Camp de concentration de Lety

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Camp de concentration de Lety

Monument au cimetière de Mirovice
Présentation
Gestion
Date de création 1942
Date de fermeture 1943
Victimes
Type de détenus Roms
Géographie
Pays  République tchèque
Coordonnées 49° 30′ 30″ nord, 14° 07′ 07″ est

Géolocalisation sur la carte : République tchèque

Camp de concentration de Lety

Le camp de concentration de Lety, situé en Bohême du sud (aujourd'hui en République tchèque), a servi à l'époque du Protectorat de Bohème-Moravie à interner des criminels de droit commun et des Roms entre 1942 et 1943.

Pendant la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Création[modifier | modifier le code]

Le 2 mars 1939, deux semaines avant l'occupation allemande, le gouvernement tchécoslovaque ordonne qu'un camp de travail soit mis en place pour ceux qui refusent de travailler (le travail est alors obligatoire).

La construction d'un camp près du village de Lety commence le 17 juillet. L'emplacement est choisi parce que les forêts voisines, appartenant à la famille Schwarzenberg, ont été dévastées par une tempête. Le camp se compose initialement de 50 baraques et d'une grande maison en bois entourées d'une clôture. Des gendarmes tchèques sont chargés de garder les lieux (le service dans les camps est considérée comme une peine disciplinaire). Josef Janovský est nommé commandant. Les douze premiers prisonniers arrivent le 17 juillet 1940.

Des camps de travail forcé similaires existent dans Plana nad Luznici, Mirošov, Hradistko, etc. Les prisonniers (essentiellement des Tchèques) sont utilisés pour des travaux pénibles tels que la construction de routes. Au total, environ 50 000 personnes sont passées par ces camps de travail au cours de la guerre. Le nombre total de prisons et les camps de toutes sortes établis par les nazis dans les limites de l'actuelle République tchèque a atteint 2 125.

Un camp de travail[modifier | modifier le code]

En 1940, 233 personnes sont envoyées à Lety, dont 197 avec un casier judiciaire. Durant l'année 1941, 537 personnes y sont enfermées, dont 498 ayant des antécédents criminels, et 45 considérées comme des Tziganes. Les 27 tentatives d'évasion se soldent par la capture de 25 évadés. Les prisonniers sont affectés de force à des travaux pénibles dans une carrière. Ils sont traités cruellement et ne sont pas soignés. Beaucoup de gardes, y compris le commandant Janovský, volent régulièrement de la nourriture dans les magasins du camp, ce qui réduit les maigres rations destinées aux prisonniers.

Situation des Roms sous le Protectorat[modifier | modifier le code]

Un règlement du ministère de l'Intérieur du 30 novembre 1939 interdit le nomadisme à compter de janvier 1940. Ceux qui ne veulent pas obéir doivent être placés dans des camps de travaux forcés. Rapidement, plusieurs centaines de personnes considérées comme des « asociaux » sont déportées à Auschwitz. Le directeur général de la gendarmerie estime, fin 1940, que le sort de 70 % à 80 % des Roms est réglé. Le 24 juin 1942, le ministre de l'Intérieur du Protectorat, Richard Bienert, ordonne la collecte de statistiques sur « les Tziganes, les Gitans et les personnes ayant un style de vie tzigane ». Environ 6 500 personnes sont enregistrées dans ce cadre, sur la base d'anciens dossiers et souvent en fonction de la couleur de leur peau.

Au cours de la guerre, environ 5 500 Roms du Protectorat ont été envoyés à Auschwitz ; 583 ont survécu[réf. nécessaire].

Un camp rom[modifier | modifier le code]

Le 10 juillet 1942, le général Horst Böhme, chef de la police de sécurité, ordonne la concentration des Roms dans deux camps : Lety pour ceux de Bohême, Hodonín pour ceux de Moravie.

Tous les prisonniers qui se trouvent alors à Lety sont libérés ou transférés, sauf les 19 Roms. Le 2 octobre 1942, d'autres Roms commencent à arriver. La capacité du camp est vite atteinte. Bien que de nouveaux bâtiments soient construits, le site continue à être surpeuplé. Certains prisonniers obtiennent leur libération en soudoyant des fonctionnaires de Prague : cela leur coûte 20 000 couronnes.

Les prisonniers doivent couper des arbres, construire des routes (notamment entre Pilsen et Ostrava) et travailler dans les fermes voisines. La nourriture est maigre et les rations diminuent au fil du temps. Pendant l'hiver, les vêtements sont insuffisants. La brutalité des gardes est commune.

Une épidémie de typhoïde commence en décembre 1942 et a duré jusqu'à la fermeture du camp en mai 1943. Le commandant Janovský est rappelé pour son incapacité à faire face à l'épidémie et remplacé par le commandant Blahynka.

Un premier transfert de 94 prisonniers à Auschwitz a eu lieu le 4 décembre 1942 sur ordre de Heinrich Himmler. Un second de 417 personnes suit, le 14 mai 1943. Les 198 prisonniers restants sont envoyés au camp de Hodonín. Sur les 1 300 Roms enfermés à Lety, 300 ont survécu.

Les chiffres globaux[modifier | modifier le code]

Les dossiers sont généralement considérées comme incomplets et ces chiffres peuvent être considérés comme des minima. La compilation des données existantes donne un total de :
  • 3 500 prisonniers internés dans le camp (dont 1 300 Roms),
  • 350 décès sur place (estimation), dont les 30 enfants nés dans le camp,
  • plus de 500 déportés à Auschwitz.
[réf. nécessaire]

De la Libération à la Révolution de Velours[modifier | modifier le code]

Enquêtes et procès après-guerre[modifier | modifier le code]

Le commandant Janovský est emprisonné et inculpé en 1945. Deux gardes et d'anciens prisonniers témoignent de sa brutalité et de ses vols, mais Janovský est acquitté.

Le garde Josef Hejduk est accusé d'actes de torture et de plusieurs meurtres. Il est acquitté en 1947 car les témoins n'ont pas été jugées dignes de confiance en raison de leur casier judiciaire. Les mauvais traitements ont été justifiés par le « fait de traiter avec les criminels dangereux ».

Le garde Josef Lunacek, également accusé de torture, est reconnu coupable d'une infraction mineure et puni par un avertissement officiel.

Le chef de la police du Protectorat, Friedrich Sowa, est condamné à 10 ans de prison pour des crimes qui incluent l'extermination des Roms. La décision est ensuite été annulée, car il a agi sur les ordres de Himmler. Il est expulsé du pays.

Une histoire oubliée puis redécouverte[modifier | modifier le code]

Après la guerre, les camps roms tombent dans l'oubli. Quatre-vingt-dix pour cent de la communauté des Roms tchèques a été anéantie et les nouveaux venus de la Slovaquie et la Roumanie n'ont pas connaissance de cette tragédie.

Au cours des années 1970, une grande porcherie industrielle (13 000 porcs) est construite en partie sur le site du camp de Lety. Un camp de vacances est construit sur le site du camp de Hodonín et ne sera fermé qu'en 2009, après son achat par le ministère de l’Éducation.

Dans les années 1970 et 1980, les historiens tchèques, notamment le Pr Ctibor Nečas, décrivent la persécution des Roms pendant l'occupation nazie, y compris les camps de Lety et Hodonín.

Lety et la démocratie[modifier | modifier le code]

En 1992, le livre Black Silence de Paul Polansky compile des données historiques et des témoignages de survivants. La publication de cet ouvrage provoque des discussions animées en République tchèque sur les relations entre Tchèques et Roms dans l'histoire.

Le livre le plus récent sur Lety, And No One Will Believe You, de Markus Pape, date de 1997. Pape y démontre par les documents officiels que Lety était un camp d'extermination et qu'il fonctionnait avec une certaine indépendance par rapport au Reich et à Prague.

Le symbole politique[modifier | modifier le code]

L'existence de ce camp gardé par des Tchèques et de la porcherie placée là sont devenus des symboles importants[réf. nécessaire]. Certains politiciens, comme le ministre Vladimír Mlynář, se sont élevés contre la culpabilisation artificielle de l'opinion publique » et ont mis en garde contre une certaine « réécriture de l'histoire politiquement correcte ».

Les militants roms considèrent la porcherie comme un symbole de la position tchèque envers les Roms, insistant sur le fait qu'elle est une honte pour le pays. Ils ont demandé à plusieurs reprises au gouvernement qu'elle soit déplacée. Leurs efforts ont attiré l'attention du Parlement européen, qui a voté en 2005 et en 2008 (sur la proposition d'un eurodéputé Vert germano-tchèque[Qui ?]) des résolutions demandant au gouvernement tchèque de déplacer la ferme.

Les opposants critiquent le coût élevé du déménagement de la ferme, ajoutant que cela n'aurait aucune incidence sur la vie réelle du peuple rom. Ils considèrent que la véritable intention des militants est d'extorquer de l'argent de l'État et que la suppression de la ferme se traduirait par une aggravation des relations déjà tendues entre les Tchèques et les Roms. En 2005 et 2006, le gouvernement tchèque annonce son intention d'acheter et de liquider la ferme, mais il y renonce en 2010. Parallèlement, des fonds européens ont permis à la société propriétaire de la porcherie, AGPI Pisek, de financer un bassin de décantation.

Un monument en pierre a été inauguré sur le site par le président Václav Havel, le 13 mai 1995. En 2010, un lieu de mémoire comportant une exposition, la reconstitution de baraques et un petit amphithéâtre sont construits à proximité de l'usine. Monument et usine sont séparés par un bosquet d'arbres. Une cérémonie commémorative a lieu chaque année le 13 mai. À cette occasion, les ventilateurs de la porcherie sont arrêtés.

Les enfants morts à Lety sont enterrés au cimetière de Mirovice, situé à 3 km du lieu du camp. Un monument leur est dédié.

En 2005, une exposition de photographies historiques et de documentation intitulée « Le camp de détention de Lety : Histoire d'un génocide passé sous silence » est installée au Parlement européen puis tourne dans différentes villes d'Europe.

Plus récemment, les organisations de la République tchèque comme le Comité pour la réparation de l'Holocauste des Roms, Dzeno Association, et Romea travaillent à maintenir vivante la question et défendent le site contre les manifestations d'extrême-droite.

Sources[modifier | modifier le code]

  • František Nedbálek, Mista utrpení une vzdoru, Prague, 1984
  • Markus Pape, Nikdo vám nebude věřit, GplusG Publishers, Prague, 1997

Liens externes[modifier | modifier le code]

En français[modifier | modifier le code]

En anglais[modifier | modifier le code]

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