L'Entremetteuse

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L'Entremetteuse
Artiste Johannes Vermeer
Année 1656
Type Huile sur toile
Technique peinture
Dimensions (H × L) 143 cm × 130 cm
Localisation Gemäldegalerie Alte Meister, Dresde, Allemagne

L’Entremetteuse (en néerlandais, De koppelaarster) est une huile sur toile de Johannes Vermeer peinte en 1656. Elle est conservée à la Gemäldegalerie Alte Meister de Dresde.

Elle représente une scène de genre dans un lupanar. L'une des femmes est le personnage éponyme, tandis que certains voient dans le personnage de gauche un autoportrait de l'artiste[1],[2]. L'une des trois seules peintures que Vermeer a signées et datées (les deux autres étant L'Astronome et Le Géographe), cette œuvre est sa plus ancienne scène de genre connue et s'inspire d'œuvres antérieures traitant du même sujet, comme L'Entremetteuse du caravagiste Dirck van Baburen[3], peinture que Vermeer pouvait voir chez sa belle-mère[4].

Sommaire

Réception

Certains critiques pensent que cette peinture n'est pas typique du style et de l'expression de Vermeer. Pieter Swillens écrit en 1950 que l'œuvre, pour peu qu'elle soit de Vermeer, montre que l'artiste a « cherché à tâtons » un mode d'expression approprié. Eduard Trautscholdt avait écrit dix ans plus tôt que « le tempérament du Vermeer de 24 ans se révèle entièrement pour la première fois[5] ».

Œuvre

Le personnage de gauche tient un cistre dans la main droite et une boisson dans la gauche. C'est le joyeux buveur caravagesque type, très populaire dans les scènes de lupanar des caravagistes d'Utrecht. Comme l'habit du personnage était démodé à la naissance du peintre au début des années 1630, Vermeer s'est probablement inspiré d'autres peintures plutôt que de ses souvenirs. Ce genre d'habit continuera de figurer dans diverses autres scènes d'intérieur hollandaises jusque dans les années 1660. Le collet flamand à échancrures profondes est devenu à la mode vers 1630 et n'a pas tardé à remplacer la fraise volumineuse provenant de la cour espagnole. Le corps de l'instrument n'est pas visible, mais la forme typique du manche ne laisse aucun doute. C'était l'un des instruments de musique les plus populaires du milieu du XVIIe siècle et l'instrument le plus souvent peint par Vermeer. Le verre tenu dans la main gauche n'est pas un simple verre d'eau. Il est probablement rempli de bière (fort probablement de la bock), vu la raie gris verdâtre clair à la surface du liquide brunâtre (probablement le faux col). La consommation de boissons alcooliques était un élément essentiel dans le commerce de la prostitution. Les courtisanes étaient censées persuader leurs clients de boire le plus possible avant de passer à la relation sexuelle.

Contrairement à la convention picturale des scènes de lupanar, l'entremetteuse androgyne de Vermeer n'y joue pas un rôle actif et n'est reconnaissable qu'à son costume uniformément sombre et à son regard sournois et pénétrant. Des radiographies ont révélé une forme de ton clair près de la main du galant ; c'était probablement la main droite avancée de l'entremetteuse avant que Vermeer ne la recouvre du noir du costume.

Le jeune galant à la mode (probablement un soldat, vu son manteau rouge) forme avec la courtisane l'élément central du tableau. Il s'apprête à laisser tomber une pièce de monnaie dans la main de la belle après avoir posé sa main gauche sur la poitrine de la dame. Une récente restauration en profondeur de la peinture a révélé qu'à l'origine, il ne portait pas de chapeau et était éclairé de la même manière que la jeune fille. De plus, il lui regardait le visage, plutôt que la pièce de monnaie.

Dirck van Baburen, L'Entremetteuse, 1622, huile sur toile, 100,2 x 105,3 cm, Museum of Fine Arts, Boston. La belle-mère de Vermeer, Maria Thins, possédait cette toile qui apparaît dans deux tableaux du peintre.
Gerrit van Honthorst, dit Gérard de la nuit, L'Entremetteuse, 1625, huile sur bois, 71 x 104 cm, Centraal Museum, Utrecht

L'Entremetteuse de Vermeer brise le moule traditionnel des scènes de lupanar en ce sens que les courtisanes y avaient non seulement des traits faciaux attrayants, mais aussi des poses provocantes, souvent les seins nus et des vêtements particulièrement exotiques. Les yeux baissés et le sourire chaleureux de celle de Vermeer ont peu à voir avec les courtisanes peintes par les contemporains du peintre, comme celle de L'Entremetteuse de Gerrit van Honthorst.

Quant au pichet à vin, on ne trouve dans aucune autre œuvre de Vermeer un objet peint avec une telle précision (on voit encore la trace du compas utilisé à cette fin dans les couches de peinture). Ce pichet a été fort probablement importé de Westerwald, région d'Allemagne renommée pour sa poterie depuis le XVIe siècle, vu son fond gris clair brillant et ses raies bleu vif (exécutées avec du lapis-lazuli pur) typiques de cette poterie, qui était exportée surtout en Angleterre, en France et aux Pays-Bas.

Des radiographies ont révélé que le tapis couvrait à l'origine toute la balustrade et que Vermeer a ajouté le manteau de fourrure sombre aux cinq boutons brillants après coup. On s'est jadis demandé si ce dernier n'était pas d'une autre main, mais les résultats de plusieurs analyses ont réfuté cette hypothèse. Les tapis orientaux colorés ont fait de nombreux adeptes comme moyens décoratifs de couvrir les tables et les coffres aux XVIe et XVIIe siècles. On trouve de tels tapis précieux dans neuf peintures de Vermeer. Celui de L'Entremetteuse présente un dessin spécial créé à Uşak, dans l'Ouest de la Turquie[6].

Provenance et expositions

La peinture faisait partie de la collection Waldstein à Duchcov. Elle fut achetée en 1741 pour l'électeur de Saxe[5]. Elle fut exposée en 1980 lors de l'exposition Restaurierte Kunstwerke in der Deutschen Demokratischen Republic (Œuvres d'art restaurées dans la République démocratique allemande) à l'Altes Museum, qui fait partie des Musées nationaux de Berlin. Elle se trouve maintenant à la Gemäldegalerie Alte Meister, à Dresde.

Références

  1. (en)Jon Boone, The Procuress: Evidence for a Vermeer Self-Portrait.
  2. Norbert Schneider, Vermeer 1632-1675 : Ou les sentiments dissimulés, Cologne, Taschen, 2005, p. 9, ISBN 3-8228-4656-2
  3. (en)John Michael Montias, Vermeer and His Milieu: A Web of Social History, Princeton University Press, 1991, p. 146.
  4. (es)Andrés Alés Sancristóbal, « La Joven de la perla : El espacio como elemento generador de conflicto dramático », Cauce, no 28, p. 7-32.
  5. a et b (en) Walter Liedtke, Michiel C. Plomp et Axel Ruger, Vermeer and the Delft School New Haven et Londres, Yale University Press, 2001, p. 372, 374, ISBN 0870999737.
  6. (en)Site Web d'Essential Vermeer sur L'Entremetteuse.

Sources

Arthur K. Wheelock, Jr., Johannes Vermeer, New Haven, Yale University Press, 1995, ISBN 0-300-06558-2.
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