Histoire de Damas

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Cette page relate l'histoire de Damas, capitale de l'actuelle Syrie.

Damas est située sur un plateau à 80 km de la mer Méditerranée. L'agglomération antique, protégée par une chaîne montagneuse à l'ouest, s'est développée autour d'une source d'eau importante, le Barada, qui alimente une oasis dans la partie orientale, la Ghouta, avant de se perdre dans la plaine désertique. La localisation de la ville est importante par la convergence de plusieurs grandes routes reliant les principales régions du Proche-Orient.

Préhistoire[modifier | modifier le code]

L'histoire ancienne de Damas nous est attestée par les fouilles entreprises à Tell Ramad, à la périphérie de la ville, qui ont démontré que la vieille ville était habitée dès 8 000 à 10 000 av. J.-C.[1], ce qui permet de la considérer parmi les villes les plus continuellement habitées dans le monde. Toutefois, Damas ne semble pas avoir eu de l'importance jusqu'à l’avènement des Araméens, nomades sémitiques arrivés de Mésopotamie[2]

Damas faisait partie de la province d'Amourrou dans l'empire des Hyksos, entre 1720 et 1570 av. J.-C.[3] La mention la plus ancienne dans les archives égyptiennes remonte à 1350 av. J.-C. sur les tablettes d'Amarna, où la ville (appelée Dimašqa) était dirigée par le roi Biryawaza. La région de Damas, comme le reste de la Syrie, était l'enjeu des affrontements entre les Hittites au nord et les Égyptiens au sud, qui se terminent par un traité de paix dans lequel Hattusili concède à Ramses II le contrôle de la région de Damas en 1259 av. J.-C.[4] L'arrivée des Peuples de la Mer, autour de 1200 av. J.-C. marquait la fin de l'âge du bronze dans cette région et apporta de nouveaux développements dans les techniques de la guerre[5]. Ces événements ont contribué à faire émerger Damas comme un nouveau centre d'intérêt dans une période de transition entre l'âge du bronze et l'âge du fer.

Damas est mentionnée dans la Bible, dans le livre de la Genèse (14;15), relatant l'histoire de la guerre des Rois à l'époque du patriarche Abraham[6], il est écrit « la ville de Damas est d'une grande beauté et toute description, si longue soit-elle, est toujours trop courte pour ses belles qualités »[7]

Araméens v. 1100 à 732 av. J.-C.[modifier | modifier le code]

Au début du Ier millénaire, plusieurs petits royaumes araméens apparaissent, ces peuples abandonnant progressivement leur mode de vie nomade et s'organisant en fédération d'états tribaux. Un de ces royaumes était Aram-Damas, centré sur Damas[2]. Les Araméens ont adopté le nom de Dammaśq pour leur nouvelle capitale. Remarquant le potentiel agricole de cette région peu habitée[8], ils ont développé un système de distribution d'eau en construisant des canaux et des tunnels, ce qui a optimisé le rendement de la rivière Barada. Le même réseau a été amélioré par les Romains et plus tard par les Omeyyades, et constitue encore de nos jours la base du système de distribution d'eau de la vieille ville[9]. Damas faisait initialement partie d'une fédération de tribus, connue sous le nom d'Aram-Zobah, et basée dans la vallée de la Beqaa[8].

La ville ne dominera le sud de la Syrie qu'à l'avènement d'Ezron, un prince ayant été écarté du trône d'Aram-Zobah, ce serait replié sur Damas qu'il a conquis en 965 av. J.-C. Ezron parvenant à prendre le contrôle de la ville, il fonde le royaume d'Aram-Damas. Avec son expansion vers le sud, ce nouvel état a empêché l'expansion du Royaume d’Israël au nord, et les deux royaumes se sont vite retrouvés en conflit, luttant pour dominer les voies commerciales vers l'Est[8].

Sous le règne du petit-fils d'Ezron, Ben Hadad Ier (880 - 841 av. J.-C.), et son successeur Hazaël, Damas annexa Bashan (actuelle région de Hauran), et repris les hostilités contre Israël. Ce conflit perdura jusqu'au début du VIIIe siècle av. J.-C., quand Ben Hadad II fut capturé par Israël après l’échec du siège de Samarie. Il fut alors contraint d'accorder à Israël des droits commerciaux à Damas[10].

Un rapprochement ou une alliance entre les royaumes d'Aram-Damas et d’Israël a dû se réaliser pour faire face à un ennemi commun, l'empire néo-assyrien qui cherchait à s'étendre vers l'ouest jusqu'à la Méditerranée. En 853 av. J.-C., le roi Hadadezer a mené une coalition levantine, y incluant les forces d'Aram-Hamath à des troupes de soldats envoyés par le roi Achab d’Israël Lors de la bataille de Qarqar contre l'armée assyrienne. Aram-Damas en est sorti victorieux, repoussant pour un temps l'emprise des Assyriens sur la Syrie. Entretemps, Hadadezer fut assassiné par Hazaël qui lui succéda, ce qui entraîna la fin de l'alliance levantine. Hazaël tenta d'envahir Israël, mais a été interrompu par une nouvelle invasion assyrienne. Hazaël replia son armée à l'intérieur de l'enceinte fortifiée de Damas, pendant que les Assyriens prenaient possession des autres territoires du royaume araméen. Incapables de pénétrer dans la ville, ils ont affermi leur domination sur les vallées de Hauran et de la Beqaa[10].

Vers la moitié du VIIIe siècle av. J.-C., Damas était pratiquement contrôlée par les Assyriens et rentra dans une période de décadence. Cependant, la ville est restée un centre économique important du Proche-Orient, elle a aussi maintenu l'influence de la culture araméenne. Le dernier roi araméen de Damas a été exécuté en 732 av. J.-C., faisant entrer la ville sous domination de l'empire assyrien pour longtemps. Cependant, la population s'était révoltée en 727, mais la rébellion a été réprimée par les forces assyriennes.

Après avoir lancé des campagnes militaires à travers l'ancien territoire araméen, l'Assyrie parvint à maintenir l'ordre à Damas. Cette stabilité fut mise à profit pour développer le commerce des épices et de l'encens en provenance d'Arabie. L'empire d'Assyrie commença à décliner en 609-605 av. J.-C., et la Syrie était convoitée par le pharaon d'Égypte Nékao II. En 572, toute la Syrie tomba dans l'escarcelle des néo-Babyloniens de Nabuchodonosor, mais le statut de Damas en ce temps-là est peu connu[11].

Les Achéménides 538 à 333 av. J.-C.[modifier | modifier le code]

Deux siècles de domination perse et l’éclipse partielle de Damas jusqu'à la conquête d'Alexandre de Macédoine.

Période gréco-romaine (Antiquité)[modifier | modifier le code]

Damas hellénistique 333 à 63 av. J.-C.[modifier | modifier le code]

Damas est conquise par Alexandre le Grand. Après la disparition d'Alexandre en 323 av. J.-C., Damas devient l'objet d'une lutte entre les empires séleucide et lagide. Le contrôle de la ville passe fréquemment d'un empire à l'autre. Seleucus Ier Nicator fait d'Antioche sa capitale, ce qui se traduit par la perte de l'importance de Damas au profit des nouvelles villes grecques comme Laodicée sur la côte nord. Au début du Ier siècle av. J.-C., Demetrius III Philopator réorganise la ville suivant un plan en damier typique des villes hellénistiques.

Après la défaite de l'expédition qu'Antiochos XII Dionysos lance contre Arétas III, roi d'Arabie Pétrée (Pétra), en 84 av. J.-C. et la mort de ce roi séleucide dans l'affrontement qui a eu lieu au sud de la mer Morte, « les gens de Damas en profitent pour mander Arétas, et l'installent sur le trône de Cœlé-Syrie, par haine de Ptolémée fils de Mennaeus[12]. » La Syrie était alors en proie à une véritable anarchie. Les Séleucides y avaient, par leurs éternelles luttes de familles, perdu toute autorité. C'est dans ce contexte que « les habitants de Damas, pour trouver un protecteur au milieu de cette anarchie, se donnèrent au chef des Nabatéens, Arétas (Al-Harith)[13]». Profitant de cette anarchie et suivant son exemple, d'autres chefs arabes s'emparent alors de plusieurs régions de Syrie. « Des émirs surgis du désert se taillaient des principautés dans les villes de l'intérieur, tandis que les villes plus sérieusement hellénisées comme Antioche et Séleucie se constituaient en ville libres[14]. » Arétas III règne sur Damas jusqu'en 72 av. J.-C., donnant au royaume nabatéen son extension historique maximale au Nord[15].

Damas romaine[modifier | modifier le code]

En 64 av. J.-C., le général Pompée annexe la partie occidentale de la Syrie à l'Empire romain. Les Romains occupent Damas et l’intègrent plus tard à la ligue des dix villes connue sous le nom de Décapole[16], elles-mêmes étant incorporées à la province de Syrie et bénéficiant d'un régime d'autonomie[17].

La ville de Damas est entièrement réaménagée par les Romains après la conquête de la région par Pompée. Encore aujourd'hui, la vieille ville de Damas conserve la forme rectangulaire des villes romaines, structurée autour de deux axes principaux : le Decumanus Maximus (d'Est en Ouest, connu aujourd'hui comme la Via recta ou Voie droite), et le Cardo (du Nord au Sud), le Decumanus étant deux fois plus long. Les Romains ont construit une porte monumentale qui survit encore à l'extrémité orientale du Decumanus Maximus. La porte comportait initialement trois arches, la voie centrale pour les véhicules et les arches latérales pour les piétons[18].

Selon Flavius Josèphe, Zénodore le roi d'Iturée ne se contente pas des territoires qu'il contrôle, mais il est complice des brigands qui se livrent à des actes de razzias et de pillages[19] dans la région de Trachonitide, au sud-est de Damas allant même jusqu'à faire des incursions dans la ville. Ses habitants s'en plaignent auprès du légat de Syrie pour qu'il leur vienne en aide. Bien qu'il proteste vigoureusement de son innocence[19], l'Empereur Auguste décide (vers 23 av.J.-C.[19]) de donner la Trachonitide à Hérode le Grand,[20] (Roi de Judée de 41 à 4 av.J.-C.) avec la tâche de rétablir l'ordre dans la région.

Les historiens considèrent en général que Damas a été confié au roi nabatéen Aretas IV Philopatris à partir d'une date inconnue située au plus tôt en 34. Toutefois, les seules preuves de ce fait sont une mention dans une lettre de l'apôtre Paul de Tarse adressée aux Corinthiens qui figure dans le Nouveau Testament, le fait que les monnaies romaines se raréfient jusqu'à disparaître à partir de 34, qu'on n'y trouve pas de monnaie de Caligula et de Claude et que les monnaies romaines ne réapparaissent qu'au cours du règne de Néron. Dans ces conditions, Rainer Riesner ou Martin Hengel estiment que cette administration nabatéenne sur la ville est très peu probable[21],[22]. Certains historiens, émettent l'hypothèse que Damas aurait pu être confié à Arétas IV en échange de son retrait de la tétrarchie de Philippe[23] qu'il a envahi à l'automne 36[24], taillant en pièce l'armée d'Hérode Antipas dans le secteur de Gamala.

Damas était devenue une métropole au IIe siècle et en 222 son statut passa à celui de colonia sous l'empereur Septime Sévère. Avec la Pax Romana, Damas et la province romaine de Syrie connaissent une grande prospérité. L'importance de Damas comme ville commerciale avait augmenté avec la convergence des routes caravanières de l'Arabie, de Pétra, de Palmyre, et la route de la soie en provenance de Chine passaient toutes par la ville.

Il reste peu de traces des constructions romaines, mais le plan urbain élaboré à l'époque allait avoir un impact durable sur la vieille ville de Damas. Les architectes romains avaient réussi à fusionner les tracés araméens et grecs et arranger le tout sous une nouvelle disposition s'étendant sur une superficie d'environ 1 500 m de long et 750 m de large, limitée par les murs de la ville. Les murailles de la vieille ville comptent sept portes, dont les plus anciennes remontent à l'époque romaine, mais seule la porte orientale (Bab Charki) reste un édifice romain encore visible. La Damas romaine repose encore à des profondeurs pouvant aller jusqu'à 5 m en dessous de la ville moderne.

L'ancien quartier de Bab Touma s'était développé à la fin de l'ère romaine par la communauté grecque orthodoxe. Selon les Actes des Apôtres, saint Paul et saint Thomas ont tous deux vécu dans ce secteur. Les historiens de l'Église catholique considèrent aussi Bab Touma comme le lieu de naissance de plusieurs papes, dont Jean V et Grégoire III.

Période byzantine[modifier | modifier le code]

À partir de 395 et la division de l'Empire romain, la Syrie est devenue une province de l'Empire romain d'Orient. Damas à cette époque a conservé toute son importance économique et stratégique[25]

Afin de protéger leur frontière orientale contre les attaques des Perses, les Byzantins avaient alors fortifié Damas qui était devenue un poste militaire avancé. Mais pour mieux résister aux incursions répétées des Perses, la défense des régions syriennes fut confiée à la tribu arabe des Ghassanides[26].

Ère islamique[modifier | modifier le code]

Les Arabes prennent le dessus militairement à partir de 635-636, et grâce à l'islam, parviennent à imposer durablement la langue arabe et une culture arabo-musulmane jusqu'à nos jours, sans effacer pour autant les présences chrétiennes et juives de la ville.

Conquête arabe de la Syrie romaine : 634-638[modifier | modifier le code]

Damas fut conquise par les armées musulmanes commandées par le général Khalid Ibn al-Walid en août et septembre 635. Son armée avait précédemment tenté de prendre la cité en avril 634, mais sans succès[27]. Les Byzantins, alarmés par la capture de la ville la plus prestigieuse du Levant, avaient décidé de la reconquérir. L'empereur byzantin Heraclius ordonna la mise sur pied d'une armée supérieure en nombre à celle des musulmans, et en mai 636 ses troupes s'avancèrent vers le sud de la Syrie, en conséquence Khalid ibn al-Walid se retira de Damas pour aller rejoindre les autres armées musulmanes et se préparer de nouveau à l'affrontement[28]. Les deux forces se sont retrouvées au mois d'août près de la rivière Yarmouk dans une bataille décisive qui s'est soldée par une victoire majeure des Arabo-musulmans, ce qui leur permit de reprendre Damas définitivement en décembre 636 après un long siège et la reddition négociée par les notables de la ville avec Amr Ibn al-As[29]. Ce fut bientôt la fin de la Syrie romaine.

Mouvements des troupes arabes et byzantines avant la bataille de Yarmouk.


Pendant que les musulmans administraient la ville, la majeure partie de la population demeurait chrétienne, composée d'orthodoxes orientaux et de monophysites. Cependant, une communauté croissante d'arabes musulmans arrivait de la Mecque, de Médine et du désert de Syrie[30]. L'émir désigné de la cité, devenue la capitale de la Syrie islamique, est Mu'awiya Ibn Abi Soufiane. Après l'assassinat du calife Ali en 661, Mu'awiya devint calife de l'empire musulman en expansion. La richesse et le prestige de son clan, les Omeyyades, donna le nom à la première dynastie musulmane. Étant donné l'importance des liens économiques traditionnels avec le Hijaz, mais aussi avec les tribus arabes chrétiennes de la région, Mu'awiya établit Damas comme capitale[31].



Capitale de l'empire Omeyyade 661 à 750[modifier | modifier le code]

Le calife Abd al-Malik succède à Mu'awiya en 685, il introduit un système monétaire islamique qui s'alimentait des revenus en provenance des différentes provinces de l'empire. L'arabe devint langue officielle de l'administration, donnant à la minorité musulmane un avantage par rapport aux chrétiens qui s'exprimaient en syriaque[31], c'est-à-dire en araméen de l'époque. Il faut souligner qu'au moment où Damas fut conquise par les musulmans, la majorité des Arabes étaient encore en majorité païens ou chrétiens. Damas elle-même était peuplée par des Syriaques (Araméens) avec une minorité arabe.

Cette période est symbolisée par la grande mosquée omeyyade de Damas. Le calife al-Walid initia sa construction en 706. Le site était auparavant occupé par la cathédrale Saint-Jean, et les musulmans conservèrent le petit mémorial dédié à saint Jean le Baptiste[32]. La grande mosquée fut achevée en 715. Al-Walid mourut la même année et lui succédèrent pour une courte période Suleyman Ibn Abdal-Malik (715-717) puis Omar Ibn Abdelaziz (717-720), avant le règne de Hisham Ier en 724. Avec ces successions, le statut de Damas comme capitale s’amoindrit avec l'installation de Suleyman à Ramla en Palestine, et plus tard Hisham préférant le lieu désertique d'al-Resafa pour diriger son empire. Avec le décès de ce dernier en 743, le califat Omeyyade - qui s'étendait de l'Espagne aux confins de l'Inde - commença à s'effriter à la suite de nombreuses révoltes. Durant le règne de Marwan II, en 744, la capitale était située encore plus au nord à Harran[33].

Période abbasside[modifier | modifier le code]

Le 25 août 750, les Abbassides pénètrent à Damas après avoir battu les Omeyyades à la bataille du Zab en Irak. Le califat est alors transféré à Bagdad. Damas devint en conséquence éclipsée et subordonnée à Bagdad, la nouvelle capitale de l'Islam. Durant les six premiers mois du règne des Abbassides, des révoltes éclatèrent dans la ville mais sans constituer une véritable menace. Ce qui n'a pas empêché l'exécution des derniers prétendants omeyyades, les notables traditionnels marginalisés, et les généraux damascènes furent écartés. Ensuite, le cimetière de la famille omeyyade fut désacralisé, et les murs de la ville détruits, réduisant Damas à une simple bourgade provinciale. Elle disparut pratiquement des chroniques historiques pour plus d'un siècle et la seule amélioration notable fut la construction du dôme du Trésor à l'intérieur de la grande mosquée sous les ordres du gouverneur abbasside Fadl Ibn Salih en 789. En 811, de lointains descendants omeyyades menèrent un fort soulèvement qui fut néanmoins réprimé[33].

Ahmad Ibn Touloun, désigné initialement en tant que gouverneur d'Égypte par les Abbassides, prit son indépendance rapidement et profitant des dissensions au sein du califat et de la menace byzantine, parvint à conquérir la Syrie et Damas en 878-79. Dans un acte de reconnaissance envers les Omeyyades, il érigea un mausolée sur le site abritant la sépulture de Mu'awiya. La présence des Toulounides à Damas fut brève, se maintenant jusqu'en 906 avant d'être remplacés par les Qarmates, un courant dissident du chiisme ismaélien. Ces derniers, ne parvenant pas à se maintenir longtemps dans les vastes territoires conquis, sont contraints de se retirer de Damas en 935 au profit de la dynastie des Ikhshidides, gouverneurs autonomes d'Égypte et du sud de la Syrie. Ils réussissent à maintenir l'indépendance de Damas des princes Hamdanides d'Alep jusqu'en 967. S'ensuivit une période d'instabilité pour la cité, avec un raid des Qarmates en 968 et une offensive des Byzantins en 970, en plus des menaces représentées par les Fatimides au sud et les Hamdanides dans le nord[33].

Fatimides[modifier | modifier le code]

La dynastie chiite des Fatimides étend son autorité sur Damas en 970, provoquant l'hostilité de la population sunnite locale qui se révoltait souvent. Le turc Alptekin reprit la ville aux Fatimides cinq ans plus tard et usa de diplomatie pour contenir la menace byzantine. Mais en 977, les Fatimides revinrent conquérir la ville sous le calife al-Aziz et réprimèrent les opposants sunnites. Le géographe arabe al-Muqaddasi, visita Damas en 985, remarquant l'architecture et les infrastructures "magnifiques" de la ville, mais des conditions de vie déplorables. Sous le calife al-Aziz, la cité connut une certaine stabilité qui prit fin avec le règne d'al-Hakim (996-1021). En 998 il ordonna que des centaines de personnalités damassines soient exécutées pour incitation à la rébellion. Trois années après la mystérieuse disparition d'al-Hakim, des tribus du sud syrien se liguèrent pour se libérer des Fatimides, mais ils furent battus en 1029 par le général turc Anushtakin al-Duzbari, gouverneur fatimide de Syrie et de Palestine. Sa victoire lui permit de devenir le maître de toute la Syrie, déplaisant au pouvoir central fatimide, mais gagnant l'admiration du peuple de Damas. Il fut exilé par le pouvoir fatimide à Alep où il mourut en 1041[34]. Après cette date et jusqu'en 1063, il n'y a pas de chroniques historiques connues de la ville. En ce temps là, Damas s'était appauvrie, s'était vidée de sa population et n'avait plus d'administration civile[35].

Le renouveau de Damas sous les Seljoukides et les Ayyoubides[modifier | modifier le code]

Avec l'arrivée des turcs Seljoukides vers la fin du XIe siècle, Damas retrouva son rôle de capitale. La dynastie qui régna à Damas a été fondée par Abu Said Taj-ad-Dawla Tutush Ier en 1079 et son fils Abu Nasr Duqaq lui succéda en 1095. Les Seljoukides installèrent une cour à Damas et effacèrent tous les symboles chiites dans la cité. La ville connut un développement de la vie religieuse par le financement d'institutions éducatives (madrasas) ou caritatives et hospitalières (maristan) grâce au soutien de dotations privées. Damas devient rapidement l'un des plus importants centres du savoir de la pensée islamiques. Après la mort de Duqaq en 1104, son mentor (atabeg) Toghtekin, prit le contrôle de Damas et inaugura la branche Bouride de la dynastie seljouke. Sous Duqaq et Toghtekin, Damas connut la stabilité, le prestige et une prospérité économique renouvelée. En plus, la majorité sunnite de la cité profita des conditions plus favorables à leur communauté, dirigé aussi par différents souverains d'origine turque, eux-mêmes soumis à l'autorité morale des califes abbassides de Baghdad[36].

Alors que les dirigeants de Damas étaient préoccupés par leur conflit avec les autres Seljouks d'Alep ou de Diyarbakir, les Croisés étaient parvenus au Levant en 1097, avaient conquis Jérusalem, la Palestine et le mont Liban. Duqaq semble s'être accommodé de la présence croisée dont le territoire était comme une zone tampon entre la Syrie et le califat fatimide en Égypte. Mais Toghtekin se méfiait des envahisseurs occidentaux et les considérait comme une menace potentielle pour Damas, dont la souveraineté s'étendait jusqu'à Homs dans le Nord, à la vallée de la Bekaa, le Hauran ainsi que les plateaux du Golan. Grâce au soutien militaire du gouverneur de Mosoul Sharaf addin Mawdoud, il parvenait à stopper les raids croisés sur le Golan et dans la vallée du Hauran. Mawdoud fut assassiné dans la grande mosquée Omeyyade en 1109, privant Damas du soutien des musulmans du nord et obligeant Toghtekin à conclure une trêve avec les Croisés en 1110[37].

Après le décès de Toghtekin en 1128, son fils Tajaddine Buri devint le souverain de Damas. Cependant, le prince seljoukide de Mosoul, Imad al-dine Zengi, prit le contrôle d'Alep, et obtint un mandat du califat abbasside pour étendre son pouvoir à Damas. En 1129, plus de 6 000 chiites ismaéliens sont tués dans la cité avec leurs chefs. Des rumeurs de complot provoquèrent les sunnites qui soupçonnaient les ismaéliens de collision avec les Croisés pour prendre Damas en contrepartie du contrôle du port de Tyr, en plus de celui de Banias déjà en leur possession. Juste après le massacre, les Francs décidèrent de prendre l'avantage en se lançant à l'assaut de Damas avec une armée de 60 000 hommes. Cependant, Buri fit alliance avec Zengi et parvint à dérouter l'armée ennemie et l'empêcha d'avancer vers la cité[38]. Buri fut assassiné par un ismaélien en 1132. Son fils Shams al-Mulk Ismail lui succéda, son règne fut tyrannique jusqu'à ce qu'il fût assassiné à son tour en 1135 sur les instructions secrètes de sa mère, Safwat al-Mulk Zumurrud. Le frère d'Ismail, Shihabaddine Mahmoud, le remplaça. Cependant Zengi, désirant prendre le pouvoir à Damas, se maria à Safwat al-Mulk en 1138. Le règne de Mahmoud prit fin en 1139 lorsqu'il fut tué pour d'obscures raisons par des membres de sa famille. Mu'inaddine Unur, son mamelouk (esclave affranchi et garde rapproché) prend le pouvoir effectif dans la cité, ce qui poussa Zengi, avec le soutien de Zumurrud, à assiéger Damas la même année. En réaction, Damas s'allia au royaume franc de Jérusalem, afin de résister aux forces de Zengi. En conséquence, l'armée de Zengi se retira et celui-ci se concentra sur l'organisation de campagnes militaires dans le nord de la Syrie[39]. Ainsi Zengi parvint à soumettre le comté d'Edesse en 1144, un bastion des Croisés au Levant. Cette situation provoqua le lancement de la deuxième Croisade en 1148. Entretemps, Zengi fut assassiné et son territoire partagé parmi ses fils. L'un d'entre eux, Noureddine, émir d'Alep, conclut une alliance avec Damas.

Quand les forces croisées arrivèrent d'Europe en Terre Sainte, ils tombèrent d'accord avec les nobles de Jérusalem pour attaquer Damas en priorité. Leur siège, mal organisé, échoua complètement. Alors que la ville semblait sur le point de tomber, les divisions parmi les chefs croisés entraînèrent le désordre et l'attaque fut repoussée par les renforts venus du nord. En 1154, Noureddine devint le maître incontesté de Damas[40].

En 1164, le roi de Jérusalem Amalric envahit l'Égypte des Fatimides qui firent appel à Noureddine, celui-ci envoya son général Shirkuh qui parvint à vaincre les Croisés à la bataille d'al-Babein en 1166. Quand Shirkuh mourut en 1169, il fut remplacé par son neveu Youssef, mieux connu sous le nom de Saladin ou Salaheddine. Celui-ci parvint à briser le siège de Damiette entrepris par une coalition croisée-byzantine[41], et avec le temps son autorité s'imposa jusqu'à devenir sultan d'Égypte et chasser les califes fatimides. Il était devenu plus autonome par rapport à Damas, et avec le décès de Noureddine Zengi et d'Amalric la même année, l'occasion lui était donnée de prendre le contrôle des territoires syriens de Zengi[42]. Ainsi, Saladin entra à Damas en novembre 1174. Face aux Croisés, il fut battu à la bataille de Montgisard en 1177 malgré sa supériorité numérique. Il mena un siège sur Kerak en 1183, mais fut contraint de retirer ses troupes. Finalement en 1187, il organisa une vaste campagne pour capturer Jérusalem. Les Croisés furent entraînés dans un piège à la bataille de Hattin en juillet, où leur armée fut pratiquement anéantie. Acre tomba peu après, et finalement Jérusalem était reprise en octobre. Ces événements choquèrent en Europe, ce qui conduisit à la Troisième Croisade en 1189[43].

Les Croisés arrivés d'Europe établirent un long siège d'Acre qui dura jusqu'en 1191. Après avoir repris Acre aux musulmans, Richard cœur de Lion vainquit Saladin à la bataille d'Arsuf en 1191 puis à la bataille de Jaffa en 1192, récupérant une grande partie de la côte aux chrétiens, mais ne réussissant pas à prendre pied à l'intérieur des terres du royaume ayyoubide ni à reprendre Jérusalem. La croisade prit fin pacifiquement à la suite du traité de Ramla en 1192, Saladin permit le pèlerinage des croisés à Jérusalem, lesquels étaient retournés chez eux après avoir accompli leur devoir religieux. Les barons natifs du Levant entreprirent de reconstruire un royaume franc autour d'Acre et les autres cités côtières[44].

Saladin mourut en 1193, et de nombreux conflits eurent lieu entre les sultans ayyoubides régnant à Damas ou au Caire. Damas était la capitale de sultans indépendants entre 1193 et 1201, entre 1218 et 1238, entre 1239 et 1245, et entre 1250 et 1260. À d'autres périodes, elle était dirigée par des souverains ayyoubides d'Égypte.

Période mamelouke[modifier | modifier le code]

Le règne et l'indépendance ayyoubide prennent fin avec l'invasion mongole de la Syrie en 1260, et après la défaite mongole à Ain Jalut la même année, Damas devint une capitale provinciale de l'empire mamelouk d'Égypte. La peste noire de 1348-1349 tua près de la moitié de la population de la ville[45]. Les sultans et gouverneurs mamelouks réutilisèrent les palais construits à Damas par les princes ayyoubides[46].

En décembre 1400 le chef tatar Tamerlan assiégea Damas. Le sultan mamelouk envoya du Caire une délégation de notables, incluant Ibn Khaldoun, pour négocier avec lui, mais la ville fut néanmoins mise à sac et incendiée durant trois jours en mars 1401. La grande mosquée des Omeyyades n'échappa pas aux flammes et de nombreux damascènes furent réduits en esclavage et déportés. Ainsi Tamerlan ramena avec lui de nombreux artisans captifs dans sa capitale, Samarkand. Ces citoyens furent les plus chanceux, la plupart étaient massacrés sans pitié et leurs corps entassés à l'extérieur du coin nord-est des murailles de la ville. En témoigne encore un square de la ville moderne dénommé burj-a-ru'uss, qu'on peut traduire par « tour aux têtes. »

Après sa reconstruction, Damas continua d'être une capitale provinciale de l'empire mamelouk jusqu'en 1516.

Damas sous domination ottomane[modifier | modifier le code]

La conquête ottomane de la Syrie débute en 1516. Les Ottomans, conscients du danger d'une alliance entre les Mamelouks et les Perses safavides, entamèrent une campagne de conquête pour soumettre les derniers sultans mamelouks. Le gouverneur mamelouk abandonna Damas le 21 septembre, et le prêche du vendredi fut prononcé dans la grande mosquée au nom de Sélim Ier le 2 octobre 1516. Le lendemain, celui-ci fit une entrée triomphale dans la ville, y restant pendant trois mois. Le 15 décembre, il quitta Damas par Bab al-Jabiya, se dirigeant vers l'Égypte. Après son retour en octobre 1517, le sultan ordonna la construction d'une mosquée, la tekkiyé, et d'un mausolée au sanctuaire du cheikh Mohi-eddine Ibn Arabi dans la localité d'Al Salehiye. C'étaient les premiers grands monuments de Damas construits par les Ottomans.

Les Ottomans firent de Damas la capitale du pachalik de Damas (ou eyalet de Syrie). À cause de son importance comme un point de départ de l'une des deux grandes caravanes en partance pour la Mecque, Damas était considérée avec plus d'intérêt par la Sublime Porte que son poids ne l'aurait demandé. En effet, à la même époque, Alep était plus populeuse et économiquement plus importante. Ainsi en 1560 la mosquée où se regroupaient les pèlerins, la tekkiyé Suleymaniyé était complétée avec le concours du célèbre architecte ottoman Mimar Sinan. Peu de temps après une madrasa a été construite dans l'enceinte extérieure.

Sous le règne ottoman, les juifs et les chrétiens étaient soumis à l’impôt relatif à leur statut de dhimmis mais ils étaient autorisés à pratiquer leur culte. En 1840 une sombre accusation de meurtres rituels étaient portée à l'encontre de membres de la communauté juive de Damas.

Le massacre des chrétiens qui s'est déroulé à Damas en juillet 1860 était aussi un incident retentissant de cette période, initié par la haine répandue quand des combats éclatèrent entre Druzes et Maronites au mont Liban quelques mois plus tôt. Plusieurs milliers de chrétiens furent tués, et plusieurs milliers d'autres furent sauvés grâce à l'intervention de l'émir Abdelkader et de ses hommes (au troisième jour des massacres) lesquels les ont conduits en lieu sûr dans sa résidence et dans la citadelle[47]. Le quartier chrétien de la vieille ville (peuplé principalement de catholiques) a été totalement brûlé y compris de nombreuses églises. Les habitants chrétiens (orthodoxes) du district pauvre et notoirement réfractaire de Midan situé à l’extérieur des murailles, ont été quant à eux protégés par leurs voisins musulmans.

En 1865, la province change de statut et devient le vilayet de Syrie qui dura jusqu'en 1918.

Un missionnaire américain, E.C. Miller, rapporte que la population de la ville en 1867 était d'environ 140 000 individus, dont 30 000 chrétiens, 10 000 juifs et 100 000 « mahométans » avec moins d'une centaine de chrétiens protestants[48].

Le Chemin de fer de Beyrouth à Damas est ouvert en 1895, le chemin de fer de Damas à Alep en 1906 et le chemin de fer du Hedjaz, qui relie Damas à Médine, en 1908.

La période contemporaine[modifier | modifier le code]

Première guerre mondiale et tentative d'indépendance[modifier | modifier le code]

Au début du XXe siècle, le sentiment nationaliste se développe à Damas. Initialement d'aspect culturel, il prend davantage une tournure politique, principalement en réaction au programme de turquisation menée par le gouvernement du Comité Union et Progrès (CUP) établi à Constantinople en 1908. Damas devient une base d'opérations ottomane pendant la campagne du Proche-Orient. Djemal Pacha, gouverneur de la Syrie ottomane, ordonne l’exécution par pendaison de plusieurs dizaines d'intellectuels nationalistes à Beyrouth et Damas en 1915 et 1916, ce qui renforce le sentiment national arabe, et en 1918, alors que se rapprochent les forces de la Révolte arabe alliées aux forces impériales britanniques, les tirs des résistants harcèlent les troupes ottomanes dans leur retraite.

Le futur statut de la Syrie reste longtemps incertain. En novembre 1917, le gouvernement bolchevique rend public l'accord Sykes-Picot par lequel la Grande-Bretagne et la France se partageaient le Proche-Orient, Damas étant destinée à la zone d'influence française. En réaction, la proclamation franco-britannique du 17 novembre promet la « complète et définitive libération des peuples arabes si longtemps opprimés par les Turcs. »

La bataille de Damas, en 1918, se déroule pour l'essentiel à la périphérie de la ville. Le 1er octobre 1918, la 3e brigade australienne dirigée par le major 'Harry' Olden entre à Damas, suivie par T.E. Lawrence, conseiller de la guérilla arabe[49]. Deux jours plus tard, le 3 octobre 1918, les forces arabes du prince Faysal entrèrent à leur tour à Damas[50].

Un gouvernement militaire est formé sous la direction de Choukri al-Kouatli, et l'émir Faysal Ibn Hussein est proclamé roi des Arabes. Le Congrès national syrien adopte une constitution démocratique en mars 1919 et proclama le Royaume arabe de Syrie (Palestine et Liban inclus) le 8 mars 1920. Cependant, la conférence de Versailles attribue à la France un mandat sur la Syrie. Les troupes françaises commandées par le général Mariano Goybet franchissent l'Anti-Liban et, bien dotées en artillerie et blindés, dispersent les troupes chérifiennes à la Bataille de Khan Mayssaloun et entrent à Damas le 25 juillet 1920. Les Français font de Damas la capitale d'un éphémère État de Damas intégré à leur mandat de la SDN sur le Levant.

Le mandat français (1920-1946)[modifier | modifier le code]

Damas en flamme à la suite des bombardements de 1925

En 1925, quand la grande révolte syrienne éclate dans le djebel druze, puis se propage à Damas en octobre 1925, les militaires français mènent une dure répression et bombardent la ville le 18 octobre. Le gouvernement français décide de rappeler le général Maurice Sarrail, remplacé par Henry de Jouvenel qui est nommé le 8 novembre haut-commissaire au Levant[51]. En conséquence de ces bombardements qui auront duré trois jours, la zone de la vieille ville située entre le souk Al-Hamidiya et le souk de Medhat pacha est entièrement brûlée, causant de nombreux morts, le quartier est depuis connu sous le nom d'al-Hariqa (l'incendie). La vieille ville est alors entourée de fils barbelés afin d'empêcher les incursions des rebelles à partir de la Ghouta, et une nouvelle route est construite à l'extérieur des remparts pour faciliter les mouvements des véhicules militaires.

En juin 1941, après trois semaines d'une violente campagne militaire, Damas est reprise aux troupes de Vichy par des régiments britanniques et les Forces françaises libres (FFL). Le 3 janvier 1944, la France reconnaît la souveraineté de la Syrie et du Liban. Néanmoins, des troubles éclatent et le 29 mai 1945, le général Oliva-Roget fait bombarder Damas et son parlement, causant la mort de plusieurs centaines de civils[52]. L'intervention des Anglais permet de calmer les choses. Les Français acceptent alors de remettre le commandement de l'armée aux Syriens en juillet 1945 et de retirer leurs troupes, ce qui sera complété neuf mois plus tard. La Syrie indépendante confirme le statut de Damas comme capitale.

Les développements modernes de l'agglomération de Damas[modifier | modifier le code]

Sous la domination ottomane, Damas est promue capitale du Bilad ash Shâm vers les années 1800. Jusqu'à la fin du XIXe siècle, la cité principale de Damas est délimitée par les murs de la vieille ville. C'est à partir de cette période que l'agglomération connait une première phase de croissance, la surface urbanisée double entre 1860 et 1923. L'administration ottomane, ou Grand Sérail, est installée à la place Merjeh, et favorise l'extension de la ville hors des murs. Cette place devient le centre de nouveaux moyens de transports, comme le tramway (inauguré en 1907) et le lieu de construction de la gare du train partant pour le Hijaz (1913)[53]

La population de Damas doubla une première fois entre 1930 et 1955 (le nombre d'habitants est passé de 197 000 à 408 000), et doubla encore entre 1955 et 1970 (836 000 habitants recensés - source Anne-Marie Bianquis)[54]. La population en 2004 est de 3,5 millions d'habitants. Cette croissance significative reflète l'importance et la centralité de Damas par rapport au reste du pays. La ville a connu plusieurs vagues de réfugiés, dont les plus importantes sont d'abord l'afflux des Palestiniens dans les années 1950 après la création de l'État d’Israël et la guerre israélo-arabe de 1948-49. L'arrivée de ces nouveaux habitants obligea les autorités à construire le camp de Yarmouk au sud de Damas, le plus grand camp de réfugiés palestiniens de Syrie, aujourd'hui pleinement intégré au tissu urbain[53]. Une deuxième vague de réfugiés se manifeste avec l'arrivée de centaines de milliers d'irakiens entre 2003 et 2005[55] à la suite de l'invasion américaine de l'Irak.

Sous le mandat français et lors de la Première république syrienne, la ville moderne commence à s'affirmer avec la création d'institutions étatiques comme l'université de Damas, inaugurée en 1923, le musée national (1936). Un nouveau centre ville se développe avec l'installation du Parlement (1932), des ministères de la Syrie indépendante, et le siège de la Banque centrale (1953)[53].

Capitale de la Syrie sous la domination du régime baasiste[modifier | modifier le code]

Boutique de pain entre 1965 et 1983. Photographie de Jan-Henk Kleijn, Nationaal Museum van Wereldculturen.

Avec l'arrivée au pouvoir du parti Baath en 1963, Damas devient le centre des décisions politiques et économiques du pays, et le lieu où se concentrent les principales réalisations de prestige du régime. Quand Hafez al-Assad (1970-2000) arrive au pouvoir, de grands travaux d'urbanisme sont entrepris pour montrer la puissance de l'État. Ainsi sont construits l'Institut des arts dramatiques (1977), la bibliothèque nationale Al-Assad (1984) et le palais présidentiel (1980) qui domine la ville. Le coût de ce dernier est estimé alors à 2 milliards de dollars[55]. Sous Bachar al-Assad, la loi de libéralisation économique décidée en 2003 permet à Damas de s'ouvrir aux investissements étrangers. Malgré quelques réalisations d'envergure, comme l'opéra de Damas (2004)[53] ou le Four Seasons hotel au centre de la ville (2005), les conditions de vie restent précaires.

Une agglomération surpeuplée (le nombre d'habitants est estimé à 5 millions en 2012), l'habitat illégal et l'accès à l'eau restent des problèmes majeurs[55]. La pression démographique menace les terres agricoles de l'oasis de la Ghouta dont la richesse jadis nourrissait et faisait vivre la ville[54].

Guerre civile syrienne[modifier | modifier le code]

La révolte contre le régime de Bachar al Assad commença par des mouvements de protestations pacifiques au printemps 2011 puis évolua progressivement en affrontements armés puis en guerre civile. Le 6 janvier 2012, un attentat à la voiture piégée tua plus de 26 personnes, principalement des civils. Les autorités imputent cette attaque suicide à un groupe de terroristes. En janvier 2012, les affrontements entre armée et rebelles parviennent aux faubourgs de Damas, empêchant les habitants de quitter ou d'atteindre leur maisons, surtout quand les opérations sécuritaires se sont intensifiés vers la fin janvier[56].

Le 17 mars 2012, deux voitures remplis d'explosifs frappent le centre ville, ciblant les services de renseignement de l'armée de l'air et le siège des Forces de Sécurité, faisant au moins 27 morts, pour la plupart des civils[57]. Un groupe jihadiste radical nommé « al-Nosra » revendique cette attaque[58].

En juin 2012, de violents combats se déroulent dans les rues de Damas où les forces du régime affrontent l'Armée syrienne libre (ASL). Des tirs de tanks atteignent le quartier résidentiel de Qaboun à la périphérie de la ville. Selon les résidents et d'après les vidéos postés sur Internet, d'intenses échanges à l'arme automatique ont marqué cet épisode[59].

Depuis la bataille de Damas, la ville a connu un état de siège, avec des points de contrôles armés et des patrouilles régulières.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. whc.unesco.org
  2. a et b Burns 2005, p. 9
  3. MacMillan, p. 30–31
  4. Burns 2005, p. 5–6
  5. Burns 2005, p. 7
  6. « Le cycle d'Abraham : Histoire et promesse de descendance Genèse 14,1-15,21 », sur Bibliques.com
  7. « Les cités araméennes: Damas », sur http://antikforever.com/ (consulté le 3 novembre 2015)
  8. a b et c Burns 2005, p. 10
  9. Burns 2005, p. 13-14
  10. a et b Burns 2005, p. 11
  11. Burns 2005, p. 21-23
  12. Flavius Josèphe, La Guerre des Juifs, Éd. de Minuit, Paris, 1977, p. 134.
  13. René Grousset, Histoire de l'Arménie, Payot, 1984 (ISBN 2-228-13570-4), p. 87.
  14. René Grousset, op. cit., p. 87.
  15. Christian Augé et Jean-Marie Dentzer, Pétra, la cité des caravanes, Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard / Archéologie » (no 372), 1999.
  16. Warwick Ball 2002, Rome in the East : The Transformation of an Empire, p. 181.
  17. Michael Berenbaum, Encyclopaedia Judaica, t. 5, sous la dir. de Fred Skolnik, Granite Hill Publishers, 2007, p. 527
  18. romeartlover, Damascus: the ancient town
  19. a b et c Christian-Georges Schwentzel, Hérode le Grand, Pygmalion, Paris, 2011, p. 62.
  20. Jerry Knoblet 2005, Herod the Great University Press of America.
  21. Rainer Riesner 1998, Paul's Early Period : Chronology, Mission Strategy, Theology Wm. B. Eerdmans Publishing p. 73-89
  22. Martin Hengel 1997, Paul Between Damascus and Antioch : The Unknown Years Westminster John Knox Press p. 130
  23. (de) M. Lindner, Petra und das Königreich der Nabatäer, Munich, Delp, 1974, p. 130-131.
  24. Il y a une quasi-unanimité pour suivre les indications chronologiques fournies pas Flavius Josèphe et situer cette bataille en 36 ; cf. Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère : Des prêtres aux rabbins, éd. P.u.f./Nouvelle Clio, 2012, p. 407 ; Christian-Georges Schwentzel, Hérode le Grand, Pygmalion, Paris, 2011, p. 216-217; E. Mary Smallwood, The Jews under Roman Rule, p. 189 ; Lester L. Grabbe, Judaïsm from Cyrus to Hadrian, t. II, Mineapolis, Fortress Press, 1992, p. 427 ; Nikkos Kokkinos, in Chronos, Kairos, Christos: Nativity and Chronological Studies Presented to Jack Finegan, sous la dir. de Jerry Vardaman et Edwin M. Yamauchi, éd. Eisenbrauns, 1989, p. 135. Toutefois, pour résoudre la contradiction entre Flavius Josèphe qui fournit des indications qui place la mort de Jean le Baptiste vers 35 et la tradition chrétienne qui la situe en 29, Christiane Saulnier reprend la proposition d'Étienne Nodet qui suppose que Josèphe s'est trompé et place donc cette bataille avant 29. Cette proposition ne rencontre toutefois pas une grande réception.
  25. syriatoday.ca
  26. Briquel-Chatonnet Françoise 1991, « Les Arabes en Arabie du nord et au Proche-Orient avant l'Hégire », Revue du monde musulman et de la Méditerranée, année 1991, volume 61, numéro 1, p. 37-44, consulter en ligne [1]
  27. Burns 2005, p. 98–99
  28. Burns 2005, p. 100
  29. Philippe Conrad, 2003 sur clio.fr : https://www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/la_conquete_musulmane_de_l_orient.asp
  30. Burns 2005, p. 105
  31. a et b Burns 2005, p. 106–107
  32. Burns 2005, p. 113
  33. a b et c Burns 2005, p. 121–122
  34. Burns 2005, p. 137–138
  35. Burns 2005, p. 139
  36. Burns 2005, p. 142
  37. Burns 2005, p. 147
  38. Burns 2005, p. 148–149
  39. Burns 2005, p. 151
  40. Phillips, Jonathan (2007). The Second Crusade: Extending the Frontiers of Christendom. Yale University Press. p. 216–227.
  41. Hans E. Mayer, The Crusades (Oxford University Press, 1965, trans. John Gillingham, 1972), p. 118–120.
  42. Tyerman, Christopher (2006). God's War: A New History of the Crusades. Penguin. p. 350.
  43. "The Third Crusade: Richard the Lionhearted and Philip Augustus", in A History of the Crusades, vol. II : The Later Crusades, 1189–1311, éd. R. L. Wolff and H. W. Hazard (Madison, Wisconsin: University of Wisconsin Press, 1969), p. 45–49.
  44. Wolff et Hazard, p. 67–85
  45. Islamic city. Encyclopædia Britannica
  46. Mathieu Eychenne, « Toponymie et résidences urbaines à Damas au xive siècle », Bulletin d’études orientales, Tome LXI | décembre 2012, mis en ligne le 20 mars 2013 [2]
  47. « L'émir Abd el-Kader (1808-1883) », sur apparitionsmariales.org
  48. Ellen Clare Miller, 'Eastern Sketches – notes of scenery, schools and tent life in Syria and Palestine'. Édimbourg, William Oliphant and Company. 1871. page 90. quoting Eli Jones, a Quaker from New England.
  49. Barker, A. (1998) "The Allies Enter Damascus", History Today, Volume 48
  50. Roberts, P.M., World War I, a Student Encyclopedia, 2006, ABC-CLIO, p. 657
  51. Hugues Moreau, « Henry de Jouvenel Répertoire numérique 5 J 1 - 573 1866-2007 », sur Département de la Corrèze Archives départementales
  52. Samir Anhoury, « La Syrie et le Mandat français (1920-1946) », sur maaber,
  53. a b c et d Leila Vignal, « Les Chemins de Damas : de l’oasis à la ville moderne », sur Place publique, la revue urbaine de l'agglomération rennaise,
  54. a et b BIANQUIS, Anne-Marie. XI - Damas et la Ghouta In : La Syrie d’aujourd’hui [en ligne]. Aix-en-Provence : Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman, 1980. Disponible sur Internet : http://books.openedition.org/iremam/749 . (ISBN 9782271081261).
  55. a b et c Fabrice Balanche, « Une ville sous le contrôle du Baas, Damas, capitale de la Syrie », sur Academia.edu,
  56. (en) « Public transportation in Damascus is having an uphill go of it », archivé de l'original le 21 mars 2012.
  57. (en) « Twin bombings in Damascus kill at least 27, almost 100 hurt », archivé de l'original le 21 mars 2012.
  58. (en) « Flashpoint international: Jabhat al-Nusra Claims Credit for Twin Bombings in Damascus », Flashpoint-intel.com, consulté le 1er septembre 2013.
  59. (en) « Heavy gunfire in Syria's capital during the weekend », Haaretz, 10 juin 2012, consulté le 10 juin 2012.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Ross Burns, Damascus: A History, Routledge, (ISBN 978-0-415-27105-9, lire en ligne).
  • (en) Duchess of Hamilton Jill, First to Damascus: The story of the Australian Light Horse and Lawrence of Arabia, (ISBN 0-7318-1071-6).
  • (en) Yohanan Aharoni et Michael Avi-Yonah, The MacMillan Bible Atlas, Carta Ltd., (ISBN 0-7318-1071-6).
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