Éducation en Mauritanie

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Éducation en Mauritanie

Élèves de Médersa en Mauritanie.
Système éducatif
Langue de scolarisation Français, Arabe
Durée de la scolarité  
· Primaire 6 ans
Taux d'alphabétisation  
Scolarisation  
Diplômés  
Relation entre nombre d’enseignants et d’élèves (enseignement fondamental) en Mauritanie (2001)

L'éducation en Mauritanie, ou système éducatif mauritanien, concerne l'ensemble des institutions publiques et privées de la République islamique de Mauritanie ayant pour fonction d'assurer et de développer le système éducatif sur l'ensemble du territoire du pays.

Le système scolaire mauritanien est en majorité public, cependant, dû à la prévalence de l'islam dans l'éducation, il n'est pas laïc. Les deux langues principales d'enseignement sont le français et l'arabe. Le français est utilisé majoritairement dans l'enseignement supérieur et les matières scientifiques[1],[2].

Historique[modifier | modifier le code]

Il est difficile de saisir la nature du processus éducatif oral dans l'actuel territoire mauritanien avant la colonisation et la mise en place d'un embryon de système éducatif systématique et archivé.

Néanmoins, on peut considérer que le plus ancien système d'apprentissage en Mauritanie est le système islamique. Le système arabo-islamique est apparu au XIe siècle en Afrique subsaharienne au moment de la diffusion de l'islam. C'est la première forme d'éducation collective formalisée dans cette région. Initiée d'abord par des commerçants arabo-berbères en Afrique de l'Ouest, puis propagée par des confréries religieuses à partir du XIXe siècle, elle a d'abord pris la forme des écoles coraniques de type soufi. Ce qu'on y enseigne alors essentiellement est la mémorisation du Coran[3]. Pour concurrencer ces écoles coraniques et attirer les élèves musulmans dans l'espace francophone colonial, l'administration française a ensuite créé des médersas coloniales sur un modèle bilingue franco-arabe.

De l’indépendance à nos jours, la Mauritanie aura connu cinq réformes majeures du système[4]:

  • En 1959, à la veille de l'indépendance, la première réforme a été adoptée et porte le nom de "réajustement pour une mise en conformité du système éducatif avec les dispositions de la Constitution", qui confère à l’arabe le statut de langue nationale.
  • En 1967 on procède à l’instauration du bilinguisme « comme un moyen efficace de favoriser la cohabitation ». L’enseignement fondamental comporte une année obligatoire pour tous les mauritaniens: une année d’initiation exclusivement en arabe.
  • En 1973, avec la montée du sentiment nationaliste les dirigeants mauritaniens décident d’instaurer l’unilinguisme arabe. Cette réforme qui « s'inscrit clairement dans un rapport conflictuel langue arabe = authenticité culturelle versus langue française = aliénation culturelle », vise à arabiser en profondeur le système éducatif et la société mauritanienne toute entière.
  • 1979: Pour apaiser les tensions et mettre en conformité le système éducatif avec la politique en vigueur, la réforme de 1979 a été adoptée.

Il est alors prévu de transcrire les langues nationales en caractère latin pour permettre de les enseigner et, à terme, leur donner des débouchés au même titre que pour l'arabe.

De 1979 à 1999, la Mauritanie est divisée au sujet des filières scolaires; création de deux cursus distincts: les enfants pouvaient s’inscrire soit dans la filière arabe, soit dans la filière bilingue (qui correspondait à un enseignement en français). La scission culturelle du pays se retrouvant ainsi sur les bancs de l’école dans des classes séparées[2].

  • 1999: Constatant vingt ans de fracture entre les communautés mauritaniennes, les autorités adoptent la réforme de 1999 qui réintroduit le bilinguisme.

Cette réforme poursuivait, selon ses initiateurs un double objectif. D’abord l’unification de la nation et l’ouverture au monde. L’enseignement des matières scientifiques se fait en français tandis que les matières dites culturelles (Philosophie, histoire, instruction civique, morale et religieuse, droit), se fait en arabe. Cette réforme prévoit la création d’un département à l’université de Nouakchott destiné aux langues nationales. L’anglais est introduit à partir de la première année du secondaire.

La dernière réforme d'ampleur, datant de 1999, marque le retour au bilinguisme par la réintroduction du français en tant que langue d'enseignement. Cette étape marque également l’échec relatif de 40 ans de réformes du système éducatif mauritanien. Le changement majeur est le retour à un enseignement unifié, mettant fin aux anciennes filières arabes et bilingues qui divisaient le pays. Aujourd’hui, les disciplines littéraires (histoire-géographie, éducation civique, philosophie…) sont enseignées en arabe et les disciplines scientifiques (mathématiques, sciences naturelles, physique…) en français[5].

D’un point de vue politique, ce bilinguisme éducatif tend à répondre à des impératifs d’ordre politique et culturel: tenter d'unifier les mauritaniens, mettre fin à des conflits multidécennaux, faciliter des échanges, transférer des savoir-faire. Mais ce bilinguisme étatique cache la juxtaposition de plusieurs « unilinguismes » retors. Dans le cas Mauritanien, ce retour au bilinguisme répond à deux facteurs[5]:

- Tout d’abord, cette dernière réforme semble répondre à un impératif d’unité nationale et de paix civile dans le pays. Elle a réconcilié les différentes composantes des mauritaniens entre elles en envoyant leurs enfants à la même école, dans la même classe, devant le même maître…

- Ensuite, la génération « arabisée » s’est retrouvée en grande partie « sacrifiée »; en effet le manque de débouchés des bacheliers arabophones vis à vis des universités étrangères a pointé une insuffisance du système. L’Université de Nouakchott n’offrant pas encore de troisième cycle à ses étudiants, ceux-ci doivent poursuivre leurs études à l’étranger, or un mauvais niveau de langue en français ferme bon nombre de portes… De plus, une journaliste notait « qu’un médecin ou un ingénieur formé en arabe doit travailler avec des documents généralement en français ».

Au cœur de l’interculturalité en Mauritanie, l’école est le lieu de croisement des questions ethniques, tribales, identitaires, religieuses, des querelles linguistiques. En effet, telle une mosaïque, la Mauritanie est constituée d’une multitude d’éléments, assemblés plus ou moins artificiellement durant la période coloniale sous l’image d’un « ensemble mauritanien ». La question linguistique a donc toujours été délicate lors des réformes du système éducatif qui se sont succédé depuis l’indépendance, et les tentatives d’arabisation n’ont pas été réalisées sans heurts. Indépendamment des conséquences positives ou négatives de ces réformes pédagogiques sur l'ensemble de la population et des insuffisances ayant entravé leur application, il est indéniable que la dimension linguistique reste la dimension essentielle dans les politiques éducatives connues par la Mauritanie indépendante et un indice fort de la présence des questions identitaires au niveau des dirigeants du pays[6].

Dans un contexte de politique interne aujourd’hui encore instable, le système éducatif est à la fois outil politique en ce sens qu’il permet de véhiculer des valeurs à la société civile, mais également lieu de luttes et de conflits pour les différents acteurs nationaux et régionaux.

Préscolaire[modifier | modifier le code]

L'enseignement préscolaire existe en Mauritanie. Le taux de présence est de seulement 5,2 %, alors qu’il est de 12 % dans certains pays voisins et de 15 % dans le monde arabe[7].

Enseignement primaire[modifier | modifier le code]

En 2001, seulement 55 % des enfants ayant commencé le cycle le finissaient[6].

L'accès au primaire a connu des progrès significatifs ces dernières années. Entre 2000-2001 et 2012-2013, les taux bruts de scolarisation ont augmenté de 88 % à 97 %. Les taux d'achèvement du primaire ont également augmenté de 53 % en 2002 à 71 % en 2013[8].

Enseignement secondaire[modifier | modifier le code]

Enseignement supérieur et universitaire[modifier | modifier le code]

Les universités de Mauritanie sont:

Éducation spécialisée[modifier | modifier le code]

Éducation islamique non-formelle[modifier | modifier le code]

Dysfonctionnements[modifier | modifier le code]

Contrairement à la priorité affichée pour le secteur de l’éducation, les ressources publiques pour l’éducation en proportion du PIB ont fortement baissé passant de 5,2 % en 1985 à 3,5 % en 1998, soit une diminution d’un tiers[6].

Il y a aussi une variabilité considérable dans les taux de réussite des différents établissements aux examens nationaux, certains établissements par exemple de premier cycle secondaire ayant un taux de réussite au BEPC de seulement 30 % alors que d’autres ont la quasi totalité de leurs élèves qui réussissent à cet examen (la fourchette est de 5 à 25 % pour les taux de réussite au baccalauréat).

En outre la dernière réforme a maintenant atteint toutes les années du secondaire. Tous les élèves du fondamental ont donc suivi l’enseignement arabe (langue de culture) et français (langue scientifique). Mais les enseignants déplorent le niveau linguistique des élèves, tant en arabe qu’en français. Certains diront même qu’avant, au moins, le système formait des arabisants ou des francisants, maintenant il y a des « riennistes »… Ce constat sur la médiocrité des résultats nous a été décrié mais plusieurs facteurs peuvent être explicatifs.

En premier lieu, la scolarisation massive ces dernières années a entraîné un énorme besoin d’enseignants. Mais les centres de formation initiale — ENI, ENS (respectivement école normale des instituteurs et école normale supérieure) — ne peuvent accroître démesurément leur capacité d’accueil. De nouveaux enseignants ont été recrutés dans l’urgence. Certains étaient des étudiants de niveau licence ou maîtrise et ont été sollicité directement à l’Université même si leurs disciplines étaient différentes de leurs futurs enseignements. Des formations accélérées leur ont permis de rejoindre des établissements scolaires le plus rapidement possible. Certaines formations accélérées ont même été réduites à cinq jours, avec une formation initiale si brève qu'il n’est alors pas étonnant d’observer sur le terrain que nombre d’enseignants ne maîtrisent pas suffisamment leur langue d’enseignement ou le contenu de leur enseignement[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dans la constitution de 1960 « la langue nationale est l’arabe, la langue officielle le français », dans celle de 1991 « les langues nationales sont l’arabe, le pulaar, le soninké, le wolof ; la langue officielle est l’arabe ». On remarque que le français a perdu tout statut institutionnel, et le statut de langue d’enseignement ne concerne que les disciplines scientifiques.
  2. a et b Aurélie Candalot, « Rôle et enjeux du système éducatif en Mauritanie dans l’évolution politique  : L’évolution du statut des langues en Mauritanie  », Archives des Cahiers de la recherche, vol. Cahier 3,‎ (lire en ligne, consulté en 2019-01-032)
  3. Rohen d'Aiglepierre, Hamidou Dia et Clothilde Hugon, « Éducation arabo-islamique en Afrique subsaharienne  : les préjugés à contourner », sur Le Point Afrique, (consulté le 3 janvier 2019)
  4. BA Youssouf, « Les réformes du Système éducatif Mauritanien », sur Au secours des Haratine:SOS-Abolition, (consulté le 3 janvier 2019)
  5. a et b Aurélie Candalot, « Rôle et enjeux du système éducatif en Mauritanie dans l’évolution politique  : Pourquoi un retour au bilinguisme ? », Archives des Cahiers de la recherche, vol. Cahier 3,‎ (lire en ligne, consulté le 3 janvier 2019)
  6. a b et c Banque mondiale, Région Afrique, « Le système éducatif mauritanien : Eléments d’analyse pour instruire des politiques nouvelles » [PDF], sur la Banque mondiale, (consulté le 3 janvier 2019)
  7. Medsnib, « L’école mauritanienne : Toujours à la recherche de la « bonne » réforme », sur Mauritanités. Tout sur mon pays, ce que je pense., (consulté le 3 janvier 2019)
  8. « L'éducation en Mauritanie », sur Le Partenariat mondial pour l’éducation (consulté le 3 janvier 2019)
  9. Aurélie Candalot, « Rôle et enjeux du système éducatif en Mauritanie dans l’évolution politique  : La nouvelle réforme en question », Archives des Cahiers de la recherche, vol. Cahier 3,‎ (lire en ligne, consulté le 3 janvier 2019)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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