La Porte du Paradis

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Pour les articles homonymes, voir Heaven's Gate.

La Porte du Paradis

Titre original Heaven's Gate
Réalisation Michael Cimino
Scénario Michael Cimino
Acteurs principaux
Pays d’origine  États-Unis
Sortie 1980
Durée 216 minutes (version director's cut restaurée en 2012)

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

La Porte du Paradis (Heaven's Gate) est un western américain de Michael Cimino sorti en 1980.

Échec cuisant lors de sa sortie (il est responsable de la faillite de United Artists), le film jouit aujourd'hui d'une réputation considérable auprès des cinéphiles et des critiques, certains le considérant même comme l'« une des sept merveilles du monde cinématographique[1]. »
En 2012, dans sa version restaurée et remastérisée de 3 h 36 min, il entame une nouvelle carrière auprès du grand public, laquelle laisse augurer une réhabilitation progressive de l'œuvre aux yeux de celui-ci.

Sommaire

Synopsis

De 1870 à 1903 : la vie, les amours et les échecs de James Averill ; témoin obscur et nostalgique des tumultes de la fin du XIXe siècle, son départ d'Harvard en 1870 et sa participation à la « guerre » du comté de Johnson dans le Wyoming en 1890. Ce conflit opposa, en cette fin de siècle, de pauvres immigrants de l'Est de l'Europe, récemment arrivés dans cet État rural, aux gros propriétaires de bétail qui, depuis des décennies, élevaient d'immenses troupeaux sur les terres publiques (qu'ils considéraient comme réservées aux « vrais » citoyens américains, c'est-à-dire eux)[2].

Origine de l'histoire

Le film s'inspire de faits réels connus sous le nom de « bataille de Johnson County ». Michael Cimino en modifia substantiellement les évènements. Averill et Ella furent pendus un an avant la révolte des immigrants. La bataille finale est inventée. En effet, effrayés par le nombre des immigrants, les tueurs du syndicat des éleveurs de bétail du Wyoming se réfugièrent dans une vieille grange et attendirent fébrilement l'arrivée de la cavalerie fédérale[3]

Fiche technique

Distribution et personnages

Montages

Michael Cimino consomma une grande quantité de pellicule : 220 heures[7] de rushes furent répertoriées. Le premier montage, projeté par Cimino aux dirigeants de la United Artists, faisait cinq heures vingt-cinq. Plusieurs versions du film existent par la suite.

La première version de 219 minutes (3 h 39 min) est celle de la projection initiale du 19 novembre 1980 à New York. Après une semaine d’exploitation, Cimino remonte lui-même son film dans une version plus courte de 149 minutes (montage international de 1981), soit 2 h 29 min. De multiples changements apparaissent. Nombreuses coupes, prises différentes, voix off ; une scène inédite fait son apparition (celle où Wolcott montre ses fesses à Averill).

En 1982, la chaine Z channel diffuse pour la première fois la version de 219 minutes. Lorsque MGM (détenteur des droits d'United Artists) distribue le film en VHS et Laserdisc, c’est dans sa version longue. Le montage de 149 minutes ne fut jamais distribué sur le territoire américain.

Le 19 avril 2012, la chaîne Turner Classic Movies propose la version intégrale du film en haute définition. Outre cette exclusivité, le film étant inédit en Blu-ray à cette date, la chaîne diffuse une interview d’Isabelle Huppert, également en HD[8].

Lors de la Mostra de Venise 2012, Cimino présente sa version définitive, d’une durée de 216 minutes, restaurée et remastérisée. Le cinéaste déclare à cette occasion :

« Ma première réaction a été : je ne veux pas revisiter La Porte du paradis. J'ai subi suffisamment de rejet pendant 33 ans. Grâce à la technologie numérique qui n'existait pas à l'époque, j'ai pu faire des changements, notamment dans les couleurs… En le voyant avec cet équipement numérique, c'était comme un nouveau film[9]. »

Réception

Pour un budget de plus de 40 millions de dollars, le film n'a rapporté que 3 484 331 dollars. Il s'agit donc du plus grand flop de l'histoire du cinéma américain lors de la sortie du film en 1981. Sans parler de la très mauvaise publicité et pour le studio et pour son cinéaste. Cinéaste qui ne retrouvera jamais une telle liberté artistique et financière. Le film catapulta Michael Cimino au rang des cinéastes maudits. Il attendra six ans pour retrouver la confiance d'un financier[10].

Le film, qui devait être le triomphe du cinéma d'auteur à Hollywood, devint finalement son tombeau. Selon les historiens (Peter Biskind, Jean-Baptiste Thoret…), les désastres commerciaux de Heaven's Gate et, plus tard, de Coup de cœur entraînèrent la mort du Nouvel Hollywood[11].

Aux États-Unis

Le 19 novembre 1980, lors de la première à New York, Cimino demande pourquoi personne n'est venu boire du champagne lors de l'entracte. Steven Bach, selon son propre livre Final Cut, The Making Of Heaven's Gate, lui aurait répondu : « Parce qu'ils détestent ton film !!! » Les critiques influents de l'époque (Pauline Kael et Roger Ebert…) assassinent le film. Ebert écrit en janvier 1981 :

« La Porte du Paradis est le plus scandaleux gâchis cinématographique que j'ai jamais vu. Et souvenez-vous : j'ai vu La Kermesse de l'Ouest ! »

Heaven's Gate est retiré de l'affiche après seulement une semaine d'exploitation. Cimino propose une nouvelle version au studio et coupe lui-même son film pendant huit mois de plus. Après plus de 300 coupes, le film ressort en 1981. Avec une nouvelle voix off, une violence édulcorée, des personnages sacrifiés : le film sera de nouveau un échec.

Les résultats désastreux du film au box office ont aussi un effet dévastateur sur la production de westerns aux États-Unis. Après un « revival » à la fin des années 1960, très peu de westerns sont produits dans les années 1980.

Dans leur ouvrage Splendeur du western[12], Suzanne Liandrat-Guigues et Jean-Louis Leutrat soulignent les liens entre Heaven's Gate et la série Deadwood de HBO. Si la vision radicale de Cimino fut rejetée au début des années 1980 (à l'aube de l'ère reaganienne), il semble que cette démarche démystificatrice apparaisse acceptable aux yeux du public d'aujourd'hui. Présent dans ces deux productions, Brad Dourif apparaît comme l'incarnation de cette filiation.

En France

En France, l'accueil critique fut mitigé. Deux analyses se succédèrent dans la revue Positif[13]. L'une soulignant les grandes qualités du film et l'autre particulièrement négative. Dans son texte, Michael Henry écrit  : « Loin de panser les plaies à vifs, il rouvre une blessure oubliée, il met à nu un traumatisme plus profond que le génocide indien : le “fratricide originel”, le massacre des pauvres par les riches. » Dans ce même numéro, Olivier Eyquem critique durement :

« Rarement montagne d’argent aura accouché d’une aussi malingre souris, rarement script de série B aura été traité avec tant de solennelle componction, rarement cinéaste se sera fourvoyé aussi irrémédiablement dans tous les domaines relevant de sa responsabilité ». Il ajoute : « Parti d’un scénario nul, Cimino a sans doute bataillé dur, mais rien ne vit durablement à l’image, et dès l’ouverture avec sa longue valse, avec ces panos trop bien ordonnés, cette euphorie qui se cherche, ce mouvement qui ne prend pas, tout cela fait craindre le pire, fait anticiper le remplissage qui sera la loi du film. »

En 2013, lors de la ressortie du film dans sa version director's cut, Jean-Baptiste Thoret parle en revanche de :

« la critique la plus implacable jamais produite de l'un des mythes fondateurs de la Nation, l'impossible alliance du peuple et des élites anglaises, l'exploitation éternelle des premiers par les seconds, le sort peu enviable des émigrants venus d'Europe de l'Est, la lutte des classes bien sûr, en lieu et place de la Pastorale promise, et le fantôme de Marx passé des terres viscontiennes à celles du Wyoming. »

— « Renaissance d'un chef-d'œuvre », Charlie Hebdo[14]

Autour du film

Un quart de siècle après s'être fait virer en tant qu'extra du plateau de Heaven's Gate[15], Willem Dafoe sera la voix off narrant la débâcle de l'entreprise dans le documentaire de Michael Epstein tourné en 2004 : Final Cut: The Making and Unmaking of Heaven's Gate.

Contre l'avis radical du studio (l'exécutif du studio, Steven Bach, trouvait qu'elle avait le visage d'une « patate »), Cimino imposa Isabelle Huppert qu'il trouvait « attirante ». Il l'avait vue dans le film de Claude Goretta, La Dentellière[16].

Prix et distinctions

Références

  1. « Au panthéon des films maudits, La Porte du Paradis mérite sans doute la palme. Car ce très long métrage a, d'une part, précipité la faillite de la prestigieuse United Artists et, d'autre part, brisé la carrière de Michael Cimino, un des grands espoirs du cinéma américain. Film maudit donc, sorti en 1979 dans une version amputée de plus d'une heure, démoli par la presse américaine avant d'être rejeté par le public. Une malédiction d'autant plus scandaleuse que, depuis sa reprise en version intégrale, le troisième film de Cimino a conquis un nombre croissant d'admirateurs, dont l'auteur de ces lignes, qui, en toute subjectivité, considère La Porte du Paradis comme l'une des sept merveilles du monde cinématographique. »

    — Samuel Douhaire, Libération.

  2. Source TF1 News : « La Porte du paradis de Michael Cimino réhabilité à Venise ».
  3. Voir sur wikipedia.qwika.com.
  4. Par ailleurs compositeur de la musique du film;
  5. On le voit particulièrement dans la scène « Danse en patins à roulettes » qui se déroule au Heaven's Gate, la patinoire de Sweetwater.
  6. Dont 125 personnes ont été placés par le syndicat des éleveurs sur une « liste noire » les condamnant à mort sans procès comme voleurs de bétail et anarchistes.
  7. La prise où Kris Kristofferson se réveille et lance un coup de fouet sur le maire et ses comparses a été tournée 52 fois. Il reste moins d’une seconde de cette prise dans le montage final.
  8. Voir sur forgottensilver.net.
  9. La Porte du Paradis à Venise, le 31 août 2012.
  10. Voir sur IMDb.
  11. Cf. Le Cinéma américain des années 1970.
  12. Suzanne Liandrat-Guigues et Jean-Louis Leutrat, Splendeur du western, Pertuis, Rouge profond, 2007.
  13. Positif no 246, septembre 1981.
  14. N° 1080 du 27 février 2013, p. 12.
  15. Voir la scène du combat de coqs au début du film.
  16. Final Cut : Art, Money, and Ego in the Making of Heaven's Gate, the Film That Sank United Artists de Steven Bach.

Bibliographie

Liens externes


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