Guillaume Bourgeois

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Guillaume Bourgeois est un historien contemporanéiste français. Il est maître de conférences (HDR) à l’Université de Poitiers et directeur de l'Atlas historique de la Nouvelle-Aquitaine[1]. Pionnier, dès le milieu des années 1980, des recherches reliant intelligence artificielle, matière historique et grands domaine documentaires, il est spécialiste de l’histoire politique et sociale du XXe siècle. Il s’attache principalement à l’étude du phénomène communiste et à une sociologie des réseaux de renseignement ; il est à ce titre reconnu en tant qu’expert de l’activité des services spéciaux soviétiques. Il est l’un des fondateurs de la revue Communisme, en 1982, aux Presses universitaires de France.

L’historien et l’intelligence artificielle[modifier | modifier le code]

Après avoir achevé, en 1983, sa thèse dirigée par l’historienne Annie Kriegel et soutenue devant un jury présidé par René Rémond[2], il fait une première carrière professionnelle dans l’industrie informatique touchant à l’heuristique documentaire[3]. La Télémathèque, qu’il a fondée en 1984 avec l’ingénieur Jean-Michel Forestier, développe de nombreux produits qui seront primés, notamment par le Bureau de l’innovation pédagogique de la Direction des lycées et collèges[4]. L’un d’entre eux fait dire à Daniel Garric, alors le principal gourou du numérique : « C'est la première fois que l'on peut étudier l'histoire de façon non linéaire, sous tous ses aspects... L'un des programmes les plus révolutionnaires de ces dernières années... Exceptionnel ! »[5]. Parallèlement, La Télémathèque conçoit des systèmes de pilotage multimédia dont celui du vidéodisque de la Bibliothèque nationale « Images de la Révolution française »[6]. Son logiciel, Chronos, se compose de deux couches superposées : une partie répond « intelligemment » à l’utilisateur et lui suggère des pistes de recherche supplémentaires avant d’accéder à une base de données pilotée par un système expert »[7] ; outre les dictionnaires et la bibliographie, Chronos offre aux utilisateurs la possibilité d’ajouter leurs propres données[8]. Au plan théorique, Guillaume Bourgeois postule que les « ordinateurs ont besoin de culture générale »[9] ; en une période où Internet n’existe pas encore, où les ordinateurs sont peu puissants, il faut dépasser leurs premières utilisations décevantes[10]en appliquant à la recherche documentaire en sciences humaines des modèles hiérarchiques hérités des technologies reproduisant les raisonnements humains[11], analyse qui préfigure ce que Tim Berners-Lee appellera dix ans plus tard le « web sémantique ».

Guillaume Bourgeois enseigne à partir de 1996 dans l’académie de Montpellier. Formateur dédié à la préparation des concours de l’enseignement, il est par ailleurs chargé du développement du numérique l’IUFM de Poitou-Charentes. Maître de conférences au département d’histoire de la Faculté des Sciences humaines et Arts de l’Université de Poitiers à partir de 2000, il y fonde immédiatement le DESS Web éditorial, aujourd’hui Master Web éditorial, qu’il dirigera pendant sept ans, ainsi que le Master Compétences documentaires avancées. Il coordonne par ailleurs, avec sa consœur Françoise Auboin, un parcours de licence consacré à la documentation et à l’archivistique et crée ultérieurement un parcours « Métiers de la presse et de la communication » préparatoire aux concours des écoles de journalisme. Guillaume Bourgeois enseigne parallèlement l’histoire et la sociologie de la presse à l’Institut des techniques avancées de l’information et des médias et à l’École supérieure de journalisme de Paris ainsi qu’au sein de deux prépas Sciences Po poitevines (Sciences humaines et Arts/Lettres et Langues).

Parcours académique et carrière universitaire[modifier | modifier le code]

Guillaume Bourgeois intègre en 1981 l’équipe du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français de Jean Maitron. Il participe au projet prosopographique et à l’élaboration d’itinéraires de cadres communistes dissidents pour la période 1939-1940. Il publie ainsi une vingtaine de grandes biographies dont celles de Marcel Cachin et de Marcel Gitton. À partir de l’année suivante, il publie au moins un article par an dans la revue Communisme, autant sur les domaines français qu’internationaux. Depuis les années 2000, ses recherches se concentrent plus particulièrement sur l'étude des appareils politiques clandestins des partis communistes, des années 1920 à 1960. S’il considère qu’il n’existe pas une histoire secrète s'opposant à l’histoire officielle, il n’en demeure pas moins que l’acculturation planétaire du bolchevisme ne peut être appréhendée sans s’intéresser minutieusement à l'action en grande profondeur des organes relevant de l’État soviétique[12]. Une problématique rendue d'autant plus pertinente depuis la libéralisation partielle de l'accès aux archives du système et la déclassification des fonds documentaires des services de contre-espionnage occidentaux, à commencer par ceux du MI5 et du FBI qu’il a longuement explorés. Son travail porte notamment sur l'interfaçage de l'Internationale communiste avec le IVe Bureau de l'Armée Rouge (GRU) et sur la façon dont les organes de sécurité soviétiques (GPU, NKVD, KGB, Smerch) ont exercé au sein des partis communistes un droit de tirage destiné à satisfaire leurs propres besoins dans les domaines de la veille politique comme du renseignement militaire. Un chantier principalement axé dans quatre grandes directions : le millefeuille d’organismes légaux et illégaux interreliés avec les organes d’État de l’URSS ; le recrutement des hommes et des femmes qui les animent ainsi que la nature spécifique de la couche grise à travers laquelle les militants passent dans l’illégalité ; l’aspect saillant de l’élaboration d’une mémoire collective héroïque, notamment pour les militants juifs qui en furent parties prenantes, antidote au mythe de la passivité d’un peuple conduit à l’abattoir ; enfin, une dimension propre aux mentalités à travers la réception de ces affaires dans un contexte marqué par la rivalité Est-Ouest. Sa Véritable histoire de l’Orchestre rouge a été saluée par Le Monde comme l’un des dix livres qu’il fallait avoir lu « avant de passer à 2016 » et par le magazine L’Histoire comme « un modèle de méthodologie historique »[13]. Guillaume Bourgeois s’intéresse par ailleurs à des sujets culturels, notamment à travers sa biographie politique du grand compositeur belge Philippe Boesmans[14] ou bien à l’écrivain germano-américain et ancien cadre kominternien, Jan Valtin, dont le premier livre, Out of the Night révéla une partie de l’histoire de l’Allemagne de l’entre-deux-guerres et notamment celle de l’alliance objective des totalitarismes pour miner et réduire à l’état de ruine la démocratie bourgeoise.

Principales publications[modifier | modifier le code]

Ouvrages individuels et collectifs[modifier | modifier le code]

  • Signes, couleurs et images de l’Europe (en coll. avec Hélène Yèche, préface de Jean Quatremer), Rennes, PU Rennes, « Des sociétés », 2011 (291 p).
  • « Vichy, État occitan ? », n° spécial en codirection avec Emmanuel Le Roy Ladurie, in Arkheia, n° 14-16, 2006 (192 p).
  • Ouverture, société, pouvoir, de l’édit de Nantes à la chute du communisme, avec Emmanuel Le Roy Ladurie, Paris, Fayard, 2005 (307 p).
  • Les Communistes français dans leur premier demi-siècle, 1920-1970, nouvelle édition refondue et augmentée du livre d'Annie Kriegel, Seuil « l’Univers historique », 1985 (408 p.).
  • Graine Rouge, livre de souvenirs du député communiste et grand résistant Jules Fourrier, (pseudo Gabriel Cardinal), Paris, La Brèche, 1983 (175 p.).
  • Institutions et pratiques de la citoyenneté, livre du professeur en ECJS, classe de première, en collaboration avec Marie-Hélène Baylac, Paris, Bordas, 2000 (160 p.).

Sélection d'articles[modifier | modifier le code]

  • « Sans Patrie ni frontières de Jan Valtin : l’affaire de presse et le secret bien gardé des services spéciaux », Le Temps des médias, n° 16, Paris, Nouveau Monde éditions, 2011, pp. 19-51.
  • « Sándor Radó, géographe et agent de renseignement », Hérodote n° 140, Paris, La Découverte, 2011, pp. 9-29.
  • « La troublante confession du chauffeur de Marcel Gitton », Arkheia n° 22, Montauban, 2010, pp. 14-23.
  • « Jean Jérôme, le dirigeant sans visage », Historia n° 622, pp. 52-55.
  • « À Berlin, le chef de l’Orchestre rouge meurt sous la hache des Nazis », Historia n° 618, 1998, pp. 74-77.
  • « Leitmotiv communiste », Zouila, n° spécial « Nostalgie », Nîmes, 1997, pp. 51-57.
  • « Le Dernier témoin de l’orchestre rouge », L’Histoire n° 188, 1995, pp. 6-7.
  • « Paul Loubradou, communiste rebelle », Arkheia n° 20, Montauban, 2007, pp. 38-53.
  • Sam Russell, « Entretien avec Sam Russell, journaliste communiste anglais qui ne fut pas un ingénu », Communisme n° 87, 2006, pp. 11-28.
  • « Expliquer et convaincre, une mission quotidienne d’éditorialiste », Les Cahiers d’histoire sociale, n° hors-série, Nanterre, 2006, pp. 69-81.
  • « Le PCF, comme un vaisseau fantôme », Communisme, n° 72-73, 2002-2003, pp. 49-69.
  • « Au rendez-vous des connaisseurs : les ex-communistes et l’anticommunisme, 1920-1940 », Communisme n° 62-63, 2000, pp. 13-28.
  • « Sur les brisées d’Auguste Lecœur », Communisme n° 55-56, 1998, pp. 183-253.
  • « Vie et mort de Henri Robinson », Communisme n° 40-41, janvier 1995, pp. 85-116.
  • « Drôle de guerre et tournant de l'IC en 1939 », Cahiers Léon Trotsky n° 23, septembre 1985, pp. 61-73.
  • « Le groupe Que faire ? Aspects d'une opposition », Communisme, n° 5, 1984, pp. 105-117.
  • « L'Institut français d'histoire sociale », Communisme n° 4, 1983, pp 97-103.
  • « Autour de la lettre du 1er octobre 1939 au président Herriot », Communisme n° 1, Presses universitaire de France, 1982, pp. 107-120.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Dominique Bordier, « La région porté par un atlas », in La Nouvelle République, 26 novembre 2017.
  2. Le compte-rendu en a été fait par Stéphane Courtois dans le n° 5 de Communisme, Paris, Presses Universitaires de France, 1984.
  3. Christophe Gautier, « Un ordinateur révolutionnaire va expliquer 1789 dans les écoles », in France Soir, 20 février 1989.
  4. Pierre Grange, « Didacticiels : enfin intelligents ! », in Téo, n° 19, septembre/octobre 1988.
  5. Daniel Garric, Le Point n° 864, 10 avril 1989.
  6. Denis Bruckmann, « Le vidéodisque image de la Révolution française », in Bulletin des bibliothèques de France, n° 2, mars 1990. http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-1990-02-0122-006
  7. Akéla Sari, « L’histoire au bout du clavier », in Science et Technologie, n° 14, avril 1989.
  8. Tessa Ivascu, « Chronos, un système expert à la portée de tous », in Argus des collectivités, mai 1989.
  9. François Vey, « L’historien informaticien met la culture en boîte », Libération, 7 mars 1989.
  10. Olivier Languepin, « Le logiciel révolutionnaire », in L’évènement du jeudi, 6 avril 1989.
  11. Guillaume Bourgeois, « You feel it's naked? So give a SUIT to your computer! » in Josef Smets, Histoire et Informatique, Montpellier, PU Montpellier, 1992.
  12. « Le modèle kominternien, matrice de la vision occidentale du renseignement soviétique », in Olivier Forcade et Maurice Vaïsse, Le Renseignement soviétique au début de la guerre froide 1945-1955, Paris, La Documentation française, 2019.   
  13. Le Monde du 25 décembre 2015 et L’Histoire de février 2016.
  14. « La nostalgie du futur – regard sur les engagements politiques de Philippe Boesmans », in Camille De Rijck, Cécile Auzolle et alii, Post-modernisme singularité : Philippe Boesmans, Château-Gontier, Aedam Musicae, 2017.  

 

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