François Isoard

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François Isoard
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Activité

Louis François Dominique Isoard, ou « François Isoard » né le à Marseille et mort guillotiné à Aix-en-Provence le , était un homme politique français qui fut une figure importante du jacobinisme marseillais sous la Révolution française.

Origines et études[modifier | modifier le code]

Fils d'un maître-maçon et d'une mère appartenant à une famille de négociants appauvris, il devient clerc de la sacristie des Accoules. Remarqué par le doyen, il obtient une bourse qui lui permet d'entrer comme interne au collège de l'Oratoire de Marseille et Belsunce[1]. Il y fait d'excellentes études et devient enseignant laïc au sein de la congrégation de l'Oratoire. Professeur à Toulon, Autun et Salins, il revient à Marseille en août 1791 où il obtient de la municipalité un poste de professeur au collège Saint-Jaume[2] et devient secrétaire du club de la Société des Amis de la Constitution.

Les « courses civiques »[modifier | modifier le code]

Au printemps 1792, la société multiplie l'envoi de commissaires dans les villages et les bourgs de Provence afin d'établir des sociétés patriotiques et de « faire connaître les dispositions des esprits et les principes des habitants »[3].

Isoard devient l'un des plus éminents représentants de ces « missionnaires patriotes » après la «  course civique » qu'il mène en compagnie de Tourneau dans les Basses-Alpes en mai 1792. L'objectif, qui était de propager dans les campagnes du département « des principes patriotiques et de faire aimer la révolution à ceux auxquels elle est le plus profitable », est pleinement atteint puisque Isoard a fondé ou réactivé une soixantaine de sociétés populaires et a empêché « avec l'aide du peuple armé de la Constitution » les royalistes de s'emparer de Sisteron[4].

Comme un autre missionnaire patriote, Jacques Monbrion, Isoard se signalera par l'originalité de ses méthodes pour diffuser les idées républicaines dans les campagnes provençales, notamment en publiant et diffusant des journaux plus particulièrement adaptés aux paysans et aux artisans ("Manuel du Laboureur et de l'Artisan et Gazette Sentinelle"), de nombreux articles étant rédigés sous la forme d'un colinguisme français-provençal[5].

Conflit entre le Club, la municipalité et les sections marseillaises[modifier | modifier le code]

Le 12 février 1793, le Club de la rue Thubaneau qui a fermement pris parti pour la Montagne contre les Girondins se dote, à l'initiative de Frédéric Hugues d'un comité central secret de douze membres présidé par Maurin d'Arles, procureur syndic du département, et dont fait partie Isoard[6]. En mars, après que le maire Mouraille et le procureur de la Commune Etienne Seytres ont refusé de donner suite à sa proposition de procéder aux désarmement de 500 à 600 suspects, le Club se déclare « en permanence » sous la direction d'Isoard. Ce dernier va donc se retrouver en première ligne dans le conflit qui va opposer le club à la municipalité d'une part, aux sections marseillaises d'autre part, et qui va déboucher sur l'insurrection fédéraliste de juin 1793 contre la Convention.

Sous le coup d'un mandat d'arrêt lancé le 14 mai pour être déféré devant le tribunal révolutionnaire créé par les sections[7], il réussit à se réfugier à Sisteron avant de rejoindre Paris le 24 mai. Dès son arrivée dans la capitale, il attaque les représentants des 32 sections de Marseille et fonde « la Société des patriotes du Midi réfugiés à Paris » qui s'occupe de garder les liens avec les patriotes du midi et surtout ceux de Marseille réduits au silence. Il se rapproche alors de Hébert et des cordeliers. Dénoncé comme « patriote d'argent » par Barbaroux le 2 juin, il s'en défend par une lettre à la Convention le 5 juin. Admis au club des Jacobins le 2 juin, il participe à son comité correspondance. Il se rapproche de Hébert et des Cordeliers dont il partage les positions. Il participe en tant que secrétaire de l'assemblée des 48 sections réunie à l’Évêché aux journées révolutionnaires du 31 mai, 1er et 2 juin qui provoquer la chute des Girondins[8].

Le fédéraliste jacobin[modifier | modifier le code]

Le 25 août l'armée du général Carteaux s'empare de Marseille et met fin à l'insurrection fédéraliste. Présent le 30 août aux Jacobins lorsque l'abbé Royer demande que la Terreur soit mise à l'ordre du jour, il sait alors que son départ pour la Provence est d'autant plus imminent qu'il vient d'être nommé par le ministère de la Guerre commissaire à la descente des cloches pour le sud-est[9]. De retour à Marseille, il notifie le 12 septembre le rétablissement du club des amis de la Constitution qui avait été fermé le 3 juin par le Comité général des 32 sections de Marseille.

Toujours à Marseille, il organise un « congrès républicain des sociétés populaires des départements méridionaux ». Tout en affirmant que « la convention nationale est le seul centre d'unité autour de laquelle doivent se réunir tous les bons citoyens », ce congrès qui se tient du 3 octobre au 21 novembre et regroupe 1500 participants, demande qu'il soit organisé chaque année, deux mois après la convocation de chaque législature, une assemblée où chaque section patriotique enverra un représentant. Ces assemblées non permanentes qui se tiendront à tout de rôle dans les principales villes de la République serviraient d'instances intermédiaires entre l'exécutif parisien et les comités de surveillance permanents des sociétés populaires et des municipalités. Des commissaires élus par les comités de surveillance et formés à l'échelle régionale par ces assemblées circuleraient sans cesse pour impulser l'application des lois produites par la volonté générale, la participation des citoyens à la discussion préparatoire à l'établissement des lois étant désormais assurée[9].

La réaction des Montagnards à ce plan fut d'autant plus hostile qu'ils étaient justement en train de s'engager dans une voie totalement différente par la concentration de tous les pouvoirs dans les mains des comités de la Convention, signant ainsi l'échec des Cordeliers dont les vues étaient proches de celles du congrès. Le 18 novembre, après un discours de Billaud-Varenne dénonçant ceux qui remettent en cause « la centralité législative », la Convention prend un décret interdisant les congrès des sociétés populaires « subversifs du gouvernement et tendant au fédéralisme ». C'est sur ce décret que Fréron va s'appuyer pour déclarer l'état de siège à Marseille et destituer la municipalité en place[10]. Quatre-vingt clubistes seront arrêtés en décembre sous l'accusation de fédéralisme.

Procureur de la Commune de Marseille, Isoard doit de nouveau s'enfuir à Paris. Amnistié par Maignet qui remplace Fréron le 29 décembre 1793, il reprend ses fonctions de commissaire.

Arrêté après le 9 thermidor, il rencontre Gracchus Babeuf en prison. Ramené à Aix pour être jugé comme « terroriste » par le tribunal criminel des Bouches-du-Rhône, il défend ses convictions jacobines au cours de longs interrogatoires, mais refuse de parler pendant son procès. Il monte sur l'échafaud le 3 vendémiaire An IV en criant « Vive la République ! ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le collège des oratoriens de Marseille était un établissement municipal qui se trouvait dans la partie disparue de la rue Sainte-Marthe. En 1782, le collège alla s'installer dans des locaux évacués par les Jésuites à Saint-Jaume entre la rue de la Coutellerie et la Grand-Rue. Voir Augustin Fabre, Notice historique sur les anciennes rues de Marseille démolies en 1862 pour la création de la rue impériale, Imprimerie de Jules Baril, Marseille, 1862, pp. 304-305.
  2. Le collège disparaîtra après le décret du 18 août 1792 portant suppression des congrégations séculières. Les locaux deviendront un haut lieu du mouvement sectionnaire en abritant la section 10 de Saint-Jaume (justement celle d'Isoard!), puis le comité général des sections marseillaises. Voir Augustin Fabre, Notice historique sur les anciennes rues de Marseille démolies en 1862 pour la création de la rue impériale, Imprimerie de Jules Baril, Marseille, 1862, p. 306, et Alèssi Dell'Umbria, Histoire Universelle de Marseille, Agone, Marseille 2006, p. 226 (ISBN 2-7489-0061-8) (notice BnF no FRBNF40228824).
  3. Jacques Guilhaumou, Marseille en Révolution, p. 83.
  4. Jacques Guilhaumou, Marseille en Révolution, pp. 85-87.
  5. Jacques Guilhaumou, La langue politique et la Révolution Française, pp. 163-167).
  6. Georges Guibal, Le Mouvement fédéraliste en Provence, Plon, 1908 version numérique p. 10
  7. Si Isoard pourra échapper aux arrestations, ce ne fut pas le cas pour de nombreux chefs clubistes accusés de « maratisme », parmi lesquels Augustin Maillet, Giraud, Maurin d'Arles, Pierre Micoulin, Alexandre Ricord, Louis Barthélémy (condamné à mort et exécuté), Hugues (qui se suicidera en prison) … D'autres comme Alexandre Alezard ou Pierre Traban se suicideront avant d'être pris. Voir Georges Guibal, Le Mouvement fédéraliste en Provence, Plon, 1908. Version numérique : version numérique pp. 108-109, 121.
  8. Jacques Guilhaumou, Paris-Marseille 1793 : formation, diffusion et réception des idées politiques dans Michel Vovelle et Philippe Minard « Paris et la révolution » p 301 publications de la Sorbonne 1988 p. 301 (ISBN 2859441786).
  9. a et b Jacques Guilhaumou, Paris-Marseille 1793 : formation, diffusion et réception des idées politiques dans Michel Vovelle et Philippe Minard « Paris et la révolution » p 302 publications de la Sorbonne 1988 p. 302 (ISBN 2859441786).
  10. Alèssi Dell'Umbria, Histoire Universelle de Marseille, Agone, Marseille 2006, pp. 234-235 (ISBN 2-7489-0061-8) (notice BnF no FRBNF40228824).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Académie de Marseille, Dictionnaire des marseillais, Edisud, Marseille, 2003 (ISBN 2-7449-0254-3)
  • "Le Jacobin marseillais François Isoard (1765-1795) : modèle des missionnaires patriotes provençaux", Marseille, 1984, no 139.
  • Marseille en Révolution, catalogue du bicentenaire à la Vieille Charité (commissaires Claude Badet et Jacques Guilhaumou), Éditions Rivages-musées de Marseille, 1989.
  • Jacques Gulhaumou, La langue politique et la révolution française, de l'événement à la raoison linguistique, Méridiens Klincksieck, 1989 sur le site Les Classiques des Sciences Sociales.
  • Jacques Guilhaumou, Marseille républicaine, Presses de la Fondation de Sciences politiques, 1992 (ISBN 2724606051).
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