Musique baroque française

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Le baroque, qui s'étend conventionnellement de 1600 à 1750 environ, correspond à une période de production musicale intense en France. La musique baroque française a participé au rayonnement culturel de la France, au même titre que d'autres disciplines artistiques (architecture, peinture, sculpture, littérature, théâtre...).

Largement oubliée après la Révolution, comme l'ensemble de la musique baroque, la musique baroque française a été progressivement redécouverte depuis la fin du XIXe siècle, et surtout après la Seconde Guerre mondiale.

L'apport du chef d'orchestre français Jean-François Paillard, fouillant toutes les bibliothèques nationales et européennes, retrouvant les différents traités existants, et mettant en pratique avec son orchestre le résultat de ses recherches, au cours des années 1950-1960, a été décisif. On lui doit la redécouverte d'une partie de ce répertoire. La firme de disques Erato qui assurait l'exclusivité de ses enregistrements a pu ainsi, dès avant 1960, mettre à disposition des mélomanes les compositions les plus importantes, tant instrumentales que vocales.

Plus tard, vers la fin des années 1970, et surtout à partir des années 1980, plusieurs ensembles spécialisés dans la musique dite « baroque » se sont attachés à en compléter l'approche, notamment Les Arts florissants, dirigé par le chef d'orchestre William Christie.

Contexte socio-historique[modifier | modifier le code]

Les genres de la musique baroque française[modifier | modifier le code]

L'air de cour[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Air de cour.

L'air de cour est apparu dans les dernières années du XVIe siècle, dans la continuation de la chanson française de la Renaissance. C'est un art plus raffiné dans l'inspiration et les sujets traités qui s'est développé sous l'influence des humanistes de la fin du XVIe siècle. De la chanson, il garde la simplicité de la carrure et de la mélodie. Il continue souvent à être écrit à quatre ou cinq voix.

La vogue du luth a profondément modifié la nature du chant français, en même temps qu'elle l'a fait pour le chant italien. De plus en plus, l'écriture polyphonique à quatre ou cinq voix est remplacée par une seule ligne mélodique accompagnée par le luth, puis par le clavecin. Cette transformation se fait différemment en France et en Italie. Alors que l'Italie découvre le style recitativo, récitation chantée liée au texte poétique, la France reste fidèle au style de la chanson avec sa carrure et sa mélodie indépendante de l'accent des mots.

Parmi les compositeurs d'airs de cour, on trouve Jean-Baptiste Besard, qui fait paraître un recueil de transcriptions pour chant et luth en 1603 ; Giulio Caccini, compositeur et chanteur florentin qui a séjourné à la cour de France en 1604 et a fait découvrir la récitation chantée et l'art de l'ornementation vocale ; Étienne Moulinié qui introduit les doubles ornementés en 1629 ; Pierre de Nyert qui, de retour d'Italie, opère la véritable synthèse du chant français et de la manière italienne ; puis Bertrand de Bacilly, Jean de Cambefort, Sébastien Le Camus, Jean-Baptiste Boësset, Robert Cambert, et surtout Michel Lambert, qui portent l'air de cour à sa perfection.

Au milieu du XVIIe siècle, l'art du chant à la française est parvenu à un très grand raffinement. Bertrand de Bacilly a laissé dans ses Remarques curieuses sur l'art de bien chanter le code de cet art subtil, précieux, et virtuose.

La suite[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Suite de danses.

La suite de danses, ou suite, est l'une des principales formes instrumentales qui apparurent au cours de la période baroque. On avait coutume dans les bals de faire alterner des danses de tempo différent. La suite se composait d'une série de danses respectant cette alternance et composées, en général, dans le même ton. Elles se présentaient sous forme binaire, c'est-à-dire en deux parties. La première était écrite dans un ton relatif, et la seconde dans le ton de référence. Chaque partie était reprise.

Une structure type de la suite fut progressivement mise en place : allemande, courante, sarabande et gigue. Toutefois, le nombre et le genre de danses variaient énormément d'une suite à l'autre.

Les compositeurs français ont composé des suites pour le clavecin (Jacques Champion de Chambonnières, Louis et François Couperin, Jean-Philippe Rameau), pour le luth (Denis Gaultier), pour la viole (Marin Marais).

La suite pour orgue n'a jamais été « normalisée », et pouvait comprendre plus d'une dizaine de pièces. Les compositeurs étaient Nicolas Lebègue, Guillaume-Gabriel Nivers, Lambert Chaumont, Gilles Jullien, Jacques Boyvin, Louis-Nicolas Clérambault, et Jean-François Dandrieu.

Le ballet de cour[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Ballet de cour.

Les compositeurs de ballets de cour sont Balthazar de Beaujoyeulx, avec le célèbre Ballet comique de la reine (1581), Pierre Guédron, Antoine Boësset, François de Chancy, Jean-Baptiste Lully. Isaac de Benserade a été un des principaux poètes de ballets de cour.

L'opéra[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Tragédie lyrique.

Les premiers compositeurs d'opéra en langue française ont été Robert Cambert, puis Jean-Baptiste Lully à partir de 1673.

Quatre compositeurs parmi les plus marquants[modifier | modifier le code]

Jean-Baptiste Lully (1632-1687)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Jean-Baptiste Lully.

Jean-Baptiste Lully (né Giovanni Battista Lulli) est un compositeur et violoniste d'origine italienne naturalisé français, surintendant de la musique de Louis XIV. Par ses dons de musicien et d'organisateur aussi bien que de courtisan, voire d'intrigant, Lully domina l'ensemble de la vie musicale en France à l'époque du Roi-Soleil. Il fut l'un des principaux promoteurs du développement de plusieurs formes de musique qu'il organisa ou conçut : la tragédie lyrique, le grand motet, l'ouverture à la française.

Marc-Antoine Charpentier (1643-1704)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Marc-Antoine Charpentier.

Compositeur qui a laissé un gigantesque corpus d'œuvres sacrées et profanes. Il a abordé tous les genres, mème s'il s'avère être principalement un compositeur de musique vocale.

François Couperin (1668-1733)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : François Couperin.

C'était un compositeur important de suites pour clavecin et organiste à la cour de Louis XIV et Louis XV à Versailles. En ce qui concerne ses compositions profanes, il est à cheval sur le baroque et sur la période désignée dans les arts plastiques sous le vocable « Rococo ». Sa musique pour clavecin est un des sommets de l'École française de clavecin. François Couperin y fait montre d'une richesse inventive sans cesse renouvelée. Il porte au plus haut point l'art de l'ornementation.

Jean-Philippe Rameau (1683-1764)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Jean-Philippe Rameau.

Contemporain de Johann Sebastian Bach, Jean-Philippe Rameau a joué un rôle essentiel dans l'histoire de la musique par les recherches qu'il mena sur l'harmonie et qu'il consigna dans des ouvrages théoriques qui sont des références incontournables pour l'époque. Il était considéré comme un philosophe, dans le sens qu'on donnait à ce vocable à l'époque des Lumières et de L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert.

Il a touché comme compositeur à plusieurs domaines : la musique religieuse, l'opéra, la musique instrumentale, les pièces pour clavecin. Son œuvre peut par certains aspects s'apparenter au style Rococo.

Autres compositeurs (par ordre chronologique d'année de naissance)[modifier | modifier le code]

Jehan Titelouze (1563-1633
Il était compositeur et organiste, et considéré comme le fondateur de l’école française d’orgue.
Jean-Baptiste Besard (1567-1625
Il était luthiste et compositeur. Il a laissé de nombreuses pièces pour luth (dont des suites), et des airs de cour.
Jacques Champion de Chambonnières (1601-1672
Il était organiste de la Chapelle royale et claveciniste à la cour de Louis XIII. Il fut un des fondateurs de l'école française de clavier. Il composa exclusivement pour clavecin seul.
Henry Du Mont (1610-1684
D'origine wallonne, il était organiste et compositeur de motets. Il mena sa carrière à Paris à la cour de Louis XIV. Il occupa successivement des postes importants : claveciniste de la reine (1660), sous-maître (1663) et compositeur (1672) de la Chapelle royale, maître de musique de la reine. Il servit également comme organiste à Saint-Paul, en composant de la musique vocale concertante. Les grands motets de Du Mont fixèrent les normes du genre, avec ceux de Pierre Robert et de Lully. On lui doit aussi des messes en plain-chant (les Messes royales, éd. 1669), qui furent chantées en France jusqu'au milieu du XXe siècle, et peuvent l'être encore parfois aujourd'hui.
Louis Couperin (1626-1661
Oncle de François Couperin le Grand, il était claveciniste, organiste, et joueur de viole très doué. Deux ans après être arrivé à Paris, il prit le poste d'organiste de Saint-Gervais, qui devait rester dans la famille tout au long des XVIIe et XVIIIe siècles. Il fit partie de la musique de la Chambre de la régence, comme violoniste. Il composa des fantaisies, des basses divisées, des versets en cantus firmus, des carillons pour orgue, deux pièces pour chœurs, et plusieurs œuvres pour cordes à cinq voix.
Marin Marais (1656-1728
Il est resté célèbre pour ses pièces de viole de gambe. Il a aussi composé des pièces en trio et des tragédies lyriques.
Michel-Richard de Lalande (1657-1726 
Il a composé, pour le roi Louis XIV, essentiellement de la musique religieuse (des motets inspirés de textes latins tirés des Psaumes) mais aussi des divertissements, des pastorales et des ballets. Il est le maître du grand motet français.
André Campra (1660-1744 
Il a participé au renouveau de l'opéra français. Après avoir été formé à la cathédrale Saint-Sauveur à Aix-en-Provence, il accède, en quelques années, au poste prestigieux de maître de musique de Notre-Dame de Paris. Il devient ensuite « batteur de mesure » à l'Académie royale de musique (l'Opéra de Paris). Il en deviendra l'inspecteur général. Il est l'auteur de nombreuses œuvres profanes notamment dans le domaine de l'opéra-ballet, dont il a été le vrai créateur ; en particulier, il a composé L'Europe galante]] (1697). Il composera un nombre également important de partitions religieuses. Certains de ses grands motets sont restés célèbres (en particulier son Requiem).
Henry Desmarest (1661-1741
Il était compositeur, essentiellement de musique de scène (tragédies lyriques, opéras-ballets, pastorales héroïques, cantates). Il gagna l'Espagne en 1699, et sa musique ne fut plus jouée à la cour jusqu'en 1722. Il fut nommé maître de la Chambre en 1701, et quitta Madrid en 1707 pour prendre un poste de surintendant de la musique auprès du duc de Lorraine à Lunéville. Après avoir échoué dans sa tentative de succéder à Lalande comme sous-maître de la Chapelle royale, il se résigna à demeurer en province.
André Cardinal Destouches (1672-1749
D'origine aristocratique, il servit d'abord dans les mousquetaires du roi, avant d'acquérir la célébrité comme compositeur. Il quitta l'armée en 1694, et étudia avec Campra. Il fut nommé inspecteur général de l'Académie royale de musique en 1713, et directeur de l'Académie en 1728. À partir de 1718, il fut très demandé à la cour. Il a composé des airs, des comédies-ballets (Le Carnaval et la folie, 1703), des tragédies (Callirhoé), et des motets.
Jean Gilles (1668)|1668-1705
Il est surtout célèbre pour son Requiem.
Nicolas de Grigny (1672-1703
Élève de Nicolas Lebègue, compositeur et organiste, il est titulaire des orgues de la basilique Saint-Denis et des orgues de Notre-Dame de Paris.
Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772
Compositeur et violoniste, il est célèbre pour ses grands motets, et a aussi composé de la musique de chambre, de la musique pour clavier, des opéras, des oratorios, des pastorales et des ballets.
Louis-François-Joseph Patouart (1719-1793)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Manfred F. Bukofzer, La musique baroque, Jean-Claude Lattès (Collection Musiques et Musiciens), Paris, 1982.
  • Jean et Brigitte Massin, Histoire de la musique occidentale, Fayard, 1985.
  • Marcelle Benoît (dir.), Dictionnaire de la musique en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, Fayard, 1992.
  • James Raymond Anthony, La musique en France à l'époque baroque, Flammarion, collection Harmoniques, 1992, (ISBN 2-08-064322-3)
  • Claude V. Palisca, La Musique Baroque, Actes Sud, 1994.
  • Philippe Beaussant, Vous avez dit baroque ?, Actes Sud (Collection Babel), 1994 (ISBN 2-7427-0123-0).
  • Julie Anne Sadie (direction), Guide de la musique baroque, Fayard, 1995 pour la traduction française.
  • Jean Duron (textes réunis par), Regards sur la musique au temps de Louis XIV, Centre de musique baroque de Versailles, Mardaga, 2007
  • Jean Duron (textes réunis par), Naissance du style français (1650 – 1673), Mardaga, coll. « Regards sur la musique », , 14.5 x 22 cm (ISBN 9782870099940, présentation en ligne)
  • Michel Bosc, Musique baroque française, splendeurs et résurrection, 2009.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

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