Masse monétaire

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Pour les articles homonymes, voir M3.

La masse monétaire est une mesure de la quantité de monnaie dans un pays ou une zone économique. Il s'agit de l’ensemble des valeurs susceptibles d'être converties en liquidités, ainsi que l’agrégat de la monnaie fiduciaire, des dépôts bancaires et des titres de créances négociables, tous susceptibles d'être immédiatement utilisables comme moyen de paiement.

Elle est suivie par les banques centrales et publiée, offrant aux acteurs économiques une précieuse indication sur la possible évolution des prix selon la théorie quantitative de la monnaie.

Composants de la masse monétaire[modifier | modifier le code]

Pendant une longue période, la monnaie était exprimée en fonction d'une certaine quantité de métaux précieux (or ou argent), selon le bimétallisme ou le monométallisme. En théorie, la masse monétaire était égale aux réserves métalliques dans les coffres des banques centrales. Ce système a définitivement disparu le quand les États-Unis ont abandonné la convertibilité-or de leur monnaie qui, depuis les accords de Bretton Woods, servait de référence mondiale et de devise de réserve pour les banques centrales.

Les composantes de la masse monétaire sont des agrégats. Les agrégats monétaires sont des indicateurs statistiques regroupant dans des ensembles homogènes les moyens de paiement détenus par les agents d'un territoire donné. Il y a plusieurs niveaux d'agrégats statistiques dans la masse monétaire, selon le degré de liquidité.

Masse monétaire euro €[modifier | modifier le code]

Voir la définition de la Banque centrale européenne des agrégats monétaires[1].

Évolution des différents composants M1, M2 et M3 de la masse monétaire en Mrd €.

Au 15 janvier 2013[2], les différents agrégats monétaires pour la zone euro étaient les suivants :

Base monétaire = 1630,9 Md € (1334 Md € fin mai 2013)
  • Dont billets = 903,5 Md €
  • Dont réserves = 489 Md € (dont réserves obligatoires = 106 Md €)
  • Dont facilités de dépôt = 238,4 Md €.
Masses monétaires

M1 = 5121 Md €

  • Dont billets = 903,5 Md €
  • Dont dépôts à vue = 4218 Md €

M2 = 9017 Md €

Soit le total M1 auquel s'ajoutent les :

  • dépôts à moins de 3 mois = 2089 Md €
  • dépôts à moins de 2 ans = 1807 Md €

M3 = 9785 Md €

Soit le total M2 auquel s'ajoutent les :

  • pensions = 132 Md €
  • OPCVM monétaires = 463 Md €
  • titres de créance à moins de 2 ans = 173 Md €

Masse monétaire dollar Américain $[modifier | modifier le code]

Évolution des différents composants de la masse monétaire aux États-Unis, entre 1959 et 2006

Analyse[modifier | modifier le code]

Les billets de banque et les pièces de monnaie ne constituent qu'une fraction de la monnaie en circulation, la monnaie scripturale en représentant maintenant plus de 90 %[réf. souhaitée]. Si la banque centrale produit la monnaie fiduciaire, les banques commerciales créent la monnaie scripturale en accordant des crédits sous l'égide des banques centrales. Ainsi, selon l'adage « les crédits font les dépôts », quand une personne obtient par exemple un crédit pour acheter une maison à une autre qui ne se sert pas immédiatement de l'argent et le dépose à sa banque. Mais plus qu'une simple relation de causalité, il décrit un système de rétroaction tournant à la vitesse de circulation de la monnaie et où « Les dépôts font les crédits » : par exemple, lorsque le dépôt précédent est prêté à une entreprise, et ainsi de suite. Ainsi, la masse monétaire varie en permanence, selon le processus de création monétaire.

La BCE publie régulièrement la valeur des agrégats monétaires de la zone euro[3]. À fin janvier 2011, les 330 millions de citoyens de la zone euro, utilisent une monnaie M3 de densité moyenne de 30 000  par citoyen. Ces chiffres sont à rapprocher du montant du PIB en Euroland (16 pays de la zone Euro) au , soit 9 534 milliards d'Euros[4].

Tout ce qui affecte la masse monétaire peut avoir un effet direct et massif sur l'activité « réelle ».

L’interprétation de ces agrégats est devenue complexe du fait des changements structurels[Lesquels ?] qui se sont produits récemment[Quand ?] et de l’introduction dans les produits relevant normalement de M3 de nouveaux instruments financiers complexes comme les CDO (Debt Obligations).

Le ratio M1/PIB est passé de 0,40 en 1950 à 0,25 en 1982. Depuis, il oscille autour de 0,25[5]. Cette baisse traduit une meilleure gestion des trésoreries par les entreprises et par les particuliers qui placent de mieux en mieux leur solde de compte créditeurs. En revanche, si on prend la valeur absolue de M1 et qu’on retranche l’inflation, on constate en général que M1 se contracte pendant les récessions et se dilate pendant les phases d’expansion, correspondant à une plus grande prise de risque et un accroissement de l’endettement par les agents économiques.

Le , le Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale des États-Unis a cessé de publier M3, considérant que cet indicateur « n’était pas utilisé »[6]. La BCE continue à le faire, même si Christian Noyer, l’actuel gouverneur de la Banque de France, a précisé que l’introduction de nouveaux produits en changeait l’interprétation[7],[8]. De même, le site shadowstats [9] continue à l'estimer.

L’examen rétrospectif de M3 montre le gonflement de la bulle immobilière et le début de son renversement, à fin 2007, qui allait précipiter le blocage puis la dégringolade des marchés financiers et des banques[réf. souhaitée].

Eurodollars, Euromonnaies[modifier | modifier le code]

Un cas particulier de ces quasi-monnaie est celui des Euromonnaies, et notamment des Eurodollars. Le principe est le même : un dépôt d'espèce dans une banque du pays d'origine sert de gage à une émission de titre qui circule à l'extérieur du pays. Cela permet de s'affranchir de la réglementation du pays d'origine. L'effet multiplicateur du crédit s'applique, ce qui permet la circulation d'une masse considérable de monnaie dérivée, pouvant servir à tous les usages ordinaires de la monnaie, notamment des levées de fond par émissions d'obligations.

Représentation graphique[modifier | modifier le code]

Impact des variations de la masse monétaire sur l'inflation[modifier | modifier le code]

La théorie monétariste[modifier | modifier le code]

Les monétaristes considèrent que le niveau de la masse monétaire est important parce qu'il a un impact direct sur l'inflation selon l'équation :

MV = PQ

où M représente la masse monétaire, V la « vélocité de la monnaie », le nombre de fois qu'une unité monétaire change de main chaque année, P le prix moyen des produits vendus chaque année et Q la quantité moyenne vendue chaque année.

En d'autres termes, si la masse monétaire augmente plus vite que la croissance du produit national brut, il est selon eux plus que probable que l'inflation va suivre.

Des corrélations incertaines[modifier | modifier le code]

De nombreuses études empiriques ont été effectuées pour vérifier le lien et la causalité de ce lien entre masse monétaire et niveau des prix[10]. « L'existence d'une relation à long terme entre la masse monétaire et le niveau des prix n'est guère contestée... [Le sens de la causalité] est toujours débattu... Aucun [des] tests ne permet de trancher sans ambiguïté ou a priori la question de la causalité entre monnaie et inflation »[10]. « Il est difficile d'établir une relation sur courte période qui soit forte et stable entre croissance monétaire et le taux d'inflation »[10]. Christian de Boissieu estime que « les liens entre la création monétaire et le niveau général des prix se sont considérablement distendus (depuis les années 1960) »[11]. Certains économistes nient tout lien à court ou à long terme[12]. « Au mieux, ce lien n'est valable qu'à très long terme et il est instable à court et moyen terme »[13]. L'inflation est multi-factorielle. La création monétaire peut en être là cause... Mais rien ne dit que cette monnaie nouvellement créée ira dans l'économie « réelle ». Elle peut aller sur les marchés financiers gonfler la spéculation et y faire monter les prix. Mais par inflation, on entend généralement hausse des prix de consommation : donc sont exclus les loyers immobiliers et du crédit, les biens immobiliers, les actions... Il faut aussi différencier par le type de création monétaire : activer la planche à billets c'est financer le déficit de l'État (et donc cela ira dans l'économie « réelle » ce qui est inflationniste), le quantitative easing (peut concerner une création monétaire par la banque centrale pour acheter des dettes d'État comme des dettes privées) peut être ou ne pas être inflationniste (pour les biens et services de consommation) selon que cette monnaie sera rédigée sur les marchés financiers ou dans l'octroi de nouveaux prêts...

Régulation du niveau de la masse monétaire[modifier | modifier le code]

La régulation par les banques centrales[modifier | modifier le code]

Les banques centrales peuvent faire par mesure réglementaire varier ces masses monétaires : en autorisant les banques à prêter une proportion plus ou moins grande des fonds qu'elles ont en dépôt, il est possible par exemple de faire varier la quantité de liquidités en circulation. Mais cet outil fait de moins en moins consensus. Les banques centrales ne contrôlent en effet pas directement la création monétaire, hormis lorsqu'elles rachètent des titres financiers lors de quantitative easing ou lorsqu'elles participent à la création monétaire (« planche à billets »). Un outil plus courant est de faire varier son taux directeur qui a une incidence sur le taux des prêts (et de l'épargne) bancaires. Cet outil de régulation permet de contrôler le montant de création monétaire car augmenter le taux directeur augmente le taux d'intérêt plancher des crédits ce qui réduit l'octroie de prêts et donc à une incidence sur le cours du crédit.

Les ambiguïtés des agrégats monétaires[modifier | modifier le code]

Le choix de la masse monétaire servant de référence à la gestion économique diverge selon les différentes écoles. Les monétaristes intégristes optent pour la monnaie centrale M0, les monétaristes orthodoxes pour M1 et les monétaristes conservateurs pour M3[14]. Dans le passé la France et l'Allemagne se basaient sur M3[15], le Royaume-Uni sur M0 et M4 et les États-Unis sur M2[16]. La Banque centrale européenne (BCE) a fait le choix de M3[17]. Respecter l'objectif de masse monétaire ne permettait généralement pas d'optimiser la marche de l'économie[15]. « La Bundesbank consacrait une large part de son activité de communication à expliquer pourquoi elle ne tenait pas compte... de M3 »[15]. « Les banques centrales renoncent de plus en plus à contrôler les agrégats monétaires »[17]. La difficulté à opter pour un agrégat monétaire tient au flou concernant la liquidité réelle de chacun de ces agrégats. La libéralisation financière provoque « des déplacements brutaux des agrégats monétaires [qui modifient] les élasticités de la demande de monnaie »[18]. « Les marchés d'actifs jouent, là comme ailleurs, un rôle majeur et perturbant dans cette relation »[19].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Définition des agrégats monétaires par la BCE http://www.ecb.int/stats/money/aggregates/aggr/html/hist.en.html
  2. Bulletin mensuel de la Banque de France de mars 2013 sur la page http://www.banque-france.fr/eurosysteme-et-international/la-bce/le-bulletin-mensuel-de-la-bce.html
  3. Agrégats monétaires de la zone euro, BCE
  4. Eurostat http://epp.eurostat.ec.europa.eu/portal/page?_pageid=1996,39140985&_dad=portal&_schema=PORTAL&screen=detailref&language=fr&product=REF_TB_national_accounts&root=REF_TB_national_accounts/t_na/t_nama/t_nama_gdp/tec00001
  5. André Chaineau, Mécanismes et politiques monétaires
  6. Communiqué, Réserve fédérale des États-Unis.
  7. Libération, janvier 2007
  8. Bulletin BNP Paribas du 10 mai 2007
  9. (en)« Inflation, Money Supply, GDP, Unemployment and the Dollar - Alternate Data Series », Shadowstats
  10. a b et c Cahiers économiques et monétaires, Banque de France, Direction Générale des Études, no 34, 1989, p. 15
  11. Alternatives économiques, septembre 2004, p. 18
  12. Gabriel Galand et Alain Grandjean, La monnaie dévoilée, L'Harmattan, 1996, p. 203 et 204
  13. Lettre de l'OFCE, 7 décembre 2006, p. 2
  14. Revue de l'OFCE, juillet 1999, p. 117 et 118
  15. a b et c Revue de l'OFCE, juillet 1999, p. 120
  16. Revue de l'OFCE, avril 1994, p. 20
  17. a et b Revue de l'OFCE, juillet 1999, p. 113
  18. Michel Aglietta, Macroéconomie financière, La Découverte, 1995, p. 105 et 106
  19. Revue de l'OFCE, HS, mars 2002, p. 201

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

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