L'assedio di Calais

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L'assedio di Calais
Le Siège de Calais[1] (1838), par François-Édouard Picot

Genre Dramma lirico
Nbre d'actes 3
Musique Gaetano Donizetti
Livret Salvatore Cammarano
Langue
originale
Italien
Sources
littéraires
Le Siège de Calais (1765),
tragédie de Dormont de Belloy
Dates de
composition
Juilletoctobre 1836
Partition
autographe
Naples, Conservatoire de San Pietro a Majella
Création 19 novembre 1836
Teatro San Carlo, Naples
 Royaume des Deux-Siciles
Personnages
  • Eustachio de Saint-Pierre, maire de Calais (baryton)
  • Aurelio, son fils (contralto)
  • Eleonora, femme d'Aurelio (soprano)
  • Edoardo III, roi d'Angleterre (basse)
  • Isabella, reine d'Angleterre (mezzo-soprano)
  • Un inconnu, espion anglais (basse)
  • Edmondo, général anglais (basse)
  • Giovanni d'Aire (ténor)
  • Giacomo de Wisants, proche du maire (ténor)
  • Pietro de Wisants (basse)
  • Armando (basse)
  • Dames de la reine. Chœur d'officiers anglais. Peuple de Calais des deux sexes. Magistrats et officiers français. Soldats anglais et français.
Airs
  • « Ah ! de' giorni a me serbati » (Aurelio) – Acte I, 2e Tableau
  • « Giammai del forte l'ardir non » (Aurelio) – Acte I, 2e Tableau
  • « Serba tu quel puro giglio d'innocenza e di candor » (Eleonora, Aurelio) – Acte II, 1er Tableau
  • « Ogn'inciampo è alfin distrutto » (Edoardo) – Acte III, 1er Tableau

L'assedio di Calais (Le Siège de Calais) est un opéra (dramma lirico) en 3 actes, musique de Gaetano Donizetti, livret de Salvatore Cammarano, représenté pour la première fois au Teatro San Carlo de Naples le 19 novembre 1836. Bien qu'il n'ait pas eu une grande carrière sur les scènes lyriques, il marque une tentative importante du compositeur pour rompre avec les conventions de l'opéra italien et y introduire certains des principes du grand opéra à la française.

Sommaire

Histoire

Revenu à la direction du Teatro San Carlo de Naples en mai 1836 après en avoir été momentanément écarté, l'imprésario Domenico Barbaja commande à Donizetti un opéra pour la soirée de gala qui doit être donnée à l'occasion de l'ouverture de la saison théâtrale, qui intervenait traditionnellement le 26 décembre, jour de la Saint Étienne.

La source originale du livret de Salvatore Cammarano est la tragédie de Dormont de Belloy Le Siège de Calais (1765) qui remporta un grand succès, alors que la France sortait de la Guerre de Sept Ans, en mettant en scène le Siège de Calais par les Anglais en 1346, qui donna lieu au célèbre épisode historique des Bourgeois de Calais. Philippe-Jacques de Laroche (pseudonyme : Hubert) en avait tiré un « mélodrame historique en 3 actes à grand spectacle », représenté le 11 avril 1822 au Théâtre de l'Ambigu-Comique à Paris, Eustache de Saint-Pierre ou le Siège de Calais, adapté en italien par l'acteur Luigi Marchionni dont la pièce (vers 1825) avait inspiré un ballet de Luigi Henry, Edoardo III° ossia L'assedio di Calais, donné au San Carlo en 1828. Le livret passa sans trop de difficultés l'épreuve de la censure napolitaine[2].

Pour la première, Donizetti disposait du baryton d'origine basque Paul Barroilhet, spécialisé dans les rôles de père noble, pour incarner Eustachio di Saint-Pierre, de la soprano Caterina Barili-Patti, mère de la célèbre Adelina Patti et de la basse Frederico Lablache (en), fils de l'illustre Luigi Lablache, dans le rôle du roi d'Angleterre Edoardo.

La première eut lieu le 19 novembre 1836. S'agissant d'une représentation de gala, les spectateurs ne pouvaient applaudir que si la famille royale donnait le signal, ce qui n'arrivait que rarement ; il ne semble pas que ce fut le cas en cette occasion. Ce ne fut donc que lors de la deuxième représentation que Donizetti put juger de l'accueil réservé à son opéra. Il fut très chaleureux : « Je fus appelé six fois devant le rideau (la soirée suivant le gala), écrit Donizetti le 5 décembre à son ami l'éditeur Giovanni Ricordi. Le troisième acte est le moins heureux (tu vois ma sincérité). Qui sait si je ne le retoucherai pas ? [...] C'est l'opéra qui m'a coûté le plus de peine. Tous [les chanteurs] furent applaudis. Mais le choléra pousse tout le monde à rester à la campagne. Je pars tôt demain[3]. Si tu l'imprimes entièrement, attend que je le révise à Milan. »[4]

Il n'y eut pas de révision car, si L'assedio di Calais connut seize représentations à Naples où il fut repris l'été suivant et ensuite de manière régulière jusqu'en 1840, il ne semble pas avoir été produit ailleurs en Italie. Il ne fut remonté qu'en 1990 au Teatro Donizetti de Bergame, puis l'année suivante au festival de Wexford en Irlande et en 1993 à Londres à la Guildhall School of Music and Drama.

Distribution

Rôle Type de voix Interprètes lors de la première
le 19 novembre 1836
Eustachio de Saint-Pierre, maire di Calais
Eustache de Saint-Pierre, maire de Calais
baryton Paul Barroilhet
Aurelio, suo figlio
Aurelio, son fils
contralto Almerinda Manzocchi
Eleonora, moglie di Aurelio
Eléonore, femme d'Aurelio
soprano Caterina Barili-Patti
Edoardo III, re d'Inghilterra e pretendente alla corona di Francia
Édouard III, roi d'Angleterre et prétendant au trône de France
basse Federico Lablache
Isabella[5], regina d'Inghilterra
Isabelle, reine d'Angleterre
mezzo-soprano
Un incognito
Un inconnu, espion anglais
basse Pietro Gianni
Edmondo, generale inglese
Edmondo, général anglais
basse Nicola Tucci
Giovanni d'Aire
Jean d'Aire, bourgeois de Calais
ténor
Giacomo de Wisants, congiunto del Maire
Jacques de Wisants, proche du maire
ténor
Pietro de Wisants
Pierre de Wisants, cousin du maire
basse
Armando
Armand, bourgeois de Calais
basse
Dame della regina. Cori di ufficiali inglesi. Popolo di Calais d'ambo i sessi.
Magistrati ed ufficiali francesi. Comparse di soldati inglesi e francesi.
Dames de la reine. Chœur d'officiers anglais. Peuple de Calais des deux sexes.
Magistrats et officiers français. Soldats anglais et français.

Argument

L'action se déroule en 1347, pour partie au camp d'Édouard III et pour partie à l'intérieur de la ville de Calais.

Acte I

Premier tableau

Les postes avancés du camp anglais. Au fond, une partie des remparts de Calais baignés par la mer.

Second tableau

Un vestibule à l'intérieur du palais municipal de Calais. Au fond une vue de la ville et d'une partie de ses remparts. C'est l'aube. Un terrible silence règne partout.

Acte II

Premier tableau

Une pièce dans les appartements d'Aurelio. Au fond, une alcôve avec un lit où est allongé le petit Filippo. D'un côté, l'entrée d'un oratoire.

Second tableau

Une vaste salle circulaire consacrée aux audiences publiques. Près de l'entrée se trouve un socle sur lequel est planté le drapeau de France.

Acte III

Premier tableau

Le camp anglais. D'un côté, le magnifique pavillon du roi ; au fond, la plage avec vue sur l'étendue de mer formant le détroit de Calais.

Second tableau

L'intérieur de la tente royale, ornée de trophées.

Analyse

La pièce de Dormont de Belloy avait frappé les contemporains par un essai – qu'on jugerait aujourd'hui bien timide – d'introduire un certain réalisme historique dans le traitement du sujet. C'est donc assez logiquement que, dans son nouvel opéra, Donizetti voulut acclimater en Italie certaines des innovations du grand opéra à la française avec lesquelles le compositeur avait pu se familiariser lors de son séjour parisien de 1835. Cette ambition révèle, à travers l'effort fait pour intégrer les conventions du genre, le désir du compositeur de faire carrière à Paris[10].

Donizetti choisit toutefois de faire sienne l'une des plus contestables sur le plan dramatique : l'introduction d'un ballet, jusqu'alors tout à fait exceptionnelle dans l'opéra italien mais indispensable dans le grand opéra français[11]. Le premier acte bénéficia également d'une pantomime au cours de laquelle un personnage descend à l'aide d'une corde des remparts de Calais pour s'introduire dans le camp anglais.

Pour la création de son ouvrage, Donizetti ne disposait pas de ténor principal en raison d'un problème qui semble être survenu entre le San Carlo et Giovanni David[12]. Aussi dut-il confier le rôle du fils du maire de Calais, Aurelio, à la contralto Almerinda Manzocchi.

Notes et références

  1. Il s'agit ici du siège de Calais occupé par les Anglais par les troupes du duc de Bourgogne en 1436.
  2. La phrase : « Un roi est-il plus grand que Dieu ? » fut ainsi remplacée par : « Un roi est l'image de Dieu. » (Yonel Buldrini, art. cit.)
  3. Le 6 décembre, Donizetti partit pour Venise, où il allait donner Pia de' Tolomei.
  4. cité par Yonel Buldrini, art. cit.
  5. En réalité, Philippe de Hainaut, mais la forme féminine archaïque du prénom aura probablement gêné le librettiste.
  6. Auparavant, la reprise effectuée au théâtre Donizetti de Bergame en 1990 intercalait un passage absent de toutes les versions du livret dans lequel un personnage non identifié interroge Giovanni sur l'effet de l'heureuse nouvelle sur Eustachio et Eleonora.
  7. « Eh ! Que peut désormais tout l'effort d'un grand cœur / Contre les noirs volcans d'un airain destructeur, / Qui semble renfermer le dépôt du tonnerre ? » (Acte I, Scène 1)
  8. Boileau avait pourtant été aussi loin dans son Ode sur la prise de Namur dans laquelle il utilisait le mot soufre, en principe interdit dans la poésie épique. Les historiens rapportent que c'est au siège de Calais que les Anglais utilisèrent pour la première fois des canons, alors inconnus en France, et qui causèrent de grands dommages.
  9. La stretta du finale de l'acte I fait alterner les voix d'hommes et les voies de femmes sur une mélodie qui sera réutilisée dans Le Duc d'Albe.
  10. « Je crois, écrira plus tard le compositeur au ténor Gilbert Duprez, que l'opéra que j'oserais donner au Grand Opéra serait L'assedio di Calais, le plus élaboré, le plus adapté au goût français et, comme tel, jugé par tout le monde composé pour Paris. Il comprend un ballet, des chœurs à effet, une orchestration (pour autant que je puisse faire) assez bonne, et si cette œuvre pouvait être montée je serais vraiment ton débiteur pour la vie. » (cité par Yonel Buldrini, art. cit.) Donizetti avait certainement en mémoire l'exemple de Maometto II de Rossini, adapté à l'Opéra de Paris comme Le Siège de Corinthe (1826).
  11. « Avec cet opéra que je vais donner avec ballet approprié, soit j'introduis un genre nouveau en Italie (pas la musique, tu sais), soit ils me tuent comme Saint Étienne. » (Donizetti à Antonio Dolci, cité par Yonel Buldrini, art. cit.)
  12. Les détails n'en sont pas connus. Dans une lettre à Antonio Dolci, Donizetti parle de « l'affaire de David » (Yonel Buldrini, art. cit.).

Voir aussi

Sources

Liens externes

Bibliographie


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