une petite balle de liège à laquelle on a donné plus tard le nom de muscade, à cause de sa ressemblance avec ce fruit. Dans le principe, l'escamotage s'appliquait uniquement aux gobelets[3].

Aujourd'hui le mot prestidigitation ne peut définir à lui seul l'art de la magie puisque cet art ne consiste pas seulement en la vitesse des doigts. La réussite dans cet art se fait grâce à un ensemble de critères tels que la manipulation, les accessoires, le timing : respect des temps forts et des temps faibles, le boniment ou la musique, les fioritures, l'attitude (la personnalité et l'originalité), le regard, le don de comédien ...

Historique

Les pratiques magiques remonteraient à la préhistoire. Bien que les spécialistes ne soient pas tous d'accord sur leur signification[4], les gravures rupestres de sorciers et d'animaux mythiques semblent bien en attester. L'Ancien Testament décrit le « combat » que livrèrent Moïse et Aaron contre les magiciens de Pharaon. « Moîse jeta devant Pharaon son bâton qui se transforma en serpent. Pharaon à son tour, convoqua les sages et les enchanteurs. Et les magiciens d'Égypte, eux-aussi, accomplirent par leurs sortilèges le même prodige. Ils jetèrent chacun son bâton qui se changea en serpent, mais le bâton d'Aaron engloutit ceux des magiciens »[5].

Les premiers objets magiques retrouvés intacts sont des vases grecs truqués datant du VIe  siècle av. J.‑C. [6]. L'un d'eux, conservé et exposé au musée du Louvre, comporte un siphon permettant de le vider et de le remplir à plusieurs reprises. Un autre vase conservé au musée Allard Piierson D’Amsterdam daté du IVe siècle av. J.‑C. permettait de verser à volonté deux liquides différents. Les écrits grecs et romains relatent leur intérêt pour les « faiseurs de prestiges ».

De la plus haute Antiquité à nos jours l’art de manipuler les objets, comme l’utilisation des marionnettes, et de prétendre que cette manipulation est le fruit d’un phénomène surnaturel, existe. On en trouve un témoignage remarquable, en ce qui concerne le deuxième siècle de notre ère, chez Lucien de Samosate, qui, dans son Alexandron è pseudomantis[7], décrit et explique les pratiques et les tours de passe-passe d'Alexandre d'Abonotique.

Manipulation et prestidigitation

Un mentaliste dans un numéro de lecture des pensées, 1900

Avant d’être un divertissement, la prestidigitation a servi à matérialiser le divin et s’est assimilée à la magie noire, tandis qu’elle s’est peu à peu affirmée magie blanche pour s’éloigner des bûchers. Sa pratique a longtemps profité aux sorciers mais les a aussi souvent conduits à être poursuivis par l’Inquisition. C’est d’ailleurs dans le but de démystifier les procédés employés par les escamoteurs et autres faiseurs de tours en vue de leur éviter le bûcher, que Reginald Scot (1538-1599) publia en 1584 A Discoverie of Witchcraft[8].

Aujourd’hui encore, elle est parfois utilisée à des desseins peu avouables, pour tromper le quidam à un jeu d’argent, pour fanatiser des membres de sectes ou pour établir son ascendant sur une personne et en tirer profit.

La représentation de la première carte du jeu de tarot de Marseille est le bateleur, qui est la représentation du magicien, ancêtre de l’escamoteur devenu le prestidigitateur.

Elle est pratiquée le plus souvent par des artistes dans le cadre du monde du spectacle. Le magicien s’est entraîné pour créer les illusions qui leurrent nos sens : il fait apparaître et disparaître diverses choses, il défie la gravité, transforme la matière, lit dans les pensées, voit dans l’avenir. Avec ses astuces et son habileté, son adresse et son boniment, une mise en scène théâtrale, un éclairage subtil ou un fond musical, le magicien crée un contexte grâce auquel son trucage - au demeurant parfois fort simple mais astucieux - devient stupéfiant au point de créer l’illusion qu’un mystère vient de se produire sous nos yeux.

La prestidigitation semble avoir eu ses maîtres en Italie. C’est en tout cas de là que Jean-Eugène Robert-Houdin écrit avoir identifié l’origine, avec la venue d’Italie à Paris de faiseurs qui appelaient leurs tours des jeux. Il cite les pionniers restés en mémoire : Jonas, Androletti, Antonio Carlotti, puis l’un des fondateurs, Giuseppe Pinetti auquel son maître, le comte Edmond de Grisy, dit Torrini, devait tout, même s’il s’en vengea[9].

Les branches de la prestidigitation

À son époque, Jean-Eugène Robert-Houdin a effectué un recensement des branches de sa discipline à laquelle il prédisait un bon avenir[10] :

De nos jours, la magie, en tant qu’art du spectacle, revêt plusieurs formes en fonction du lieu où elle est pratiquée et du type d’illusion déployée :

Si les Théâtres magiques du XIXe siècle ont disparu, les spectacles de magie sont aujourd’hui présents à la télévision. En France : Le plus grand cabaret du monde, Les Mandrakes d'or. Ils ont trouvé un terrain propice dans les salles de spectacles des casinos de Las Vegas, devenue « la capitale mondiale de la Magie ». La magie se trouve aussi présente dans le renouveau des spectacles de cirque.


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Les assistants et le discours

Un baron est une personne faisant prétendument partie du public, mais en fait complice de l'illusionniste, dont ce dernier peut avoir besoin pour certains tours.

Le boniment est un discours qui accompagne l'exécution du tour.

Dans son livre Comment on devient sorcier, Jean-Eugène Robert-Houdin précise le mot boniment qu'il considère comme un terme technique de son art : Ce mot, tiré du vocabulaire des anciens escamoteurs, n'a pas d'équivalent dans la langue française. Comment, en effet, exprimer ce qu'on dit en exécutant un tour ? Ce n'est pas un discours, encore moins un sermon, une narration, une description. Le boniment est tout simplement la fable destinée à donner à chaque tour d'escamotage l'apparence de la vérité.[11]

Le débinage est l'action de révéler (ou de faire semblant de révéler) à un non-magicien le secret d'un tour.

Le débinage peut être volontaire en violation de la règle déontologique en usage dans ce domaine ou involontaire par maladresse en ratant l'exécution du tour.

Article détaillé : Débinage.

Techniques de prestidigitation

Quelques termes spécifiques à l’art magique et à la prestidigitation sont définis ci-dessous :

La charge désigne l'action de s'emparer à l'insu des spectateurs d'un objet dissimulé dans le revers d'un veston ou dans une poche secrète, par exemple. Grâce à une passe, cet objet va ensuite apparaître ou remplacer un autre objet dans un échange. La magie des colombes, des pièces, des boules, des cartes, des foulards font appel à de nombreuses prises pour leur apparition.

Dans un tour de magie, le climax désigne le moment fort et particulièrement surprenant qui termine le tour. Parfois le tour est construit avec deux ou trois climax successifs de plus en plus forts. Les premiers pouvant laisser croire que le tour est terminé, concourent à faire baisser l'attention du spectateur.

Le comptage concerne les manières particulières de compter un petit paquet de cartes qui permettent divers masquages, par exemple de dissimuler une ou plusieurs cartes, ou d'en compter un nombre différent du nombre réel du paquet. Les comptages portent souvent le nom du magicien qui les a inventés ou fait connaître. Par exemple :

  • Le comptage Elmsley, dû à Alexander Elmsley (Britannique) ;
  • Le comptage Jordan, dû à Charles Jordan (Américain) ;
  • Le comptage Hamman, dû à Brother John Hamman (Américain).

D'autres comptages portent des noms plus imagés. Par exemple :

  • le comptage optique ou flustration count, dû à Brother John Hamman précité ;
  • le rumba count, dû à Jean Pierre Vallarino (Français).
  • le comptage intervisuel de Daniel Rhod (Français).
  • le comptage siva de Jack Avis (Anglais) qui combine le comptage Elmsley et le comptage Jordan

Le détournement d'attention consiste à dissimuler une action en simulant une autre action paraissant naturelle aux yeux des spectateurs. Il s'agit d'un des ressorts les plus puissants du prestidigitateur qui dirige ainsi l'attention des spectateurs là où « il n'y a rien d'anormal à voir » ce qui lui permet d'accomplir des actions en secret et à l'insu du spectateur (empalmage, prises, saut de coupe, débarras d'objet, etc.).

Par exemple, le magicien désignera un objet sur sa droite pour opérer une action sur sa gauche, égalisera un jeu de carte pour effectuer un empalmage ou redressera le col de son veston pour saisir un accessoire (avant une apparition, par exemple).

En résumé, il s'appuie sur les processus cognitifs du spectateur qui associe usuellement certains effets à certaines causes et les détournent à son avantage.

L'empalmage consiste à dissimuler un objet de petite taille (pièce, muscade, billet plié etc..) dans la paume de la main. Plusieurs techniques sont décrites :

Pour ne pas être visible, la main doit garder une décontraction aussi naturelle que possible, ce qui demande un certain entraînement.

Un fake est un objet qui a été maquillé ou peint pour ressembler à un autre objet. Contrairement au gimmick, le fake est visible du spectateur mais sa nature réelle lui reste inconnue. En magie de scène, la dissimulation de la nature réelle de l'objet est souvent obtenue par des illusions optiques.

Une fioriture est un mouvement esthétique qui n'est pas indispensable à l'exécution d'un tour, mais le rend plus plaisant pour le spectateur. Par exemple, faire tourner une carte sur un doigt au moment de révéler sa face. Indirectement, la fioriture permet au prestidigitateur de démontrer sa dextérité. Un excès de fioritures peut nuire à la qualité d'un tour en rendant l'effet magique moins percutant.

Une passe désigne, la méthode de manipulation employée pour réaliser un effet particulier : disparition, substitution, apparition, etc.

Une routine désigne un enchaînement d'effets magiques accompagnées ou non d'un boniment qui constitue ce que le profane appelle un tour de magie.

La tenue désigne une façon particulière de tenir un jeu de carte.

Par exemple (liste non exhaustive) :

  • tenue de la donne : le jeu est tenu sur la paume de la main gauche horizontalement, face en bas, le pouce étant sur le bord long gauche du paquet le majeur, l'annulaire et l'auriculaire étant sur le long bord droit. L'index est le long du petit bord avant.
  • tenue en biddle : le jeu est tenu en pince avec la main sur le dessus du paquet, le pouce étant sur le petit bord inférieur du paquet, le majeur, l'annulaire et l'auriculaire étant sur le petit bord opposé. L'index repose sur le tarot de la carte du dessus du paquet.
  • tenue en biseau : voisine de la tenue de la donne, mais le majeur, l'annulaire et l'auriculaire appuient sur le côté droit du paquet pour le mettre en biseau.
  • tenue verticale : analogue à la tenue de la donne, mais le poignet est légèrement tourné sur le côté pour que le jeu prenne une orientation verticale.

Matériel et accessoires

La règle du secret

Le secret et le respect des autres magiciens sont à la base de l’éthique des magiciens.

Les postulants à la Fédération française des artistes prestidigitateurs (FFAP anciennement AFAP) doivent prêter le serment solennel suivant :

« Je jure en tant que membre de la FFAP d’observer fidèlement les règles de cette Association et de me soumettre à toutes décisions prises par le Conseil de l’Ordre.

De ne divulguer aucun secret ni de les décrire dans des ouvrages ou des publications pouvant être lus par des profanes.

De ne rien dire ou décrire de ce que je verrai ou entendrai aux réunions de la FFAP à moins d’une autorisation expresse du Conseil de l’Ordre.

D’être loyal envers mes confrères et de pratiquer l’art de la Prestidigitation avec conscience et honneur. »

Festivals

Prestidigitation au cinéma

De nombreux films ont pour thème central la prestidigitation. Parmi les plus récents :

D'autres l'utilisent pour contribuer à créer une ambiance poétique :

La prestidigitation permet la réalisation d'effets spéciaux pour le cinéma, d'autre part, on emploie fréquemment des magiciens pour réaliser des trucages sur scène (comédie musicale, concert, pièce de théâtre...).

Prestidigitation et Magie Nouvelle

Depuis le début des années 2000, les prestidigitateurs qui constituent le noyau dure de la magie moderne telle que définie par Jean-Eugène Robert-Houdin doivent affronter la concurrence du courant Magie nouvelle qui s'attache à dépasser le cadre traditionnel de la magie qui limite la pratique magique au divertissement, considérant le tour de magie comme un simple "casse-tête". Pour les compagnies de Magie Nouvelle il s'agit au contraire de donner aux arts magiques une portée esthétique, poétique, voire politique, et ainsi d'en faire autre chose que de l'illusionnisme ou de la prestidigitation[18].

"Les gens ont tendance à réduire d'emblée la magie à l'illusionnisme et à la prestidigitation. Or, ce qui manquait jusque-là, c'est une démarche qui prenne la magie comme langage artistique à part entière." Raphaël Navarro, fondateur de Magie Nouvelle[18].

Notes et références

  1. Comment on devient sorcier, une vie d'artiste, L'art de gagner à tous les jeux, Magie de physique amusante, Le prieuré par Jean-Eugène Robert-Houdin, p. 146, 2006, éditions Omnibus [1]
  2. Jean de Salisbury, Polycraticus (1159), I, chap. 8 et 9 : Patrologie Latine, t. 199, col. 406-407.
  3. Ib. Jean-Eugène Robert-Houdin, p. 456 - 2006 - éditions Omnibus.
  4. Voir par exemple http://www.artcult.fr/_Artsprimitifs/Fiche/art-0-1235160.htm
  5. Ancien Testament - L'Exode, Les Plaies d’Égypte. Le bâton changé en serpent, Ps 78:105
  6. Satyre accroupi. Conservé au Louvre cote Comaste CA 454. Décrit par F. Guillemin in Imagik, 2002, N°35, page 19
  7. (Alexandre ou le faux prophète, Les Belles Lettres, 2002, classiques en poche n° 46, texte établi et traduit du grec ancien par Marcel Caster.) (ISBN 251799443)
  8. A Discovery of Witchcraft (1584) de Reginald Scott
  9. Ib. Jean-Eugène Robert-Houdin, p. 446 pour la liste et p. 97 pour la vengeance- 2006 - éditions Omnibus
  10. Ib. Jean-Eugène Robert-Houdin, p. 450 - 2006 - éditions Omnibus
  11. Comment on devient sorcier, par Jean-Eugène Robert-Houdin, p. 233, ed. omnibus
  12. Technique très ancienne déjà décrite dans Discovery of Winchcraft de Reginald Scot, 1584
  13. Technique décrite dans Nouvelle Magie Blanche Dévoilée de N. Ponsin, 1853
  14. Inventée par Thomas Nelson Down, manipulateur hors pair, 1867-1938
  15. Les références précédentes proviennent de Techno Pièces, David Rhod, Ed. Joker Deluxe
  16. Site web
  17. Magie et cinéma, plaquette de Florence Goyer et Pascal Friaut, édité par la FFAP, les Collectionneurs
  18. a et b http://www.lintermede.com/reportage-magie-nouvelle-compagnie-14-20-illusion-horscene.php, Reportage sur la Magie Nouvelle.

Bibliographie (en français)

Lien interne

Liens externes

Voir « prestidigitation » sur le Wiktionnaire.

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