Albanophobie

Un article de Wikipedia, l'encyclopedie libre.
Sauter a la navigation Sauter a la recherche

L'Albanophobie est une hostilité, des préjugés, à l'encontre de l’Albanie ou des Albanais en tant que groupe ethnique, notamment dans des pays à forte population albanaise, en particulier la Grèce et l'Italie[1],[2],[3].

Son contraire est l'albanophilie.

Origines et variantes[modifier | modifier le code]

Le terme "albanophobie" a été inventé par Anna Triandafyllidou dans un rapport nommé Racisme et diversité culturelle dans les Mmédias de masse, publié en 2002. Toutefois, la première utilisation de ce terme remonte à 1982 par l'auteur albanais Arshi Pipa (en) (1920-1997). Le rapport de Triandafyllidou, traitant de la situation des migrants albanais en Grèce[4], a été suivi par d'autres chercheurs comme Karyotis en Grèce et Mai en Italie.

Les stéréotypes sur les Albanais se sont d'abord formés à l'indépendance de l'état albanais, puis à la suite de l'énorme flux d'immigration en provenance d'Albanie et au Kosovo dans les années 1980 et 90. Bien que, selon leurs origines, ils diffèrent légèrement, ces préjugés sont toujours considérés comme des albanophobe par Triandafyllidou, Banac et Karyotis.[réf. nécessaire]

L'albanophobie désigne en fait un large éventail de concepts se groupant en deux catégories principales:[réf. nécessaire]

  • l'albanophobie xénophobe, dans les pays avec un nombre considérable de migrants albanais, comme la Grèce, l'Italie, la Suisse, l'Allemagne, la France et les États-Unis.
  • l'albanophobie nationaliste - dans les pays ayant d’important litiges avec l'ethnie albanaise dans les Balkans, le plus souvent en Ex-Yougoslavie (Macédoine, Serbie, Monténégro). Ce type d'albanophobie est plus susceptible d'être associé avec le terme anti-albanianisme.

Vous pouvez aider en mettant le texte de l'article en accord avec les sources citées. Voir la page de discussion pour plus de détails.

En Grèce[modifier | modifier le code]

En Grèce, le stéréotype de l'Albanais criminel a fait l'objet d'une étude par le Comité Helsinki et par l'Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne[5],[6]. Selon ces derniers, l'ethnie albanaise est la plus susceptible de voir ses membres tués par les forces de l'ordre grecques ou cibles d'actes racistes. En outre, il a été a constaté que les migrants albanais sont victimes de "graves discriminations dans l'emploi, en particulier pour le paiement des salaires et des cotisations de sécurité sociale". Les Albanais, de par leur religion, sont souvent péjorativement considérés par les Grecs comme des "Turcs", come dans l'expression "Turkalvanoi"  (en français, "Turco-albanais")[7],[8] qui, au contraire des Grecs "civilisés", seraient "sauvages"[9].

La représentation systématiques des Albanais à travers la criminalité et mafia albanaise par les médias grecs est, en grande partie, responsable de la construction sociale de stéréotypes négatifs, contredisant l'idée communément admise d'une société grecque ni xénophobe ni raciste[10].

En Italie[modifier | modifier le code]

En Italie, l'albanophobie est principalement liée à l'immigration de jeunes adultes alors considérés comme des délinquants, des trafiquants de drogue et des violeurs[11],[12]. De même qu'en Grèce, les médias italiens offrent beaucoup d'espace au traitement des crimes commis par les Albanais, même s'ils ne sont pas avérés[13].

En Macédoine[modifier | modifier le code]

Inscription albanophobe écrite en macédonien sur une mosquée, qui signifie "Mort aux Shqiptars".

Les tensions ethniques se sont accrues dans la République de Macédoine depuis la fin d'un conflit armé en 2001, où l'Armée de libération nationale a attaqué les forces de l'ordre avec l'objectif d'obtenir davantage de droits et d'autonomie pour la minorité albanaise. On compte depuis un nombre important d'actes racistes et xénophobes souvent justifiés par la criminalité albanaise et la religion musulmane de la communauté.

En Serbie[modifier | modifier le code]

La propagande anti-albanaise en Serbie a commencé à la fin du 19e siècle, alors que l'État serbe revendiquait des territoires que les Albanais obtinrent après l'effondrement de l'Empire ottoman[14]. Les fonctionnaires du gouvernement parlaient alors d'une “tribu sauvage” avec des “instincts cruels”, à l'image du géographe Jovan Cvijić considérant ce peuple comme “la plus barbare des tribus d'Europe”[15]. ou du politicien Vladan Đorđević les décrivant comme des “Troglodytes modernes” et des “pré-humains dormant dans les arbres” qui avaient encore des “queues”[16]. C'est à la veille de la Première guerre balkanique de 1912 que la propagande albanophobe des médias serbes atteint son praoxysme[17].

En 1937, l'Académie serbe des sciences et des arts, et plus particulièrement l'homme politique Vaso Čubrilović (1897-1990), a écrit un mémorandum intitulé "L'Expulsion des Albanais", traitant des méthodes devant être utilisées pour expulser les Albanais, allant de l'incitation religieuse à l'expropriation[18].

A la fin des années 1980 et au début des années 1990, les actions du gouvernement serbe du Kosovo furent régulièrement qualifiés d'albanophobes[19].

Les médias serbes, pendant le mandat de Milošević, épousaient un fort nationalisme, favorisant la xénophobie envers les autres groupes ethniques de Yougoslavie. Les Albanais y ont généralement été caractérisés comme des contre-révolutionnaires anti-yougoslaves, des violeurs, et une menace pour la nation[20]. Lors de la Guerre du Kosovo, les forces serbes n'ont eu de cesse de discriminer les Albanais du Kosovo.

Une enquête a récemment montré que 40% de la population serbe ne souhaite pas que des Albanais vivent en Serbie, et même que 70% refuserait catégoriquement un mariage avec l'un(e) d'eux (à noter que les mêmes sentiments existent en Albanie pour les Serbes)[21],[22].

Termes désobligeants[modifier | modifier le code]

  • Shiptar – est un nom péjoratif pour les Albanais formé à partir de leurs endonyme shqiptar qui est utilisé par des Slaves des Balkans
  • Turc et Turco-albanais – sont des noms désobligeants pour les Albanais convertis à l'islam au cours de la domination ottomane.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. By Russell King, Nicola Mai, Out of Albania: from crisis migration to social inclusion in Italy, p. 114
  2. Georgios Karyotis, Irregular Migration in Greece, pp. 9
  3. By Russell King, Nicola Mai, Out of Albania: from crisis migration to social inclusion in Italy, p. 21
  4. By Anna Triandafyllidou, Racism and Cultural Diversity In the Mass Media, Robert Schuman Centre, European University Institute, p. 149
  5. United Nations High Commissioner for Refugees, « Refworld - Greece: Treatment of ethnic Albanians », Refworld (consulté le 9 mai 2015)
  6. (EUMC Nov. 2001, 25, 38 n. 85)
  7. Millas, Iraklis (2006). "Tourkokratia: History and the image of Turks in Greek literature." South European Society & Politics. 11. (1): 50. “The ‘timeless’ existence of the Other (and the interrelation of the Self with this Other) is secured by the name used to define him or her. Greeks often name as ‘Turks’ various states and groups—such as the Seljuks, the Ottomans, even the Albanians (Turkalvanoi)”.
  8. Megalommatis, M. Cosmas (1994). Turkish-Greek Relations and the Balkans: A Historian's Evaluation of Today's Problems. Cyprus Foundation. p. 28. “Muslim Albanians have been called “Turkalvanoi” in Greek, and this is pejorative.”
  9. Nitsiakos, Vassilis (2010). On the border: Transborder mobility, ethnic groups and boundaries along the Albanian-Greek frontier. LIT Verlag. p. 65. "The few exchanges also bear the imprint of the above structural asymmetry and reflect the level of development of the two countries. While mainly agricultural and dairy products (drugs and weapons are a separate chapter) flow in from Albania, mostly uncontrollably, from Greece to Albania we have, in addition to money, a flow of a great gamut of material goods and products, from simple items of everyday use and consumption, to electrical equipment and cars. One may say that, whereas Albanian products represent “nature”, Greek ones represent “civilization”, a dichotomy that characterises the differences of the two groups from the point of view of the Greeks: Albanians are classified as “savage”, while Greeks as “civilized”, a fact that expresses, of course, the general racist attitude of the Greeks."
  10. Diversity and equality for Europe Annual Report 2000. European Monitoring Centre of Racism and Xenophobia, p. 38
  11. « An Error Occurred Setting Your User Cookie » (consulté le 9 mai 2015)
  12. Breaking the Albanian stereotype
  13. Out of Albania (lire en ligne)
  14. By Ivo Banac (en), The national question in Yugoslavia - origins, history, politics, page 293
  15. Stefanović, Djordje (2005). "Seeing the Albanians through Serbian eyes: The Inventors of the Tradition of Intolerance and their Critics, 1804-1939." European History Quarterly. 35. (3): 472. “Officials of the Serbian Ministry of Foreign affairs described Albanians as a ‘wild tribe’ with ‘cruel instincts’…. A number of Serbian intellectuals and journalists added to the angry hate propaganda that seemed to culminate during the preparations for the Balkan Wars. Cvijić argued that ‘there is a general consensus that the Albanians are the most barbarous tribes of Europe’. Another intellectual described the Albanians as ‘European Indians’ and ‘lazy savages’.”
  16. Gay, Peter (1993). The Cultivation of Hatred: The Bourgeois Experience: Victoria to Freud (The Bourgeois Experience: Victoria to Freud). WW Norton & Company. p. 82. “In 1913, Dr. Vladan Djordjević, a Serbian politician and expert in public health, characterized Albanians as bloodthirsty, stunted, animal—like, so invincibly ignorant that they could not tell sugar from snow. These “modern Troglodytes” reminded him of “prehumans, who slept in the trees, to which they were fastened by their tails.” True, through the millennia, the human rail had withered away, but “among the Albanians there seem to have been humans with tails as late as the nineteenth century.””
  17. Dimitrije Tucović, Srbija i Arbanija (in Izabrani spisi, book II, p. 56) Prosveta, Beograd, 1950.
  18. Ćubrilović, Vaso, The Expulsion of the Albanians: Memorandum 1937
  19. By Nebojša Popov, Drinka Gojković, The road to war in Serbia: trauma and catharsis, pp. 222
  20. International Centre Against Censorship. "Forging War: The Media in Serbia, Croatia and Bosnia-Herzegovina". International Centre Against Censorship, Article 19. Avon, United Kingdom: Bath Press, May 1994. P55
  21. « Raste etnička distanca među građanima Srbije » (consulté le 9 mai 2015)
  22. Barlovac, Bojana (19 December 2012). "Jeremic Likens Kosovars to 'Hobbit's' Evil Orcs". Balkan Insight. Retrieved 16 May 2015.
  • Portail de l’Albanie