Liaqat Ali Khan

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Liaqat Ali Khan
لیاقت علی خان

Liaqat Ali Khan
Fonctions
Premier ministre du Pakistan

(4 ans, 2 mois et 2 jours)
Souverain Élisabeth II
Gouverneur Muhammad Ali Jinnah
Sir Khawaja Nazimuddin
Prédécesseur Poste créé
Successeur Khawaja Nazimuddin
Ministre des Affaires étrangères du Pakistan

(2 ans, 4 mois et 13 jours)
Ministre de la Défense du Pakistan

(4 ans, 2 mois et 2 jours)
Ministre des Finances de l'Inde

(9 mois et 16 jours)
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Karnal, Pendjab
Inde britannique
Date de décès (à 56 ans)
Lieu de décès Rawalpindi
Pakistan
Nationalité pakistanaise
Parti politique Ligue musulmane

Premiers ministres du Pakistan

Nawabzada Liaquat Ali Khan ou plus simplement Liaqat Ali Khan est un homme d'État pakistanais, né le 1er octobre 1895 à Karnal dans le Raj britannique et assassiné le 16 octobre 1951 à Rawalpindi, au Pakistan. L'un des dirigeants prééminents de la Ligue musulmane, il se bat lors de la domination britannique sur l'Inde pour les droits des musulmans, puis pour la création d'une entité souveraine séparée pour les musulmans du sous-continent indien. Particulièrement proche du fondateur du Pakistan Muhammad Ali Jinnah, il devient le premier Premier ministre du Pakistan après la création du pays, en poste du 14 août 1947 au 16 octobre 1951. Il détient le record du mandat de Premier ministre le plus long de l'histoire du pays et est parfois considéré comme le successeur politique de Jinnah.

Issu d'une famille musulmane de riches propriétaires terriens et influente politiquement de Karnal, Liaquat Ali Khan vit sa jeunesse dans une Inde sous domination britannique. Il commence sa scolarité à domicile, puis dans les institutions publiques indiennes dans lesquelles il commence ensuite ses études. Il poursuit ces dernières à l'université d'Oxford d'où il sort diplômé en droit. Ayant commencé son militantisme dans des associations étudiantes de défense des droits des musulmans, il rejoint en Inde la Ligue musulmane dont il sera un membre prééminent occupant plusieurs postes à responsabilité. Il est élu plusieurs fois député provincial et national, et participe au gouvernement britannique de transition vers l'indépendance en tant que ministre des finances.

Liaquat Ali Khan est l'un des artisans de la création du Pakistan, dont il sera le premier chef du gouvernement. Durant ses quatre ans de fonction, il gère les troubles consécutifs à la partition des Indes ainsi que les mouvements massifs de population. Tentant d'étendre la souveraineté du Pakistan à tout le Cachemire, il affronte l'Inde lors de la première des trois guerres qui vont opposer les deux pays. Au niveau international, il tente un rapprochement avec les États-Unis tout en développant ses relations avec le bloc de l'Est et en rejoignant le mouvement des non-alignés. Sur le plan interne, il fait face aux oppositions socialiste et communiste et connait des tensions avec la hiérarchie militaire, préfigurant ainsi l'avenir politique du pays.

Famille et éducation[modifier | modifier le code]

Liaqat Ali Khan accompagné de sa femme Ra'ana et ses enfants.

Liaqat Ali Khan est issu d'une famille musulmane, originaire de la province du Pendjab de l'Inde britannique. Il est né à Karnal, dans l'actuel État indien de l'Haryana, le 1er octobre 1895[1]. Son père, Nawab Rustam Ali Khan possède plusieurs titres honorifiques et est respecté par le gouvernement britannique. Il est surtout un grand propriétaire terrien dont les possessions s'étendent entre le Pendjab et les Provinces unies d'Agra et d'Oudh (actuel Uttar Pradesh)[2]. Sa famille a obtenu les faveurs du gouvernement britannique quand le grand-père de Liaqat Ali Khan, Nawab Ahmed Ali Khan, a soutenu l'armée britannique lors de la révolte des cipayes en 1857[3].

Avant de rejoindre l'école, Liaqat Ali Khan reçoit une éducation religieuse de sa mère, Mahmoodah Begum[4]. Il poursuit ensuite sa scolarité dans le système public britannique, puis est admis à l'Université musulmane d'Aligarh en 1910 où il étudie le droit et les sciences politiques[5]. Il obtient ensuite un baccalauréat universitaire en science politique, puis un Bachelor of Laws en 1918. Il part l'année suivante au Royaume-Uni, puis rejoint le Collège d'Exeter de l'université d'Oxford où il obtient un Master of Laws en 1921, ainsi qu'une récompense pour ses résultats. À cette époque, il est notamment trésorier honoraire d'une association étudiante nommée Indian Majlis, qui promeut les droits des étudiants indiens musulmans. Il suit une formation d'avocat à Inner Temple l'année suivante, puis commence à pratiquer dans le pays[2].

En 1918, il se marie avec sa cousine, Jehangira Begum[4]. En 1932, il se remarie avec Ra'ana, enseignante et figure du mouvement pour le Pakistan. Après l'indépendance, elle plaide pour la place des femmes dans la nouvelle société pakistanaise, et contribue notamment à la création du corps médical de l'armée pakistanaise et à la formation des femmes y travaillant[6].

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Militantisme en Inde britannique[modifier | modifier le code]

Liaqat Ali Khan rentre en Inde en 1923 et rejoint la politique nationale, en opposition du gouvernement britannique et dans le but de défendre les droits des musulmans indiens. Dans un premier temps, il se rapproche du Congrès national indien de Nehru et soutient donc l'unité indienne, mais il se tourne ensuite rapidement vers Muhammad Ali Jinnah en rejoignant la Ligue musulmane la même année. En mai 1924, Ali Khan participe à la session annuelle de la ligue à Lahore et contribue donc à la mise en œuvre de son agenda et de sa stratégie politique[4]. En 1926, il est largement élu député local des Provinces unies, qui sont un fief électoral de la Ligue musulmane. Il s'est présenté dans une circonscription rurale du district de Muzaffarnagar, sous une étiquette indépendante, comme les autres membres de la Ligue[5]. En 1932, il est élu sans opposition vice-président de l'Assemblée législative de la province[2], et fonde au sein de celle-ci le groupe politique « Parti démocrate »[7]. Durant ses années, il s’efforce de promouvoir les idées de la Ligue dans la province et de structurer les militants, notamment grâce aux associations étudiantes, et met en avance la défense des droits des musulmans face au gouvernement britannique[8]. Il représente notamment l'Inde du Nord et les propriétaires terriens musulmans de la région[5].

Étant donné l'influence grandissante d'Ali Khan au sein de la Ligue, il participe à la convention nationale de Calcutta, puis en 1928 il discute du rapport Nehru, que la Ligue musulmane va rejeter et participe en 1930 à la première des trois Round Table Conference qui réunit le gouvernement britannique, le Congrès national indien et la Ligue. Elle aboutit à un échec et Ali Khan quitte la vie politique indienne pour partir en Angleterre en 1933, de même que Jinnah. Dans le même temps, la Ligue voit son influence décliner à la suite du départ de nombre de ses soutiens parlementaires[9].

Mouvement pour le Pakistan[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Mouvement pour le Pakistan.
Dirigeants musulmans de la Ligue musulmane lors de la résolution de Lahore.

Durant leur exil au Royaume-Uni, Ali Khan et sa femme restent en contact avec Muhammad Ali Jinnah, et tente de le convaincre de reprendre la lutte politique en Inde en réorganisant la Ligue musulmane, ce qu'il fait finalement en 1935[7],[5]. Le 12 avril 1936, lors de la session annuelle de la ligue à Bombay, Ali Khan en devient le secrétaire honoraire, poste qu'il occupera jusqu'à la partition des Indes[10]. En 1940, il prend la vice-direction de la branche parlementaire de la ligue à l'Assemblée législative centrale, afin de laisser Jinnah s'occuper de la politique extra-parlementaire. Il occupe également d'autres fonctions au sein de son parti, comme président du bureau parlementaire central, animateur du comité d'action et par ailleurs directeur-général du quotidien anglophone Dawn, fondé par Jinnah[11],[12].

Durant l'année 1940, Liaqat Ali Khan participe à la résolution de Lahore, qui aboutira plus tard à la création du Pakistan. La même année, il est élu sans opposition député à l'Assemblée législative centrale pour une constitution de Bareli. L'année suivante, la Ligue musulmane adopte dans son agenda la résolution de Lahore sur proposition de Khan[11]. Lors des élections législatives indiennes de 1945, Ali Khan remporte un siège de député dans la circonscription de Meerut. Alors qe les britanniques mettent en place un gouvernement intérimaire visant à faire la transition vers l'indépendance, et celui-ci est constitué de membres du Congrès national indien, de la Ligue musulmane et de représentants d'autres minorité. Ali Khan prend la tête de la ligue au sein de ce cabinet, et obtient le portefeuille des Finances. Au même moment, le gouvernement britannique et le Congrès acceptent l'idée d'un pays indépendant pour les musulmans du sous-continent indien, ouvrant la voie à la création du Pakistan le 14 août 1947 dans les territoires majoritairement peuplés de musulmans[7].

Premier ministre du Pakistan[modifier | modifier le code]

Accession au pouvoir et luttes[modifier | modifier le code]

Liaquat Ali Khan devient Premier ministre du Pakistan le jour de la création officielle du pays, le 14 août 1947. Il est nommé à ce poste par le nouveau Gouverneur général du Pakistan, Muhammad Ali Jinnah, fondateur du pays et chef de la Ligue musulmane. Le pays connait alors un régime de transition en attendant la rédaction d'une constitution, durant laquelle le pays est un dominion rattaché à la couronne britannique[13].

À la suite du déroulement chaotique de la partition des Indes, à la première Guerre indo-pakistanaise et aux débuts des guerres baloutches, le leadership du Premier ministre a été critiqué par diverses voix, notamment les communistes et les socialistes actifs dans le pays et la hiérarchie militaire. Surtout, les relations avec Jinnah se dégradent sérieusement alors que celui-ci, gravement malade, vit ses derniers jours. Des témoins font notamment état de conversations tendues alors que Jinnah reprocherait au chef du gouvernement son ambition et son manque de loyauté[14]. Ali Jinnah meurt finalement le 11 septembre 1948, à peine un an après l'indépendance du Pakistan, et laisse un héritage lourd à porter pour le Premier ministre à la tête d'un pays en crise. En remplacement, Ali Khan nomme Khawaja Nazimuddin, un Bengali provenant du Pakistan oriental, au poste de Gouverneur général en remplacement de Jinnah. L'homme reste fidèle au Premier ministre[14],[15].

Lors de son mandat, il ne parvient pas à faire avancer les travaux de l'Assemblée constituante. Ali Khan défend un régime représentatif et soumet à l'assemblée un projet le 12 mars 1949 qui énonce le respects des principes islamiques de « démocratie, liberté, égalité, tolérance et justice sociale ». Il tente ainsi de concilier les religieux et les laïques[16]. Il propose une ébauche de constitution en septembre 1950 mais celle-ci rencontre l'hostilité du Bengale oriental qui dénonce le choix de l'ourdou comme seule langue officielle ainsi que leur faible représentation, notamment leur égalité avec les autres provinces du pays malgré un poids démographique bien supérieur. Ali Khan retire son projet à peine deux mois plus tard[17].

Gestion de la partition (1947)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Partition des Indes.

Dès ses premiers mois d'existence, le pays est confronté à un mouvement de population de grande ampleur de part et d'autre et la frontière avec l'Inde. Le gouvernement de Liaquat Ali Khan ne parviendra pas à éviter les violences communautaires et à limiter le flux de réfugiés. Les communautés musulmanes et hindoues s'affrontent violemment, débouchant notamment sur des émeutes, viols de masses, massacres et exil. Les deux gouvernements échouent à contrôler la situation, dans un contexte de mise en place des institutions du jeune pays. Le gouvernement pakistanais échoue de même à maintenir les minorités religieuses, notamment hindoues et sikhs, malgré les souhaits de Jinnah et éprouve des difficultés pour intégrer les immigrés musulmans ourdouphones, arrivant principalement des Provinces unies d'Agra et d'Oudh[18]. Ainsi, le nombre important d'immigrés venant d'Inde, et s'installant principalement dans les grandes villes, notamment de la province du Sind, vont créer des conflits communautaires, la population immigrée représentant parfois la moitié de la population de certaines ville, voire devenant majoritaire, comme à Karachi, dans laquelle les conflits communautaires subsistent toujours aujourd'hui. À l'inverse, le Pakistan oriental échappe aux violences massives, malgré d'importants mouvements de population également. Selon le gouvernement américain, le bilan de cette période s'établit à 250 000 morts et de 12 à 24 millions de déplacés[18].

Politique militaire et guerre avec l'Inde (1947 - 1949)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Première Guerre indo-pakistanaise.
Soldats indiens durant la première Guerre indo-pakistanaise.

Dès les premiers moments de son gouvernement, Liaqat Ali Khan doit faire face à la première Guerre indo-pakistanaise. Les tensions éclatent autour du Cachemire, alors que le maharaja Hari Singh de l’État princier de Jammu-et-Cachemire est sommé de choisir entre l'Inde et le Pakistan. Le gouvernement pakistanais, qui estime que la principauté lui revient de droit étant donné que la majorité de sa population est musulmane, décide d'une intervention militaire. Alors que le général britannique Frank Messervy refuse de mener l'opération, le gouvernement le remplace dans ses fonctions de chef de l'armée pakistanaise par Douglas David Gracey et le Premier ministre lui ordonne d'intervenir au Cachemire pour soutenir les tribus opposées au maharaja[14].

Des divergences seraient ensuite apparues entre le Premier ministre Ali Khan et le gouverneur général Muhammad Ali Jinnah, le dernier étant davantage favorable à une solution militaire pour « libérer » le Cachemire et à une confrontation face à l'Inde, alors que le chef du gouvernement aurait été davantage favorable à une solution négociée par le biais des Nations unies[14]. Un cessez-le-feu entre finalement en vigueur le 1er janvier 1949, contre notamment la promesse d'un référendum d'autodétermination sous la supervision des Nations unies. L'accord contribue notamment à aliéner une partie de la hiérarchie militaire contre le gouvernement, accusé d'avoir abandonné la cause cachemirie[14].

Dans le même temps, l'armée est appelée par le gouvernement pour intervenir dans la province méridionale du Baloutchistan, afin de forcer des dirigeants tribaux récalcitrants à s'intégrer au Pakistan. L'État de Kalat accepte la souveraineté du Pakistan mais le frère du prince, Karim Khan, devient l'un des principaux protagonistes de la révolte. Il fuit finalement en Afghanistan le 16 mai 1948 afin de mener une rébellion armée contre le gouvernement pakistanais depuis l'autre côté de la frontière, mais sa demande d'exil étant refusé, il est rapatrié au Pakistan en septembre 1948. L'État de Kalat sera finalement dissout en 1955[19],[20]. Liaquat Ali Khan parvient également à négocier l'adhésion des États princiers de Lasbela, Makran et Kharan[8].

Par ailleurs, les relations entre ce premier gouvernement et la hiérarchie militaire ont été problématiques, préfigurant ainsi de l'avenir du pays. Le chef de l'armée Douglas David Gracey entre notamment en conflit avec le Premier ministre, et ce dernier le remplace par Muhammad Ayub Khan en janvier 1951. Cette manœuvre n'empêche pourtant pas la montée des tensions alors qu'une partie de la hiérarchie militaire conteste l'approche diplomatique d'Ali Khan vis-à-vis de l'Inde et du Cachemire, mais aussi en raison de son rapprochement de l'Occident ainsi que l'incompétence et la corruption alléguée de son gouvernement. Le général Akbar Khan avec le soutien de la figure communiste Faiz Ahmed Faiz mènent une tentative de coup d’État qui sera appelée « complot de Rawalpindi ». Révélé par des fuites, le complot est mis en échec par le gouvernement d'Ali Khan qui arrête les principaux suspects et obtient le soutien d'une part importante du reste de la hiérarchie militaire[21],[14],[22]

Politique économique et sociale[modifier | modifier le code]

Le Premier ministre Liaqat Ali Khan à gauche rencontre le président du Massachusetts Institute of Technology.

Peu après l'indépendance, l'économie pakistanaise est sous-développée et déstructurée, souffrant de l'absence d'un système bancaire, d'une industrie quasiment inexistante, d'une agriculture peu développée et basée sur un système féodal dans les mains de riches familles possédant de vastes terres. Sur l'idée du ministre des finances Malik Ghulam Muhammad, Liaqat Ali Khan mène une politique de planification économique à l'aide d'un plan quinquennal, mais dans le cadre d'une économie capitaliste en cherchant à développer les investissements privés[18].

Le premier plan est présenté le 8 juillet 1948, et outre le développement des infrastructures du pays, il est basé sur la théorie libérale du ruissellement qui vise à doper les investissements par le biais de l'épargne privée et cherche également à minimiser le coût de production. La Banque nationale du Pakistan qui est instaurée en novembre 1949 met aussi un place le système bancaire, et défend la monnaie nationale, la roupie pakistanaise. Toutefois, le plan quinquennal est dépendant de l'aide financière américaine et souffre malgré tout de mauvais financement et du manque de personnels compétents. D'un autre côté, le pays souffre aussi de la guerre avec l'Inde et des dépenses militaires que cela induit, de même que de la guerre monétaire avec l'Inde qui refuse de reconnaitre la monnaie pakistanaise avant février 1951, ainsi que de l'absence de convergence économique et d'échanges commerciaux entre les deux pays, le Premier ministre indien Jawaharlal Nehru mettant de son côté en place une économie socialiste[18]. Le plan n'est pas mené à son terme après la mort du Premier ministre en octobre 1951 et est largement considéré comme un échec. Le plan suivant, établit sur la période 1955-1960 sera également désigné comme le « premier plan »[23].

Liaqat Ali Khan tente de développer le système éducatif et universitaire du pays, d'abord en s’appuyant sur les institutions héritées de l'Empire britannique, puis en favorisant les infrastructures des sciences et technologies grâce à divers scientifiques qu'il place à de hauts postes, dont certains venant d'Inde et auxquels il attribue la nationalité. Dès 1947, il met en place le programme national d'éducation et crée notamment l'Université du Sind.

Relations internationales[modifier | modifier le code]

Liaqat Ali Khan rencontrant le président américain Harry S. Truman en mai 1950.

Dans un contexte de début de guerre froide, Liaquat Ali Khan est courtisé tant par l'Union soviétique que par les États-Unis. L'URSS est la première à inviter le Premier ministre à visiter le pays. Cela dit, bien que développant un discours proche du Mouvement des non-alignés, le gouvernement accepte finalement une proposition américaine pour se rapprocher du bloc de l'Ouest et le Premier ministre effectue une visite officielle aux États-Unis[24]. Bien que signalant que la position officielle du pays restera neutre, le Pakistan obtient des américains une aide économique pour le développement. Toutefois, les relations se détériorent nettement quand les États-Unis demandent au Pakistan d'appuyer les américains dans la Guerre de Corée avec deux divisions de l'armée pakistanaise. Le Pakistan accepte à condition d'un soutien américain inconditionnel à propos du Cachemire, ce que les États-Unis refusent, soucieux de préserver leurs relations avec l'Inde. Les relations se détériorent encore quand le Premier ministre indien Jawaharlal Nehru effectue une visite officielle aux États-Unis, puis lors de la crise d'Abadan, quand le Pakistan refuse de soutenir les États-Unis face à l'Iran. De même, le gouvernement et la hiérarchie militaire s'impatientent du manque de soutien américain à propos du Cachemire, et le gouvernement aurait refusé aux États-Unis le déploiement d'une base militaire américaine. En représailles, les américains auraient menacé de couper l'aide financière apportée au pays.

D'un autre côté, le Ali Khan a développé ses liens avec divers autres pays, comme l'URSS, la Chine et l'Iran. Le Pakistan a établi officiellement ses relations avec l'Union soviétique en avril 1948 et le mois suivant, un accord est annoncé. À ce propos, Liaqat Ali Khan a déclaré : « Le Pakistan ne peut pas se permettre d'attendre, il doit prendre ses amis là où il les trouve ». Une visite d'Ali Khan à Moscou a été plusieurs fois évoquée, mais n'a jamais eu lieu[24]. En janvier 1950, le Pakistan est l'un des premiers pays à reconnaitre le régime communiste de Chine et accueillera son ambassadeur dès septembre 1951 alors le pays deviendra un allié stratégique majeur. L'alliance aurait été considérée comme profitable, étant donné la rivalité traditionnelle entre la Chine et l'Inde[24].

Assassinat[modifier | modifier le code]

Le 16 octobre 1951, Liaqaat Ali Khan se rend à un rassemblement politique de la Muslim City League à Rawalpindi, où il est accueilli par une foule de 20 000 personnes[25]. Il alors est tué de deux balles tirées dans la poitrine par un homme situés en face de lui, dans les premières rangées. La foule moleste alors l'assassin, qui est achevé par la police[26]. Transféré à l’hôpital, Ali Khan reçoit une transfusion sanguine mais succombe ensuite de ses blessures. Il est enterré dans le mausolée Mazar-e-Quaid, où est enterré Muhammad Ali Jinnah, à Karachi. Il reçoit le titre de Shaheed-e-Millat (martyr de la nation) et quarante jours de deuil national sont prononcés, alors que le parc dans lequel il est mort a été renommé en son nom. Avec sa mort, les Bengalis et surtout les Pendjabis prennent davantage de place dans le pouvoir au détriment des Mohadjirs dont il faisait partie[27],[28].

Les motifs de l'assassin, qui a été identifié comme étant Saad Akbar Babrak, n'ont jamais été clairement élucidés[29]. Il est d'abord mentionné comme étant un nationaliste afghan d'ethnie pachtoune qui aurait tué le Premier ministre pour des motifs politiques, espérant par exemple affaiblir le Pakistan et permettre la réunion des Pachtounes dans une seule nation[30]. Toutefois, diverses autres sources présentent Akbar Babrak comme un tueur à gage, laissant planer le doute sur un potentiel commanditaire. L'enquête n'a pas pu être menée à son terme, l'officier chargé du dossier étant mort dans le crash de son avion alors qu'il transportait des documents à ce sujet. Le sujet reste l'un des mystères de l'histoire du pays[31].

Héritage[modifier | modifier le code]

Le Mazar-e-Quaid, mausolée de Jinnah et Liaqat Ali Khan.

Liaqat Ali Khan a surtout marqué l'histoire du pays en tant que premier chef du gouvernement de l'histoire du pays et bras droit du père de la nation Muhammad Ali Jinnah, auprès duquel il repose, un privilège rare. Ali Khan détient toujours le record de celui qui a occupé cette fonction le plus longtemps sans interruption, étant toutefois dépassé en cumulé par Benazir Bhutto et Nawaz Sharif. Il est notamment l'un des symboles de la communauté mohadjire, c'est-à-dire les immigrés musulmans venus d'Inde lors de la partition. Celle-ci était bien placée au sein du Mouvement pour le Pakistan et avait souvent tout abandonné pour rejoindre la nouvelle nation[12]. À l'instar d'Ali Khan, ils sont nombreux à obtenir des postes stratégiques à l'indépendance[32]. Le Muttahida Qaumi Movement, parti pro-Mohadjirs, demande notamment dans les années 1980 que le jour de l'assassinat d'Ali Khan devienne un jour férié[33]. Sa génération de mohadjires est toutefois la dernière au pouvoir, avant l’avènement de l'élite pendjabie dès le milieu des années 1950[34].

Sur le plan politique, son héritage réside principalement dans son opposition aux islamistes de la Jamaat-e-Islami. Bien qu'acceptant la reconnaissance des principes de l'Islam dans le droit, il développe un discours ventant le progressisme dans la religion musulmane autour du concept de Musawat-e Muhammadi (« égalité musulmane » en ourdou), ou socialisme islamique[35]. Ce dernier deviendra l'axe central de la politique de Zulfikar Ali Bhutto dans les années 1970[36]. Malgré sa défense d'un État relativement séculier[37], il doit faire des concessions aux religieux comme les principes religieux édictés en 1949 ou le système d'électorats séparés, bien que ce dernier sera aboli par son successeur. Il échoue aussi à faire respecter les droits des minorités, marquant là aussi l'avenir du pays[38]. Le politologue français Christophe Jaffrelot lui attribue par ailleurs une pratique très centraliste du pouvoir et l’affaiblissement des partis politiques, y compris sa Ligue musulmane[39].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. The Annals of Karnal (1914) par Cecil Henry Buck, p. 33
  2. a b et c (en) Dr M Yakub Mughal, « Liaquat Ali Khan: A worthy successor to the Quaid », sur jang.com.pk (consulté le 3 mars 2015)
  3. Lepel Griffin's Punjab Chiefs Volume One
  4. a b et c (en) Nikhat Ekbal, Great Muslims of undivided India, (lire en ligne), p. 71-73
  5. a b c et d Jaffrelot 2013, p. 81
  6. (en) Faisal Abdulla, « Begum Rana Liaquat Ali Khan », sur kazbar.org (consulté le 3 mars 2015)
  7. a b et c (en) « Liaquat Ali Khan », sur Story of Pakistan, (consulté le 4 mars 2015)
  8. a et b (en) « The Dawn of Pakistan », sur Dawn.com, (consulté le 23 octobre 2018)
  9. (en) S. M. Ikram, Indian Muslims and Partition of India, (lire en ligne), p. 472-492
  10. Rizwana Zahid Ahmad, Pakistan: The real picture, p. 161
  11. a et b Rizwana Zahid Ahmad, Pakistan: The real picture, p. 162
  12. a et b Jaffrelot 2013, p. 121
  13. Jaffrelot 2013, p. 223
  14. a b c d e et f (en) Ashok Kapur, Pakistan in Crisis, (lire en ligne)
  15. Jaffrelot 2013, p. 223
  16. Jaffrelot 2013, p. 446-447
  17. Jaffrelot 2013, p. 227
  18. a b c et d (en) « Problems at Independence », sur United States Government, (consulté le 4 mars 2015)
  19. (en) Iqbal Chawla, « Prelude to the Accession of the Kalat State to Pakistan in 1948: An Appraisal », sur academia.edu, (consulté le 23 octobre 2018)
  20. (en) Mir Ahmad Yar Khan, « Balochistan Insurgency - First Conflict 1948 », sur globalsecurity.org (consulté le 23 octobre 2018)
  21. Jaffrelot 2013, p. 228
  22. Jaffrelot 2013, p. 309
  23. (en) Peter R. Blood, Pakistan: A Country Study, (lire en ligne), Development Planning
  24. a b et c (en) « The foreign policy of Liaquat Ali Khan », sur Dawn.com, (consulté le 17 avril 2014)
  25. Jaffrelot 2013, p. 229
  26. (en) « Liaqat Ali Khan shot dead », sur The Hindu, (consulté le 23 octobre 2018)
  27. Jaffrelot 2013, p. 231
  28. Jaffrelot 2013, p. 303
  29. Jaffrelot 2013, p. 126
  30. (en) Zarrar Khuhro, « Unexplained assassinations », sur The Express Tribune, (consulté le 22 avril 2015)
  31. (en) Akhtar Balouch, « The mystery that shrouds Liaquat Ali Khan's murder », sur Dawn.com, (consulté le 23 octobre 2018)
  32. Jaffrelot 2013, p. 125
  33. Jaffrelot 2013, p. 183
  34. Jaffrelot 2013, p. 118
  35. Jaffrelot 2013, p. 448
  36. Jaffrelot 2013, p. 461
  37. Jaffrelot 2013, p. 595
  38. Jaffrelot 2013, p. 586
  39. Jaffrelot 2013, p. 225-226

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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