La politique monétaire/Le canal du prix des actifs

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Cette illustration montre la relation entre marché des actifs et marché monétaire. Une hausse de la quantité de monnaie fait baisser les taux d'intérêts sur le marché monétaire, considérés comme un taux sans risque. Sur le marché des actifs, on voit que le rendement espéré augmente. Le rendement espéré est ici calculé à partir de la formule du modèle CAPM (Capital Asset Pricing Model). Ce modèle part du principe que le rendement espéré d'un actif est égal à la somme du taux sans risque (les taux monétaires) , et d'une mesure du risque de marché, approximée par le second terme, qui dépend du rendement espéré des actifs .

Les variations du taux d'intérêt ont des effets sur le prix de divers actifs financiers. Elle joue notamment sur la rémunération des obligations, des actifs qui représentent une reconnaissance de dette remboursée après un certain temps avec un intérêt. Ensuite, les épargnants peuvent acheter des actions d'entreprises. L'immobilier fait aussi partie du patrimoine, peut importe que celui-ci prennent la forme d'immobilier physique, de parts de SCPI ou d'OPCI, ou autres. En effet, certains ménages peuvent placer leur argent dans l'achat d'une maison, qui est un actif financier comme un autre. Il s'agit certes d'un actif très difficile à transformer en argent liquide (on dit que sa liquidité est faible), vu que revendre une maison est relativement compliqué. Dans les grandes lignes, une baisse des taux augmente les prix de tous les actifs, tout en faisant diminuer les intérêts versés.

Effet sur les prix d'actifs[modifier | modifier le wikicode]

Les prix des obligations varient en sens inverse des taux : une baisse des taux rend les obligations moins rentables, vu que les intérêts versés diminuent avec le taux, et inversement pour une hausse des taux. Les agents détenteurs d'obligations se retrouvent donc avec des plus-values latentes sur leurs obligations. Ils sont donc plus riches, ce qui peut les pousser à consommer. Ainsi, soit et le prix et le taux d'intérêt des obligations :

Une variation des taux peut aussi pousser les épargnants à placer leur argent dans des obligations ou au contraire à les retirer pour les placer dans des actifs plus rémunérateurs. Si le taux d'intérêt sur les obligations baisse, les épargnants déplacent leur argent vers des actions ou des actifs immobiliers, dont le prix monte. Dans ces conditions, les agents autrefois détenteurs d'actions voient le prix des actions monter, augmentant leur fortune. Ainsi, soit le prix des actions et et le rendement des actions par rapport aux obligations :

Le prix de l'immobilier subit aussi l'influence des taux monétaires. En effet, une baisse des taux directeurs se répercute sur tous les taux de l'économie, y compris les taux des crédits immobiliers. Dans ces conditions, le marché immobilier devient plus dynamique, la demande de logements augmente : les prix font naturellement de même. Ainsi, soit la demande de logements, le prix de l'immobilier et et le taux des crédits immobiliers :

L'effet de richesse[modifier | modifier le wikicode]

Dans les deux cas, cette soudaine augmentation de richesse peut pousser les agents à dépenser celle-ci, que ce soit pour consommer ou investir. Cette dépense se traduit par une augmentation mesurée du PIB. Inversement, une hausse des taux pousse les épargnants à vendre leurs actions ou actifs immobiliers pour récupérer leur argent et le placer en obligations, devenues plus rentables. Les prix d'actifs immobiliers et des actions baissent, diminuant la fortune des détenteurs d'actions ou d'immobilier, qui réduisent leurs dépenses. Comme on peut s'en douter, cet effet de richesse induit par la réallocation d'actifs au niveau macro-économique, a peu de chance d'avoir une influence vraiment significative. Aux États-Unis, et dans les pays où la retraite est par capitalisation, l'effet de richesse est assez important. En Europe, du fait de l'existence de systèmes de retraites par répartition, cet effet est cependant plus faible.

Le canal du Q de Tobin[modifier | modifier le wikicode]

Un autre effet est à mentionner concernant l'influence du prix des actions sur l'activité économique. L'augmentation du prix des actions est en effet favorable à l'investissement, et donc à l'activité économique. Pour comprendre pourquoi, il faut faire appel à la théorie du Q de Tobin. Ce Q de Tobin est le rapport entre la valeur boursière de l'entreprise (le prix des actions multiplié par leur nombre) et la valeur de l'investissement :

.

Quand ce rapport est supérieur à 1, l'entreprise a intérêt à investir. En effet, la valeur de l’investissement est supérieure à la capitalisation boursière, ce qui fait que l'investissement est considéré comme viable par les actionnaires et investisseurs. La situation est inversé si ce rapport est inférieur à 1.

Origine de l'influence de la politique monétaire sur le prix des actifs[modifier | modifier le wikicode]

On peut naturellement se demander d'où provient l'augmentation du prix des actifs induite par une modification des taux monétaires. Pour comprendre cela, nous allons utiliser un modèle simple du prix des actifs. Ce modèle part du principe que les actifs sont vendus sur un marché concurrentiel, avec un grand nombre d'acheteur et de vendeurs. Le prix des actifs est alors le fruit d'une confrontation entre une offre de capitaux de la part des investisseurs et d'une demande de la part des fournisseurs d'actifs. L'investisseur qui souhaite acheter un actif va devoir débourser de l'argent immédiatement, dans l'espoir d'obtenir des revenus ultérieurs. Cependant, l'investisseur fait face à un autre choix : placer son argent sur le marché monétaire, dans des actifs sans risque. Les deux options sont cependant assez différentes : le rendement des actifs monétaires est plus faible que pour les autres actifs, mais le risque de perte est nettement plus faible.

Relation entre prix des actifs et taux monétaires[modifier | modifier le wikicode]

Le prix des actifs peut être vu comme la somme des revenus ultérieurs générés par l'investissement, pondérés par le taux des placements monétaires. Imaginons que l'investisseur reçoive un dividende ou un coupon d’obligation régulier, fixe chaque année (ce qui correspond plus au cas d'un coupon, mais on peut généraliser au cas d'un dividende en omettant ses variations annuelles). Ce coupon/dividende sera noté dans ce qui suit. On peut alors se demander combien il faudrait placer dans un placement monétaire pour obtenir le même coupon chaque année. Pour la suite, nous noterons le rendement des placements monétaires, le taux sans risque, . Pour la première année, l'investisseur aurait dû placer pour obtenir la même somme en intérêts. Pour la deuxième année, il aurait placer . Pour la troisième année, il aurait placer , et ainsi de suite. Faisons l'addition des sommes précédentes, sur une durée supposée infinie (on suppose que la durée du placement est illimitée, ce qui correspond à un placement en actions et assez peu à un placement en obligations. On obtient alors le prix que l'investisseur est près à payer pour l'actif :

Cette équation nous dit que le prix d'un actif est égal au dividende/coupon divisé par le taux monétaire. Dans le cas des actions, le dividende est un dividende moyen anticipé. On voit que si la banque centrale diminue ses taux directeurs, va naturellement baisser. Le prix des actifs va alors augmenter, compte tenu de l'équation précédente. Inversement, une hausse des prix diminue le quotient de l'équation précédente, et donc les prix d'actifs. Reste à quantifier l'influence des taux sur le prix des actifs.

Relation entre variation des taux et prix des actifs[modifier | modifier le wikicode]

On peut calculer la variation d prix des actifs induite par une variation des taux, à partir de l'équation précédente. Dans ce qui va suivre, nous allons prendre une variation des taux exprimée en pourcentage : nous allons étudier ce qui se passe quand les taux augmentent de x%. Cette variation vaut, par définition :

Or, les prix avant et après la modification des taux sont respectivement de :

L'équation du gain se reformule alors comme suit :

On peut alors obtenir la variationen pourcentage du prix des actifs en mulipliant par le prix initial :

On voit que le gain en capital, exprimé en pourcentage du prix initial est de :

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